mercredi 22 avril 2026

« La feuille de route du think tank de Bolloré pour 2027 », l’éditorial de Rosa Moussaoui.



Vincent Bolloré a longtemps juré n’avoir « aucun projet idéologique ». Aucun serment ne sonne plus faux, tant son empire médiatique offre à l’extrême droite une caisse de résonance sans précédent. La création de son « Institut de l’espérance » dissipe désormais toute ambiguïté.

Avec ce think tank doté d’un corpus programmatique et placé sous le contrôle de sa holding familiale, le milliardaire franchit un nouveau cap, 2027 en tête. La feuille de route de cet « espace de réflexion d’inspiration chrétienne » est limpide : retour à l’ordre moral, austérité économique, guerre aux immigrés.

CNews, Europe 1 et le JDD ont préparé le terrain en normalisant les obsessions réactionnaires. La mise au pas des maisons d’édition rachetées par son groupe et l’élaboration d’un business plan politique complètent le dispositif, pour fabriquer le prêt‑à‑penser d’un futur pouvoir aux visées ultraconservatrices, antisociales et xénophobes. La méthode : désigner des ennemis de l’intérieur, préempter la démocratie, discréditer toute contestation sociale pour détourner l’attention des dividendes et des inégalités

Longtemps, les états-majors capitalistes – tout en dictant leurs choix – se sont retranchés derrière une prétendue neutralité économique. Désormais, leur ingérence dans le champ politique est assumée. Leur credo : l’égalité serait un archaïsme, le pluralisme un frein, et la démocratie un régime obsolète. Aux États‑Unis, Palantir, le géant de la surveillance algorithmique, vient de publier les 22 thèses d’un manifeste glaçant, qui désigne la guerre comme horizon ultime et revendique la capture de l’État par des infrastructures technologiques privées dirigées par des élites éclairées – ingénieurs, patrons, industriels.

De la Silicon Valley aux beaux quartiers parisiens, cette internationale de l’argent roi ne cherche plus de compromis avec le suffrage universel. Elle œuvre à une recomposition autoritaire du pouvoir. Bolloré ne sera pas sur le bulletin de vote. Mais ses idées, elles, pourraient bientôt gouverner. À moins que des forces démocratiques et populaires ne se décident à faire front pour désarmer ces pouvoirs économiques aux projets dystopiques.

 

« Madame Figaro » tourne marxiste ? le billet de Laurice Ulrich.



« Transformer le monde, a dit Marx. Changer la vie, a dit Rimbaud. Pour nous, ces deux mots d’ordre n’en font qu’un. » C’est par cette phrase d’André Breton, dans le Second manifeste du surréalisme, que commence dans Madame Figaro une brève consacrée à un livre de Thierry Dufrêne, Surréalismes (éditions Citadelles & Mazenod).

Bah, se dit-on, ce n’est qu’une citation connue de toutes celles et ceux qui s’intéressent à cette période, même si la phrase de Marx apparaît en majuscules et en caractères gras…

Mais voilà que, dans le numéro suivant de l’hebdomadaire, une journaliste interviewe la sociologue Dominique Méda autour du thème « Heureux au travail, une utopie ? », et lui pose cette question : « Karl Marx considérait le travail comme l’essence de l’homme : dans quel sens l’entendait-il ? » Dominique Méda : « Pour Marx, le travail est l’activité qui nous rend vraiment humains (…) mais attention, sous le capitalisme, nous ne produisons pas comme des humains : notre activité est aliénée. » Tout arrive. Le marxisme, c’est Madame Figaro qui en parle le mieux.

« La normalisation de l’extrême droite offre aujourd'hui un permis de chasser », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



Souvent, le fait divers permet de reléguer au rang d’anecdote tragique ce qui, en réalité, fait système. Le 19 avril, à Espaly-Saint-Marcel, en Haute-Loire, des enfants jouaient au pied de leur immeuble. Soudain, un homme les a pris pour cible. « Dehors les noirs et les Arabes ! », a hurlé le tireur en visant des enfants et blessant l’un d’eux.

Cet attentat, auquel les autorités ont réagi par un silence assourdissant, est le prolongement direct d’une parole qui a fait sauter tous les verrous. Car ce tireur ne s’est pas réveillé raciste dans un vide idéologique. Il est le produit d’une fascisation de l’espace public. Celle-là même qui, il y a peu, jetait en pâture le visage et la dignité de Divine Kinkela, cette aide-soignante de Montargis (Loiret) insultée devant les caméras, sommée de « retourner à la niche » par des voisins que l’impunité et la banalisation avaient rendus braillards.

Cette violence n’est pas le produit du hasard. Au Medef, on reçoit désormais Jordan Bardella avec la déférence due à un futur gestionnaire des intérêts du capital. Au Parlement, la majorité cajole l’extrême droite jusqu’à la faire entrer dans l’arc républicain. Cette normalisation par le haut est le carburant du passage à l’acte par le bas. La déferlante ne s’arrête pas aux rues des lotissements ; elle s’attaque au cœur de nos institutions.

La haine qui cible des élus comme Bally Bagayoko participe de cette même logique. Qu’il s’agisse d’un maire, d’une travailleuse ou d’un gamin de 8 ans, le moteur de la haine est identique : nier le droit à l’existence de l’autre sur le sol de la République. Le message envoyé par les officines fascisantes, et validé par le silence des banquets patronaux et des enceintes parlementaires, est limpide : « Vous n’êtes pas chez vous, partez ! »

La normalisation de l’extrême droite offre aujourd’hui un permis de chasser, de l’enfant qui joue au ballon jusqu’à l’édile ceint de son écharpe tricolore. Il est urgent de retirer le micro des mains de ceux qui encouragent cette haine et nourrissent le passage à l’acte. Sinon, la division, le racisme et la violence deviendront le mode de fonctionnement normal de notre société au profit des plus puissants.

mardi 21 avril 2026

« L’ogre nourrit la bête immonde », la chronique de Patrick Le Hyaric.



« Je me sers de mes médias pour mener un combat civilisationnel », a un jour déclaré l’ogre, en petit comité *.

On le croit. Il le prouve jour après jour.

Les télévisions, les stations de radio, les journaux, les maisons d’édition qu’il a avalé de ses grosses mâchoires plaquées or, s’agitent dès le petit matin, pour nous décrire un pays fantasmé. Une France rance minée par une prétendue bien-pensance de gauche et une modernité contraire aux grandes valeurs françaises. La nation serait au bord du péril identitaire et existentiel. Il faudrait la régénérer autour d’une race blanche et d’une civilisation chrétienne idéalisée.

Le tout mélangé à l’agitation de passions tristes et de peur de « l’autre », de « l’assisté » qui, tenaillé par la pauvreté, serait le coupable des malheurs du voisin qui survit dès la moitié du mois avec un compte en banque essoré. La mobilisation du « bon sens » autorise toutes les surenchères convoquées au côté du racisme, du conspirationniste, du masculinisme, du rejet de la préservation de l’environnement.

On le croit.

La semaine dernière, l’ogre vient, non pas seulement de faire main basse sur la prestigieuse maison d’édition Grasset, mais d’en prendre le contrôle politique en limogeant son directeur Olivier Nora. Ce faisant, il a entraîné la démission de centaines d’auteurs d’opinions très diverses et soulevé un mouvement général de protestation et de demande de protection des auteurs et des éditeurs.

Les moyens de la guerre industrielle, médiatique et politique

C’est ici le dernier repas de l’ogre. Pour en arriver là, ses puissants tentacules dans les sphères industrielles, politiques, médiatiques et financières développés sur fond d’exploitation, de colonialisme, d’extractivisme lui ont permis de se rassasier à la table du grand festin capitaliste. Multicarte, il se déploie dans la publicité, la communication, les médias et l’édition après avoir étendu son empire dans l’industrie, avec Bolloré Energy, l’agriculture avec Socfin qui contrôle 390 000 ha de concessions, de palmiers à huile et d’hévéa en Afrique et en Asie, dans la gestion et la surveillance des flux et des frontières avec Automatic Systems et Easier, la sécurité dans l’espace public avec Indestat, le conseil en numérique dans les collectivités locales avec Polyconseil. Sa branche logistique en fait l’un des principaux acteurs du fret aérien, maritime et routier mondial.

Ainsi M. Bolloré, ogre et pieuvre se donne les moyens de la guerre industrielle, médiatique et politique au service de son « projet de civilisation », jumeau de celui de Trump et de son entourage aux États-Unis. Il est notamment l’instigateur, avant les élections législatives de juillet 2024, de la rencontre entre la chef de l’extrême droite et le président des LR d’alors, M. Ciotti. Militant actif de l’union des droites, il met ses télévisions, radios et journaux au service d’une coalition des droites extrémisées sous-direction de l’extrême droite en vue des élections présidentielles à venir.

La machine de guerre culturelle constituée par cet empereur capitaliste qui, selon ses dires, veut « servir le Christ » sous l’œil complice de gouvernements successifs, est bien trop sous-estimée.

La folle logique de financiarisation de la culture

Sa venimeuse dangerosité pour la démocratie, le pluralisme et la culture est bien trop banalisée : à ses radios, journaux, télévisions s’ajoutent, des outils de productions audio-visuelles, studios, salles de spectacle, système de billetterie, plateformes de diffusion en ligne, enseignes commerciales en situation de monopole dans les gares et les aéroports, organismes de sondages, agence de publicité, sociétés d’édition de jeux vidéo ainsi que l’immense majorité des maisons d’édition de livres, dont celles des manuels scolaires.

L’ogre a méthodiquement bâti un système hermétique où radios, télévisions, journaux Bolloré, promotionnent, avec l’appui des agences de communication Bolloré, les livres des maisons d’édition Bolloré, des auteurs choisis par les troisièmes couteaux de Bolloré, mis en vente en tête de gondole dans les points de vente Relay H de la maison Bolloré. Et, dire que ces gens-là sont pour « la concurrence libre » !

Ainsi, il étouffe peu à peu le désir du divers, du pluriel, de la nuance, des dissonances, des confrontations et des complexités. Ainsi, dans sa folle logique de financiarisation de la culture, la liberté de création et d’expression est une contrainte à briser.

Pour contre-attaquer l’indignation et la résistance qui s’expriment depuis sa décision de limoger le directeur de Grasset, l’ogre en personne a pris la plume dans SON journal du dimanche. Il y explique que le différend porte sur la date de parution du livre de Boualem Sansal. Ainsi, à l’exigence éditoriale et au temps de l’écriture, il impose le temps raccourci de la transaction, de la marchandisation, du bruit entêtant des tiroirs-caisses.

Il suffit de s’arrêter un instant devant un étal de vente d’un Relay H pour vérifier la combinaison de la marchandisation et de la mise en évidence des auteurs de droite et d’extrême droite. Ajoutons qu’en vis-à-vis du texte de l’ogre dans le journal du dimanche, figure celui d’un porte-plume expérimenté des extrêmes droites, qui glorifie l’éviction d’Olivier Nora avec une encre qui renoue avec les effluves nauséabonds de l’antisémitisme.

À l’image de ce qui se déploie aux États-Unis, l’ogre est l’un des visages brunâtres d’un capitalisme français remodelant le paysage idéologique et culturel pour mieux contrôler les imaginaires ; dicter les œuvres de l’esprit, posséder les routes de l’information et maîtriser la circulation des idées pour mieux les enfermer.

Le groupe politico-médiatique ainsi constitué sans aucune initiative des pouvoirs successifs contre la concentration, la protection des auteurs, le respect du pluralisme, constitue une des galaxies de l’internationale réactionnaire conçue pour exciter des publics poussés vers des extrêmes droites. En ce sens, sont financées et valorisées une kyrielle de revues comme Frontières, l’Incorrect, Boulevard Voltaire, Causeur et bien d’autres « boîtes à idées », elles-mêmes reliées à des laboratoires américains, dont les responsables viennent dans ses radios et télévisions distiller le venin d’obsessions politiques qui permettent de protéger et de soutenir le grand capital, dans ses croisades contre les conquis sociaux et démocratiques, l’écologie, le féminisme, l’anticommunisme, l’antiracisme, l’anti-science.

La reprise en main de Grasset une étape supplémentaire préoccupante

Le simplisme se double de la culture du confusionnisme et du complotisme à partir des mêmes thématiques sans cesse rabâchées : immigration, islamisation, haine des « assistés », haine de l’impôt, dénonciation des socialistes « incompétents », des écologistes « terroristes », des communistes « partisans du Goulag », de La France insoumise « antisémite » sans oublier le « wokisme » qui serait un nouveau communisme destructeur de l’identité nationale. Leur méthode est l’hystérisation, la désinformation, la propagation de réalité parallèle ou fantasmée. C’est la mise en œuvre du programme de l’ancien conseiller de D. Trump : « Inonder la zone de merde » avant de prophétiser que « La France se dirige vers la guerre civile ». (Entretien du 15 décembre 2025 au JDD).

La reprise en main de la maison Grasset est une étape supplémentaire préoccupante. La rébellion qu’elle entraîne peut pousser à la prise de conscience des dangers. Il est temps, grand temps d’agir. Et il convient de se garder de suivre le chant des sirènes de l’ogre qui, tout en étant la huitième fortune de France, se permet dans son pamphlet d’opposer les auteurs qui quittent Grasset aux plus modestes et aux familles en difficulté.

Ce dont il s’agit c’est d’un combat de valeur universelle : La liberté. Celle de créer comme celle des plus modestes, les travailleuses et travailleurs dont la richesse produite est pillée par l’ogre et ses amis du petit club des possédants : La liberté de reprendre le pouvoir sur les richesses issues du travail manuel et intellectuel.

« Les blés sont sous la grêle »

Les écrivains ont raison de demander la protection et la restitution de leurs droits d’auteur, comme l’ouvrier aurait raison de vouloir décider de la production et d’être maître des fruits de son travail. Par-delà les opinions de toutes et de tous les pétitionnaires contre l’emprise de Bolloré, chacune et chacun doit se rendre à l’évidence : on commence toujours par dénoncer l’assisté, l’immigré, le syndicaliste, la ligue des droits de l’homme, le communiste, l’insoumis jusqu’au jour où l’on est touché soi-même.

Il est indispensable de nommer les choses. Le processus de fascisation n’épargnera personne. Il faut donc cesser de banaliser les forces d’extrême droite en inventant une « extrême gauche » prétendument dangereuse. Le processus de fascisation fera feu sur toute résistance comme on le voit aux États-Unis où scientifiques, hauts fonctionnaires, magistrats, militaires de haut rang, universitaires, immigrés, travailleurs pauvres sont chassés, déclassés, licenciés, vilipendés.

Quelles que soient nos positions et nos situations, nos votes passés et nos souhaits, nous avons en partage une idée de la République qu’il faudrait remettre à l’endroit pour lui redonner son plus beau visage souriant du triptyque : liberté, égalité, fraternité.

Nous devons bien nous rendre à l’évidence : « les blés sont sous la grêle » comme alertait Louis Aragon dans son poème de Résistance, « La Rose et le Réséda ». Dans ces conditions, toutes nos forces, toute notre énergie doivent être tendues vers la constitution d’un large front pour la défense de la culture, de la liberté de création, dans le combat contre les concentrations dans la presse, l’audiovisuel et l’édition de livres et de la création culturelle. Un front qui doit faire reculer l’ogre et empêcher la marée brune qui s’avance. Ce devrait être une impérieuse priorité pour tout progressiste.

*« ce que je sais pour en avoir discuté avec lui, c’est que Vincent Bolloré est très conscient du danger de civilisation qui nous guette, du danger de remplacement de civilisation », Éric Zemmour 2022.

**rapporté par Vincent Beaufils, ancien directeur de la rédaction du magazine Challenges dans son livre et confirmé au magazine l’Obs le 16 février 2022.

« Génocide à Gaza : l’UE doit suspendre l’accord d’association avec Israël », l’éditorial de Cathy Dos Santos.



L’Union européenne doit enfin parler d’une même voix face à la tragédie que subit le peuple palestinien. Jusqu’à présent, les Vingt-Sept ont été incapables d’adopter une position commune et forte, propre à infléchir l’entreprise génocidaire à laquelle se livre le gouvernement de Benyamin Netanyahou.

Même la Commission européenne, que l’on peut difficilement cataloguer à l’extrême gauche, a plaidé pour une suspension totale ou au moins partielle de l’accord dassociation entre Bruxelles et Tel-Aviv afin de contraindre les autorités israéliennes à cesser de perpétrer des crimes dans la bande de Gaza et en Cisjordanie occupée. En vain. L’opposition de l’Allemagne ou de la Hongrie, hier encore dirigée par Viktor Orban – chantre de l’extrême droite internationale et allié des suprémacistes israéliens –, emmure l’Europe dans un silence complice.

L’Espagne de Pedro Sanchez, qui s’oppose avec courage aux oukases de la Maison-Blanche et aux fossoyeurs de la charte des Nations unies, ne s’avoue pas vaincue. Ce mardi 21 avril, Madrid redemandera la suspension dudit accord, lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE au Luxembourg. Le principe, défendu par le président socialiste du gouvernement espagnol, ne souffre aucun compromis : on ne commerce pas avec un pays qui viole le droit international et piétine chaque jour l’article 2 de ce partenariat économique, fondé sur « le respect des droits de l’homme et des principes démocratiques ».

Les réfractaires aux sanctions contre un gouvernement qui compte dans ses rangs des criminels de guerre devraient procéder à un examen de conscience. Le cessez-le-feu d’octobre 2025 et l’entrée en vigueur du prétendu plan de paix de Donald Trump n’ont pas fait taire les armes : au moins 750 Palestiniens ont été tués depuis lors, portant à plus de 72 200 le nombre de personnes assassinées à Gaza depuis le 7 octobre 2023. En Cisjordanie occupée, les colons et l’armée israélienne sèment la terreur et la désolation au mépris de toutes les résolutions onusiennes. Il est temps que l’UE cesse de tourner le dos au droit international, au prix d’une faillite morale, humaine et politique.

 

« Quand Gabriel Attal pose avec son boys club dans « le Point ». Le billet de Maurice Ulrich.



La découverte est suffisamment importante, semble-t-il, pour que le Point en fasse la une de son dernier numéro en y consacrant neuf pages. Gabriel Attal, qui publie un livre appelé En homme libre, l’annonce : « Je pense savoir comment il faut présider la France. » Eh oui, tout seul comme un grand, comme le joueur qui a trouvé une martingale ou une idée géniale sortant d’une lampe à huile.

Ainsi, dit-il, « il faudra faire sauter un tabou français : 60 % des dépenses publiques sont des dépenses sociales ». « Un pognon de dingue », avait déjà dit le président, dont il fut le premier ministre. Et donc « il faudra assumer des réformes difficiles »… Bien. S’il le pense.

Mais ce n’est pas cela qui retient le plus l’attention dans ce numéro promotionnel. C’est plutôt, selon la formule que l’on entend depuis quelque temps, l’éléphant au milieu de la pièce. Ou, plus exactement, les sept éléphants qui l’entourent sur la photo en double page ouvrant le dossier. Que des mecs. À qui s’en étonnait, l’intéressé a répondu : « J’ai Prisca Thevenot, ma snipeuse. » What else ?

 

lundi 20 avril 2026

« Les casques bleus, témoins gênants au Liban », l’éditorial de Sébastien Crépel



La mort d’un soldat français au Liban, samedi, est le symptôme d’une autre tragédie. Celle qui condamne les forces de l’ONU à l’impuissance dans ce pays dévasté. Paris accuse le Hezbollah d’être à l’origine du décès du militaire. Mais il n’est guère besoin d’attendre les conclusions de l’enquête pour constater que la Finul (pour Force intérimaire des Nations unies au Liban) est devenue la mission de paix la plus dangereuse au monde. Florian Montorio est le 343e de ces hommes à succomber en opération, et la quatrième victime cette année. Nulle part ailleurs dans le monde, les casques bleus ne paient un aussi lourd tribut.

Créée en 1978, entre autres motifs, pour confirmer le retrait israélien du sud du Liban, la Finul est devenue une cible commode pour les acteurs d’un conflit qu’elle dérange. La situation est si critique qu’Emmanuel Macron a appelé « les autorités libanaises à tout mettre en œuvre pour garantir la sécurité des soldats de la Finul ». On croit rêver. Rappelons que c’est la Finul qui a pour rôle d’aider le pays à se libérer de l’occupation et de la guerre, et non l’inverse.

Sinon, pourquoi existe-t-elle ? Le détachement militaire de 10 000 hommes (dont 700 Français) n’a pas besoin du Liban pour assurer sa protection – son gouvernement est déjà incapable d’assurer celle de son pays –, mais d’une diplomatie internationale qui impose à tous le respect du mandat des forces de paix. Rien ne justifie la mansuétude et le silence de la France devant les violations du droit par Israël en particulier, dont les troupes, qui détruisent et occupent illégalement le Liban, font feu de façon régulière sur le contingent hexagonal, quand ils ne dirigent pas les canons de leurs chars contre les convois blancs onusiens.

Certaines voix en appellent au droit de réplique des soldats de l’ONU. Mais ce serait ajouter à l’escalade et à la globalisation du conflit, à rebours des objectifs de la Finul. C’est la faiblesse des chancelleries qui met en péril les casques bleus, non celle de leur armement. Leur retrait programmé du Liban l’année prochaine consacre la victoire diplomatique de Trump et de Netanyahou, lequel rêve d’agir en toute impunité au pays du Cèdre, sans témoin gênant, comme à Gaza.

 

« La feuille de route du think tank de Bolloré pour 2027 », l’éditorial de Rosa Moussaoui.

Vincent Bolloré a longtemps juré n’avoir « aucun projet idéologique ». Aucun serment ne sonne plus faux, tant son empire médiatique offre ...