L’Assemblée
nationale ouvre ce lundi le chantier de la loi intégrale contre les violences
sexistes et sexuelles. Le début de l’examen des 69 articles en commission
spéciale résonne comme une première victoire pour les associations féministes
et de protection de l’enfance.
Sans cette
pression populaire, jamais ce texte ambitieux n’aurait franchi les portes du
Parlement. Il ne faut pas l’oublier au moment où commence la rude bataille
autour des amendements et des arbitrages. La reprise de la mobilisation, à laquelle
appelle aujourd’hui une large coalition associative et syndicale, est un
élément clé. Non seulement pour pousser les députés à préserver la philosophie
de la loi. Mais aussi pour la rendre effective en lui donnant des moyens à la
hauteur de l’enjeu.
Remise à jour
après le meurtre de la jeune Lyhanna, cette proposition de loi intégrale porte
une ambition juste : rompre avec les réponses fragmentaires et penser
ensemble prévention, protection, justice, réparation. Mais ne nous leurrons
pas. Si cette vision large recueille un relatif consensus dans les discours,
elle nécessite un vrai basculement budgétaire.
L’État consacre
aujourd’hui 12,5 millions d’euros par an à la lutte contre les violences
sexistes et sexuelles. Une peccadille. Pour mettre en œuvre l’ensemble des
mesures, il faudrait trois milliards chaque année. Un chiffrage précis, étayé,
inscrit noir sur blanc dans le texte. Droites et macronistes sont-ils prêts à
le voter ? Ou multiplieront-ils les manœuvres dilatoires, comme beaucoup le
redoutent, se bornant à la dimension répressive du texte, tout en faisant
traîner le calendrier parlementaire à l’approche des échéances électorales de
l’an prochain ?
Si le camp
présidentiel se dérobe, il portera une lourde responsabilité
devant toute la nation. À commencer
par les 160 000 enfants victimes chaque année de violences sexuelles et
400 000 femmes cibles de violences en tout genre. Les mentalités
patriarcales sont ancrées dans les familles, à l’école, au travail. Au-delà du
volet judiciaire, seule une bataille culturelle de longue haleine peut
désamorcer cette fabrique sociale des violences. C’est toute l’ambition de ce
texte. Nous verrons, dans les prochaines semaines, qui, parmi les
parlementaires, est prêt à la soutenir. Et qui est prêt à la trahir.






