dimanche 8 février 2026

LE BOIS



Il est du bois que l’on brûle aux quatre vents du froid, bûches éclatées des troncs séculaires fagots assemblés pour des feux éphémères. Il est du bois que l’on sculpte pour les générations futures, christs qu’use le temps, totems érodés par les vents. Il est du bois dont on fait les flutes, les ministres intègres et les sauveurs suprêmes, tout venant, brassées de sarments, flambées pour les faux serments. Il est du bois dont on fait les têtes de pipes fabriquées pour la casse, têtes de bois qui ne comprennent rien, têtes de bois qui comprennent trop bien. Il est du bois dont on fait indifféremment des crosses de fusils ou des cercueils, bois destiné la piétaille, bois des champs de bataille. Il est du bois dont on fait commerce sur le marché de la chair à coton, du bois dont on voit les veines, communément le bois d’ébène. Il est du bois dont on fait les potences dressées sur les places publiques bois d’injustice, de profundis. Il est aussi du bois dont on fait la hampe des drapeaux rouges, rouge coquelicot pour des printemps futurs.

samedi 7 février 2026

GUERRES.



Que de guerres, guerres de naguère et guerres d’aujourd’hui marquent notre vie. Guerres civiles expédiées, Franco de port. Guerres américaines en Panama et pantalon de golf. Guerres ethniques enveloppées dans du papier d’Arménie

Guerres de conquête en kippa un jour de kippour. Guerres de rapines coiffées d’un casque colonial. Guerres de religions soigneusement goupillonnées. Guerres qu’en d’autres lieux on appelle djihad et qui ne valent pas mieux.

Guerres à contrecourant pour lesquelles on part à contre cœur et que l’on quitte à contre voie. Guerres fanatiques que l’on fait au pas cadencé et dont on revient les bras en croix. Guerres spectacles médiatisées qui voient les figurants mourir pour de vrai. Que de guerres, guerres de naguère et guerres d’aujourd’hui marquent notre vie.

 

« La trahison continue : la souveraineté industrielle française bradée aux Américains » Par Fabien Gay, directeur de L’Humanité.



Ce début d’année 2026 marque un nouveau chapitre dans le démantèlement méthodique de nos fleurons nationaux. Deux ventes scandaleuses viennent d’être actées : celle de LMB Aerospace, pépite corrézienne de l’armement, au groupe américain Loar Holdings pour 367 millions d’euros, et celle d’Exaion, filiale d’EDF spécialisée dans l’intelligence artificielle et le calcul haute performance, à l’américain Mara Holdings pour 168 millions de dollars (Mara prenant 64 % du capital, avec option de monter à 75 %). Des actifs stratégiques, essentiels à notre défense et à notre indépendance technologique, passent sous pavillon nord-américain. Et le gouvernement applaudit des deux mains.

LMB Aerospace fabrique des ventilateurs high-tech pour le Rafale, les sous-marins nucléaires et le char Leclerc. C’est un maillon vital de notre base industrielle et technologique de défense (BITD). Malgré un avis initial défavorable de la Direction générale de l’armement (DGA), Bercy a donné son feu vert fin décembre 2025, assorti d’une « action spécifique » (golden share) illusoire pour l’État. Une façade qui ne trompe personne : le contrôle capitalistique n’est pas le contrôle technologique ni celui des données ! Le risque majeur reste l’« ITARisation » de ces composants, via la réglementation extraterritoriale américaine qui contrôle l’exportation des technologies inscrites sur la liste états-unienne. Un comble !

Le résultat d’une politique délibérée de privatisation et d’austérité

Quant à Exaion, née de l’expertise publique d’EDF, elle excelle dans le cloud souverain et l’IA verte. Vendue à Mara (un géant du minage de bitcoins), l’opération inclut une clause interdisant à EDF de concurrencer l’activité pendant deux ans. Quel cynisme ! Nos ingénieurs, nos savoir-faire, nos données stratégiques filent outre-Atlantique, au nom du « marché libre ».

Ces opérations s’inscrivent dans un continuum de prédations : Alstom cédé à General Electric en 2014 (sous Macron ministre de l’Économie), Technip fusionné avec l’américain FMC, Alcatel-Lucent absorbé par Nokia… À chaque fois, le même refrain : « Pas de repreneur français ». En vingt ans, le capital nord-américain s’est offert pour plus de 150 milliards de dollars d’industries nationales.

C’est le résultat d’une politique délibérée de privatisation et d’austérité, imposée par l’Union européenne et les traités libéraux, accélérée sous la présidence Macron. Nos fleurons sont sacrifiés sur l’autel du profit, au bénéfice des multinationales états-uniennes qui dominent le monde via le dollar et les sanctions extraterritoriales. La loi Pacte de 2019 a certes élargi le contrôle des investissements étrangers à de nouveaux secteurs, mais elle reste bien trop faible pour nous protéger en plein bouleversement géopolitique.

Où est la souveraineté tant vantée par Macron à Davos, lunettes de soleil sur le nez ? Derrière les discours belliqueux contre la Russie ou la Chine se cache une soumission atlantiste. Les États-Unis, via le Cloud Act, accèdent déjà à nos données européennes. Avec ces ventes, ils renforcent leur emprise sur notre défense et notre souveraineté numérique. Le résultat est connu d’avance : emplois menacés, innovations exportées, dépendance accrue.

Face à ce capitalisme prédateur, la Banque publique d’investissement (Bpi), bras armé de l’État, doit être mobilisée pour que chaque acteur dans les domaines stratégiques (santé, énergie, spatial, numérique, IA, défense…) reste sous pavillon français. De nouveaux pouvoirs doivent être donnés aux salariés et aux CSE pour gérer l’entreprise et s’opposer à ces ventes. La souveraineté n’est pas un slogan : elle doit devenir une réalité, loin d’un macronisme complice et vassalisé par l’impérialisme américain.

 

vendredi 6 février 2026

En Belgique, le très discret héritage de l’écrivain flamand Emile Verhaeren, décrié pour son usage du français

 


En Belgique, le très discret héritage de l’écrivain flamand Emile Verhaeren, décrié pour son usage du français seul un petit musée menacé menacé de fermeture, retrace la vie et l’œuvre de l’artiste majeur du mouvement symboliste, mort en 1916.

Au milieu d’une région d’eau et de plaines, des visiteurs sont parvenus jusqu’au village flamand de Sint-Amands (Saint-Amand), à l’écart des grands axes reliant Bruxelles et Anvers. Venus de Nancy pour certains, de Colombie pour d’autres, ils ont laissé quelques mots dans le livre d’or du musée. Au premier étage de la bâtisse qui abrite la bibliothèque municipale, Rik Hemmerijckx entretient dans ce lieu discret la mémoire du poète Emile Verhaeren, né ici en 1855 et mort à Rouen en 1916 après avoir chuté accidentellement sous les roues d’un train.

Un autre pays s’attacherait sans doute à honorer dignement un artiste majeur dont l’œuvre fut encensée par Stéphane Mallarmé, André Gide, Auguste Rodin, Stefan Zweig et Rainer Maria Rilke. Ainsi que par ses compatriotes, le peintre James Ensor et Maurice Maeterlinck, celui qui décrocha en 1911 le prix Nobel de littérature dont avait rêvé son confrère. Mais en Belgique, royaume à l’identité instable, qui « excelle dans une sorte de relativisme dadaïste à propos de tout et de rien », selon l’écrivain Stefan Hertmans, on n’aime pas trop le brillant des célébrations. Même si Verhaeren joua un rôle majeur dans l’éclosion du symbolisme, un vaste mouvement de renouveau artistique et même si sa poésie lyrique a été traduite et commentée dans le monde entier, il n’a donc droit qu’à ce tout petit musée dans son village, « une place minime et quelques rues, avec un Christ au carrefour, et l’Escaut gris », écrivait-il.

Aujourd’hui, le conservateur Rik Hemmerijckx et son conseil d’administration ne sont même plus certains qu’ils pourront continuer à accueillir chaque année quelques milliers de visiteurs venant découvrir écrits originaux, photos et (magnifiques) portraits du poète. La maigre subvention (80 000 euros) que le département régional de la culture octroie au musée sera, en effet, réduite de moitié cette année et totalement supprimée l’an prochain. On a proposé à M. Hemmerijckx un départ à la retraite anticipé. Un financement participatif, en cours, ne devrait pas permettre la survie du musée, officiellement recensé comme « local », même s’il est consacré à un homme qu’un responsable flamand de la culture décrivait en 2016 comme « un artiste du verbe de réputation mondiale ».

« Vilipendé » pour son usage du français

Avant la décision du gouvernement régional de Flandre, une autre menace avait pesé : un projet urbanistique visait à inclure le musée – qui aurait ainsi perdu son nom et son identité – dans un « centre récréatif ». L’initiative semble aujourd’hui au point mort, mais inquiète toujours ceux qui veillent sur l’héritage de Verhaeren.

 

 

M. Hemmerijckx, un historien érudit, parfaitement bilingue, refuse prudemment de l’évoquer, mais une autre hypothèse circule. Le gouvernement régional dirigé par le parti nationaliste Alliance néo-flamande (N-VA) ne voudrait pas assurer la survie de l’institution de Sint-Amands parce qu’elle célèbre un écrivain qui, même s’il se considérait comme profondément flamand, n’écrivit qu’en français et vécut longtemps en France. Dès 1899, Verhaeren s’installa en effet à Saint-Cloud (actuels Hauts-de-Seine) et il acheta ensuite une maison de campagne à Roisin, en Wallonie, tout près de la frontière française. Paul Servaes, un biographe du poète, écrivait en 2013 qu’Emile Verhaeren, malgré sa renommée et les conférences qu’il donna à Paris, Londres et Moscou « fut longtemps considéré en Flandre comme un apostat et vilipendé ». Dans l’histoire de la littérature flamande, « il ne trouva donc pas de place », écrit M. Servaes. Et aujourd’hui, même si la querelle linguistique belge n’a plus la même intensité depuis l’instauration du fédéralisme, la dénonciation des « fransquillons » – ceux dont la langue maternelle, ou exclusive, était le français – alimente toujours le discours de certains dirigeants flamands.

« Il fut un temps où il était difficile, en Belgique, de mettre en avant Verhaeren qui aimait passionnément sa Flandre natale, mais ces temps sont révolus », affirmait avec optimisme, en 2015, l’ambassadeur du royaume belge à Paris, à l’occasion d’une exposition consacrée à l’auteur au Musée des Avelines de Saint-Cloud. Un propos optimiste mais aujourd’hui démenti par les faits. Chroniqueur du quotidien flamand De Tijd, Rik Van Cauwelaert dénonçait ainsi en octobre dernier « l’ignorance » d’un gouvernement régional prêt à gommer des mémoires un auteur « qui n’a comme aucun autre célébré la Flandre et l’Escaut, même s’il écrivait en français ». « La Flandre risque de devenir une paroisse entre la Lilliputie et la Béotie du Nord : trop petite pour avoir une vision, trop prétentieuse pour la connaissance », cinglait ce journaliste.

Coup de pouce d’Ai Wewei

Méprisé en Flandre, même si sa volonté fut d’être enterré avec sa femme sur les rives de l’Escaut, totalement méconnu en Wallonie, ignoré dans les programmes scolaires des deux régions et même pas cité dans une bien nommée Histoire de la Belgique pour les nuls parue en 2010 (First Editions), Emile Verhaeren est, en revanche, très apprécié par Ai Weiwei, un artiste chinois mondialement connu dont le père, le poète Ai Qing, fut le traducteur de l’écrivain belge. Ai Weiwei a donc visité le musée de Sint-Amands en 2023 et il y reviendra en septembre pour inaugurer une exposition qui évoquera la relation entre Verhaeren et son père.

« C’est un peu paradoxal, mais pour cette occasion le gouvernement flamand nous octroiera bien un subside », sourit M. Hemmerijckx. Et la municipalité de Puurs, commune fusionnée avec Sint-Amands, promet, elle, d’examiner désormais la possibilité de sauver financièrement le musée.

« Avec Sébastien Lecornu, toujours moins de taxes pour les riches », l’éditorial de Laurent Mouloud.



Il fallait oser. Mercredi 4 février, Sébastien Lecornu a surpris son monde en saisissant lui-même le Conseil constitutionnel pour vérifier la « sécurité juridique » de certaines mesures du projet de loi de finances qu’il vient de faire adopter à coup de 49.3. En soi, le procédé est assez rare – une première depuis quarante-neuf ans – pour susciter l’attention.

Mais il devient proprement scandaleux lorsque l’on découvre la nature des articles soumis à l’attention des « Sages » : les trois sont ceux qui tentaient timidement – suite aux tractations avec le PS – de s’attaquer aux privilèges fiscaux des plus fortunés ! Pathétique.

Ces mesures n’ont pourtant rien de confiscatoire et encore moins de révolutionnaire. Parmi elles, celle visant à resserrer le pacte Dutreil, cette niche censée faciliter la transmission d’entreprises, devenue un outil d’évitement fiscal massif pour les grandes fortunes familiales. Ou encore la fameuse taxe sur les holdings, censée s’attaquer à ces structures juridiques utilisées comme « coffre-fort » par les ultra-riches, car permettant de transformer des revenus en capital faiblement imposé.

Cette taxe, au demeurant, a été totalement vidée de sa substance par le Sénat qui a ramené son rendement prévisionnel de 1,1 milliard d’euros à presque rien… Mais, apparemment, la seule existence de ce mécanisme dans le budget semble empêcher Sébastien Lecornu de dormir.

En sollicitant les « Sages », ce n’est pas la Constitution que le premier ministre tente, ici, de protéger. Mais une classe sociale déjà largement épargnée. Rien dans ces mesures ne menace la survie économique du pays. Elles ne sont qu’une tentative, extrêmement timorée, de rééquilibrer l’inégalité flagrante qui veut que, aujourd’hui, les plus riches paient proportionnellement beaucoup moins d’impôts que les classes moyennes et populaires.

En fragilisant ce modeste effort, Sébastien Lecornu conforte ce détestable deux poids, deux mesures. Et confirme que, à droite comme en Macronie, la sécurité juridique des riches prime sur l’indispensable justice fiscale.

 

« Ignobles amalgames », le billet de Maurice Ulrich.



Ce n’est pas ici qu’on cherche à aggraver les divisions à gauche. Mais comme l’écrivait au 19e siècle le dramaturge François Ponsart avec une formule qui a fait florès, « quand la borne est franchie, il n’est plus de limite, et la première faute aux fautes nous invite ».

Sophia Chikirou, l’une des figures emblématiques de La France insoumise est candidate à Paris. On peut en discuter les raisons, qui ne tiennent pas qu’à LFI, en marge de l’union réalisée par les autres formations de gauche. PS, écologistes et communistes. Mais une de ses affiches récentes passe les bornes et là ce n’est pas drôle.

Avec en fond la photo d’Emmanuel Grégoire, tête de liste PS de l’union de la gauche et de Anne Hidalgo, le texte suivant : « Leur bilan 2025, un enfant mort noyé, 52 signalements d’agressions sexuelles. » On croyait ce genre d’amalgames ignobles et d’instrumentalisation éhontée de faits dramatiques réservés à l’extrême droite. On regrette d’avoir à le dire. Madame Chikirou déshonore la gauche et discrédite son propre mouvement. 

 

mercredi 4 février 2026

LA MANIFESTATION (En hommage aux morts du métro Charonne)



8 février 1962 – 8 février 2013 « N’oublions pas » !

Ils étaient cent, ils étaient mille, des pensées rouges sous leurs casques noirs. Nous étions cent, nous étions cent mille, des cris de paix, de justice, dans nos bouches ardentes. Ils étaient cent, ils étaient mille, des taches rouges sur leurs bâtons noirs. Nous étions cent, nous étions cent mille, des cris de douleur, de colère, dans nos bouches sanglantes. Dis-le tout bas camarade, dis le bien haut : Hyppolyte est mort, Raymond est mort, Édouard est mort, Jean-Pierre est mort et Daniel qui n’avait pas seize ans est mort aussi. Dis-le tout bas camarade, dis le bien haut : Suzanne est morte, Fanny est morte et Anne qui n’avait pas 24 ans est morte aussi. Maurice est mort longtemps après, Aïd, lui, n’arrive pas à mourir. Dis-le tout bas, dis-le bien haut camarade. Ils étaient cent, ils étaient mille, haineux, casqués, haineux bottés, haineux armés. Ils étaient cent, ils étaient mille, gardes du Prince, déchaînés. Nous étions cent, nous étions cent mille à manifester. Cent mille et onze martyrs.

 

LE BOIS

Il est du bois que l’on brûle aux quatre vents du froid, bûches éclatées des troncs séculaires fagots assemblés pour des feux éphémères. I...