La présidence
de Donald Trump se résumera peut-être, pour les historiens, à un moment de
violence exacerbée. Violence qu’elle produit, dans une contemporanéité inédite,
aux quatre coins de la planète, à rebours de toutes les promesses de
non-interventionnisme : au Yémen, en Somalie, en Syrie, au Venezuela, en Iran, sans compter les menaces sur Cuba ou le Groenland. Aux
États-Unis, cette violence prend le
visage de la terrible milice ICE.
Violence dont
la présidence Trump est le produit, aussi. N’oublions pas que les électeurs ont
voté en toute connaissance de cause pour un chef d’État qui a appelé à prendre
d’assaut le Congrès états-unien, en 2021, en réponse à sa défaite dans les
urnes. La négation de la démocratie se trouve donc paradoxalement à la source
de la seconde élection de Donald Trump. Violence que cette présidence subit en
retour, enfin, avec la troisième tentative d’assassinat du milliardaire en deux
ans – un record –, ce samedi, à Washington, après Butler, en Pennsylvanie, et
West Palm Beach, en Floride, en 2024.
Depuis qu’ont résonné les tirs en plein
dîner des correspondants de presse de la Maison-Blanche, on s’interroge : comment se fait-il que la
violence, qui ne devrait pas avoir sa place en démocratie, s’est trouvée dans
le trumpisme une légitimation électorale ?
Cet oxymore, ce
mariage contre nature entre démocratie et violence est une marque
reconnaissable des fascismes. « Le fascisme n’est pas le contraire de la
démocratie, mais son évolution par
temps de crise », disait
Bertolt Brecht. La violence appelle la violence : pour intolérable et
inexcusable que soit l’attentat contre Donald Trump, qui est aussi un attentat
contre le suffrage universel, il est le reflet, le sous-produit de son époque.
Celle où la force remplace le droit, conformément au nouveau paradigme en
vigueur sous la présidence Trump.
Tant
qu’existent des voies démocratiques, la contre-violence demeurera une réponse
sans issue à la violence des fascismes aux États-Unis et en Europe, sous peine
de hâter leur triomphe avec celui de leurs méthodes. La résolution de la crise
dont parle Brecht appelle des moyens démocratiques, pour une fin démocratique.





