jeudi 25 juin 2026

« Canicule : Face à l’inaction meurtrière, où est la colère ? », l’éditorial de Maud Vergnol.



Qui peut encore nier que notre humanité est face à la plus grande crise existentielle qu’elle ait jamais connue ? Combien faudra-t-il encore de canicules, d’inondations, de sécheresses, d’incendies monstres, de disparitions d’espèces et de territoires entiers pour que les dirigeants du monde comprennent que la bifurcation écologique n’est pas une option ?

C’est bien « l’affaire du siècle » dont on parle ici, nom choisi par la coalition qui avait fait condamner l’État français, en 2021, pour inaction climatique. La séquence politique provoquée par cette canicule de tous les records dit tout de l’impérieuse nécessité d’une révolution écologique et sociale.

Les guignols du RN, qui participent en ce moment même à un sommet « anti-climat » à Londres rassemblant la fine fleur internationale des climatosceptiques, nous vendent un pathétique « plan clim ». Les macronistes s’enferrent dans leur inaction meurtrière, sabrant encore récemment le Fonds vert, dispositif censé accompagner les collectivités dans leur transition écologique.

Droite et extrême droite partagent finalement un même discours porté exclusivement sur « l’adaptation » au dérèglement climatique. Un business juteux pour le capitalisme vert, alors que cela nécessiterait des investissements publics de grande ampleur. L’« adaptation », comme un aléa de la nature que l’on doit subir en serrant les dents, qui fait le deuil d’un frein à la dégradation accélérée du cadre écologique de la vie humaine.

À l’échelle de la France, la trajectoire climatique actuelle nous mène vers dix fois plus de jours de vagues de chaleur par an et les 50 °C dépassés, peut-être dès 2050 selon les prévisions du GIEC. Le gouvernement sait donc que ses renoncements engendreront plus de drames et de morts. Leur choix est criminel. Comme l’est la sauvegarde des intérêts économiques d’une minorité au détriment du respect des limites planétaires et de la majorité de l’humanité.

Quel plus beau débat politique à porter que celui-ci en cette année électorale ? Quel enjeu plus essentiel ? Aujourd’hui que le pays suffoque, chacun semble réaliser la bêtise abyssale des climatosceptiques. Mais où est la colère ? Le risque est grand qu’une fois l’été passé le sujet soit balayé par les obsessions de la bollosphère. Dans un moment où la gauche est raillée, jugée trop faible, les forces anticapitalistes sont pourtant les seules armées pour mener ce combat existentiel. Et elles peuvent le gagner.

 

mercredi 24 juin 2026

« Alerte sur les nouvelles menaces contre les droits des femmes et les LGBT », l’éditorial de Maurice Ulrich.



Le crétin américain bodybuildé qui s’est baptisé Clavicular, militant masculiniste et viriliste à tel point qu’il s’est arrangé la mâchoire à coups de marteau pour la rendre carrée, néofasciste pour compléter le tableau, a fait un bide dimanche à Paris. Décidé à prouver que les femmes ne pouvaient lui résister, il s’est fait rembarrer sèchement ou avec des quolibets par celles qu’il a voulu embrasser. Sa conclusion : « Elles doivent être lesbiennes. »

C’est à la fois effrayant et pathétique, une misérable vision du monde, mais qui illustre jusqu’à l’absurde et au comble du ridicule ce que révèle le rapport d’Amnesty International que nous évoquons ici même, alertant sur les nouvelles menaces pesant aussi bien sur les droits des femmes et des LGBT+ dans le monde. Ce n’est pas une menace fantôme.

La multiplication des agressions homophobes dans les bars, en particulier à Paris, en est l’une des expressions on ne peut plus concrètes, mais la réalité est plus vaste. On retrouve dans le rapport d’Amnesty le nom de Pierre-Édouard Stérin, la fondation anti-IVG Jérôme Lejeune, les collectifs Némésis ou Parents vigilants, etc. L’extrême droite est à la manœuvre, encouragée par une vague similaire dans nombre de pays et singulièrement aux États-Unis avec Donald Trump et le mouvement Maga.

Nombre de ces mouvements se réclament de la religion, de la morale, de la famille, du rejet du « communautarisme ». En réalité, il s’agit de renouveler sur l’ensemble de la société, sur les institutions et les personnes, la domination du patriarcat blanc sur les corps et les esprits.

C’est aujourd’hui une des dimensions de la lutte pour l’émancipation humaine : l’oppression des femmes, la stigmatisation des différences, les discriminations participent de la mise au pas des peuples et de l’étouffement des libertés par un capitalisme qui a décidé de s’affranchir de la démocratie. À quelques jours de la Pride, où cette dimension politique était déjà très présente l’an passé, l’alerte lancée par Amnesty et que nous relayons ici doit être entendue.

« Alerte sur les nouvelles menaces contre les droits des femmes et les LGBT », l’éditorial de Maurice Ulrich.



Le crétin américain bodybuildé qui s’est baptisé Clavicular, militant masculiniste et viriliste à tel point qu’il s’est arrangé la mâchoire à coups de marteau pour la rendre carrée, néofasciste pour compléter le tableau, a fait un bide dimanche à Paris. Décidé à prouver que les femmes ne pouvaient lui résister, il s’est fait rembarrer sèchement ou avec des quolibets par celles qu’il a voulu embrasser. Sa conclusion : « Elles doivent être lesbiennes. »

C’est à la fois effrayant et pathétique, une misérable vision du monde, mais qui illustre jusqu’à l’absurde et au comble du ridicule ce que révèle le rapport d’Amnesty International que nous évoquons ici même, alertant sur les nouvelles menaces pesant aussi bien sur les droits des femmes et des LGBT+ dans le monde. Ce n’est pas une menace fantôme.

La multiplication des agressions homophobes dans les bars, en particulier à Paris, en est l’une des expressions on ne peut plus concrètes, mais la réalité est plus vaste. On retrouve dans le rapport d’Amnesty le nom de Pierre-Édouard Stérin, la fondation anti-IVG Jérôme Lejeune, les collectifs Némésis ou Parents vigilants, etc. L’extrême droite est à la manœuvre, encouragée par une vague similaire dans nombre de pays et singulièrement aux États-Unis avec Donald Trump et le mouvement Maga.

Nombre de ces mouvements se réclament de la religion, de la morale, de la famille, du rejet du « communautarisme ». En réalité, il s’agit de renouveler sur l’ensemble de la société, sur les institutions et les personnes, la domination du patriarcat blanc sur les corps et les esprits.

C’est aujourd’hui une des dimensions de la lutte pour l’émancipation humaine : l’oppression des femmes, la stigmatisation des différences, les discriminations participent de la mise au pas des peuples et de l’étouffement des libertés par un capitalisme qui a décidé de s’affranchir de la démocratie. À quelques jours de la Pride, où cette dimension politique était déjà très présente l’an passé, l’alerte lancée par Amnesty et que nous relayons ici doit être entendue.

 

« Fusées », le billet de Maurice Ulrich.



Les fusées d’Elon Musk ne fonctionnent pas à tous les coups. Cinq échecs sur douze essais, tout de même, en trois ans. Mars, ce n’est pas gagné. Pourtant, l’introduction en Bourse le 12 juin de sa société SpaceX, outre qu’elle faisait de lui le premier humain à la tête d’une fortune de plus de 1 000 milliards de dollars, avait suscité un véritable enthousiasme chez les investisseurs. Le titre avait bondi de 40 % en quelques jours, portant la valeur de l’entreprise à 2 900 milliards.

Un décollage de fusée, et une retombée moins spectaculaire mais bien réelle avec une perte de 900 milliards… Au point qu’on se demande même si cet argent existe. Avec les promesses de la conquête spatiale et de l’intelligence artificielle pour Musk et les géants de la tech, la Bourse est à la fois un territoire des illusions et de la spéculation.

Les sommes astronomiques en jeu existent et n’existent pas. Les fusées de Musk sont des fusées de papier du capitalisme et aussi de vraies fusées. Mais pour aller où, vraiment ?

mardi 23 juin 2026

« Une Amérique latine dominée par l’extrême droite, l’éditorial de Cathy Dos Santos



La victoire d’Abelardo de la Espriella – sur le fil du rasoir et entachée d’irrégularités – est un coup de semonce. L’avènement de l’extrême droite en Colombie met brutalement fin à l’expérience inédite de la gauche, qui, malgré des écueils et bien des limites, a promu des réformes propres à bousculer l’ordre oligarchique autoritaire qui avait jusqu’alors prévalu. Durant son mandat, Gustavo Petro s’est attelé à faire vivre de fragiles accords de paix, malgré la détermination des paramilitaires et des cartels, et de De la Espriella lui-même, à les faire voler en éclats.

Le triomphe de cet avocat millionnaire, associé à de sulfureux personnages de l’uribisme et du paramilitarisme, suscite à juste titre des inquiétudes. Le « Tigre », comme il aime à se surnommer, a multiplié les intimidations contre le candidat de la gauche, Ivan Cepeda, et contre les formations portant l’histoire de ce que la Cour interaméricaine des droits humains a reconnu comme un génocide des militants de l’Union patriotique.

La présidentielle colombienne confirme l’inquiétant virage pris en Amérique latine, après le cycle électoral des années 2000 qui avait consacré la gauche et le centre gauche. Le basculement à droite et à l’extrême droite dessine un paysage continental digne des années de plomb des dictatures militaires. Un nostalgique de Pinochet au Chili, un libertarien « fou » en Argentine, un « dictateur cool » au Salvador, et partout ailleurs, à quelques exceptions près, des présidents ultraconservateurs obsédés par les questions sécuritaires et migratoires.

Ces adeptes de la « main dure » appliquent un agenda néolibéral dévastateur pour les classes moyennes et populaires. On observe ces mêmes phénomènes en Europe et aux États-Unis. Nationalisme, libertarianisme, technofascisme cohabitent au sein d’une internationale brune qui cherche à annihiler la moindre alternative au capitalisme.

Donald Trump se frotte les mains. Il voit en Abelardo de la Espriella un allié stratégique dans sa reconquête coloniale de l’Amérique latine. La Colombie est une tour de guet dominant un hémisphère Sud regorgeant de matières premières. Mais sur ce continent, rien n’est jamais écrit d’avance. En Bolivie, Rodrigo Paz, élu il y a un an avec le slogan « Le capitalisme pour tous », essuie depuis sept semaines une révolte populaire qui n’a pas dit son dernier mot.

« Mémoire et lucidité », le billet de Maurice Ulrich.



« Un hommage national ne peut exclure personne. » Au matin de la cérémonie de panthéonisation de Marc Bloch, Guillaume Tabard, chroniqueur quotidien du Figaro, a voulu, sans doute, faire preuve de hauteur de vue. La famille de l’historien et résistant, pour sa part, a exprimé son souhait de ne pas y voir de représentants des religions : Marc Bloch était athée et ne se disait juif que dans deux cas. Face à un antisémite ou face à l’extrême droite, ce qui, historiquement, était un peu, et même beaucoup, la même chose.

Le Rassemblement national s’est sans doute senti concerné qui a choisi de ne pas être présent. Mais Guillaume Tabard y tient : « La victoire posthume de l’historien, assassiné par la Gestapo et mis au ban par l’État français, serait étrange si l’hommage n’était possible qu’en excluant une partie de la nation d’aujourd’hui »…Car « honorer l’auteur de l’Étrange Défaite, c’est rappeler l’importance de la mémoire et de la lucidité sur les hommes et les événements ». Eh bien, oui, Guillaume Tabard, précisément. La mémoire et la lucidité.

« Le droit à la fraîcheur », la chronique de Patrick Le Hyaric.

 



Cela fait bien un demi-siècle que nous sommes prévenus : la température planétaire augmente dangereusement.

Depuis un demi-siècle, les études et rapports de collectifs de scientifiques mettent en garde, alertent, interpellent et appellent à empêcher le dérèglement climatique.

Un demi-siècle où ils ont fait la démonstration de cette implacable loi physique : plus on rejette de gaz carbonique dans l’air, plus la température en surface de notre Terre commune augmente. Le réchauffement de l’Arctique a pour conséquence une augmentation des températures deux fois plus élevée sur le continent européen que sur le reste de la planète.

Et des chercheurs préviennent que l’air de ces derniers jours reste frais comparé à celui que vont subir les générations à venir. Cet avenir hurle l’urgence d’agir.

C’est de l’habitabilité de la Terre dont il s’agit. Loin, très loin des petites phrases et des simplismes politiques concoctés dans les chambres froides de la communication.

Loin des minuscules pensées de responsables politiques qui ne raisonnent qu’à partir de leur maintien dans leurs maroquins ministériels. Or, la question est de savoir par quels moyens et sur quelle durée il est possible d’empêcher l’irréversibilité du redoutable processus en cours.

Un train à grande vitesse est lancé vers le mur des canicules et des pluies torrentielles, de la fonte des glaciers et du bouillonnement des océans. Les pouvoirs et le monde économique alimentent la locomotive du capitalisme qui éteint la vie, mène l’humanité vers le néant. L’impérialisme américain mène la guerre au Moyen-Orient, capture le président vénézuélien Maduro, des gouvernements relancent les forages afin de permettre à quelques multinationales du pétrole d’arroser le monde, moyennant profits et rentes, d’une énergie carbonée nourrissant la fournaise.

Un processus de bifurcation sociale et environnementale démocratique

Pour l’éviter, il n’y a pas d’autres voies pour les peuples d’entendre les mises en garde et de construire des mobilisations pour un processus de bifurcation sociale et environnementale démocratique, associant toutes les citoyennes et citoyens, toutes les travailleuses et travailleurs en lien avec toutes et tous les scientifiques.

Ceux qui nous proposent un brumisateur ou un épouvantail là où il faudrait imaginer une transformation civilisationnelle afin que notre Terre ne devienne pas invivable sont les obstacles à cette indispensable transition.

Ils nous serinent leurs phrases prémâchées autour de « la dette » comme d’autres parlent de leur cassette, cachant la grande dette qui peut perdre notre humanité : la dette écologique.

Il n’y aura pas de stratégie de stabilisation du climat sans une nouvelle stratégie financière incluant une création monétaire de type nouveau des institutions internationales — du Fonds monétaire international comme de la Banque centrale européenne —, sous contrôle populaire. Le climat et la biodiversité sont des biens communs de l’humanité qui appellent une union internationaliste de combat pour le vivant.

Les mêmes qui nous conseillent de fermer nos volets l’après-midi sont ceux qui ont divisé par trois – de 2,3 milliards d’euros à 837 millions d’euros – le budget du « Fonds vert » destiné à financer les projets d’accélération des transitions au service des collectivités territoriales.

La fameuse « gestion de crise » si prisée par les puissants sert à empêcher de voir l’essentiel.

Elle cache les raisons fondamentales d’une situation créée par le capitalocène : un modèle économique pour le profit d’une minorité de possédants, basé sur les énergies carbonées, envahissant tous les espaces de nos vies malmenées.

500 000 personnes meurent des effets de la chaleur chaque année depuis 2020

Les corps souffrent sous le soleil brûlant. La santé physique et mentale se dégrade. Les accidents se multiplient. Les ouragans de chaleur ôtent la vie. Les pluies diluviennes aussi ravageuses leur succèdent. Selon l’Organisation mondiale de la santé, le taux de mortalité des personnes de plus de 65 ans sur la planète a augmenté de 85 % en vingt ans. Près de 500 000 personnes meurent des effets de la chaleur chaque année depuis 2020. En France, au moins 5 000 décès ont été causés par des températures élevées en 2022. Les inégalités épaulent et aggravent les effets des canicules qui touchent encore plus violemment les femmes, les plus modestes, déjà victimes des difficultés à disposer d’un logement de qualité ou d’accès à la santé.

Des chaleurs aussi précoces, comparées à celles du milieu des étés lorsque le climat n’était pas à ce point réchauffé, rendent les sociétés humaines de plus en plus vulnérables. Et, elles malmènent les écosystèmes quand les déficits hydriques se combinent avec des rayons du soleil qui brûlent tout et font mourir la végétation. Même les végétalisations dans les villes deviennent difficiles car les arbres plantés récemment ne résistent pas.

Les enjeux climatiques et environnementaux sont constitutifs d’une nouvelle politique de sécurité et de santé publique. Une politique pour le vivant. Y parvenir exige une mobilisation politique, sociale, financière pour la bifurcation d’un niveau peut-être plus important que ce qui a été fait pour la reconstruction de la France et de l’Europe au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Se pose le grand enjeu d’une sécurité sociale élargit à la sécurité sociale écologique. Bien à rebours donc des thèses austéritaires accaparant les « temps de cerveau disponible ».

Déjà, en plusieurs endroits du monde, des mobilisations s’organisent pour porter le « droit à la fraîcheur » comme droit inconditionnel du bien-être du vivant.

Il s’agit à la fois de la conquête du pouvoir des travailleuses et travailleurs sur les conditions de travail. Au-delà c’est leur pouvoir sur les productions elles-mêmes en lien avec les chercheurs et les étudiants qui refusent de servir le capitalisme prédateur de la destruction. Il est en même temps un projet politique pour transformer les villes, les transports, les logements, garantir l’accès à l’eau, lutter contre les inégalités, empêcher la bétonisation des terres agricoles et la destruction des jardins partagés, mettre fin aux projets d’autoroutes et de grands travaux inutiles, porter un nouveau projet de sécurité alimentaire avec l’agro-écologie.

Le droit à la fraîcheur se fait projet politique. La bifurcation environnementale est un urgent enjeu civilisationnel.

« Canicule : Face à l’inaction meurtrière, où est la colère ? », l’éditorial de Maud Vergnol.

Qui peut encore nier que notre humanité est face à la plus grande crise existentielle qu’elle ait jamais connue ? Combien faudra-t-il enco...