Mortifère « La colonisation au nom du Messie » :
ainsi titrait en une le journal la Croix, cette semaine, pour évoquer
l’expansion sans fin de la colonisation en Cisjordanie, précisant : « En
Israël, les sionistes extrémistes s’appuient sur des prétextes religieux pour
justifier leur expansion territoriale. » Accusera-t-on le groupe
Bayard et la congrégation des Augustins de l’Assomption, actionnaire principal,
d’antisémitisme ?
Dans un silence
médiatique mondial assez assourdissant, la situation des Palestiniens est
passée au second rang, au mieux. Gaza, toujours martyrisée. Et la Cisjordanie,
encore et encore sous le joug des fanatiques. Dans un éditorial cinglant, que
le bloc-noteur ne renierait pas, la Croix précise que « la
tentation d’habiller de foi religieuse l’hubris de la guerre est loin d’être
nouvelle », rappelant les siècles passés peu glorieux de notre
histoire humaine, citant cette actualité mortifère : « Le
phénomène touche encore tous les continents et toutes les religions. C’est le
cas du messianisme des colons israéliens, mais aussi des tentations trumpistes
de légitimer la violence en se dépeignant comme tenants d’un ordre instauré par
Dieu, ou encore de la rhétorique poutinienne justifiant l’invasion de
l’Ukraine, ou de l’appel à une « guerre des civilisations » par Éric
Zemmour au nom d’un christianisme synonyme, pour lui, de défense de
l’Occident. »
La colonisation meurtrière de la Cisjordanie, au nom de Dieu…
Lâche Souvenons-nous de ce « rappel
indispensable de l’incompatibilité entre la frénésie et la fureur de la guerre
et la foi des croyants ». Ainsi, nommons les choses par leur nom. Ce
qui se déroule en Cisjordanie n’est pas un « conflit », ni une
« dispute territoriale complexe », ni un « malentendu
millénaire » entre deux peuples. Il s’agit d’une colonisation brutale,
idéologique, raciale et religieuse, menée par un État qui a décidé que le droit
international était optionnel et que Dieu pouvait servir de notaire.
La Cisjordanie
n’est pas uniquement occupée : elle est dévorée. Lentement,
méthodiquement, cyniquement. Colonie après colonie, colline après colline,
olivier après olivier. Une entreprise de prédation qui avance sous protection
militaire, financée par l’État israélien, justifiée par un messianisme délirant
et bénie par une communauté internationale lâche jusqu’à l’indécence. Un projet
politique clair : rendre impossible toute existence palestinienne viable.
Transformer un peuple en variable d’ajustement géopolitique… puis feindre
l’étonnement quand il résiste.
Mascarade De fait, les
colons israéliens sont l’avant-garde d’un projet d’extrême droite théologico-nationaliste,
persuadée que la Bible autorise le vol, l’humiliation, la violence et le
meurtre. Ils cassent des crânes au nom de Dieu, incendient des villages au nom
de la promesse, tirent sur des civils au nom de la rédemption. Et quand ils
tuent, l’impunité est quasi totale. Voilà la vérité nue. Cette religion-là est
une contrefaçon. Un simulacre de foi transformé en idéologie suprémaciste, où
l’élection divine sert à hiérarchiser les vies humaines. Où le Palestinien
n’est plus un voisin, ni même un ennemi, mais un intrus métaphysique.
On ne négocie
pas avec un intrus : on l’efface. Pendant ce temps-là, l’État israélien
joue la comédie, condamne vaguement « les violences de colons »
comme on s’excuse d’un dégât collatéral, tout en armant, protégeant et légalisant
leur présence. Il parle de démocratie pendant qu’il administre un régime de
ségrégation territoriale. Il invoque l’histoire tragique du peuple juif –
réelle, immense, indiscutable – pour justifier une injustice. Et, procédé
odieux, la mémoire devient un bouclier moral contre toute possibilité de
critique. Quant à ce que nous nommons encore « l’Occident », il
applaudit ou détourne les yeux, selon les cas. Les États-Unis arrosent de
milliards, l’Europe publie des communiqués creux, la France soupire et passe à
autre chose. Hypocrisie structurelle.
On proclame
l’illégalité des colonies tout en commerçant avec elles, on défend le droit
tout en acceptant sa violation permanente. Mascarade. La colonisation n’est pas
une dérive, mais une stratégie. Le messianisme n’est pas une excentricité, mais
un carburant politique. Et la religion, ainsi instrumentalisée, devient l’une
des formes les plus obscènes du pouvoir – parce qu’elle prétend être
incontestable. Comment construire un à-venir juste sur une terre volée, surtout
au nom de Dieu ?






