jeudi 28 mai 2026

« Épidémie d’Ebola : aux États-Unis, les incendiaires crient au feu face à une crise sanitaire mondiale Par Rosa Moussaoui



C’est l’incendiaire qui crie au feu. Mercredi, le secrétaire d’État Marco Rubio promettait sur un ton martial de tout faire, à la veille de la Coupe du monde de football, pour empêcher Ebola d’entrer aux États-Unis. Filtrage des voyageurs, interdictions d’entrée, quarantaines externalisées : Washington, qui se refuse même à rapatrier ses ressortissants malades, déploie tout un arsenal sécuritaire.

Comme si un virus pouvait être stoppé à la douane. Comme si la première puissance mondiale pouvait se prémunir d’une crise sanitaire qu’elle a elle-même contribué à aggraver. Car pendant que l’épidémie, détectée trop tard, flambe en République démocratique du Congo et en Ouganda – déjà plus de 900 cas et des centaines de morts, avec une propagation accélérée par les conflits et les déplacements –, la réponse internationale, elle, reste dérisoire.

Et pour cause : les systèmes de santé locaux, déjà vacillants, paient chèrement les coupes massives dans l’aide internationale. En premier lieu celles des États-Unis. Le démantèlement de l’Usaid (Agence pour le développement international), le gel de ses programmes, le retrait de l’OMS décrété par Donald Trump dès son arrivée à la Maison-Blanche : ces décisions criminelles ont contribué à ruiner la prévention et la riposte aux épidémies. Centres de santé fermés, médicaments bloqués, personnels de santé licenciés…

Ce que les organisations humanitaires décrivent aujourd’hui, ce n’est pas seulement une crise sanitaire, ce sont les conséquences directes d’un choix politique : l’abandon des logiques de solidarité au profit d’une vision étroite, chauvine, complotiste et court-termiste. Résultat : le désengagement américain, évaluait l’an dernier la revue médicale The Lancet, pourrait causer jusqu’à 14 millions de morts dans le monde d’ici à 2030.

Dans le cas d’Ebola, les conséquences en chaîne de l’épidémie en cours, qui s’annonce extrêmement difficile à endiguer, sont déjà meurtrières. Lors de la crise de 2014-2016, le paludisme et d’autres maladies, faute de soins, avaient fait davantage de morts que le virus lui-même.

C’est à nouveau ce scénario qui menace : l’effondrement des systèmes de santé ouvre la voie à des catastrophes sanitaires aux effets planétaires. Les virus se jouent des frontières. À l’heure des pandémies globales, ils n’épargneront pas les grandes puissances qui se dérobent à leurs responsabilités.

 

« Que font les ultra-riches de leur fortune ? », le billet de Maurice Ulrich.



On se posait aussi la question : « Mais que font les super-riches de leur fortune ? » s’interrogeait l’Opinion, jeudi, dans un article sous-titré « Par ici les milliards ». Et que vont-ils en faire à l’avenir, car, si leur nombre a progressé de 5,3 % par an entre 2021 et 2026, « d’ici à 2031, le nombre de détenteurs d’un patrimoine net supérieur à 30 millions de dollars devrait grimper d’un tiers à travers le monde ».

Les voitures de luxe, les yachts n’épuisent pas le sujet. Une enquête serait bienvenue, des témoignages… Un entretien avec Bernard Arnault, propriétaire de l’Opinion… Mais déjà, l’article apporte des réponses, car « de nouveaux musts d’investissement se dessinent, tels les data centers et les infrastructures énergétiques » tandis que « la guerre en Iran fait surgir de nouveaux investisseurs immobiliers du Moyen-Orient, en direction principalement de la Suisse, de Monaco et de Londres ».

Mais « pour les autres fortunés (toujours) à la recherche du placement rentable, les vieilles valeurs, l’immobilier, l’art, le vin, la France… gardent leurs saveurs »… Que font les super-riches avec leur fortune ? Ils accroissent leur fortune.

 

« Après Sainte-Soline, l’impunité policière devient une doctrine d’État », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



Les faits révélés par Libération et Mediapart sur Sainte-Soline mettent en lumière une réalité incontestable : l’impunité policière, au sens large (police et gendarmerie), est une stratégie. Les vidéos documentent des tirs de grenades illégaux depuis des blindés et identifient leurs auteurs, contrairement aux affirmations des services de l’État. Face à cela, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, s’entête et justifie.

Cette dérive s’inscrit dans une séquence continue de violences contre les mouvements sociaux depuis les gilets jaunes. Elle se traduit par le silence sur l’affaire Quentin Deranque à Lyon, laissant l’extrême droite dérouler sa fable, ou par l’aveuglement volontaire à Espaly-Saint-Marcel en niant le racisme d’une agression.

Cette brutalité frappe aussi la jeunesse lors des free parties, ciblées par des armes de désencerclement. Plus grave, l’assouplissement légal de l’usage des armes de service multiplie les morts pour refus d’obtempérer. De simples infractions deviennent des condamnations à mort.

Ce régime d’impunité est un choix politique. Privé de majorité et rejeté par l’opinion, l’exécutif n’a plus que la violence pour décourager les mobilisations et protéger les intérêts d’une bourgeoisie séparatiste. Face à une base policière poreuse aux thèses du RN exigeant toujours plus de passe-droits, le gouvernement capitule et s’aligne sur l’agenda de rupture républicaine posé par l’extrême droite. Il troque le consentement démocratique contre une fidélité supposée et accélère la bascule autoritaire.

La surenchère sécuritaire au nom de la lutte contre le narcotrafic relève de l’affabulation. Qui peut penser que l’abandon par le service public de quartiers, de territoires entiers, n’ait pas d’impact sur les questions du vivre-ensemble et de la sécurité ? Pas les Nîmois du quartier de Pissevin, où la fermeture du bureau de poste supprime toute présence institutionnelle pour laisser le terrain aux seuls dealers. C’est pour empêcher cela qu’ils se mobilisent avec leur nouveau maire, le communiste Vincent Bouget. Ils savent que la sécurité, la vraie, exige le retour des guichetiers, des profs, des éducateurs et d’une police de proximité à l’écoute des habitants.

mercredi 27 mai 2026

« Réchauffement climatique : Absence de politiques ciblées », l’éditorial de Cathy Dos Santos.



Températures record, chaleurs extrêmes, canicules inédites… Les qualificatifs s’accumulent pour qualifier ces épisodes météorologiques hors normes qui s’enchaînent. Ici, le thermomètre explose ; là-bas, l’eau se tarit ; ailleurs, des pluies dantesques dévastent villes et champs. La crise climatique globale est le miroir grossissant d’un système capitaliste qui surexploite les énergies fossiles, accélère la dégradation des écosystèmes et dope les pollutions. Les personnes vulnérables et les pays pauvres sont les premières victimes d’une course au profit inhumaine et destructrice.

Tous les clignotants ont viré à l’écarlate et pourtant, l’inertie prime. Pire, on cherche à culpabiliser les citoyens qui devraient être les principaux garants de la préservation de la planète. En la matière, la palme du cynisme revient à l’ancienne première ministre Élisabeth Borne, qui s’est crue autorisée à pointer un manque d’engagement des jeunes dans la lutte contre le réchauffement climatique, comme si les conclusions audacieuses de la Convention citoyenne sur le climat n’avaient pas été superbement torpillées par les gouvernements d’Emmanuel Macron.

Pas un mot sur les grandes multinationales prédatrices qui vampirisent les sols, les mers et les océans au mépris de l’environnement, des droits sociaux des travailleurs, des droits humains en général. Rien ou si peu sur l’irresponsabilité des États.

L’absence de politiques ciblées à même d’atténuer les effets du réchauffement climatique tue. Combien de morts faudra-t-il encore pour que les autorités se décident à agir ? En 2021, la France a été condamnée pour son inaction et le non-respect de ses obligations. Une inaction coupable qui hypothèque la vie, l’avenir. Les conséquences sont pourtant terribles sur les plans humain, environnemental et sanitaire, mais également économique.

Sur ce dernier point, les conclusions des travaux du jeune économiste Adrien Bilal sont effarantes. Si rien n’est entrepris pour inverser les logiques à l’œuvre, il pourrait en coûter jusqu’à 50 % du PIB mondial d’ici à 2100. Aux antipodes des paroles creuses et dans un contexte où les climatosceptiques se sentent pousser des ailes, la crise climatique exige des actes forts, courageux, à l’échelle nationale et internationale.

 

« Nigel Farage, ami des « gens ordinaires » et des milliardaires », le billet de Maurice Ulrich.



Le leader d’extrême droite britannique Nigel Farage, dont la formation Reform UK ne cesse de progresser, avait, dès le vote du Brexit en 2016, salué « une victoire pour les gens ordinaires, pour les gens bons, pour les gens honnêtes ». Bien sûr.

Il a aussi des amis généreux. Sixième fortune britannique, installé en Thaïlande en raison de son peu de goût pour les impôts, Christopher Harborne lui a simplement donné, en août 2025, 9 millions de livres sterling, soit 10,4 millions d’euros. Au total, depuis la création de Reform UK, 25,5 millions d’euros. C’est qu’ils sont très proches.

En décembre 2022, Nigel Farage fêtait, avec 200 invités, l’anniversaire de son ami sur une île thaïlandaise. Selon un des invités, cité par la Tribune dimanche, « nous y avons passé une semaine dans un luxe insensé. Trois avions ont apporté des tonnes de caviar d’Iran et des danseuses du Crazy Horse »… Quand on pense tellement aux gens bons et honnêtes, on peut s’amuser un peu. Et lui, il ne sort pas avec une princesse.

mardi 26 mai 2026

« L’inceste, berceau de la domination », l’éditorial de Maud Vergnol.



Il aura fallu des milliers de témoignages, des prises de parole de personnalités publiques, des livres coups de poing et des affaires qui glacent le sang pour que la représentation nationale daigne enfin regarder l’inceste en face. Pourtant, les chiffres étaient là. Noir sur blanc.

En 2023, la Ciivise estimait que 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année, dans 80 % des cas au sein même de leur famille. Un enfant toutes les quatre minutes. Une victime sur cinq seulement déclare avoir saisi la justice, et à peine 13 % des plaintes aboutissent à une condamnation.

Si la France commence aujourd’hui à sortir d’un déni coupable, elle ne le doit pas au pouvoir macroniste, mais aux féministes, aux associations, aux professionnels de la protection de l’enfance qui ont arraché la parole de l’inceste au secret et à la honte familiale pour la porter sur la place publique.

Dans le sillage de MeToo, des victimes ont osé parler et transformé leur douleur en combat politique. Le mouvement féministe a compris que la lutte contre l’inceste était la pierre angulaire du combat contre toutes les formes de domination. Car le système – juridique, de protection de l’enfance –, lui, a failli. Failli à protéger. À entendre. À condamner.

Des salles d’audition pour enfants transformées en débarras, 2 500 officiers de police judiciaire manquants sur le territoire, des formations annulées faute de moyens, des procédures qui s’étirent sur cinq ou dix ans… Aucun moyen à la hauteur n’a véritablement été engagé pour faire de la lutte contre ce tabou absolu une grande cause nationale. Après la fin des travaux de la commission d’enquête parlementaire, reste à transformer cette prise de conscience en actes durables.

 

D’un « coup de maître » à une victoire maquillée, le billet de Maurice Ulrich.



C’est sévère. L’éditorial du Figaro de lundi fait le bilan d’« une guerre déclenchée dans le but de ”régler une fois pour toutes” l’épineuse question du nucléaire iranien et, pourquoi pas, au passage, en finir avec cette République islamique qui menace Israël et ses voisins arabes ». Avec ce résultat : « Quarante jours de frappes aériennes qui échouent à atteindre aucun de ces buts. Et trois mois plus tard un protocole d’accord de quelques paragraphes »« Il va falloir à Donald Trump tout son talent de communicant pour faire passer ce résultat pour une victoire. » For sure.

Mais voyons ce qu’écrivait l’éditorialiste du Figaro le 2 mars, juste après le début de la guerre, sous ce titre en Une, « La chute », avec une photo de l’ayatollah Khamenei sur fond d’explosions. « Le jeu de serpent des mollahs a fini par lasser Donald Trump (…) Avec l’appui d’Israël il a déchaîné son armada et décapité leur régime par un coup de maître au premier jour de sa guerre en Iran. Les détracteurs du président américain dénoncent la méthode »…Besoin de commentaires ?

« Épidémie d’Ebola : aux États-Unis, les incendiaires crient au feu face à une crise sanitaire mondiale Par Rosa Moussaoui

C’est l’incendiaire qui crie au feu. Mercredi, le secrétaire d’État Marco Rubio promettait sur un ton martial de tout faire, à la veille...