mardi 21 avril 2026

« L’ogre nourrit la bête immonde », la chronique de Patrick Le Hyaric.



« Je me sers de mes médias pour mener un combat civilisationnel », a un jour déclaré l’ogre, en petit comité *.

On le croit. Il le prouve jour après jour.

Les télévisions, les stations de radio, les journaux, les maisons d’édition qu’il a avalé de ses grosses mâchoires plaquées or, s’agitent dès le petit matin, pour nous décrire un pays fantasmé. Une France rance minée par une prétendue bien-pensance de gauche et une modernité contraire aux grandes valeurs françaises. La nation serait au bord du péril identitaire et existentiel. Il faudrait la régénérer autour d’une race blanche et d’une civilisation chrétienne idéalisée.

Le tout mélangé à l’agitation de passions tristes et de peur de « l’autre », de « l’assisté » qui, tenaillé par la pauvreté, serait le coupable des malheurs du voisin qui survit dès la moitié du mois avec un compte en banque essoré. La mobilisation du « bon sens » autorise toutes les surenchères convoquées au côté du racisme, du conspirationniste, du masculinisme, du rejet de la préservation de l’environnement.

On le croit.

La semaine dernière, l’ogre vient, non pas seulement de faire main basse sur la prestigieuse maison d’édition Grasset, mais d’en prendre le contrôle politique en limogeant son directeur Olivier Nora. Ce faisant, il a entraîné la démission de centaines d’auteurs d’opinions très diverses et soulevé un mouvement général de protestation et de demande de protection des auteurs et des éditeurs.

Les moyens de la guerre industrielle, médiatique et politique

C’est ici le dernier repas de l’ogre. Pour en arriver là, ses puissants tentacules dans les sphères industrielles, politiques, médiatiques et financières développés sur fond d’exploitation, de colonialisme, d’extractivisme lui ont permis de se rassasier à la table du grand festin capitaliste. Multicarte, il se déploie dans la publicité, la communication, les médias et l’édition après avoir étendu son empire dans l’industrie, avec Bolloré Energy, l’agriculture avec Socfin qui contrôle 390 000 ha de concessions, de palmiers à huile et d’hévéa en Afrique et en Asie, dans la gestion et la surveillance des flux et des frontières avec Automatic Systems et Easier, la sécurité dans l’espace public avec Indestat, le conseil en numérique dans les collectivités locales avec Polyconseil. Sa branche logistique en fait l’un des principaux acteurs du fret aérien, maritime et routier mondial.

Ainsi M. Bolloré, ogre et pieuvre se donne les moyens de la guerre industrielle, médiatique et politique au service de son « projet de civilisation », jumeau de celui de Trump et de son entourage aux États-Unis. Il est notamment l’instigateur, avant les élections législatives de juillet 2024, de la rencontre entre la chef de l’extrême droite et le président des LR d’alors, M. Ciotti. Militant actif de l’union des droites, il met ses télévisions, radios et journaux au service d’une coalition des droites extrémisées sous-direction de l’extrême droite en vue des élections présidentielles à venir.

La machine de guerre culturelle constituée par cet empereur capitaliste qui, selon ses dires, veut « servir le Christ » sous l’œil complice de gouvernements successifs, est bien trop sous-estimée.

La folle logique de financiarisation de la culture

Sa venimeuse dangerosité pour la démocratie, le pluralisme et la culture est bien trop banalisée : à ses radios, journaux, télévisions s’ajoutent, des outils de productions audio-visuelles, studios, salles de spectacle, système de billetterie, plateformes de diffusion en ligne, enseignes commerciales en situation de monopole dans les gares et les aéroports, organismes de sondages, agence de publicité, sociétés d’édition de jeux vidéo ainsi que l’immense majorité des maisons d’édition de livres, dont celles des manuels scolaires.

L’ogre a méthodiquement bâti un système hermétique où radios, télévisions, journaux Bolloré, promotionnent, avec l’appui des agences de communication Bolloré, les livres des maisons d’édition Bolloré, des auteurs choisis par les troisièmes couteaux de Bolloré, mis en vente en tête de gondole dans les points de vente Relay H de la maison Bolloré. Et, dire que ces gens-là sont pour « la concurrence libre » !

Ainsi, il étouffe peu à peu le désir du divers, du pluriel, de la nuance, des dissonances, des confrontations et des complexités. Ainsi, dans sa folle logique de financiarisation de la culture, la liberté de création et d’expression est une contrainte à briser.

Pour contre-attaquer l’indignation et la résistance qui s’expriment depuis sa décision de limoger le directeur de Grasset, l’ogre en personne a pris la plume dans SON journal du dimanche. Il y explique que le différend porte sur la date de parution du livre de Boualem Sansal. Ainsi, à l’exigence éditoriale et au temps de l’écriture, il impose le temps raccourci de la transaction, de la marchandisation, du bruit entêtant des tiroirs-caisses.

Il suffit de s’arrêter un instant devant un étal de vente d’un Relay H pour vérifier la combinaison de la marchandisation et de la mise en évidence des auteurs de droite et d’extrême droite. Ajoutons qu’en vis-à-vis du texte de l’ogre dans le journal du dimanche, figure celui d’un porte-plume expérimenté des extrêmes droites, qui glorifie l’éviction d’Olivier Nora avec une encre qui renoue avec les effluves nauséabonds de l’antisémitisme.

À l’image de ce qui se déploie aux États-Unis, l’ogre est l’un des visages brunâtres d’un capitalisme français remodelant le paysage idéologique et culturel pour mieux contrôler les imaginaires ; dicter les œuvres de l’esprit, posséder les routes de l’information et maîtriser la circulation des idées pour mieux les enfermer.

Le groupe politico-médiatique ainsi constitué sans aucune initiative des pouvoirs successifs contre la concentration, la protection des auteurs, le respect du pluralisme, constitue une des galaxies de l’internationale réactionnaire conçue pour exciter des publics poussés vers des extrêmes droites. En ce sens, sont financées et valorisées une kyrielle de revues comme Frontières, l’Incorrect, Boulevard Voltaire, Causeur et bien d’autres « boîtes à idées », elles-mêmes reliées à des laboratoires américains, dont les responsables viennent dans ses radios et télévisions distiller le venin d’obsessions politiques qui permettent de protéger et de soutenir le grand capital, dans ses croisades contre les conquis sociaux et démocratiques, l’écologie, le féminisme, l’anticommunisme, l’antiracisme, l’anti-science.

La reprise en main de Grasset une étape supplémentaire préoccupante

Le simplisme se double de la culture du confusionnisme et du complotisme à partir des mêmes thématiques sans cesse rabâchées : immigration, islamisation, haine des « assistés », haine de l’impôt, dénonciation des socialistes « incompétents », des écologistes « terroristes », des communistes « partisans du Goulag », de La France insoumise « antisémite » sans oublier le « wokisme » qui serait un nouveau communisme destructeur de l’identité nationale. Leur méthode est l’hystérisation, la désinformation, la propagation de réalité parallèle ou fantasmée. C’est la mise en œuvre du programme de l’ancien conseiller de D. Trump : « Inonder la zone de merde » avant de prophétiser que « La France se dirige vers la guerre civile ». (Entretien du 15 décembre 2025 au JDD).

La reprise en main de la maison Grasset est une étape supplémentaire préoccupante. La rébellion qu’elle entraîne peut pousser à la prise de conscience des dangers. Il est temps, grand temps d’agir. Et il convient de se garder de suivre le chant des sirènes de l’ogre qui, tout en étant la huitième fortune de France, se permet dans son pamphlet d’opposer les auteurs qui quittent Grasset aux plus modestes et aux familles en difficulté.

Ce dont il s’agit c’est d’un combat de valeur universelle : La liberté. Celle de créer comme celle des plus modestes, les travailleuses et travailleurs dont la richesse produite est pillée par l’ogre et ses amis du petit club des possédants : La liberté de reprendre le pouvoir sur les richesses issues du travail manuel et intellectuel.

« Les blés sont sous la grêle »

Les écrivains ont raison de demander la protection et la restitution de leurs droits d’auteur, comme l’ouvrier aurait raison de vouloir décider de la production et d’être maître des fruits de son travail. Par-delà les opinions de toutes et de tous les pétitionnaires contre l’emprise de Bolloré, chacune et chacun doit se rendre à l’évidence : on commence toujours par dénoncer l’assisté, l’immigré, le syndicaliste, la ligue des droits de l’homme, le communiste, l’insoumis jusqu’au jour où l’on est touché soi-même.

Il est indispensable de nommer les choses. Le processus de fascisation n’épargnera personne. Il faut donc cesser de banaliser les forces d’extrême droite en inventant une « extrême gauche » prétendument dangereuse. Le processus de fascisation fera feu sur toute résistance comme on le voit aux États-Unis où scientifiques, hauts fonctionnaires, magistrats, militaires de haut rang, universitaires, immigrés, travailleurs pauvres sont chassés, déclassés, licenciés, vilipendés.

Quelles que soient nos positions et nos situations, nos votes passés et nos souhaits, nous avons en partage une idée de la République qu’il faudrait remettre à l’endroit pour lui redonner son plus beau visage souriant du triptyque : liberté, égalité, fraternité.

Nous devons bien nous rendre à l’évidence : « les blés sont sous la grêle » comme alertait Louis Aragon dans son poème de Résistance, « La Rose et le Réséda ». Dans ces conditions, toutes nos forces, toute notre énergie doivent être tendues vers la constitution d’un large front pour la défense de la culture, de la liberté de création, dans le combat contre les concentrations dans la presse, l’audiovisuel et l’édition de livres et de la création culturelle. Un front qui doit faire reculer l’ogre et empêcher la marée brune qui s’avance. Ce devrait être une impérieuse priorité pour tout progressiste.

*« ce que je sais pour en avoir discuté avec lui, c’est que Vincent Bolloré est très conscient du danger de civilisation qui nous guette, du danger de remplacement de civilisation », Éric Zemmour 2022.

**rapporté par Vincent Beaufils, ancien directeur de la rédaction du magazine Challenges dans son livre et confirmé au magazine l’Obs le 16 février 2022.

« Génocide à Gaza : l’UE doit suspendre l’accord d’association avec Israël », l’éditorial de Cathy Dos Santos.



L’Union européenne doit enfin parler d’une même voix face à la tragédie que subit le peuple palestinien. Jusqu’à présent, les Vingt-Sept ont été incapables d’adopter une position commune et forte, propre à infléchir l’entreprise génocidaire à laquelle se livre le gouvernement de Benyamin Netanyahou.

Même la Commission européenne, que l’on peut difficilement cataloguer à l’extrême gauche, a plaidé pour une suspension totale ou au moins partielle de l’accord dassociation entre Bruxelles et Tel-Aviv afin de contraindre les autorités israéliennes à cesser de perpétrer des crimes dans la bande de Gaza et en Cisjordanie occupée. En vain. L’opposition de l’Allemagne ou de la Hongrie, hier encore dirigée par Viktor Orban – chantre de l’extrême droite internationale et allié des suprémacistes israéliens –, emmure l’Europe dans un silence complice.

L’Espagne de Pedro Sanchez, qui s’oppose avec courage aux oukases de la Maison-Blanche et aux fossoyeurs de la charte des Nations unies, ne s’avoue pas vaincue. Ce mardi 21 avril, Madrid redemandera la suspension dudit accord, lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE au Luxembourg. Le principe, défendu par le président socialiste du gouvernement espagnol, ne souffre aucun compromis : on ne commerce pas avec un pays qui viole le droit international et piétine chaque jour l’article 2 de ce partenariat économique, fondé sur « le respect des droits de l’homme et des principes démocratiques ».

Les réfractaires aux sanctions contre un gouvernement qui compte dans ses rangs des criminels de guerre devraient procéder à un examen de conscience. Le cessez-le-feu d’octobre 2025 et l’entrée en vigueur du prétendu plan de paix de Donald Trump n’ont pas fait taire les armes : au moins 750 Palestiniens ont été tués depuis lors, portant à plus de 72 200 le nombre de personnes assassinées à Gaza depuis le 7 octobre 2023. En Cisjordanie occupée, les colons et l’armée israélienne sèment la terreur et la désolation au mépris de toutes les résolutions onusiennes. Il est temps que l’UE cesse de tourner le dos au droit international, au prix d’une faillite morale, humaine et politique.

 

« Quand Gabriel Attal pose avec son boys club dans « le Point ». Le billet de Maurice Ulrich.



La découverte est suffisamment importante, semble-t-il, pour que le Point en fasse la une de son dernier numéro en y consacrant neuf pages. Gabriel Attal, qui publie un livre appelé En homme libre, l’annonce : « Je pense savoir comment il faut présider la France. » Eh oui, tout seul comme un grand, comme le joueur qui a trouvé une martingale ou une idée géniale sortant d’une lampe à huile.

Ainsi, dit-il, « il faudra faire sauter un tabou français : 60 % des dépenses publiques sont des dépenses sociales ». « Un pognon de dingue », avait déjà dit le président, dont il fut le premier ministre. Et donc « il faudra assumer des réformes difficiles »… Bien. S’il le pense.

Mais ce n’est pas cela qui retient le plus l’attention dans ce numéro promotionnel. C’est plutôt, selon la formule que l’on entend depuis quelque temps, l’éléphant au milieu de la pièce. Ou, plus exactement, les sept éléphants qui l’entourent sur la photo en double page ouvrant le dossier. Que des mecs. À qui s’en étonnait, l’intéressé a répondu : « J’ai Prisca Thevenot, ma snipeuse. » What else ?

 

lundi 20 avril 2026

« Les casques bleus, témoins gênants au Liban », l’éditorial de Sébastien Crépel



La mort d’un soldat français au Liban, samedi, est le symptôme d’une autre tragédie. Celle qui condamne les forces de l’ONU à l’impuissance dans ce pays dévasté. Paris accuse le Hezbollah d’être à l’origine du décès du militaire. Mais il n’est guère besoin d’attendre les conclusions de l’enquête pour constater que la Finul (pour Force intérimaire des Nations unies au Liban) est devenue la mission de paix la plus dangereuse au monde. Florian Montorio est le 343e de ces hommes à succomber en opération, et la quatrième victime cette année. Nulle part ailleurs dans le monde, les casques bleus ne paient un aussi lourd tribut.

Créée en 1978, entre autres motifs, pour confirmer le retrait israélien du sud du Liban, la Finul est devenue une cible commode pour les acteurs d’un conflit qu’elle dérange. La situation est si critique qu’Emmanuel Macron a appelé « les autorités libanaises à tout mettre en œuvre pour garantir la sécurité des soldats de la Finul ». On croit rêver. Rappelons que c’est la Finul qui a pour rôle d’aider le pays à se libérer de l’occupation et de la guerre, et non l’inverse.

Sinon, pourquoi existe-t-elle ? Le détachement militaire de 10 000 hommes (dont 700 Français) n’a pas besoin du Liban pour assurer sa protection – son gouvernement est déjà incapable d’assurer celle de son pays –, mais d’une diplomatie internationale qui impose à tous le respect du mandat des forces de paix. Rien ne justifie la mansuétude et le silence de la France devant les violations du droit par Israël en particulier, dont les troupes, qui détruisent et occupent illégalement le Liban, font feu de façon régulière sur le contingent hexagonal, quand ils ne dirigent pas les canons de leurs chars contre les convois blancs onusiens.

Certaines voix en appellent au droit de réplique des soldats de l’ONU. Mais ce serait ajouter à l’escalade et à la globalisation du conflit, à rebours des objectifs de la Finul. C’est la faiblesse des chancelleries qui met en péril les casques bleus, non celle de leur armement. Leur retrait programmé du Liban l’année prochaine consacre la victoire diplomatique de Trump et de Netanyahou, lequel rêve d’agir en toute impunité au pays du Cèdre, sans témoin gênant, comme à Gaza.

 

« Quand le JDD et le Figaro se disent prêts à l'extrême droite », le billet de Maurice Ulrich.



Bon appétit Messieurs, et vous aussi, Madame. Au restaurant Drouant, à Paris, là où se réunit le jury du prix Goncourt, « les nappes sont tirées au cordeau, les verres parfaitement alignés », écrit le Journal du dimanche, qui revient sur un certain dîner du 7 avril, « dans les salons feutrés ».

« Autour de la table, quelques-unes des figures les plus puissantes du patronat français, dont Bernard Arnault (LVMH) ou encore Patrick Pouyanné (Total). Face à eux, Marine Le Pen, pour un dîner qui consacre la crédibilité du Rassemblement national en matière économique et financière. » Ce n’est pas une révélation. Dès le lendemain, ce dîner secret fait pour ne pas le rester était déjà largement connu.

Mais le JDD insiste et cite un convive : « Le RN est devenu trop puissant pour être tenu à distance. » Un proche de Marine Le Pen précise : « Ce n’était pas un dîner mondain, mais un moment de travail. » Vendredi dernier, un chroniqueur du Figaro titrait : « Le RN et les patrons : éloge du réalisme. » Ils sont prêts. Ils le disent.

 

samedi 18 avril 2026

« L’urgence de faire de l’énergie un bien commun », l’éditorial de Fabien Gay



Il suffit parfois de quelques kilomètres de mer pour faire vaciller le quotidien de millions de vies à travers la planète. Le détroit d’Ormuz, étroit passage entre deux golfes, est devenu ces dernières semaines l’un des centres de gravité du monde, notamment depuis l’attaque américaine en Iran, le 28 février, menaçant la stabilité régionale. Dans le même temps, au Liban, les bombardements israéliens illustrent une nouvelle fois l’engrenage meurtrier à l’œuvre dans la région, au mépris du droit international et des populations civiles, tout en alimentant une instabilité généralisée qui fait peser de nouveaux risques sur les routes énergétiques et contribue directement à la flambée des prix que subissent les peuples.

La gestion trumpienne à coups d’ultimatum, de rapport de force, de menace a débouché sur un accord de cessez-le-feu qui n’en a que le nom et sur un blocus du détroit. Ce qui se joue dans cette zone stratégique n’est pas seulement une affaire diplomatique ou militaire. C’est une affaire commerciale et financière : dès que le bruit des armes se rapproche des routes du pétrole, les prix s’envolent. Carburant, chauffage, électricité, transport, alimentation, tous les secteurs du quotidien sont touchés. Et, une fois encore, ce sont les mêmes qui paient un lourd tribut : les ménages populaires, les travailleurs, les retraités.

En France, des millions de personnes n’ont pas d’autre choix que de se déplacer en voiture personnelle pour aller travailler. Il est urgent de bloquer les prix à la pompe, de rendre transparentes les marges et d’abaisser la TVA pour éviter ce hold-up à la pompe à essence. D’autres dépendent du fioul ou du gaz pour se chauffer. Pour eux, l’énergie n’est pas un luxe. C’est une nécessité vitale. Pourtant, elle est traitée comme une marchandise parmi d’autres, soumise aux caprices des marchés.

Tout ce que cette crise révèle, c’est l’abandon d’un bien commun essentiel, l’énergie, aux logiques du marché. Et ce choix politique nous rend aujourd’hui vulnérables aux crises, aux conflits, aux spéculations. La crise actuelle est, à bien des égards, plus grave que le premier choc pétrolier. La dépendance énergétique s’est accrue, les marchés ont été dérégulés et la financiarisation amplifie chaque tension en crise globale immédiate.

Et derrière la flambée des prix se dresse un discours culpabilisateur où l’on demande aux citoyens de « s’adapter », de « faire des efforts », pendant que les logiques financières, elles, restent intactes. Les compagnies pétrolières ont réalisé, en quelques semaines, des surprofits colossaux et ont caché d’ores et déjà une partie de leur pactole dans des paradis fiscaux. Cette crise énergétique est une crise tout autant économique, sociale que démocratique.

Il est temps de rompre avec cette logique et de faire de l’énergie un bien commun, en sortant de la dépendance aux marchés spéculatifs, en nationalisant, en investissant massivement dans la transition écologique, en garantissant des prix accessibles. Alors que nous célébrons en ce mois d’avril 2026 les 80 ans de la nationalisation d’Électricité de France, un choix historique qui avait précisément fait de l’énergie un pilier du service public et de la souveraineté nationale, porté par le ministre communiste Marcel Paul, il est temps de refaire vivre cette idée novatrice ! Créons le Groupe énergie de France en nationalisant TotalEnergies et Engie aux côtés d’EDF. Au-delà des factures, ce qui se joue aujourdhui entre les deux golfes, ce sont des vies humaines qui rappellent que la priorité absolue doit être la protection des populations et la promotion de la paix.

 

vendredi 17 avril 2026

« Gaza, Cisjordanie, Liban... Israël et ses colons sur tous les fronts », l’éditorial de Laurent Mouloud



Plus personne ne peut jouer les dupes. Les violences infligées à Marwan Barghouti au fond de sa geôle israélienne, le génocide à Gaza, l’étranglement de la Cisjordanie, tout comme les bombardements dans le sud du Liban, ne sont en rien une réponse effrénée du gouvernement israélien à une menace sécuritaire.

Chacune de ces agressions, méthodiques, assumées, poursuit une même visée expansionniste que Benyamin Netanyahou et ses ministres d’extrême droite ne prennent même plus la peine de dissimuler. Et qui rend, de fait, impossible toute constitution d’un État palestinien voisin.

Jouant de la terreur et de la complicité – active ou passive – des puissances occidentales, le pouvoir israélien, en violation flagrante du droit international, tente de remodeler la géographie et la démographie de toute cette région. En Cisjordanie, le « plan décisif » de Bezalel Smotrich prévoit d’expulser 80 % de la population palestinienne et d’ouvrir grande la voie à une colonisation déjà bien entamée.

La même ambition anime les dirigeants israéliens pour Gaza, en ruines, et au Liban du Sud, dévasté, où Tel-Aviv veut instaurer jusqu’au fleuve Litani une « zone tampon » qu’il rêve peuplée de colons. Quant à l’humiliation infligée à Marwan Barghouti, elle n’a d’autre but que de tuer l’espoir que représente le « Mandela palestinien », apprécié et consensuel, pièce maîtresse d’une alternative politique crédible.

Cette stratégie mortifère a des conséquences dévastatrices. Plus de 73 000 morts ont été dénombrés à Gaza depuis le 7 octobre 2023. Et près de 1 300, déjà, au Liban, après un mois de bombardements. Mais à côté des cadavres, c’est aussi tout espoir de paix qui est enterré chaque jour. Les souffrances et le déplacement forcé de centaines de milliers d’exilés nourrissent la résistance et les haines futures.

Benyamin Netanyahou, enivré par la toute-puissance militaire et l’impunité que lui offrent Washington et bien d’autres, semble aveuglé par ses rêves colonisateurs. Mais ce qu’il promet au peuple d’Israël, c’est tout le contraire de la sécurité. Il est du devoir de chaque État de le dire clairement, de sortir de cette ambiguïté coupable et de ne plus jouer les pousse-au-crime.

 

« L’ogre nourrit la bête immonde », la chronique de Patrick Le Hyaric.

« Je me sers de mes médias pour mener un combat civilisationnel », a un jour déclaré l’ogre, en petit comité *. On le croit. Il le prouv...