Il suffit de
regarder les files d’attente interminables qui s’étirent devant chaque
restaurant universitaire, et d’écouter l’épuisement de celles et ceux qui
servent derrière les comptoirs, pour comprendre le mouvement des Crous. Ce
mardi 22 septembre, les portes closes des restaurants universitaires, la
colère légitime des agents et la détresse silencieuse des étudiants sont la
preuve d’un abandon politique qui s’expose au grand jour.
Lorsque la précarité des amphis rejoint la grève des services de restauration et
l’asphyxie chronique de la recherche et de l’université, il ne s’agit plus de
faits sociaux isolés. En maths, on sait que deux points donnent une ligne et
trois un plan. La situation des Crous est la démonstration d’une ligne politique
et d’un plan idéologique.
Le repas à un
euro devait être une bouffée
d’oxygène. Aujourd’hui, près d’un étudiant
sur cinq vit sous le seuil de pauvreté. Pour des dizaines de milliers d’entre
eux, le « reste à vivre » plonge sous les 50 euros par mois une
fois le loyer et les charges payés. Dans ce contexte, pouvoir s’asseoir devant
un plateau chaud n’est pas une faveur quand l’inflation dévore le budget et
pèse sur les esprits ; c’est le minimum.
Seulement,
décréter un droit pour tous, tout en rabougrissant les moyens financiers et
humains permettant d’en faire une réalité, c’est le réduire à une parole en
l’air. Derrière les vitrines des réfectoires, le personnel craque. De l’autre
côté de la caisse, des étudiants finissent par rebrousser chemin, découragés
par des heures d’attente. Les uns comme les autres paient physiquement, dans
leur quotidien, le prix de ce désengagement budgétaire.
On ne peut pas
décemment exiger d’une génération qu’elle étudie, qu’elle innove et qu’elle
porte l’avenir du pays, tout en la laissant s’angoisser pour son prochain
repas. L’éducation, la jeunesse et le savoir ne sont plus perçus comme les
investissements les plus importants d’une nation, mais comme des variables
d’ajustement au service d’une austérité dogmatique.






