À l’exception
de l’Espagne, le mouvement contre la très dangereuse guerre au
Moyen-Orient reste trop faible en Europe et au-delà.
Pourtant, jour
après jour, la situation s’alourdit de périls, attisés par l’agression
« américano-israélienne » – en violation d’une multitude de textes
constitutifs du droit international – et par les répliques iraniennes,
déversant leurs missiles et leurs drones, sur les intérêts américains dans
les pays du Golfe. Cette stratégie iranienne, qui vise à pousser ces nations à
intervenir auprès de Trump pour que cessent les bombardements sur l’Iran,
blesse tout autant le droit international.
Un cran
supplémentaire est franchi avec le blocage du détroit d’Ormuz et les
bombardements sur des sites énergétiques et des laboratoires nucléaires
iraniens. Toujours en violation du droit international.
Déjà une crise
énergétique mondiale se répand avec de redoutables conséquences pour l’ensemble
de l’activité économique mondiale, dans un contexte où déjà,
les indicateurs dits de « croissance économique »
restaient bloqués au plus bas.
La faiblesse du
mouvement des peuples, des mouvements populaires et anti-guerres, dans nos
pays, est à rechercher dans la difficulté d’articuler refus de
cette guerre du duo maléfique américano-israélien et soutien au peuple, aux
jeunes, aux femmes, aux travailleurs iraniens, en quête d’une perspective de
libération et d’émancipation contre l’impitoyable et criminelle théocratie
islamique.
Les narrations
médiatiques de cette agression et les récits confusionnistes sur la réalité du
droit international renforcent les volontés de stériliser tout mouvement
populaire en faveur du droit et contre la guerre.
La féroce
répression des mollahs contre les citoyennes et citoyens iraniens se
poursuit sous le déluge de fer et de feu américano-israélien. Le
mouvement prérévolutionnaire engagé depuis des mois est
ainsi étouffé sur l’autel des intérêts supérieurs de l’imperium. La guerre
menée par Israël et les États-Unis n’est en rien une guerre
de libération du peuple Iranien, pas plus que les ripostes
iraniennes ne sont une résistance anti-impérialiste pour
l’émancipation populaire. Le peuple iranien est pris en otage, sa
souveraineté politique totalement entravée.
Du reste les
discours éructés par la Maison Blanche et par les cercles fascisant du pouvoir
de Tel – Aviv, appelant au renversement de la dictature de Téhéran, couvent une
multitude de dangers dont le peuple iranien n’est pas dupe. Il est certain
qu’en matière de démocratie, il y a mieux que l’écrasement de Gaza ou la chasse
aux migrants de Minneapolis, et les tirs à balles réelles sur les opposants
dans la rue.
Le peuple
Iranien mesure la duplicité du chef de l’imperium engagé depuis le début
de cette année dans un cycle criminel d’agressions, du Nigeria au Venezuela, du
Groenland à Cuba jusqu’à la Perse, tout en livrant des armes américaines à son
sous-traitant régional, pour écraser la Palestine et faire, -selon la formule d’un
ministre israélien-, de « la banlieue sud de Beyrouth un nouveau Khan
Younes ». C’est-à-dire de l’écraser comme à Gaza.
Pour tromper le
monde et paralyser les mouvements populaires, les torrents de déclarations
erratiques, parfois contradictoires de Trump jouent sur
une ambiguïté permanente, pour camoufler la cohérence de la
nouvelle doctrine impériale. Au lieu du concept de « changement de
régime » utilisé autrefois par les néoconservateurs américains, il
s’agit maintenant de viser « le changement de comportement d’un
régime ». À partir de là, on peut, au choix, emprisonner les
dirigeants d’un pays comme au Venezuela ou les assassiner comme en Iran.
Il y a là plus
qu’une nuance ! Il s’agit d’acheter, ou de faire éclore un changement
d’options du personnel politique depuis l’intérieur de l’État. Trump a expliqué
qu’il peut envisager de coopérer avec des « dirigeants religieux »
s’ils sont évidemment favorables aux intérêts américains.
Le premier de
ces « intérêts » étant le pétrole. Expliquant après coup les raisons
de la guerre en Irak, l’ancien président de la Réserve fédérale américaine,
M. Greenspan avouait dans ses mémoires : « Il est
politiquement gênant de reconnaître ce que tout le monde sait : la guerre
en Irak est largement une question de pétrole ». Il en est de
même avec cette guerre : le pétrole et le contrôle du Moyen-Orient. Deux
objectifs qui n’en font qu’un. L’économiste et géographe David Harvey l’a très bien expliqué : « Quiconque contrôle le Moyen-Orient, contrôle le
robinet du pétrole mondial et quiconque contrôle le robinet du pétrole mondial
peut contrôler l’économie mondiale ».
Le capitalisme
Nord-américain compte se relancer en faisant main basse sur les robinets de
pétrole du Golfe permettant de contrarier les demandes et besoins de
La Chine. La mise en place de co-entreprises entre des mastodontes du numérique
et de l’intelligence artificielle américaines avec les pétromonarchies du Golfe
pour construire des centres de données très énergivores, en captant
d’énormes masses de capitaux et une énergie bon marché dans ces
États, renforce encore le grand capital Nord-américain dans cette guerre. Les
3 000 milliards de dollars d’actifs issus du pétrole détenus par les
fonds souverains des États du Golfe l’intéressent au plus haut point.
Ainsi, les mandataires du grand capital international justifient cette
guerre en faisant croire qu’il s’agit de libérer le peuple iranien du joug des
mollahs, alors qu’il s’agit de reconfigurer le Moyen-Orient à leur guise,
s’accaparer les ressources en hydrocarbures, détruire la possibilité d’un
État pour les Palestiniens, fragmenter le Liban, mais aussi la Syrie et l’Iran
après la Libye et l’Irak.
L’onde de choc
se répand d’ores et déjà dans le monde entier avec le renchérissement du prix
de l’énergie qui risque de pousser des centaines de millions de familles
populaires supplémentaires dans les difficultés financières, la misère et la
pauvreté, tandis que les accords de Paris sur la réduction de la consommation
d’hydrocarbures continuent d’être violés au détriment du climat et de la
biodiversité. Il est curieux que les commentaires politiciens d’après élections
municipales n’abordent aucunement ces cruciaux enjeux pour la vie quotidienne
de l’immense majorité de nos concitoyens.
Dans sa
recherche de domination du monde, Washington a besoin du désordre
mondial, de la violation permanente de la charte de L’ONU, du pompage des
richesses créent par le travail en Europe comme au Moyen-Orient ou en Amérique
Latine pour combler ses déficits et alimenter son complexe militaro-industriel.
Il y a urgence pour l’Union européenne à sortir du suivisme, même tacite,
des visées et des analyses élaborées dans les couloirs de la Maison Blanche. Les peuples doivent se faire
entendre pour y parvenir. Ils doivent refuser la guerre et son
corollaire : « l’économie de guerre ».
De nouvelles cures d’austérité se préparent. En trois semaines de guerre contre l’Iran, les
États-Unis ont consommé plus d’armes que la totalité de celles qu’ils ont
livrées à l’Ukraine depuis 2022. Les « énergies sociales » se
manifestent. Le peuple ukrainien résiste. Les peuples
iraniens souffrent et aspirent à la liberté sans les
bombes. L’impérialisme étasunien n’enraye pas son propre déclin. Les
grands pays de l’OTAN refusent pour l’instant de s’engager dans cette aventure.
Une cassure a dû se produire avec les menaces d’agression contre le Groenland,
le Canada ou l’Union européenne. Celle-ci n’est pas réparée. Et le discours de
Trump aux capitalistes européens lors du Forum de Davos ne produit pas les effets
escomptés. Ceci ne fera que renforcer les contradictions internes du
capitalisme qui ne le rendent encore que plus dangereux dans sa mise au pas des
travailleurs et des peuples. Raison de plus, d’agir sur ces contradictions afin
de porter haut le drapeau de la paix, des libertés, de la justice sociale et
écologique.
Quand les risques accrus de dérapage et de basculements vers une guerre
mondiale – qui serait la fuite en avant devant des contradictions
devenues insolubles – il est urgent, décisif, crucial de se mêler des
affaires du monde.
Un mouvement
populaire en Europe, combinant la défense des conquis sociaux et le
« pouvoir de vivre mieux » et le combat contre les guerres,
doit rejoindre et renforcer, le mouvement des femmes, des étudiants et des travailleurs
iraniens, soutenir l’opposition à Trump aux États-Unis et son mouvement de
défense des libertés publiques, du pouvoir d’achat populaire, des droits des
migrants. Le 28 mars sera une nouvelle journée anti-Trump aux
États-Unis.
Combat pour la
paix et pour le respect du droit international, luttes
sociales et écologiques, s’imbriquent, s’épaulent, se mêlent pour porter
l’émancipation et un nouvel internationalisme en actes.
C’est un large
mouvement des peuples, aux États-Unis comme en Europe, dans les pays arabes
comme en Amérique Latine ou en Afrique, contre toutes les guerres à commencer
par les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, qui peut écarter les risques
d’une guerre mondiale.
Dans notre
pays, à cause de sa constitution et de son régime présidentialiste,
l’immensité des enjeux nous confèrent une grande responsabilité.
Contrer les
projets trumpiens ou Poutiniens appelle à combattre
l’arrivée au pouvoir d’une union des droites autour du rassemblement national
dont on a vu les prémisses lors des élections municipales. À l’opposé, la
construction d’une union populaire pour le progrès social, écologique,
démocratique et un internationalisme appuyé sur le droit international et la
paix, constituerait un puissant souffle progressiste pour d’autres peuples. Telle
devrait être la tâche de l’heure.