mercredi 8 avril 2026

« Au Moyen-Orient, Trump menace aussi le climat et l’environnement », l’éditorial de Marion d’Allard.



Délibérément, illégalement, Washington et Tel-Aviv, en attaquant l’Iran, ont plongé le Moyen-Orient dans le chaos. Mais pas seulement. Aux morts par centaines, aux blessés par milliers, aux populations déplacées par la guerre s’ajoute la déflagration d’une crise énergétique majeure, « plus grave que celles de 1973, 1979 et 2022 réunies », déclarait ce mardi Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie. Le blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transitent près de 20 % du pétrole mondial, a affolé les cours du brut, paralysé le marché mondial des hydrocarbures, asphyxié les économies en Asie, asséché les stations-service en Europe.

Donald Trump, passé les grands discours sur la supposée liberté du peuple iranien au nom de laquelle il aurait déclenché cette intervention militaire, a tôt fait de révéler ses véritables ambitions : mettre la main sur les immenses réserves pétrolières du pays.

Acculée par l’inflexibilité de Téhéran, l’administration états-unienne redouble de menaces, d’insultes et de chantage pour forcer l’Iran à rouvrir le détroit. D’ultimatum en somations, la Maison-Blanche promet « l’enfer », « la mort » d’une « civilisation entière », tout en intensifiant les bombardements « stratégiques ». Et tout y passe : champs pétrolifères, sites de raffinage, réserves de carburant.

En contravention totale avec le droit international, le ciblage d’infrastructures énergétiques n’a pas seulement pour conséquence de perturber les approvisionnements à court et moyen termes. Il menace, durablement, l’environnement. L’attaque de pétroliers dans le détroit d’Ormuz fait planer la menace de marées noires, l’incendie de dépôts pétroliers sature l’air de particules hautement toxiques, la destruction, même partielle, de sites d’exploitation risque d’anéantir les écosystèmes pour des décennies.

Les oukases de Donald Trump, sa stratégie du coup de menton et du coup de force sont une mine à fragmentation. Au mépris des peuples, du droit et de la planète, le président états-unien et son allié israélien entreprennent de redessiner le Moyen-Orient aux seuls bénéfices de leurs propres intérêts, économiques, stratégiques, impérialistes. Une sale guerre. Une guerre sale, aussi.

 

« Iran : le récit héroïque d’un épisode complaisamment repris », le billet de Maurice Ulrich.



Nos hebdomadaires, on ne saurait en douter, après trois jours d’ouverture des journaux télé, vont nous narrer par le menu et dans les grandes largeurs comment le pilote américain abattu en Iran fut sauvé par ce que Trump a salué comme l’exploit le plus audacieux de l’histoire des États-Unis, au regard de quoi Omaha Beach n’était qu’une promenade de santé. Mais ce n’est pas tout.

D’après des fuites de la CIA, le pilote récupéré n’était pas seul. Réfugié dans une grotte au confort précaire mais semble-t-il suffisant, il était en compagnie d’une très belle Iranienne qui était en réalité une espionne israélienne infiltrée parmi les gardiennes de la révolution. Le recherchant avec un commando, elle aurait été conquise par son charme un brin machiste mais néanmoins ravageur avec un petit air de Donald Trump.

Bon, ça c’est pour James Bond, mais on n’en est pas loin avec le récit héroïque d’un épisode complaisamment repris, occultant les ravages innombrables et les victimes, dont on ignore encore le nombre, des bombardements des pilotes américains.

 

mardi 7 avril 2026

« Guerre au Moyen-Orient : les États-Unis dans l’impasse impériale », l’éditorial de Rosa Moussaoui.



Le 15 août 2021, l’image de l’hélicoptère Chinook survolant l’ambassade américaine pour une évacuation précipitée de Kaboul reprise par les talibans semblait surgie d’une archive. Elle se confondait avec celle de l’exfiltration des derniers diplomates postés à Saigon par un hélicoptère Air America, un demi-siècle plus tôt. Les deux clichés superposés offraient un troublant précipité des défaites américaines qui se succèdent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec leurs retraits désordonnés.

Sur des théâtres annexes esquivant la confrontation directe avec les grandes puissances rivales, ces interventions militaires obéissent toutes au même schéma : objectifs politiques confus, échecs stratégiques durables, conséquences humaines et environnementales cataclysmiques. Jamais la démocratie ni le progrès ne sont arrivés dans le paquetage des G. I. : ces guerres ont toutes conduit à l’impasse, et même, depuis le début du siècle, au chaos.

Le projet Costs of War de l’université de Brown dresse un effroyable bilan des « guerres contre le terrorisme » lancées par Washington après le 11 septembre 2001. Elles ont tué, directement ou indirectement, 4,5 à 4,7 millions de personnes, dont la plupart n’ont pas survécu à la faim, aux maladies, à l’exode, à la destruction des infrastructures de santé.

En Irak, en 2003, l’invasion américano-britannique, avec la chute de Saddam Hussein, a certes offert aux États-Unis l’occasion de clamer victoire. Mais elle a ouvert deux décennies d’instabilité et déchaîné l’hydre djihadiste dans toute la région et jusqu’en Europe. Plus de 600 000 Irakiens y ont laissé la vie. Auparavant, la guerre du Golfe déclenchée par George Bush père, avec ses 85 000 tonnes de bombes larguées sur l’Irak, avait indirectement causé la mort de 110 000 civils, dont 70 000 enfants.

Donald Trump menace aujourd’hui de renvoyer l’Iran « à l’âge de pierre ». Il promet des crimes de guerre et fait pilonner des universités. La barbarie des opérations américaines dans la région a déjà provoqué des décennies de régression en termes de développement humain. Elle laisse derrière elle des États faillis, des oppositions trahies et broyées, des sociétés meurtries, des écosystèmes saccagés. L’impérialisme américain n’est pas seulement une impasse. C’est une calamité pour toute l’humanité.

 

« Le silence complice de Macron et de la droite », le billet de Maurice Ulrich.



Est-il besoin de le préciser ? Ce sont des femmes et des hommes de gauche qui étaient présents à Saint-Denis samedi pour répondre à une campagne ignoble de dénigrement, de racisme au grand jour et jusqu’alors en toute impunité visant le maire élu Bally Bagayoko.

Cette réponse n’était pas celle « d’idiots utiles » de la France insoumise, comme cela fut suggéré ici ou là, mais celle de citoyennes et de citoyens conscients de la diffusion d’un poison qui corrompt la nation. On répond présent contre le racisme quand on est de gauche. Mais le silence du centre et de la droite interroge, comme celui du président de la République.

Ses élus et ses dirigeants, leurs électeurs ne sont donc pas concernés, ou bien « l’union des droites », avec le RN, veut-elle tous les abandons ? Qu’on se souvienne des immenses manifestations qui avaient suivi, en 2002, la présence au second tour de Jean-Marie le Pen, des 80 % des voix qui s’étaient portées sur Jacques Chirac pour faire face. Aujourd’hui, le silence est complice.

 

vendredi 3 avril 2026

" C’est déjà trop "



Le ministère israélien de la Défense a décidé de mettre fin à ses livraisons d’armes à la France comme aux importations israéliennes de matériel militaire français. On pensait que c’était fait, officiellement. Mais non, ça continuait.

On l’apprend par un discret entrefilet des Échos. Le ministère israélien de la Défense a décidé de mettre fin à ses livraisons d’armes à la France comme aux importations israéliennes de matériel militaire français. On pensait que c’était fait, officiellement. Mais non, ça continuait.

Ce qui est rassurant, toutefois, nous dit-on, c’est que cette « rupture » avec Israël aura « peu d’effet sur les ventes d’armes françaises », comme sur notre industrie de défense. Les exportations d’Israël qui nous sont destinées concernent surtout des technologies de pointe comme des microdrones, merci.

À l’inverse, nos exportations de matériel qui ne sont pas des systèmes d’arme complets, sans autres précisions qu’on aimerait tout de même connaître, arrivent ou arrivaient loin derrières celles des États-Unis avec 68 %, de l’Allemagne, cachottière, avec tout de même 31 %. Seulement I %. Tout juste une petite participation indirecte aux bombardements en cours sur le Liban et l’Iran, et à la destruction de Gaza avec 70 000 morts et des dizaines de milliers de blessés et de mutilés à vie… Ça se mesure comment, 1 % d’un génocide ?

« Racisme contre des maires noirs : une honte pour la France », l’éditorial de Rosa Moussaoui.



Partout ça se lâche, ça éructe, ça se déboutonne. Toutes les pudeurs s’écroulent. À longueur d’ondes et d’antenne, dans les marécages des réseaux sociaux, ça insulte, ça humilie, ça animalise. Des mots sales. Des mots qui blessent, qui détruisent, qui divisent. Des élus de la République sont chaque jour diffamés, injuriés, menacés sans trêve, sans rappel à l’ordre, sans que la moindre sanction ne soit prononcée. Des standards de mairie sont submergés d’appels à caractère xénophobe.

Cette déferlante raciste qui noie la France depuis les élections municipales ne sera pas sans conséquences. Les paroles précèdent toujours les passages à l’acte ; les discours de haine annoncent l’irréparable. Déjà, le nombre d’atteintes racistes et xénophobes s’envole. En 2025, la police et la gendarmerie en ont enregistré 16 485 – une photographie restreinte du phénomène, tant ces actes sont sous-déclarés. Parmi ces atteintes, 9 737 sont des délits et même des crimes (dont trois homicides et trois tentatives d’homicide).

Cette atmosphère putride et suffocante installe chez les immigrés, chez les héritiers de l’immigration postcoloniale, un effroyable sentiment d’insécurité, au moment même où le cours normal de la vie démocratique a rendu possible la prise de responsabilité d’un nombre inédit d’élus qui leur ressemblent, qui appartiennent à leur classe sociale, qui sont décidés à combattre les discriminations et les inégalités dont ils souffrent.

Les diatribes racistes que déversent en continu les médias de Bolloré, en campagne pour 2027, ne font pas que pourrir la vie commune ici. Leur écho se fait entendre au-delà de nos frontières. Il donne de la France, dont le crédit est déjà bien entamé, une image qui fait honte.

Cette violente offensive de l’extrême droite ne sera pas défaite par des protestations à mi-voix et par des réprobations sans suite. Recycler les boniments du RN, prétendre qu’il poserait « les bonnes questions », valider les divisions dont il se nourrit, c’est déposer devant lui les armes sans combattre.

Il faut entendre la Marseillaise entonnée à l’unisson le 22 mars au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis) pour célébrer la défaite d’un maire fascisant. Son message est clair, la France n’a qu’une devise : « Liberté, égalité, fraternité ».

 

mercredi 1 avril 2026

« Le périscolaire, parent pauvre et méprisé du monde éducatif », l’éditorial de Laurent Mouloud.



Des enfants humiliés, frappés, abusés. Des parents meurtris qui réclament justice. Et des collectivités locales qui semblent dépassées. La multiplication des affaires de violences – physiques, verbales et sexuelles – commises dans les structures périscolaires a dépassé depuis longtemps le simple cadre du fait divers. Ces révélations en cascade, à Paris et ailleurs, exposent au grand jour la fragilité de tout un secteur crucial pour des millions de familles, mais tragiquement délaissé par les pouvoirs publics. Certes, ces dizaines d’animateurs accusés de brutalité, d’abus, parfois de viol, vont devoir répondre de leurs actes individuels. Mais le procès de ces agressions insupportables doit être aussi celui de la précarité systémique qui les a rendues possibles.

C’est une évidence : les conditions de travail dans le périscolaire déterminent les conditions d’accueil et de sécurité des enfants. Dégrader les premières, c’est dégrader les secondes. Or, depuis des décennies, ce milieu en marge de l’éducation nationale, renvoyé à la seule responsabilité des communes, reste le parent pauvre et méprisé du monde éducatif. Sous-effectifs chroniques, taux d’encadrement des enfants vertigineux par rapport à l’école, paye dérisoire, statut de vacataire, manque de formation…

La précarité est devenue la norme dans cette profession qui passe, pourtant, près de 40 % de temps quotidien avec des enfants dont les besoins – psychologiques et pédagogiques – ne s’envolent pas par magie en sortant de la classe.

Le périscolaire a un vrai rôle à jouer dans la réussite des élèves. Encore faut-il lui en donner les moyens. Et sortir de cette gestion aussi désinvolte que dangereuse à tout point de vue. De la formation des animateurs à leur titularisation, en passant par le renforcement des liens avec les enseignants, l’ensemble de la profession nécessite un réel investissement de l’État et un pilotage politique clair et ambitieux. Une urgence pour faire cesser toutes les maltraitances.

« Au Moyen-Orient, Trump menace aussi le climat et l’environnement », l’éditorial de Marion d’Allard.

Délibérément, illégalement, Washington et Tel-Aviv, en attaquant l’Iran , ont plongé le Moyen-Orient dans le chaos. Mais pas seulement. Au...