mercredi 14 octobre 2026

« Système destructeur », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



Devant les grilles des lycées, les poubelles s’entassent. Les mots d’ordre ciblent le manque de professeurs, la vétusté des locaux ou la machine à broyer qu’est devenu Parcoursup. Les étudiants, à leur tour, commencent à se mobiliser. Pourtant, de manière sous-jacente et confuse, quelque chose de plus profond se cherche. Quelque chose comme un indice que cette colère n’est pas une simple parenthèse ou un feu de paille, mais qu’elle est la traduction hexagonale d’une angoisse mondiale.

Si l’on dézoome, on peut observer que c’est à l’échelle mondiale qu’il se passe des choses du côté de la jeunesse. Révolte étudiante au Chili, facultés occupées en Argentine contre la saignée de Javier Milei, campements de solidarité avec la Palestine sur les campus américains, ou, plus près de chez nous, la révolte des jeunes Belges et Italiens. Les manifestations monstres en Serbie, le mouvement des cafards en Inde. La mobilisation de la génération MZ en Corée du Sud, mais aussi la place prépondérante des jeunes dans les mouvements en Espagne sur le logement, ou contre la remilitarisation en Allemagne…

La géographie de la contestation est planétaire, tout comme celle de la répression. Et partout, sous des formes différentes, ce qui s’exprime, c’est un même refus du sacrifice exigé. Et une même certitude, implacable : ceux qui nous gouvernent ne le font pas dans l’intérêt de la jeunesse.

On convoque souvent le souvenir de mai 68 face à ces éruptions. Trop souvent pour dénigrer ceux de 2026 avec leurs luttes trop « terre à terre », quand ceux de 1968, de Berkeley à Paris, de Prague à Mexico, se levaient contre un ordre du monde jugé mortifère, rejetant la guerre du Vietnam, l’impérialisme et le conformisme étouffant.

C’est prendre les choses par le petit bout de la lorgnette. En réalité ces deux générations ont bien plus de points communs que l’on ne pense. Simplement, en 2026, la forme change : les codes de la pop culture remplacent le petit livre rouge. On brandit le drapeau de Luffy dans One Piece, symbole de liberté absolue, on enfile le costume de Spider-Man pour réclamer justice. Les réseaux sociaux ont mondialisé l’imaginaire contestataire, créant un langage commun de la révolte.

Et s’ils ne pointent pas toujours du doigt avec précision le populisme néo-fasciste – cette peste brune qui, de Trump à Le Pen, de Milei à Meloni, s’attaque à la démocratie –, ne nous y trompons pas : en défendant l’école publique, en exigeant un avenir décarboné et un toit digne, cette jeunesse instruit, de fait, le procès d’un système qui détruit la planète pour enrichir démesurément une infime minorité. Leur colère, même confuse, porte en elle l’exigence absolue d’une alternative. Et c’est bien cela qui terrifie les pouvoirs en place. En France, cette journée du 13 octobre est un nouveau test, mais déjà la perspective d’un élargissement le 17 est posée.

Et sur les réseaux sociaux, une date commence à circuler à l’échelle mondiale : utiliser le 20 novembre, journée internationale des droits de l’enfant, pour en faire le point de convergence des luttes des jeunes sur les questions climatiques, scolaires et sociales. La jeunesse du monde montre un cap. Maintenant s’engage la lutte entre ceux qui veulent l’aider à le suivre jusqu’au bout, et ceux qui veulent absolument l’en détourner, fût-ce par la force.

 

« Lâcheté », le billet de Maurice Ulrich.

 


Le mot est fort. Le ministre des Comptes publics, David Amiel, n’a pas tort, lisait-on ce mardi 13 octobre dans l’éditorial des Échos, « de fustiger la lâcheté de la classe politique » dans la séquence budgétaire qui s’ouvre. Et allez donc ! « Chacun reste dans son couloir, défendant un jour les retraités, le lendemain les collectivités locales. Sans jamais se soucier de la contrainte budgétaire globale, ou en faisant semblant. »

On lisait la veille, dans le même quotidien, qu’en Commission des Finances, « comme l’an dernier, la contribution des riches a électrisé les débats » et que, si quelques mesurettes ont été adoptées à la marge, « cela n’a pas suffi à contenter la gauche car la taxe Zucman et ses variantes ainsi que les propositions de taxation des gros héritages ont été écartées par le centre, la droite et le Rassemblement national », comme elles l’étaient déjà dans le texte du gouvernement.

Ce qui a conduit, selon les mots d’une députée socialiste citée dans l’article, « à repousser toute forme d’imposition des grandes fortunes ». Ce n’est pas de ça que parle le ministre ?

 

mardi 13 octobre 2026

« Avec la jeunesse en mouvement, l’espoir se lève », la chronique de Patrick Le Hyaric



Les pancartes levées à bout de bras et les sourires de cette jeunesse en mouvement disent la profondeur de ses aspirations et la force de ses espoirs.

Comme jamais depuis bien longtemps, ces jeunes sautent par-dessus les frontières imposées, les boulevards périphériques qui séparent les villes-centres des quartiers populaires. Elles et ils abattent les barrières qui séparent les enfants des sous-préfectures rurales de ceux des métropoles.

Aujourd’hui, toute une jeunesse dont les origines, les destins et les histoires familiales divergent souvent s’unit pour clamer et proclamer une urgence absolue : face aux périls du siècle, faisons société ensemble et abattons les murs des inégalités.

Ce surgissement est une promesse lumineuse pour quiconque cherche, traque et explore les voies d’un plus haut degré de civilisation — un projet duquel seraient bannis les guerres, les injustices sociales, le chaos climatique et les risques d’une intelligence artificielle à qui les cerveaux humains abandonneraient le pouvoir.

Ce mouvement n’a pas fleuri par miracle sur un terreau stérile. Il s’est enraciné dans le concret, en portant d’abord le combat pour la rénovation du bâti scolaire dans les zones paupérisées. Ce choix n’a rien d’un détail. Après un mois de juin étouffant dans des classes surchauffées, sont apparus avec éclat les effets du bouleversement climatique et, par voie de conséquence, la vétusté des infrastructures assignant trop souvent les lycéens à leur condition sociale. L’état des murs matérialise des inégalités systémiques.

En écho à cette urgence matérielle, la jeunesse exige une éducation de qualité. Elle réclame des enseignants, alors même que le pouvoir a sabré 4 500 postes l’an dernier et s’apprête à en sacrifier 1 500 de plus dans le budget présenté au Parlement cette semaine.

À cette pénurie planifiée s’ajoute le rejet massif de Parcoursup, cette implacable machine à sélectionner qui sature l’accès aux grandes écoles et creuse le fossé social.

Qui n’a pas vu, cet été, les larmes d’une jeune fille de 17 ans, élève brillante, frôlant la perfection avec une note globale approchant 20 au baccalauréat, dont l’avenir est bloqué, voire le destin broyé par un algorithme sans cœur, aura du mal à saisir l’ampleur du drame ?

Qui n’a pas mesuré la charge d’angoisse, d’inquiétude et de maltraitance ainsi générée ne peut comprendre la révolte contre cette sélection arbitraire. En verrouillant ainsi l’avenir, de combien de grands juristes, d’ingénieurs, de penseurs et d’innovateurs privons-nous nos usines, nos laboratoires et nos fermes ?

Plus généralement, le mouvement lycéen est une part d’un mouvement global de la jeunesse, s’agrégeant à une onde mondiale qui a secoué la planète ces derniers mois. Du Népal aux Philippines, de l’Indonésie à Madagascar, du Kenya au Pérou et jusqu’au Maroc, en Inde et en Belgique, en ce moment, la « Génération Z » se lève. Certes, parenté ne vaut pas équivalence, et les réalités diffèrent d’un continent à l’autre.

Mais partout circule une même sémantique symbolique : les références à One Piece, figure absolue de la liberté et de la résistance à l’oppression, ou à Naruto, incarnation du dépassement de soi, deviennent les bannières d’une expérience de vie et de luttes partagée.

À cette jeunesse, on a partout appris à se réfugier sous une table en cas d’alerte terroriste. On lui a fait subir un confinement, la claustration et la distanciation des corps imposés par la pandémie de Covid-19.

Cette jeunesse intelligente et informée connaît les risques du dérèglement climatique et de l’effondrement de la biodiversité.

Une jeunesse qui ne veut pas s’habituer aux guerres qui font le beurre des industries de la mort et de certains médias télévisés. Elle ne supporte pas l’insoutenable tragédie génocidaire imposée au peuple palestinien, ni le cynisme du « deux poids, deux mesures » appliqué par les chancelleries occidentales.

Ces jeunes ont entendu le chef d’état-major des armées, bombant le torse, réclamer à leurs parents de consentir au sacrifice de leurs enfants. C’est-à-dire d’eux-mêmes. Semaine après semaine, ils découvrent les vertiges d’une intelligence artificielle échappant au contrôle humain, menace directe qui pourrait bien les priver d’emploi au terme de leurs études.

Et pour seule perspective, des bataillons de responsables politiques leur assènent qu’ils devront trimer demain pour éponger une dette publique que les commis du grand capital n’ont cessé de creuser pour servir leurs maîtres. Par-dessus le marché, les mêmes leur expliquent qu’ils n’auront pas de retraite à cause de l’égoïsme de leurs parents. Des charretées de mensonges pour diviser les générations, les plus humbles, les plus opprimés, dans le but de sécuriser l’oligarchie.

On leur parle de « citoyenneté », mais ils voient les tenants du pouvoir piétiner les suffrages, ignorer les pétitions et enterrer les conventions citoyennes.

Ici comme ailleurs, la jeunesse ne tolère plus la verticalité d’un pouvoir confisqué par un seul homme au sommet de l’État — un dirigeant qui, de surcroît, confiait en juillet 2025 au journal The Guardian : « Je n’aime pas les adolescents. Je ne les comprends pas ». À ce mépris institutionnel répond, chez les jeunes comme chez leurs parents, un rejet viscéral du mensonge, des informations biaisées, du mépris de « ceux qui ne sont rien », de la corruption ambiante, de l’acharnement à empêcher toute expression politique alternative.

L’enjeu de la finalité même des études se trouve fortement posé. S’agit-il de bâtir l’école de l’émancipation, celle qui donne aux citoyens le réel pouvoir sur leur vie, sur leur travail, sur leurs créations et sur un outil de production réapproprié ? Ou faut-il accepter une école et une université inféodées à un turbo-capitalisme piloté par la finance et les oligopoles numériques, chimiques ou militaires ?

Les étudiants d’AgroParisTech, refusant il y a quelques années un diplôme qui les destinait à vendre des poisons industriels au détriment du vivant, ont ouvert la voie. Depuis, la fronde s’étend. Les étudiants contestent les partenariats universitaires avec la firme Total. À l’École polytechnique de Saclay, la multinationale pétrolière — qui saigne à blanc le budget des automobilistes — a dû renoncer à s’implanter.

Ailleurs, les campus rejettent l’entrisme de la Société Générale ou du Crédit Agricole. À la Sorbonne, les étudiants exigent la rupture des liens avec l’industrie de l’armement et les géants technologiques comme Rolls-Royce ou Booking.com.

Le miroir aux alouettes macronien de l’ubérisation, synonyme de prolétarisation et de précarité de jeunes des quartiers populaires, nourrit également la réflexion collective. Au moment où les chauffeurs-livreurs subissent de plein fouet l’explosion du prix des carburants, leurs rémunérations restent dérisoires alors que le coût du logement s’envole.

C’est ce cocktail qui a soulevé les citoyennes et citoyens espagnols suite au décès de Carmen Abascal, cette femme de 87 ans devenue la grand-mère de toute une jeunesse révoltée, après qu’elle a été expulsée de son logement par un fonds de pension. À la ville comme à la campagne, les jeunes couples éprouvent désormais une peine immense à se loger dignement à un prix abordable. Et le droit à l’alimentation n’est qu’un mirage pour le quart des jeunes de 18 à 25 ans victimes de la précarité alimentaire.

Ces nouvelles générations partagent désormais une agora universelle : les réseaux sociaux, véritable assemblée générale permanente qui les relie par-delà les frontières, leurs origines, les parcours de leurs parents.

Leurs revendications lient intimement leur sort à celui de leurs parents et de leurs grands-parents et à celui de tous les autres subissant bouleversements climatiques, migrations, autoritarisme, militarisation et dominations diverses.

Elles s’ancrent dans une vie quotidienne dégradée, de droits fondamentaux à l’éducation, au logement, à l’alimentation, à un travail qui fait sens bafoués, vécue comme l’affront suprême d’un pouvoir ivre de bavardages politiciens, de mesquineries et de tromperies pendant que les 500 familles les plus fortunées disposent à elles seules de plus du tiers de la valeur des richesses françaises.

Se dévoile ainsi la brutale mécanique d’un capitalisme qui tente de broyer, l’un après l’autre, tous les piliers de la solidarité collective, pendant que les possédants se vautrent dans des océans de profit.

Une opulence protégée par leurs mandataires politiques, des gouvernements nationaux jusqu’à la Commission de Bruxelles, elle-même alignée sur les injonctions de la Maison-Blanche, des marchés financiers et des complexes militaro-numériques. Ainsi, de la Sécurité sociale aux services publics et aux salaires écrasés, est affaibli « le pouvoir de vivre » quotidien des familles populaires.

La nature systémique de l’enjeu de classe ainsi mis à nu pousse les dominants à déployer la force brute. Pour tenter de faire taire un mouvement auquel s’agrègent désormais les syndicats d’enseignants et d’ouvriers, la Confédération paysanne, les parents d’élèves et les grands-parents, le pouvoir n’hésite plus : il militarise le maintien de l’ordre, défère près de 7 000 adolescents de 15 ans devant la justice et blesse des lycéens. Cette politisation inédite, en phase avec les mutations profondes de la société française, terrifie le pouvoir.

Il regrette le temps où l’extrême droite focalisait l’attention politico-médiatique sur le voile, diversion parfaite pour masquer les urgences sociales, démocratiques, environnementales et le strict respect humain.

Aujourd’hui, les termes de l’alternative sont mis à nu : l’argent doit-il aller aux bombes ou à l’école ? Les finances doivent-elles être livrées aux rapaces des marchés ou servir le développement humain et des services publics modernisés ? Voulons-nous une véritable protection sociale collective ou une sécurité sociale morcelée par les assurances privées et les retraites par capitalisation ? Produire, soit, mais pour qui et au service de quoi ? Étudier et travailler, certes, mais quel est le sens du travail ? Choisissons-nous l’émancipation collective ou la soumission à un système qui hypothèque l’avenir même de l’humanité ?

C’est l’espoir, et non la résignation, qui pousse avec allégresse cette nouvelle génération dans la rue. En jetant une lumière crue sur les conditions de son avenir, elle nous somme de repenser l’avenir de la civilisation que le capitalisme entrave. Quand on voit cette belle jeunesse chanter à l’unisson « La Marseillaise » et danser dans la rue, on se doute qu’elle cherche à réinventer l’avenir.

 

« La jeunesse du monde instruit le procès d’un système destructeur », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



Devant les grilles des lycées, les poubelles s’entassent. Les mots d’ordre ciblent le manque de professeurs, la vétusté des locaux ou la machine à broyer qu’est devenu Parcoursup. Les étudiants, à leur tour, commencent à se mobiliser. Pourtant, de manière sous-jacente et confuse, quelque chose de plus profond se cherche. Quelque chose comme un indice que cette colère n’est pas une simple parenthèse ou un feu de paille, mais qu’elle est la traduction hexagonale d’une angoisse mondiale.

Si l’on dézoome, on peut observer que c’est à l’échelle mondiale qu’il se passe des choses du côté de la jeunesse. Révolte étudiante au Chili, facultés occupées en Argentine contre la saignée de Javier Milei, campements de solidarité avec la Palestine sur les campus américains, ou, plus près de chez nous, la révolte des jeunes Belges et Italiens. Les manifestations monstres en Serbie, le mouvement des cafards en Inde. La mobilisation de la génération MZ en Corée du Sud, mais aussi la place prépondérante des jeunes dans les mouvements en Espagne sur le logement, ou contre la remilitarisation en Allemagne…

L’exigence absolue d’une alternative

La géographie de la contestation est planétaire, tout comme celle de la répression. Et partout, sous des formes différentes, ce qui s’exprime, c’est un même refus du sacrifice exigé. Et une même certitude, implacable : ceux qui nous gouvernent ne le font pas dans l’intérêt de la jeunesse.

On convoque souvent le souvenir de mai 68 face à ces éruptions. Trop souvent pour dénigrer ceux de 2026 avec leurs luttes trop « terre à terre », quand ceux de 1968, de Berkeley à Paris, de Prague à Mexico, se levaient contre un ordre du monde jugé mortifère, rejetant la guerre du Vietnam, l’impérialisme et le conformisme étouffant.

C’est prendre les choses par le petit bout de la lorgnette. En réalité ces deux générations ont bien plus de points communs que l’on ne pense. Simplement, en 2026, la forme change : les codes de la pop culture remplacent le petit livre rouge. On brandit le drapeau de Luffy dans One Piece, symbole de liberté absolue, on enfile le costume de Spider-Man pour réclamer justice. Les réseaux sociaux ont mondialisé l’imaginaire contestataire, créant un langage commun de la révolte.

Et s’ils ne pointent pas toujours du doigt avec précision le populisme néo-fasciste – cette peste brune qui, de Trump à Le Pen, de Milei à Meloni, s’attaque à la démocratie –, ne nous y trompons pas : en défendant l’école publique, en exigeant un avenir décarboné et un toit digne, cette jeunesse instruit, de fait, le procès d’un système qui détruit la planète pour enrichir démesurément une infime minorité. Leur colère, même confuse, porte en elle l’exigence absolue d’une alternative. Et c’est bien cela qui terrifie les pouvoirs en place. En France, cette journée du 13 octobre est un nouveau test, mais déjà la perspective d’un élargissement le 17 est posée.

Et sur les réseaux sociaux, une date commence à circuler à l’échelle mondiale : utiliser le 20 novembre, journée internationale des droits de l’enfant, pour en faire le point de convergence des luttes des jeunes sur les questions climatiques, scolaires et sociales. La jeunesse du monde montre un cap. Maintenant s’engage la lutte entre ceux qui veulent l’aider à le suivre jusqu’au bout, et ceux qui veulent absolument l’en détourner, fût-ce par la force.

 

« À flots », le billet de Maurice Ulrich.



Depuis les pompes à essence, il faut bien avouer une forte tendance à voir les choses en négatif et le réservoir plus qu’à moitié vide. L’Iran, l’Ukraine, le détroit d’Ormuz… Le pétrole ne coule plus à flots. L’argent si, nous dit l’Opinion : « pour les raffineurs américains portés par les conflits ».

Les bénéfices des plus grandes sociétés américaines de raffinage devraient exploser au troisième trimestre, les guerres entraînant « une ruée mondiale vers l’or noir raffiné », d’autant que la paralysie partielle des raffineries au Moyen-Orient leur a bien profité.

Les trois plus grandes entreprises du secteur ont déjà affiché au deuxième trimestre leurs bénéfices les plus élevés depuis le début de la guerre en Ukraine, avec en particulier des marges records sur le diesel.

L’une d’elles, Marathon, prévoit ainsi un bénéfice par action sept fois plus élevé que ce qu’il était l’an passé. De quoi faire des envieux, mais nous quand même, on a TotalEnergies, avec 11,6 milliards de dollars de bénéfices au premier semestre, en hausse de 72 %.

 

lundi 12 octobre 2026

« L’instrumentalisation de la violence : le jeu incendiaire du gouvernement », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



Ce mardi 13 octobre, la nouvelle journée de mobilisation lycéenne place le gouvernement au pied du mur. L’exécutif choisira-t-il la matraque ou la raison ? L’argent existe. Il suffirait de lâcher les milliards d’euros nécessaires pour que nos enfants étudient dans des conditions dignes et en finir avec Parcoursup, cette implacable essoreuse sociale. La jeunesse ne quémande pas ; elle exige simplement son avenir.

Pourtant, face à cette urgence, le pouvoir semble s’enfermer dans ce qu’il pense être une martingale politique. Et il fait la démonstration, crise après crise, que la violence serait devenue l’unique moyen de se faire entendre, tout en s’empressant de la condamner chaque soir à la télévision. Pour un bout, les feux de poubelles c’est le pouvoir qui les a patiemment allumés. Ils sont l’aboutissement de vingt ans d’un profond déni démocratique.

Un message accablant

En 2005, le peuple rejette la Constitution européenne ; on la lui impose par le traité de Lisbonne. En 2008, Nicolas Sarkozy théorise le mépris en affirmant que les grèves passent inaperçues. Plus tard, la mobilisation historique et pacifique contre la réforme des retraites s’étiole à coup de 49.3. Sans parler des législatives de 2024, où la coalition arrivée en tête s’est vue purement et simplement interdire l’accès à Matignon.

Le message envoyé par les institutions est accablant : ni le vote ni la marche pacifique ne comptent. Car qui obtient des résultats aujourd’hui ? Les agriculteurs, dont une partie n’hésite pas à saccager des préfectures et qui obtiennent en sus la compréhension voire la bienveillance du pouvoir, ou les Gilets jaunes qui, au prix d’une répression féroce, ont fini par arracher quelques milliards d’euros.

À l’arrivée les lycéens paient un lourd tribut : 6 877, c’est le nombre ahurissant de personnes placées en garde à vue depuis le début de la mobilisation. Dans l’écrasante majorité, 86 %, ce sont des mineurs. Près de 6 000 adolescents – 5 890 exactement – jetés en cellule. Au moins 215 élèves blessés. Vingt-huit saisines officielles du Défenseur des droits pour des violences présumées.

Traumatismes physiques, séquelles psychologiques, rien n’aura été épargné à ces enfants… Sauf qu’à ce jeu incendiaire, qui consiste à ne rien céder aux cortèges pacifiques pour mieux justifier la fermeté, la situation menace à tout instant de devenir incontrôlable et de finir en drame total.

Inévitables convergences », l’éditorial de Jean-Emmanuel Ducoin.



Alors qu’une nouvelle semaine de mobilisation se profile, avec en point d’orgue la journée du samedi 17 octobre, il faut décidément être anesthésié par les certitudes du pouvoir pour ne pas entendre la colère de notre jeunesse. Derrière les revendications concrètes, un autre cri remonte des tréfonds de la réalité. Le cri d’une génération à qui l’on demande de préparer son avenir dans un monde qui s’emploie à le rendre assez invivable.

Mais quel débat lui oppose-t-on ? On voudrait asphyxier celui de l’école, tandis que le ministre de l’Intérieur monopolise les micros. Les revendications disparaissent derrière les mots : « débordements », « émeutes ». À force de malaxer le langage, on transforme une mobilisation sociale d’ampleur en menace à la tranquillité publique. La matraque répond aux manifestants, le matraquage médiatique aux idées.

On oublie les causes. Car les causes dérangent. Pendant que les fortunes s’accumulent, l’école manque de moyens pour émanciper la jeunesse. Nous connaissons l’odieuse mécanique : continuer d’infantiliser les lycéens en les présentant comme les marionnettes de partis politiques, plutôt que d’entendre ce qu’ils expriment. Pourtant, cette révolte porte une radicalité salutaire : elle refuse la fatalité sociale, un futur compromis, et l’extrême droite érigée en horizon inévitable…

Depuis quinze jours, de saines convergences sont déjà là, sous nos yeux : lycéens, étudiants, enseignants, salariés, fonctionnaires et retraités. Bref, toutes celles et ceux que la vie chère et l’austérité frappent. Cette convergence souhaitable n’est pas un slogan de cortège, mais bien l’inévitable passage de l’indignation à la puissance collective.

Le pouvoir sait contenir les luttes par la répression, puis les dissoudre dans des concertations sans lendemain afin d’éviter les vrais chantiers politiques. Seulement voilà, lorsque la jeunesse rencontre le monde du travail, l’ordre établi cesse de paraître une « normalité ». L’avenir n’appartient ni aux algorithmes ni aux marchés, mais à celles et ceux qui refusent de leur abandonner leur destin.

 

« Système destructeur », l’éditorial de Stéphane Sahuc.

Devant les grilles des lycées, les poubelles s’entassent. Les mots d’ordre ciblent le manque de professeurs, la vétusté des locaux ou la m...