Ces
phrases déchirées pour la poubelle un soir, ou qu’on a égarées, ou qu’on ne
veut plus voir. J’en ai fait un poème de tous ces mots perdus, phrases que l’on
essaime à chaque coin de rue. Ces petits chants d’amour, ces cruels cris de
haine, ces rimes de toujours sur les joies et les peines. Ces vers de trois
fois rien, ces lignes inutiles sur petit calepin en gestes
malhabiles. Ces deux petites fleurs sur une page triste, et ces élans du
cœur écrits à l’improviste. Ces visions
de la nuit qu’on oublie à l’aurore, cet
air qui nous poursuit quand on le croyait mort. Ce parfum qui navigue sur la
vague des lettres, qui entame une gigue et sort par la fenêtre. Ces serments si
peureux qu’on les écrit tremblant, qui finissent au feu ou aux ailes du vent.
Ces sourires de joie qu’on confie à sa plume, ce fantôme, là-bas, disparu dans
la brume. De tous ces mots perdus j’en ai fait la moisson, partis puis revenus
le temps d’une chanson.
Libre-arbitre, le blog de Robert Clément
jeudi 12 février 2026
MOTS PERDUS !
« Grandes entreprises : culpabiliser les employés oui, les augmenter, jamais », l’éditorial de Cédric Clérin.
C’est vieux
comme le capitalisme. Quand il s’agit de donner des ordres, de faire la leçon
sur les bienfaits de l’entreprise ou de culpabiliser les salariés, comptez sur
les patrons. Mais, quand il faut passer à la caisse, le patronat est aux
abonnés absents. Les négociations annuelles obligatoires de cette année ne
dérogent pas à la règle.
En même temps,
me direz‑vous, c’est le signe d’un travail bien fait : celui d’un patron
n’est‑il pas d’extorquer la plus‑value la plus importante possible à ses
salariés ? Sur cette échelle, nous avons en France un patronat très
performant.
Depuis 2009 et
la crise financière, les richesses produites ont augmenté de près de 20 %
dans notre pays. Le montant indiqué sur la fiche de paie des salariés, lui, n’a
augmenté que de 4 %. Cinq fois moins. C’est la magie du capital. Où est passée la différence ? Regardez par
exemple du côté des résultats du
CAC 40 :
107,5 milliards d’euros ont été reversés aux actionnaires en 2025.
Ce n’est sans
doute pas parce que les bénéfices des entreprises ont explosé. Eh bien
non : avec 12 % de résultats en moins, les dividendes n’ont pourtant
pas baissé d’un centime. Les augmentations de salaire sont indexées sur les
résultats, pas les dividendes.
Les patrons
travaillent bien et ils ont des amis fidèles. Ainsi, chaque année, 211 milliards
d’euros sont déversés sur les entreprises. Certaines peuvent donc encaisser un chèque de l’État, verser l’équivalent
de 80 % de leurs bénéfices aux actionnaires et proposer une augmentation
mirifique de 1,7 % à leurs salariés. Le monde n’est‑il pas bien
fait ? Rien d’étonnant à ce que 70 % des salariés jugent que leur
salaire ne leur suffit pas pour vivre.
Il faudrait
donc augmenter la part qui revient aux salariés dans la valeur produite. Or,
l’augmentation des salaires ces dernières années n’a même pas rattrapé
l’inflation de 2021 et 2022. Si on résume : le pays s’enrichit, les
actionnaires s’enrichissent, et les salariés sont les dindons de la farce. Qui
a dit que les travailleurs manquaient de raisons de se syndiquer ?
« Orion 26 : dispersion », le billet de Maurice Ulrich.
Chasseur géant
de la mythologie grecque, Orion fut dispersé par Zeus en un amas d’étoiles.
C’est le nom que l’état-major a pourtant donné aux très grandes manœuvres que la France vient d’engager.
Orion 26, donc, va impliquer 12 500 militaires, 25 navires dont le Charles-de-Gaulle,
140 avions et hélicoptères, avec la participation qu’on a du mal à cerner de 24
pays de l’Otan, face à un puissant adversaire baptisé Mercure, que l’on peut
traduire par Russie. Un débarquement serait en préparation en Bretagne.
Selon l’un des
responsables militaires de l’exercice, « il s’agit de démontrer la
capacité de la France à entrer en premier sur un théâtre d’opérations et à
mener une coalition internationale ».
Ce qu’elle
avait montré il y a quelques semaines avec l’envoi de 15 soldats au Groenland
face aux vues de Trump. Les États-Unis participent tout de même, on ne sait
trop comment, aux manœuvres Orion mais on apprend au même moment, quelle idée,
que deux tiers des Allemands pensent désormais qu’ils sont un danger pour la
paix mondiale. Tout ça semble un peu dispersé.
mercredi 11 février 2026
PAGE BLANCHE !
On
voudrait écrire, parfois. On s'obstine. Mais rien ne vient. On se dit à
soi-même : si tu n'as rien à dire, tais-toi ! Va faire un tour ! Va marcher sur
le chemin ! Reprends ton livre ! Mais, le problème est qu'on n’a rien envie de
faire. On aligne tout de même quelques lignes pour le bruit familier des doigts
sur le clavier. Pour l'alignement des phrases. On insiste. Contre l'écran,
contre soi. La page blanche, l'écran vide c'est avant tout la peur de ce qui
pourrait s'écrire. Ce qui pourrait surgir. Parce que ce serait trop violent,
trop impudique. Pire ce serait mou. Le mou de son propre corps. Le mou de ses
propres pensées. L'absence de courage. On voudrait secouer le cocotier. Mais
non. C'est mou. On a cherché dans les mots des autres et on n'a pas trouvé de
quoi pimenter sa prose. Alors on aligne. On relit. On hausse les épaules. Les
yeux s'échappent vers la fenêtre mais les nuages gris du ciel ne parviennent
pas à électriser ni la phrase, ni le paragraphe. On a mis noir sur blanc
l'absence de goût d'une journée. On espère que demain... et on flanque un point
final au tout, ça au moins cela fait un peu de bruit.
« Comment Trump cherche à asphyxier toujours plus le peuple cubain », l’éditorial de Cathy Dos Santos.
Il n’y a pas de
précédent dans l’histoire. Depuis près de soixante-dix ans, Cuba affronte
un blocus économique, financier et commercial tentaculaire et meurtrier. Pas un
champ du pays n’est épargné ; le manque à gagner se chiffre en milliards de
dollars. Ce nœud coulant étrangle d’abord la population – dont l’écrasante
majorité est née sous cette politique de siège –, victime d’une stratégie
coercitive et unilatérale des États-Unis.
En instaurant un
blocus maritime
pour priver la Grande Île de combustible, en arraisonnant pas moins
de cinq pétroliers en un mois, Donald Trump espère porter l’estocade finale,
convaincu que les Cubains ne supporteront pas une énième
crise. Le pays est mûr pour tomber, estime-t-il, après l’enlèvement du
président vénézuélien Nicolas Maduro, en menaçant de taxes douanières quiconque
braverait ses interdits.
À
La Havane, les autorités ont pris des mesures
drastiques pour rationner au maximum l’or noir. « Cuba est prêt à un
dialogue avec les États-Unis, sur n’importe quel sujet », a réitéré le président Miguel
Diaz-Canel, mais « dans le respect (…) de notre indépendance, de notre
autodétermination ».
Les Nations
unies tirent la sonnette d’alarme, inquiètes d’une possible crise humanitaire,
plus grave que celle de la « période spéciale » des années
1990, après la chute de l’URSS. La Chine et la Russie annoncent qu’elles ne se
plieront pas aux oukases de Donald Trump qui croit tenir là une revanche historique,
après des décennies d’échecs face à un peuple qui refuse d’être une colonie de
la première puissance mondiale.
Jamais, depuis la crise
des missiles de 1962, les États-Unis n’avaient déployé une telle
armada dans les Caraïbes. Cette guerre d’usure n’est pas qu’un
affront fait aux Cubains. Les sanctions rétroactives et extraterritoriales, qui
visent à dissuader les investisseurs étrangers de commercer avec
La Havane, sont illégales.
La France et
l’Union européenne, dont nombre d’entreprises ont dû s’acquitter
d’amendes hallucinantes, disposent d’outils, dont l’instrument
anti-coercition (IAC) pour parer aux attaques du bureau Ovale. C’est
une question de respect de la souveraineté du peuple cubain et,
au-delà, du libre choix des nations à décider de leur destin. C’est aussi ce
que dit chaque année le vote majoritaire à l’ONU exigeant la levée d’un blocus
criminel.
« Jean-Marc Morandini quitte finalement CNews malgré la volonté de Bolloré », le billet de Maurice Ulrich.
Il aura donc
fallu que ce soit Jean-Marc Morandini lui-même qui annonce son retrait
de l’antenne sur CNews. Pas son
départ de la chaîne, il ne faut pas trop demander non
plus. Ça vaudra à ceux qui la suivent une demi-heure de Pascal
Praud en plus le matin…
Officiellement,
c’est l’animateur lui-même, condamné définitivement en cassation pour
corruption de mineurs et harcèlement sexuel, qui a pris cette décision, « afin de
rétablir le calme nécessaire au travail de la rédaction » et
parce qu’il ne veut « en aucun
cas être un problème pour
ses équipes et pour la direction de la chaîne et
du groupe ».
Il lui a quand
même fallu un mois et quelques remous sur la chaîne pour y
penser. Mais où était le problème, sinon, puisque déjà condamné en
mars 2025, l’animateur avait réintégré la chaîne avec l’aval, on ne dira
pas la bénédiction, de son très catholique propriétaire, le milliardaire
Vincent Bolloré. « Plus on se sent pêcheur, plus on est chrétien »,
écrivait le poète allemand Novalis. C’est ça.
mardi 10 février 2026
« Fin du traité New Start : détruire les bombes, pas l’humanité », la chronique de Patrick Le Hyaric ».
Cela ressemble
à la banalisation du risque d’anéantissement de notre humanité.
La semaine
dernière le plus haut rempart contre la prolifération des armes nucléaires
est tombé : New Start, le dernier traité de
désarmement nucléaire liant les États-Unis et la Russie a
expiré, jeudi 5 février, sans qu’un nouveau cadre de contrôle de ces
engins de mort n’ait été mis en place. La bombe atomique reste la plus
terrifiante des armes. Son pouvoir de destruction et ses capacités à infliger
pour longtemps d’indicibles souffrances humaines sont sans égal.
Avec la fin du
« nouveau traité de réduction des armes stratégiques », nous parlons bien de
la possibilité d’extinction de la vie sur Terre. Cet important texte fixait une
limite maximale de 700 lanceurs nucléaires et de 1 500 ogives nucléaires
stratégiques pour chacun des pays signataires qui détiennent 80 % des
ogives nucléaires mondiales. Bien plus qu’il n’en faut pour détruire la planète
plusieurs fois en une demi-heure.
Sans initiative
nouvelle, rapide, les restrictions à la limitation de la prolifération de ces
armes, qui peuvent frapper les centres politiques, militaires et industriels des
présupposés adversaires, s’affaibliront jusqu’à s’éteindre.
L’action
populaire pour la paix et le désarmement doit donc reprendre, – comme y
appelle le mouvement pour la paix – afin d’obtenir un
nouveau cadre juridique international et empêcher une nouvelle et mortifère
course à la fabrication d’armements nucléaires.
Un nouveau
traité permettrait la mise en place de mécanismes de vérification, d’échanges
de données et de renouer avec une certaine confiance entre pays
nucléaires. La fin de la transparence est la porte ouverte à toutes les crises,
à tous les risques, à tous les accidents, aggravés par l’intelligence
artificielle et les nouvelles technologies, ajoutant à la complexité et à
l’imprévisibilité des dynamiques d’escalade, à l’opposé des canaux
diplomatiques humains.
Un puissant
sursaut international face à l’amplification des dangers mondiaux
doit donc prendre rapidement forme.
Cette urgence
frappe aux portes de notre conscience collective et de notre humanité commune à
l’heure où le nombre de bombes atomiques augmente ; que des systèmes de
lancement aux États-Unis, en Chine, en Russie se modernisent ; que
les États-Unis déploient un nouveau mécanisme de défense antimissile
jusqu’à pousser la possibilité de guerres dans l’espace, engendrant une
nouvelle course à l’armement spatial.
À l’heure où
les prédateurs de la Tech sont de plus impliqués dans les industries et les
systèmes de défense, que le nucléaire est de plus banalisé, que le droit
international est bafoué, il nous faut comprendre que le basculement d’époque
nous rapproche de l’apocalypse.
Ces derniers
mois ont été marqués par une série d’événements inédits et préoccupants :
frappes américaines sur les sites iraniens en juin, présentation à Pékin du
nouveau missile balistique Chinois baptisé DF-61, annonce en octobre dernier
par le président Poutine d’un test du missile de croisière à propulsion
nucléaire dénommé Bourevestnick, puis expérimentation le 8 janvier
dernier du nouveau missile Orechnick lancé sur l’Ukraine en même
temps que de nouvelles déclarations du président Trump sur la reprise d’essais
nucléaires et démonstration de la Corée du Nord avec un missile balistique.
Le directeur de
l’Arms Control Association à Washington, M. Daryl Kimbal a
alerté sur les dangers dans le journal anglais The Guardian :
« De nombreux responsables du secteur des armes nucléaires souhaitent
renforcer rapidement les forces américaines afin de contrer le renforcement
stratégique de la Chine. »
Les forces
armées françaises se vantaient le 13 novembre dernier des capacités de
leur nouveau missile – Air Sol Moyenne portée amélioré, rénové – (ASMPA-R) qui
peut être embarqué sur des avions Rafale des forces aériennes stratégiques.
Cet entassement
de bombes nucléaires, au nom de la dissuasion, accroît l’insécurité liée à ce
que certains qualifient déjà de « nouvel ordre nucléaire », bien
différent de celui qui prévalait depuis la fin de la guerre froide. Il se
dit même que la guerre déclenchée par le pouvoir russe contre l’Ukraine se
déroule en « ambiance nucléaire », s’éloignant du concept de
dissuasion qui, du reste, n’a empêché aucun conflit, aucune guerre.
Le nouveau
climat qui pèse sur la planète conduit de nouveaux pays – non-nucléaires
militaires – de premier plan à revendiquer la possibilité d’acquérir la bombe
atomique.
Ce qui est
baptisé « ouverture d’un dialogue stratégique » sur la dissuasion
nucléaire entre l’Allemagne et la France est la manifestation de ce dangereux
changement d’époque. L’actualisation de la doctrine nucléaire française dans le
sens d’une « européanisation » est la traduction de ce projet. Il
pose de lourdes questions.
Envisager de
transférer ou de faire stationner des armes nucléaires françaises dans un autre
pays revient à contrevenir au Traité de Non-Prolifération (TNP). Doit-on
accepter que La France aussi bafoue les traités internationaux ? Pour
nous, c’est non !
Comment
combattre le transfert d’armes nucléaires vers la Biélorussie si notre
pays s’engage à transférer des armes similaires vers l’Allemagne et vers la
Pologne ? C’est la porte ouverte à toutes les proliférations.
Ajoutons qu’en
juillet 2025, le président de la République a signé avec le Premier ministre de
la Grande-Bretagne, une déclaration (de Northwood) officialisant la mise
en place d’une « coordination des moyens de dissuasion des deux
puissances nucléaires membres du Conseil de sécurité de l’ONU »
aussi bien au plan politique qu’opérationnel. Voilà qui ajoute encore
aux redoutables défis en cours. En effet, la Grande-Bretagne a déjà des accords
de coopération militaire et nucléaire bilatéraux très contraints avec les
États-Unis.
Personne ne
peut donc sérieusement faire valoir l’indépendance de cette coordination franco-britannique
dans un contexte où les velléités de Trump sur le
Groenland, le Canada et l’Union européenne, comme sa tentative de
façonner un nouveau droit international du plus fort ne
sont plus un mystère.
Les enjeux
si graves posés par la dissuasion nucléaire française, à l’heure où l’on
parle de plus en plus de « troisième âge nucléaire » sur fond de
polycrises du capitalisme, ne peuvent pas être abordés en dehors du Parlement
et du débat citoyen. Le peuple doit être saisi sur la possibilité pour notre
pays de signer le Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN).
Les armes de
destruction massive et les modifications climatiques portent les vénéneux
germes de l’anéantissement de la vie sur Terre. On ne peut
laisser faire ! L’horloge de l’apocalypse indique 85 secondes avant
minuit depuis la non-reconduction du traité New Start. Nous appelons au
sursaut.
La paix, c’est
le bien commun des peuples. Ce combat pour la paix et le désarmement nucléaire
peut redevenir le lien vivant, créatif, fraternel, intergénérationnel et
international d’une nouvelle chaîne humaine à l’échelle planétaire.
Ce sont les
bombes qu’il faut détruire, pas l’humanité.
MOTS PERDUS !
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