C’est
l’incendiaire qui crie au feu. Mercredi, le secrétaire d’État
Marco Rubio promettait sur
un ton martial de tout faire, à la veille de la Coupe du monde de football,
pour empêcher Ebola d’entrer aux États-Unis. Filtrage des voyageurs,
interdictions d’entrée, quarantaines externalisées : Washington, qui se refuse
même à rapatrier ses ressortissants malades, déploie tout un arsenal
sécuritaire.
Comme si un
virus pouvait être stoppé à la douane. Comme si la première puissance mondiale
pouvait se prémunir d’une crise sanitaire qu’elle a elle-même contribué à
aggraver. Car pendant que l’épidémie, détectée trop tard, flambe en République
démocratique du Congo et en Ouganda – déjà plus de 900 cas et des centaines de morts, avec une propagation
accélérée par les conflits et les déplacements –, la réponse internationale,
elle, reste dérisoire.
Et pour cause :
les systèmes de santé locaux, déjà vacillants, paient chèrement les coupes
massives dans l’aide internationale. En premier lieu celles des États-Unis. Le
démantèlement de l’Usaid (Agence pour le développement international), le gel
de ses programmes, le retrait de l’OMS
décrété par Donald Trump dès son
arrivée à la Maison-Blanche : ces décisions criminelles ont contribué à ruiner
la prévention et la riposte aux épidémies. Centres de santé fermés, médicaments
bloqués, personnels de santé licenciés…
Ce que les
organisations humanitaires décrivent aujourd’hui, ce n’est pas seulement une
crise sanitaire, ce sont les conséquences directes d’un choix politique :
l’abandon des logiques de solidarité au profit d’une vision étroite, chauvine,
complotiste et court-termiste. Résultat : le désengagement américain, évaluait
l’an dernier la revue médicale The Lancet, pourrait causer jusqu’à 14
millions de morts dans le monde d’ici à 2030.
Dans le cas d’Ebola, les
conséquences en chaîne de l’épidémie en cours, qui s’annonce extrêmement difficile à endiguer, sont
déjà meurtrières. Lors de la crise de 2014-2016, le paludisme et d’autres
maladies, faute de soins, avaient fait davantage de morts que le virus
lui-même.
C’est à nouveau
ce scénario qui menace : l’effondrement des systèmes de santé ouvre la voie à
des catastrophes sanitaires aux effets planétaires. Les virus se jouent des
frontières. À l’heure des pandémies globales, ils n’épargneront pas les grandes
puissances qui se dérobent à leurs responsabilités.






