Voici sans doute la phrase qui résume le mieux la
nature profonde de ce parti, prononcée par l'un des lieutenants de la cheffe de
l’extrême droite : « Marine Le Pen est la mieux placée pour savoir si elle est
innocente ou coupable. »
Autrement dit, vous pouvez commettre un crime,
détourner de l’argent public, c’est à vous qu’il appartient de juger de votre
innocence ou de votre culpabilité. Il n’y a pas de degré plus élevé dans la
brutalisation et la négation de la justice. Voici étalé le putride terreau où
germe le pire.
Les élus de l’extrême droite courent après les voleurs
de pommes, après un gamin de 13 ans qui fait l’imbécile avec un pistolet à eau
au bord du canal Saint-Martin à Paris, traquent tout ce qui ressemble pour eux
à un immigré, mais ils dénient le droit aux juges de faire leur travail au
service de la société quand il s’agit d’eux.
Mieux, opposant les magistrats au peuple, la
responsable en chef d’un détournement de fonds qui a duré plus de dix ans au
Parlement européen affirme que « les Français » seraient les seuls « juges ».
En apparence, cette sentence semble de « bon sens », comme on le répète dans
les ensileuses à dépolitisation. On pourrait donc être élu au nom de la
démocratie… qu’on bafoue allègrement.
L’égalité juridique entre tous les citoyens est noyée
dans le marigot de la corruption et des affaires afin d’échapper à toute
sanction pénale. L’impunité des « puissants » violant les lois et l’État de
droit qui leur permet d’accéder et de rester au pouvoir serait naturelle.
Nous entrons ici dans ce sombre dédale où le droit
d’association, le droit syndical, le droit de manifestation, le droit de la
presse sont comprimés alors que la violation du droit par un parti d’extrême
droite est largement accompagnée par une multiplicité de grands médias et de
journaux armés de ces nouvelles disciplines : le confusionnisme organisé autour
du jugement et la sondologie ou la sondomanie.
À peine sortie d’un tribunal qui condamne un détournement
financier en bande organisée au détriment de l’intérêt public, voilà que des
sondages sont commandés pour certifier que celle-là même qui pille des deniers
publics est apte à les gérer.
L’affaire est d’une gravité extrême. Elle lèse les
citoyennes et les citoyens qui, au travers de leurs impôts, contribuent aux
caisses communes pour l’intérêt général. L’héritière des fondateurs du Front
national sollicite le vote de celles et ceux qu’elle est accusée d’avoir
floués. Et les grands médias, voyageant toujours avec dans leurs bagages ces
spécialistes patentés de « l’opinion », accréditent l’idée qu’il ne sert à rien
d’aller aux urnes puisque la condamnée serait élue dans tous les cas de figure.
Derrière ces glissements trop banalisés, trop
acceptés, c’est la démocratie qu’on enchaîne, c’est la destruction méthodique
des contre-pouvoirs censés protéger les citoyens d’un pouvoir autoritaire, qui
sont imperceptiblement mais sûrement déchiquetés.
Se présenter en étant à la fois poursuivie et
condamnée par deux tribunaux, dans l’espoir qu’une majorité d’électrices et
d’électeurs élira la cheffe de la fraude, revient à revendiquer un privilège ou
une immunité permanente.
L’élection présidentielle est prise en otage,
transformée en un référendum « pour ou contre le bracelet électronique » pour
Mme Le Pen et pour son immunité permanente. Fidèle à sa vieille nature,
l’extrême droite menace les juges de la cour de cassation et est prête à
instrumentaliser les institutions pour s’auto-amnistier de ses délits financiers
dès son installation à l’Élysée, avant de modifier 14 articles de la
Constitution, comme le prévoient les trois lois constitutionnelles déposées par
le RN/FN sur le bureau de l’Assemblée nationale.
Pourquoi cet assourdissant silence autour de ce coup
de force ?
Contre cette privatisation engagée de la future
élection présidentielle, les citoyennes et les citoyens doivent être largement
prévenus, éclairés, instruits, initiés, affranchis, mobilisés.
Je sais les nombreuses et nombreux amis, voisins, travailleurs
désabusés par la politique politicienne, la lutte des places, les promesses
jamais tenues, les postures justifiant les désunions stériles qui veulent
donner un coup de pied « dans la fourmilière », comme ils disent.
Je sais aussi l’affligeante et pénible situation de
celles et ceux qui triment pour un maigre salaire quand tous les prix montent
en flèche, puis n’ont qu’une retraite de misère après une vie de dur labeur,
angoissés par l’avenir de leurs enfants et petits-enfants face aux guerres, aux
bombes à retardement du réchauffement climatique et cette envie de « secouer le
système ».
À toutes et tous, je me permets ces suggestions :
attention à ne pas se laisser noyer dans le lac de la victimisation des
extrêmes droites pour évacuer du débat public et des actions populaires tous
les enjeux liés à vos conditions d’existence.
Comment votre souveraineté, s’exerçant dans l’isoloir
au moment de l’élection présidentielle, pourrait-elle inclure l’élection de
quelqu’un qui a proclamé qu’elle « avait les mains propres et la tête haute »,
a demandé l’inéligibilité à vie des corrompus, s’oppose aux réductions et aux
aménagements de peines, et se trouve aujourd’hui condamnée pour avoir organisé
le vol des deniers publics ?
La probité est l’une des condition première à la
possibilité de choisir ses représentants, d’exercer un choix démocratique.
Lorsque s’éteint ce principe, la liberté électorale
perd son sens.
Ce qui vient de se passer dit tout de la suite si, par
malheur, le RN/FN, coalisé à l’ensemble des droites et à une partie des forces
capitalistes, accédait au pouvoir suprême. Nous entrerions bien dans un autre
régime, autoritaire et dictatorial, pour préserver les privilèges des forces de
l’argent. C’est du reste ce qui est recherché désormais par des sphères
importantes de la haute bourgeoisie capitaliste. On ne peut être condamnée pour
avoir pillé l’argent public et être éligible pour le gérer !
Nous avons, ensemble, à agir, à défricher des chemins
nouveaux pour faire taire les armes, pour stabiliser le climat et régénérer la
biodiversité, pour initier un nouveau projet alimentaire et le droit à une
alimentation de qualité pour toutes et tous, pour prendre possession du travail
et de la production, condition de meilleurs salaires et retraites, pour faire
reculer les inégalités et les discriminations, ouvrir la voie à une nouvelle
étape dans la création des services publics de la santé, de l’école, des
transports, la culture.
Premières victimes de ces violences imposées à l’État
de droit, les citoyennes et les citoyens doivent pouvoir se parler, dialoguer
en toute franchise, élaborer des propositions progressistes dans des comités
locaux de débat et d’actions, des comités de la fraternité et de la sororité,
contre les extrêmes droites et pour construire leur union populaire pour
changer la vie, changer le monde.
Ce n’est pas parce que tout se disloque qu’il faut
laisser gonfler les passions mauvaises. Au contraire ! Organisons le sursaut
unitaire, pour le bien commun.
Patrick Le Hyaric






