jeudi 9 juillet 2026

« Sainte-Soline a été le théâtre d’un scandale absolu », l’éditorial de Marion d’Allard.



C’est une nouvelle pièce à charge contre le gouvernement dans le dossier Sainte-Soline. Rendu public mercredi, l’avis de la Défenseure des droits sur l’opération de maintien de l’ordre, le 25 mars 2023, aux abords de la méga-bassine des Deux-Sèvres, est implacable. Et accablant. Tirs non réglementaires, ordres illégaux, « indignité des propos tenus » par nombre de militaires déployés sur le site…

« Les autorités ont adopté une logique de confrontation ayant conduit à un lourd bilan humain. » La main de Claire Hédon n’a pas tremblé, qui pointe l’enchaînement invraisemblable des défaillances, du donneur d’ordres au simple exécutant, en passant par les enquêtes, bâclées, des services en interne.

Oui, Sainte-Soline a été le théâtre d’un scandale absolu : une débauche de violence, un usage disproportionné de la force par des agents surarmés, dopés au ressentiment par une hiérarchie déterminée à en découdre avec ceux que Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur, qualifiait d’« écoterroristes ». Les mots sont lourds de sens mais les faits sont têtus.

Dénoncées immédiatement par les militants, ONG, journalistes et élus qui, sur place, ont eu à essuyer une pluie de bombes lacrymogènes et de grenades de désencerclement, les exactions sécuritaires à Sainte-Soline ont par la suite été – et à multiples reprises – corroborées par la presse. Mais rien n’a fait bouger l’exécutif. En rang serré, droite, extrême droite et Macronie se sont tapis à l’ombre des képis.

Des sanctions lourdes doivent être prononcées. Seules capables de restaurer l’État de droit auquel cet épisode a notablement, et pour longtemps, porté atteinte. À la lumière de cette affaire, la « présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre », votée en début de semaine à l’Assemblée nationale, est plus terrible encore.

Un blanc-seing, offert à ceux qui ont terrorisé à Sainte-Soline, à ceux qui tuent lors de refus d’obtempérer, à ceux qui répriment les mouvements sociaux, à ceux qui discriminent et maltraitent les habitants de quartiers populaires, à ceux, qui, si l’extrême droite l’emporte dans quelques mois, n’auront qu’à se draper dans leur supposée légitimité.

 

« Emmanuel Macron a choisi son défenseur des droit(e)s, le billet de Maurice Ulrich.



Elle avait franchi en 2021, selon Emmanuel Macron, « les limites de l’imbécillité », en suggérant des mesures audacieuses comme la suspension, dans certains quartiers, des contrôles d’identité. Il faut supposer qu’en proposant pour remplacer Claire Hédon au poste de Défenseure des droits le sénateur LR François-Noël Buffet, il fait le choix des limites de l’intelligence.

Dès 2013, l’élu, qui se réclame du gaullisme social, n’en participe pas moins aux manifestations s’opposant au mariage homosexuel et signe la charte de la Manif pour tous en 2014. Cette même année, il est nommé secrétaire national de l’UMP chargé de l’immigration par Nicolas Sarkozy ; en 2016, il soutient François Fillon et, en 2017, Laurent Wauquiez. En 2021, il vote contre l’extension de la PMA et, en 2024, il s’oppose à la constitutionnalisation de l’IVG…

Plus récemment, ministre lui-même auprès du ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, il a participé au durcissement des sanctions contre les campements des gens du voyage avec de nouveaux pouvoirs répressifs des préfets… Emmanuel Macron a choisi son défenseur des droit(e)s.

mercredi 8 juillet 2026

« Marine Le Pen condamnée et en campagne, un boulet au pied », l’éditorial de Maud Vergnol.



Imagine-t-on une candidate à la fonction suprême faire campagne fraîchement condamnée en appel ? Ce sera une première dans l’histoire de la Ve République. Une première qui dit quelque chose de l’état de notre démocratie. En choisissant de se pourvoir en cassation, Marine Le Pen a donc choisi d’enjamber la case prison (en l’occurrence le port du bracelet électronique) pour se lancer pour la 4 e fois à l’assaut de l’Élysée.

La délinquante en col blanc part cette fois lestée d’un sacré boulet au pied. L’arrêt rendu par la Cour d’appel, bien plus clément que les cinq ans d’inéligibilité réclamés par le parquet général, complique désormais le récit de « l’acharnement du système » à l’encontre de ces oies blanches que seraient les dirigeants du Rn.

Le parti d’extrême droite a dû réécrire à la hâte le récit qu’il avait commencé à installer : celui d’une candidate « naturelle » empêchée par un « système » judiciaire hostile et autres « juges rouges », que le RN avait jetés en pâture après le jugement de première instance en mars 2025, encourageant des campagnes de harcèlement d’une violence inédite contre des magistrats. Lors de son passage à TF1, la candidate aux mains sales a forcé le trait d’une stature présidentielle apaisée. Marine Le Pen a visiblement jugé plus supportable le boulet de la condamnation que de regarder, depuis les gradins, l’ascension d’un successeur susceptible de lui échapper. 

Jordan Bardella aurait sans doute été un adversaire moins redoutable. Ses récentes prises de position en faveur d’un report de l’âge légal de départ à la retraite, ses déclarations d’amour au grand patronat, son idylle avec une descendante bling-bling des rois de France, auraient pu détourner une partie de l’électorat populaire du RN.

Le programme reste le même, les dangers qu’il représente intacts, et les difficultés de l’adversaire ne font jamais, à elles seules, les victoires de demain. D’autant que la stratégie de la cassation a un autre mérite pour la candidate d’extrême droite : continuer de saturer l’espace médiatique avec ce feuilleton judiciaire interminable.

 

mardi 7 juillet 2026

« L’Assemblée nationale va-t-elle armer le bras de l’arbitraire ? », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



Ce 7 juillet, l’Assemblée nationale s’apprête à débattre d’un texte qui prône l’instauration d’une « présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre ». Sous couvert de protéger ceux qui nous protègent, cette proposition de loi opère un dynamitage de l’État de droit.

Depuis la loi de 2017 assouplissant les règles de tir lors des refus d’obtempérer, des dizaines de personnes ont été tuées. Mais le texte examiné va aggraver la situation. Il propose un basculement inédit. Depuis 1789 et l’article 12 de la Déclaration des droits de l’homme, la force publique est instituée « pour l’avantage de tous ».

Dans notre tradition républicaine, le policier est soumis aux mêmes lois que les autres. Face à la justice, c’est à lui et à sa hiérarchie de prouver que l’usage de la force létale était absolument nécessaire et proportionné.

Inverser cette logique en créant une « présomption » signifie que la parole policière devient une vérité légale par défaut. Le 10 mai 1793, Robespierre mettait en garde la Convention contre cette immunité de la violence d’État : « Le gouvernement est institué pour faire respecter la volonté générale ; mais les hommes qui gouvernent ont une volonté individuelle, et toute volonté cherche à dominer : s’ils emploient à cet usage la force publique dont ils sont armés, le gouvernement n’est que le fléau de la liberté. »

Voter cette proposition de loi reviendrait précisément à défaire ce que la Révolution française avait tenté de verrouiller : elle désarme le citoyen et le juge face au « bras armé » de l’État. Les promoteurs de ce texte feignent de croire que les institutions restent stables à jamais et que l’exécutif sera toujours « bienveillant ».

Mais que se passera-t-il si ce dispositif juridique, qui peut s’apparenter à un « permis de tuer » institutionnalisé, tombe entre les mains d’un pouvoir de nature autoritaire ? Une police jouissant d’une impunité face aux tribunaux devient l’outil parfait pour mater la contestation sociale et installer un régime d’exception. L’histoire prouve que les régimes autoritaires n’ont pas toujours besoin d’inventer de nouvelles lois ; il leur suffit d’utiliser celles qu’on leur a laissées dans les tiroirs.

 

Quand Marine Le Pen reprend « le Chant des partisans », le billet de Maurice Ulrich.



« Ami si tu tombes un ami sort de l’ombre à ta place ». Ce sont des paroles du Chant des partisans, qui fut celui de la résistance au nazisme. Et c’est en brandissant la flamme de sa résistance que Marine Le Pen les a reprises en meeting à Liévin, à trois jours du jugement de mardi. On imagine que l’ami sortant de l’ombre à sa place n’est autre que Jordan Bardella.

À son tour de porter la flamme, l’emblème du Rassemblement national après avoir été la flamme du Front national, transmise à Marine Le Pen par son père, qui la tenait lui-même du MSI, le parti néofasciste Italien, quand ce dernier avait aidé en ami à la création du Front, en 1972, avec le concours des anciens SS Pierre Bousquet et Léon Gaultier.

On entend l’écho de ces autres paroles du Chant des partisans : « Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines »… avec ces mots d’une internaute : « Marine Le Pen, laissez le Chant des Partisans tranquille. Mon père était résistant. N’imaginez pas qu’on a oublié. »

 

lundi 6 juillet 2026

« Bernard Arnault rattrapé par le fisc, ça alors ! », le billet de Maurice Ulrich.



Mais qui aurait pu imaginer que Bernard Arnault puisse être soumis à un redressement fiscal de 22,5 millions d’euros par une décision de la cour d’appel administrative de Paris en raison, semble-t-il, de la gestion du groupe LVMH à travers des holdings aboutissant à une société basée en Belgique, lui permettant de réduire son imposition en France ? Qui aurait pu y penser ?

Sophie Binet, peut-être, la secrétaire nationale de la CGT mise en examen pour « injures publiques ». Elle avait dit, avec une formule populaire et à la suite d’une déclaration du même Bernard Arnault, estimant qu’une contribution sur les bénéfices des grandes entreprises pousserait à la « délocalisation », que « les rats quittent le navire ».

Et que leur seul objectif était « l’appât du gain ». L’enquête, qui a abouti à la décision de la cour, aurait fait appel à l’assistance du Luxembourg et des Bahamas où le premier milliardaire de France a le bonheur de posséder une île. Selon un de ses porte-parole, il va engager un recours auprès du Conseil d’État.

dimanche 5 juillet 2026

« Faire vivre le droit aux vacances », l’éditorial de Fabien Gay



L’été revient avec son cortège de cartes postales, de plages bondées et de départs sur les routes. Mais derrière cette image familière se cache une réalité plus brutale : partir en vacances avec Bison futé demeure, pour des millions de nos concitoyens, un privilège plutôt qu’un droit.

Selon l’Observatoire des inégalités, en France, en 2024, près de quatre personnes sur dix ne partent pas chaque année.

Il fut pourtant un temps où les vacances incarnaient une conquête sociale. En 1936, avec les congés payés, le Front populaire ne se contentait pas d’accorder deux semaines de repos aux salariés. Il affirmait une idée révolutionnaire : le temps libéré appartient aussi au monde du travail. Les vacances devenaient un espace d’émancipation, de découverte, de culture, de rencontres.

Cette ambition s’est prolongée avec le développement des colonies de vacances, des centres de loisirs, des villages de vacances associatifs, des comités d’entreprise ou encore des politiques publiques portées par les collectivités dont les élus communistes furent précurseurs et avant-gardistes. Des générations d’enfants ont découvert la mer, la montagne ou la campagne grâce à ces dispositifs. Pour beaucoup, ces séjours furent le premier voyage, la première nuit loin de chez eux, parfois la première occasion de croire que le monde leur appartenait aussi.

Aujourd’hui, ce modèle est fragilisé. Les colonies de vacances accueillent beaucoup moins d’enfants qu’autrefois. Les difficultés financières des familles s’ajoutent à celles des collectivités. La décision récente de la région Île-de-France de se désengager, sans solution alternative à ce jour, du centre de vacances de Cancale, en Bretagne, illustre cette réalité.

Un engagement précieux

Heureusement, des acteurs refusent cette résignation. C’est le cas de nombre d’acteurs de l’économie sociale et solidaire qui font vivre cet héritage avec leurs structures d’accueil solidaire. C’est aussi le Secours populaire, avec sa Journée des oubliés des vacances, qui rappelle chaque été que le droit aux vacances ne peut dépendre du niveau de revenus. Des milliers de bénévoles permettent à des enfants et à des familles de connaître, parfois pour la première fois, la joie d’une journée au bord de la mer ou d’un séjour loin des difficultés du quotidien. Les sections du PCF organisent elles aussi des journées à la mer, permettant de faire découvrir ce plaisir à des enfants de leurs villes. Leur engagement est précieux.

Les caisses d’allocations familiales continuent d’accompagner de nombreuses familles grâce aux aides aux vacances. Ces dispositifs demeurent essentiels. Pourtant, ils sont souvent insuffisants face à l’augmentation du coût des transports, des hébergements et des loisirs. Quand le pouvoir d’achat recule, les vacances deviennent la première variable d’ajustement des budgets familiaux.

À cela s’ajoute un défi nouveau : le dérèglement climatique. Les canicules se multiplient et frappent d’abord les plus modestes, ceux qui vivent dans des logements mal isolés, sans jardin, sans possibilité de quitter les villes suffocantes. Les vacances ne sont plus seulement un moment de détente ; elles deviennent aussi un enjeu de santé publique. Pouvoir respirer un air plus frais, accéder à la nature, offrir quelques semaines de répit aux plus vulnérables est désormais une nécessité et doit devenir un droit !

Garantir à chacun le droit au repos, au voyage, à la découverte et à la beauté, c’est prolonger l’esprit de 1936. C’est considérer que l’émancipation ne s’arrête pas aux portes de l’entreprise ou de l’école.

 

« Sainte-Soline a été le théâtre d’un scandale absolu », l’éditorial de Marion d’Allard.

C’est une nouvelle pièce à charge contre le gouvernement dans le dossier Sainte-Soline . Rendu public mercredi, l’avis de la Défenseure de...