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mercredi 5 août 2026

« Les flammes révèlent celles et ceux qui tiennent le pays », la chronique de Patrick Le Hyaric



Comme aux heures sombres et pénibles de la pandémie de Covid-19, une puissante lumière transperce les fumées noires qui polluent et obscurcissent le ciel. Loin des discours fumeux d’autosatisfaction du gouvernement, resplendit une tout autre réalité : celle de la solidarité humaine, concrète, sensible. Elle a la force d’action des cœurs populaires. Loin des hypocrisies politiciennes désignant des boucs émissaires, l’intelligence collective et solidaire se hisse à la hauteur d’humanité.  Avec la volonté de prendre soin de « l’autre » et de la nature, l’entraide et la générosité balayent les égoïsmes pour faire advenir  le bien commun.

Ensemble, par-delà les différences et les générations, pompiers et anciens pompiers, agents publics des collectivités locales et de l’État, actrices et acteurs de la santé, travailleurs-paysans, artisans, restaurateurs et tant d’autres bénévoles rassemblent leurs forces, s’unissent pour conjurer le pire : sauver des vies humaines et animales, protéger des villages, des quartiers, des petites entreprises et des usines menacées. Ensemble, ils font  face alors que les pouvoirs successifs se sont acharnés à affaiblir et démembrer les services publics de secours, de santé, de transports et de mobilité, d’entretien et de protection de la nature…

Oh, reconnaissons-le : en pareille circonstance, certains hommes de pouvoir ne manquent jamais ni de vocabulaire guerrier, ni d’éloges pompeux des héros anonymes qu’ils méprisent le reste de l’année. « Ces gens qui ne sont rien », selon l’expression du président de la République, personnels de santé ou pompiers qu’ils font matraquer lorsqu’ils osent réclamer de quoi vivre mieux et les moyens de travailler au bien commun.

Et comment oublier le qualificatif d’« éco-terroristes » accolé à une jeunesse en action refusant que le monde se meure sous les effets de la bombe climatique ?

Une fois leur parade terminée, les mêmes s’en retournent dans leurs bureaux climatisés. Ils y préparent les tableaux comptables et les phrases toutes faites aseptisées dans les bocaux de quelques conseillers, visant à faire accepter de nouvelles réductions de moyens, de nouveaux sacrifices au nom de la sacro-sainte réduction de la dette monétaire – qu’ils contribuent pourtant à alourdir par leurs divers cadeaux sonnants et trébuchants en faveur des dominants et des possédants.

Pour cela,  ils sacrifient casernes de pompiers, moyens aériens de lutte contre les feux de forêts, gendarmeries, services de protection civile et de santé, services hospitaliers, agences de protection de la nature et de la biodiversité. Ils saignent les collectivités locales, laissent se dégrader routes et voies de chemins de fer, étouffent l’Office national des forêts. Pire encore : quand ils annoncent un « plan de relance forestière », c’est pour subventionner des coupes rases accaparées par des multinationales du bois. Ces dernières éradiquent des forêts complexes riches en feuillus au profit de monocultures de résineux plus profitables.

Non contents de ne tirer aucune leçon des feux extrêmes pour repenser le développement des territoires et promouvoir l’agroforesterie, le pouvoir cherche à profiter du drame pour pousser les pions d’une vaste redistribution du territoire entre public et privé. C’est précisément le sens du projet révélé par la ministre de la Transition écologique, qui a annoncé la semaine dernière la création d’un fonds, associant acteurs publics et entreprises privées, pour préserver et replanter les massifs forestiers en France.

Pourtant, toutes les expériences récentes de « partenariat public-privé » prétendument pour défendre des enjeux climatiques ou environnementaux, qu’il s’agisse de l’énergie, de l’automobile, des transports, des hôpitaux ou d’autres secteurs, aboutissent immanquablement aux mêmes résultats : ce sont toujours les intérêts privés qui priment tandis que le public assume les coûts, surtout en cas d’échec.

Face à de telles logiques, les mouvements de solidarité en cours et les colères populaires doivent se transformer en une vaste action unitaire. Il s’agit de défendre, d’améliorer, de démocratiser nos biens communs, nos services publics pour l’intérêt général humain et environnemental.

Toutes les catastrophes en cours ne font que souligner l’urgence de bâtir de grands services publics démocratisés et de nouvelles appropriations sociales et citoyennes. Un projet qui doit aller bien au-delà des anciennes nationalisations qui, trop souvent, n’ont fait que perpétuer un capitalisme d’État sans maîtrise de la production et du travail par les travailleurs. C’est pourtant l’indispensable condition pour préserver l’environnement et combattre les bouleversements climatiques.

Ce nouvel élan populaire appelle aussi la recherche de nouvelles solidarités de combat en Europe et à l’échelle planétaire.  Il y a urgence à une grande mobilisation politique, sociale et écologique ! On ne peut laisser les institutions européennes détricoter une à une les avancées du droit de l’environnement. Chaque progression, même minime, obtenue ces dernières années pour protéger les écosystèmes, est trop souvent rayée des textes et des actes gouvernementaux. Les forces du capital veulent surtout ne rien changer à un modèle économique fondé sur la combustion d’énergies fossiles et désormais sur la course à la création de centres de données (data centers) voraces en eau et en énergie.

Tous les événements dramatiques de cet été 2026 – le désastre écologique et économique qui frappe la Gironde, les Landes ou le Var, le traumatisme de milliers de foyers, le vol spectaculaire au Louvre il y a quelques mois, les révélations accablantes sur l’insuffisance des moyens de la justice mis au jour après l’abominable crime de Lyhanna – pointent d’un doigt accusateur le mur et les impasses de ce système qui privilégie les puissances d’argent. C’est un vaste mouvement citoyen qui peut inverser les priorités.

Les vagues de chaleur étouffantes, les températures insoutenables dans les salles de classe, l’arrêt des trains… Chaque crise, chaque catastrophe révèle la paupérisation continue des services publics, ceux de la santé, de la culture, de la justice, de l’éducation ou de la  lutte contre les dérèglements climatiques. Le pouvoir privilégie les marchés financiers et la militarisation au détriment des sécurités humaines. Songeons que les budgets de la sécurité civile avoisinent 7 milliards d’euros quand les frais financiers qui engraissent les spéculateurs de tout acabit sont dix fois supérieurs. Les forêts brûlent, cette même semaine où les marchés financiers font flamber les taux d’intérêt à 4 % sur les emprunts que contracte le pays. À ce rythme, le service de la dette équivaudra dans quelques années à 25 fois les investissements consacrés à la sécurité civile. La nation consacre soixante fois moins d’argent à sa protection civile qu’au budget de l’armée. Révoltant !

C’est le dévouement des personnels de santé pendant la pandémie, celui des pompiers aujourd’hui, et la solidarité citoyenne qui forme l’ultime rempart quand le pouvoir politique s’éloigne chaque jour un peu plus du bien commun et de l’intérêt général.

Face au phénomène d’insécurité globale que représentent les feux extrêmes et les bouleversements climatiques, se pose l’urgence d’imaginer le projet d’un grand pacte, populaire et citoyen, social, progressiste, écologique, démocratique. Un tel pacte, à construire dans les usines et les universités, dans les villages et les bureaux ou centres de recherche, viserait une transformation structurelle de la société pour un plus haut degré de civilisation.

Les drames de l’actualité font mûrir dans la société de nouvelles idées, de nouvelles prises de conscience, le souhait de nouveaux liens. Il convient d’aider à les faire fructifier.

Les engagements citoyens, les solidarités concrètes, les systèmes d’entraide, les actions communes sur le terrain portent en germe de nouvelles politisations cherchant des issues aux impasses du capitalisme. Des centaines de milliers de citoyennes et de citoyens, des travailleurs de toutes professions, autour des pompiers, prennent conscience de leur capacité, ensemble, à écarter le pire tout en mesurant les dégâts de politiques gouvernementales se faisant sans elles, sans eux, contre elles et eux.

Dans ces actions et ces débats émergent de nouvelles aspirations, de nouveaux enjeux : un nouveau « rééquilibrage-développement » des territoires et de nouveaux liens urbains, périurbains et ruraux, une autre façon d’y habiter et de les faire vivre. Une place centrale accordée à l’agro écologie et à l’agroforesterie pour une agriculture nourricière de qualité. Une nouvelle manière d’habiter fondée sur les solidarités, les liens de proximité, la convivialité et une relation étroite et respectueuse de l’ensemble du vivant. Le souhait d’un avenir désirable pour toutes et tous et pour les générations futures.

Ces dynamiques rejoignent l’action de collectifs engagés dans la lutte pour la réappropriation des biens communs, dans la création de coopératives de production ou encore dans l’expérimentation de sécurité sociale alimentaire ou environnementale. Elles s’appuient aussi sur des tiers-lieux culturels et des projets économiques alternatifs où se nouent des liens nouveaux entre producteurs et acheteurs. Elles confortent le vivant et vivifiant tissu associatif, culturel, social, syndical. Celui aussi des collectivités locales porteuses de progressisme et de démocratie en acte.

Ainsi se dessinent les bases de résistances concrètes, esquissant le portrait d’une nouvelle organisation sociale innovante et autogestionnaire, portant les germes d’un processus communiste visant à dépasser le capitalisme. Pour l’abolir enfin.

Ce projet « d’adaptation-transformation », indispensable à la poursuite de la vie, constitue une puissante évolution révolutionnaire. Il appelle à une grande mobilisation pour les services publics, les sécurités sociale, économique et écologique, mais il nous interpelle aussi sur les enjeux de la décarbonation des activités. Ils nous obligent à penser une civilisation affranchie des énergies fossiles — la plupart importées — qui nous rendent désormais si vulnérables, si fragiles.

Il s’agit bien d’imaginer et de construire une société, un monde, où il fait bon vivre. Un monde où la sécurité humaine serait garantie, où la vie  serait moins chère, plus saine, plus autonome et en pleine harmonie avec l’ensemble du vivant. Un monde désirable.

Patrick Le Hyaric

3 août 2026

 

lundi 27 juillet 2026

« Ce que nous disent les feux extrêmes »., la chronique de Patrick Le Hyaric



Les lances à incendie des courageux pompiers apparaissent bien frêles face aux assauts des monstres de feu tentaculaires qui se déploient sans répit. Sans pitié, sans pause, ces flammes s’étirent, s’élargissent, changent de direction comme pour narguer les efforts humains visant à les dompter.

Elles dévorent sans compter, s’épandent tantôt en coulées incandescentes, tantôt en hauts murs de feu de vingt à quarante mètres de haut, défiant même les vents naturels pour fabriquer leur propre courant de vents diaboliques, ravageant des champs, encerclant des villages entiers, s’attaquant aux maisons qu’elles enserrent dans de brûlantes tenailles. Par milliers, elles jettent des familles sur les routes, sonnant l’alarme d’un drame jusqu’ici associé à de lointaines contrées : celui des réfugiés climatiques.

Le dragon ne recule devant rien : il avertit qu’il peut neutraliser un aéroport, menacer une centrale nucléaire, détruire une centrale photovoltaïque, bloquer des usines, paralyser la circulation des trains, lécher de ses langues de feu la grande ville, bloquer l’activité économique et imposer le chômage technique.

Il ignore les grilles et les murs. Il ne connaît aucune limite de propriété, ni les panneaux d’interdiction. Il ne fait aucune distinction entre les êtres humains, aucun tri parmi les familles, réduisant en cendres ce qu’elles ont mis une vie entière à construire.

Nous partageons leurs larmes, leur désolation et leur angoisse devant l’incertitude de l’avenir. Il est urgent de prendre conscience des temps nouveaux commencés. Se donner les moyens de les prévenir et de les subvertir devrait être une obligation, à la hauteur des traumatismes que provoque l’irréversibilité des pertes de vie, de son habitation, des équipements communs ou des paysages.

Les méga-feux rétrécissent notre monde et hypothèquent nos communs futurs. De Los Angeles à la forêt de Brocéliande, d’Athènes à la forêt des Landes ou de Fontainebleau, des abords de Madrid à ceux de Bordeaux, ils révèlent une condition humaine commune à toutes et à tous. Ils appellent donc à forger une nouvelle alliance universelle — sociale, démocratique, culturelle et environnementale — au service de l’intérêt général.

Contrairement aux apparences, l’ampleur et la violence des incendies ne sont pas des phénomènes à dépolitiser.

Ce qui brûle n’est pas seulement des étendues d’arbres. C’est un outil de production, façonné par l’humain, trop souvent organisé en monocultures, avec une densité de plantation maximale en vue de la rentabilité. Brûlent en même temps des écosystèmes entiers. Or, les trois quarts des surfaces boisées appartiennent à des propriétaires privés qui y voient un capital à rémunérer.

Ici se dessine un conflit : entre logique économique et protection des écosystèmes, propriété lucrative et préservation du bien commun.

Ce qui brûle, c’est aussi une conception obsolète de l’aménagement du territoire qui impose de repenser le lien villes-campagne, un dense maillage de services publics démocratisés.

La violente radicalité de ces feux s’alimente et s’étend aussi selon des choix politiques, selon des priorités gouvernementales et des intérêts des classes dominantes. Les citoyens en prennent conscience.

Et, une fois encore, les dépossédés, les invisibilisés, celles et ceux que les pouvoirs ignorent et méprisent le reste du temps sont là. Ensemble : pompiers et anciens pompiers, agents des services de l’État, préfectoraux et des collectivités territoriales, maires et élus municipaux, soignants et médecins, petits commerçants et paysans, salariés d’EDF ou d’Enedis, agents de l’Office national des forêts, et sylviculteurs, chauffeurs, conducteurs d’engins et ouvriers forestiers se mobilisent jour et nuit. Loin des égoïsmes des rapaces de la finance, une solidarité active les unit pour combattre le cœur du brasier ou soutenir de mille manières celles et ceux qui s’y emploient. Leur courage, leur force morale aussi indomptable qu’un feu intérieur sauve des vies, une part de nous-mêmes, de nos paysages, de notre culture.

Quand leurs actions solidaires, quand leur dévouement seront-ils reconnus au-delà des formels remerciements gouvernementaux ou présidentiels et des hommages médiatiques aussi vifs que sera l’oubli demain ? L’espoir pourtant réside dans ces forces vives sans lesquelles le pays ne fonctionnerait pas.

Le capitalocène, cet affreux régime qui fait feu de tout bois pour dompter, exploiter, surexploiter la nature et les êtres humains et animaux, est aussi pyrocène. Pendant que la Terre brûle, ses acteurs aux coffres forts blindés restent froids dans leurs salles climatisées pour compter profits ou dividendes, ou à verrouiller leurs avoirs dans les paradis fiscaux.

Seuls les animent un triple primat : décider des finalités du travail de milliards d’individus, orienter les consommations et l’obsolescence des produits, dompter la nature pour la mettre au service du grand capital international. Au bout du compte, c’est l’environnement, la biodiversité, la biosphère — affaiblie, en voie de destruction — qui remettent en cause les conditions d’existence de la majorité des êtres humains.

Les feux extrêmes deviennent des phénomènes physiques de plus en plus autonomes, dangereux, capables d’anéantir notre humanité selon la NASA.( National Aéronautics and Space Administration)

Outillée de ses capteurs et de ses équipes d’observation, l’agence gouvernementale des États-Unis, responsable du programme spatial et de la recherche aéronautique, élabore un atlas des feux dans lequel elle envisage sérieusement la possibilité d’un incendie de dimension mondiale. En cause, le dérèglement climatique portant des températures estivales extrêmes, des vents plus puissants et une faible humidité de l’air. Quand en tiendra-t-on enfin compte sérieusement ?

Il y a ici matière pour une conférence internationale faisant cesser les guerres, ouvrant un processus de désarmement pour réorienter les recherches et les développements industriels et agricoles vers le combat contre les feux et les bouleversements climatiques, pour mettre sur pied un fonds mondial destiné à la lutte contre les méga- feux. Un programme mondial « d’adaptation-transformation » des sociétés et du monde est à l’ordre du jour pour qu’enfin se réalise notre humanité commune. Un projet qui s’oppose frontalement aux nationalismes et aux actuelles métamorphoses du capitalisme influencé par les extrêmes droites.

Ainsi, à l’ère du capitalocène, un diabolique cercle vicieux s’installe. L’extraction effrénée des énergies fossiles alimente le réchauffement climatique qui prépare le terrain aux feux extrêmes. Ces derniers, à leur tour, crachent dans l’atmosphère des gaz à effet de serre accélérant encore les bouleversements climatiques. Le feu pollue l’air, contamine les nappes phréatiques, détruit des arbres centenaires qui s’effondrent avec fracas. Il fauche des oiseaux, encercle les animaux de ses flammes et ses particules s’infiltrent dans les corps quand il ne les asphyxie pas. Le vivant non humain ne peut donc être à l’arrière-plan de nos existences. Il en est le cœur.

Et il faut avoir la froideur des puissants, toute l’arrogance des dominants pour continuer de le nier, de s’approprier des portions de la planète pour leur usage exclusif : s’accaparer des forêts, des sentiers côtiers, des bouts de plages, des terres arables, des lacs, des rivières et des sources, des pans de montagne. Ceux-là, ces extrémistes du capital, préparent un monde sans futur.

Et il faut avoir la sécheresse de cœur de leurs mandataires au pouvoir pour oser expliquer, loin des visages noircis et épuisés des sapeurs-pompiers, que « tout était sous contrôle ». Ces opérations de communication déconnectées de la vie réelle, du ministre de l’Intérieur osant affirmer sans rougir que « la France disposait des moyens suffisants » alors que sur les 12 Canadair du parc de lutte contre les feux cinq seulement étaient opérationnels, sont insupportables. Il a fallu attendre le pire pour qu’on daigne faire appel à la force opérationnelle européenne, commencer à mobiliser l’armée et à mettre en service le nouvel avion de transport militaire Airbus A400M Atlas. Suggérons au ministre de placer aussi face aux flammes les 90 véhicules Centaure, dotés chacun d’une réserve d’eau de 10 000 litres. Ils y seraient plus utiles que lorsqu’ils arrosaient violemment les pompiers en manifestation pour réclamer des moyens supplémentaires, des recrutements, la reconnaissance de leur travail et l’arrêt des fermetures de casernes, notamment de pompiers bénévoles. On enrage !

Tout entier arc-bouté vers la gestion des déficits budgétaires qu’ils créent en transférant des parts toujours plus grandes de la richesse nationale vers les puissances d’argent et la militarisation, les gouvernements successifs n’ont cessé de rogner les moyens des collectivités locales auxquelles ils ont pourtant transféré une part de leurs responsabilités.

Les budgets de l’ensemble des services départementaux d’incendie et de secours sont à peine supérieurs aux 5,5 milliards d’euros annoncés par le groupe Total, en hausse de 47 % pour ce seul premier semestre. Total gonfle l’atmosphère de gaz à effet de serre et les dividendes de ses actionnaires pendant que la France brûle.

L’Office national des forêts, dont le rôle est capital pour préserver, protéger, valoriser les espaces boisés, a vu le nombre de ses agents fondre de près de 5 000 en vingt ans. La Cour des comptes s’en est même émue, soulignant que les moyens humains « apparaissent désormais insuffisants pour répondre aux missions croissantes qui lui sont assignées ». On enrage !

La froideur glaciale du pouvoir et de ses bariolés soutiens, se mesure à l’aune de ses obsessions militaristes qui les conduisent à ajouter 36 milliards à une loi de programmation militaire engloutissant déjà une somme de 436 milliards d’€ pour préparer la guerre et soutenir un complexe militaro-industriel aux anges. On enrage !

Hier, Eurocopter, qui aurait pu fabriquer un nouvel outillage pour lutter contre les incendies, a été fermé. Aujourd’hui, le groupe Renault ferme ses usines ici pour aller fabriquer, non pas des voitures en Ukraine, mais des drones pour les guerres. On enrage !

Renversons les priorités : pour le vivant en toutes circonstances. Pour la paix et le désarmement toujours. Pour nourrir les forces de vie, porter les urgences sociales, les urgences climatiques, les urgences démocratiques, les urgences culturelles et d’humanité. Le combat pour un processus post-capitaliste doit embrasser, doit associer tous les éléments du vivant humain et non humain.

Il exige une refonte radicale des priorités, des choix, des modes de pensée. Car c’est bien l’ère du capitalocène qui révèle le pyrocène et prépare une terre sans futur qu’il faut urgemment dépasser.

C’est donc un nouveau contrat social, environnemental, démocratique et pacifique qu’ensemble nous devons inventer. Un pacte démocratique pour l’émancipation, une promesse pour la civilisation.

 

mardi 21 juillet 2026

« Canicules, sécheresse, incendies… Le vivant nous appelle », la chronique de Patrick Le Hyaric.



De champs en forêts, de collines en lits de rivières asséchés, de routes fracturées en murs de maisons fissurés, les bouleversements climatiques rongent la nature, paralysent trains et réseaux, bousculent le réel. Les feux ne se contentent plus de lécher les jardins et les toits : ils dévorent. Des millions de troncs noircis d’arbres, tels des bras inertes tendus vers nous, implorent. Les inondations succèdent aux dessèchements, tandis que les veines secrètes de la Terre, que sont les nappes phréatiques, continuent d’agoniser, silencieuses et oubliées.

La fournaise fauche des vies par milliers dans un assourdissant silence, use et épuise les corps, ruine des années de labeur. Des fissures zèbrent les murs des maisons. Les alternances de pluies diluviennes, de soleil brûlant, de grêles dévastatrices anéantissent les récoltes ou en empêchent la croissance. Ici, des élevages de poulets étouffent sous la chaleur asphyxiante ; là, vaches et chèvres meuglent et bêlent de soif, ajoutant encore à la détresse et à la souffrance des travailleurs paysans.

Nos vies en sont déjà bouleversées

Les conséquences de ces dérèglements climatiques, tant niées depuis si longtemps par des irresponsables aux yeux rivés sur les courbes des taux de croissance et de profit, précipitent le désastre. Nos vies en sont déjà bouleversées. D’intimes détresses nées dans les plis des dévastations environnementales nous submergent. Et les scientifiques préviennent inlassablement que nous n’en serions qu’au début de la catastrophe.

Pourtant, les réalisateurs du capitalocène veulent faire croire que la fuite en avant dans la technique, dans ce qu’ils appellent le technosolutionnisme, nous permettrait de nous en sortir. Ainsi, les forces capitalistes continueraient à produire des marchandises faisant du désastre une opportunité pour poursuivre l’accumulation du capital et à augmenter la rentabilité de celui-ci. Mieux, ils font la guerre pour ce qu’ils appellent de l’or noir.

Évidemment, il faut d’urgence aider à supporter les canicules : refroidir l’air dans les maisons et bâtiments publics ou, plus fondamentalement, réhabiliter ou construire des bâtiments mieux isolés. Ces grands chantiers, comme celui des transports ou de la construction de véhicules accessibles à toutes et à tous, durables et fonctionnant sans énergies carbonées, devraient être prioritaires, comme l’investissement dans les services de santé. Mais c’est le système lui-même qui engendre la crise climatique qu’il faut remettre en cause.

Pour y parvenir, il devient urgent d’ouvrir un processus de transformation structurelle de l’économie en se libérant des chantages organisés autour de la dette. Bien au contraire, ce sont d’immenses investissements dont nous avons besoin pour affronter les désastres qui se profilent. Nous sommes bien loin des propos de politiciens à courte vue, aux idées simplistes qui sacrifient l’avenir des générations futures sur l’autel des marchés financiers et, accessoirement, de leur course vers l’Élysée.

Le vivant est notre allié, notre associé, notre protecteur

La vie de nos enfants et petits-enfants vaut le combat immédiat pour la maîtrise sociale, publique et citoyenne de la création monétaire, le contrôle des banques, la démocratisation et le renforcement des services publics. Un changement progressiste et écologiste structurel doit bien sûr s’attaquer aux conséquences des bouleversements en cours. Il doit surtout devenir une révolution culturelle, une révolution dans la manière de penser l’avenir humain commun, de concevoir le monde.

La réduction des émissions de gaz à effet de serre doit s’accompagner d’une refonte radicale de notre rapport au vivant et à la biodiversité. Ce complexe tissage d’êtres vivants se défait sous nos yeux : sols artificialisés, arbres absents, haies arrachées, zones humides effacées, bourdonnements d’insectes éteints, oiseaux silencieux. Le vivant est notre allié, notre associé, notre protecteur, notre partenaire de vie et de travail. Il est à la fois un moyen d’adaptation et un levier de transformation du monde. Le préserver, le protéger, le nourrir, le chérir sont donc un choix politique de capitale importance.

Celui-ci s’oppose frontalement à la grande industrie des engrais et de la chimie, aux malfaisants traités de libre-échange capitaliste, à la privatisation de l’eau, aux détricotages de toutes les avancées environnementales européennes, à la fameuse loi dite « d’urgence agricole » qui n’est que l’autre nom de choix favorables à l’agrobusiness, soumettant toujours plus le travailleur paysan aux implacables lois du capitalisme mondialisé et financiarisé.

Victime collatérale des soubresauts climatiques, la biodiversité est pourtant notre atout pour y faire face. Or, depuis des années, les projets d’aménagement du territoire, les choix budgétaires nationaux et européens, les contre-réformes engagées n’ont eu de cesse d’affaiblir ou de détruire les exigences sociales et environnementales. Le résultat est aussi tragique qu’affolant : nos territoires et lieux de vie perdent leurs capacités de résistance aux effets des bouleversements climatiques.

Un processus communiste du vivant

La vie nous appelle à agir ensemble pour transformer radicalement le mode de production et le modèle économique afin de réduire drastiquement l’utilisation des énergies carbonées. C’est la condition pour commencer à stabiliser, puis à réduire le réchauffement de la planète. Une telle transformation révolutionnaire doit nous conduire à concevoir une solidarité internationaliste pour le climat et la protection des humains comme des non-humains.

Elle appelle à porter le projet d’un monde commun où priment les coopérations, l’impulsion d’une diplomatie pour la paix et d’une diplomatie climatique. La vie hurle la nécessité de placer la biodiversité au cœur de tous les choix : agroécologie et agroforesterie, production de nourriture de qualité, eau potable, santé, sécurité humaine, transports, logements, éducation, infrastructures nouvelles combinées, articulées à la restauration de la nature.

La vie crie la nécessité d’une politique globale de civilisation. Plus qu’un simple changement de pouvoir, elle a besoin d’une autre conception de la politique, d’une démocratie authentique reliant entre eux tous les enjeux et cessant de traiter les enjeux contemporains en silos étanches : le climat, la biodiversité, l’eau, l’alimentation, la santé, l’énergie, les mobilités, le développement des territoires sont interdépendants.

Ensemble, dans une véritable citoyenneté active, experts des centres de recherche scientifiques et experts du quotidien doivent pouvoir construire une nouvelle cohérence : progressiste, écologique, démocratique. Il s’agit de relier les êtres humains entre eux et avec l’ensemble du vivant pour forger des solidarités nouvelles, coélaborer ensemble un avenir durable, désirable, une terre commune vivable.

Ce serait un processus communiste du vivant alliant allègrement la permanente quête de la paix et l’action pour le désarmement, la maîtrise collective des orientations de la production dans le cadre de la conquête de leur souveraineté sur le travail. Un processus combiné à la restauration des écosystèmes dont dépend notre capacité à vivre, à produire, à nous nourrir, à nous protéger. Biodiversité, travail, justice sociale et climatique : même combat immédiat pour l’après-capitalisme.

samedi 18 juillet 2026

« 14 juillet : revenir à la source », la chronique de Patrick Le Hyaric.



Plus encore que d’habitude, la célébration de la Révolution française, ce 14 juillet, a été noyée dans un vacarme de chars et d’avions de chasse ; ensevelie dans des expositions de drones et de bombes, de marches au pas cadencé sur les Champs-Élysées.

Une cohorte de dirigeants et de possédants réduit ainsi au silence la promesse révolutionnaire : l’abolition des privilèges et le combat pour l’égalité et la fraternité.

Fête populaire, Napoléon en a fait une fête militaire. La promesse révolutionnaire de fraternité a été transformée en une glorification du réarmement européen sous les auspices et l’hubris d’un président-monarque. Il y a proclamé « l’économie de guerre ». Un concept en frontale opposition à l’égalité d’accès à la santé, à l’école et à l’université, à une alimentation de qualité, à l’amélioration de la sécurité sociale, à la création d’une sécurité sociale écologique.

Au lieu de tracer des chemins audacieux vers la paix, les dirigeants français, en osmose avec les droites extrêmes et les extrêmes droites, offrent au monde le message de la « politique de la force » alors que la promesse de la Révolution était de porter la force de la politique et la recherche de la coopération et de l’amitié entre les peuples.

La sève de 1789.

La République puise sa sève dans les idéaux de 1789, prolongés en 1848 et lors de la Commune de Paris de 1871. La couper de ses racines revient à la condamner à dépérir.

Elle ne peut sans se renier oublier ce qu'elle est, d'où elle vient, la pensée dont elle procède, l'idéal qu'elle assume, le mouvement qu'elle incarne. Car la République n'est pas une forme vide, elle contient un ensemble d'institutions et de règles de vie commune, de droits et de devoirs qu'on appelle la démocratie. République et démocratie se confondent.

Elle n’est pas un compromis où s’effaceraient les différences, les conflits de classe. Elle est, au contraire, le cadre qui permet de les assumer, de les faire vivre librement. Elle n’est pas destinée à faire oublier ce qui oppose. Elle préserve ce qui rend possible le débat, la dispute, le désaccord : c’est la démocratie, la liberté de conscience, l'égalité des citoyens.

Alors que la République est si malmenée, si menacée, le 14 juillet devrait être la belle occasion de le rappeler. Le pouvoir macroniste, les droites et les sociaux-libéraux refusent de le faire. C’est une option politique pour camoufler cet immense fossé entre la promesse républicaine et l’étendue des inégalités et des privilèges pour les 500 grandes familles fortunées.

Contaminée par un mouvement réactionnaire mondial, la République est désormais confrontée à un péril qui menace les conditions mêmes de son existence, les conditions d’une vie démocratique. L'extrême droite n'est plus seulement l’expression d’une protestation. Elle est devenue une actrice prétendante au pouvoir afin d’offrir une assurance-vie au système.

Son projet balafrerait la République, niant sa promesse. L’égalité s’effacerait derrière l'identité. Les libertés céderaient la place à l'autoritarisme. L’État de droit serait culbuté. C’est au nom de cette assurance-vie internationale qu’est organisé le grand confusionnisme dans lequel les héritiers des antidreyfusards, du pétainisme, de l’OAS sont blanchis de leur racisme et de leur antisémitisme.

Mais c’est déjà dans le grand épandage du brouillard idéologique que le mot « république » est vidé de son sens : on désigne des ennemis de l’intérieur, on trie les citoyens, le droit du sol est contesté, la laïcité est exhibée au nom du combat contre une religion, le mérite est devenu une norme, l’argent un étalon, la compétitivité une règle, la liberté devient celle de la toute-puissance de la propriété lucrative.

Porter plus loin la Révolution française.

Inspirés par l'intense bouillonnement d'idées de la philosophie du siècle des Lumières, les constituants de 1789 se sont attachés à définir les droits de l'homme et du citoyen.

Pourtant, on oublie trop souvent la signification historique de la Déclaration du 26 août : un cri pour la liberté des hommes, l'égalité des droits, le règne de la loi, la souveraineté du peuple, le bien-fondé de la révolte contre l'oppression. Ce texte porte une parole, lourde de la souffrance et de l'humiliation de générations pour lesquelles l'injustice se transmettait de père en fils, comme un maudit héritage. Il lance pour les siècles à venir un acte de foi en la libération de l'homme.

Après l'avènement de la souveraineté nationale, l'abolition des privilèges et la Déclaration des droits, viendront la reconnaissance des libertés religieuses, la citoyenneté des protestants et des Juifs, l’ accès de tous aux fonctions publiques et militaires, les lois sur le divorce et sur les droits des enfants naturels, les premières élections au suffrage universel, l'abolition de l'esclavage, l'armée au service de la nation, la création des départements. Mais aussi le principe de l'enseignement gratuit et obligatoire, inspiré par Condorcet, pour que, comme le disait Lakanal, « dans l'intelligence d'une grande nation, il n'y ait pas de très petits espaces cultivés avec un soin extrême et de vastes déserts en friche ».

Il est vrai qu’avec la Révolution, bien des inégalités ne furent pas vaincues. L'abolition de l'esclavage ne fut acquise qu'un demi-siècle plus tard. La résistance armée à l'Europe coalisée prit après la victoire le visage de la conquête. La persécution religieuse ignora la liberté de conscience qui venait d'être proclamée. Rien ne vint corriger la discrimination dont les femmes étaient victimes. Et on vit par la suite à quel point la cruelle condition ouvrière de la révolution industrielle devait nier, ruiner en fait, la liberté et l'égalité érigées en principe par la révolution politique. Marx puis Jaurès eurent l’occasion de militer pour que cette déclaration devienne celle des droits de l’homme, du citoyen et du travailleur. C’est un combat qu’ils nous transmettent et que nous devons mener : celui de la citoyenneté élargie sur le lieu de travail.

Ne faire du 14 juillet qu’un défilé militaire, c’est occulter que la pauvreté de masse, le racisme et la xénophobie, l'ignorance, sont les pires ennemis de la démocratie.

Rien n’est donc achevé. Toute avancée progressiste est un processus.

Ce processus démocratique, républicain, populaire, qu’il faut opposer aux nouveaux orages qui surgissent dans cet horizon où, entre chiens et loups, peuvent surgir des monstres, ou d'autres dominations se substituent à celles que l'on avait détruites.

Mais des pensées neuves émergent, des actions émancipatrices jaillissent avec le mouvement des femmes pour leur égalité pleine et entière, des jeunes pour le climat, de nouveaux paysans et chercheurs pour préserver la biodiversité, des ouvriers qui réclament le pouvoir sur le travail et la production ; de nouveaux prolétaires du clic ou de la logistique qui cherchent à s’unir par-delà les frontières, des militants de la paix qui veulent que l’argent des bombes aille à la vie, des mouvements anticolonialistes aux côtés des Palestiniens ou des Kurdes. Des millions de travailleuses et de travailleurs, de jeunes, de femmes tentent de rapprocher le possible et l’idéal.

La possibilité de la révolution.

Victor Hugo avait raison : « Il y a, dans ce que la Révolution nous a apporté, encore plus de terre promise que de terrain gagné. » Et d'ajouter : « Ayons une si fière façon de nous en souvenir qu'il en sorte la liberté du monde. Célébrer les grands anniversaires, c'est préparer les grands événements. »

Il est donc de la responsabilité des progressistes — et, au-delà, de tous les authentiques républicains — d’alerter sur le sens profondément politique du 14 juillet.

Le pire commence souvent par le confusionnisme, par l’effacement de l’histoire. On barre d’abord l'accès au passé, puis on musèle toute pensée, toute parole rebelle.

Chaque fois que l'on cherche à brouiller la trace de la Révolution, les libertés sont mises en péril.

Nous avons à nous remémorer, à penser, la nature des combats, des joies qui ont fait émerger puis façonner la France contemporaine pour mieux dépasser le capitalisme.

Rien, hier, ne s’est fait en une fois par le jaillissement de quelques gestes héroïques. Transformer le monde, à l’heure où l’humanité peut être menacée d’anéantissement sous le coup des modifications climatiques et de la prolifération des armes de destruction massive, ne peut se faire qu’au prix d’efforts tenaces, de tension permanente entre la résignation à l'ordre des choses et l'aspiration au mieux-être, entre la tentation du laisser-faire et la volonté de conduire solidairement notre destin.

La République, demain : une civilisation nouvelle.

Dans un pays si riche, un pays qui exhibe ses créations militaro-industrielles, un pays menacé par de vieux et dangereux démons, nous avons la tâche d’unir, de rassembler, de faire ensemble société.

La République a aujourd’hui besoin de tout le monde pour porter une civilisation nouvelle. Les exclus du travail, les exclus du savoir, les exclus du bien-être, les exclus de la dignité, les exclus de la santé, les exclus du logement, les exclus du droit à la fraîcheur, les exclus du droit à se nourrir correctement, les exclus d'eau potable, les exclus de la culture : tous doivent disposer de tous leurs droits. L'égalité passe par là. La liberté aussi. Il n'est pas de République sans espoir. Il n’est pas de République non plus sans le souci des générations futures. Il n’est pas de République sans choisir le droit d’usage collectif au lieu de la marchandisation-privatisation de toute la vie humaine, en opposition à l’illimitée liberté de la propriété lucrative.

Deux cent trente-sept ans après la Révolution française, la même question se pose à nous que celle des révolutionnaires de l’époque : alors que le système capitaliste est à bout de souffle et menace l’avenir de l’humanité, il devient urgent d’ouvrir le processus du postcapitalisme. Inventer un processus communiste de notre temps. La soif d’émancipation ne peut être étouffée sous les bruits des défilés militaires qui ne disent rien de 1789.

 

dimanche 12 juillet 2026

« À Paris et à Londres, l’extrême droite au-dessus des lois », la chronique de Patrick Le Hyaric.



Ils ne sont pas au pouvoir et pourtant, leur comportement en dit long. Très long ! Dans la même semaine, des faits graves impliquant les responsables d’extrême droite en France et au Royaume-Uni disent exactement ce qui se passerait si, par malheur, ils accédaient au pouvoir. À Paris, une cour d’appel confirme la condamnation de Mme Le Pen pour détournement de fonds publics.

À Londres, M. Farage est contraint de démissionner de ses fonctions de député d’extrême droite pour la région de Clacton-on-Sea. Farage ne peut pas nier, après deux enquêtes parlementaires, avoir reçu 5 millions de livres sterling provenant d’un milliardaire en cryptomonnaie et une aide financière déguisée avec la mise à sa disposition d’un logement de luxe et d’une sécurité privée de la part de l’un de ses amis aristocrates, condamné pour fraude aux États-Unis.

Ainsi, de part et d’autre de la Manche, l’extrême droite peut appeler à la probité tout en ayant une relation très sulfureuse avec l’argent.

À Paris, la cour d’appel délivre la même conclusion que le tribunal de première instance : la cheffe de l’extrême droite et son parti, « tête haute et mains propres », ont mis en place un système de détournement de fonds publics pour rémunérer jusqu’aux gardes du corps, majordomes et chauffeurs… pour le père et la fille.

L’extrême droite aime donc l’argent… Surtout celui des autres. L’extrême droite a bâti une part non négligeable de ses succès électoraux sur la promesse de défendre « le peuple » contre des élites cupides et corrompues. Cela n’empêchait pas le RN/FN de détourner des fonds de l’Union européenne au fur et à mesure qu’il appelait à la détruire. Farage, lui, après avoir déversé des tombereaux de mensonges pour obtenir le Brexit, menait bataille pour obtenir une législation d’exception en vue de protéger les intérêts de son bienfaiteur milliardaire.

À Londres comme à Paris, les responsables de l’extrême droite font fi des décisions de justice et se représentent aux élections. Les grands médias justifient leur épouvantable attitude au nom de… la démocratie qu’ils bafouent. Quel sombre tour de passe-passe !

Selon eux et elles, des responsables politiques ne se soumettent pas à l’autorité judiciaire et en appellent aux électeurs et électrices. La rupture d’égalité devant la loi est donc manifeste.

L’argument soutenu dans de larges fractions du spectre politique recèle d’immenses dangers : il nie l’exigence d’égalité juridique. Une défaite électorale ne peut pas être jugée équivalente à une sanction pénale. Plus grave ! C’est l’impunité dont bénéficient les responsables qui violent les lois et nient « l’État de droit » qui leur permet de rester au pouvoir. La corruption nourrit une certaine « clientèle électorale » au moment même où les libertés publiques, dont le droit d’association, le droit syndical, le droit de manifestation, sont entravées et empêchent contestations et préparations de l’alternative.

Depuis des jours et des mois, une partie des grands médias, dont la tour penche vraiment à droite, tente de faire confondre démocratie et tyrannie d’une majorité qui se donne pour mission de « corriger » les jugements. Or, depuis la Révolution française, la répartition des pouvoirs part avant tout de la prééminence de la loi, par opposition au règne de la force, du favoritisme et de l’arbitraire qui caractérisait l’Ancien Régime.

C’est ce que refusent Trump, Le Pen, Farage et l’internationale proto-fasciste. Ce moment devrait alerter sur ce qui pourrait advenir si, par malheur, ce qu’indiquent les enquêtes d’opinion se réalisait. Il n’est pas inutile de prendre le temps d’y faire réfléchir.

 

mardi 30 juin 2026

« Refuser de mourir au temps du capitalocène » par Patrick Le Hyaric.



Si un vent frais caresse à nouveau notre visage, si une pluie fine ou un orage pacifique vient rafraîchir sols et corps, si les vaches et les poulets respirent, si l’herbe tente de reprendre ses couleurs, de grâce, n’oublions pas la fournaise. Elle annonce déjà qu’elle reviendra.

De grâce, n’oublions pas ces milliers de décès dont nous ne saurons qu’une part de vérité, ces accidents au travail, ces corps dont l’usure a été accélérée. N’oublions pas les hôpitaux en surchauffe, les écoles inhospitalières. Gardons à l’esprit ce qui ne se voit pas. Les effets différés qui éprouveront durablement les chairs, les sols, les rivières, les forêts, les océans.

De grâce, ne croyons pas que nous retournerons au monde d’avant. Les bouleversements climatiques d’aujourd’hui sont le résultat des rejets de gaz carbonique dans l’atmosphère depuis des dizaines d’années. Les pouvoirs ont refusé d’entendre les scientifiques qui, hier, n’ont cessé d’alerter. Ces mêmes scientifiques qui, aujourd’hui, mettent en garde contre la possibilité de températures de 47 à 50 degrés d’ici vingt ans.

C’est dire le niveau de violence contre les êtres humains et la Terre qui se prépare.

Bien sûr, de leurs confortables salles climatisées, les chroniqueurs de l’acceptation du capitalisme, qui font profession de détecter en tout défenseur de l’environnement un « écoterroriste », cachent ce redoutable franchissement d’une marche supplémentaire vers la grande catastrophe. Le bulletin météo a moins d’importance pour eux que les cours de Bourse indiquant la valorisation des multinationales extractivistes du pétrole, du cobalt, du titane, du coltan ou de l’eau.

Pour camoufler leurs responsabilités dans l’incendie, ils nous enjoignent de discuter de la taille des climatiseurs.

 

Avec le même aplomb, ils défendent l’économie capitaliste comme une force neutre imposant sa loi aux êtres humains et présentent la chaleur ou les pluies torrentielles, la fonte des glaciers ou les éboulements comme un produit de la fatalité auquel il faudrait « s’adapter ».

Comme on les comprend ! Rechercher les causes fondamentales du chaos climatique obligerait à faire réfléchir sur la nature du système économique pour le remettre en cause. Les nier permet, du même mouvement,de nier l’accentuation de l’exploitation capitaliste sur les corps réduits en force de travail. C’est le sens de la médiocre sortie du prétendu ministre du Travail selon lequel : « on ne peut pas mettre le pays à l’arrêt ». En vérité, c’est l’exploitation du travail, dans n’importe quelle condition, pour assurer l’accumulation et la rentabilité du capital qu’il ne veut pas « mettre à l’arrêt ».

L’heure où éclatera au grand jour la responsabilité des pouvoirs économiques et de leurs mandataires politiques dans le grand réchauffement de la planète est proche. Elle sera qualifiée de criminelle.

Cette caste et cette classe contrôlent et dominent le travail, s’accaparent les richesses, imposent leurs vues économiques et un mode de production basé sur la combustion sans limite d’énergies carbonées. Elles contrôlent les oligopoles numériques, sécuritaires et militaires, et s’emparent des moyens de communication pour mettre l’information en jachère. Elles mettent directement en cause notre humanité tout en disposant des moyens de rafraîchir leurs corps et leurs lieux de vie. Voilà l’inégalité devant le cataclysme.

Le capitalocène est impulsé sous l’égide de cette caste d’oligarques droguée aux énergies carbonées, à l’extraction des matières rares pour alimenter les centres de données (datacenters), à la course aux armements, aux nouvelles armes de la surveillance, aux aliments transformés issus de l’agriculture industrialisée, à la spéculation sur toutes les matières premières et aux dettes financières dont ils se repaissent. Anti-environnementaux, ils remplacent la démocratie par la « thermocratie capitaliste ». Celle qui ne pense l’avenir que dans l’odeur du pétrole et du gaz, que pour une relance de la « croissance capitaliste » au détriment du développement humain et de la revitalisation de la biodiversité. Celle qui phagocyte la nature pour la contraindre à produire aussi pour l’accumulation du capital. C’est tout l’enjeu des lois dites « d’urgence agricole » ou des projets de grands travaux artificialisant les sols, détruisant des biodiversités, ou encore des décisions européennes visant à détricoter le corpus du droit à l’environnement, jusqu’à ce pas supplémentaire vers la brevetabilité du vivant franchi la semaine dernière.

Sans nier les nécessités de court terme de « s’adapter » pour soulager ce qui peut l’être, il convient de combattre toutes les thèses de l’accommodement, de l’accoutumance au changement climatique. Le projet politique de la seule « adaptation » vise à déporter l’enjeu fondamental : continuer ainsi, c’est créer les conditions d’une Terre inhabitable !

Les cercles du « technosolutionnisme » capitaliste agitent encore le panneau de dérivation, car leur objectif est de créer sans cesse des marchandises nouvelles en faisant croire qu’une technologie nouvelle permettra de réparer les dégâts qu’ils ont eux-mêmes créés. Pour eux, la fournaise ou les inondations, les forêts qui brûlent et le bitume qui fond deviennent une bonne affaire pour la... « croissance ».

Or, la possibilité de la vie sur Terre devient incompatible avec un mode de développement capitaliste destructeur. L’urgence d’un postcapitalisme frappe bien à toutes les portes.

Au pays de la grande Révolution française, du Front populaire, du Conseil national de la Résistance, n’avons-nous pas à ajouter une grosse pierre à l’œuvre sociale, politique, démocratique des progressistes et des révolutionnaires qui nous ont précédés ?

Au nom de la survie de l’humanité, les canicules qui se répètent nous y appellent, hurlant l’urgence.

Nous devons avoir l’audace de relever l’inédit défi comme d’autres l’ont fait avant nous dans les conditions de leur époque : inventer un projet politique, démocratique, social, de développement humain, environnemental et de paix permettant d’empêcher l’anéantissement de la vie sur Terre menacée par la double combinaison de la course aux armements et des bouleversements climatiques.

L’effort à produire est plus important encore que ce qui a été fait à la Libération. À l’époque, il fallait « reconstruire ». Aujourd’hui, il s’agit de repenser de fond en comble nos manières de produire, de consommer, de vivre en respect et à égalité avec l’ensemble du vivant et du non-vivant. Aujourd’hui, il s’agit d’engager un processus long de transformation structurelle en liant, en combinant, en mariant combat contre les inégalités et bifurcation environnementale, amélioration de la santé et revitalisation de la biodiversité, nature et sens de la production maîtrisée par les productrices et producteurs eux-mêmes, impulsion d’une programmation audacieuse pour des services publics du transport, du logement, y compris en ruralité, de la transition agroécologique, mariage d’une sécurité sociale rénovée, démocratisée et d’une sécurité sociale environnementale, coopération mondiale pour des co-développements humains, actions pour la paix et économie de la paix.

Le défi à relever est inédit. Plus exigeant, plus important, plus audacieux encore que la reconstruction du pays au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Il oblige à sortir des sentiers battus, des vieilles matrices politiques, des simplismes et de la pauvreté des débats publics actuels, notamment les polémiques stériles dans le camp progressiste, alors que l’heure est à porter un projet de révolution sociale, démocratique et environnementale. Il oblige à prendre l’initiative d’une grande discussion, d’une conversation nationale se détournant d’un agenda médiatique qui sert le pire. C’est une vaste coélaboration collective d’un changement structurel qui devrait être proposée à nos concitoyennes et concitoyens et aux travailleuses et aux travailleurs : refuser de mourir au temps du capitalocène et vivre en symbiose avec tout le vivant en portant une nouvelle civilisation.

Patrick Le Hyaric

Le 29 juin 2026.

 

« Réchauffement climatique, le pire est encore à venir », l’éditorial de Cathy Dos Santos.

Températures records, canicules à répétition, sécheresses intenses… Les dernières données de l’observatoire européen Copernicus pointent, ...