Le premier tour
d’une présidentielle n’a pas lieu dans les urnes. Une victoire électorale
se gagne d’abord dans les têtes : ce dont on parle, mais surtout ce
dont on ne parle pas. En 2002, le visage tuméfié de
« Papy Voise », un retraité agressé à son domicile, avait
fait basculer un scrutin que tout le monde croyait écrit d’avance, portant pour
la première fois au second tour un Le Pen.
Depuis, chaque
présidentielle a eu son thème imposé, souvent au prix d’un
« fait divers » instrumentalisé, d’une polémique gonflée artificiellement jusqu’à saturer l’espace
médiatique. La première bataille de 2027 est donc déjà engagée.
Qui fixera
l’ordre du jour ? Qui décidera des sujets qui mériteront des heures de
débats télévisés, des centaines d’éditoriaux et des millions de
commentaires ? L’enjeu, à ce stade de la campagne, est donc
de savoir qui va décider de quoi on parle. Et ce match-là, pour l’instant,
la gauche l’a perdu par forfait.
« En
politique, celui qui impose les questions a déjà commencé à écrire les
réponses »
Les enquêtes
d’opinion sont pourtant sans ambiguïté. Dans le grand baromètre
Ipsos-Cevipof-Fondation Jean-Jaurès réalisé récemment, le « pouvoir
d’achat », c’est-à-dire
les conditions de vie, arrive largement en tête des préoccupations, suivi de
l’avenir du système social.
Le sujet numéro
un des Français n’est donc ni l’« identité », ni l’immigration :
c’est le prix des
courses, celui du logement, les factures
d’énergie qui explosent, les salaires qui stagnent, les hôpitaux qui craquent,
les écoles qui manquent de moyens, une planète qui suffoque.
C’est sur ce terrain-là,
les salaires, le temps libre, les services publics, la culture, le climat, la
répartition des richesses, que la gauche doit ferrailler. Autant de sujets sur
lesquels l’extrême droite ne fait que bégayer – en pire – les
recettes macronistes meurtrières.
N’ayant produit
comme seule idée ces trente dernières années que la « préférence
nationale », le RN la
décline à toutes les sauces, prétendue réponse à tous les problèmes de notre
temps. Cette stratégie de saturation de l’espace public sur leurs obsessions
haineuses prospère grâce à un paysage médiatique qui
le lui permet : une poignée de milliardaires contrôlent une grande
majorité des médias et la bollosphère charognarde tourne en
boucle pour imposer ses marottes fascisantes, boostée par les ingérences
numériques étrangères.
Tout concourt
à fabriquer un climat où la colère haineuse circule mieux que les
faits, où les peurs voyagent plus vite que les solutions. Cette spirale
infernale contamine même ceux qui prétendent à l’« objectivité », y
compris dans le service public, convaincus que le pays se droitise
inexorablement.






