mardi 12 mai 2026

Fiscalité : un sophiste aux « Échos », le billet de Maurice Ulrich.



Il faut au moins être professeur d’économie à Sciences-Po pour être capable d’analyser les leçons de 1789 au regard de la fiscalité d’aujourd’hui. Dans une tribune des Échos, un expert le fait. Pierre Cahuc, conseiller ministériel à l’occasion, coauteur en 2008 d’un rapport critique contre le salaire minimum, note d’abord que, dans la décennie 1780, ce sont les territoires les plus lourdement taxés qui ont connu le plus d’émeutes.

Mais attention, il ne s’agissait pas tant du poids de l’impôt que de son caractère perçu comme injuste en raison de multiples inégalités, alors qu’un impôt élevé n’est soutenable que s’il est « lisible et perçu comme équitable ».

Ainsi, écrit-il, le mouvement des gilets jaunes était lié au sentiment d’une fiscalité frappant les classes populaires en exonérant les plus aisées. Mais voilà pourquoi, comprenne qui pourra, la taxe Zucman, bien que soutenue par 86 % des Français, ne serait qu’une « fuite en avant », répondant « à une crise de légitimité par une nouvelle couche de prélèvements aux conséquences incertaines ». Trop fort le sophiste.

L’hantavirus n’est pas un « nouveau Covid » mais une alerte, l’éditorial de Stéphane Sahuc.



L’Organisation mondiale de la santé (OMS) le répète : l’hantavirus n’est pas un « nouveau Covid ». Inutile, donc, de céder à la panique. Mais cette situation fait aussitôt surgir une question : si nous étions confrontés à un nouveau Covid, serions-nous prêts ? La réponse, d’une brutale simplicité, est non.

Selon les données de la Fédération hospitalière de France, à la mi-janvier 2026, on recensait, dans notre pays, 108 hôpitaux en tension et des dizaines de « plans blancs ». En dix ans, 43 500 lits d’hospitalisation complète ont été supprimés. Dans ce paysage médical dévasté, le moindre choc condamnerait le système à l’implosion.

À l’échelle mondiale, le tableau n’est pas moins alarmant. En mai 2026, l’accord de l’OMS sur les pandémies reste lettre morte. Les pays du Sud, marqués par l’expérience du Covid – quand les pays riches accaparaient vaccins et traitements –, refusent désormais de livrer « gratuitement » les données qui permettront à d’autres d’engranger des milliards. Ils exigent des garanties pour leurs propres populations.

En face, les géants pharmaceutiques brandissent la sécurité sanitaire mondiale pour exiger un accès libre et sans condition aux agents pathogènes. Hypocrisie ! Il s’agit, une fois encore, de sécuriser d’abord les intérêts des pays solvables. Le marché avant la santé.

La science est applaudie lorsqu’elle produit des vaccins rentables ; elle devient soudain inaudible lorsqu’elle met en cause la destruction des écosystèmes, le brevetage du vivant ou la logique marchande qui nourrit les zoonoses. Les attaques contre la recherche et l’asphyxie des ONG de terrain ne sont pas de simples débordements démagogiques. Elles visent à affaiblir tous les contre-pouvoirs capables de contester la gestion comptable de la vie humaine.

L’hantavirus est une piqûre de rappel autant qu’une alerte. Si un virus à propagation rapide et à forte létalité frappait demain, il s’engouffrerait dans des structures de soins démantelées et dans une société où la confiance envers la parole des autorités publiques et scientifiques a été méthodiquement sapée par l’austérité et les rodomontades trumpistes.

 

lundi 11 mai 2026

« La menace », l’éditorial de Maurice Ulrich.



C’est quand même un peu embêtant que ce soit précisément dans une ville, Carpentras (Vaucluse), où vient d’être élu un maire du Rassemblement national (RN), que la chanson Maréchal, nous voilà ! à la gloire de Pétain ait été diffusée, par erreur nous dit-on, le 8 mai, depuis la mairie. Pas d’erreur à Liévin (Pas-de-Calais), où le nouveau maire RN a fait disparaître, ce même 8 mai, les drapeaux des alliés vainqueurs du nazisme pour ne tolérer que le drapeau français… Huit jours après avoir supprimé, le 1er-Mai, l’hommage rendu en mairie avec les syndicats aux luttes des mineurs et aux 42 victimes, en 1974, d’un terrible coup de grisou.

Pas d’erreur à Vierzon (Cher), où le nouveau maire d’extrême droite a annulé la journée officielle de commémoration de l’abolition de l’esclavage, le 10 mai. Pas d’erreur à Carcassonne (Aude) pour le nouveau maire RN, qui a expulsé de ses locaux la Ligue des droits de l’homme après qu’elle a attaqué son scandaleux arrêté contre la mendicité… On pourrait allonger la liste à loisir. La stratégie de la cravate, mise en œuvre à la lettre par Jordan Bardella, est un peu contraignante pour nombre d’élus.

Mais on ne saurait en rester là, pas plus qu’en rester aux néofascistes de samedi empêchés – enfin ! – de manifester. Ils ne sont, osons le dire, que les salauds utiles du vaste projet en cours avec la participation active de Vincent Bolloré et de sa presse, avec la bienveillance du grand patronat, dont Bernard Arnault, pour qui l’arrivée au pouvoir du RN et de ses dirigeants n’est plus une hypothèse d’école mais une opportunité.

La défaite en Hongrie de Viktor Orban ne doit pas faire illusion. Au Royaume-Uni, Nigel Farage est le grand vainqueur des nouvelles élections. Les extrêmes droites ont repris la main en Amérique du Sud, comme au Chili où on réhabilite Pinochet et, tout au sommet, les ultra-milliardaires techno-fascistes des États-Unis, qu’il s’agisse d’Elon Musk, Peter Thiel ou d’autres, entendent bien, ce n’est plus de la science-fiction, diriger le monde par tous les moyens, dont la sujétion numérique. Nous ne sommes pas face à des nostalgies d’un ordre ancien, mais littéralement face à la naissance d’un ordre nouveau dont nous avons la responsabilité de mesurer la menace, ici et dans le monde

 

« Pourquoi le monde va mieux pour les riches et moins bien pour les pauvres », le billet de Maurice Ulrich.



« Avoir d’un côté des entreprises avec des superprofits et de l’autre une économie qui ne va pas très bien, c’est compliqué. » Il faut saluer cette analyse d’un expert financier cité par le Monde, qui consacre une demi-page, tout de même, aux profits XXL des entreprises : « Les bénéfices des sociétés cotées bondissent, tout comme les montants reversés aux actionnaires. »

En France, en 2025, les groupes du CAC 40 leur ont ainsi versé 107,5 milliards d’euros sous forme de dividendes ou par le mécanisme des rachats d’actions, soit une hausse de 9,5 % par rapport à l’année précédente. Dans le monde qui va bien, Total a bien profité de la guerre, avec un bénéfice net de 5,8 milliards d’euros pour le trimestre, en hausse de 51 % par rapport au premier trimestre correspondant de 2025.

Dans le monde qui va mal, comme en France, l’OCDE note que les salaires sont inférieurs à ce qu’ils étaient en 2021 et que le taux de pauvreté est au plus haut depuis les années 1970. C’est compliqué, mais avec un effort on comprend.

 

samedi 9 mai 2026

« Le droit international est-il mort ? », l’éditorial de Fabien Gay.



Il fut un temps où l’on croyait que le droit pouvait faire barrage à la loi du plus fort. En 1918, les « 14 points » de Wilson consacraient un principe simple : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Une promesse. Un socle du droit international moderne. Un siècle plus tard, que reste-t-il de cette ambition ?

La France a reconnu l’État palestinien devant l’ONU, un geste diplomatique fort. Mais que vaut une reconnaissance quand, dans le même temps, un peuple est privé de ses terres, de ses droits, de sa souveraineté, rongé par une politique d’apartheid et un génocide en cours.

Pendant des mois en 2025, Israël a bloqué l’acheminement de l’aide humanitaire. Des mois de siège et de privations. Une famine documentée par l’ONU. En avril 2026, 96 % des terres agricoles sont détruites ou devenues incultivables. Pendant ce temps, les colonies s’étendent en Cisjordanie. Chaque implantation grignote un peu plus la possibilité d’un État palestinien viable, continu, souverain. Plus de 38 000 femmes et filles tuées à Gaza entre octobre 2023 et décembre 2025.

La commission d’enquête de l’ONU sur les territoires palestiniens occupés démontre des actes génocidaires commis avec l’intention de détruire un groupe. Des mots d’une gravité extrême et qui, ailleurs, auraient déclenché des sanctions immédiates. Ici, ils se heurtent au mur du silence. Le droit international humanitaire est pourtant clair : les populations doivent être protégées.

Mais que vaut un droit que personne ne fait respecter ? Alors, à quoi sert l’ONU ? À compter les morts ? À publier des rapports ? À alerter, sans jamais contraindre ? Le Conseil de sécurité est paralysé, otage des rapports de force. Le droit international n’est pas mort, il est suspendu. Suspendu à la volonté des puissants, avec cinq nations qui détiennent un droit de veto, les plaçant au-dessus des autres peuples.

Netanyahou ne subit aucune pression des gouvernements et peut survoler le ciel français et européen malgré un mandat d’arrêt international et alors qu’il contrevient à des dizaines de résolutions de l’ONU ; aucune pression du droit international non plus contre Trump, libre de kidnapper un président en exercice au Venezuela. Pour le droit de la mer, même combat. Alors qu’une nouvelle flottille était en route vers Gaza, 211 militants – dont notre camarade Raphaëlle Primet – ont été enlevés par l’armée israélienne dans les eaux internationales et retenus illégalement. Le deux poids, deux mesures est insupportable, notamment pour les pays du Sud global.

La Palestine n’est pas une exception. Iran, Soudan, Mali, Congo… Les conflits se multiplient, se superposent, se hiérarchisent dans une indifférence croissante. Une guerre en chasse une autre. L’émotion est sélective. L’application du droit malheureusement aussi. Et, pourtant, il résiste. En 2025, des ONG ont saisi la justice française. Elles visent des soldats franco-israéliens, accusés de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, de génocide. Le droit existe donc. Il s’applique dans les tribunaux quand il échoue à s’imposer dans les chancelleries. Et toujours grâce à la mobilisation populaire, qui est la seule à pouvoir faire bouger les lignes, à faire vivre la solidarité internationale.

Reste une question, essentielle : voulons-nous encore d’un monde régi par le droit ou acceptons-nous définitivement la loi du plus fort ? Le droit international et nos instances internationales, même avec leurs imperfections, restent et demeurent le meilleur bouclier pour la défense de l’égalité entre les peuples. Bien sûr, il doit évoluer pour que chaque peuple soit à égalité, par exemple en abolissant le veto. Les nations doivent être libres et souveraines pour construire un monde de coopération.

vendredi 8 mai 2026

« Face à l’extrême droite, résistance et longue vie à l’Humanité », l’éditorial de Fabien Gay.



Chère lectrice, cher lecteur,

Comme j’avais déjà eu l’occasion de vous en informer, je me suis rendu mercredi au tribunal de Moulins, dans l’Allier. En effet, j’ai été convoqué, en tant que directeur de l’Humanité, suite à une plainte pour diffamation et injure publique déposée par Guillaume Senet, président de l’association Murmures de la cité.

En juillet 2025, nous relations dans nos colonnes cette sorte de mini-Puy du Fou, aux relents révisionnistes, mettant joyeusement en avant des drapeaux avec des croix gammées, entre autres. Ce spectacle plus que problématique sur le fond est financé à la fois par le milliardaire ultraconservateur Pierre-Édouard Stérin, dont on connaît la croisade idéologique, et par des fonds publics tels que la région Auvergne-Rhône-Alpes présidée par Laurent Wauquiez.

Ce procès est emblématique et reflète parfaitement la bataille idéologique et culturelle menée, notamment, par l’extrême droite. La presse libre et engagée, telle que l’Humanité, qui dénonce les violences et les dérives de l’extrême droite, est systématiquement attaquée par des procédures-bâillons pour nous faire taire.

Alors que nos avocats ont plaidé la nullité de la plainte, d’abord sur la forme, pour des problèmes de procédure, l’affaire a été mise en délibéré au 3 juin 2026, date à laquelle nous vous donnons rendez-vous, sereins et convaincus de la véracité des faits dénoncés. Je tiens à remercier les nombreux élus, les organisations syndicales, les citoyens et citoyennes qui sont venus devant le tribunal apporter leur soutien à l’Humanité et au combat contre l’extrême droite.

Ce combat est primordial puisque, au lendemain des élections municipales, le nombre de mairies RN et UDR est passé de 22 à 74. Dans 84 départements, ce sont désormais 3 000 conseillers municipaux qui portent un projet de haine et de division.

Même si nous sommes loin du raz-de-marée espéré par ces partis, ces victoires sont inquiétantes et permettent de faire de ces communes la vitrine de leur projet. Ainsi, le maire de La Flèche a réduit les subventions aux associations culturelles dès le début de son mandat.

Dans le secteur des médias, des journaux satiriques à Perpignan ou à Beaucaire ont dénoncé des procédures-bâillons à leur encontre. Comme expliqué par l’Humanité en janvier, la mairie d’Hénin-Beaumont a transmis à la Voix du Nord plus de 160 demandes de droits de réponse depuis 2014 ! Ces exemples peuvent paraître clairsemés. Il n’en est rien. L’extrême droite se livre à un travail minutieux, méthodique, qui fait écho à un projet global de mise sous tutelle de la culture, de détricotage du réseau associatif et de muselage des médias.

Face à cette vague, l’Humanité résiste. Nous continuerons à dénoncer les dérives fascistes et capitalistes. Mais pour cela nous avons besoin de vous ! L’indépendance et le pluralisme ont un coût. Plusieurs centaines de personnes nous ont déjà soutenus depuis le début de notre nouvelle campagne de souscription, avec plus de 200 000 euros récoltés. Je tiens à les remercier chaleureusement au nom de toute la rédaction. Face à l’extrême droite, résistance et longue vie à l’Humanité.

 

jeudi 7 mai 2026

FAIRE FRONT ENSEMBLE. LES SEMAILLES DU CHANGEMENT !



C’est aujourd’hui son anniversaire. 9 ans qu’il est à l’Élysée. Journalistes et politologues se relaient pour commenter « l’événement ». Certes, nous n’en sommes plus au premier anniversaire, où les médias, à la solde de Macron nous vantaient les « qualités du roi ». Son étoile a pâli et elles, ils, sont moins nombreux à se pâmer devant « sa majesté » et à être éblouis par sa pensée complexe. Passée sa phase d’installation, dominée par quelques mises en scène, apparaît un président narcissique et autoritaire. Ou pour le dire autrement, un glissement vers l’exercice solitaire du pouvoir. Il est le prince-président en son royaume. Au point de ne jamais renoncer au bon mot, qui devient vite une provocation. Inscrivons dans ce registre la dénonciation des « fainéants », de « illettrées » et « ceux qui ne sont rien ».

Dans un entretien qu'il avait accordé à « La tribune du dimanche », en 2024, Jupiter dit regretter des mots « qui ont pu être mal interprétés et blesser ». Bavures verbales, formulations vulgaires ou excessives, coups de sang ? Non, ce qui s‘exprime dans ces formulations vient de bien plus loin que de lui : sa nature profonde, c‘est tout simplement le mépris de classe qu’éprouvent les adorateurs du capital pour celles et ceux qui n’ont qu’un bien à vendre : leur force de travail. Les formules de Macron disent le mépris des « riches à l’encontre des pauvres » C’est au pas de charge qu’il a mis en œuvre une politique de plus en plus à droite. Suppression de l’ISF, baisse de l’imposition sur les revenus du capital, casse du code du travail, privatisation de la SNCF, réformes des retraites et de l’assurance chômage, services publics mis à mal, loi sur l’immigration…Il n’a fait que reprendre à son compte tous les credo du Medef. Baisse des charges, flexibilité du marché du travail, réduction du déficit budgétaire.

Des milliards d’euros pour les actionnaires et les puissants, des salarié-e-s, des retraité-e-s, des jeunes des étudiants montré-e-s du doigt, laissé-e-s pour compte et saigné-e-s à blanc. Les cartes d’une politique d’une droite décomplexée et autoritaire. Dans ce même entretien à « La tribune du dimanche », le président exprimait un autre regret, celui de ne pas pouvoir exercer un troisième mandat. Rien que ça. Un an encore, c’est déjà beaucoup. L’urgence est donc de rassembler largement pour nourrir toutes les mobilisations et réouvrir une espérance, avec la construction d’une plate-forme, de propositions alternatives – appelons ça comme on voudra – à toutes les forces progressistes et de transformation sociale. Pas pour refaire ce qui a échoué, mais pour défricher, confronter les points de vue, inventer et ouvrir, dans les conditions d’aujourd’hui, un nouveau chemin à des solutions convergentes.

À gauche, les formations politiques et écologistes doivent entendre cette aspiration au rassemblement pour faire front ensemble, à un moment où l’extrême droite a un pied à l'Elysée. J’estime qu’elles devraient mettre à la disposition des salarié-e-s, en lutte, des syndicalistes, des acteurs de la vie associative, rencontres et débats pour travailler à des solutions cohérentes et constructives. Dans le respect de chacune des formations. Sans remplacer l’hégémonie d’hier, par la même, ou par une autre. Il y a du grain à moudre. Il ne peut y avoir, à mon sens, de politique d’égalité, de justice et de solidarité si on ne s’attaque pas résolument à la domination du capital.

 

 

Fiscalité : un sophiste aux « Échos », le billet de Maurice Ulrich.

Il faut au moins être professeur d’économie à Sciences-Po pour être capable d’analyser les leçons de 1789 au regard de la fiscalité d’auj...