vendredi 31 juillet 2026

« En finir avec les politiques climaticides ! », l’éditorial de Fabien Gay dans l’Humanité Magazine.



Notre monde brûle, les peuples suffoquent et notre humanité commune vacille. Sept des neuf limites planétaires sont dépassées, et c’est donc notre vie dans un écosystème sûr et viable sur le long terme qui est maintenant en jeu. Nous perdons des pans entiers du monde du vivant, le cycle de l’eau est maintenant durablement perturbé, et nos sols et océans pollués.

Il ne s’agit plus de savoir si on croit ou non au dérèglement climatique, ou encore si on pense que notre Terre peut encore endurer cela longtemps. Le réchauffement climatique impacte déjà nos vies, mutile des régions et cause des victimes. Non, la seule question qui vaille est celle de savoir quand nous romprons avec le système capitaliste, responsable de la destruction de la nature et du vivant, pour imposer d’autres modes de production, de consommation et de vie. Et plus nous tarderons, plus la rupture sera brutale, violente et sans transition.

Bien évidemment, on peut et on doit d’ores et déjà s’adapter, en climatisant et en rénovant le bâti par exemple pour supporter les épisodes de grand froid ou de canicule. Mais est-ce durable d’avoir des bâtiments climatisés pendant des semaines de canicule ?

Cet avenir inquiétant n’est pas une vue de l’esprit, fruit d’une imagination débordante, mais bien les scénarii possibles à l’horizon 2030, mis sur la table par des scientifiques. La trajectoire du réchauffement climatique sera de 2 degrés supplémentaires en 2030, et 4 degrés en 2100. Chaque été devient le « plus chaud jamais vécu » sur notre territoire, il commence de plus en plus tôt, affectant tous les domaines de la société, que ce soit l’éducation de nos enfants dans des écoles aux bâtiments dégradés, l’hospitalisation des personnes en souffrance, la saisonnalité de l’agriculture, les conditions de travail et d’habitat.

Nous sommes la dernière génération de femmes et d’hommes, de militantes et militants, à pouvoir agir. Le changement climatique est déjà lancé, mais nous pouvons agir pour l’avenir et limiter les dégâts. La croyance selon laquelle la technologie et l’intelligence artificielle nous permettront de tout réparer est illusoire.

Cet été, le monde brûle, du Canada à l’Espagne, de l’Algérie à la France, et les premiers réfugiés climatiques sont déjà là. Le feu rase les forêts, tue les animaux et s’approche dangereusement de métropoles comme Madrid ou Bordeaux. Les États à eux seuls ne parviennent pas à répondre à la crise, et le soutien des pays voisins montre à chaque fois sa nécessité. Mais il se fait toujours de manière pressante, sans réflexion globale sur ce qui nous a menés à cette impasse, sur la coordination mondiale et les moyens à mettre en œuvre sur le long terme. Alors que les gouvernements augmentent les budgets militaires, ils refusent d’allouer des millions pour la prévention, la sécurité civile ou les forêts. Ce n’est pas de l’inaction climatique. Ce sont des politiques climaticides, qui devraient être interdites.

Il faut donc d’urgence œuvrer à la création d’une grande coalition internationale des peuples libres, souverains et associés, qui aura la tâche de sauver le climat et mettre fin aux inégalités. Mettre en commun les savoirs, les pouvoirs et les richesses, nationaliser les moyens pour dépolluer sols, rivières et océans, mettre fin à l’exploitation des ressources pétrolières. Devoir impérativement produire non pas ce que veut la société consumériste, mais ce dont les peuples ont besoin.

L’urgence de notre temps est donc au communisme.

« Quand la droite récupère l’élan de solidarité des Girondins face aux incendies », l’éditorial de Sébastien Crépel



C’est une petite musique qui monte chez les éditorialistes de droite. L’action spontanée des Girondins pour aider les pompiers à sauver des flammes ce qui peut l’être tout comme leur solidarité envers leurs compatriotes en détresse seraient la preuve d’un État dépassé, certes, mais également du fait qu’on ne peut pas tout attendre de ce dernier.

Les lois et les normes au nom de l’écologie ne feraient qu’entraver et infantiliser les citoyens. Quant à l’initiative des habitants, elle serait un antidote à « l’assistanat » qui les assigne à la passivité. D’autres vont plus loin encore en invoquant le « bon sens paysan » contre la bureaucratie, dans la plus pure veine pétainiste.

Si une démonstration est faite, c’est celle de la dérive libertarienne d’une droite que sa propre trumpisation n’effraie plus. Quitte à récupérer l’exemplaire élan de générosité des Girondins pour lui faire dire ce qu’il ne dit pas. Ce qui se joue, au fond, c’est le sens à imprimer au besoin et à l’envie de changement qui taraudent le pays. Comme durant la crise Covid, chacun se dit que les choses ne peuvent plus rester en l’état et que doit s’inventer dans l’urgence un changement complet de paradigme.

Oui, mais lequel ? La France hésite, rejette le macronisme méprisant, autoritaire et dur aux pauvres, mais ne sait à quelle opposition se fier. L’extrême droite surfe sur ce rejet, mais elle-même se heurte à l’exigence de renforcer les services publics qui fait l’unanimité dans le pays, et qui pose la question cruciale des moyens pour le faire.

La tentative de confondre la politique des gouvernants actuels dans un même discrédit avec les instruments de la puissance publique en général doit être lue à cette aune. Elle vise à escamoter la question fondamentale de l’argent derrière une condamnation de façade du macronisme, alors qu’il s’agit en réalité d’en pousser au bout la logique ultralibérale pour conserver intacts les intérêts des fortunés. Tout changer pour que tout continue comme avant. C’est le sens du cri des éditocrates : vive « l’autodéfiance » citoyenne envers la chose publique. C’est aussi un cri contre la République, la res publica, en latin.

 

« Le Frankenstein du XXIe siècle », le billet de Maurice Ulrich.



C’est un peu l’histoire de King Kong qui sort de sa cage ou celle de la créature de Frankenstein… On s’aventurait à écrire ici, il y a quelques jours, que la course effrénée à l’intelligence artificielle des hyper-milliardaires de la tech était peut-être l’une des entreprises les plus stupides de l’histoire, en pensant alors au coût environnemental des énormes data centers qui se multiplient comme des pains.

Mais c’est du secteur de l’IA lui-même que vient une autre mise en garde avec une pétition signée par 1 000 de ses salariés, dont des cadres et dirigeants au plus haut niveau. C’est un appel adressé à l’État américain pour que soit mieux encadré son développement : « L’IA progresse à un rythme auquel notre société n’est peut-être pas préparée (…) Pour éviter des dommages catastrophiques, nous avons besoin d’une bien meilleure coordination. »

Le PDG d’Open IA, Sam Altman lui-même, a apporté un soutien à l’initiative. Il y a quelques jours, un de ses modèles en développement s’est échappé de son propre chef du cadre imparti pour le contourner.

 

jeudi 30 juillet 2026

« Infantino pousse le football mondial dans un abîme mercantile », l’éditorial de Laurent Mouloud.



Gianni Infantino ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnaît. Après avoir organisé le Mondial de foot « le plus lucratif » de l’histoire, main dans la main avec son copain Donald Trump, le patron de la Fifa rêve tout haut de vendre la Coupe du monde aux marchés financiers. Diffusion, sponsoring, billetterie, octroi de licences…

Toutes ces sources de revenus seraient, selon le business plan dévoilé mercredi, gérées par une société commerciale – la Fifa Forward Enterprise – abondée, à hauteur de 20 % dans un premier temps, par des investisseurs privés. Le millionnaire suisse, en pleine campagne pour sa réélection en 2027, promet, en échange, quelques dizaines de millions d’euros supplémentaires aux fédérations nationales. Une carotte exceptionnelle, pour mieux faire avaler la logique de financiarisation qui se profile derrière.

Initiative après initiative, Infantino pousse le foot mondial dans un abîme mercantile, à contresens de la vocation originelle de la Fifa, association à but non lucratif. L’objet d’un fonds d’investissement n’est ni le sport, ni l’éducation populaire, ni la solidarité, mais le profit exponentiel.

Si des acteurs privés gèrent en toute opacité les revenus de la Coupe du monde, la pression pour augmenter les recettes sera constante : extension du Mondial, multiplication des sponsors et des compétitions, hausse des droits TV et de la billetterie, exploitation accrue des données des supporters…

De quoi rendre le football toujours plus prisonnier d’une logique de rentabilité et de croissance infinie. Bien éloignée des valeurs désintéressées d’universalité, de démocratisation et d’équité, que le dirigeant actuel de la Fifa trahit dans les grandes largeurs.

Faut-il le rappeler à Gianni Infantino ? Le football n’est pas né dans les salles de marché, mais sur les terrains vagues, dans les cités ouvrières, les cours d’école, les villages, les clubs associatifs. La Coupe du monde représente une part de notre mémoire collective. Des émotions partagées par des milliards de personnes. Un bien commun qu’il faut, plus que jamais, protéger de la prédation du capitalisme. Et de son messager qui ambitionne de transformer la machine à rêve en machine à cash.

 

mercredi 29 juillet 2026

« Le réchauffement climatique est une bombe sanitaire », l(éditorial d’Alexandra Chaignon.



Canicules à répétition, incendies ravageurs, sécheresse d’une ampleur quasi inédite… Tous ces événements extrêmes, que les climatologues prédisent depuis des années dans leurs scénarios les plus sombres, nous les subissons aujourd’hui. Violemment. Jusque dans nos corps. C’est même d’ailleurs une bombe sanitaire à retardement. L’exemple des incendies est éloquent.

Les feux de forêt produisent des particules fines – 25 fois plus petites qu’un cheveu – mais aussi des contaminants nocifs et irritants pour les poumons. Un mélange toxique de polluants qui détériorent la qualité de l’air jusqu’à des milliers de kilomètres de la source. Les méga feux dans les Landes, en 2022, ont ainsi dégradé la qualité de l’air jusqu’aux Yvelines, à plus de 500 km des incendies.

Ces particules vont passer dans la circulation sanguine et entraîner des problèmes respiratoires. Mais aussi des décompensations, des maladies cardiovasculaires. Dans une étude parue fin juin, Oxfam avance le chiffre de 2 800 décès prématurés annuels liés à la pollution de l’air causée par les feux de forêt. Sans compter les effets sur le long terme.

Sans compter les effets des canicules non plus… Toujours selon l’ONG environnementale, la chaleur provoque plus de 5 000 décès chaque année en France. Les effets de ces épisodes caniculaires ne se limitent pas à la déshydratation des personnes âgées.

La chaleur augmente de 7 % le risque de décès par infarctus, dont les femmes meurent deux fois plus, lors des 1 % des journées les plus chaudes de l’année. Les canicules de plus de sept jours augmentent de 70 % le risque d’insuffisance rénale aiguë. La canicule de mai dernier a provoqué davantage de coups de chaleur chez les enfants et les 15-44 ans.

Et si l’on rajoute le facteur inégalités, c’est la catastrophe… À l’été 2025, la chaleur a été 31 % plus meurtrière dans les dix départements les plus pauvres de l’Hexagone que dans les dix départements les plus riches. Le risque de surexposition aux fortes chaleurs est dix fois moins important pour les habitants des 20 % des quartiers urbains les plus favorisés. Les facteurs sont multiples. Et les conséquences dramatiques : le réchauffement climatique tue. Et ce sera pire si cet enjeu de santé publique n’est pas enfin pris au sérieux par les autorités.

 

« Je me félicite De quoi ? », le billet et Maurice Ulrich



« Je me félicite »… C’est bien de le faire soi-même. « Je me félicite, a dit, à Bordeaux, Emmanuel Macron, de ne pas avoir attendu ces feux… On a été en avance, on a investi. » Il fallait le dire car, écrivent Les Échos, à la France du courage s’oppose « une classe politique sautant de polémique en polémique », tandis que, nous dit L’Opinion, les candidats à la présidentielle sont « aux abonnés absents ». Si les quotidiens de Bernard Arnault sont d’accord !

On a investi. Mais que le président nous pardonne, ce n’est pas tout à fait exact. En 2022, après les feux en Gironde, déjà, il avait promis le remplacement des 12 Canadair vieillissants d’ici à la fin du quinquennat et l’achat de quatre autres. Sur ce total, quatre seulement sont annoncés pour 2027, et deux commandes auraient même été annulées en 2024. C’est long et cher sans doute.

Comparaison n’est certes pas raison, mais Airbus, par exemple, produit deux avions par jour, la France possède plus de 150 chasseurs Rafale au prix unitaire de deux Canadair. « Je me félicite. » De quoi ?

 

 

mardi 28 juillet 2026

« Mégafeu en Gironde : Il est urgent de ne plus attendre », l’éditorial de Fabien Gay.



La Gironde suffoque sous l’imposant brasier qui brûle la forêt. Il consume aussi les sentiers ombragés, les souvenirs de celles et ceux qui y ont construit une vie, une biodiversité riche dont il faut s’inquiéter. Les flammes transforment les pignes de pin en grenades incandescentes. Un simple coup de vent suffit à ranimer un feu couvant, rendant le combat des pompiers encore plus titanesque. Et l’incendie lèche maintenant les portes de la métropole bordelaise. Une fois le brasier éteint, il ne restera que la nuit, les cendres et ces fumées toxiques qui hanteront longtemps le paysage.

Aujourd’hui, nos pensées vont aux plus de 220 000 personnes contraintes à l’exode climatique, aux sapeurs-pompiers, agents de la sécurité civile, aviateurs, personnels de l’ONF, aux militaires et aux équipes soignantes qui se battent sans relâche, sans oublier les agriculteurs mobilisés à leurs côtés. Quand le feu sera maîtrisé, il faudra tirer les leçons. Et répondre à une question : pourquoi sommes-nous si prompts à légiférer sous le coup de l’émotion – pour restreindre les libertés publiques, par exemple –, mais si réticents à débloquer les crédits pour protéger nos vies et nos forêts ?

Imaginons que le premier ministre réunisse d’urgence le Parlement pour voter une loi dotant la France d’une flotte renforcée de Canadair ou accélérant le programme Frégate-F100 d’aéronefs 100 % français : personne ne s’y opposerait.

Pourtant, chaque été, nos forêts brûlent et nos forces de sécurité civile nous alertent : la moitié de la flotte est clouée au sol, faute de moyens pour la réparer à temps. Et à chaque budget, au milieu de l’hiver, le gouvernement refuse d’augmenter les crédits. Il se trouve même des cours régionales des comptes pour demander au département de la Gironde de réduire ses dotations au service départemental d’incendie et de secours (SDIS)…

Et si, à la rentrée prochaine, les exploits de nos héros n’étaient pas déjà oubliés ? Une ou deux polémiques suffisent habituellement à effacer les épisodes caniculaires. Mais cette fois, tout ne peut plus reprendre comme avant. On ne peut pas laisser un gouvernement illégitime préparer un budget d’austérité. Si nous avons su mobiliser des milliards pour sauver les banques en 2008, nous pouvons mobiliser quelques centaines de millions pour la prévention et la sécurité des forêts. Il est urgent de ne plus attendre.

 

« En finir avec les politiques climaticides ! », l’éditorial de Fabien Gay dans l’Humanité Magazine.

Notre monde brûle, les peuples suffoquent et notre humanité commune vacille. Sept des neuf limites planétaires sont dépassées, et c’est do...