lundi 27 juillet 2026

« Ce que nous disent les feux extrêmes »., la chronique de Patrick Le Hyaric



Les lances à incendie des courageux pompiers apparaissent bien frêles face aux assauts des monstres de feu tentaculaires qui se déploient sans répit. Sans pitié, sans pause, ces flammes s’étirent, s’élargissent, changent de direction comme pour narguer les efforts humains visant à les dompter.

Elles dévorent sans compter, s’épandent tantôt en coulées incandescentes, tantôt en hauts murs de feu de vingt à quarante mètres de haut, défiant même les vents naturels pour fabriquer leur propre courant de vents diaboliques, ravageant des champs, encerclant des villages entiers, s’attaquant aux maisons qu’elles enserrent dans de brûlantes tenailles. Par milliers, elles jettent des familles sur les routes, sonnant l’alarme d’un drame jusqu’ici associé à de lointaines contrées : celui des réfugiés climatiques.

Le dragon ne recule devant rien : il avertit qu’il peut neutraliser un aéroport, menacer une centrale nucléaire, détruire une centrale photovoltaïque, bloquer des usines, paralyser la circulation des trains, lécher de ses langues de feu la grande ville, bloquer l’activité économique et imposer le chômage technique.

Il ignore les grilles et les murs. Il ne connaît aucune limite de propriété, ni les panneaux d’interdiction. Il ne fait aucune distinction entre les êtres humains, aucun tri parmi les familles, réduisant en cendres ce qu’elles ont mis une vie entière à construire.

Nous partageons leurs larmes, leur désolation et leur angoisse devant l’incertitude de l’avenir. Il est urgent de prendre conscience des temps nouveaux commencés. Se donner les moyens de les prévenir et de les subvertir devrait être une obligation, à la hauteur des traumatismes que provoque l’irréversibilité des pertes de vie, de son habitation, des équipements communs ou des paysages.

Les méga-feux rétrécissent notre monde et hypothèquent nos communs futurs. De Los Angeles à la forêt de Brocéliande, d’Athènes à la forêt des Landes ou de Fontainebleau, des abords de Madrid à ceux de Bordeaux, ils révèlent une condition humaine commune à toutes et à tous. Ils appellent donc à forger une nouvelle alliance universelle — sociale, démocratique, culturelle et environnementale — au service de l’intérêt général.

Contrairement aux apparences, l’ampleur et la violence des incendies ne sont pas des phénomènes à dépolitiser.

Ce qui brûle n’est pas seulement des étendues d’arbres. C’est un outil de production, façonné par l’humain, trop souvent organisé en monocultures, avec une densité de plantation maximale en vue de la rentabilité. Brûlent en même temps des écosystèmes entiers. Or, les trois quarts des surfaces boisées appartiennent à des propriétaires privés qui y voient un capital à rémunérer.

Ici se dessine un conflit : entre logique économique et protection des écosystèmes, propriété lucrative et préservation du bien commun.

Ce qui brûle, c’est aussi une conception obsolète de l’aménagement du territoire qui impose de repenser le lien villes-campagne, un dense maillage de services publics démocratisés.

La violente radicalité de ces feux s’alimente et s’étend aussi selon des choix politiques, selon des priorités gouvernementales et des intérêts des classes dominantes. Les citoyens en prennent conscience.

Et, une fois encore, les dépossédés, les invisibilisés, celles et ceux que les pouvoirs ignorent et méprisent le reste du temps sont là. Ensemble : pompiers et anciens pompiers, agents des services de l’État, préfectoraux et des collectivités territoriales, maires et élus municipaux, soignants et médecins, petits commerçants et paysans, salariés d’EDF ou d’Enedis, agents de l’Office national des forêts, et sylviculteurs, chauffeurs, conducteurs d’engins et ouvriers forestiers se mobilisent jour et nuit. Loin des égoïsmes des rapaces de la finance, une solidarité active les unit pour combattre le cœur du brasier ou soutenir de mille manières celles et ceux qui s’y emploient. Leur courage, leur force morale aussi indomptable qu’un feu intérieur sauve des vies, une part de nous-mêmes, de nos paysages, de notre culture.

Quand leurs actions solidaires, quand leur dévouement seront-ils reconnus au-delà des formels remerciements gouvernementaux ou présidentiels et des hommages médiatiques aussi vifs que sera l’oubli demain ? L’espoir pourtant réside dans ces forces vives sans lesquelles le pays ne fonctionnerait pas.

Le capitalocène, cet affreux régime qui fait feu de tout bois pour dompter, exploiter, surexploiter la nature et les êtres humains et animaux, est aussi pyrocène. Pendant que la Terre brûle, ses acteurs aux coffres forts blindés restent froids dans leurs salles climatisées pour compter profits ou dividendes, ou à verrouiller leurs avoirs dans les paradis fiscaux.

Seuls les animent un triple primat : décider des finalités du travail de milliards d’individus, orienter les consommations et l’obsolescence des produits, dompter la nature pour la mettre au service du grand capital international. Au bout du compte, c’est l’environnement, la biodiversité, la biosphère — affaiblie, en voie de destruction — qui remettent en cause les conditions d’existence de la majorité des êtres humains.

Les feux extrêmes deviennent des phénomènes physiques de plus en plus autonomes, dangereux, capables d’anéantir notre humanité selon la NASA.( National Aéronautics and Space Administration)

Outillée de ses capteurs et de ses équipes d’observation, l’agence gouvernementale des États-Unis, responsable du programme spatial et de la recherche aéronautique, élabore un atlas des feux dans lequel elle envisage sérieusement la possibilité d’un incendie de dimension mondiale. En cause, le dérèglement climatique portant des températures estivales extrêmes, des vents plus puissants et une faible humidité de l’air. Quand en tiendra-t-on enfin compte sérieusement ?

Il y a ici matière pour une conférence internationale faisant cesser les guerres, ouvrant un processus de désarmement pour réorienter les recherches et les développements industriels et agricoles vers le combat contre les feux et les bouleversements climatiques, pour mettre sur pied un fonds mondial destiné à la lutte contre les méga- feux. Un programme mondial « d’adaptation-transformation » des sociétés et du monde est à l’ordre du jour pour qu’enfin se réalise notre humanité commune. Un projet qui s’oppose frontalement aux nationalismes et aux actuelles métamorphoses du capitalisme influencé par les extrêmes droites.

Ainsi, à l’ère du capitalocène, un diabolique cercle vicieux s’installe. L’extraction effrénée des énergies fossiles alimente le réchauffement climatique qui prépare le terrain aux feux extrêmes. Ces derniers, à leur tour, crachent dans l’atmosphère des gaz à effet de serre accélérant encore les bouleversements climatiques. Le feu pollue l’air, contamine les nappes phréatiques, détruit des arbres centenaires qui s’effondrent avec fracas. Il fauche des oiseaux, encercle les animaux de ses flammes et ses particules s’infiltrent dans les corps quand il ne les asphyxie pas. Le vivant non humain ne peut donc être à l’arrière-plan de nos existences. Il en est le cœur.

Et il faut avoir la froideur des puissants, toute l’arrogance des dominants pour continuer de le nier, de s’approprier des portions de la planète pour leur usage exclusif : s’accaparer des forêts, des sentiers côtiers, des bouts de plages, des terres arables, des lacs, des rivières et des sources, des pans de montagne. Ceux-là, ces extrémistes du capital, préparent un monde sans futur.

Et il faut avoir la sécheresse de cœur de leurs mandataires au pouvoir pour oser expliquer, loin des visages noircis et épuisés des sapeurs-pompiers, que « tout était sous contrôle ». Ces opérations de communication déconnectées de la vie réelle, du ministre de l’Intérieur osant affirmer sans rougir que « la France disposait des moyens suffisants » alors que sur les 12 Canadair du parc de lutte contre les feux cinq seulement étaient opérationnels, sont insupportables. Il a fallu attendre le pire pour qu’on daigne faire appel à la force opérationnelle européenne, commencer à mobiliser l’armée et à mettre en service le nouvel avion de transport militaire Airbus A400M Atlas. Suggérons au ministre de placer aussi face aux flammes les 90 véhicules Centaure, dotés chacun d’une réserve d’eau de 10 000 litres. Ils y seraient plus utiles que lorsqu’ils arrosaient violemment les pompiers en manifestation pour réclamer des moyens supplémentaires, des recrutements, la reconnaissance de leur travail et l’arrêt des fermetures de casernes, notamment de pompiers bénévoles. On enrage !

Tout entier arc-bouté vers la gestion des déficits budgétaires qu’ils créent en transférant des parts toujours plus grandes de la richesse nationale vers les puissances d’argent et la militarisation, les gouvernements successifs n’ont cessé de rogner les moyens des collectivités locales auxquelles ils ont pourtant transféré une part de leurs responsabilités.

Les budgets de l’ensemble des services départementaux d’incendie et de secours sont à peine supérieurs aux 5,5 milliards d’euros annoncés par le groupe Total, en hausse de 47 % pour ce seul premier semestre. Total gonfle l’atmosphère de gaz à effet de serre et les dividendes de ses actionnaires pendant que la France brûle.

L’Office national des forêts, dont le rôle est capital pour préserver, protéger, valoriser les espaces boisés, a vu le nombre de ses agents fondre de près de 5 000 en vingt ans. La Cour des comptes s’en est même émue, soulignant que les moyens humains « apparaissent désormais insuffisants pour répondre aux missions croissantes qui lui sont assignées ». On enrage !

La froideur glaciale du pouvoir et de ses bariolés soutiens, se mesure à l’aune de ses obsessions militaristes qui les conduisent à ajouter 36 milliards à une loi de programmation militaire engloutissant déjà une somme de 436 milliards d’€ pour préparer la guerre et soutenir un complexe militaro-industriel aux anges. On enrage !

Hier, Eurocopter, qui aurait pu fabriquer un nouvel outillage pour lutter contre les incendies, a été fermé. Aujourd’hui, le groupe Renault ferme ses usines ici pour aller fabriquer, non pas des voitures en Ukraine, mais des drones pour les guerres. On enrage !

Renversons les priorités : pour le vivant en toutes circonstances. Pour la paix et le désarmement toujours. Pour nourrir les forces de vie, porter les urgences sociales, les urgences climatiques, les urgences démocratiques, les urgences culturelles et d’humanité. Le combat pour un processus post-capitaliste doit embrasser, doit associer tous les éléments du vivant humain et non humain.

Il exige une refonte radicale des priorités, des choix, des modes de pensée. Car c’est bien l’ère du capitalocène qui révèle le pyrocène et prépare une terre sans futur qu’il faut urgemment dépasser.

C’est donc un nouveau contrat social, environnemental, démocratique et pacifique qu’ensemble nous devons inventer. Un pacte démocratique pour l’émancipation, une promesse pour la civilisation.

 

« Un exode climatique, premier du genre en France », l’éditorial de Sébastien Crépel.



Sous nos yeux se dessine brutalement, en cet été 2026, une préfiguration effrayante de notre avenir. Le changement climatique est passé des concepts des rapports du Giec à la réalité du quotidien.

L’air au souffle infernal les jours interminables de canicule, l’interruption du vol familier des insectes et des oiseaux, la sécheresse qui rend arides les paysages et les inondations qui lui succèdent au gré de pluies et grêles diluviennes. Et, désormais, les feux sans cesse plus monstrueux, dévastateurs, grands comme dix fois Paris cette année, et dont la fumée s’est répandue ce week-end du Var, des Landes et de la Gironde à plus de 500 kilomètres, jusqu’en Auvergne et dans le Val de Loire.

Lueur d’espoir au milieu du désastre, le dévouement sans limite des pompiers et des gendarmes a permis l’évacuation de plus de 200 000 personnes en dépit des conditions dantesques. Ce mouvement de population, jamais vu en France depuis la défaite de 1940, a un nom : il s’agit d’un exode climatique, le premier du genre dans cette ampleur, avec ses colonnes de réfugiés sur les routes abandonnant tout derrière eux.

Tout cela serait déjà grave et inquiétant si notre pays était prêt à affronter ces nouveaux périls. C’est peu de dire qu’il ne l’est pas. À part les masques FFP2, héritage de la dernière crise sanitaire, la France manque de tout, à commencer par les avions bombardiers d’eau et les effectifs de soldats du feu professionnels.

Au-delà, où que les yeux se tournent, l’inadaptation est globale, conséquence d’un sous-investissement endémique. On ferme des lits d’hôpitaux ; les passoires thermiques restent le lot commun des logements, des écoles, des hôpitaux comme des Ehpad ; la climatisation des lieux publics est l’exception ; les villes étouffent, faute de moyens pour revoir l’urbanisme ; le réseau ferré est hors d’âge ; l’électrification du parc automobile est sans cesse repoussée.

 

vendredi 24 juillet 2026

« Démantelons, l’empire Bolloré, nationalisons les kiosques Relay », l’éditorial de Fabien Gay.



Dans les halls de gare, dans les aéroports, des millions de voyageurs passent chaque année devant un Relay. Beaucoup n’y voient qu’un commerce pratique juste avant le départ : un café, un sandwich, un journal ou un roman pour le trajet.

Mais l’envers du décor est bien plus perfide. Une enquête récente de l’Observatoire des multinationales montre comment les boutiques Relay favorisent les publications issues du groupe Bolloré, au détriment de la diversité éditoriale. Certains titres sont partout. D’autres semblent avoir disparu. Certains magazines sont mis en avant.

 

D’autres sont relégués au fond des étagères. Les livres des maisons d’édition appartenant au groupe Bolloré occupent une place de choix. Les essais de personnalités d’extrême droite ou réactionnaires s’exposent en vitrine – quand bien même ils affichent un faible taux de vente. Le pluralisme, lui, s’efface ou est relégué en arrière-boutique.

 

Le hasard n’existe pas lorsqu’un milliardaire contrôle à la fois des maisons d’édition, des chaînes de télévision, des radios, des journaux… et les principaux points de vente dans les gares et aéroports. Depuis la prise de contrôle de Lagardère par Vincent Bolloré en 2022, Relay est devenu un maillon supplémentaire d’un empire idéologique.

 

Produire les idées. Les éditer. Les promouvoir. Les vendre. Voilà une intégration verticale au service d’un projet politique : banaliser les idées de l’extrême droite et imposer une vision ultraconservatrice du monde, réduisant au silence et à l’invisibilisation toutes celles et et ceux qui luttent et résistent.

 

Les Relay ne sont pas des librairies comme les autres : ils occupent des lieux publics stratégiques. Alors que les gares appartiennent à l’État et sont gérées par la SNCF, un même groupe privé bénéficie d’une position de monopole pour vendre journaux, magazines et livres dans ces espaces. Et, derrière cette mainmise, qui garantit le pluralisme de l’information, la diversité des titres proposés pour participer au débat d’idées ? La réponse est simple : personne, ou si peu. Pourtant Gares & Connexions et Lagardère Travel Retail ont créé une société baptisée Lagardère & Connexions, dont ils sont coactionnaires à parts égales, pour gérer les 328 boutiques réparties dans les gares. On pourrait donc imaginer que l’opérateur de service public ait son mot à dire dans un tel contrat de monopole et fasse respecter le pluralisme des idées.

 

En vain ! En effet, quel lecteur de « l’Humanité » n’a pas cherché son journal dans ces boutiques ? Quant à l’Arcep, « gendarme » des kiosques, elle répond à chaque plainte pour distorsion de concurrence qu’il faut voir le service commercial des Relay si l’on veut être mis en avant.

 

Cette situation est inacceptable. Il est temps de reprendre le contrôle. Ce n’est plus une affaire seulement commerciale, c’est une question démocratique.

Le privé ne peut pas avoir le monopole de nos imaginaires pour imposer sa vision réactionnaire lors de nos voyages. Il faut nationaliser les Relay ! Les commerces implantés dans les gares doivent relever d’un service public de la diffusion de la presse, du livre et de la culture. Leur mission ne serait pas de maximiser les intérêts d’un groupe privé, mais de garantir l’accès de toutes et tous à une offre pluraliste, diversifiée, indépendante des puissances d’argent, qui confronte les points de vue et permette à chaque voyageur de pouvoir décider de ce qu’il lit. 

 

Démanteler l’empire Bolloré, c’est un combat contre la concentration des pouvoirs. Dans une démocratie, personne ne devrait pouvoir décider à lui seul de ce que des millions de citoyens regardent, lisent, écoutent et achètent. Les gares et les aéroports appartiennent à toutes et tous, ce sont des lieux de circulation et de voyage. Les idées qui s’y trouvent doivent aussi pouvoir circuler et nous faire voyager librement.

 

« Incendies : gare au retour de flammes pour le gouvernement », l’éditorial d’Alexandra Chaignon.



La France « fait face » aux incendies. C’est le ministre de l’Intérieur qui le dit. Mais, dans le même temps, il s’énerve du « France bashing » et des « polémiques » que colporteraient les syndicats des pompiers, en osant dénoncer l’insuffisance de leurs moyens après la mort de trois d’entre eux en deux semaines.

Qualifier de « polémique » l’épuisement ? Le manque d’effectif ? Les problèmes matériels ? Vraiment ? Ce n’est pas ce qui remonte du terrain. C’est même tout le contraire. Alors que 44 000 hectares ont déjà brûlé, davantage qu’en 2022, année noire où plusieurs brasiers avaient ravagé le sud-ouest de la France, des milliers de sapeurs-pompiers bravent les flammes nuit et jour depuis des semaines. Au péril de leur vie. Et tous témoignent du même ressenti : les corps lessivés, la fatigue, physique mais aussi mentale.

Qu’ils se rassurent. Comme le répète à l’envi Laurent Nuñez, « les moyens aériens sont suffisants ». Vraiment ? Dans une liste à la Prévert, le ministre de l’Intérieur a égrené le matériel disponible : 12 Canadair, 10 hélicoptères bombardiers d’eau, six avions Air Tractor bombardiers d’eau, huit Dash… Sauf que, sur le terrain, le compte n’y est pas.

D’après un document de la sécurité civile, seuls huit des 12 Canadair de la flotte étaient disponibles mardi 21 juillet au soir. Et sept Dash sur huit. Deux Beechcraft sur trois et quatre hélicoptères bombardiers d’eau seulement. Et ne parlons pas des quatre nouveaux Canadair promis par Emmanuel Macron depuis 2022… Les premiers ne seront livrés qu’en 2028.

En attendant, on nous promet l’arrivée « prochaine »« d’ici à fin juillet » – de l’A400M, un avion de transport de l’armée de l’air converti en bombardier d’eau de haute capacité, équivalent à trois Canadair. D’ici là, combien d’hectares auront encore brûlé ? Faudra-t-il voir tomber d’autres soldats du feu ? Huit pompiers sont déjà morts en intervention pour la seule année 2026, contre six l’an dernier…

Dans son dernier rapport, le Haut Conseil pour le climat indiquait que la surface propice aux feux de forêts a plus que doublé par rapport à la fin du siècle dernier. C’est un fait établi. Il faut donc s’adapter pour pouvoir anticiper. Mais, pour s’adapter, il faut des moyens. Le gouvernement aura été prévenu : gare au retour de flammes.

« Les sorciers de l’IA ne maîtrisent plus leur baguette », le billet de Maurice Ulrich.



L’Apprenti sorcier, œuvre symphonique de Paul Dukas, reprend un poème de Goethe, inspiré d’un texte de l’auteur antique Lucien de Samosate, est devenu une séquence du dessin animé de Disney, Fantasia : le jeune homme donne vie à un balai pour qu’il fasse son travail à sa place, mais le balai devient incontrôlable…

Aux États-Unis, au cours d’une séquence d’essais de sécurité d’OpenAI, des modèles se sont échappés du cadre imposé pour aller chercher des réponses sur une plateforme spécialisée d’Internet. À de multiples reprises déjà, les développeurs de modèles d’IA avancés ont relevé des « initiatives » problématiques de leurs systèmes pour répondre à leur façon aux demandes, mais ce serait la première fois qu’une opération autonome de ce niveau aurait eu lieu.

Marx et Engels avaient-ils vu le coup venir ? Ils écrivaient en 1848, dans Le Manifeste du parti communiste : « La société bourgeoise moderne qui a fait naître comme par enchantement des moyens de production et d’échange aussi puissants ressemble au sorcier qui ne peut plus maîtriser les puissances infernales qu’il a invoquées. »

mercredi 22 juillet 2026

« Ce que révèle la vraie-fausse démission de Monique Barbut », l’éditorial de Laurent Mouloud.



Dans les années 1990, Jean-Pierre Chevènement estimait qu’un ministre « ça ferme sa gueule ou ça démissionne ». Monique Barbut a quelque peu réécrit la maxime. Avec elle, on « menace de démissionner, puis on ferme sa gueule ». Le matin, l’actuelle détentrice du portefeuille de la Transition écologique claironne sa volonté de quitter le gouvernement à la suite de l’adoption de la loi d’urgence agricole.

L’après-midi, après avoir digéré cette énième couleuvre environnementale, elle décide finalement de « poursuivre sa mission », à la demande expresse du président Macron. Le chef de l’État, bien conscient du message dévastateur d’un tel départ en pleine crise caniculaire, a dû se montrer sacrément insistant. Il sauve les apparences – pour un temps. Mais, sur le fond, quel aveu accablant.

Évidemment, cet épisode Barbut dit beaucoup du mépris macronien sur les questions écologiques. Nommée en octobre 2025, l’ancienne présidente du WWF a hérité d’un portefeuille amaigri – sans l’énergie, les transports et le logement – réduisant d’entrée de jeu son influence.

Tenue à l’écart des grandes décisions, elle a passé son mandat à bouillir dans son coin, en comptant les – mauvais – points : enterrement de la loi contre l’artificialisation des sols, développement des méga-bassines, retour de l’acétamipride…

Finalement, le profil « société civile » de Monique Barbut, prétendument recrutée pour ses compétences précises et sans doute de bonne foi, apparaît pour ce qu’il est : un simple alibi dans un gouvernement soumis aux intérêts supérieurs du lobby des pesticides et de l’agrobusiness.

Anecdotique, le maintien de Monique Barbut à son poste ne fera pas illusion. Ces dix dernières années l’ont bien montré : aucune politique écologique ne peut exister dans ce régime macroniste. Allergique au débat démocratique et enfermé dans un relativisme néolibéral qui refuse de prendre la mesure de l’urgence, l’exécutif enchaîne les contretemps et les contresens.

Quitte désormais à tirailler son propre camp. Et à compter, une nouvelle fois, sur les voix complices du RN. Derrière la fausse démission de Monique Barbut, il y a une démission bien réelle : celle de la majorité présidentielle, qui, face au défi climatique, s’obstine à organiser son impuissance.

 

« Une journée des bras d’honneur », le billet de Maurice Ulrich.



La journée de mardi fut apparemment celle des bras d’honneur. D’abord, la confirmation par le Parlement du sénateur LR François-Noël Buffet au poste de Défenseur des droits. Des droites serait mieux dire. Mariage pour tous, immigration… Il coche toutes les cases des politiques réactionnaires.

Ensuite, ces mots du premier ministre Sébastien Lecornu pour la ministre de la Transition écologique Monique Barbut, après avoir négocié dans son dos les derniers arrangements de la loi d’urgence agricole réintroduisant les pesticides, et alors qu’elle soulevait un point juridique : « Monique, laisse-nous le droit, occupe-toi de l’écologie. »

En d’autres termes, fiche-nous la paix et retourne à tes casseroles. Annoncée démissionnaire mercredi matin, l’ancienne dirigeante de l’ONG WWF a sans doute péché par naïveté en pensant que son engagement pourrait être utile et qu’on l’appelait pour ça. Ce n’était pas la première et ce ne sera pas la dernière… Les votes de mardi, de l’extrême droite à la Macronie ont répondu aux choix du président en fin de mandat. On peut les appeler aussi les votes du déshonneur.

 

« Ce que nous disent les feux extrêmes »., la chronique de Patrick Le Hyaric

Les lances à incendie des courageux pompiers apparaissent bien frêles face aux assauts des monstres de feu tentaculaires qui se déploient ...