lundi 17 août 2026

« Quand Lecornu se paye de mots à défaut de solutions pérennes », l’éditorial de Cathy Dos Santos.



Les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Sébastien Lecornu, lui, croit dur comme fer qu’il agit vite et bien « parce qu’une parole donnée n’a de valeur que si elle est tenue ». Voilà le fil conducteur de la lettre qu’il a adressée samedi aux agriculteurs : le gouvernement aurait entendu leur colère et serait préoccupé de leur détresse face à un climat indomptable.

Fait troublant : le Conseil constitutionnel a validé la veille la presque totalité de la très controversée loi d’urgence agricole, qui autorise la réintroduction de l’acétamipride et du flupyradifurone – à deux réserves près – au nom de « l’intérêt général » ! Comme si le recours à ces poisons était sans danger pour les humains et les écosystèmes. Même logique concernant la gestion de l’eau. La loi d’urgence agricole, supervisée par les lobbyistes de l’agriculture intensive, facilitera le stockage de l’eau et, dans les faits, l’accaparement de l’irrigation par une minorité au détriment d’une répartition juste et équitable, alors que la France a soif.

La décision des « sages » est un bras d’honneur à l’incroyable mobilisation citoyenne contre la loi Duplomb. Sébastien Lecornu a beau crier victoire, le texte qui entrera en vigueur n’apportera pas de solutions pérennes aux souffrances du monde paysan, qui ne subit pas seulement les répercussions du dérèglement climatique. Il pâtit de choix politiques qui font la part belle aux syndicats et mastodontes du modèle intensif. Ceux-là mêmes qui, obnubilés par les gains de compétitivité, dévorent des énergies fossiles et des intrants chimiques au mépris de la santé, de la nature et du devenir d’un grand nombre d’exploitations.

Le premier ministre se gargarise du travail de l’exécutif, après la gestion calamiteuse des mégafeux et l’image déplorable que renvoie le président des riches sur son jet-ski. Il promet des mesures à la hauteur de l’époque sinistrée que nous vivons. Mais le flou est son royaume. Pas l’ombre d’une planification à moyen et à long terme pour atténuer les impacts d’une crise climatique systémique. Le cadre de la discussion sur le budget 2027 à l’automne est, en revanche, posé. Comme un jour sans fin, le gouvernement n’a que le mot austérité à la bouche. L’opération com de Matignon ne fera pas long feu.

 

vendredi 14 août 2026

« Sécurité et souveraineté alimentaires sont en jeu », l’éditorial de Rosa Moussaoui.



Cet infernal été laisse déjà derrière lui, en Europe, des champs brûlés, des récoltes perdues, des exploitations promises, sans soutien public, à la faillite. Quand il ne pleut plus pendant des semaines, quand les sols se dessèchent, quand les températures s’envolent au-dessus des seuils de résistance des cultures au stress thermique, c’est la sécurité et la souveraineté alimentaire qui sont en jeu.

Nous ne vivons pas une crise passagère, et elle n’a pas commencé en 2026. Les chiffres sont cruels : les pertes de récoltes ont triplé en Europe depuis les années 1960 et le secteur agricole européen perd déjà plus de 28 milliards d’euros par an sous l’effet des événements météorologiques extrêmes. Et ce n’est qu’un début.

Nous vivons sous un nouveau régime climatique avec des vagues de chaleur toujours plus longues, plus violentes, plus fréquentes. Produire de la nourriture, dans ces conditions, devient de plus en plus difficile, de plus en plus coûteux. Et quand les récoltes sont amputées, les prix montent, avec une inflation alimentaire qui affecte en premier lieu les plus modestes, les classes populaires.

L’adaptation à cette nouvelle donne climatique ne peut plus attendre ; elle implique des transformations radicales des modèles et des pratiques agricoles, des investissements massifs dans la recherche, une protection collective des paysans exposés à des chocs de plus en plus brutaux. Relever ces défis est impossible dans le carcan de la « concurrence libre et non faussée » qui sert de boussole aux politiques européennes. Laisser le marché dicter seul sa loi, c’est mettre en péril des milliers d’exploitations et l’accès aux vivres de millions de personnes.

Il n’y aura pas de retour en arrière : le climat d’hier ne reviendra pas. Mais on ne s’adaptera pas indéfiniment à des températures qui finiront par franchir les limites biologiques de la plupart des espèces végétales sous nos latitudes. Seule une réduction colossale des émissions de gaz à effet de serre, en sortant des énergies fossiles, peut contenir le réchauffement. Et chaque fraction de degré compte, pour préserver un monde compatible avec l’agriculture, avec la vie humaine elle-même.

 

Dans « Paris Match », Emmanuel Macron dépeint en capitaine de jet-ski, le billet de Maurice Ulrich.



Un capitaine de pédalo dans la tempête. C’était en 2011 et ce n’était pas très gentil. Sauf erreur, c’est François Hollande qui avait été qualifié ainsi, à l’époque, par Jean-Luc Mélenchon. Emmanuel Macron s’en est-il souvenu, lui qui apparaît à la une de Paris Match aux commandes d’un puissant jet-ski, au large de sa résidence d’été de Brégançon avec cette légende « Dernier été aux commandes », et, en pages, « chevaucher les vagues pour mieux s’immerger dans ses dossiers » ?

On le voit aussi sur une sorte de planche de surf et là : « le secret du pouvoir c’est la recherche de l’équilibre »… Les auteurs de cette mise en scène dans l’hebdomadaire de l’ami Bernard Arnault semblent avoir sous-estimé le poids des mots et le choc des photos.

Quand la France vient de brûler et que les Français subissent la cinquième canicule de l’été, présenter le président s’adonnant aux joies des sports nautiques ce n‘était peut-être pas la meilleure des idées. Avec des amis comme ça, a-t-on encore besoin d’ennemis ? Le pédalo, si c’était humiliant c’était quand même populaire.

jeudi 13 août 2026

« Le malaise social chez les pompiers », l’éditorial de Cédric Clérin.



On connaît la propension de nos gouvernants à vouloir minimiser, invisibiliser ou folkloriser les grèves afin de mieux les neutraliser. Ils auront pourtant bien du mal à éluder le message porté par celle des pompiers, tant il est reçu positivement dans l’opinion publique. Voilà des fonctionnaires qui exercent leur métier dans des conditions indignes au regard des services qu’ils rendent à la société. Certes, le néolibéralisme a tout fait pour que les serviteurs du bien commun soient maltraités. Les enseignants ou les soignants, entre autres, en savent quelque chose. Mais la force des images des incendies a placé les pompiers sur le devant de la scène et rendu leur condition encore plus insupportable.

Ce qui ajoute encore à leur colère, c’est qu’au-delà de rémunérations faibles, ils doivent pallier les manques installés par des choix politiques désastreux. Outre les incendies estivaux, ils interviennent désormais tout au long de l’année sur les cendres du service public de la santé. Dans certains départements, les interventions ont augmenté de plus de 50 % en dix ans ! Comble du cynisme, les gouvernements macronistes ont préféré faire appel aux volontaires plutôt que de renforcer le statut des professionnels pour absorber le choc qu’ils ont eux mêmes créé.

L’été, les pompiers doivent affronter les incendies sans les équipements nécessaires et l’appui des moyens lourds que les gouvernements ont refusé de financer. Au bout du compte, c’est leur santé qui est mise en danger. Envoyés au feu, ils sont pourtant abandonnés lorsqu’il s’agit de reconnaître les maladies professionnelles auxquelles ils sont exposés.

Leur santé n’est pas seulement une question de justice ou de capacité à faire face aux événements climatiques extrêmes liés au réchauffement planétaire. 87 % de leurs interventions concernent l’aide à la personne, c’est donc en réalité chaque citoyen qui est concerné. Le malaise social chez les pompiers est le symptôme de la dégradation des services publics et un signal d’alerte sur les dangers d’une société façonnée par les logiques néolibérales. Le crédit politique du macronisme finissant a cramé depuis longtemps, mais il aggraverait encore son cas en s’entêtant dans le déni.

« Les discours anti-immigrés sont instruments de racolage politique », le billet de Maurice Ulrich.



Qui à la préfecture de la Haute-Saône a pris la décision de faire arrêter pour une expulsion immédiate, alors qu’elle pointait au commissariat, une mère de famille marocaine de six enfants, menottée et emmenée sans qu’elle ait pu leur dire au revoir ? Quelle urgence y avait-il à appliquer une mesure d’obligation de quitter le territoire après un refus de carte de séjour dont elle avait fait appel ?

Cela alors qu’elle est en France depuis cinq ans, que son mari travaille comme chauffeur poids lourds et que ses enfants sont scolarisés. Dans quel bureau un fonctionnaire zélé, si ce n’est le préfet lui-même, a-t-il pensé nécessaire de séparer avec une telle brutalité une mère de ses enfants ? Les responsables ne sont pas seulement là.

Des macronistes à l’extrême droite, les discours anti-immigrés sont instruments de racolage politique. C’est ainsi que s’installe ce que la philosophe Hannah Arendt avait appelé la banalité du mal. Que l’on passe, au pays de Voltaire, de Zola, de Missak Manouchian, de Gisèle Halimi, de l’humanité à l’indignité.

 

mercredi 12 août 2026

« L'éclipse politique de l'Union européenne », l’éditorial de Lina Sankari.



Les Babyloniens sont les premiers à avoir développé une méthode de prévision des éclipses, issue de leur observation du ciel sur des siècles. En astronomie comme en droit, leur legs est immense. Ces avancées ne les ont pas empêchés de perdre leur centralité en se faisant absorber par d’autres empires. Une éclipse, politique celle-là, qui prouve qu’un astre peut continuer à exister tout en voyant sa langue diplomatique et son pouvoir de structuration du monde occultés par l’ombre portée d’autres puissances. La métaphore est osée, mais les Européens seraient bien inspirés de dépasser l’ère de paralysie dans laquelle ils sont entrés.

Les derniers développements ont le goût de la sidération. La crise de Ceuta a illustré à quel point les divisions politiques et les assauts de l’extrême droite, sous le regard bienveillant de la Commission, constituent une menace pour la solidarité communautaire. Mois après mois, le droit, qui formait le langage commun, est démantelé. La guerre des frontières entre États membres en est l’illustration. Même écrit sous la plume libérale, le pacte vert constituait lui aussi un début de régulation. Il a subi les mêmes assauts.

Les solutions autoritaires et bellicistes pour tenter de dépasser les contradictions du capitalisme ne sont pas surprenantes. Elles méritent d’être combattues tant elles emportent avec elles la démocratie et les compromis sociaux. Même dans le domaine de la défense, c’est le cadre intergouvernemental qui prévaut. Sur le commerce, pourtant cœur du réacteur de l’Union, chacun négocie sa vassalisation en direct avec Donald Trump ; hâtant la désindustrialisation, actant le retard dans les projets structurants. Cette absence d’épine dorsale obère l’avenir.

Or, il ne suffit pas de crier au déclin, fût-il civilisationnel, pour en sortir. L’unité au service du développement des peuples, de l’harmonisation par le haut, avec de nouveaux droits sociaux, sociétaux et environnementaux, le tout sous contrôle démocratique et populaire, demeurent la seule issue.

« Face aux dérives de l’intelligence artificielle, on fait quoi ? », le billet de Maurice Ulrich.



Amédée, ou Comment s’en débarrasser. C’est le titre d’une pièce d’Eugène Ionesco où un couple est confronté dans son appartement à un corps qui ne cesse de grandir. Dans les Échos de mardi, six articles sont consacrés à l’intelligence artificielle : elle donne du souffle aux géants industriels allemands ; tout achat d’entreprise passera par son audit ; elle va aider les conseillers bancaires ; elle redéfinit les conflits au Moyen-Orient comme en Ukraine et représente pour la ministre française de la Défense « un intérêt essentiel de sécurité »… Un cinquième article recommande toutefois aux humains de « garder la responsabilité de juger ».

Il est temps, car le gros titre c’est la décision de faire une pause que vient d’annoncer OpenAI, l’entreprise de Sam Altman, dans le développement de son nouveau modèle en raison des risques de dérapage. Au total ces dernières semaines, 19 modèles d’IA ont échappé, pendant des tests, au cadre qui leur était imparti et seraient à même d’envisager des stratégies d’attaque sur d’autres systèmes, voire de développer des formes d’auto-conscience. Amédée, on fait quoi ?

 

« Quand Lecornu se paye de mots à défaut de solutions pérennes », l’éditorial de Cathy Dos Santos.

Les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Sébastien Lecornu , lui, croit dur comme fer qu’il agit vite et bien « parce qu’une parol...