jeudi 12 mars 2026

« Guillemets », le billet de Maurice Ulrich.



Dans la nuit de samedi 7 à dimanche 8 mars, relate un envoyé spécial du Monde relate dans son reportage en Cisjordanie, paru le 11 mars, « deux Palestiniens sont morts sous les balles tirées par des colons juifs ». Il cite un témoin : « Ils avaient des M16, ils étaient à quelques dizaines de mètres. »

L’attaque « témoigne du climat de terreur que font régner les colons dans plusieurs zones de Cisjordanie », poursuit le journaliste. « Samedi un homme de 28 ans a été tué près d’Hébron. Lundi c’étaient deux frères tués par des colons armés à Qaryout, un village entre Naplouse et Ramallah. »

L’article évoque ensuite la complaisance du pouvoir et de l’armée laissant s’exercer ces violences qui « facilitent le nettoyage ethnique en cours » et cite l’ONG israélienne Yesh Din : « Israël arme des forces civiles qui se livrent à des activités criminelles en Cisjordanie et les soutient en s‘abstenant d’appliquer la loi lorsqu’elles commettent des infractions. » L’article du Monde est titré « En Cisjordanie le « terrorisme » des colons juifs ». Mais pourquoi terrorisme avec des guillemets ?

 

Les élections municipales, un laboratoire pour l’extrême droite », l’éditorial de Rosa Moussaoui.



Dimanche, les électeurs ne choisiront pas seulement leurs maires et leurs conseillers municipaux. Ils façonneront le paysage politique dans lequel se jouera l’élection présidentielle de 2027. Les caciques de l’extrême droite le savent mieux que quiconque : le Rassemblement national a investi plus de 763 listes, contre 410 en 2020. C’est que le RN, jusqu’ici, pâtit d’une faible implantation locale – un handicap dans sa course au pouvoir. Il ne dirige qu’une quinzaine de municipalités, dont une seule grande ville, Perpignan.

Aussi ce parti déploie-t-il une stratégie froide, patiente, méthodique pour s’assurer le maillage territorial qui lui fait aujourd’hui défaut. Dans son viseur, Marseille, Nice, Toulon, mais aussi toutes les digues qui le tenaient jusque-là loin des exécutifs locaux. En appelant à isoler la gauche par un « cordon sanitaire », l’extrême droite entend s’imposer comme arbitre d’un second tour dont elle veut faire une répétition générale. Elle voit même dans ces élections municipales le laboratoire de « l’union des droites » qu’elle appelle de ses vœux.

Les convergences s’étalent déjà au grand jour. À Bourg-en-Bresse (Ain), un vice-président LR du conseil départemental figure sur la liste conduite par une figure locale de Reconquête, le parti d’Éric Zemmour. À Colmar (Haut-Rhin), le patron de la fédération LR du département a rejoint la liste RN-UDR. Et, à Paris, Rachida Dati refuse de dire que Sarah Knafo est d’extrême droite.

Lorsqu’en 1983, le RPR et le FN s’étaient unis à Dreux (Eure-et-Loir) pour chasser la gauche, cette alliance antirépublicaine avait scandalisé la France. Les présents maquignonnages ne choquent plus grand monde. Effet mortifère de la normalisation qui gangrène désormais toute la vie politique.

À gauche, les divisions, les anathèmes rendent les alliances de second tour incertaines. Refuser, entraver le rassemblement serait irresponsable, suicidaire. Unie, la gauche sait déployer, à l’échelle des communes, des politiques d’égalité, de justice sociale et écologique, de création culturelle. Autant de barricades démocratiques pour faire refluer l’extrême droite. Dans les têtes et dans les urnes.

 

mercredi 11 mars 2026

« Pour qui brûle le Moyen-Orient ? », la chronique de Patrick Le Hyaric.



L’agression guerrière déclenchée par la coalition américano-israélienne au Moyen-Orient enserre désormais les peuples de la région sous de destructeurs feux croisés et des répliques iraniennes dans de nombreux pays jusqu’au Liban, à nouveau martyr. Il faut arrêter cette folie et vite !

Les peuples n’ont pas eu leur mot à dire. Les parlements, notamment le Congrès des États-Unis n’ont pas été consultés avant le déclenchement de cette agression internationale. L’Organisation des Nations unies a une fois encore été mise de côté.

Il ne peut en être autrement quand l’objectif de l’imperium est d’imposer la force militaire comme nouvelle norme contre le droit commun, le droit humain pour un monde commun.

Les peuples du monde commencent à en payer le prix fort, avec la spéculation sur les prix des carburants qui va tout renchérir, puisque nos économies sont basées sur le pétrole, depuis les carburants, les engrais ou les plastiques.

Les grands groupes pétroliers remplissent leurs caisses pendant qu’on tue à Beyrouth, à Téhéran ou à Tel-Aviv.

On ne peut laisser croire que la mort d’innocents et les sacrifices nouveaux imposés aux peuples du monde se font au nom de la libération du peuple Iranien du joug d’une sanglante théocratie.

Le secrétaire d’État américain, Pete Hegseth, a dessillé les yeux pour clarifier l’enjeu en quelques mots froids et cyniques : « les États-Unis ne mènent pas un exercice de construction de la démocratie » a-t-il dit. C’est clair !

L’objectif des États-Unis est de s’emparer de l’Iran, comme ils tentent de s’approprier le Venezuela et asphyxient le peuple Cubain, tout en laissant leurs alliés d’extrême droite du pouvoir Israélien détruire méthodiquement la possibilité d’un État pour le peuple Palestinien.

Les guerres en cours qui tuent des innocents, femmes, enfants, travailleuses et des travailleurs, paysannes et paysans, détruisent des infrastructures, brûlent la terre, asphyxient les habitants de Téhéran et d’autres capitales de pays arabes sous les fumées noires et crasseuses des puits de pétrole en feu.

Il ne s’agit ici, ni des dommages collatéraux, ni « d’un mal nécessaire aujourd’hui pour un mieux demain ». C’est un projet impérialiste de reconfiguration du monde et de relance de l’accumulation capitaliste qui tente de se déployer sous nos yeux. Évidemment l (odeur du pétrole et de la malfaisante propagande s’acharnent à le cacher comme hier ils ont caché les véritables enjeux de la guerre déclenchée contre L’Irak ou L’Afghanistan.

Il s’agit de tenter de soumettre le Moyen-Orient au bon vouloir de l’impérialisme américain et de son sous-traitant local, L’État d’Israël qui au cœur de ce remodelage veut imposer un « Grand Israël ».

Il s’agit aussi de contrecarrer la montée en puissance de la Chine en la privant des ressources pétrolières du Venezuela et de l’Iran.

En même temps, les dirigeants nord-américains, qui ne supportent pas la contestation de l’hégémonie du dollar comme monnaie d’échange mondiale, nourrissent le projet de briser la coalition des pays membres des BRICs +. 

Les causes de ces guerres sont donc à rechercher, à la fois dans la volonté d’un projet géopolitique de domination et d’une relance de l’accumulation capitaliste au détriment du peuple américain lui-même qui commence à en payer un prix exorbitant. Il se rendra vite compte que le mot d’ordre n’est pas « l’Amérique d’abord » mais « le capital d’abord »

L’échec économique de la première phase du mandat de D. Trump avec la crise du pouvoir d’achat populaire américain et la poursuite de la désindustrialisation à la veille des élections de mi-mandat conduisent le grand capital américain à être encore plus agressif.

Dans ces conditions, la guerre est considérée comme un débouché politique et économique constitutif de la gestion capitaliste et de ses nécessités de relance de l’accumulation.

Ainsi, au mépris des alertes des scientifiques sur les dérèglements climatiques et des conférences mondiales pour le climat, se redéploie un capitalisme extractiviste et de prédation dans lequel Washington veut se garantir à long terme la production d’or noir et les couloirs d’approvisionnement, notamment le détroit d’Ormuz.

Derrière cette agression internationale, pointe le maintien d’une économie fondée sur les énergies carbonées et le service à quelques grands groupes pétroliers mondiaux surpuissants.

Tenter de conserver son statut de puissance « maîtresse du monde » avec la prééminence du dollar adossé à sa puissance militaire est un autre objectif fondamental de la Maison Blanche, alors que les pays du Sud cherchent à ouvrir la voie à la construction d’une « monnaie commune mondiale » pour des échanges internationaux plus équitables.

Or, pour faire payer leurs immenses déficits, les États-Unis ont besoin de conserver la prééminence de leur monnaie, combinée désormais à l’augmentation des droits de douane pour financer leurs dettes.

Les démonstrations de force trumpiennes ont aussi pour objectif de développer le complexe militaro-industriel soutenu par des fonds publics, qui donnera une illusion de « croissance » tout en constituant un outil de contrôle des matières premières, particulièrement les minerais rares indispensables au capitalisme numérique.

Chaque bombe qui tue, détruit, pollue, devient ainsi une source de profit et d’accumulation capitaliste de quelques-uns tandis que « l’économie de guerre » impose une austérité renforcée à toutes les citoyennes et citoyens.

La fuite en avant mortifère de production de toujours plus d’armes sophistiquées pour répondre aux nécessités des guerres, nourrit la croissance de l’accumulation capitaliste. Ce militarisme va de pair avec les développements numériques et l’intelligence artificielle. Ainsi, les États-Unis font usage de l’intelligence artificielle pour guider les bombardements sur le territoire iranien. Le pouvoir israélien utilise les technologies numériques dans ses guerres à Gaza et au Liban. Ce militarisme se généralise et met ses dangereuses cohérences au service d’une tentative de la relance capitaliste contre les peuples, contre la vie, contre l’humanité.

Et, les complexes militaro-industriels français, allemands, britanniques, italiens s’insèrent dans cette concurrence de production d’engins de feu et de mort, avec l’espoir de tirer quelques bénéfices des monstrueux engrenages en cours. C’est tout le sens du concept « d’actions défensives » contre l’Iran développées par le président de la République afin de justifier la poursuite de l’augmentation des budgets militaires au détriment de ceux pour l’hôpital ou l’école.

Ces tentatives de dépassements des contradictions capitalistes par une fuite en avant des capitalismes financiers, numériques, militaires, extractivistes sur fond de nationalisme renforcé ne sont pas un signe de force. Ils sont les symptômes de la fragilité financière, commerciale et politique d’un système à bout de souffle. Cela ne le rend pas moins dangereux.

Seulement, le jour n’est peut-être pas loin ou les États-Unis comme Israël et les forces du grand capital international devront faire face à leurs responsabilités historiques et aux demandes de justice économique et sociale, de démocratie véritable et de réparation climatiques.

Contre la théocratie des mollahs iraniens et la guerre de la coalition américano-israélienne nous devons à la fois soutenir un processus démocratique en Iran respectueux de la souveraineté des populations, protéger le peuple Libanais, soutenir les Palestiniens et un modèle de développement soutenable de Téhéran à Tel-Aviv, De Beyrouth à Ramallah, d’Amman au Caire.

Sans attendre cela passe par en cesser le feu immédiat et une négociation pour la paix sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies. La force du droit doit primer sur le droit de la force.

 

« Pierre-Édouard Stérin achète la démocratie », l’éditorial de Stéphane Sahuc



C’est une offensive sans précédent que nous avons révélée en 2024 qui prend corps aujourd’hui. 150 millions d’euros, un réseau de conseillers aguerris et des objectifs clairs : faire basculer des centaines de mairies sous la coupe du Rassemblement national et de ses alliés conservateurs qui œuvrent au rapprochement de toutes les droites.

C’est là l’acte 1 du fameux projet Périclès, une machine de guerre idéologique mais aussi électorale du milliardaire Pierre-Édouard Stérin, exilé fiscal en Belgique pour échapper à l’impôt mais bien décidé à modeler le paysage politique pour qu’il corresponde à ses fantasmes de ce que devrait être la société française idéale.

Le scénario est bien rodé. Des candidats d’extrême droite et de droite, hier encore inconnus, se retrouvent soudain dotés d’une équipe de conseillers formés par la fondation Politicae – le think tank de Stérin –, transformant les campagnes en opération marketing : meetings à l’américaine, présence massive sur les réseaux sociaux, arguments clés en main, éléments de langage…

Dans tout l’Hexagone, des candidats sans expérience politique bénéficient soudain de moyens quasiment dignes d’une présidentielle. Une logistique impressionnante au service d’une doctrine réactionnaire : libéralisme à tous crins, insécurité, chasse aux migrants, casse culturelle, démantèlement des services publics.

Politicae forme les futurs cadres et élus de cette droite extrême et inonde les médias locaux de ses « analyses » et « communiqués » faisant peu de cas de la vérité pendant que d’autres officines, financées en tout ou partie par le même Stérin, se chargent de décrédibiliser les autres candidats. Peut-on encore parler de débat démocratique ?

L’enjeu dépasse 2026 et les municipales. Dans les territoires, des réseaux se tissent, des cadres se forment, et les mairies qui seront conquises deviendront autant de points d’appui pour la suite. Car l’objectif réel est de préparer le terrain pour 2027, où l’alliance des droites, dopée à l’argent des milliardaires, pourrait bien prétendre au pouvoir national. Dans ce contexte, la responsabilité de l’ensemble des forces de gauche est engagée pour éviter que le plan Stérin ne se réalise.

 

« Quand l'écrivain Kamel Daoud définit son « idée » de la gauche », le billet de Maurice Ulrich.



Il n’est sans Il n’est sans doute pas facile de combattre les fantômes que l’on imagine et les arguments que l’on invente soi-même. Don Quichotte, au moins, combattait des moulins à vent. Dans un long article du Point, l’écrivain Kamel Daoud part au combat contre « cette gauche qui préfère Khamenei vivant à l’Iran libre ». Et il interroge : « Pourquoi ceux qui prétendent défendre la justice, les valeurs universelles, font-ils passer l’idéologie avant le vivant ? » 

Oui, pourquoi, mais surtout qui ? Ou sont-elles ces familles politiques qui, toujours selon ses mots, préfèrent « l’idée », à la chair des vivants ? Eh bien, à gauche, puisqu’il le dit et que, de toute manière quoi qu’il en soit de ses motivations, dont on peut discuter dit-il – Ah bon ? –, « Trump vaut mieux qu’un avocat “du droit international” installé dans un arrondissement de Paris ou qu’un trotskiste minuscule qui vivote à Alger à l’ombre de l’insignifiance »

C’est donc cela, la gauche, « l’idée » d’un avocat parisien indéfini et d’un trotskiste riquiqui dont on se demande ce qu’il fait à Alger ? Ça craint.

 

mardi 10 mars 2026

« Il est urgent de changer de logiciel », l’éditorial de Marion d’Allard.



Il en avait pourtant fallu du temps pour que le monde regarde enfin en face sa dépendance mortifère aux énergies fossiles et parvienne à acter – timidement mais sûrement – la sortie progressive d’un extractivisme forcené. Le premier jalon a été posé, sous l’égide de l’ONU, en 2023, lors de la COP climat, à Dubai. Ça ne s’invente pas. Signe de l’hypocrisie des grandes puissances, l’accord pionnier est mort dans l’œuf.

À plus forte raison aujourd’hui, l’actualité nous le rappelle froidement : la crise climatique, ses conséquences destructrices et ses centaines de milliers de victimes ne sont pas à l’agenda des priorités politiques. Sous l’impulsion de Donald Trump, les États-Unis, premier pollueur au monde, étendent partout leurs guerres impérialistes, historiquement bâties sur l’accaparement des ressources naturelles. Pétrole et gaz en tête. « Drill baby drill. »

On l’a vu récemment. Au Venezuela comme au Groenland, Washington ne s’astreint même plus à camoufler ses intentions. Donald Trump met sa force de frappe et sa doctrine de politique étrangère au service d’un double but unique : mettre la main sur les richesses du sous-sol et contrôler les principales routes commerciales mondiales. Tant pis pour la planète. Et tant pis pour les peuples.

En s’engageant aux côtés d’Israël dans une guerre illégale contre l’Iran, les États-Unis, certes différemment, poursuivent le même objectif. L’Iran est assis sur des réserves colossales de pétrole, estimées à quelque 200 milliards de barils et le détroit d’Ormuz, contrôlé par Téhéran, voit transiter 20 % de l’or noir mondial et 30 % des engrais. Le chaos engendré par la fermeture de ce point de passage stratégique est un puissant révélateur.

L’envolée du prix du baril, affiché ce lundi à 118 dollars – au plus haut depuis 2022 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie – menace l’économie mondiale. Les Bourses dévissent, les spéculateurs jubilent et, à la pompe, les prix explosent. Les plus précaires sont les premières victimes de la flambée des prix des carburants. Comme ils le sont du réchauffement climatique lui-même causé par l’extraction record de pétrole et de gaz. Le capitalisme fossile brûle la planète et creuse le fossé béant des inégalités. Il est urgent de changer de logiciel.

« Interdiction de chanter « Les Mains d'or », le billet de Maurice Ulrich.



Ayant pris acte, comme il est dit plus loin dans nos colonnes, de la nouvelle décision de l’inspectrice d’académie de l’Allier, souhaitant que la chanson les Mains d’or de Bernard Lavilliers ne soit pas interprétée par les élèves du collège au concert de l’harmonie municipale de la ville de Commentry, on se permettra quelques suggestions.

Dans le respect de la laïcité, de la neutralité et pour éviter tout prosélytisme, il serait bon que ces élèves, ceux de l’Allier et au-delà, évitent d’évoquer à l’école, en famille et où que ce soit quelques œuvres au contenu social, voire politique, pacifiste, antiraciste prononcé. Germinal, d’Émile Zola, les Misérables, de Victor Hugo, les Raisins de la colère, de John Steinbeck, le poème les Mains de Jeanne-Marie, d’Arthur Rimbaud, sur la Commune de Paris, l’Espoir, d’André Malraux, Pour qui sonne le glas, d’Ernest Hemingway, avec la guerre d’Espagne, le Journal d’Anne Frank ou Beloved, de Toni Morrison, déjà interdits d’ailleurs dans des bibliothèques aux États-Unis, etc. Et bien entendu, 1984, de George Orwell, trop proche de l’actualité.

 

« Guillemets », le billet de Maurice Ulrich.

Dans la nuit de samedi 7 à dimanche 8 mars, relate un envoyé spécial du Monde relate dans son reportage en Cisjordanie, paru le 11 mars, ...