dimanche 12 juillet 2026

« À Paris et à Londres, l’extrême droite au-dessus des lois », la chronique de Patrick Le Hyaric.



Ils ne sont pas au pouvoir et pourtant, leur comportement en dit long. Très long ! Dans la même semaine, des faits graves impliquant les responsables d’extrême droite en France et au Royaume-Uni disent exactement ce qui se passerait si, par malheur, ils accédaient au pouvoir. À Paris, une cour d’appel confirme la condamnation de Mme Le Pen pour détournement de fonds publics.

À Londres, M. Farage est contraint de démissionner de ses fonctions de député d’extrême droite pour la région de Clacton-on-Sea. Farage ne peut pas nier, après deux enquêtes parlementaires, avoir reçu 5 millions de livres sterling provenant d’un milliardaire en cryptomonnaie et une aide financière déguisée avec la mise à sa disposition d’un logement de luxe et d’une sécurité privée de la part de l’un de ses amis aristocrates, condamné pour fraude aux États-Unis.

Ainsi, de part et d’autre de la Manche, l’extrême droite peut appeler à la probité tout en ayant une relation très sulfureuse avec l’argent.

À Paris, la cour d’appel délivre la même conclusion que le tribunal de première instance : la cheffe de l’extrême droite et son parti, « tête haute et mains propres », ont mis en place un système de détournement de fonds publics pour rémunérer jusqu’aux gardes du corps, majordomes et chauffeurs… pour le père et la fille.

L’extrême droite aime donc l’argent… Surtout celui des autres. L’extrême droite a bâti une part non négligeable de ses succès électoraux sur la promesse de défendre « le peuple » contre des élites cupides et corrompues. Cela n’empêchait pas le RN/FN de détourner des fonds de l’Union européenne au fur et à mesure qu’il appelait à la détruire. Farage, lui, après avoir déversé des tombereaux de mensonges pour obtenir le Brexit, menait bataille pour obtenir une législation d’exception en vue de protéger les intérêts de son bienfaiteur milliardaire.

À Londres comme à Paris, les responsables de l’extrême droite font fi des décisions de justice et se représentent aux élections. Les grands médias justifient leur épouvantable attitude au nom de… la démocratie qu’ils bafouent. Quel sombre tour de passe-passe !

Selon eux et elles, des responsables politiques ne se soumettent pas à l’autorité judiciaire et en appellent aux électeurs et électrices. La rupture d’égalité devant la loi est donc manifeste.

L’argument soutenu dans de larges fractions du spectre politique recèle d’immenses dangers : il nie l’exigence d’égalité juridique. Une défaite électorale ne peut pas être jugée équivalente à une sanction pénale. Plus grave ! C’est l’impunité dont bénéficient les responsables qui violent les lois et nient « l’État de droit » qui leur permet de rester au pouvoir. La corruption nourrit une certaine « clientèle électorale » au moment même où les libertés publiques, dont le droit d’association, le droit syndical, le droit de manifestation, sont entravées et empêchent contestations et préparations de l’alternative.

Depuis des jours et des mois, une partie des grands médias, dont la tour penche vraiment à droite, tente de faire confondre démocratie et tyrannie d’une majorité qui se donne pour mission de « corriger » les jugements. Or, depuis la Révolution française, la répartition des pouvoirs part avant tout de la prééminence de la loi, par opposition au règne de la force, du favoritisme et de l’arbitraire qui caractérisait l’Ancien Régime.

C’est ce que refusent Trump, Le Pen, Farage et l’internationale proto-fasciste. Ce moment devrait alerter sur ce qui pourrait advenir si, par malheur, ce qu’indiquent les enquêtes d’opinion se réalisait. Il n’est pas inutile de prendre le temps d’y faire réfléchir.

 

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