mercredi 19 août 2026

" L’été où la terre a dit non ", l’éditorial de Patrick Le Hyaric




Cet été brûlant restera comme celui où la nature a posé un ultimatum. La terre se fissure. Elle a cessé de nourrir : l’herbe jaunit, les betteraves se flétrissent, les abricotiers ne donnent plus. Les nappes phréatiques sont à sec, les rivières réduites à un filet d’eau. Les récoltes de blé s’effondrent, les tournesols sont passés du jaune au noir. Les abeilles ont disparu. Les oiseaux se cachent.

Les forêts s’embrasent. Des feux si vastes qu’ils érigent des murs de flammes, créant leur propre souffle, leur propre folie. Les animaux, déjà, mangent les réserves destinées à l’hiver. Pourront-ils étancher leur soif demain ?

Accompagnant le silence des bois et celui des terres sèches et craquelées, le désespoir s’étend, lancinant. Tel un cri de la terre et des êtres humains ensemble maltraités par un système qui se moque bien que l’herbe soit verte… pourvu que montent les profits.

Pendant ce temps, le paysan —  visage fermé et épaules lourdes — signe le remboursement de son crédit à la banque. Ses recettes s’assèchent comme la terre. Pour survivre, il lui faudra « décapitaliser » : vendre des parcelles transmises depuis des générations, ou des bêtes sélectionnées avec soin. Lui, il se saigne.

Pendant ce temps, Bayer-Monsanto, Yara International ASA, Nutrien Ltd (premiers fournisseurs mondiaux d’engrais), John Deere, Fendt, New Holland (géants du machinisme agricole), Terrena, Eureden, Via Lactea, Soléval, Tereos, Cargill, Louis Dreyfus, Bunge (spécialistes du négoce, de l’importation et de la fourniture d’aliments pour le bétail)… eux, se gavent de profits.

Ces grands groupes capitalistes considèrent la terre comme un tapis vert à exploiter sans fin. Or, elle est un être vivant. Patiente et généreuse. À condition qu’on la respecte. Les multinationales de l’eau, elles, n’ont que faire de sa rareté.

Pour le capitalisme, l’agriculture, l’eau et la nature ne sont que des domaines nouveau à surexploiter au côté du travail. Le capitalisme surmène et épuise le vivant — humain et non humain.

Pourtant, depuis des années, scientifiques, paysans et paysannes avertissent : le modèle agro-industriel, fondé sur les énergies carbonées, les pesticides, les engrais de synthèse et le labour profond, tue la vie des sols. Il les appauvrit, les compacte, les rend stériles. Comme un corps vidé de son sang, la terre perd peu à peu sa capacité à nourrir.

Mais pressées par les impératifs de la rentabilité financière, les forces du capital qui contrôlent l’agriculture — en amont comme en aval — ont poussé le monde dans un système toujours plus concentré, toujours plus dépendant de la chimie… et des banques. Un système qui a cru pouvoir défier les lois de la biologie et de la physique.

Aujourd’hui, le sol se rebelle. Il ne donne plus. Et avec lui, ce sont des générations de savoir-faire, de traditions, de liens entre les humains et la nature qui se perdent.

D’abord, on nous a expliqué que les pesticides étaient indispensables pour lutter contre les ravageurs. Puis, que les engrais chimiques étaient nécessaires pour augmenter les rendements. Ensuite, que les semences hybrides, brevetées, étaient les seules capables de résister aux aléas climatiques. Et, après cela, les ténors de l’Europe ultralibérale nous ont expliqué que le nec plus ultra de la vie en société était la « concurrence libre et non faussée » et les « marchés ouvert des  traités de libre-échange.  À chaque étape, une nouvelle dépendance. À chaque étape de la mondialisation capitaliste et de la financiarisation, toujours plus de pouvoir sur les vies, sur le travail et sur la nature était transféré entre les mains des multinationales de l’agrochimie, de l’agrobusiness et de l’agro-industrie.

Bilan ? Les petites et moyennes exploitations disparaissent. Un agriculteur français sur deux est endetté. Un sur trois vit sous le seuil de pauvreté. Et 16 % de nos concitoyens sont en précarité alimentaire.

Pire : ils veulent accélérer cette course au désastre, avec la récente loi dite d’urgence agricole, les traités de libre-échange, la déconstruction du Pacte vert européen et l’austérité budgétaire que la Commission européenne veut imposer, tout en aidant toujours moins les fermes à taille humaine.

Face à ce désastre, il faut chercher et entretenir la lueur d’espoir. Elle existe. Elle persiste. Celle de ces paysans qui, contre vents et marées, ont choisi une autre voie. Celle qui, inspirée par l’expérience de nos anciens, voit la terre non pas comme un champ de bataille extractiviste à conquérir, mais comme une alliée à choyer. Une manière de comprendre que la nature, si on ne l’en empêche pas, sait se défendre elle-même. Il faut aussi compter avec les chercheurs, les scientifiques qui, Salon de l’agriculture après Salon de l’agriculture, nous initient à de nouveaux possibles : une agriculture plus économe en intrants et en eau, des variétés nouvelles, anciennes aussi, diversifiées.

Bien sûr, il faut d’urgence obtenir des dispositions publiques  pour éviter l’hécatombe annoncée : gel des dettes des agriculteurs pour au moins vingt-quatre mois, avec leur renégociation ; création d’un fonds d’urgence immédiat d’au moins  5 milliards d’euros, financé par une contribution exceptionnelle prélevée sur les profits des géants de l’agroalimentaire, de la grande distribution, des banques et de l’industrie pétrolière.

Il s’agit de garantir des prix de base à la production rémunérateurs pour des volumes de production raisonnés ; d’interdire la revente à perte ; d’instaurer un coefficient multiplicateur maximal entre le prix payé au producteur et le prix de vente. Il s’agit de taxer les produits importés qui ne respectent pas nos normes sociales et environnementales, et d’engager un programme ambitieux de relocalisation des productions, afin que la terre nourrisse les humains, et non les cuves à biocarburants.

 Mais ces mesures, aussi nécessaires soient-elles, ne suffiront pas. C’est le système qu’il faut changer.

C’est un processus d’« adaptation-transformation » agroécologique, indissociable du droit à une alimentation de qualité pour toutes et tous qu’il faudrait enclencher. Une telle voie se cherche déjà.

Ainsi, plus de 2 000 fermes du réseau DEPHY (Démonstration, Expérimentation et Production de Références sur les systèmes économes en phytosanitaires) ont réduit de moitié leur usage de pesticides. Preuve qu’on peut produire autrement. Sans chimie, ou presque. En s’appuyant sur la rotation des cultures, la diversité des espèces, la présence de haies et de bandes enherbées. Ici, l’être humain agit de concert avec la nature.

Le Réseau Semences Paysannes, lui, a choisi de ressemer ses propres graines, année après année. Preuve qu’on peut échapper à l’emprise des multinationales et à la brevetabilité du vivant. Qu’on peut cultiver des variétés adaptées à son terroir, résistantes, savoureuses. Preuve qu’on peut retrouver sa liberté.

 Les AMAP, les circuits courts et les petites coopératives citoyennes démontrent, quant à elles, qu’une autre relation entre producteurs et consommateurs est possible. Des dizaines d’associations et de municipalités expérimentent déjà des projets de sécurité sociale de l’alimentation.

L’agroécologie, c’est aussi une question de temps, de respect des saisons, des reliefs, des qualités de la terre nourricière. Le temps long — celui des cycles naturels, des saisons, des générations. Pas ce temps court et rapide qu’imposent les  rapaces des marchés financiers, des actionnaires, des dividendes, au mépris des cycles naturels et de la vie. Avec l’agroécologie, il s’agit d’une agriculture qui ne cherche pas à dompter la nature, mais à s’inscrire dans ses cycles, ses rythmes, ses saisons.

Elle appelle à reconsidérer les sols comme les premiers réservoirs d’eau. Les aider à améliorer leur capacité de rétention est possible en fortifiant l’humus par des fumures organiques issues des élevages et des couverts végétaux ; en conservant les zones humides ; en réinstallant des haies ; en préservant les prairies permanentes.

Une telle transformation implique de cesser les spécialisations régionales pour promouvoir une production agricole mixte, mêlant élevage et cultures végétales, élevage et sylviculture, en redonnant aux arbres et à l’agroforesterie toute leur place dans les systèmes agronomiques.

En ce sens, la Politique agricole commune (PAC) doit être réorientée, refondée en y associant les paysannes et paysans-travailleurs.

Elle devrait devenir une Politique agroécologique et alimentaire commune. Elle reconnaîtrait enfin la valeur réelle du travail paysan ; inciterait toutes les innovations environnementales ; garantirait la qualité alimentaire, soutiendrait d’abord celles et ceux qui préservent les sols, la biodiversité, et aiderait la rémunération du travail et non plus l’agrandissement-concentration inconsidéré des fermes. Elle accorderait une nouvelle place à la recherche agronomique publique.

Cet été 2027 pousse un cri de fureur en faveur de cette exigence d’intérêt général : il faut commencer, sans attendre, à faire bifurquer nos systèmes de production agricole et alimentaire.

Enfin, il faut démocratiser l’accès à la terre. On ne peut accepter que les terres agricoles deviennent un simple objet de placement financier. Tels de nouveaux féodaux, des fonds d’investissement rachètent des milliers d’hectares pour spéculer sur les prix et relouer ceux-ci aux paysans, redevenus des serfs, non plus des féodaux mais des maîtres du capitalisme financier.

La Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (SAFER) démocratisée pourrait devenir l’outil permettant de prendre en charge les terres, en les louant prioritairement aux paysans, aux collectifs citoyens, aux communes. Elle pourrait le faire en appelant la création monétaire auprès de la Banque centrale européenne, la Banque publique d’investissement et la Caisse des dépôts. Du reste, le vivant, un climat supportable, l’accès à l’eau ont-ils un prix après cet été ? Il est temps de repenser en termes de valeur d’usage et non marchande.

On peut imaginer des franchises de loyer de longue durée sur ces terres, à condition qu’elles soient cultivées en respectant les cycles de la nature, pour fournir une alimentation de qualité produitelocalement, en lien avec les collectivités et les associations de « citoyens-mangeurs », ou dans le cadre de projets locaux d’expérimentation de la Sécurité sociale de l’alimentation.

Rendre la terre à ceux qui la travaillent et gagner le droit à l’alimentation sont des combats décisifs de notre temps.

Bien sûr, l’« adaptation-transformation », cette impérative « évolution révolutionnaire » ne se fera ni en un jour, ni dans les bureaux climatisés des ministères et de la Commission européenne. Elle demandera du temps, beaucoup de réflexions, de discussions, pour que les paysans — et celles et ceux qui souhaitent le devenir — deviennent maîtres de leur travail et de leur production, au service de toutes et tous.

Ce sera possible en forgeant une nouvelle alliance avec les autres catégories de travailleurs, avec les consommateurs, avec les chercheurs et les élus. Cela impliquera de sortir des orientations austéritaires des gouvernements successifs et d’opérer une refondation radicale de la PAC.

Ce changement est indispensable. La sécurité alimentaire et la souveraineté alimentaire sont désormais sérieusement menacées. Le risque existe que, dans quelques semaines, les prix alimentaires augmentent d’un tiers, alors que salaires et pensions de retraite sont compressés.

La tâche est immense. Les obstacles sont nombreux. Mais l’espoir, lui, est tenace. Il se niche dans les yeux des jeunes qui choisissent de devenir paysans, tout en militant pour une bifurcation sociale, démocratique et écologique de la production et de l’alimentation.

Nous pensons à tous les enfants et à la jeunesse en proposant que le sol puisse encore chanter avec nous.

Patrick Le Hyaric

17 août 2026

 

« Donald Trump, l’échec sans fin », l’éditorial de Christophe Deroubaix.



Évidemment, on peut toujours dauber sur les zigs et zags diplomatiques de Donald Trump, ses coups de menton dans le vide et ses velléités géopolitiques musculeuses qui finissent en flop. Ainsi, le cessez-le-feu de soixante jours entre Washington et Téhéran a expiré lundi sans que le Moyen-Orient vibre plus ou moins que la veille. Donald Trump demeure empêtré dans une guerre dont il est le seul à se proclamer vainqueur, mais il ne trompe néanmoins pas grand monde : la puissance qu’il dirige est plongée dans l’échec jusqu’au cou.

L’ampleur du revers est proportionnellement inverse à la parade à laquelle il aspirait. Elle ouvre un nouveau cycle dans l’histoire du Moyen-Orient. Un certain nombre de pays ont saisi ces derniers mois à quel point le supposé parapluie américain s’avérait perméable et des alliés historiques de Washington dans la région prennent leurs dispositions. À titre d’exemple, l’Arabie saoudite a noué avec la Turquie, membre de l’Otan, et le Pakistan, puissance nucléaire, un inattendu pacte de défense collective. Celui-ci ne doit pas forcément être lu comme un acte de défiance envers les États-Unis, mais comme un geste illustratif d’une nouvelle dynamique : le multi-alignement, vieille méthode théorisée par l’actuel ministre indien des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, est devenu une constante des relations internationales.

Or, dans sa tentative de réassurance d’autorité, Donald Trump exige de l’alignement. Cette « binarité » à la George W. Bush (« Vous êtes avec nous ou contre nous ») conduit à un décalage grandissant entre la marche du monde et l’attitude de la principale puissance qui prétend la dicter. On pourrait ne pas le regretter si Donald Trump ne persistait dans l’erreur, plongeant une région déjà instable dans un chaos permanent. Les États-Unis paient aussi et surtout un soutien inconditionnel à Benyamin Netanyahou, que Joe Biden avait confirmé après le 7-Octobre et que Donald Trump a renforcé. L’échec de la guerre en Iran rappelle cette vérité première : le Moyen-Orient ne sera jamais en paix tant que le peuple palestinien ne pourra exercer son droit à l’autodétermination.

L’allié israélien, dont le rôle a manifestement été déterminant pour convaincre Donald Trump de se lancer dans cette aventure, est aussi le responsable de l’autre impasse majeure dans laquelle s’est empêtré Donald Trump : le dossier palestinien.

 

mardi 18 août 2026



En huant Sébastien Lecornu à son arrivée au Porge, les habitants de cette commune de Gironde en partie détruite par les flammes en juillet ne s’y sont pas trompés. Sa visite avait des accents de retour sur la scène du crime.

Le premier ministre était venu contempler les dégâts de sa politique : des centaines de milliers d’habitants de la région exposés aux fumées toxiques, des milliers d’hectares de forêt brûlés, des dizaines de maisons réduites en cendres, des milliers de travailleuses et de travailleurs contraints au chômage technique par la perte d’activité des entreprises locales, notamment dans le tourisme, et menacés demain de perdre leurs emplois…

Nul doute que si les collectivités locales et les services publics, en particulier les Services départementaux d’incendie et de secours (Sdis), n’avaient pas été laissés exsangues par des décennies de réduction des dépenses publiques, la catastrophe aurait eu moins d’ampleur.

Lecornu est venu « lancer le chantier de la reconstruction ». En 2022, la première ministre, Élisabeth Borne, n’avait pas dit autre chose, après le grand incendie qui avait ravagé le sud des Landes et le Médoc. Las, la base de Canadair promise n’a pas vu le jour. Les propriétaires privés ont replanté les mêmes essences à croissance rapide, très inflammables mais tellement rentables. L’État n’a rien trouvé à y redire. Pis : sa politique forestière et la transformation de l’ONF qu’il a engagée poussent à la surexploitation de la forêt et ne peuvent qu’aggraver les menaces pesant sur son avenir.

Reconstruire et préserver l’avenir, contenir le réchauffement climatique et limiter ses effets implique de rompre avec la politique que poursuit Lecornu à Matignon dans la foulée des Retailleau, Bayrou, Attal, Barnier, Philippe et leurs prédécesseurs, avec, pour boussole, l’accaparement des ressources par les ultras riches, qu’elles soient naturelles ou produites par le travail. Cette rupture ne peut venir que des rangs de la gauche. Il appartient à ceux qui y sont les plus résolus, parmi lesquels les communistes, de lui donner forme en construisant un projet rassembleur et mobilisateur.

 

lundi 17 août 2026

« Quand Lecornu se paye de mots à défaut de solutions pérennes », l’éditorial de Cathy Dos Santos.



Les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Sébastien Lecornu, lui, croit dur comme fer qu’il agit vite et bien « parce qu’une parole donnée n’a de valeur que si elle est tenue ». Voilà le fil conducteur de la lettre qu’il a adressée samedi aux agriculteurs : le gouvernement aurait entendu leur colère et serait préoccupé de leur détresse face à un climat indomptable.

Fait troublant : le Conseil constitutionnel a validé la veille la presque totalité de la très controversée loi d’urgence agricole, qui autorise la réintroduction de l’acétamipride et du flupyradifurone – à deux réserves près – au nom de « l’intérêt général » ! Comme si le recours à ces poisons était sans danger pour les humains et les écosystèmes. Même logique concernant la gestion de l’eau. La loi d’urgence agricole, supervisée par les lobbyistes de l’agriculture intensive, facilitera le stockage de l’eau et, dans les faits, l’accaparement de l’irrigation par une minorité au détriment d’une répartition juste et équitable, alors que la France a soif.

La décision des « sages » est un bras d’honneur à l’incroyable mobilisation citoyenne contre la loi Duplomb. Sébastien Lecornu a beau crier victoire, le texte qui entrera en vigueur n’apportera pas de solutions pérennes aux souffrances du monde paysan, qui ne subit pas seulement les répercussions du dérèglement climatique. Il pâtit de choix politiques qui font la part belle aux syndicats et mastodontes du modèle intensif. Ceux-là mêmes qui, obnubilés par les gains de compétitivité, dévorent des énergies fossiles et des intrants chimiques au mépris de la santé, de la nature et du devenir d’un grand nombre d’exploitations.

Le premier ministre se gargarise du travail de l’exécutif, après la gestion calamiteuse des mégafeux et l’image déplorable que renvoie le président des riches sur son jet-ski. Il promet des mesures à la hauteur de l’époque sinistrée que nous vivons. Mais le flou est son royaume. Pas l’ombre d’une planification à moyen et à long terme pour atténuer les impacts d’une crise climatique systémique. Le cadre de la discussion sur le budget 2027 à l’automne est, en revanche, posé. Comme un jour sans fin, le gouvernement n’a que le mot austérité à la bouche. L’opération com de Matignon ne fera pas long feu.

 

vendredi 14 août 2026

« Sécurité et souveraineté alimentaires sont en jeu », l’éditorial de Rosa Moussaoui.



Cet infernal été laisse déjà derrière lui, en Europe, des champs brûlés, des récoltes perdues, des exploitations promises, sans soutien public, à la faillite. Quand il ne pleut plus pendant des semaines, quand les sols se dessèchent, quand les températures s’envolent au-dessus des seuils de résistance des cultures au stress thermique, c’est la sécurité et la souveraineté alimentaire qui sont en jeu.

Nous ne vivons pas une crise passagère, et elle n’a pas commencé en 2026. Les chiffres sont cruels : les pertes de récoltes ont triplé en Europe depuis les années 1960 et le secteur agricole européen perd déjà plus de 28 milliards d’euros par an sous l’effet des événements météorologiques extrêmes. Et ce n’est qu’un début.

Nous vivons sous un nouveau régime climatique avec des vagues de chaleur toujours plus longues, plus violentes, plus fréquentes. Produire de la nourriture, dans ces conditions, devient de plus en plus difficile, de plus en plus coûteux. Et quand les récoltes sont amputées, les prix montent, avec une inflation alimentaire qui affecte en premier lieu les plus modestes, les classes populaires.

L’adaptation à cette nouvelle donne climatique ne peut plus attendre ; elle implique des transformations radicales des modèles et des pratiques agricoles, des investissements massifs dans la recherche, une protection collective des paysans exposés à des chocs de plus en plus brutaux. Relever ces défis est impossible dans le carcan de la « concurrence libre et non faussée » qui sert de boussole aux politiques européennes. Laisser le marché dicter seul sa loi, c’est mettre en péril des milliers d’exploitations et l’accès aux vivres de millions de personnes.

Il n’y aura pas de retour en arrière : le climat d’hier ne reviendra pas. Mais on ne s’adaptera pas indéfiniment à des températures qui finiront par franchir les limites biologiques de la plupart des espèces végétales sous nos latitudes. Seule une réduction colossale des émissions de gaz à effet de serre, en sortant des énergies fossiles, peut contenir le réchauffement. Et chaque fraction de degré compte, pour préserver un monde compatible avec l’agriculture, avec la vie humaine elle-même.

 

Dans « Paris Match », Emmanuel Macron dépeint en capitaine de jet-ski, le billet de Maurice Ulrich.



Un capitaine de pédalo dans la tempête. C’était en 2011 et ce n’était pas très gentil. Sauf erreur, c’est François Hollande qui avait été qualifié ainsi, à l’époque, par Jean-Luc Mélenchon. Emmanuel Macron s’en est-il souvenu, lui qui apparaît à la une de Paris Match aux commandes d’un puissant jet-ski, au large de sa résidence d’été de Brégançon avec cette légende « Dernier été aux commandes », et, en pages, « chevaucher les vagues pour mieux s’immerger dans ses dossiers » ?

On le voit aussi sur une sorte de planche de surf et là : « le secret du pouvoir c’est la recherche de l’équilibre »… Les auteurs de cette mise en scène dans l’hebdomadaire de l’ami Bernard Arnault semblent avoir sous-estimé le poids des mots et le choc des photos.

Quand la France vient de brûler et que les Français subissent la cinquième canicule de l’été, présenter le président s’adonnant aux joies des sports nautiques ce n‘était peut-être pas la meilleure des idées. Avec des amis comme ça, a-t-on encore besoin d’ennemis ? Le pédalo, si c’était humiliant c’était quand même populaire.

jeudi 13 août 2026

« Le malaise social chez les pompiers », l’éditorial de Cédric Clérin.



On connaît la propension de nos gouvernants à vouloir minimiser, invisibiliser ou folkloriser les grèves afin de mieux les neutraliser. Ils auront pourtant bien du mal à éluder le message porté par celle des pompiers, tant il est reçu positivement dans l’opinion publique. Voilà des fonctionnaires qui exercent leur métier dans des conditions indignes au regard des services qu’ils rendent à la société. Certes, le néolibéralisme a tout fait pour que les serviteurs du bien commun soient maltraités. Les enseignants ou les soignants, entre autres, en savent quelque chose. Mais la force des images des incendies a placé les pompiers sur le devant de la scène et rendu leur condition encore plus insupportable.

Ce qui ajoute encore à leur colère, c’est qu’au-delà de rémunérations faibles, ils doivent pallier les manques installés par des choix politiques désastreux. Outre les incendies estivaux, ils interviennent désormais tout au long de l’année sur les cendres du service public de la santé. Dans certains départements, les interventions ont augmenté de plus de 50 % en dix ans ! Comble du cynisme, les gouvernements macronistes ont préféré faire appel aux volontaires plutôt que de renforcer le statut des professionnels pour absorber le choc qu’ils ont eux mêmes créé.

L’été, les pompiers doivent affronter les incendies sans les équipements nécessaires et l’appui des moyens lourds que les gouvernements ont refusé de financer. Au bout du compte, c’est leur santé qui est mise en danger. Envoyés au feu, ils sont pourtant abandonnés lorsqu’il s’agit de reconnaître les maladies professionnelles auxquelles ils sont exposés.

Leur santé n’est pas seulement une question de justice ou de capacité à faire face aux événements climatiques extrêmes liés au réchauffement planétaire. 87 % de leurs interventions concernent l’aide à la personne, c’est donc en réalité chaque citoyen qui est concerné. Le malaise social chez les pompiers est le symptôme de la dégradation des services publics et un signal d’alerte sur les dangers d’une société façonnée par les logiques néolibérales. Le crédit politique du macronisme finissant a cramé depuis longtemps, mais il aggraverait encore son cas en s’entêtant dans le déni.

" L’été où la terre a dit non ", l’éditorial de Patrick Le Hyaric

  Cet été brûlant restera comme celui où la nature a posé un ultimatum.  La terre se fissure.  Elle a cessé de nourrir : l’herbe jaunit, l...