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mercredi 4 février 2026

LA MANIFESTATION (En hommage aux morts du métro Charonne)



8 février 1962 – 8 février 2013 « N’oublions pas » !

Ils étaient cent, ils étaient mille, des pensées rouges sous leurs casques noirs. Nous étions cent, nous étions cent mille, des cris de paix, de justice, dans nos bouches ardentes. Ils étaient cent, ils étaient mille, des taches rouges sur leurs bâtons noirs. Nous étions cent, nous étions cent mille, des cris de douleur, de colère, dans nos bouches sanglantes. Dis-le tout bas camarade, dis le bien haut : Hyppolyte est mort, Raymond est mort, Édouard est mort, Jean-Pierre est mort et Daniel qui n’avait pas seize ans est mort aussi. Dis-le tout bas camarade, dis le bien haut : Suzanne est morte, Fanny est morte et Anne qui n’avait pas 24 ans est morte aussi. Maurice est mort longtemps après, Aïd, lui, n’arrive pas à mourir. Dis-le tout bas, dis-le bien haut camarade. Ils étaient cent, ils étaient mille, haineux, casqués, haineux bottés, haineux armés. Ils étaient cent, ils étaient mille, gardes du Prince, déchaînés. Nous étions cent, nous étions cent mille à manifester. Cent mille et onze martyrs.

 

mercredi 24 septembre 2025

Claudia Cardinale, icône du cinéma italien, est morte



L’actrice Claudia Cardinale, icône du cinéma ayant collaboré avec les plus grands réalisateurs, est morte mardi 23 septembre, à l’âge de 87 ans. Elle aura contribué aux plus grandes lettres du cinéma italien comme états-unien, avec des apparitions dans « Le Guépard », « Il était une fois dans l’Ouest » ou encore « Huit et demi ».

L’actrice Claudia Cardinale a tourné dans plus de 150 longs-métrages et a côtoyé les cinéastes les plus plébiscités de leur génération, de Sergio Leone à Luchino Visconti, en passant par Abel Gance, Federico Fellini, Werner Herzog ou Manoel de Oliveira. La comédienne est morte « auprès de ses enfants » à Nemours (région parisienne), où elle habitait, a annoncé son agent Laurent Savry dans la soirée du mardi 23 septembre. Elle avait 87 ans.

Fille aînée d’un père sicilien et d’une mère française installés à Tunis, la future comédienne naît dans un monde déchiré par la guerre, début 1938. L’Italie fasciste est alors alliée à l’Allemagne nazie et à l’empire japonais. Accusés d’êtres fascistes, les parents de Claudia Cardinale délaissent l’italien pour le français.

Une carrière ponctuée de chefs-d’œuvre

La vie de la jeune femme bascule, emporté par cette effervescence propre au monde du cinéma. Élue plus belle italienne de Tunis à 19 ans, elle embarque en direction de la Cité flottante, où les visages du septième art sont réunis à l’occasion de la Mostra, le festival de cinéma italien mondialement reconnu.

C’est dans ce bouillon que Claudia Cardinale décide de s’inscrire au Centro sperimentale, une école de cinéma située à proximité des studios Cinecittà. De retour en Tunisie au bout de quelques mois, la situation devient invivable. Victime d’un viol à l’âge de 16 ans commis par un Français ayant le double de son âge, elle subit le harcèlement de ce dernier. Elle tombe par la suite enceinte et le cache à ses proches. De quoi pousser Claudia Cardinale à fuir Tunis pour retourner à Venise.

Sa carrière d’actrice débute avec Le Pigeon, succès populaire réalisé par Mario Monicelli, puis Trois étrangères à Rome (Claudio Gora) et Noces vénitiennes (Alberto Cavalcanti). Sa rencontre avec Franco Cristaldi, un producteur de cinéma qui deviendra son époux, la pousse à révéler sa grossesse à sa famille. L’enfant naît à Londres, et sera officiellement le petit frère de la comédienne. S’ensuit une carrière ponctuée de chefs-d’œuvre.

Récompensée à plusieurs reprises

Elle tourne à 22 ans dans Rocco et ses frères (1960) de Luchino Visconti, qui lui donnera quelques années plus tard l’un de ses plus grands rôles dans Le Guépard, aux côtés d’Alain Delon et de Burt Lancaster, en 1963. La même année sort un autre chef-d’œuvre du cinéma italien, Huit et demi, de Fellini, dans lequel elle incarne la muse du personnage principal, réalisateur.

Elle réussit aussi sa carrière aux États-Unis, tournant dans La Panthère rose de Blake Edwards (1963) et dans Les professionnels (1966) avec Burt Lancaster, et sera récompensée d’un Lion d’Or à Venise en 1993 et d’un Ours d’Or à Berlin en 2002. Elle est aussi apparue chez le maître du western spaghetti, Sergio Leone, à l’occasion de Il était une fois dans l’Ouest.

Claudia Cardinale était l’une des actrices les plus emblématiques du cinéma italien. Elle a joué dans le meilleur du renouveau italien (Bolognini, Zurlini, Squitieri), brillé à Hollywood (Edwards, Brooks, Leone), en France (Broca, Verneuil) et même en Allemagne avec Werner Herzog, pour Fitzcarraldo. De quoi l’inscrire éternellement dans l’histoire du septième art.

Outre sa carrière, Claudia Cardinale s’est positionné sur plusieurs combats politiques durant sa vie. La comédienne a crée une fondation éponyme, dont le but est d’aider de jeunes artistes à lancer leur carrière. Elle a aussi endossé le rôle d’« ambassadrice de bonne volonté » pour l’Unesco et a aussi été une alliée de longue date de l’ONG Amnesty International. Claudia Cardinale a enfin utilisé sa notoriété pour soutenir les luttes contre l’homophobie et les violences systémiques dont sont victimes les femmes, mais aussi pour une meilleure prise en charge de la myopathie et du sida.

 

mardi 8 juillet 2025

Hommage à Paul Laurent mort il y a 35 ans, le 8 juillet 1990 !



La mort de Paul Laurent, emporté soudainement et en pleine force a touché profondément les communistes. Évoquer sa mémoire est pour moi un moment particulier, chargé d’émotion, tant étaient forts les liens d’amitié et de respect qui nous unissaient. Durant quatre années, de 1976 à 1980, j’ai eu la chance de travailler à ses côtés alors qu’il venait d’être élu au 22ème congrès, secrétaire à l’organisation. Nous nous étions, déjà croisé. C’était en 1962. Paul venait de quitter sa responsabilité de secrétaire général de l’Union des Jeunesses communistes, alors que pour ma part je venais d’être élu membre du bureau national. Nous nous retrouverons à de nombreuses occasions. Au Comité régional d’Île de France, dont Paul avait la responsabilité. Et puis au Comité central où je fus élu en 1985.

 

L’expérience qui était celle de Paul, son calme, ses qualités d’écoute, l’attention qu’il portait à la réflexion collective m’ont beaucoup appris. Ces quatre années de mon activité militante ont été pour moi un grand apport dans les responsabilités que j’ai par la suite assumées. Paul était un dirigeant communiste de contact facile, un homme profondément humain et de grande convivialité. Il fut avec d’autres camarades, alors dirigeants de l’Union de la Jeunesse Républicaine de France de tous les combats pour la paix. En 1952, Paul est arrêté et inculpé, avec Guy Ducoloné, Louis Baillot, et Alain Le Leap, « d’atteinte à la sureté de l’État ».

 

Paul avait adhéré au Parti communiste en 1945. Il devient secrétaire général de l’UJRF en 1954, puis des Jeunesses communistes de 1956 à 1962. C’est cette année -là qu’il est élu secrétaire de la fédération de Paris, dont il sera le conseiller municipal et député de 1967 à 1968, puis de 1973 à 1981. Il sera élu au Comité central en 1956. Puis au bureau politique de 1956 à 1990 et au secrétariat de 1973 à 1990.

 

C’est au 22ème congrès que fut adoptée une résolution décidant de ne plus faire figurer la dictature du prolétariat parmi les objectifs du Parti Communiste Français. Elle chargeait le comité central élu de soumettre au 23ème congrès les modifications au préambule des statuts rendues alors nécessaires. Si d’autres décisions importantes furent prises dans les années qui suivirent dans les analyses du PCF, ses conceptions, sa politique, son mode de vie, il n’en reste pas moins que ce congrès restera un moment clé de ce processus. Il fut marqué par le rejet du modèle soviétique, avec le choix irrévocable d’une société nouvelle de liberté, construite dans la démocratie et le pluralisme, par l’intervention des salariés, des citoyens et le respect en toutes circonstances du suffrage universel.

 

Je rappelle ce moment car c’est Paul Laurent qui sera chargé de présider la commission de travail préparant les propositions de modification des statuts, et à laquelle j’ai modestement participé. Je me dois de rappeler ici le rôle important qui fût celui de Paul. Il porta de nombreuses propositions qui ont permis de perfectionner la démocratie. Je pense aux tribunes de discussion en dehors des congrès et à l’assouplissement des règles d’éligibilité, notamment. C’est d’ailleurs dans cette période, en 1978, que le livre « le PCF comme il est » est édité aux éditions sociales. Il prend la forme d’un entretien avec Roger Faivre, où Paul Laurent évoque les avancées en matière de démocratie et le besoin d’un grand Parti communiste Français.

 

Paul était un travailleur acharné, prenant une part active à toutes les actions pour toutes les grandes causes durant plus de quarante décennies. Il était un dirigeant d’une grande modestie, qu’il n’est pas inutile de rappeler par les temps qui courent. Il n’appréciait pas qu’il soit présenté comme le numéro « 2 » ou le bras droit de Georges Marchais. L’expérience qui suivra lui donnera raison. Les camarades les plus anciens se souviendront des plaisanteries qui couraient à « Fabien » pour qualifier son lent débit de paroles. Certains d’entre eux l’imitaient parfois, en forçant souvent le trait : « Tu as deux heures devant toi, j’ai deux mots à te dire ». C’était aussi la marque d’une nature discrète et posée.

 

Je veux terminer en évoquant le courage qui a été celui de Paul face à la maladie qui l’emporta si vite. Je veux à ce propos livrer un souvenir douloureux dont j’ai été le témoin avec mes camarades. Le 13 décembre 1989, sept mois avant sa disparition, Paul Laurent présentait un rapport devant le comité central. Malgré la fatigue et la souffrance et sa voix enrouée, il ira jusqu’au bout. Ce grand moment d’émotion et de respect est resté dans ma mémoire. À l’hiver de ma vie, j’ai voulu le partager avec vous, en hommage à Paul, mon camarade, avec une pensée émue pour Mounette, sa compagne de tous les instants, trop tôt disparue, elle aussi.

 

Et puis, un dernier clin d’œil. J’imagine la réaction qui aurait été celle de Paul si on lui avait parlé « d’héritage » ou « d’hérédité » comme l’ont fait les médias lorsque Pierre est sera élu comme secrétaire national. Un éclat de rire, un autre trait de son caractère aurait éclairé son visage. Sa manière à lui de tourner en dérision une attitude aussi méprisante qu’imbécile.

 

 

 

 

mardi 11 février 2025

 


J’apprends ce jour la disparition de Paul-Louis ROSSI, auteur prolifique de récits, de romans, de poèmes et de textes critiques et théoriques, il a su nouer ensemble des champs des arts et de la pensée qui souvent s’excluent. De magnifiques souvenirs se bousculent dans mon esprit. En 1986, le Conseil général de la Seine-Saint-Denis avait décidé d’apporter un soutien actif à la création littéraire française en permettant chaque année à trois auteurs d’écrire un livre sur notre département. Ce fut le cas à Romainville où Paul-Louis ROSSI s’installa, en 1997. J’évoque cette belle aventure dans « À l’âge où la vie se raconte » « page 135 ». Voici quelques mots que j’ai prononcés le 14 novembre 1998, lorsque Paul-Louis ROSSI nous avait donné rendez-vous pour présenter son livre « Les Nuits de Romainville » :

« Pas de temps mort, de calme plat dans la traversée de ces quelques cent soixante pages. J’ai pour ma part, retrouvé, au fil du récit, cet homme débordant de simplicité, calme et réservé, l’esprit toujours en éveil, celui avec lequel nous avons partagé durant une année, des moments de joie, de plaisir, de bonheur et au cours desquels nous avons approfondi son travail d’écrivain de poète. Un poète sensible, exigeant, qui nous offre avec « Les Nuits de Romainville » un livre digne des habitants de notre ville et de leur affection. Il entraîne ses lecteurs dans un récit débordant de surprises, de rêves, d’étonnements, qui laisse à notre imagination la part belle. Faisant peu de cas des contraintes du temps et de l’espace, puisant à pleines mains dans des sources multiples, Paul-Louis ROSSI a composé un objet sincère, vrai, qui pourra vous apparaître un peu fou, mais qui me semble nourrir d’autres ambitions que de faire partager la griserie éprouvée et à inventer, à raconter de belles histoires. Il y a là une maîtrise, une culture, un plaisir exprimé avec un souci d’extrême précision. Paul-Louis ROSSI est un véritable flâneur qui sait voir derrière les palissades, et au détour des rues, des sentes et des jardins, la beauté d’un secret. L’imaginaire surgit derrière une virgule, emportée par cette écriture presque trop achevée, si elle n’avait, bien sûr, pour but, elle aussi, de dissimuler, pour après révéler. C’est un récit tout de sensualité, de désir, du goût des choses simples et cependant cruciales au vif de notre temps… »

 

mercredi 13 mars 2024

Mort le 13 Mars 2010, les chansons et la voix de Jean FERRAT résonnent dans nos mémoires et dans nos cœurs !



Ses chansons et les sons de sa voix résonnent encore dans tant de mémoires. Jean Ferrat est de ceux qui façonnent cette histoire qu’on écrit en actes et en chansons, et qui appartiennent autant au présent qu’à l’avenir. De ceux qui, dans une errance permanente traversée de doutes, de crise et de révoltes, expriment des vérités déchirantes. Il a chanté toute la noblesse du peuple, porté par une voix grave,  envoûtante, au timbre  chaud comme le désir. Ah, qu’il était fier ce peuple  quand il entendait, et entend encore « Ma France » résonner dans tout le pays, car c’était la sienne qu’enfin on osait chanter avec tant de force et de talent, ou quand il frissonnait aux accents pleins d’espoir de « Potemkine ». Sa voix interprétant ses chansons d’espoirs, de luttes, d’amitiés et d’amours accompagnent toujours et encore longtemps nos aspirations en un monde meilleur. Comme il le chante si bien : « Au nom de l'idéal qui nous faisait combattre et qui nous pousse encore à nous battre aujourd'hui ». « C'est un autre avenir qu'il faut qu'on réinvente sans idole ou modèle, pas à pas, humblement. » « Sans vérité tracée, sans lendemains qui chantent, un bonheur inventé définitivement. » « Un avenir naissant d'un peu moins de souffrance avec nos yeux ouverts en grand sur le réel. » « Un avenir conduit par notre vigilance. » « Envers tous les pouvoirs de la Terre et du Ciel. » Une de ses chansons résonne davantage en moi, oui ! « Que serais-je sans toi »… !

mercredi 7 février 2024

CHARONNE. 8 FEVRIER 1962...

 


Ils étaient cent, ils étaient mille, des pensées rouges sous leurs casques noirs. Nous étions cent, nous étions cent mille, des cris de paix, de justice, dans nos bouches ardentes. Ils étaient cent, ils étaient mille, des taches rouges sur leurs bâtons noirs. Nous étions cent, nous étions cent mille. Des cris de douleur, de colère, dans nos bouches sanglantes. Dis-le tout bas camarade, dis le bien haut. Hyppolyte est mort, Raymond est mort, Édouard est mort, Jean-Pierre est mort et Daniel qui n’avait pas seize ans est mort aussi. Dis-le tout bas camarade, dis le bien haut. Suzanne est morte, Fanny est morte et Anne qui n’avait pas 24 ans est morte aussi. Maurice est mort longtemps après. Aïd, lui, n’arrive pas à mourir. Dis-le tout bas, dis-le bien haut camarade. Ils étaient cent, ils étaient mille. Haineux, casqués, haineux bottés, haineux armés. Ils étaient cent, ils étaient mille. Gardes du Prince, déchaînés. Nous étions cent, nous étions cent mille à manifester, cent mille et onze martyrs.

samedi 27 janvier 2024

Hommage au convoi des 31.000 au fort de Romainville !



Ce matin je participe à l’hommage pour le 81ème anniversaire du départ du convoi des 31.000. D’abord, devant la stèle Casanova à Romainville puis  à 10 h 45 au Fort de Romainville. Pour rendre hommage aux 231 femmes arrêtées par la police, livrées à la gestapo et déportées à Auschwitz. Seules 49 d’entre elles ont survécu à leur déportation. Après la libération, une première plaque a  été apposée à l’entrée du Fort, sur laquelle on peut lire : « Ici ont été internés du 1er novembre 1940 au 20 mai 1944, plus de 3900 femmes et 3100 hommes avant leur déportation dans les camps de concentration et les forteresses d’où la plupart ne sont pas revenus. 152 fusillés ont vécu dans ce fort leurs dernières heures avant leur exécution. » Une seconde plaque fut apposée en 1992 sur laquelle il est écrit : le 20 septembre 1942, au 150ème  anniversaire de la bataille de Valmy, les autorités d’occupation désignaient 116 otages. Le lendemain 46 d’entre eux, pris dans le fort étaient fusillés au Mont Valérien et les 70 autres vers Bordeaux. Il y manquait cependant ce qu’écrit Thomas Fontaine dans son ouvrage « Les oubliés de Romainville » : « De là partit, le 24 janvier 1943, le premier convoi de résistantes et de prisonnières politiques envoyées à Auschwitz, celui des « 31 000 ». C’est pour cette raison, avec retard sans doute, qu’en 2002, nous avons décidé, avec les Maires des Lilas et de Romainville, et en accord avec les associations de résistants et de déportés,  d’apposer une troisième plaque commémorative à l’entrée du fort. Elle fut inaugurée pour le 60ème anniversaire du départ du convoi et sur laquelle il est indiqué : « Le 24 janvier 1943, du fort de Romainville 230 femmes, résistantes, arrêtées par la police du gouvernement de Vichy, livrées à la gestapo partirent pour Auschwitz. Le 25 janvier 2003, nous leur rendons hommage. Cette plaque porte la signature des Maires des Lilas, de Romainville et du Président du Conseil général. L’histoire de Romainville est, depuis la libération, intimement liée à celle du fort.

 

lundi 8 janvier 2024

Hommage à Guy AUZOLLES, ce jour, à l’Hôtel de ville



Cher-e-s Nicole, Éric, Christophe, Niaouli

Il est des moments dans la vie, où la peine et la douleur sont telles, que les mots pour les exprimer vous manquent. En ce triste mercredi 21 décembre, m’efforçant de jeter quelques lignes sur le papier, de premiers mots me sont venus à l’esprit : « Avec la disparition de Guy, c’est une page de l’histoire de notre ville qui se tourne ». Ce sont les images de mille souvenirs qui s’entrechoquent, qui se bousculent. 60 années d’échanges, de réflexions, de combats communs, de moments et d’initiatives partagés, ce n’est pas rien. Guy était un homme attachant, apprécié, estimé, respecté par toutes celles et tous ceux qui l’ont connu ou côtoyé. Communiste, Guy était ouvert au débat, attentif à la parole des autres, cherchant toujours à convaincre, à unir, à rassembler. Guy, c’était une vie militante, et quelle vie ! Passionné qu’il était, pour l’histoire et le patrimoine de sa ville qu’il a tant aimée et à qui il a tant donné. Guy  a été élu Conseiller municipal de 1965 à 2001. En présence de ses collègues, il aimait parfois nous taquiner, nous faisant remarquer, toujours avec le sourire, qu’il était le plus ancien. C’était vrai. C’est évidemment lorsqu’il assumera ses fonctions d’Adjoint au Maire, à mes côtés, dix-huit années durant, que j’ai mesuré les qualités qui étaient les siennes, la richesse de sa réflexion et sa contribution au travail collectif. Guy était un homme de culture, dans son sens le plus noble. C’est lui qui fera naître une idée, qui peut paraître un peu folle en ces temps bouleversés, transformer le parc de la Cité Marcel Cachin en une vaste salle de concert en plein-air où des centaines d’habitants écoutèrent et surtout découvrirent la 9ème symphonie de Beethoven. Guy portait un attachement singulier à notre Trianon. Dans un billet, publié en octobre 1992 et intitulé « Moi Trianon », Guy parlait en son nom dans ces termes : « Chaque soir – allez savoir pourquoi – quand après la dernière séance, mes lumières s’éteignaient et les derniers spectateurs me faisaient leurs adieux, des images funestes de bulldozers venus m’anéantir au profit d’un supermarché ou d’une luxueuse résidence – et que sais-je encore – m’assaillaient. Ces images auraient dû être ma dernière représentation, mais j’ai la chance d’avoir vu le jour entre Noisy et Romainville. Je ne savais pas à quel point mes amarres étaient si solidement ancrées. Car ces deux villes ont décidé, contre vents et marées de ne pas me laisser sombrer. Elles m’ont racheté, et peu à peu m’ont donné un nouveau souffle. Grâce à leur aide le 9 mars 1984, je larguai à nouveau mes amarres. Je retrouvais mon ancien public et séduisais de nouveaux spectateurs, tous prêts à s’embarquer pour une des plus grandes aventures de notre siècle, celle du 7ème Art. » C’est joliment dit. Dans l’histoire de notre ville du 18ème siècle à nos jours, que nous conte Guy,  dans ses nombreux écrits, c’est la citoyenneté, la vie démocratique qui retient l’attention. Dans l’un d’eux, en 2015, il nous dit : « Cette ville s’est construite pas à pas, chacun y a laissé des traces qu’il faut garder en mémoire : les cultivateurs du bourg l’ont ancrée dans la terre, les ouvriers l’ont imprégnée de leur esprit de résistance, les chercheurs et laborantines de la légendaire Roussel-Uclaf ont voué son quartier des Bas-Pays à l’industrie pharmaceutique, y ont fait de remarquables découvertes ; les prolétaires ont planté leur drapeau rouge au milieu des Grands-Champs.  À chaque fois, s’est construite, s’est développée une sociabilité, une citoyenneté. Une sociabilité qui s’est appuyée sur une vie associative riche, sur des initiatives citoyennes, politiques ». Guy en a été l’un acteurs essentiels. Avec l’Association pour la sauvegarde du château de Romainville, qui compta jusqu’à 300 adhérents, pour laquelle tu consacreras tant d’écrits, de propositions et de rencontres, aux côtés de Monique, mon épouse à qui tu rendras hommage en août 2019, pour sa ténacité, son courage, son abnégation et son attachement à la défense du patrimoine de notre commune. Et puis au bout, un château disparu dans un incendie. On ne sait comment ! C’est encore Guy qui sera à l’initiative de la création d’un comité pour le prolongement de la ligne 11 du métro. Guy n’était jamais à court d’idées. C’est le 30 mai 1980 que des centaines de Romainvilloises et Romainvillois inaugureront symboliquement une station de métro « grandeur nature » édifiée place du marché. Guy tu ne verras pas son arrivée prochaine, mais tu y auras largement contribué. Plus près de nous, il était fidèle au rendez-vous de l’ASVR pour les journées du patrimoine, faisant profiter les participants de ses connaissances infinies sur l’histoire de notre ville. J’ai eu le privilège et l’immense plaisir de militer avec toi Guy. J’ai apprécié ton intelligence et ta vivacité d’esprit. Le militantisme ne saurait prendre tout son sens sans dimension humaine, sans fraternité. Avec toi, Guy, j’ai eu la chance d’éprouver ces moments fraternels, de nouer une amitié sincère et durable.  Cher-e-s Nicole, Éric, Christophe, Niaouli, avec mes pensées émues je vous assure de toute mon affection. Guy, je ne t’oublierai pas. Tu resteras toujours présent dans mon esprit et dans mon cœur, durant le temps qui me sera imparti puisqu’arrivé, comme l’écrit Aragon, « au bout de mon âge ». Poème qu’interprète si bien Jean Ferrat, dans cette belle Ardèche que tu aimais tant.  Salut Guy.

 

 

 

jeudi 21 décembre 2023

Une triste journée !



C’est avec une intense émotion et une profonde tristesse que je viens d’apprendre le décès de Guy AUZOLLES. Je le savais malade et affaibli. Je savais et pourtant, je ne veux pas  croire. Avec la disparition de Guy, c’est une page d’histoire de notre ville qui se tourne. En ces instants douloureux, les images de tous nos combats partagés, durant ces soixante dernières années, se bousculent dans mon esprit. Guy était un personnage attachant. Un communiste, un élu compétent, dévoué, disponible et apprécié de toutes celles et de tous ceux qui l’ont connu et côtoyé. Guy, c’est une vie militante. Et quelle vie. Solide dans ses convictions, il était ouvert au débat, attentif aux idées des autres. Guy était passionné d’histoire, particulièrement celle de la ville qu’il portait dans son cœur. Il y consacra plusieurs écrits. Dans celui qu’il publiera en avril 2015, il nous dira : « Il est indéniable que Romainville offre à ses habitants une certaine qualité de vie : la proximité de Paris, de grands espaces verts, de nombreux services publics…On pourrait ajouter à ce tableau les descriptions que donnent de cette ville ceux qui nous invitent à y acquérir un appartement, en paraphrasant sa devise : « une ville attrayante, calme, qui a su conserver son esprit village ». Il est d’ailleurs paradoxal de voir ces gens vanter les charmes d’une ville tout en sachant qu’ils contribuent  à en modifier le visage… » Guy sera élu Conseiller municipal en 1965, sur la liste que conduisait Gérard MACHELART. Il le restera jusqu’en 2001. Il sera élu Maire-Adjoint en 1983, ayant en charge, successivement,  la voirie, la communication, la vie démocratique. Ce sujet le passionnait. Je vous livre ce qu’il écrivait dans le bulletin d’informations municipales en janvier 1983 «  On nous dit, nous vous avons élus…délégué nos pouvoirs, alors débrouillez-vous » ! Nous ne sommes pas d’accord ! Parce que nous pensons  que lorsque vos élus, doivent faire des choix et décider de priorités concernant votre vie de tous le jours, il ont absolument besoin de votre participation ». Il y a de cela quarante ans !  Guy a toujours eu le même souci, celui de favoriser l’intervention des habitants. Il sera à l’initiative, à la fin des années 70, de la création d’un « comité pour le prolongement de la ligne 11 du métro ». Guy nous quitte, quelques mois avant de voir son arrivée. Il sera aussi un membre actif de l’association « pour la sauvegarde du château de Romainville ». J’ai eu un immense plaisir à militer, avec toi Guy. J’ai pu mesurer ton intelligence et ta vivacité d’esprit. Doté d’une belle plume, tes différents écrits étaient appréciés. Tu savais convaincre et rassembler. Le militantisme, ne saurait prendre  tout son sens, sans dimension humaine, sans fraternité. Avec Guy, j’ai eu la chance d’éprouver ces moments fraternels, de nouer une amitié sincère et durable. J’adresse à ma camarade Nicole, ton épouse, à tes enfants, Eric et Christophe mes pensées émues et ma profonde affection. Je tiens à te le dire du fond du cœur, Guy, tu resteras toujours présent parmi nous. Je ne t’oublierai pas.

 

Robert Clément

mardi 21 novembre 2023

Il y a 5 ans Nicolas le Jardinier tirait sa révérence !



Il y a cinq ans, le 21 novembre 2018, Raymond MONDET, dit « Nicolas le Jardinier », tirait sa révérence. J’avais salué sa mémoire en ces termes : Raymond MONDET était un personnage attachant, haut en couleur. Il s’identifiait à notre ville et à son histoire. « Je me souviens de l’époque où Maire de Romainville, nous nous retrouvions chez lui, entourés d’ami.e.s, pour échanger, fêter un événement. Quel plaisir de l’entendre parler de son jardin et de l’émission qu’il présentait chaque semaine. C’est dans le jardin attenant au château, aujourd’hui disparu, qu’il la présentait. La ville de Romainville, ayant acquis le château, au milieu des années 1980, pour éviter toute spéculation, je me souviens que Raymond MONDET m’avait alors demandé s’il pouvait continuer à présenter son émission dans le jardin du château. Un jour de cette année 1987, « Nicolas » eu l’idée de constituer une « Association pour la sauvegarde du château de Romainville ». C’est à mon épouse qu’il demanda d’en assurer la présidence. Elle le fera jusqu’en 2008. L’Association compta jusqu’à 250 adhérents et déploya une belle activité. Raymond MONDET en fut le Président d’honneur. Il aimait les visites que mon épouse lui rendait. Aujourd’hui, il n’y a plus de château. « Nicolas » s’en est allé. Lorsqu’en 2018, j’ai écrit ces mots d’hommage à Raymond MONDET, je ne me doutais pas que Monique, mon épouse, décéderait neuf mois plus tard, le 19 août 2019. Bien triste ce moment, où je jette ces quelques lignes sur le papier.

vendredi 3 novembre 2023

Hommage à Francette LAZARD



Rendant hommage à Francette LAZARD, Fabien Roussel « salue une dirigeante de premier plan, alliant une boussole fermement fixée sur l’ambition communiste et un sens de la mobilité, de l’ouverture ». Pour avoir croisé son chemin et l'avoir côtoyée, je peux témoigner combien fut précieux son apport dans l’effort de renouvellement du  Parti communiste entamé dans les années 60-70 et qui s’est accéléré dans les années 8O-90. Intervenant au 27ème  congrès, en décembre 1990, elle nous disait : «  La principale avancée de ce congrès, formulée dans sa simplicité, c’est faire redécouvrir à notre peuple, en nourrissant sa réflexion et en contribuant à lui faire faire son expérience, qu’il a la force de décider de son avenir et que son union fait sa force. Chacun de nos congrès a sa singularité. Et chacun de nous la résume à partir de sa propre expérience. En cassant le moule du modèle, le 22ème marque le point de départ d’un processus de novation dont les jalons se repèrent, de congrès en congrès : le choix autogestionnaire rompant avec l’idée d’un changement d’en haut et par étapes préconçues ; puis l’ancrage dans les réalités de classe d’aujourd’hui. Nous mettons donc l’accent aujourd’hui, sur la qualité des initiatives et des efforts nécessaires pour que notre peuple – le nôtre et tous les autres – retrouve son rôle primordial dans le mouvement de l’histoire. Ce n’est ni une généralité, ni une banalité. Le choc des événements de l’Est a agi comme un révélateur de la qualité de notre mutation stratégique, révélateur porteur lui-même, maintenant de nouvelles exigences. Les conclusions que nous tirons pour nous-mêmes de la dislocation brutale de ce qui fut la première forme constituée du socialisme dans l’histoire.  Nous le disons sans fards ni détours, nous n’avions ni perçu, ni prévu le risque de cette dislocation. Mais, et là aussi sans détours, nous avions su déceler, à la charnière des années 70-80, une donnée tout à fait cruciale, dont nous mesurons mieux aujourd’hui toutes les implications : la montée en puissance d’un défi historique sans précédent. Pour la première fois dans l’histoire humaine, sous l’effet du bouleversement fulgurant du rapport des hommes à leurs outils, et donc entre eux, le progrès de la civilisation ne peut plus s’accomplir par ni pour une minorité par l’exploitation et la domination du plus grand nombre. La question de l’intervention des individus dans la détermination des choix sociaux est devenu un défi concret parce qu’il est désormais la condition de l’efficacité sociale et du progrès humain. C’est en cela que nous vivons une transition de phase de l’histoire : les ébranlements de l’Est sont la conséquence de cette donnée absolument neuve dans le mouvement de l’humanité… »

jeudi 27 juillet 2023

27 juillet 2008, mort il y a 15 ans de Youssef CHAHINE !



« Le 21 novembre 1997, entouré de mes collègues élus du conseil général, je faisais Youssef Chahine citoyen d’honneur de la Seine-Saint-Denis. En fouillant dans mes papiers, j’ai retrouvé une photo où je salue Youssef.

C’était un homme chaleureux, généreux, jamais avare de son temps ni de sa parole. Durant les quelques heures que j’ai passées avec lui, je l’ai vu s’adresser à tout le monde sans jamais se lasser. Après une accolade brève mais intense avec l’un de ses compatriotes, Youssef m’a parlé du procès que lui avait attenté un avocat intégriste pour son livre L’émigré. Et d’une brûlure plus intense lorsqu’il me raconte comment les intégristes avaient mis la main sur l’acteur Mohsen Mohieddin, celui qui était devenu son alter ego, disait-il. Nous avons également parlé de son dernier film Le Destin qu’il avait présenté au festival de Cannes cette année-là,

Plus célébré à l’étranger que dans son pays, Youssef Chahine avait obtenu, précisément en 1997, le prix du cinquantième anniversaire du Festival de Cannes pour l’ensemble de son œuvre.

Né à Alexandrie, éduqué en français et en anglais, Youssef Chahine est l’auteur d’une œuvre riche d’une quarantaine de films, dans lesquels il n’hésite pas à évoquer ses souvenirs et à affirmer ses idées de gauche et anti-islamistes. C’est lui qui a découvert Omar Sharif qu’il a fait tourner dans Le Démon du désert en 1954 puis dans Les Eaux noires deux ans plus tard. Dans tous ses films, Youssef Chahine n’a cessé de prendre son pays comme toile de fond.

Toute la société égyptienne est passée sous son regard perspicace, acéré : la pauvreté, le monde ouvrier, les luttes d’indépendance. Youssef est mort le 27 juillet 2008, à la suite d’une hémorragie cérébrale. C’était une bien triste journée. Il n’aura pas vu en 2011, dans son Alexandrie natale, l’éclatement de la révolte des Egyptiens. Sans doute aurait-il imaginé une histoire, un personnage tentant de retrouver dans cette cohue populaire, quand tout le monde se côtoyait, femmes, hommes, jeunes, vieux rassemblés dans un souffle, un slogan, le fameux « Dégage » du « printemps arabe » lancé à la face de Hosni Moubarak et de tous ceux qui l’accompagnaient ».

(À L’ÂGE OÙ A VIE SE RACONTE. PAGES 175 ET 176)

 

mardi 25 avril 2023

30 avril : Journée du souvenir de la déportation.

 





30 avril : Journée du souvenir de la déportation. En hommage à Danielle Casanova, et au Colonel Fabien emprisonné-e-s au Fort de Romainville.

Lorsque le Parti communiste est interdit en septembre 1939, Danielle Casanova entre dans la clandestinité. Son action, dans un premier temps, s'oriente vers les JC : reconstitution des liens entre militants, propagande, prise de contacts avec les jeunes filles de l'UJFF. Pourtant, très vite, ce sont les femmes de prisonniers que Danielle Casanova tente de mobiliser, puis l'ensemble des ménagères. Dans cette perspective, des comités populaires féminins sont mis en place pour les amener à se rassembler et à manifester leur mécontentement. Ces comités agissent sur plusieurs terrains : la parution de journaux clandestins – comme La voix des femmes dans lequel elle écrit – et l'organisation de manifestations (les deux plus célèbres étant celle de la rue Daguerre et celle de la rue de Buci à Paris). Les revendications sont alors surtout d'ordre économique, les femmes entendent manifester contre les restrictions, le manque de nourriture, de charbon, etc. Danielle Casanova tente d'organiser ces comités féminins dans la région parisienne et plus largement en zone occupée. Dans la zone Nord, ils sont rassemblés ensuite au sein de l'union des Femmes françaises (terminologie adoptée en 1943) et, dans la zone Sud sous le nom d'Union des femmes de France. Ces deux structures fusionneront dans la clandestinité le 1er octobre 1943 sous le nom d'Union des femmes Françaises. Arrêtée le 11 février 1942, Danielle Casanova est incarcérée à la prison de la Santé, puis transférée au fort de Romainville avant d'être déportée le 24 janvier 1943 à Auschwitz. Elle est morte du Typhus au début du mois de mai 1943.

 

dimanche 22 janvier 2023

80ème anniversaire du départ du convoi des 31.000



Ce matin j’ai participé à l’hommage pour le 80ème anniversaire du départ du convoi des 31.000. D’abord, devant la stèle Casanova à Romainville puis  à 10 h 45 au Fort de Romainville. Pour rendre hommage aux 231 femmes arrêtées par la police, livrées à la gestapo et déportées à Auschwitz. Seules 49 d’entre elles ont survécu à leur déportation. Puis, une rue Madeleine ODRU, fut inaugurée aux lilas, après celle portant son nom à Romainville. J’y ai rencontré, Dominique DELLAC, vice-présidente du Conseil départemental, Annick ODRU, la fille de Madeleine, Thomas Fontaine, avec qui j’ai eu plaisir à me remémorer quelques souvenirs communs, et bien d’autres ami-e-s.

Je me suis souvenu que le 11 janvier 2018, j’avais participé à la conférence de Thomas  Fontaine sur l’histoire des femmes résistantes au Fort de Romainville. Rencontre initiée par la  fédération du Parti communiste de la Seine-Saint-Denis. Thomas Fontaine a redonné dans sa passionnante conférence toute l'importance de cette histoire. Il a montré que le fort était le bon site pour un musée de la résistance des femmes. C'est au fort que sont conservés les graffitis gravés par les prisonnières. C'est de là que sont parties 3800 résistantes vers les camps de la mort. 75 ans après le premier convoi des femmes les participants y ont dit leur volonté de voir naître un musée pour transmettre cette histoire héroïque et rendre les femmes visibles aussi dans l'imaginaire collectif. Cinq années se sont écoulées, et tout doit être fait pour que l’État, aux côtés des collectivités locales, s’engage totalement en responsabilité afin que ce beau projet, voit enfin le jour.

 

Thomas Fontaine fit référence à son ouvrage « les oubliés de Romainville ». Je me suis alors souvenu. C’était au début de l’année 2003. Nous évoquions au Conseil général un partenariat portant sur un travail de recherche concernant le Fort de Romainville. C’est ainsi que Thomas FONTAINE a été missionné pour le diriger avec Denis PESCHANSKI et Claudine CARDON-HAMET.  C’est le 17 mai 2005, qu’Hervé BRAMY, alors Président du Conseil général, présentait ce travail de recherche sous la forme de cet ouvrage : « Les oubliés de Romainville ». Un camp allemand en France (1940-1944). Dans la présentation de cette publication, Thomas FONTAINE écrit : « On a oublié le Fort de Romainville. Les camps de Compiègne pour les résistants et les « politiques » et de Drancy « pour les juifs », symbolisent aujourd’hui l’internement  et la déportation dans la France occupée. Mais qui se souvient qu’en 1940, les Allemands installèrent à Romainville un de leurs principaux camps d’internement. ».

J’y ajoute, pour ma part un élément. Après la libération, une première plaque a  été apposée à l’entrée du Fort, sur laquelle on peut lire : « Ici ont été internés du 1er novembre 1940 au 20 mai 1944, plus de 3900 femmes et 3100 hommes avant leur déportation dans les camps de concentration et les forteresses d’où la plupart ne sont pas revenus. 152 fusillés ont vécu dans ce fort leurs dernières heures avant leur exécution. » Une seconde plaque fut apposée en 1992 sur laquelle il est écrit : le 20 septembre 1942, au 150ème  anniversaire de la bataille de Valmy, les autorités d’occupation désignaient 116 otages. Le lendemain 46 d’entre eux, pris dans le fort étaient fusillés au Mont Valérien et les 70 autres vers Bordeaux.

Il y manquait cependant ce qu’écrit Thomas Fontaine dans son ouvrage : « De là partit, le 24 janvier 1943, le premier convoi de résistantes et de prisonnières politiques envoyées à Auschwitz, celui des « 31 000 ». C’est pour cette raison, avec retard sans doute, qu’en 2002, nous avons décidé, avec les Maires des Lilas et de Romainville, et en accord avec les associations de résistants et de déportés,  d’apposer une troisième plaque commémorative à l’entrée du fort. Elle fut inaugurée pour le 60ème anniversaire du départ du convoi et sur laquelle il est indiqué : « Le 24 janvier 1943, du fort de Romainville 230 femmes, résistantes, arrêtées par la police du gouvernement de Vichy, livrées à la gestapo partirent pour Auschwitz. Le 25 janvier 2003, nous leur rendons hommage. Cette plaque porte la signature des Maires des Lilas, de Romainville et du Président du Conseil général. L’histoire de Romainville est, depuis la libération, intimement liée à celle du fort.  Je n’oublie pas ici, nos camarades et ami.e.s des Lilas.

À la libération les héroïnes de la résistance de cette époque, firent don de la statue de Danielle Casanova, œuvre du sculpteur Georges SALENDRE, à Romainville. La commune, se trouvait de ce fait, investie d’un devoir de pérennité. La statue  de Danielle Casanova sera inaugurée le 24 janvier 1956 par Pierre KÉRAUTRET, le premier maire communiste de Romainville, en présence de madame PÉRINI, la mère de Danielle. Les communistes de Romainville, n’ont pas oublié non plus qu’aux côtés de Danielle CASANOVA, de Marie-Claude VAILLANT-COUTURIER, de Maï POLITZER, de Charlotte DELBO, de Madeleine ODRU, de Francine FROMONT, de Jacqueline QUATREMAIRE se trouvaient aussi deux romainvilloises,  Gabrielle ÉTHIS et Henriette PIZZOLI.  C’est dire si les communistes de notre ville, et beaucoup d’autres avec eux, se réjouissent de de la décision de créer sur le site du fort un musée de la résistance des femmes.

Si nous nous faisions un devoir de commémorer chaque année, en janvier et en avril,  ces femmes, ces héroïnes éprises de liberté, nous avons toujours accompagné ces commémorations, de notre demande de création, au fort de Romainville, d’un mémorial rattaché au Musée national de la résistance. C’est à l’occasion de la cérémonie d’hommage du 50ème anniversaire du départ du convoi,  le 25 janvier 1993, que cette exigence fut exprimée fortement. Marie- Claude VAILLANT-COUTURIER et Madeleine ODRU y étaient présentes. En 2000, le Conseil général demandait le classement du fort de Romainville. La réponse fut négative, le ministère de la défense étant propriétaire du fort. Ce sont également, les nombreuses expositions, la publication d’ouvrages : « Femmes et hommes de Romainville, de la résistance à la libération » publié en 1999 par la ville de Romainville. L’ouvrage « Résistantes, résistants en Seine-Saint-Denis, un nom, une rue, une histoire » édité en 2004 par le Conseil général. Mais c’est surtout, l’action inlassable des résistants, des déportés, de leurs associations, de toutes celles et tous ceux profondément attachés au travail de mémoire et de la transmission de l’histoire, qui aura permis que se réalise ce pourquoi nous nous battons depuis tant d’années, à savoir la décision de créer un lieu de mémoire de la résistance des femmes au fort de Romainville.

Comme en écho, aux multiples interventions et actions, qu’il aura fallu mener, nous reviennent ces mots de Danielle Casanova, dans sa dernière lettre avant le départ à Auschwitz : « Nous ne baisserons  jamais la tête. Nous ne vivons que par la lutte… ». Dans le moment politique d’aujourd’hui, dans un monde dangereux et angoissant, où  des femmes, des hommes des enfants fuient les guerres et les persécutions. Alors que les idées de l’extrême droite progressent partout ans le monde, en Europe et en France, alors que la haine, de rejet des autres, le racisme, l’antisémitisme doivent être combattues sans faiblir, la création de ce lieu constituerait un outil extrêmement important pour faire vivre la nécessaire vigilance, des jeunes tout particulièrement. Ils pourront ainsi s’approprier tout à la fois ces terribles pages de notre histoire et les valeurs de liberté, de fraternité et de solidarité, si nécessaires dans les temps présents.

 

mercredi 9 novembre 2022

Hommage à Henri Barbusse !



En ce 104ème anniversaire de l’armistice de la première guerre mondiale, il est un homme auquel il convient de rendre hommage : Henri BARBUSSE. Le « poilu », l’auteur du « Feu », le pacifiste fondateur de l’Association Républicaine des Anciens Combattants et du mouvement Amsterdam-Pleyel, le communiste saluant la formation du Front populaire le 14 juillet 1935. On l’a admiré, on l’a haï. On l’a de moins en moins connu, mais il reste une figure mythique, dans la fidélité comme dans l’occultation et le dédain. Henri BARBUSSE est entré en révolution par l’écriture. En retour son œuvre s’en est trouvée radicalement marquée. BARBUSSE  a mis six mois  à écrire « Le Feu ». En septembre 1916, il lui est proposé de publier « Le Feu » en volume et de le présenter au Goncourt. BARBUSSE accepte la proposition, et le livre, édité d’abord à mille exemplaires en décembre, obtient le prix le 15 décembre. C’est aussitôt un énorme succès de librairie. Les rééditions se succèdent ! Pourtant, il se trouva bien vite des détracteurs, en particulier pour contester la véracité du livre. On l’accuse de décrire des choses qu’il n’a pas vues. L’auteur du « Feu » a pourtant vécu intégralement, toute l’année 1915, la vie des tranchées avec sa boue, ses poux, son qui-vive perpétuel, ses corvées de jour et surtout de nuit, sa peur, son ennui, son hiver, ses souffrances sans limites. Il a connu la mort toujours présente, les cadavres, les blessés, les postes de secours, et plus tard, les hôpitaux. Il a donc l’expérience complète de la guerre. Quant au « Feu », il est bien le journal du soldat Henri BARBUSSE ; ses premières ébauches sont aisément repérables : lettres à sa femme, journal de route, carnet, voilà l’intégrité des notes prises pendant son séjour à l’armée. Elles apportent la preuve que tout ce qui est décrit dans « Le Feu » a été vu ou entendu par l’auteur en diverses circonstances de sa présence au front. Innombrables sont les faits, événements, épisodes du roman qui s’y retrouvent et qui ont donc leurs source dans l’expérience de BARBUSSE. Il s’est inspiré de situations précises et vécues. Il y a la réalité immédiate, commune à tous les combattants : la boue, les patrouilles en avant des tranchées, les cadavres et leurs attitudes, l’assaut donné par les tirailleurs algériens et sénégalais etc. Les personnages du « Feu » sont d’authentiques « poilus ». « Le Feu » est bien le journal d’une escouade. Il est d’une telle sincérité qu’il s’apparente à plus d’un titre à un véritable reportage. Le romancier semble s’éclipser et se borner à un rôle de témoin. Peu de romans, mêmes réalistes contiennent moins de faits inventés. BARBUSSE écrit : « Je me suis donné à ce genre de besogne dont la dignité est d’exclure toute effusion de l’imagination et de représenter non pas des histoires, mais des épisodes réels que j’ai pêchés tout vifs dans la grande guerre et qui correspondent à ce que j’ai vu ou ce que j’ai entendu… » Sa modestie est-elle justifiée ? N’apparaît-il pas dans son livre comme un auteur présent, poète lyrique, écrivain maître de son art ? En réalité « Le Feu » est une œuvre de création littéraire. Le premier mérite de l’écrivain est d’avoir su « voir » la guerre : la plupart des combattants, enfermés dans le calvaire immédiat, ont manqué de recul et n’ont joué qu’un rôle d’acteurs dans cette tragédie. La poésie du « Feu » transcende les événements et le moment. Voilà le « livre de poésie et de vérité », « le poème de l’humanité », qu’attendait l’auteur de « l’Enfer » grâce à la sensibilité de  l’auteur qui sympathise avec ses modèles, les soldats deviennent poètes, ils s’élèvent au-dessus d’eux-mêmes, dans leur diversité, leurs habitudes, leur passé, leur sensualité, leur humour. Avec « Le Feu », nous avons là le cadre exact du drame humain, avec ses lignes, ses odeurs, ses contrastes, ses bruits ; la dernière indication sur le froid donne à la sensation humaine une amplification spatiale concrète et infinie. On peut considérer  "Le Feu" comme une épopée : il en a les aspects grandioses, visionnaires, prophétiques. Mais il rompt avec la tradition guerrière pour en construire un nouveau type, celle de la révolte sociale et du pacifisme. Terrible réquisitoire contre la guerre, il contient une vision de l’avenir, et il conjugue sans les dissocier le réalisme et l’épique. La réussite de BARBUSSE est d’avoir construit une réalité romanesque où l’exceptionnel d’une situation extrême, favorable au souffle épique, au lieu de nous exiler dans l’aventure et le légendaire, arrive à maintenir ses personnages dans une zone de réalité quotidienne. « Le Feu » est l’épopée réaliste du peuple en guerre. Son retentissement est considérable.  Il aura été le premier roman sincère sur la guerre. Les combattants pris dans l’effroyable engrenage dans le corps à corps quotidien contre la souffrance et la mort, dans la « guerre habitude » ne savaient pas la dire. BARBUSSE recevra des centaines de lettres de soldats. Elles le remerciaient d’avoir « osé » dire la « vérité » sur les poilus. Ainsi dans l’itinéraire de BARBUSSE, « Le Feu » occupe une place centrale : point de départ d’une position personnelle définitive, il opère pour son créateur la fusion de la littérature et de la vie. Il a acquis une audience considérable, non seulement en s’imposant d’emblée et durant toutes les années qui ont suivi comme le plus grand livre de la guerre 1914-1918, mais en prenant au fil des ans une remarquable pérennité. Il n’est pas un simple document, pour les générations de l’avenir, il dure comme roman quand la réalité qui l’a fait naître a disparu. Au lendemain de la publication du « Feu » et de son retentissement éclatant, le prestige de BARBUSSE est immense. Ce succès ne fait qu’accroître sa conscience d’un devoir social à remplir. C’est ce qu’il fera. Hommage à BARBUSSE en ce 11 novembre 2021. Et je ne peux que vous convier à lire et à relire « Le Feu », cette œuvre immense.

 

dimanche 22 mai 2022

Disparition. Miss.Tic, la sorcière du street art.



L’artiste de 66 ans est morte dimanche des suites d’une maladie. Commencée sur les murs de Paris, son œuvre au pochoir qui alliait graphisme et poésie était entrée dans les galeries

Elle s’était choisi un pseudonyme de sorcière sexy, inspiré de Miss Tick, la maléfique créature aux cheveux de jais de la Bande à Picsou. Depuis le milieu des années 1980, l’artiste recouvrait les murs et les palissades parisiens de ses œuvres au pochoir mêlant texte et images qui diffusaient dans la ville des messages poétiques, souvent féministes : « En péril une grande éraflure dans le ventre je rêve à des corps sans mémoire »,  « Exilée volontaire d’un continent sans nom j’écris dans la marge des non- dits »,  « Dans le parfum indécent d’un rythme nos fantasmes urbains submergent les façades figées du quotidien… »

Nourrie de poésie, notamment surréaliste

Née Rhadia Novat en 1956, fille d’un père tunisien et d’une mère normande, Miss. Tic grandit dans le quartier de la Butte-Montmartre, dans le XVIII e arrondissement, l’un de ses futurs lieux d’expression. Dans les années 1970, elle découvre le  le théâtre de rue puis, au début des années 1980, séjourne aux Etats-Unis où éclot le graff, branche de la culture hip-hop. De retour à Paris, elle a l’idée d’intervenir dans l’espace public en voyant les peintures d’étudiants des Beaux-arts sur des supports urbains. S’inscrivant dans un mouvement artistique naissant, elle choisit la technique du pochoir pour multiplier rapidement les interventions. Nourrie de poésie, notamment surréaliste, elle trouve son style en écrivant des poèmes auxquels elle ajoute des portraits de femmes, d’abord des autoportraits puis des figures inspirées des magazines, de la publicité ou de la mode.

Les années 2000 signent la fin de la clandestinité

Très vite, ses œuvres libres et insolentes sont repérées par les galeries d’art, notamment la Galerie du Jour, propriété de la créatrice de mode Agnès B, l’une des premières à l’exposer. Dans les années 1990, Miss.Tic, comme d’autres street artistes, est accusée de détériorer l’espace public. Un procès, qu’elle perd en 1999, la contraint à demander des autorisations pour continuer de peindre dans la rue. Les années 2000 signent la fin de la clandestinité puisqu’elle est sollicitée par des marques (Kenzo, Vuitton…) et multiplie les collaborations avec, par exemple, le cinéaste Claude Chabrol pour qui elle crée l’affiche de « la Fille coupée en deux », ou la Poste, qui édite des timbres inspirés de ses pochoirs.

Attachée à un art populaire, admiratrice d’Ernest Pignon-Ernest, Miss.Tic n’aimait pas le qualificatif d’ « artiste de rue », trop limitant. Femme, libre, anarchiste sur les bords, elle était artiste, tout simplement.

 

dimanche 30 janvier 2022

79ème anniversaire du départ du convoi des 31.000




Ce matin j’ai participé à l’hommage pour le 79ème anniversaire du départ du convoi des 31.000, le 105ème anniversaire de la naissance de Madeleine ODRU et le 10ème anniversaire de son décès. D’abord, devant la stèle Casanova à Romainville puis  à 11 h au Fort de Romainville.

Le 11 janvier 2018, j’avais participé à la conférence de Thomas  Fontaine sur l’histoire des femmes résistantes au Fort de Romainville. Rencontre initiée par la  fédération du Parti communiste de la Seine-Saint-Denis. L'historien Thomas Fontaine a redonné dans sa passionnante conférence toute l'importance de cette histoire. Il a montré que le fort était le bon site pour un musée de la résistance des femmes. C'est au fort que sont conservés les graffitis gravés par les prisonnières. C'est de là que sont parties 3800 résistantes vers les camps de la mort. 75 ans après le premier convoi des femmes les participants ont dit leur volonté de voir naître un musée pour transmettre cette histoire héroïque et rendre les femmes visibles aussi dans l'imaginaire collectif.

 

Thomas Fontaine fit référence à son ouvrage « les oubliés de Romainville ». Je me suis alors souvenu. C’était au début de l’année 2003. Nous évoquions au Conseil général un partenariat portant sur un travail de recherche concernant le Fort de Romainville. C’est ainsi que Thomas FONTAINE a été missionné pour le diriger avec Denis PESCHANSKI et Claudine CARDON-HAMET.  C’est le 17 mai 2005, qu’Hervé BRAMY, alors Président du Conseil général, présentait ce travail de recherche sous la forme de cet ouvrage : « Les oubliés de Romainville ». Un camp allemand en France (1940-1944). Dans la présentation de cette publication, Thomas FONTAINE écrit : « On a oublié le Fort de Romainville. Les camps de Compiègne pour les résistants et les « politiques » et de Drancy « pour les juifs », symbolisent aujourd’hui l’internement  et la déportation dans la France occupée. Mais qui se souvient qu’en 1940, les Allemands installèrent à Romainville un de leurs principaux camps d’internement. ».

J’y ajoute, pour ma part un élément. Après la libération, une première plaque a  été apposée à l’entrée du Fort, sur laquelle on peut lire : « Ici ont été internés du 1er novembre 1940 au 20 mai 1944, plus de 3900 femmes et 3100 hommes avant leur déportation dans les camps de concentration et les forteresses d’où la plupart ne sont pas revenus. 152 fusillés ont vécu dans ce fort leurs dernières heures avant leur exécution. » Une seconde plaque fut apposée en 1992 sur laquelle il est écrit : le 20 septembre 1942, au 150ème  anniversaire de la bataille de Valmy, les autorités d’occupation désignaient 116 otages. Le lendemain 46 d’entre eux, pris dans le fort étaient fusillés au Mont Valérien et les 70 autres vers Bordeaux. C’était il y a 50 ans.

Il y manquait cependant ce qu’écrit Thomas Fontaine dans son ouvrage : « De là partit, le 24 janvier 1943, le premier convoi de résistantes et de prisonnières politiques envoyées à Auschwitz, celui des « 31 000 ». C’est pour cette raison, avec retard sans doute, qu’en 2002, nous avons décidé, avec les Maires des Lilas et de Romainville, et en accord avec les associations de résistants et de déportés,  d’apposer une troisième plaque commémorative à l’entrée du fort. Elle fut inaugurée pour le 60ème anniversaire du départ du convoi et sur laquelle il est indiqué : « Le 24 janvier 1943, du fort de Romainville 230 femmes, résistantes, arrêtées par la police du gouvernement de Vichy, livrées à la gestapo partirent pour Auschwitz. Le 25 janvier 2003, nous leur rendons hommage. Cette plaque porte la signature des Maires des Lilas, de Romainville et du Président du Conseil général. L’histoire de Romainville est, depuis la libération, intimement liée à celle du fort.  Je n’oublie pas ici, nos camarades et ami.e.s des Lilas.

À la libération les héroïnes de la résistance de cette époque, firent don de la statue de Danielle Casanova, œuvre du sculpteur Georges SALENDRE, à Romainville. La commune, se trouvait de ce fait, investie d’un devoir de pérennité. La statue  de Danielle Casanova sera inaugurée le 24 janvier 1956 par Pierre KÉRAUTRET, le premier maire communiste de Romainville, en présence de madame PÉRINI, la mère de Danielle. Les communistes de Romainville, n’ont pas oublié non plus qu’aux côtés de Danielle CASANOVA, de Marie-Claude VAILLANT-COUTURIER, de Maï POLITZER, de Charlotte DELBO, de Madeleine ODRU, de Francine FROMONT, de Jacqueline QUATREMAIRE se trouvaient aussi deux romainvilloises,  Gabrielle ÉTHIS et Henriette PIZZOLI.  C’est dire si les communistes de notre ville, et beaucoup d’autres avec eux, se réjouissent de de la décision de créer sur le site du fort un musée de la résistance des femmes.

Si nous nous faisions un devoir de commémorer chaque année, en janvier et en avril,  ces femmes, ces héroïnes éprises de liberté, nous avons toujours accompagné ces commémorations, de notre demande de création, au fort de Romainville, d’un mémorial rattaché au Musée national de la résistance. C’est à l’occasion de la cérémonie d’hommage du 50ème anniversaire du départ du convoi,  le 25 janvier 1993, que cette exigence fut exprimée fortement. Marie- Claude VAILLANT-COUTURIER et Madeleine ODRU y étaient présentes. En 2000, le Conseil général demandait le classement du fort de Romainville. La réponse fut négative, le ministère de la défense étant propriétaire du fort. Ce sont également, les nombreuses expositions, la publication d’ouvrages : « Femmes et hommes de Romainville, de la résistance à la libération » publié en 1999 par la ville de Romainville. L’ouvrage « Résistantes, résistants en Seine-Saint-Denis, un nom, une rue, une histoire » édité en 2004 par le Conseil général. Mais c’est surtout, l’action inlassable des résistants, des déportés, de leurs associations, de toutes celles et tous ceux profondément attachés au travail de mémoire et de la transmission de l’histoire, qui aura permis que se réalise ce pourquoi nous nous battons depuis tant d’années, à savoir la décision de créer un lieu de mémoire de la résistance des femmes au fort de Romainville.

Comme en écho, aux multiples interventions et actions, qu’il aura fallu mener, nous reviennent ces mots de Danielle Casanova, dans sa dernière lettre avant le départ à Auschwitz : « Nous ne baisserons  jamais la tête. Nous ne vivons que par la lutte… ». Dans le moment politique d’aujourd’hui, dans un monde dangereux et angoissant, où  des femmes, des hommes des enfants fuient les guerres et les persécutions. Alors que l’extrême droite, mais pas seulement, portent la haine, de rejet des autres, le racisme, l’antisémitisme en France comme en Europe. Alors que se poursuivent sournoisement, des campagnes mettant en doute l’engagement des communistes dans la résistance, la création de ce lieu constituerait un outil extrêmement important pour faire vivre la nécessaire vigilance, des jeunes tout particulièrement. Ils pourront ainsi s’approprier tout à la fois ces terribles pages de notre histoire et les valeurs de liberté, de fraternité et de solidarité, si nécessaires dans les temps présents.

 

« Canicule : Face à l’inaction meurtrière, où est la colère ? », l’éditorial de Maud Vergnol.

Qui peut encore nier que notre humanité est face à la plus grande crise existentielle qu’elle ait jamais connue ? Combien faudra-t-il enco...