La pendule de l’entrée a cessé son balan, le carillon
ne sonne plus…J’ai voulu arrêter le temps, simplement l’arrêter pour ne plus
avoir à subir ses effets. Oh ! Pas pour lui, mais pour ceux qu’il aime, qui
autour de lui petit à petit déclinent et se vident de leur substance vitale.
Alors il a fermé sa porte à clef, baissé les volets, coupé le téléphone. Il a
éteint les lumières, débranché la radio. De toutes les pendules il a ôté les
piles. Il est resté seul à suspendre les heures. Les yeux fermés pour ne plus
voir, ne plus les voir, les voir souffrir. Non, il ne dort pas : il ne pense
pas. Depuis combien de jours est-il ainsi, impossible à le dire, il a arrêté le
temps. Et là, le chat gratte à la fenêtre, le chien pleure dans sa niche,
quelqu’un tambourine à la porte. Il ne veut pas répondre, il ne veut plus rien
voir. Des cris, des appels, mais pourquoi ne le laissent-ils pas oublier tout ?
Il ouvre les yeux... il fait noir, il entend, il entend la cloche de l’église
qui sonne midi... Le temps ? Le temps a continué sans lui ! Il a osé lui faire
ça ? Il ouvre portes et fenêtres, et il le voit en face de lui, sur le visage
buriné du facteur, le temps passé. Il a voulu arrêter le temps, il a filé sans
lui, il a voulu protéger ceux qu’il aime, les empêcher de vieillir et de
disparaître, en fait il n’a fait que se voiler les yeux, il n’a fait que les
abandonner, il les a laissés vieillir sans lui, il a dilapidé ces instants
qu’il aurait pu passer avec eux. Il a perdu ces précieuses minutes qui font que
le présent est à vivre de peur que demain n’arrive jamais. Personne ne peut
arrêter la vie ni suspendre le temps, il faut le vivre intensément pour que
chaque minute s’imprime au souvenir et que ces minutes gagnées sur la vie
soient multipliées par cent.
Libre-arbitre, le blog de Robert Clément
mercredi 20 mai 2026
Nouvelle : « Arrêter le temps ? »
Le « quoi qu’il en coûte » des va-t-en-guerre, l’éditorial de Marion d’Allard.
Exit le temps
des allusions et de la petite musique qui monte. En votant massivement en
faveur de la révision de la loi
de programmation militaire, l’Assemblée
nationale a validé, ce mardi, la bascule du budget national vers une économie
de guerre. Trente-six milliards d’euros de rallonge aux armées et une enveloppe
annuelle fixée, à horizon 2030, à 76,3 milliards d’euros, soit 2,5 %
du PIB.
De quoi « répondre
à l’accélération de la menace », a justifié Catherine Vautrin. Et la
locataire de l’hôtel de Brienne de reprendre les mots d’Emmanuel Macron : « Pour
être respecté, il faut être craint. Pour être craint, il faut être entraîné et
équipé. » Fermer le ban et serrez les rangs.
Il ne s’agit
pas là seulement d’achat de munitions, de missiles et d’obus, de fabrication de
drones ou d’élaboration de nouveaux programmes industriels. Ce texte instaure
aussi – et peut-être surtout – la possibilité d’un régime d’exception, menace
imminente sur les libertés publiques et l’État de droit. À quelques mois d’une
élection cruciale et alors même que l’extrême droite est aux
portes du pouvoir, le legs d’un
tel arsenal législatif est un danger majeur.
En fin de règne, la
Macronie a choisi la pire des
options : parachever sa stratégie du tour de vis, sécuritaire autant que
budgétaire. La guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz ont fait
exploser les factures d’énergie et de carburant. L’inflation assomme des pans
entiers de l’économie et aggrave la précarité des plus modestes. Sébastien
Lecornu ne s’en est pas caché. Un nouveau plan d’austérité est sur la table.
Les
6 milliards d’économies annoncés mi-avril vont être « remis à
jour ». Combien de sacrifices encore, sur la santé, l’éducation, les
aides sociales, la culture, la protection de l’environnement, pendant que les
profiteurs de guerre accumulent des bénéfices record ? Combien de lois
accumulées qui préparent les esprits à la normalisation de la guerre et
justifient tous les reculs ? Ces mesures mises bout à bout n’ont rien
d’anecdotiques. Elles dessinent un avenir d’asphyxie et de suspicion
généralisée. Il convient de les combattre toutes.
« Taxer les riches pour gagner 20 milliards, à quoi bon ? », le billet de Maurice Ulrich.
Les taxes, à
quoi bon pour l’Opinion, qui en fait sa une ? C’est « beaucoup
de bruit pour un maigre butin », car « cibler les petits
colis, les hauts revenus, les yachts, les pétroliers… ces mesures devaient
renflouer les caisses de l’État. Mais il n’y a pas eu grand-chose à en
tirer ».
En effet. Les
Chinois les ont contournées en faisant atterrir les avions hors de France. Les
propriétaires de yachts de luxe ont échappé à celle mise en place en 2016 en
s’immatriculant à l’étranger. La contribution sur les hauts revenus appliquée
en 2025 a fait chou blanc. Jouant sur les dates de sa mise en œuvre, les contribuables
concernés se sont hâtés de distribuer
davantage de dividendes pour y échapper.
Et la taxe Zucman donc, à supposer qu’elle soit mise en œuvre, qui
pourrait rapporter 20 milliards ? Eh bien ce chiffrage ne tient pas
compte « des comportements légaux d’optimisation des contribuables ».
La loi, ce sont les fraudeurs et les évadés fiscaux qui en parlent le mieux.
mardi 19 mai 2026
À Cuba, la Maison-Blanche redouble ses sanctions et piétine le droit international, l’éditorial de Cathy Dos Santos.
Dans sa
goinfrerie impérialiste, Donald Trump espère exhiber le scalp de
Cuba, après avoir mis au
pas le Venezuela, du moins le
croit-il, avec l’enlèvement et la séquestration de son président, Nicolas
Maduro. Pas une semaine ne se passe sans que
Washington annonce de nouvelles mesures de rétorsion
qui renforcent un blocus déjà dévastateur pour
l’économie cubaine mais surtout la population.
La vie des
habitants est un perpétuel système D qui s’essouffle mais qui
tient. Cette résistance est une insulte aux yeux de la Maison-Blanche, qui redouble
de sanctions illégales.
Le sort réservé
à Cuba devrait alerter les chancelleries. La politique états-unienne viole tous les principes
diplomatiques qui régissent les relations internationales. À en croire
l’administration protofasciste, La Havane, qui n’a jamais déclaré la
guerre à personne, menacerait la sécurité des États-Unis avec une armada de
drones prête à foncer sur l’enclave à tortures qu’est la prison états-unienne
de Guantanamo.
L’accusation
est risible, mais à prendre très au sérieux. Tout comme le stratagème
judiciaire qui consisterait à inculper
Raul Castro. Nul besoin de
dire que les faits reprochés à l’ancien président cubain
relèvent de la défense de l’intégrité territoriale de
Cuba face à une énième barbouzerie de Washington.
Elle s’ajoute à
la longue liste de ce que la patrie de José Marti a subi depuis l’avènement de
la révolution en 1959 : explosion du bateau La Coubre, invasion de la baie
des Cochons, attaques
bactériologiques, attentats contre l’aviation civile et des
infrastructures touristiques. Sans parler des centaines de tentatives
d’assassinat contre Fidel Castro et du blocus vieux de plus de 60 ans,
véritable lacet étrangleur inhumain et injuste.
Il faudrait
des trésors d’intelligence pour faire comprendre à Donald Trump que Cuba
n’est pas qu’une île « aux paysages magnifiques » qui serait « à
prendre ». Que l’indépendance et la souveraineté chèrement conquises
par son peuple ne sont pas à vendre.
« Le Figaro » et « l’Opinion », chiens de garde de Bolloré, le billet de Maurice Ulrich.
Un très mauvais
film se joue à Cannes, écrivent les Échos, avec « le procès de
Moscou » des 600 professionnels, désormais 1 200, qui dénoncent
l’emprise sur le cinéma français de Vincent Bolloré.
Avec la
pétitionnite, écrit le Figaro, « cette maladie virale des milieux de la
culture », c’est « une corporation surprotégée qui, à l’abri
de l’exception culturelle française, peut s’autoriser sans risque tous les
mauvais procès ».
Pour l’Opinion,
dans « ce festival d’hypocrisie » ce serait un « très,
très méchant milliardaire » qui se ferait insulter par de « très,
très gentils artistes », et voilà « l’histoire que voudrait
imposer une partie du milieu du cinéma contre Vincent Bolloré,
premier financeur du cinéma français au travers de Canal +, en lutte contre ses
idées de ”patron d’extrême droite” mais pas contre ses euros ».
Trois
questions : Vincent Bolloré est-il d’extrême droite ? Le cinéma français dépend-il de son
argent ? Maxime Saada, patron de Canal +, a-t-il menacé les signataires de
la pétition de ne plus les
faire travailler, comme dans un régime totalitaire ? C’est trois fois oui.
lundi 18 mai 2026
« Liste noire : Bolloré veut réduire les artistes au silence »,’l’éditorial de Maud Vergnol.
Il est des
scènes qui résument une époque. Celle jouée dimanche à Cannes en fait partie.
Là même où le cinéma est censé célébrer la liberté de création, le directeur de
Canal Plus a annoncé que les 600 signataires de la tribune « Zapper
Bolloré » ne
travailleraient plus avec son groupe. Une liste noire, en somme.
Derrière la
formule policée – « Je ne peux pas accepter de collaborer avec
eux » –, la menace est limpide, la mécanique de dissuasion
redoutablement efficace : prendre publiquement position contre le
promoteur en chef de l’extrême droite expose aux rétorsions économiques.
À la tête d’un
véritable empire contre lequel le pouvoir macroniste n’a pas bougé le petit
doigt, l’ogre ne possède plus seulement des parts de marché : il maîtrise
de la production à la diffusion les œuvres de l’esprit. Ses instituts de sondage fabriquent l’opinion.
CNews façonne l’actualité. Les titres de presse qu’il a rachetés les relaient.
C8 colonise les soirées dans une version fascisée du « temps de
cerveau disponible ». Canal Plus et les maisons d’édition qu’il
a rachetées conditionnent, peu à peu, les imaginaires.
« Il n’y a pas d’alternative
à Canal Plus » : la phrase tourne en boucle dans la
profession, comme un mantra fataliste. C’est faux. Les alternatives existent, à
condition d’avoir une ambition politique, de « renoncer au
renoncement », pour empêcher, comme alertait Jack Ralite, que « l’esprit
des affaires l’emporte sur les affaires de l’esprit ».
Les idées ne
manquent pas pour reconstruire une véritable politique
culturelle, comme la France a su le faire avec
talent à plusieurs reprises dans son histoire. Quand les rédactions et les
maisons d’édition tombent les unes après les autres dans l’escarcelle du
milliardaire, que le spectacle vivant étouffe sous l’austérité budgétaire et
que les artistes sont sommés de choisir entre leur parole et leur carrière, il
est grand temps de se réveiller.
Le « club des banquiers millionnaires » s’étoffe, le billet de Maurice Ulrich.
À lire les
Échos, c’est une bonne nouvelle. « En 2025, l’exubérance des
marchés n’a pas seulement profité aux investisseurs. Dans les rangs de Natixis,
BNP Paribas, Société générale et Crédit agricole, le ”club des banquiers
millionnaires” s’est encore étoffé. Ils sont désormais 810, contre 734 il y a
un an, à percevoir une rémunération annuelle
de plus d’un million d’euros. » On ne parle pas bien
sûr de celles et ceux qui sont derrière le guichet. Non, là il est question de
placements, de spéculation, de risque.
Plus 5,6 %
de revenus en plus en un an, près de 19 milliards d’euros, pour BNP
Paribas en haut du tableau d’honneur. Les autres ne sont pas loin derrière. On
voit mal le rapport avec la bonne santé de l’économie. Ces mêmes banques ont
financé, à la louche, le secteur des énergies
fossiles à plus de 50 milliards en 2024. Les banquiers, disait un grand économiste, J. K. Galbraith, « ont
le pouvoir de créer de l’argent à partir de rien. Une magie que peu
comprennent ». Il plaisantait, bien su.
Nouvelle : « Arrêter le temps ? »
La pendule de l’entrée a cessé son balan, le carillon ne sonne plus…J’ai voulu arrêter le temps, simplement l’arrêter pour ne plus avoir à...
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