samedi 18 avril 2026

« L’urgence de faire de l’énergie un bien commun », l’éditorial de Fabien Gay



Il suffit parfois de quelques kilomètres de mer pour faire vaciller le quotidien de millions de vies à travers la planète. Le détroit d’Ormuz, étroit passage entre deux golfes, est devenu ces dernières semaines l’un des centres de gravité du monde, notamment depuis l’attaque américaine en Iran, le 28 février, menaçant la stabilité régionale. Dans le même temps, au Liban, les bombardements israéliens illustrent une nouvelle fois l’engrenage meurtrier à l’œuvre dans la région, au mépris du droit international et des populations civiles, tout en alimentant une instabilité généralisée qui fait peser de nouveaux risques sur les routes énergétiques et contribue directement à la flambée des prix que subissent les peuples.

La gestion trumpienne à coups d’ultimatum, de rapport de force, de menace a débouché sur un accord de cessez-le-feu qui n’en a que le nom et sur un blocus du détroit. Ce qui se joue dans cette zone stratégique n’est pas seulement une affaire diplomatique ou militaire. C’est une affaire commerciale et financière : dès que le bruit des armes se rapproche des routes du pétrole, les prix s’envolent. Carburant, chauffage, électricité, transport, alimentation, tous les secteurs du quotidien sont touchés. Et, une fois encore, ce sont les mêmes qui paient un lourd tribut : les ménages populaires, les travailleurs, les retraités.

En France, des millions de personnes n’ont pas d’autre choix que de se déplacer en voiture personnelle pour aller travailler. Il est urgent de bloquer les prix à la pompe, de rendre transparentes les marges et d’abaisser la TVA pour éviter ce hold-up à la pompe à essence. D’autres dépendent du fioul ou du gaz pour se chauffer. Pour eux, l’énergie n’est pas un luxe. C’est une nécessité vitale. Pourtant, elle est traitée comme une marchandise parmi d’autres, soumise aux caprices des marchés.

Tout ce que cette crise révèle, c’est l’abandon d’un bien commun essentiel, l’énergie, aux logiques du marché. Et ce choix politique nous rend aujourd’hui vulnérables aux crises, aux conflits, aux spéculations. La crise actuelle est, à bien des égards, plus grave que le premier choc pétrolier. La dépendance énergétique s’est accrue, les marchés ont été dérégulés et la financiarisation amplifie chaque tension en crise globale immédiate.

Et derrière la flambée des prix se dresse un discours culpabilisateur où l’on demande aux citoyens de « s’adapter », de « faire des efforts », pendant que les logiques financières, elles, restent intactes. Les compagnies pétrolières ont réalisé, en quelques semaines, des surprofits colossaux et ont caché d’ores et déjà une partie de leur pactole dans des paradis fiscaux. Cette crise énergétique est une crise tout autant économique, sociale que démocratique.

Il est temps de rompre avec cette logique et de faire de l’énergie un bien commun, en sortant de la dépendance aux marchés spéculatifs, en nationalisant, en investissant massivement dans la transition écologique, en garantissant des prix accessibles. Alors que nous célébrons en ce mois d’avril 2026 les 80 ans de la nationalisation d’Électricité de France, un choix historique qui avait précisément fait de l’énergie un pilier du service public et de la souveraineté nationale, porté par le ministre communiste Marcel Paul, il est temps de refaire vivre cette idée novatrice ! Créons le Groupe énergie de France en nationalisant TotalEnergies et Engie aux côtés d’EDF. Au-delà des factures, ce qui se joue aujourdhui entre les deux golfes, ce sont des vies humaines qui rappellent que la priorité absolue doit être la protection des populations et la promotion de la paix.

 

vendredi 17 avril 2026

« Gaza, Cisjordanie, Liban... Israël et ses colons sur tous les fronts », l’éditorial de Laurent Mouloud



Plus personne ne peut jouer les dupes. Les violences infligées à Marwan Barghouti au fond de sa geôle israélienne, le génocide à Gaza, l’étranglement de la Cisjordanie, tout comme les bombardements dans le sud du Liban, ne sont en rien une réponse effrénée du gouvernement israélien à une menace sécuritaire.

Chacune de ces agressions, méthodiques, assumées, poursuit une même visée expansionniste que Benyamin Netanyahou et ses ministres d’extrême droite ne prennent même plus la peine de dissimuler. Et qui rend, de fait, impossible toute constitution d’un État palestinien voisin.

Jouant de la terreur et de la complicité – active ou passive – des puissances occidentales, le pouvoir israélien, en violation flagrante du droit international, tente de remodeler la géographie et la démographie de toute cette région. En Cisjordanie, le « plan décisif » de Bezalel Smotrich prévoit d’expulser 80 % de la population palestinienne et d’ouvrir grande la voie à une colonisation déjà bien entamée.

La même ambition anime les dirigeants israéliens pour Gaza, en ruines, et au Liban du Sud, dévasté, où Tel-Aviv veut instaurer jusqu’au fleuve Litani une « zone tampon » qu’il rêve peuplée de colons. Quant à l’humiliation infligée à Marwan Barghouti, elle n’a d’autre but que de tuer l’espoir que représente le « Mandela palestinien », apprécié et consensuel, pièce maîtresse d’une alternative politique crédible.

Cette stratégie mortifère a des conséquences dévastatrices. Plus de 73 000 morts ont été dénombrés à Gaza depuis le 7 octobre 2023. Et près de 1 300, déjà, au Liban, après un mois de bombardements. Mais à côté des cadavres, c’est aussi tout espoir de paix qui est enterré chaque jour. Les souffrances et le déplacement forcé de centaines de milliers d’exilés nourrissent la résistance et les haines futures.

Benyamin Netanyahou, enivré par la toute-puissance militaire et l’impunité que lui offrent Washington et bien d’autres, semble aveuglé par ses rêves colonisateurs. Mais ce qu’il promet au peuple d’Israël, c’est tout le contraire de la sécurité. Il est du devoir de chaque État de le dire clairement, de sortir de cette ambiguïté coupable et de ne plus jouer les pousse-au-crime.

 

« Le 1er Mai, un débat « ridicule » pour Dominique Seux ? », le billet de Maurice Ulrich.



Ce fut, selon Dominique Seux, éditorialiste des Échos de Bernard Arnault, dont on se demande toujours d’où il tient le privilège de nous faire ainsi, tous les matins, la leçon sur France-Inter, « un débat ridicule sur un sujet anecdotique ». Et quel sujet ?

Eh bien le 1er-Mai, avec le recul du gouvernement sur le projet de loi le remettant en cause dans certaines professions. Ce qui serait selon lui le règne de la vétocratie, soit le pouvoir de dire non des syndicats « qui tiennent le manche » et qui empêchent de bouger et de travailler.

Ça s’appelle aussi, Dominique Seux l’ignore-t-il, la démocratie sociale. Pour ce qui est de l’anecdote et du ridicule, un simple rappel, parmi tant d’autres dans l’histoire des luttes ouvrières. La Fête internationale des travailleurs, célébrée dans la plupart des pays du monde depuis 1889, est une journée de revendications et de lutte, après une grève générale aux États-Unis le 1er mai 1886, suivie deux jours plus tard par la mort de trois des grévistes manifestant à Chicago

 

jeudi 16 avril 2026

« Pourquoi le quinquennat d’Emmanuel Macron incarne l’imposture écologique », l’éditorial de Marion d’Allard.



En peinture comme en politique, le vernis n’a jamais fait l’œuvre. Au crépuscule d’un second quinquennat chaotique, la réalité des faits a remplacé la grandiloquence des discours. Et en matière de protection de l’environnement, les renoncements de la Macronie révèlent les uns après les autres l’ampleur de l’imposture. En 2022, candidat à sa réélection, Emmanuel Macron surjouait l’emphase : « Ce quinquennat sera écologique ou ne sera pas. » Il ne fut pas. Bien au contraire.

Nous aurions pu naïvement croire que la condamnation historique de la France en 2021 pour non-respect de ses objectifs climatiques aurait fait bouger les lignes. Mais l’exécutif s’est contenté de demi-mesures. Aussitôt votées, et, pour une part, aussitôt enterrées. La suppression des zones à faibles émissions (ZFE), actée ce mardi dans l’Hémicycle, s’ajoute aux innombrables reculs, sur l’artificialisation des sols, la rénovation énergétique des bâtiments, l’épandage de certains pesticides, la décarbonation de l’industrie, des transports, la protection de la biodiversité… Une partition sinistre, que la France a joué à l’unisson avec Bruxelles prenant leur part active au grand concert mondial du backlash climatique.

De l’Amérique latine au Groenland et au Proche-Orient, les guerres impérialistes que mènent les États-Unis de Donald Trump et ses sinistres alliés ont toutes un dénominateur commun : mettre la main sur les ressources en eau, en énergie, en minerais, prendre le contrôle des principales routes commerciales mondiales. Un pas de deux mortifère, où la loi du plus fort et la loi du marché mènent la danse au détriment de la planète et de ceux qui la peuplent.

Les climatosceptiques et les adeptes de l’inaction ont le vent en poupe. Chaque recul, chaque renoncement dans la lutte contre le réchauffement climatique leur donne du souffle. Les grands discours ont fait long feu. L’ampleur de la crise environnementale exige le courage de l’action. Pas « en même temps ». À plein temps.

 

« Le double de Mark Zuckerberg », le billet de Maurice Ulrich.



Meta, l’entreprise de Mark Zuckerberg (Facebook, Instagram) est en passe de mettre en circulation un double de… Mark Zuckerberg. Et pas seulement, si on peut le dire ainsi, une image à son image, mais une IA, en 3D, formée à partir de son apparence, donc, mais aussi de sa voix, son expression et surtout de ses réflexions sur la stratégie et les ambitions de l’entreprise.

Mark 2 serait ainsi à même d’intervenir dans les décisions du groupe, la gestion du personnel et même d’agir à la place de l’original lui-même. Il y a quatre ans, l’entreprise avait déjà créé un avatar de son PDG pour sa plateforme de création d’univers virtuels. Sans véritable succès.

Mark 2 est appelé à un tout autre avenir avec sa capacité à s’appuyer sur des milliers d’informations externes aussi bien qu’internes dont celles émanant des travaux de ses 79 000 salariés. Mark 1 serait toutefois bien inspiré de se méfier. Et si, avec toute sa puissance, Mark 2 décidait qu’il n’est pas à la hauteur et doit être écarté, voire plus ?

 

mercredi 15 avril 2026

« Le droit d’exister ne se négocie pas », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



Dans les services d’oncologie, les victoires tiennent à peu : quelques mois gagnés, une tumeur qui recule, un espoir qui renaît grâce à un traitement qui fonctionne enfin. Parmi ceux-là, le Keytruda. Cette immunothérapie, utilisée contre de nombreux cancers, redonne du temps, de l’espoir. Mais à qui et à quel prix ?

Après le travail de l’UFC-Que choisir sur « les dérives d’un modèle pharmaceutique insoutenable » qui pointait déjà le Keytruda, c’est l’enquête « Cancer Calculus », menée par l’International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ), qui met au jour la réalité cynique et brutale. Le laboratoire Merck a transformé un traitement en instrument financier.

Le scandale n’est pas seulement celui d’un prix démesurément élevé. Il est celui d’un prix conçu comme un outil de tri. Variable selon les pays, ajusté aux capacités de paiement, maintenu artificiellement haut par une forteresse de brevets. Avec le Keytruda, Merck organise un accès conditionnel à la survie. Ici, on soigne. Là, on rationne. Ailleurs, on renonce.

Non parce que la science fait défaut, mais parce que le business décide. Merck ne protège pas une innovation, il organise le profit. Pendant ce temps, les revenus explosent : 31,7 milliards de dollars de ventes en 2025, et près de la moitié du chiffre d’affaires de Merck.

En 1792, à la tribune de la Convention, Maximilien de Robespierre posait un principe clair : « Quel est le premier objet de la société ? C’est de maintenir les droits imprescriptibles de l’homme. Quel est le premier de ces droits ? Celui d’exister. La première loi sociale est donc celle qui garantit à tous les membres de la société les moyens d’exister ; toutes les autres sont subordonnées à celle-là. »

Deux siècles plus tard, ce droit premier continue de se heurter à un capitalisme sans limite qui lui oppose celui de propriété, qui consiste à extraire le maximum de profit d’un produit indispensable. Jusqu’à la dernière goutte de rentabilité, jusqu’à faire de la vie une variable d’ajustement.

Le Keytruda est devenu un symbole : celui d’un monde où l’on sait soigner et sauver sans rendre les soins accessibles à tous et en laissant mourir. Il serait temps de revenir à Robespierre et d’affirmer que le droit d’exister ne se négocie pas.

 

« Pour le nouveau maire d'Avignon, silence, on tue », le billet de Maurice Ulrich.



Pourra-t-il s’en remettre ? Le souvenir est encore vif tel qu’il l’a confié mardi matin sur France Inter. Ancien journaliste, maire d’Avignon depuis le 28 mars, Olivier Galzi a été « choqué » l’an dernier par « l’utilisation qui a pu être faite partiellement du Festival d’Avignon pour évoquer de manière trop poussée la question palestinienne ».

70 000 morts, des destructions innombrables… Il n’était pas au festival mais faut pas pousser. Et lors de la présentation du programme du festival, la semaine passée, « un drapeau palestinien est sorti ». Il s’en est « ému »… Car « la culture est là pour rassembler et pas pour diviser ». Silence, on tue.

Olivier Galzi ne connaît pas Pablo Neruda sur la guerre d’Espagne, « venez voir le sang dans les rues », Delacroix et la Liberté guidant le peuple, il ne connaît pas Molière et son Tartuffe, il ne connaît pas Brecht et la Résistible Ascension d’Arturo Ui… Le théâtre, c’est le couple bourgeois volage, les bons mots, les scènes cocasses. Ou la romance. Tiens, une idée. Jordan et la princesse… Une jolie pièce.

« L’urgence de faire de l’énergie un bien commun », l’éditorial de Fabien Gay

Il suffit parfois de quelques kilomètres de mer pour faire vaciller le quotidien de millions de vies à travers la planète.  Le détroit d’O...