Non, la
démocratie ne s’exporte pas sur le dos des missiles qui détruisent tout sur
leur passage, tuent enfants, femmes, et des innocents.
La puissance
des armes, si sophistiquées soient-elles, n’apporte
que destruction et mort : destruction du droit, destruction
des corps, destruction sociale.
Avec force,
détermination, courage et raison, le peuple Iranien a entrepris
de se libérer par lui-même des chaînes dépliées par la
théocratie qui l’oppriment.
Il ne peut croire
à une libération sous un tapis de bombes larguées du ciel en totale
violation, une nouvelle fois, du droit international.
Les
bombardements ciblés contre des dirigeants aussi affreux et
sanguinaires soient – ils ne peuvent que s’apparenter à des
exécutions extrajudiciaires et confirment le retour à la loi de la jungle
et ne constituent pas un soutien au mouvement populaire en Iran porteur de
justice, de liberté, de paix.
Plusieurs
vagues insurrectionnelles, celles portant le mot d’ordre « Femme, Vie,
Liberté », puis celle de ces dernières semaines, dessinent les contours de
conditions prérévolutionnaires que réprime dans le sang le pouvoir des
autocrates de Téhéran et que tentent de dévoyer différentes forces
occidentales.
Ces mouvements
populaires iraniens portent en eux de profondes aspirations à la démocratie.
Or, les
terribles expériences récentes d’interventions militaires en Irak, en Libye, en
Afghanistan ont engendré l’exact contraire de la progression de la démocratie
et de la stabilité. En se retirant, les chars et les bombardiers américains
n’ont laissé derrière eux que le chaos et des populations appauvries, en proie
aux intégristes fanatiques.
Dans un
contexte différent, l’intervention illégale de la coalition
« américano-israélienne » en juin dernier a constitué un facteur
d’aggravation des conditions de vie des classes populaires
iraniennes. Elle a aussi servi de prétexte à une répression accrue et à
une militarisation de l’espace politique et social. En ouvrant la voie au
durcissement des sanctions américaines, à une pression renforcée sur les
exportations pétrolières, sur le système bancaire et financier, elle a
provoqué une chute brutale des recettes de l’État iranien. C’est sur ce fond de
crise aggravée que se sont développés les récents mouvements
populaires, réprimés jusqu’aux exécutions de milliers d’Iraniennes
et d’Iraniens de tout âge, sans aucune forme de procès.
Dans ce
contexte de gestion capitaliste et prédatrice de l’Iran, minée par des
déficits budgétaires, un système s’est installé, fait de corruption
massive, de privatisation des flux de devises, de quasi-privatisation des
ventes de pétrole. Les flux de pétrodollars captés par des trusts
privés et des réseaux para-étatiques volés au bien public, ont
nourri des paradis fiscaux au profit de la caste détenant le pouvoir
et le système sécuritaire.
C’est de tout
cela ; de l’autocratie, de l’idéologie politico-religieuse et
d’un système capitaliste prédateur dont veut se libérer le peuple iranien.
Il conteste
d’un même pas les politiques d’accumulation par la dépossession du plus grand
nombre, les clientélismes politiques, la rente, les privatisations, les
contre-réformes néolibérales, et les multiples formes de domination,
d’exploitation, d’autoritarisme et d’injustices. Le mouvement, même s’il est
traversé de contradictions, notamment sur l’option future, articule donc un
combat démocratique contre la théocratie et l’arbitraire, tout en contestant la
domination de genre et porte la volonté de libération de tous les groupes
constitutifs de la nation, notamment les Kurdes ou les Baloutches.
L’Occident
capitaliste sous-direction américaine cherche à déposséder ce
mouvement populaire de sa souveraineté pour y imposer son ordre. Preuve
que le peuple iranien, dans sa diversité, lui importe peu : le
président américain est prêt à désigner lui-même un nouveau dirigeant
pour l’Iran. Il compte pour cela exploiter les divisions au sein du
régime lui-même et des différences au sein du mouvement populaire. Ceux qui
opposent au mouvement « Femme, Vie, Liberté » un régressif
« Homme, patrie, prospérité » cherchent à instaurer un
régime nationaliste – bonapartiste autoritaire.
En refusant de
respecter la souveraineté du peuple Iranien, la coalition « Trump – Netanyahou »
ouvre la voie à une guerre civile interne à l’Iran et à un embrasement
généralisé au Moyen-Orient avec ses imprévisibles extensions
dans le monde et notamment en Europe.
Nous sommes ici
face à un crime d’agression internationale* de même nature que
celui commis par La Russie contre L’Ukraine, qui avait été condamnée par
l’Assemblée générale des Nations Unies au titre de
l’article 2 de la Charte de l’ONU (paragraphe 4). Dans
ces conditions, la non-dénonciation de cette agression
guerrière américo-israélienne dans les mêmes termes que
l’agression russe constituerait un nouveau « deux poids – deux
mesures ».
La France a
envisagé de saisir le conseil de sécurité. Elle doit le faire au plus vite, au
nom du principe de « non-recours à la force », inscrit dans
le droit international, et faire transposer une résolution contre ce crime
d’agression devant l’Assemblée générale des Nations Unies. Alors que
tout le Moyen – Orient subit les feux de l’embrasement, on ne désigne
ce dangereux moment dans les chancelleries occidentales et
dans la grande presse que sous les vocables de « frappes »,
« d’attaques », « d’échanges de missiles » en proscrivant
les mots « guerre » et « agression ». Comme toujours
la guerre militaire voyage avec la guerre des mots pour empêcher toute
discussion contradictoire et stériliser toutes velléités d’action
populaire contre la guerre.
Il n’y a ici
aucune promesse de libération du peuple iranien. Par contre existe le
risque d’une partition de l’Iran dans le cadre d’un remodelage complet
de la région, incluant le projet du « grand Israël », du découpage
de la Syrie, de l’Irak, sans oublier le chaos
terrifiant engendré par l’intervention occidentale en Libye. Cette mise à
la découpe des États s’inscrit dans le projet des « 1 000 États-cités gouvernées par des investisseurs » sous le contrôle direct de l’imperium, comme le théorise l’entourage de Trump.
Le peuple
Iranien et la démocratie sont très loin des préoccupations de la
coalition « américano-israélienne » qui dévaste Gaza et organise
l’annexion accélérée de la Cisjordanie.
Les buts de
guerre développés par le Premier ministre israélien comme par Trump varient en
fonction des moments. Tantôt la démocratie en Iran, tantôt les armes
balistiques, ou l’enrichissement de l’uranium, alors que quelques heures avant
le déclenchement du feu, les négociateurs américains expliquaient que les
discussions étaient en bonne voie et que Trump lui-même avait, au mois de
juin, affirmé que toutes les « prétendues » installations pour
l’enrichissement d’uranium avaient été détruites.
Les buts sont
évidemment autres.
Ils
ont l’odeur du gaz, la couleur du pétrole et des
minerais avec en prime la privatisation du détroit d’Ormuz.
Derrière cette
guerre, se poursuit un projet géopolitique nord-américain :
contenir La Chine. Après le blocus organisé au Venezuela, il
s’agit de pressurer l’économie chinoise qui ne
dispose pas de ressources gazières et pétrolières.
Notre combat
pour la libération du peuple et des travailleurs iraniens va de pair avec
le refus de cette nouvelle guerre impérialiste.
Notre devoir
est double : soutenir la dynamique sociale en Iran pour un nouveau
régime démocratique, pour la souveraineté pleine et entière des citoyennes et
des citoyens, et agir pour la paix et des initiatives de désarmement, dont
la dénucléarisation de toute cette région. En effet, comment justifier
l’interdiction à l’Iran de posséder l’arme
nucléaire quand Israël en dispose ?
L’Assemblée
générale de l’Organisation des Nations unies doit
être saisie d’urgence afin de prendre, avec le Secrétaire
général de l’ONU, des initiatives de paix, notamment la construction d’une
coalition diplomatique pour l’arrêt des combats, pour le respect du
droit et de la construction d’une paix durable au Moyen-Orient, incluant
l’application des résolutions des Nations Unies pour la construction
de l’État Palestinien.
Prétendre
sécuriser le monde par la guerre et le militarisme ne conduira qu’à normaliser
l’insécurité généralisée pour les peuples et l’environnement pour au bout du compte
sécuriser un nouveau capitalisme et des impérialismes chargés des nuées noires
de leurs bouffées de guerre.
Nous, les
peuples européens, avons un rôle à jouer pour que les institutions européennes
refusent l’alignement guerrier, pour revaloriser le rôle de l’ONU, afin
d’empêcher la généralisation d’une guerre sans limite et
pour protéger d’urgence le Liban.
On mesure à
quel point ce qui se joue à partir de l’Iran dépasse ce grand pays et son
peuple valeureux et cultivé. C’est la conception même de la sécurité
internationale qui est en question.
Contester la
militarisation de nos pays et de nos sociétés devient un acte de résistance
civile et de responsabilité démocratique.
Il s’agit de
résister à la normalisation de la guerre, de refuser le concept d’escalade
préventive souvent fabriquée au gré des intérêts
capitalistes nord-américains.
Il
s’agit de soutenir les forces démocratiques et sociales agissant en Iran
et ailleurs pour la liberté, la justice, la dignité, la défense des droits
des femmes. Des objectifs communs aux peuples qui doivent
devenir le point commun d’une résistance internationale.
La paix et la
construction d’un monde commun sont le grand combat de l’heure.
* Selon la résolution 3314 (article 1.) de l’assemblée générale
des Nations Unis : « L’agression internationale
est définie… comme l’emploi de la force armée par un État contre la
souveraineté, l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre
État ou de toute autre manière incompatible avec la charte des Nations
Unis »