La vieille dame la reconnait mais ne sait plus
exactement pourquoi elle est là. Elle tremble et remâche inlassablement le
présent. Et le présent n'est rien s'il est détaché du passé, s'il ne parvient
plus à désirer l'avenir. Avec la vieille dame, il est un enfer de l'instant.
L'instant qui dit et redit l'angoisse. Sa fille vient souvent la voir. Elle lui
parle, l’a fait parler et parfois elle doit lutter contre l'endormissement. La
vieille dame se souvient qu'elle va en maison de retraite mardi et demande à sa
fille, toutes les dix minutes : et tout ça ? Désignant les objets et les
meubles qui garnissent son salon. Et, sa fille ne sait pas quoi répondre. Tout
ça, est accumulation qui nous donne l'impression d'être éternel. Tout ça. Pour
avoir souvent déménagé ces trois dernières années, pour avoir aidé la vieille
dame à vider une maison de famille, pour avoir trié les affaires des disparus,
la fille sait combien certaines choses deviennent poussière, vieillerie,
illusion... une fois sorties de leur contexte. Les objets n'existent qu'à
travers notre regard. Sinon les objets s'en foutent. Elle ne sait pas quoi dire
à la vieille dame. Elle sait le partage de l'héritage à venir, mais il ne la
concerne pas. La vieille dame lui donne une photo de son mari décédé avec dans
ses bras une de ses filles. Elle a toujours vu cette photo sur le mur du
bureau, mais la regarde pour la première fois. De la poussière sur son propre
passé. Puis elle quitte un moment l'appartement et va saluer la voisine de
palier chez qui elle s'attarde une demi-heure. Quand elle revient, la vieille
dame est paniquée. Elle attrape sa main, elle dit son prénom avec force. Sa
fille lui dit : calme-toi, calme-toi. Elle prend ses mains, ses bras. La
vieille dame ferme les yeux, sa tête tombe et sa fille pensait qu'elle allait
mourir. Elle se dit que c'est peut-être aussi bien. Elle voudrait que le drame
s'arrête. Elle se sent capable de recevoir sa mort. Mais les yeux s'ouvrent à
nouveau et la litanie des questions reprend : et tout ça ? Et tout ça ? Elle
serre ses mains, lui caresse les bras. Une bise avec les lèvres qui ne touchent
pas la joue. Alors, elle pense à la vieille dame qu’elle sera un jour, et à
celle qui voudra bien lui caresser la peau. En partant, elle revient sur ses
pas, et serre sur son cœur la photo sur laquelle son grand-père tient sa fille
dans ses bras.
Libre-arbitre, le blog de Robert Clément
vendredi 6 mars 2026
NOUVELLE « LA FILLE DE LA VIEILLE DAME » !
« 8 mars : le silence radio d’Aurore Bergé », l’éditorial de Cédric Clérin.
Au moins, cette
année, nous ne pourrons pas dénoncer l’hypocrisie d’Aurore
Bergé. À l’approche de la Journée
internationale de lutte pour les droits des femmes, c’est silence radio du côté
de la ministre de tutelle. Sur ce sujet en tout cas, puisqu’on l’a beaucoup
entendue instrumentaliser l’antisémitisme et appeler à des barrages
républicains avec les héritiers de Jean-Marie Le Pen.
Si c’est pour
manier le même genre d’oxymore politique et d’en appeler au renfort des masculinistes pour faire avancer les droits des femmes, mieux vaut
en effet le silence. Sur le front des inégalités femmes-hommes, si les
choses ont avancé dans les têtes, il y a pourtant beaucoup à faire tant la
réalité bouge lentement.
Au travail,
l’égalité est encore un horizon lointain. En 2024, dans le privé, le revenu
salarial moyen des femmes était inférieur de 22 % à celui des
hommes ; même à temps plein comparable, l’écart est encore de 14 %.
Et la trappe du temps partiel continue d’aspirer les carrières : une femme
en emploi sur quatre y est cantonnée, contre bien moins d’hommes. L’inégalité
est aussi violence.
Toujours en
2024, police et gendarmerie ont enregistré 272 400 victimes de violences
par partenaire ou ex-partenaire, 107 féminicides et 270 tentatives au sein du couple.
Des chiffres effrayants. Pas suffisant pour le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, qui, faute de moyens, projette de réduire au maximum
les durées des audiences des procès pour viol ainsi que la possibilité de
recours à des témoins et des experts. Décidément, le garde des Sceaux n’est
jamais à court d’idées à contresens de l’histoire.
Un nouvel
exemple de la force qu’il faut aux mobilisations féministes pour faire bouger
les archaïsmes. D’autant qu’elles sont désormais confrontées à ces mouvements
nationalistes semeurs de haine, comme Némésis, qui tentent de les miner de l’intérieur. Leur
véritable rôle ayant été mis à jour, notamment dans ces colonnes, elles ont
renoncé à défiler avec les vraies porteuses de progrès. Sans ministres
inconséquents, ni impostures identitaires, associations, syndicats et
citoyens marcheront dimanche main dans la main pour que l’égalité cesse
d’être une promesse et devienne une règle.
« Mais qu’est-ce qu’un nazi ? le billet de Maurice Ulrich ».
Figure de la galaxie Bolloré, Christine Kelly, qui sans doute a fait quelques
études, a dû sécher les cours d’histoire, qui écrit dans le Journal du
dimanche, « mais qu’est-ce qu’un nazi. Je n’ai toujours pas entendu
de définition compréhensible à ce jour ».
Allons, un peu
de rattrapage. Un nazi, c’est un criminel contre l’humanité condamné comme tel
à Nuremberg en 1946. Un nazi, c’est un acteur ou un complice de
l’extermination de six millions de personnes, juives mais aussi
tziganes, homosexuelles, politiques.
Des nazis, ce sont les
tortionnaires de Jean Moulin, de Missak Manouchian et des 21
fusillés de l’Affiche rouge… Un nazi, c’est
un officier SS, on
l’écrivait il y a deux jours, qui arrête 71 enfants de 4
à 13 ans pour les enfermer dans un train à
destination d’Auschwitz…
Ça vous
revient, peut-être ? Un manifestant qui fait un salut nazi,
c’est quelqu’un qui connaît cela et le revendique. Alors madame Kelly,
ou vous êtes d’une stupidité et d’une ignorance crasses, ou
quoi ? Vous ne savez toujours pas ?
jeudi 5 mars 2026
« L’Espagne de Pedro Sanchez, l’honneur de l’Europe »
Dans une Europe
vassalisée et
soumise aux États-Unis, au détriment de ses propres intérêts, un pays parvient néanmoins à sauver
l’honneur du Vieux Continent : l’Espagne du Premier ministre Pedro
Sanchez. Attaché aux valeurs ancestrales du peuple ibérique, le président du
gouvernement socialiste refuse de courber l’échine et d’accepter la loi du plus
fort, exigeant le respect des principes fondamentaux du droit international.
Face à la
tragédie vécue par le peuple palestinien, martyrisé par la politique
colonialiste et suprémaciste d’Israël, Pedro Sanchez, qui a reconnu l’État de
Palestine en 2024 et a appelé « à
mettre un terme au génocide à Gaza », a dénoncé la politique d’extermination de
Netanyahou. Dans le reste de l’Europe, les dirigeants des principales
puissances européennes apportent au contraire leur soutien à Tel Aviv,
criminalisant et réprimant la solidarité de leurs peuples avec la cause de
l’humanité.
De la même
manière, contrairement aux autres pays de l’Union européenne, l’Espagne a
fermement condamné la guerre d’agression menée par les États-Unis et Israël
contre l’Iran, sans mandat des Nations unies et en violation flagrante de la
légalité internationale. Pedro Sanchez a dénoncé une action unilatérale, aux
conséquences dramatiques et imprévisibles pour la planète entière, et a lancé
un appel à mettre fin aux hostilités et à retrouver le chemin de la diplomatie,
rappelant que la violence ne pouvait jamais être la solution.
Par la même
occasion, l’Espagne a formellement interdit à l’administration Trump d’utiliser
les bases étasuniennes de Rota et Morón de la Frontera en Andalousie pour les
opérations menées contre le peuple iranien. Privé de ces deux plateformes
logistiques stratégiques, Washington s’est résolu à déplacer ses avions vers
d’autres bases européennes.
De leur côté,
la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, refusant de condamner la guerre
d’agression, sont allés, dans un geste irresponsable, jusqu’à proposer leur
aide pour stopper la riposte iranienne.
Trump n’a pas
tardé à réagir en demandant au secrétaire au Trésor de « rompre toutes
les transactions avec l’Espagne » et d’imposer de facto des sanctions
économiques. Loin de se laisser intimider, Madrid a répondu avec la dignité qui
caractérise les grandes nations : « Les États-Unis doivent se
conformer au droit international et aux accords commerciaux. Nous disposons des
ressources nécessaires pour contenir l’impact d’un potentiel embargo. »
mercredi 4 mars 2026
Le 15 mars je me prononcerai pour la liste « continuons ensemble » conduite par François DECHY. Je vous invite à accompagner ce choix (Robert Clément) !
Depuis
vendredi dernier, nous connaissons les candidat-e-s qui aspirent à devenir
maire de Romainville. C’est le propre d’une compétition électorale. Au-delà
d’une ambition louable et parfois démesurée, ce qui compte dans le choix que
nous aurons à faire, ce sont les compétences, la connaissance de notre
histoire, les capacités à assumer une fonction complexe et exigeante, le
sérieux des propositions. C’est aussi le respect à la parole donnée, la
sincérité, l’intégrité, le désintéressement et le sens du collectif.
Dans
mon précédent billet, prenant connaissance de divers écrits, j’écrivais que
notre ville m’apparaissait vivre dans une bulle, une sorte d’îlot, imperméable
au basculement du monde, devenu un fracas permanent, avec ses violences, ses
guerres, avec les craintes, l’inquiétude et l’anxiété qu’elles suscitent dans
les moments que nous vivons présentement. Imperméable, aussi, aux conséquences
des politiques nationales sur les choix des collectivités locales.
Les
propositions énoncées par certain-e-s candidat-e-s me conforte dans cette
impression. À les lire, leur mise en œuvre ne dépendrait que de l’engagement de
l’équipe qui serait élue le 22 mars. C’est trop simple. Les obstacles ne
manqueront pas de se présenter et seule l’intervention de nos concitoyens
permettra de les surmonter. Plus vite qu’on peut le penser, d’ailleurs. Ainsi, le
premier ministre vient d’annoncer que la décentralisation serait bien un sujet
du présent quinquennat. Qu’elle ferait l’objet de plusieurs projets de loi dont
l’un porterait sur « la réforme de l’État, la décentralisation et la
clarification d’un certain nombre de compétences ». Mais surtout Sébastien
LECORNU ne cache pas ses intentions « La situation de nos finances
publiques rend urgent de recentrer l’État sur certaines missions, il doit donc
s’en remettre plus clairement à d’autres acteurs publics pour exercer certaines
compétences, et de citer les transports, le logement et le
médico-social ». Tout cela à 15 jours du premier tour !
Par
ailleurs, le projet de loi du gouvernement sur les polices municipales que
vient d’adopter le Sénat, dessine un basculement silencieux : celui d’une
police municipale appelée à devenir l’ombre portée de la police nationale, sans
les mêmes garanties, sans les mêmes moyens financiers, mais avec des
compétences toujours plus étendues. Ce glissement installe une confusion entre
police nationale et police municipale : celle des missions, des
responsabilités et du financement.
Enfin,
cerise sur le gâteau, en dépit des affirmations du chef du gouvernement
expliquant avoir préservé les collectivités locales, la loi de finances pour
2026 comporte en fait – au-delà des 2 milliards d’euros de prélèvements que
l’exécutif reconnait – près de 5 milliards d’euros de coupes budgétaires,
affectant les collectivités. La baisse des dotations aux collectivités
territoriales n’a pas commencé avec Emmanuel Macron. Jamais
les dotations de l’Etat n’ont autant fait parler d’elles que sous le
quinquennat de François Hollande. Le candidat promettait de ne pas les baisser,
il n’en a rien été. Si, en 2013, elles s’élevaient encore à 41,5 milliards
d’euros, elles ont, au bout du mandat, fondu d’un quart, à 30,86 milliards
d’euros.
Dès
ses premiers pas à l’Élysée, François Hollande renonçait à renégocier les
traités européens. Il tourna aussi le dos à la gauche avec des réformes telles
que celle sur l’ANI (accord national interprofessionnel), les retraites, le
CICE, le projet de déchéance de nationalité, les lois Macron et El Khomri,
toutes deux adoptées à coups de 49-3 face à une majorité socialiste
récalcitrante. Faute de s’attaquer
aux injustices sociales, la ligne incarnée par les premiers ministres Manuel
Valls et Bernard Cazeneuve a même été de mettre en avant des batailles identitaires.
C’est une leçon qu’il convient de retenir pour ce scrutin municipal et à
quelques encablures de 2027.
De ce point de vue les propos de Bernard
Cazeneuve – président du mouvement « La Convention » qui soutient la
liste du Parti socialiste à Romainville – ne sont guère rassurants. Il défend
un positionnement de centre gauche et une union « progressiste » allant « au-delà du seul rassemblement de la gauche ». Selon
lui, ce mouvement devrait s’inspirer du « gaullisme de la fin de la IVe République,
autour dune certaine idée de la France ». Et puis,
étonnante sortie de Bernard Cazeneuve, le 31 janvier sur France-Info, quelques
jours avant sa venue à Romainville pour soutenir la liste du parti
socialiste : « Je me déplace, dit-il, pour soutenir les maires
socialistes sortants, ceux qui affrontent la droite. Partout où il y a des
candidats de gauche sortants, je souhaite un soutien total » (sic).
« Depuis 2020, Romainville est à
l’arrêt, notre ville décline faute de vision » nous dit la liste du parti socialiste ».
De quelle vision parlons-nous ? Aucune ville d’Île de France n’a connu une
telle évolution démographique. 13720 logements en 2020, 16881 en 2026. 30087
habitants en 2020, 37152 au 1er janvier 2026, selon l’Insee. Et ce
sera 40.000 à l’horizon 2030, et sans doute plus tôt. Ce n’est pas un détail,
et pourtant peu commenté.
Nous sommes favorables, nous disait-on à une évolution maîtrisée de la
population, 30.000 habitants à l’horizon 2030. Oui mais voilà, nous serons
40.000 à cette même date ! C’est ici que nous sommes « Gros-Jean
comme devant ». Les nouveaux résidents sont évidemment les bienvenus,
encore fallait-il qu’ils soient bien accueillis. Ce sont des classes
supplémentaires à ouvrir, ce sont des équipements sportifs et culturels à
construire, ce sont des structures nouvelles pour l’accueil de la petite
enfance, c’est un troisième collège à construire aux
Bas-Pays. Rien de tout cela n’a été pensé. Et aujourd’hui avec quel foncier
et où ? Alors comment parler d’une vision sur le futur en matière
d’aménagement et d’urbanisme.
Les biens immobiliers appartenant à la
commune et cédés aux promoteurs immobiliers ont fait leur plus grand bonheur.
Restaurant du personnel, atelier municipal, gymnase Vallès, foyer Croizat,
salle Jean Lurçat, foyer Pierre KÉRAUTRET, espace Marcel PAUL, maison des
associations, place de l’ancien marché, locaux rue Louise Dory, le Mille-Club,
route de Montreuil, réserves foncières rue de la République et rue Jean-Jaurès,
cité des Mares (pour 4,5 millions d’euros), centres de vacances d’Audierne, du
Bosgouet, de Bourg-Achard. Ainsi, on
pourra tourner les choses dans tous les sens, notre ville doit impérativement
disposer de foncier pour faire ce qui n’a pas été fait et répondre ainsi aux multiples
besoins qui n’ont fait l’objet d’aucune anticipation. L’équipe municipale élue
en 2020 s’y est attelé et entend poursuivre cet engagement.
J’ai toujours pensé qu’une campagne
électorale a un impérieux besoin de clarté, de transparence et de francs échanges.
La démocratie a tout à y gagner. C’est pourquoi j’ai cru utile de livrer ma
réflexion à la connaissance de chacun(e). Pour ma part c’est ce qui me conduit
à soutenir la
« liste du plus large rassemblement de la gauche, des écologistes et des
mouvements citoyens conduite par François DECHY, qui elle, allie réalisme et
fidélité à ses valeurs ».
Au plan municipal, ce sont les droits
humains qui relient toutes les politiques publiques. Ils ne se limitent pas aux
tribunaux internationaux ni aux crises diplomatiques. Ils se construisent ou se
fragilisent dans les décisions locales et commencent à la mairie. C’est à la
mairie que l’on déclare une naissance et que l’on obtient une identité
administrative, condition première de l’action aux droits. C’est à l’échelle
communale que l’on scolarise ses enfants, que l’on vote et que l’on participe à
la vie démocratique locale. La commune est le premier échelon de la République
et le premier espace d’effectivité des droits humains. Chaque politique locale
– sociale, éducative, urbaine, tranquillité publique – traduit en pratique, des
principes universels : dignité, égalité, non-discrimination,
participation. Ces principes sont ceux d’engagements internationaux que la
France a librement adoptés et que toutes les autorités publiques doivent mettre
en œuvre.
La France est liée par la Déclaration des
droits de l’Homme, les pactes internationaux et les conventions européennes,
obligations qui s’imposent à l’ensemble des pouvoirs publics, y compris aux
collectivités territoriales. Une mairie n’est pas seulement une administration
de proximité : c’est une autorité publique responsable du respect, de la
protection et de la promotion des droits humains du territoire, et au-delà, par
son action de solidarité et de coopération au-delà des frontières. Les droits
humains ne sont pas « internationaux » d’un côté et
« locaux » de l’autre. Ils forment un continuum. Être maire, ce n’est
pas seulement gérer un budget. C’est exercer une responsabilité politique et
morale envers l’ensemble des habitant-e-s. Chaque délibération, chaque
arbitrage budgétaire, chaque règlement municipal a une incidence sur les droits
fondamentaux. Ainsi les élections municipales ne sont pas une simple élection
de gestion. Elles sont un choix de société. Les droits humains sont le socle de
la République. Et ce socle se construit, chaque jour, à la mairie. Telle est la
raison pour laquelle je me félicite de trouver dans la liste « Continuons
ensemble », c’est la seule, des propositions fortes pour la protection des
droits humains sur notre territoire et une
action de solidarité, de coopération au-delà des frontières.
C’est en restant fidèle aux engagements de
l’élu que j’ai été durant de longues années, au citoyen attaché à l’avenir de sa
ville où je réside depuis 62 ans, au vieil homme que je suis devenu, que le 15
mars je me prononcerai pour la liste « Continuons ensemble »
conduite par François DECHY. Je vous invite à accompagner ce choix. « Croire en demain, c’est toujours
avoir un projet, une idée à défendre. L’essentiel de la vie, c’est de faire son
chemin sans jamais, un instant, le perdre de vue »
« On ne sécurise pas le monde avec des bombes », la chronique de Patrick Le Hyaric.
Non, la
démocratie ne s’exporte pas sur le dos des missiles qui détruisent tout sur
leur passage, tuent enfants, femmes, et des innocents.
La puissance
des armes, si sophistiquées soient-elles, n’apporte
que destruction et mort : destruction du droit, destruction
des corps, destruction sociale.
Avec force,
détermination, courage et raison, le peuple Iranien a entrepris
de se libérer par lui-même des chaînes dépliées par la
théocratie qui l’oppriment.
Il ne peut croire
à une libération sous un tapis de bombes larguées du ciel en totale
violation, une nouvelle fois, du droit international.
Les
bombardements ciblés contre des dirigeants aussi affreux et
sanguinaires soient – ils ne peuvent que s’apparenter à des
exécutions extrajudiciaires et confirment le retour à la loi de la jungle
et ne constituent pas un soutien au mouvement populaire en Iran porteur de
justice, de liberté, de paix.
Plusieurs
vagues insurrectionnelles, celles portant le mot d’ordre « Femme, Vie,
Liberté », puis celle de ces dernières semaines, dessinent les contours de
conditions prérévolutionnaires que réprime dans le sang le pouvoir des
autocrates de Téhéran et que tentent de dévoyer différentes forces
occidentales.
Ces mouvements
populaires iraniens portent en eux de profondes aspirations à la démocratie.
Or, les
terribles expériences récentes d’interventions militaires en Irak, en Libye, en
Afghanistan ont engendré l’exact contraire de la progression de la démocratie
et de la stabilité. En se retirant, les chars et les bombardiers américains
n’ont laissé derrière eux que le chaos et des populations appauvries, en proie
aux intégristes fanatiques.
Dans un
contexte différent, l’intervention illégale de la coalition
« américano-israélienne » en juin dernier a constitué un facteur
d’aggravation des conditions de vie des classes populaires
iraniennes. Elle a aussi servi de prétexte à une répression accrue et à
une militarisation de l’espace politique et social. En ouvrant la voie au
durcissement des sanctions américaines, à une pression renforcée sur les
exportations pétrolières, sur le système bancaire et financier, elle a
provoqué une chute brutale des recettes de l’État iranien. C’est sur ce fond de
crise aggravée que se sont développés les récents mouvements
populaires, réprimés jusqu’aux exécutions de milliers d’Iraniennes
et d’Iraniens de tout âge, sans aucune forme de procès.
Dans ce
contexte de gestion capitaliste et prédatrice de l’Iran, minée par des
déficits budgétaires, un système s’est installé, fait de corruption
massive, de privatisation des flux de devises, de quasi-privatisation des
ventes de pétrole. Les flux de pétrodollars captés par des trusts
privés et des réseaux para-étatiques volés au bien public, ont
nourri des paradis fiscaux au profit de la caste détenant le pouvoir
et le système sécuritaire.
C’est de tout
cela ; de l’autocratie, de l’idéologie politico-religieuse et
d’un système capitaliste prédateur dont veut se libérer le peuple iranien.
Il conteste
d’un même pas les politiques d’accumulation par la dépossession du plus grand
nombre, les clientélismes politiques, la rente, les privatisations, les
contre-réformes néolibérales, et les multiples formes de domination,
d’exploitation, d’autoritarisme et d’injustices. Le mouvement, même s’il est
traversé de contradictions, notamment sur l’option future, articule donc un
combat démocratique contre la théocratie et l’arbitraire, tout en contestant la
domination de genre et porte la volonté de libération de tous les groupes
constitutifs de la nation, notamment les Kurdes ou les Baloutches.
L’Occident
capitaliste sous-direction américaine cherche à déposséder ce
mouvement populaire de sa souveraineté pour y imposer son ordre. Preuve
que le peuple iranien, dans sa diversité, lui importe peu : le
président américain est prêt à désigner lui-même un nouveau dirigeant
pour l’Iran. Il compte pour cela exploiter les divisions au sein du
régime lui-même et des différences au sein du mouvement populaire. Ceux qui
opposent au mouvement « Femme, Vie, Liberté » un régressif
« Homme, patrie, prospérité » cherchent à instaurer un
régime nationaliste – bonapartiste autoritaire.
En refusant de
respecter la souveraineté du peuple Iranien, la coalition « Trump – Netanyahou »
ouvre la voie à une guerre civile interne à l’Iran et à un embrasement
généralisé au Moyen-Orient avec ses imprévisibles extensions
dans le monde et notamment en Europe.
Nous sommes ici
face à un crime d’agression internationale* de même nature que
celui commis par La Russie contre L’Ukraine, qui avait été condamnée par
l’Assemblée générale des Nations Unies au titre de
l’article 2 de la Charte de l’ONU (paragraphe 4). Dans
ces conditions, la non-dénonciation de cette agression
guerrière américo-israélienne dans les mêmes termes que
l’agression russe constituerait un nouveau « deux poids – deux
mesures ».
La France a
envisagé de saisir le conseil de sécurité. Elle doit le faire au plus vite, au
nom du principe de « non-recours à la force », inscrit dans
le droit international, et faire transposer une résolution contre ce crime
d’agression devant l’Assemblée générale des Nations Unies. Alors que
tout le Moyen – Orient subit les feux de l’embrasement, on ne désigne
ce dangereux moment dans les chancelleries occidentales et
dans la grande presse que sous les vocables de « frappes »,
« d’attaques », « d’échanges de missiles » en proscrivant
les mots « guerre » et « agression ». Comme toujours
la guerre militaire voyage avec la guerre des mots pour empêcher toute
discussion contradictoire et stériliser toutes velléités d’action
populaire contre la guerre.
Il n’y a ici
aucune promesse de libération du peuple iranien. Par contre existe le
risque d’une partition de l’Iran dans le cadre d’un remodelage complet
de la région, incluant le projet du « grand Israël », du découpage
de la Syrie, de l’Irak, sans oublier le chaos
terrifiant engendré par l’intervention occidentale en Libye. Cette mise à
la découpe des États s’inscrit dans le projet des « 1 000 États-cités gouvernées par des investisseurs » sous le contrôle direct de l’imperium, comme le théorise l’entourage de Trump.
Le peuple
Iranien et la démocratie sont très loin des préoccupations de la
coalition « américano-israélienne » qui dévaste Gaza et organise
l’annexion accélérée de la Cisjordanie.
Les buts de
guerre développés par le Premier ministre israélien comme par Trump varient en
fonction des moments. Tantôt la démocratie en Iran, tantôt les armes
balistiques, ou l’enrichissement de l’uranium, alors que quelques heures avant
le déclenchement du feu, les négociateurs américains expliquaient que les
discussions étaient en bonne voie et que Trump lui-même avait, au mois de
juin, affirmé que toutes les « prétendues » installations pour
l’enrichissement d’uranium avaient été détruites.
Les buts sont
évidemment autres.
Ils
ont l’odeur du gaz, la couleur du pétrole et des
minerais avec en prime la privatisation du détroit d’Ormuz.
Derrière cette
guerre, se poursuit un projet géopolitique nord-américain :
contenir La Chine. Après le blocus organisé au Venezuela, il
s’agit de pressurer l’économie chinoise qui ne
dispose pas de ressources gazières et pétrolières.
Notre combat
pour la libération du peuple et des travailleurs iraniens va de pair avec
le refus de cette nouvelle guerre impérialiste.
Notre devoir
est double : soutenir la dynamique sociale en Iran pour un nouveau
régime démocratique, pour la souveraineté pleine et entière des citoyennes et
des citoyens, et agir pour la paix et des initiatives de désarmement, dont
la dénucléarisation de toute cette région. En effet, comment justifier
l’interdiction à l’Iran de posséder l’arme
nucléaire quand Israël en dispose ?
L’Assemblée
générale de l’Organisation des Nations unies doit
être saisie d’urgence afin de prendre, avec le Secrétaire
général de l’ONU, des initiatives de paix, notamment la construction d’une
coalition diplomatique pour l’arrêt des combats, pour le respect du
droit et de la construction d’une paix durable au Moyen-Orient, incluant
l’application des résolutions des Nations Unies pour la construction
de l’État Palestinien.
Prétendre
sécuriser le monde par la guerre et le militarisme ne conduira qu’à normaliser
l’insécurité généralisée pour les peuples et l’environnement pour au bout du compte
sécuriser un nouveau capitalisme et des impérialismes chargés des nuées noires
de leurs bouffées de guerre.
Nous, les
peuples européens, avons un rôle à jouer pour que les institutions européennes
refusent l’alignement guerrier, pour revaloriser le rôle de l’ONU, afin
d’empêcher la généralisation d’une guerre sans limite et
pour protéger d’urgence le Liban.
On mesure à
quel point ce qui se joue à partir de l’Iran dépasse ce grand pays et son
peuple valeureux et cultivé. C’est la conception même de la sécurité
internationale qui est en question.
Contester la
militarisation de nos pays et de nos sociétés devient un acte de résistance
civile et de responsabilité démocratique.
Il s’agit de
résister à la normalisation de la guerre, de refuser le concept d’escalade
préventive souvent fabriquée au gré des intérêts
capitalistes nord-américains.
Il
s’agit de soutenir les forces démocratiques et sociales agissant en Iran
et ailleurs pour la liberté, la justice, la dignité, la défense des droits
des femmes. Des objectifs communs aux peuples qui doivent
devenir le point commun d’une résistance internationale.
La paix et la
construction d’un monde commun sont le grand combat de l’heure.
* Selon la résolution 3314 (article 1.) de l’assemblée générale
des Nations Unis : « L’agression internationale
est définie… comme l’emploi de la force armée par un État contre la
souveraineté, l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre
État ou de toute autre manière incompatible avec la charte des Nations
Unis »
« La France a encore une voix, mais a-t-elle quelque chose à dire ? », l’éditorial de Stéphane Sahuc.
La France fut
une voix originale dans le concert des nations, capable de porter un discours
distinct de celui de ses alliés. Cette position, héritière d’une certaine idée
de l’indépendance nationale, s’est progressivement délitée. Sarkozy, Hollande
et maintenant Macron, avec une constance inquiétante, ont fait entrer la France
dans le rang. Plus qu’un alignement, c’est une reddition : celle d’un pays
qui renonce à peser sur le destin du monde pour mieux se soumettre à la loi du
plus fort.
Un cap semble
pourtant avoir été franchi à l’occasion de l’attaque conjointe menée
par Donald Trump et Benyamin Netanyahou contre l’Iran. Face à une agression contre un État souverain, en
dehors de tout cadre légal ou multilatéral, le représentant permanent de la
France aux Nations unies a inversé les responsabilités en attribuant à l’Iran
l’entière responsabilité de la guerre.
Quant au
président de la République, il s’est contenté d’une réserve prudente, estimant
que les « frappes » ne résoudraient pas les problèmes, tout en
précisant que « la France se tient prête à déployer les moyens
nécessaires à la protection de ses partenaires (…) ». Autrement dit, à
s’engager dans le conflit.
Mais la
véritable réponse politique du chef de l’État est venue lors de son discours depuis l’île
Longue, en Bretagne. Il y a annoncé une
nouvelle posture stratégique nucléaire – « la dissuasion avancée »
–, l’augmentation du nombre de têtes nucléaires dans l’arsenal français, et
la fin de la transparence sur cet arsenal.
Un tournant.
Pour Macron, la guerre n’est plus une éventualité, mais la seule perspective
crédible, l’unique boussole d’un monde livré aux appétits
impérialistes. Exit la paix,
reléguée au rang d’utopie naïve, voire d’irresponsabilité. Place à la loi du
plus fort, à la peur comme instrument de pouvoir, à la course aux armements
comme substitut de politique étrangère. Pourtant, ce n’est pas cette voie que
la France devrait emprunter.
Elle pourrait
incarner une autre ambition : celle du droit contre la force, du
multilatéralisme contre les logiques de blocs, de la désescalade contre
l’emballement guerrier. La France a encore une voix, mais a-t-elle encore
quelque chose à dire ?
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