jeudi 15 octobre 2026

« Dilapidation », l’éditorial de Rosa Moussaoui.



Après plus d’un an de dérobades et de dénégations, le gouvernement s’est enfin résolu à dévoiler son évaluation du montant des aides publiques versées aux entreprises. Un pognon de dingue : 166 milliards d’euros en 2024. On se souvient de la désinvolture avec laquelle François Bayrou, alors premier ministre, avait accueilli l’estimation avancée pour 2023 par la commission d’enquête du Sénat menée par le communiste Fabien Gay, directeur de l’Humanité. 211 milliards d’euros ?

Une « addition de carottes et de sèche-cheveux », avait-il raillé, sans parvenir à éteindre le scandale soulevé par la dilapidation de sommes aussi folles dans un contexte d’asphyxie des services publics et des dépenses sociales. Bercy a eu beau, dans son calcul, restreindre le périmètre des aides publiques aux entreprises pour en minorer le total, son chiffrage vient confirmer ce que la commission d’enquête avait révélé au grand jour : l’État subventionne généreusement les dividendes record versés par les entreprises du CAC 40 à leurs actionnaires.

Ce gavage qui ruine les finances publiques

Une certitude s’impose : sous le règne d’Emmanuel Macron, les assistés, ce sont les ultra-riches. Car ces cadeaux indus viennent gonfler d’autres privilèges fiscaux. La suppression de l’ISF creuse chaque année au bas mot un gouffre de 4,5 à 5 milliards d’euros dans les finances publiques.

Le prélèvement forfaitaire unique sur les revenus du capital (la flat tax), mesure phare du programme de l’extrême centre, représente un manque à gagner pour l’État de 2 milliards d’euros par an. Et le pacte Dutreil, ce mécanisme de réduction massive des droits de succession sur les entreprises familiales, est tout simplement ruineux : avec 5,5 milliards d’euros partis en fumée en 2024, c’est la niche fiscale patrimoniale la plus coûteuse de France.

Ce soutien public massif aux cousus d’or est socialement intolérable ; ses effets économiques sont déplorables. Il est urgent d’y mettre un terme pour résorber la dette publique, investir dans l’avenir, apporter enfin des réponses sérieuses aux besoins sociaux. Et combler les inégalités abyssales léguées par les deux calamiteux mandats d’Emmanuel Macron.

 

mercredi 14 octobre 2026

« Appétit », le billet de Maurice Ulrich.



C’est sans surprise. L’éditorialiste de l’Opinion, ce mercredi 14 octobre, s’insurge contre « le marketing de la colère » de l’ONG Oxfam qui annonce poursuivre l’État en justice pour « inégalité devant l’impôt ».

Oxfam ose écrire que « quand un milliardaire paie en proportion moins d’impôts qu’une infirmière on attaque les fondements de la République ». L’ONG rejoint donc, avec le « pantagruélique appétit fiscal » de sa directrice Cécile Duflot, selon la formulation de l’Opinion, « les croisés de la taxe Zucman ».

Mais, « faire fuir les riches ne restaurera ni la prospérité, ni les comptes publics, ni la protection des plus modestes »… Un peu la justice peut-être ? Pour commencer.

« À force de répéter que l’impôt est injuste, on finira par en convaincre tout le monde, à commencer par ceux qui le paient. » Il ne manquerait plus que ça et que les hyper-riches, comme certains milliardaires américains, demandent publiquement à être taxés davantage, estimant que le système fiscal qui leur permet de payer des taux réels inférieurs à ceux des travailleurs des classes moyennes « aggrave dangereusement les inégalités et menace les fondations de la démocratie ». Tout comme Oxfam.

 

« Système destructeur », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



Devant les grilles des lycées, les poubelles s’entassent. Les mots d’ordre ciblent le manque de professeurs, la vétusté des locaux ou la machine à broyer qu’est devenu Parcoursup. Les étudiants, à leur tour, commencent à se mobiliser. Pourtant, de manière sous-jacente et confuse, quelque chose de plus profond se cherche. Quelque chose comme un indice que cette colère n’est pas une simple parenthèse ou un feu de paille, mais qu’elle est la traduction hexagonale d’une angoisse mondiale.

Si l’on dézoome, on peut observer que c’est à l’échelle mondiale qu’il se passe des choses du côté de la jeunesse. Révolte étudiante au Chili, facultés occupées en Argentine contre la saignée de Javier Milei, campements de solidarité avec la Palestine sur les campus américains, ou, plus près de chez nous, la révolte des jeunes Belges et Italiens. Les manifestations monstres en Serbie, le mouvement des cafards en Inde. La mobilisation de la génération MZ en Corée du Sud, mais aussi la place prépondérante des jeunes dans les mouvements en Espagne sur le logement, ou contre la remilitarisation en Allemagne…

La géographie de la contestation est planétaire, tout comme celle de la répression. Et partout, sous des formes différentes, ce qui s’exprime, c’est un même refus du sacrifice exigé. Et une même certitude, implacable : ceux qui nous gouvernent ne le font pas dans l’intérêt de la jeunesse.

On convoque souvent le souvenir de mai 68 face à ces éruptions. Trop souvent pour dénigrer ceux de 2026 avec leurs luttes trop « terre à terre », quand ceux de 1968, de Berkeley à Paris, de Prague à Mexico, se levaient contre un ordre du monde jugé mortifère, rejetant la guerre du Vietnam, l’impérialisme et le conformisme étouffant.

C’est prendre les choses par le petit bout de la lorgnette. En réalité ces deux générations ont bien plus de points communs que l’on ne pense. Simplement, en 2026, la forme change : les codes de la pop culture remplacent le petit livre rouge. On brandit le drapeau de Luffy dans One Piece, symbole de liberté absolue, on enfile le costume de Spider-Man pour réclamer justice. Les réseaux sociaux ont mondialisé l’imaginaire contestataire, créant un langage commun de la révolte.

Et s’ils ne pointent pas toujours du doigt avec précision le populisme néo-fasciste – cette peste brune qui, de Trump à Le Pen, de Milei à Meloni, s’attaque à la démocratie –, ne nous y trompons pas : en défendant l’école publique, en exigeant un avenir décarboné et un toit digne, cette jeunesse instruit, de fait, le procès d’un système qui détruit la planète pour enrichir démesurément une infime minorité. Leur colère, même confuse, porte en elle l’exigence absolue d’une alternative. Et c’est bien cela qui terrifie les pouvoirs en place. En France, cette journée du 13 octobre est un nouveau test, mais déjà la perspective d’un élargissement le 17 est posée.

Et sur les réseaux sociaux, une date commence à circuler à l’échelle mondiale : utiliser le 20 novembre, journée internationale des droits de l’enfant, pour en faire le point de convergence des luttes des jeunes sur les questions climatiques, scolaires et sociales. La jeunesse du monde montre un cap. Maintenant s’engage la lutte entre ceux qui veulent l’aider à le suivre jusqu’au bout, et ceux qui veulent absolument l’en détourner, fût-ce par la force.

 

« Lâcheté », le billet de Maurice Ulrich.

 


Le mot est fort. Le ministre des Comptes publics, David Amiel, n’a pas tort, lisait-on ce mardi 13 octobre dans l’éditorial des Échos, « de fustiger la lâcheté de la classe politique » dans la séquence budgétaire qui s’ouvre. Et allez donc ! « Chacun reste dans son couloir, défendant un jour les retraités, le lendemain les collectivités locales. Sans jamais se soucier de la contrainte budgétaire globale, ou en faisant semblant. »

On lisait la veille, dans le même quotidien, qu’en Commission des Finances, « comme l’an dernier, la contribution des riches a électrisé les débats » et que, si quelques mesurettes ont été adoptées à la marge, « cela n’a pas suffi à contenter la gauche car la taxe Zucman et ses variantes ainsi que les propositions de taxation des gros héritages ont été écartées par le centre, la droite et le Rassemblement national », comme elles l’étaient déjà dans le texte du gouvernement.

Ce qui a conduit, selon les mots d’une députée socialiste citée dans l’article, « à repousser toute forme d’imposition des grandes fortunes ». Ce n’est pas de ça que parle le ministre ?

 

mardi 13 octobre 2026

« Avec la jeunesse en mouvement, l’espoir se lève », la chronique de Patrick Le Hyaric



Les pancartes levées à bout de bras et les sourires de cette jeunesse en mouvement disent la profondeur de ses aspirations et la force de ses espoirs.

Comme jamais depuis bien longtemps, ces jeunes sautent par-dessus les frontières imposées, les boulevards périphériques qui séparent les villes-centres des quartiers populaires. Elles et ils abattent les barrières qui séparent les enfants des sous-préfectures rurales de ceux des métropoles.

Aujourd’hui, toute une jeunesse dont les origines, les destins et les histoires familiales divergent souvent s’unit pour clamer et proclamer une urgence absolue : face aux périls du siècle, faisons société ensemble et abattons les murs des inégalités.

Ce surgissement est une promesse lumineuse pour quiconque cherche, traque et explore les voies d’un plus haut degré de civilisation — un projet duquel seraient bannis les guerres, les injustices sociales, le chaos climatique et les risques d’une intelligence artificielle à qui les cerveaux humains abandonneraient le pouvoir.

Ce mouvement n’a pas fleuri par miracle sur un terreau stérile. Il s’est enraciné dans le concret, en portant d’abord le combat pour la rénovation du bâti scolaire dans les zones paupérisées. Ce choix n’a rien d’un détail. Après un mois de juin étouffant dans des classes surchauffées, sont apparus avec éclat les effets du bouleversement climatique et, par voie de conséquence, la vétusté des infrastructures assignant trop souvent les lycéens à leur condition sociale. L’état des murs matérialise des inégalités systémiques.

En écho à cette urgence matérielle, la jeunesse exige une éducation de qualité. Elle réclame des enseignants, alors même que le pouvoir a sabré 4 500 postes l’an dernier et s’apprête à en sacrifier 1 500 de plus dans le budget présenté au Parlement cette semaine.

À cette pénurie planifiée s’ajoute le rejet massif de Parcoursup, cette implacable machine à sélectionner qui sature l’accès aux grandes écoles et creuse le fossé social.

Qui n’a pas vu, cet été, les larmes d’une jeune fille de 17 ans, élève brillante, frôlant la perfection avec une note globale approchant 20 au baccalauréat, dont l’avenir est bloqué, voire le destin broyé par un algorithme sans cœur, aura du mal à saisir l’ampleur du drame ?

Qui n’a pas mesuré la charge d’angoisse, d’inquiétude et de maltraitance ainsi générée ne peut comprendre la révolte contre cette sélection arbitraire. En verrouillant ainsi l’avenir, de combien de grands juristes, d’ingénieurs, de penseurs et d’innovateurs privons-nous nos usines, nos laboratoires et nos fermes ?

Plus généralement, le mouvement lycéen est une part d’un mouvement global de la jeunesse, s’agrégeant à une onde mondiale qui a secoué la planète ces derniers mois. Du Népal aux Philippines, de l’Indonésie à Madagascar, du Kenya au Pérou et jusqu’au Maroc, en Inde et en Belgique, en ce moment, la « Génération Z » se lève. Certes, parenté ne vaut pas équivalence, et les réalités diffèrent d’un continent à l’autre.

Mais partout circule une même sémantique symbolique : les références à One Piece, figure absolue de la liberté et de la résistance à l’oppression, ou à Naruto, incarnation du dépassement de soi, deviennent les bannières d’une expérience de vie et de luttes partagée.

À cette jeunesse, on a partout appris à se réfugier sous une table en cas d’alerte terroriste. On lui a fait subir un confinement, la claustration et la distanciation des corps imposés par la pandémie de Covid-19.

Cette jeunesse intelligente et informée connaît les risques du dérèglement climatique et de l’effondrement de la biodiversité.

Une jeunesse qui ne veut pas s’habituer aux guerres qui font le beurre des industries de la mort et de certains médias télévisés. Elle ne supporte pas l’insoutenable tragédie génocidaire imposée au peuple palestinien, ni le cynisme du « deux poids, deux mesures » appliqué par les chancelleries occidentales.

Ces jeunes ont entendu le chef d’état-major des armées, bombant le torse, réclamer à leurs parents de consentir au sacrifice de leurs enfants. C’est-à-dire d’eux-mêmes. Semaine après semaine, ils découvrent les vertiges d’une intelligence artificielle échappant au contrôle humain, menace directe qui pourrait bien les priver d’emploi au terme de leurs études.

Et pour seule perspective, des bataillons de responsables politiques leur assènent qu’ils devront trimer demain pour éponger une dette publique que les commis du grand capital n’ont cessé de creuser pour servir leurs maîtres. Par-dessus le marché, les mêmes leur expliquent qu’ils n’auront pas de retraite à cause de l’égoïsme de leurs parents. Des charretées de mensonges pour diviser les générations, les plus humbles, les plus opprimés, dans le but de sécuriser l’oligarchie.

On leur parle de « citoyenneté », mais ils voient les tenants du pouvoir piétiner les suffrages, ignorer les pétitions et enterrer les conventions citoyennes.

Ici comme ailleurs, la jeunesse ne tolère plus la verticalité d’un pouvoir confisqué par un seul homme au sommet de l’État — un dirigeant qui, de surcroît, confiait en juillet 2025 au journal The Guardian : « Je n’aime pas les adolescents. Je ne les comprends pas ». À ce mépris institutionnel répond, chez les jeunes comme chez leurs parents, un rejet viscéral du mensonge, des informations biaisées, du mépris de « ceux qui ne sont rien », de la corruption ambiante, de l’acharnement à empêcher toute expression politique alternative.

L’enjeu de la finalité même des études se trouve fortement posé. S’agit-il de bâtir l’école de l’émancipation, celle qui donne aux citoyens le réel pouvoir sur leur vie, sur leur travail, sur leurs créations et sur un outil de production réapproprié ? Ou faut-il accepter une école et une université inféodées à un turbo-capitalisme piloté par la finance et les oligopoles numériques, chimiques ou militaires ?

Les étudiants d’AgroParisTech, refusant il y a quelques années un diplôme qui les destinait à vendre des poisons industriels au détriment du vivant, ont ouvert la voie. Depuis, la fronde s’étend. Les étudiants contestent les partenariats universitaires avec la firme Total. À l’École polytechnique de Saclay, la multinationale pétrolière — qui saigne à blanc le budget des automobilistes — a dû renoncer à s’implanter.

Ailleurs, les campus rejettent l’entrisme de la Société Générale ou du Crédit Agricole. À la Sorbonne, les étudiants exigent la rupture des liens avec l’industrie de l’armement et les géants technologiques comme Rolls-Royce ou Booking.com.

Le miroir aux alouettes macronien de l’ubérisation, synonyme de prolétarisation et de précarité de jeunes des quartiers populaires, nourrit également la réflexion collective. Au moment où les chauffeurs-livreurs subissent de plein fouet l’explosion du prix des carburants, leurs rémunérations restent dérisoires alors que le coût du logement s’envole.

C’est ce cocktail qui a soulevé les citoyennes et citoyens espagnols suite au décès de Carmen Abascal, cette femme de 87 ans devenue la grand-mère de toute une jeunesse révoltée, après qu’elle a été expulsée de son logement par un fonds de pension. À la ville comme à la campagne, les jeunes couples éprouvent désormais une peine immense à se loger dignement à un prix abordable. Et le droit à l’alimentation n’est qu’un mirage pour le quart des jeunes de 18 à 25 ans victimes de la précarité alimentaire.

Ces nouvelles générations partagent désormais une agora universelle : les réseaux sociaux, véritable assemblée générale permanente qui les relie par-delà les frontières, leurs origines, les parcours de leurs parents.

Leurs revendications lient intimement leur sort à celui de leurs parents et de leurs grands-parents et à celui de tous les autres subissant bouleversements climatiques, migrations, autoritarisme, militarisation et dominations diverses.

Elles s’ancrent dans une vie quotidienne dégradée, de droits fondamentaux à l’éducation, au logement, à l’alimentation, à un travail qui fait sens bafoués, vécue comme l’affront suprême d’un pouvoir ivre de bavardages politiciens, de mesquineries et de tromperies pendant que les 500 familles les plus fortunées disposent à elles seules de plus du tiers de la valeur des richesses françaises.

Se dévoile ainsi la brutale mécanique d’un capitalisme qui tente de broyer, l’un après l’autre, tous les piliers de la solidarité collective, pendant que les possédants se vautrent dans des océans de profit.

Une opulence protégée par leurs mandataires politiques, des gouvernements nationaux jusqu’à la Commission de Bruxelles, elle-même alignée sur les injonctions de la Maison-Blanche, des marchés financiers et des complexes militaro-numériques. Ainsi, de la Sécurité sociale aux services publics et aux salaires écrasés, est affaibli « le pouvoir de vivre » quotidien des familles populaires.

La nature systémique de l’enjeu de classe ainsi mis à nu pousse les dominants à déployer la force brute. Pour tenter de faire taire un mouvement auquel s’agrègent désormais les syndicats d’enseignants et d’ouvriers, la Confédération paysanne, les parents d’élèves et les grands-parents, le pouvoir n’hésite plus : il militarise le maintien de l’ordre, défère près de 7 000 adolescents de 15 ans devant la justice et blesse des lycéens. Cette politisation inédite, en phase avec les mutations profondes de la société française, terrifie le pouvoir.

Il regrette le temps où l’extrême droite focalisait l’attention politico-médiatique sur le voile, diversion parfaite pour masquer les urgences sociales, démocratiques, environnementales et le strict respect humain.

Aujourd’hui, les termes de l’alternative sont mis à nu : l’argent doit-il aller aux bombes ou à l’école ? Les finances doivent-elles être livrées aux rapaces des marchés ou servir le développement humain et des services publics modernisés ? Voulons-nous une véritable protection sociale collective ou une sécurité sociale morcelée par les assurances privées et les retraites par capitalisation ? Produire, soit, mais pour qui et au service de quoi ? Étudier et travailler, certes, mais quel est le sens du travail ? Choisissons-nous l’émancipation collective ou la soumission à un système qui hypothèque l’avenir même de l’humanité ?

C’est l’espoir, et non la résignation, qui pousse avec allégresse cette nouvelle génération dans la rue. En jetant une lumière crue sur les conditions de son avenir, elle nous somme de repenser l’avenir de la civilisation que le capitalisme entrave. Quand on voit cette belle jeunesse chanter à l’unisson « La Marseillaise » et danser dans la rue, on se doute qu’elle cherche à réinventer l’avenir.

 

« La jeunesse du monde instruit le procès d’un système destructeur », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



Devant les grilles des lycées, les poubelles s’entassent. Les mots d’ordre ciblent le manque de professeurs, la vétusté des locaux ou la machine à broyer qu’est devenu Parcoursup. Les étudiants, à leur tour, commencent à se mobiliser. Pourtant, de manière sous-jacente et confuse, quelque chose de plus profond se cherche. Quelque chose comme un indice que cette colère n’est pas une simple parenthèse ou un feu de paille, mais qu’elle est la traduction hexagonale d’une angoisse mondiale.

Si l’on dézoome, on peut observer que c’est à l’échelle mondiale qu’il se passe des choses du côté de la jeunesse. Révolte étudiante au Chili, facultés occupées en Argentine contre la saignée de Javier Milei, campements de solidarité avec la Palestine sur les campus américains, ou, plus près de chez nous, la révolte des jeunes Belges et Italiens. Les manifestations monstres en Serbie, le mouvement des cafards en Inde. La mobilisation de la génération MZ en Corée du Sud, mais aussi la place prépondérante des jeunes dans les mouvements en Espagne sur le logement, ou contre la remilitarisation en Allemagne…

L’exigence absolue d’une alternative

La géographie de la contestation est planétaire, tout comme celle de la répression. Et partout, sous des formes différentes, ce qui s’exprime, c’est un même refus du sacrifice exigé. Et une même certitude, implacable : ceux qui nous gouvernent ne le font pas dans l’intérêt de la jeunesse.

On convoque souvent le souvenir de mai 68 face à ces éruptions. Trop souvent pour dénigrer ceux de 2026 avec leurs luttes trop « terre à terre », quand ceux de 1968, de Berkeley à Paris, de Prague à Mexico, se levaient contre un ordre du monde jugé mortifère, rejetant la guerre du Vietnam, l’impérialisme et le conformisme étouffant.

C’est prendre les choses par le petit bout de la lorgnette. En réalité ces deux générations ont bien plus de points communs que l’on ne pense. Simplement, en 2026, la forme change : les codes de la pop culture remplacent le petit livre rouge. On brandit le drapeau de Luffy dans One Piece, symbole de liberté absolue, on enfile le costume de Spider-Man pour réclamer justice. Les réseaux sociaux ont mondialisé l’imaginaire contestataire, créant un langage commun de la révolte.

Et s’ils ne pointent pas toujours du doigt avec précision le populisme néo-fasciste – cette peste brune qui, de Trump à Le Pen, de Milei à Meloni, s’attaque à la démocratie –, ne nous y trompons pas : en défendant l’école publique, en exigeant un avenir décarboné et un toit digne, cette jeunesse instruit, de fait, le procès d’un système qui détruit la planète pour enrichir démesurément une infime minorité. Leur colère, même confuse, porte en elle l’exigence absolue d’une alternative. Et c’est bien cela qui terrifie les pouvoirs en place. En France, cette journée du 13 octobre est un nouveau test, mais déjà la perspective d’un élargissement le 17 est posée.

Et sur les réseaux sociaux, une date commence à circuler à l’échelle mondiale : utiliser le 20 novembre, journée internationale des droits de l’enfant, pour en faire le point de convergence des luttes des jeunes sur les questions climatiques, scolaires et sociales. La jeunesse du monde montre un cap. Maintenant s’engage la lutte entre ceux qui veulent l’aider à le suivre jusqu’au bout, et ceux qui veulent absolument l’en détourner, fût-ce par la force.

 

« À flots », le billet de Maurice Ulrich.



Depuis les pompes à essence, il faut bien avouer une forte tendance à voir les choses en négatif et le réservoir plus qu’à moitié vide. L’Iran, l’Ukraine, le détroit d’Ormuz… Le pétrole ne coule plus à flots. L’argent si, nous dit l’Opinion : « pour les raffineurs américains portés par les conflits ».

Les bénéfices des plus grandes sociétés américaines de raffinage devraient exploser au troisième trimestre, les guerres entraînant « une ruée mondiale vers l’or noir raffiné », d’autant que la paralysie partielle des raffineries au Moyen-Orient leur a bien profité.

Les trois plus grandes entreprises du secteur ont déjà affiché au deuxième trimestre leurs bénéfices les plus élevés depuis le début de la guerre en Ukraine, avec en particulier des marges records sur le diesel.

L’une d’elles, Marathon, prévoit ainsi un bénéfice par action sept fois plus élevé que ce qu’il était l’an passé. De quoi faire des envieux, mais nous quand même, on a TotalEnergies, avec 11,6 milliards de dollars de bénéfices au premier semestre, en hausse de 72 %.

 

« Dilapidation », l’éditorial de Rosa Moussaoui.

Après plus d’un an de dérobades et de dénégations, le gouvernement s’est enfin résolu à dévoiler son évaluation du montant des aides publi...