Dans les halls de gare, dans les
aéroports, des millions de voyageurs passent chaque année devant un Relay.
Beaucoup n’y voient qu’un commerce pratique juste avant le départ : un café, un
sandwich, un journal ou un roman pour le trajet.
Mais l’envers du décor est bien
plus perfide. Une enquête récente de l’Observatoire des multinationales montre
comment les boutiques Relay favorisent les publications issues du groupe
Bolloré, au détriment de la diversité éditoriale. Certains titres sont partout.
D’autres semblent avoir disparu. Certains magazines sont mis en avant.
D’autres sont relégués au fond des
étagères. Les livres des maisons d’édition appartenant au groupe Bolloré
occupent une place de choix. Les essais de personnalités d’extrême droite ou
réactionnaires s’exposent en vitrine – quand bien même ils affichent un faible
taux de vente. Le pluralisme, lui, s’efface ou est relégué en arrière-boutique.
Le hasard n’existe pas lorsqu’un
milliardaire contrôle à la fois des maisons d’édition, des chaînes de
télévision, des radios, des journaux… et les principaux points de vente dans
les gares et aéroports. Depuis la prise de contrôle de Lagardère par Vincent
Bolloré en 2022, Relay est devenu un maillon supplémentaire d’un empire
idéologique.
Produire les idées. Les éditer. Les
promouvoir. Les vendre. Voilà une intégration verticale au service d’un projet
politique : banaliser les idées de l’extrême droite et imposer une vision
ultraconservatrice du monde, réduisant au silence et à l’invisibilisation
toutes celles et et ceux qui luttent et résistent.
Les Relay ne sont pas des
librairies comme les autres : ils occupent des lieux publics stratégiques.
Alors que les gares appartiennent à l’État et sont gérées par la SNCF, un même
groupe privé bénéficie d’une position de monopole pour vendre journaux,
magazines et livres dans ces espaces. Et, derrière cette mainmise, qui garantit
le pluralisme de l’information, la diversité des titres proposés pour
participer au débat d’idées ? La réponse est simple : personne, ou si peu.
Pourtant Gares & Connexions et Lagardère Travel Retail ont créé une société
baptisée Lagardère & Connexions, dont ils sont coactionnaires à parts
égales, pour gérer les 328 boutiques réparties dans les gares. On pourrait donc
imaginer que l’opérateur de service public ait son mot à dire dans un tel
contrat de monopole et fasse respecter le pluralisme des idées.
En vain ! En effet, quel lecteur de
« l’Humanité » n’a pas cherché son journal dans ces boutiques ? Quant à
l’Arcep, « gendarme » des kiosques, elle répond à chaque plainte pour
distorsion de concurrence qu’il faut voir le service commercial des Relay si
l’on veut être mis en avant.
Cette situation est inacceptable.
Il est temps de reprendre le contrôle. Ce n’est plus une affaire seulement
commerciale, c’est une question démocratique.
Le privé ne peut pas avoir le
monopole de nos imaginaires pour imposer sa vision réactionnaire lors de nos
voyages. Il faut nationaliser les Relay ! Les commerces implantés dans les
gares doivent relever d’un service public de la diffusion de la presse, du
livre et de la culture. Leur mission ne serait pas de maximiser les intérêts
d’un groupe privé, mais de garantir l’accès de toutes et tous à une offre
pluraliste, diversifiée, indépendante des puissances d’argent, qui confronte
les points de vue et permette à chaque voyageur de pouvoir décider de ce qu’il
lit.
Démanteler l’empire Bolloré, c’est
un combat contre la concentration des pouvoirs. Dans une démocratie, personne
ne devrait pouvoir décider à lui seul de ce que des millions de citoyens
regardent, lisent, écoutent et achètent. Les gares et les aéroports
appartiennent à toutes et tous, ce sont des lieux de circulation et de voyage.
Les idées qui s’y trouvent doivent aussi pouvoir circuler et nous faire voyager
librement.





