lundi 2 mars 2026

« Sous couvert de libérer un peuple, Donald Trump veut mettre le monde en coupe réglée », l’éditorial de Julia Hamlaoui



« Au grand et fier peuple d’Iran, je dis ce soir que l’heure de votre liberté est à portée de main », a déclaré Donald Trump au moment où, avec l’armée israélienne, il faisait tomber une pluie de bombes sur le pays. Oui, le peuple iranien a soif de liberté. En janvier, des milliers d’entre eux l’ont payé de leur vie, victimes de la répression sanglante des mollahs.

Ils avaient gagné la rue pour dénoncer tant des conditions de vie devenues indignes que l’oppression du régime. Cette quête avait pris les traits, avant cela, de Mahsa Jîna Amini avec le mouvement « Femme, vie, liberté », après la mort de l’étudiante de 22 ans, tuée par la police des mœurs iranienne.

Mais sous les bombes, c’est le chaos qui advient. Les guerres en Irak, en Syrie, en Libye et tant d’autres l’ont montré. Le locataire de la Maison-Blanche n’en a que faire, lui qui combat pied à pied dans son propre pays les libertés qu’il prétend défendre en Iran. C’est le même président états-unien qui envoie ses nervis de l’ICE traquer les migrants, quitte à tuer des opposants, s’attaque aux droits des femmes, des minorités, des universitaires… Son objectif est évidemment ailleurs.

Comme en Amérique latine, avec le kidnapping du président vénézuélien Nicolas Maduro, comme avec ses menaces sur le Groenland, comme avec son entreprise de démantèlement de l’ONU qu’il entend remplacer par un « conseil de la paix » entièrement à sa main, c’est le monde, et le Moyen-Orient en l’occurrence, que Donald Trump veut mettre en coupe réglée. En toute complicité avec son inconditionnel allié, Benyamin Netanyahou, dont la guerre génocidaire à Gaza ne sonne aux oreilles du président milliardaire que comme autant de dollars à encaisser à l’avenir.

En Iran, les deux éminents membres de l’internationale brune pourraient d’ailleurs se satisfaire d’un changement de pouvoir plutôt que de régime mais encouragent, au cas où, le recours à Reza Pahlavi, fils du chah chassé du pouvoir en 1979. Dans un cas comme dans l’autre, ce sont bien celles et ceux au nom desquels Donald Trump et Benyamin Netanyahou prétendent agir qui seront, une fois de plus, les victimes. Pour ceux qui ne seront pas morts sous les bombes.

dimanche 1 mars 2026

« La réalité occultée de la violence fasciste », l’éditorial de Sébastien Crépel dans l’Humanité Magazine.



Il n’y avait pas foule dans les rues de Lyon, samedi 21 février, pour rendre hommage à Quentin Deranque, tué sous les coups d’une poignée de militants d’extrême gauche une semaine auparavant. Trois mille personnes, tout au plus, ont défilé, selon les chiffres préfectoraux, inhabituellement proches de ceux des organisateurs. C’est peu, au regard du battage médiatique ahurissant des jours précédents visant à faire passer l’extrême droite pour de pacifiques démocrates en proie à la violence antifasciste. Et pour cause, ce qu’on nous a vendu comme une « marche blanche » était pour l’essentiel un rassemblement de nervis fascistes.

Les consignes données aux participants pour tromper les apparences ont révélé ce qu’elles voulaient précisément dissimuler : « Évitez les logos ou symboles liés à des groupes ou organisations du milieu (sic) ; pas de symboles polémiques ou mal interprétables », relayait une « boutique nationaliste » en ligne au logo orné de la croix celtique. Peine perdue. La manifestation a eu beau se dérouler « dans le calme » pour entretenir l’illusion, les saluts nazis, les slogans racistes étaient de la partie.

Le meurtre de Quentin Deranque est odieux et inacceptable. Cela ne peut pas être prétexte à renvoyer à la gauche la responsabilité de la violence pour dédouaner l’extrême droite qui en est coutumière, comme l’a encore démontré l’arrestation d’un militant du RN n’hésitant pas à ouvrir le feu sur les unités du Raid, le 17 février, à Châteauroux. La manifestation de Lyon s’est déroulée sous protection policière, avec la bénédiction des autorités. Des librairies, des bibliothèques ont dû baisser le rideau ; des soirées de soutien aux migrants ou aux LGBT + ont été annulées.

Des activités parfaitement légales ont ainsi été suspendues pour laisser l’espace public à ceux qui défient la loi. Et, de grâce, qu’on n’invoque pas les commerces qui ferment sur le passage des manifestations sociales : la violence du « black bloc », qui s’exerce de l’extérieur des cortèges, s’abat en priorité sur les militants syndicaux, parfois avec la complaisance passive des forces de police. Les dégâts – condamnables – que cette violence laisse derrière elle sont essentiellement matériels. Elle ne vise pas les passants selon leur couleur de peau ou leur orientation sexuelle.

À Lyon, la violence des groupes fascistes se déploie depuis des années contre les minorités et les militants de gauche et des droits humains, dans l’indifférence des autorités. Dégradations et agressions forment le quotidien infernal de celles et ceux qui ont le courage de ne pas baisser les yeux face aux bras tendus. Quant aux meurtres racistes, ils demeurent une réalité terriblement occultée en France.

Amnesty International s’en est ému dans son rapport annuel en 2025, qui fait état « d’une hausse des crimes de haine antisémites, islamophobes ou racistes » et du « refus » du gouvernement de « s’attaquer » à leurs causes. Si l’on élargit le tableau à l’ensemble des violences politiques, on dénombre, de 1986 à 2017, 52 morts dont la responsabilité peut être attribuée à l’extrême droite et cinq à l’extrême gauche, selon la chercheuse Isabelle Sommier.

En 2024, les services de sécurité français ont enregistré 9 700 victimes de crimes et délits à caractère raciste. Parmi celles-ci, on compte cinq morts directement imputables à l’extrême droite. Aucune de ces victimes n’est tombée lors d’affrontements entre groupes politiques. Il s’agit de meurtres gratuits. Angela Rostas, en Haute-Savoie ; Djamel Bendjaballah, dans le Nord ; Rochdi Lakhsassi, dans les Vosges ; les exilés kurdes Mustafa et Ahmid, dans le Nord. Pas un de ces suppliciés de la haine fasciste n’a eu droit à sa minute de silence. Où est la justice ?

 

vendredi 27 février 2026

« Le fascisme ne s’avance jamais sans violence », l’éditorial de Rosa Moussaoui.



Aucun fard, aucun déguisement, aucune entreprise de falsification ne peut effacer cette leçon historique : il n’existe pas de fascisme inoffensif, de fascisme poli, de fascisme à visage humain. La violence de l’extrême droite ne relève pas de la dérive ; elle est le principe organisateur de cette idéologie. Elle est constitutive de la dynamique fasciste, indissociable de sa doctrine comme de sa pratique. Elle en est l’horizon, la promesse, la fin.

Sa matrice ? Un sentiment de perte, une obsession : celle du déclin communautaire, qui nourrit la haine d’un ennemi intérieur. La nation serait un corps malade, gangrené par des éléments « impurs » dont il faudrait l’expurger – l’autre de provenance étrangère, le juif, l’égalitaire, le dissident sexuel… L’ennemi désigné devient une menace ontologique, la politique se mue en lutte à mort. Le fascisme, analyse l’historien états-unien Robert Paxton, s’arrime au fantasme d’une « violence rédemptrice », poursuivant un objectif de « nettoyage interne ».

Il ne s’avance jamais sans violence. Il la conçoit comme une vertu, il la cultive, il s’y enivre. Les ligues, les chemises noires, les SA et autres formations paramilitaires n’ont jamais été des excroissances incontrôlées. Elles étaient le cœur battant du projet fasciste, ses missionnaires, ses exécutantes censées purifier la nation, la ramener à quelque âge d’or chimérique.

Leur violence – comme celle de leurs héritiers revendiqués qui ont défilé le 21 février à Lyon avec la bénédiction du ministre de l’Intérieur – est programmée, ritualisée, spectaculaire. Elle parle plus fort que les mots : elle fabrique le consentement par la peur, l’intimidation.

Les oripeaux de respectabilité que l’extrême droite française a patiemment recousus depuis la Libération ne la coupent en rien de cette généalogie. Elle espère demain s’imposer au pouvoir avec, dans son sillage, ses miliciens rompus aux ratonnades et aux expéditions punitives. Le fascisme n’est pas un vestige enterré du XXe siècle, nous dit Paxton, qui saisit une autre leçon historique : il ne triomphe jamais seul, sans « associés » dans « les élites conservatrices ou libérales », mais son avènement est « évitable » et l’issue « dépend de choix humains ».

 

jeudi 26 février 2026

« Les Césars du silence », l’éditorial de Laurent Mouloud.



On imagine déjà les paillettes et les larmes. Les zooms serrés sur le parterre de stars. Les remerciements entre rires et sanglots. Les trophées brandis. Et puis ? Et puis rien d’autre. La 51e cérémonie des Césars, organisée ce jeudi 26 février à l’Olympia, risque bien de n’être que cette lisse parade du cinéma français.

Sans aspérité, colère ou revendication. Les intermittents du spectacle, dont le régime d’indemnisation chômage est sous la menace d’un nouveau durcissement, seront relégués à l’extérieur de la salle. Un signal d’alarme. Ces indispensables fabricants du cinéma n’auront pas la place qu’ils méritent dans cette fête du 7e art, plus que jamais aseptisée.

Ne nous y trompons pas. Cette cérémonie des Césars, bordée de près, n’est pas le signe d’une dépolitisation. Mais bien le témoignage, au contraire, de la bollorisation qui menace aujourd’hui le cinéma français. Propriétaire de Canal Plus – principal financeur privé – et nouvel actionnaire depuis octobre des salles UGC, le milliardaire réactionnaire est désormais présent à toutes les étapes de la création cinématographique : financement, diffusion, distribution, exploitation. Avec une minutie glaçante, Vincent Bolloré reproduit dans ce secteur la stratégie d’intégration verticale qu’il a appliquée dans l’édition et la presse, rendant toute une industrie dépendante de ses subsides et, ô combien, vulnérable à ses visées idéologiques.

La conquête du monde culturel est l’un des piliers du projet politique de Vincent Bolloré. À l’image du projet de parc de loisirs de Pierre-Édouard Stérin, l’autre grand mécène de la galaxie réac, le milliardaire breton sait que, s’il veut imposer son récit et rabattre une majorité de Français à l’extrême droite, il doit conquérir les imaginaires, contrôler ce qui fait rêver, penser, désirer. Face à cette emprise grandissante, les pouvoirs publics ne peuvent rester les bras ballants et se contenter d’un sous-investissement complice. La liberté de création est l’un de nos fondements démocratiques. En ce sens, le silence dans les rangs auquel on pourrait assister ce soir doit tous nous alerter.

 

« Des Fascistes ? En France ? De nos jours ? », le billet de Maurice Ulrich.



Les fascistes n’existent pas. Les membres des groupuscules divers injustement condamnés pour des actes ou des propos racistes ou négationnistes sont des gentils jeunes gens attachés à des valeurs traditionnelles et à une certaine idée de la France. Raison pour laquelle ils traitent des passants de bougnoules et font des saluts nazis. D’ailleurs y eut-il jamais des fascistes dans l’histoire ?

En Allemagne peut-être, en Italie c’est à voir, en Espagne où, raconte-t-on, ils proclamaient « Viva la muerte » (vive la mort) ? Mais en France ? Des ligues des années 1930 à l’OAS et à nos jours, pas l’ombre d’un fasciste. Le philosophe (?) et académicien (!) Alain Finkielkraut nous le dit dans le Figaro, l’antifascisme est « la lutte confortable contre une menace imaginaire » et « c’est parce qu’il y a des antifascistes que tous ceux qui ne souscrivent pas aux thèses de la gauche radicale, notamment sur l’immigration, sont traités de fascistes ».  Notamment sur l’immigration ? Ben oui, les

insultes racistes, c’est juste ne pas souscrire aux thèses de la gauche radicale…

mercredi 25 février 2026

« Un yacht de 550 millions d’euros pour Bernard Arnault », le billet de Maurice Ulrich.



Selon plusieurs sources concordantes, Bernard Arnault aurait commandé à un chantier naval néerlandais, Royal Van Lent, lequel appartient à son groupe LVMH, un yacht de 143 mètres. Il en avait déjà un, le Symphony, d’une centaine de mètres, mais sans doute ça faisait un peu « cheap ».

Le nouveau bâtiment avec neuf ponts, un héliport, une piscine à débordement, l’indispensable quoi, pourra accueillir 36 invités dans 18 chambres et devrait fonctionner avec un équipage d’au moins 80 personnes. Pour un coût estimé à 550 millions d’euros, ce sera le plus grand yacht du monde, devant celui de Jeff Bezos avec ses 127 mètres, ce qui tendrait à prouver que les milliardaires n’ont pas perdu le goût du jeu, comme dans les cours d’école, de savoir qui pissera le plus loin. 

En cas de mise en place, comme il l’avait redouté, d’une taxe Zucman ou autre, s’il est amené à quitter le navire comme le disait Sophie Binet, il pourra gagner avec le sien son île privée des Bahamas. En fait, c’est à vomir.

« L’antifascisme doit s’attaquer aux racines du mal », l’éditorial de Pierre-Henri Lab



On ne peut que se réjouir de l’écho rencontré par la tribune « Affirmer notre antifascisme : le devoir du moment », publiée dans nos colonnes par 180 romanciers, historiens, philosophes et sociologues. Le sursaut auquel ils appellent est indispensable. Il est salutaire de dénoncer l’abjecte inversion des rôles qui veut faire de la gauche une menace pour la République et la démocratie.

Cette manœuvre vise à achever la « dédiabolisation » de l’extrême droite alors que, dans son essence même, celle-ci n’a eu de cesse de vouloir détruire l’une et l’autre tout au long de son histoire, de l’affaire Dreyfus à la collaboration et à la guerre d’Algérie. Les menaces et les attaques du RN, de Reconquête, de leurs alliés et même de LR contre les libertés, les droits individuels et collectifs doivent être dénoncées et combattues.

Mais ce nécessaire sursaut n’est pas suffisant. L’antifascisme, s’il veut être efficace, doit s’attaquer aux racines du mal. Le RN et l’extrême droite prospèrent sur les ravages du capitalisme. Une insécurité sociale croissante frappe les travailleurs et travailleuses, les privés d’emploi, les retraités et la jeunesse. Ils sont de plus en plus nombreux à connaître la précarité, les salaires et les pensions indignes et à voir leurs droits au logement, à la santé ou à l’éducation systématiquement bafoués.

Ils subissent le mépris et la violence de classe du pouvoir qui, bien que plusieurs fois sanctionné dans les urnes, poursuit sa politique d’injustice sociale au profit de la bourgeoisie et des grandes multinationales. Conjugué à un système politique impuissant à satisfaire les besoins de la population, cela nourrit le désespoir, le repli sur soi et la perte de confiance dans la parole publique et les institutions qui font le lit de l’extrême droite.

Parvenir à remobiliser les milieux populaires dans les urnes et dans la vie sociale est incontournable pour qui prétend faire reculer le RN. Cela implique de se doter d’un projet politique qui donne la priorité à l’emploi, aux salaires et aux pensions ainsi qu’au redressement des services publics.

 

« Sous couvert de libérer un peuple, Donald Trump veut mettre le monde en coupe réglée », l’éditorial de Julia Hamlaoui

« Au grand et fier peuple d’Iran, je dis ce soir que l’heure de votre liberté est à portée de main » , a déclaré Donald Trump au moment où...