samedi 27 juin 2026

« La canicule la plus fraîche du reste du siècle », l’éditorial de Sébastien Crépel.



Une hausse de température de 4 petits degrés Celsius : dit ainsi, cela ne semble pas insurmontable. C’est pourtant le défi du siècle. La France, comme la planète entière, se réchauffe. Mais plus vite et plus fort que le reste du monde. Le pire est à venir, à croire la géographe Magali Reghezza-Zitt.

« On est en train de vivre l’une des années les plus froides du reste de notre vie », résumait de manière saisissante, le 22 juin, sur France Inter, cette ancienne membre du Haut Conseil pour le climat. Réjouissons-nous que les canicules soient encore fraîches…

Quatre degrés supplémentaires, c’est une moyenne, selon un scénario de référence pour 2100 établi par Météo France à la demande du gouvernement. Mais ce chiffre recouvre une diversité de situations qui risque de rendre difficilement vivable notre pays, dont les structures sont adaptées à un climat dit « tempéré ».

Cette situation géographique optimale vantée dans les vieux manuels scolaires ne sera-t-elle plus qu’un souvenir dans dix, vingt ou cinquante ans ? En réalité, le climat a déjà changé et ne ressemble plus à la France « des genêts de Bretagne aux bruyères d’Ardèche » chère à Jean Ferrat. Deux degrés de plus, soit la moitié du réchauffement attendu d’ici à 2100, sont désormais notre quotidien. Et déjà, on suffoque. Les 42 ou 43 °C ont été franchis localement en début de semaine.

Quatre degrés de plus, cela signifie concrètement dix fois plus de jours de vagues de chaleur. Des pointes à 50 °C seront possibles vers 2050, peut-être avant, et courantes en 2100. Pour rappel, cette température n’a encore été atteinte en nul point de notre pays. Et on ne parle pas des pluies diluviennes ni des sécheresses saisonnières extrêmes. Les enfants qui naissent aujourd’hui devront vivre sous la mousson du Gard et la saison sèche de la Creuse.

C’est dire si l’adaptation au changement du climat est devenue aussi déterminante et urgente que la lutte contre ce dernier. Mais alors que les trajectoires climatiques sont fortement dépendantes du respect par les différents pays des accords internationaux, à l’instar de celui de Paris, le chantier de l’adaptation est d’abord une question nationale. Le temps presse : depuis 2021, les scénarios du réchauffement ont été revus à la hausse pour la France.

Et, malgré cela, l’intensité et la durée de la vague de chaleur qui a frappé en ce mois de juin ont encore surpris les prévisionnistes. Mais si la température s’emballe, le gouvernement, lui, freine brusquement toute ambition politique digne de ce nom. Crédits réduits pour la rénovation des bâtiments, « fonds vert » pour les collectivités passé de 2,5 milliards en 2024 à 850 millions d’euros cette année. L’austérité est l’alliée du réchauffement.

Jamais avare de diversion démagogique, le RN a lancé le débat sur la climatisation à tout-va comme réponse à tous nos maux, alors qu’elle ne peut être qu’une solution de secours pour une partie des plus fragiles dans les Ehpad, les écoles, les hôpitaux. Mais, pour cela, il faut débloquer des moyens, donc rompre avec l’austérité.

Où est le RN quand il faut l’exiger ? Et quid des millions de résidents du logement social, des travailleurs des métiers pénibles ? Surtout, la climatisation ne fait que déplacer la chaleur, donc le problème. Or, pendant ce temps, s’éteint doucement l’ambition de végétalisation des villes et des villages, de l’aménagement cyclable, de la rénovation des écoles, solutions bien plus durables et, finalement, plus efficaces.

L’austérité met en danger d’abord les plus vulnérables : eux n’ont ni climatiseur ni piscine à domicile pour se rafraîchir. Ils ne peuvent compter que sur le service public. La lutte pour l’adaptation est leur lutte, une lutte de classe.

jeudi 25 juin 2026

« Canicule : Face à l’inaction meurtrière, où est la colère ? », l’éditorial de Maud Vergnol.



Qui peut encore nier que notre humanité est face à la plus grande crise existentielle qu’elle ait jamais connue ? Combien faudra-t-il encore de canicules, d’inondations, de sécheresses, d’incendies monstres, de disparitions d’espèces et de territoires entiers pour que les dirigeants du monde comprennent que la bifurcation écologique n’est pas une option ?

C’est bien « l’affaire du siècle » dont on parle ici, nom choisi par la coalition qui avait fait condamner l’État français, en 2021, pour inaction climatique. La séquence politique provoquée par cette canicule de tous les records dit tout de l’impérieuse nécessité d’une révolution écologique et sociale.

Les guignols du RN, qui participent en ce moment même à un sommet « anti-climat » à Londres rassemblant la fine fleur internationale des climatosceptiques, nous vendent un pathétique « plan clim ». Les macronistes s’enferrent dans leur inaction meurtrière, sabrant encore récemment le Fonds vert, dispositif censé accompagner les collectivités dans leur transition écologique.

Droite et extrême droite partagent finalement un même discours porté exclusivement sur « l’adaptation » au dérèglement climatique. Un business juteux pour le capitalisme vert, alors que cela nécessiterait des investissements publics de grande ampleur. L’« adaptation », comme un aléa de la nature que l’on doit subir en serrant les dents, qui fait le deuil d’un frein à la dégradation accélérée du cadre écologique de la vie humaine.

À l’échelle de la France, la trajectoire climatique actuelle nous mène vers dix fois plus de jours de vagues de chaleur par an et les 50 °C dépassés, peut-être dès 2050 selon les prévisions du GIEC. Le gouvernement sait donc que ses renoncements engendreront plus de drames et de morts. Leur choix est criminel. Comme l’est la sauvegarde des intérêts économiques d’une minorité au détriment du respect des limites planétaires et de la majorité de l’humanité.

Quel plus beau débat politique à porter que celui-ci en cette année électorale ? Quel enjeu plus essentiel ? Aujourd’hui que le pays suffoque, chacun semble réaliser la bêtise abyssale des climatosceptiques. Mais où est la colère ? Le risque est grand qu’une fois l’été passé le sujet soit balayé par les obsessions de la bollosphère. Dans un moment où la gauche est raillée, jugée trop faible, les forces anticapitalistes sont pourtant les seules armées pour mener ce combat existentiel. Et elles peuvent le gagner.

 

mercredi 24 juin 2026

« Alerte sur les nouvelles menaces contre les droits des femmes et les LGBT », l’éditorial de Maurice Ulrich.



Le crétin américain bodybuildé qui s’est baptisé Clavicular, militant masculiniste et viriliste à tel point qu’il s’est arrangé la mâchoire à coups de marteau pour la rendre carrée, néofasciste pour compléter le tableau, a fait un bide dimanche à Paris. Décidé à prouver que les femmes ne pouvaient lui résister, il s’est fait rembarrer sèchement ou avec des quolibets par celles qu’il a voulu embrasser. Sa conclusion : « Elles doivent être lesbiennes. »

C’est à la fois effrayant et pathétique, une misérable vision du monde, mais qui illustre jusqu’à l’absurde et au comble du ridicule ce que révèle le rapport d’Amnesty International que nous évoquons ici même, alertant sur les nouvelles menaces pesant aussi bien sur les droits des femmes et des LGBT+ dans le monde. Ce n’est pas une menace fantôme.

La multiplication des agressions homophobes dans les bars, en particulier à Paris, en est l’une des expressions on ne peut plus concrètes, mais la réalité est plus vaste. On retrouve dans le rapport d’Amnesty le nom de Pierre-Édouard Stérin, la fondation anti-IVG Jérôme Lejeune, les collectifs Némésis ou Parents vigilants, etc. L’extrême droite est à la manœuvre, encouragée par une vague similaire dans nombre de pays et singulièrement aux États-Unis avec Donald Trump et le mouvement Maga.

Nombre de ces mouvements se réclament de la religion, de la morale, de la famille, du rejet du « communautarisme ». En réalité, il s’agit de renouveler sur l’ensemble de la société, sur les institutions et les personnes, la domination du patriarcat blanc sur les corps et les esprits.

C’est aujourd’hui une des dimensions de la lutte pour l’émancipation humaine : l’oppression des femmes, la stigmatisation des différences, les discriminations participent de la mise au pas des peuples et de l’étouffement des libertés par un capitalisme qui a décidé de s’affranchir de la démocratie. À quelques jours de la Pride, où cette dimension politique était déjà très présente l’an passé, l’alerte lancée par Amnesty et que nous relayons ici doit être entendue.

« Alerte sur les nouvelles menaces contre les droits des femmes et les LGBT », l’éditorial de Maurice Ulrich.



Le crétin américain bodybuildé qui s’est baptisé Clavicular, militant masculiniste et viriliste à tel point qu’il s’est arrangé la mâchoire à coups de marteau pour la rendre carrée, néofasciste pour compléter le tableau, a fait un bide dimanche à Paris. Décidé à prouver que les femmes ne pouvaient lui résister, il s’est fait rembarrer sèchement ou avec des quolibets par celles qu’il a voulu embrasser. Sa conclusion : « Elles doivent être lesbiennes. »

C’est à la fois effrayant et pathétique, une misérable vision du monde, mais qui illustre jusqu’à l’absurde et au comble du ridicule ce que révèle le rapport d’Amnesty International que nous évoquons ici même, alertant sur les nouvelles menaces pesant aussi bien sur les droits des femmes et des LGBT+ dans le monde. Ce n’est pas une menace fantôme.

La multiplication des agressions homophobes dans les bars, en particulier à Paris, en est l’une des expressions on ne peut plus concrètes, mais la réalité est plus vaste. On retrouve dans le rapport d’Amnesty le nom de Pierre-Édouard Stérin, la fondation anti-IVG Jérôme Lejeune, les collectifs Némésis ou Parents vigilants, etc. L’extrême droite est à la manœuvre, encouragée par une vague similaire dans nombre de pays et singulièrement aux États-Unis avec Donald Trump et le mouvement Maga.

Nombre de ces mouvements se réclament de la religion, de la morale, de la famille, du rejet du « communautarisme ». En réalité, il s’agit de renouveler sur l’ensemble de la société, sur les institutions et les personnes, la domination du patriarcat blanc sur les corps et les esprits.

C’est aujourd’hui une des dimensions de la lutte pour l’émancipation humaine : l’oppression des femmes, la stigmatisation des différences, les discriminations participent de la mise au pas des peuples et de l’étouffement des libertés par un capitalisme qui a décidé de s’affranchir de la démocratie. À quelques jours de la Pride, où cette dimension politique était déjà très présente l’an passé, l’alerte lancée par Amnesty et que nous relayons ici doit être entendue.

 

« Fusées », le billet de Maurice Ulrich.



Les fusées d’Elon Musk ne fonctionnent pas à tous les coups. Cinq échecs sur douze essais, tout de même, en trois ans. Mars, ce n’est pas gagné. Pourtant, l’introduction en Bourse le 12 juin de sa société SpaceX, outre qu’elle faisait de lui le premier humain à la tête d’une fortune de plus de 1 000 milliards de dollars, avait suscité un véritable enthousiasme chez les investisseurs. Le titre avait bondi de 40 % en quelques jours, portant la valeur de l’entreprise à 2 900 milliards.

Un décollage de fusée, et une retombée moins spectaculaire mais bien réelle avec une perte de 900 milliards… Au point qu’on se demande même si cet argent existe. Avec les promesses de la conquête spatiale et de l’intelligence artificielle pour Musk et les géants de la tech, la Bourse est à la fois un territoire des illusions et de la spéculation.

Les sommes astronomiques en jeu existent et n’existent pas. Les fusées de Musk sont des fusées de papier du capitalisme et aussi de vraies fusées. Mais pour aller où, vraiment ?

mardi 23 juin 2026

« Une Amérique latine dominée par l’extrême droite, l’éditorial de Cathy Dos Santos



La victoire d’Abelardo de la Espriella – sur le fil du rasoir et entachée d’irrégularités – est un coup de semonce. L’avènement de l’extrême droite en Colombie met brutalement fin à l’expérience inédite de la gauche, qui, malgré des écueils et bien des limites, a promu des réformes propres à bousculer l’ordre oligarchique autoritaire qui avait jusqu’alors prévalu. Durant son mandat, Gustavo Petro s’est attelé à faire vivre de fragiles accords de paix, malgré la détermination des paramilitaires et des cartels, et de De la Espriella lui-même, à les faire voler en éclats.

Le triomphe de cet avocat millionnaire, associé à de sulfureux personnages de l’uribisme et du paramilitarisme, suscite à juste titre des inquiétudes. Le « Tigre », comme il aime à se surnommer, a multiplié les intimidations contre le candidat de la gauche, Ivan Cepeda, et contre les formations portant l’histoire de ce que la Cour interaméricaine des droits humains a reconnu comme un génocide des militants de l’Union patriotique.

La présidentielle colombienne confirme l’inquiétant virage pris en Amérique latine, après le cycle électoral des années 2000 qui avait consacré la gauche et le centre gauche. Le basculement à droite et à l’extrême droite dessine un paysage continental digne des années de plomb des dictatures militaires. Un nostalgique de Pinochet au Chili, un libertarien « fou » en Argentine, un « dictateur cool » au Salvador, et partout ailleurs, à quelques exceptions près, des présidents ultraconservateurs obsédés par les questions sécuritaires et migratoires.

Ces adeptes de la « main dure » appliquent un agenda néolibéral dévastateur pour les classes moyennes et populaires. On observe ces mêmes phénomènes en Europe et aux États-Unis. Nationalisme, libertarianisme, technofascisme cohabitent au sein d’une internationale brune qui cherche à annihiler la moindre alternative au capitalisme.

Donald Trump se frotte les mains. Il voit en Abelardo de la Espriella un allié stratégique dans sa reconquête coloniale de l’Amérique latine. La Colombie est une tour de guet dominant un hémisphère Sud regorgeant de matières premières. Mais sur ce continent, rien n’est jamais écrit d’avance. En Bolivie, Rodrigo Paz, élu il y a un an avec le slogan « Le capitalisme pour tous », essuie depuis sept semaines une révolte populaire qui n’a pas dit son dernier mot.

« Mémoire et lucidité », le billet de Maurice Ulrich.



« Un hommage national ne peut exclure personne. » Au matin de la cérémonie de panthéonisation de Marc Bloch, Guillaume Tabard, chroniqueur quotidien du Figaro, a voulu, sans doute, faire preuve de hauteur de vue. La famille de l’historien et résistant, pour sa part, a exprimé son souhait de ne pas y voir de représentants des religions : Marc Bloch était athée et ne se disait juif que dans deux cas. Face à un antisémite ou face à l’extrême droite, ce qui, historiquement, était un peu, et même beaucoup, la même chose.

Le Rassemblement national s’est sans doute senti concerné qui a choisi de ne pas être présent. Mais Guillaume Tabard y tient : « La victoire posthume de l’historien, assassiné par la Gestapo et mis au ban par l’État français, serait étrange si l’hommage n’était possible qu’en excluant une partie de la nation d’aujourd’hui »…Car « honorer l’auteur de l’Étrange Défaite, c’est rappeler l’importance de la mémoire et de la lucidité sur les hommes et les événements ». Eh bien, oui, Guillaume Tabard, précisément. La mémoire et la lucidité.

« La canicule la plus fraîche du reste du siècle », l’éditorial de Sébastien Crépel.

Une hausse de température de 4 petits degrés Celsius : dit ainsi, cela ne semble pas insurmontable. C’est pourtant le défi du siècle. La F...