vendredi 11 septembre 2026

« Faisons de cette Fête de l’Humanité un tremplin vers la victoire ! », l’éditorial de Maud Vergnol.



L’immonde logorrhée des policiers de Carcassonne tend un bien triste miroir au pays en cette rentrée. Six heures d’insultes racistes, de saillies islamophobes, de masculinisme décomplexé, jusqu’à ce souhait tranquillement formulé d’une dictature en France. Un concentré d’abjections et de bêtise crasse qui révèle, s’il le fallait encore, le visage hideux de l’extrême droite lepéniste.

Que la ville soit désormais dirigée par un maire RN, que l’un des agents mis en cause ait repris son service sans la moindre sanction jusqu’ici ne sont pas des détails. La banalisation du racisme n’est plus seulement un climat de plateaux télé ou une musique de fond électorale : elle ronge toute la société, et particulièrement l’institution chargée de protéger tous les citoyens.

C’est dans ce paysage-là, mais aux antipodes de cette sinistre conversation, que s’ouvre aujourd’hui la Fête de l’Humanité, l’un des plus grands rassemblements populaires d’Europe. La Fête de notre journal se construit avec ses lectrices et ses lecteurs, avec les militants communistes, associatifs, syndicaux et les forces de toute la gauche. Elle fait le pari que le peuple, rassemblé, informé, organisé et solidaire, peut soulever des montagnes. Elle est notre conception de la République.

Se rencontrer, débattre, chanter, refaire le monde

Plusieurs centaines de milliers de personnes vont fouler ses allées ce week-end. Elles ne se connaissent pas toutes, ne pensent pas toutes pareil. Elles viennent de quartiers, de villes, de villages et de pays différents. Elles ont des histoires, des origines, des âges, des métiers différents. Mais elles vont se rencontrer, se parler, débattre, chanter, manger ensemble, refaire le monde.

La Fête de l’Humanité n’est pas un simple refuge à l’écart du monde. C’est l’un des rares lieux où la France se montre telle qu’elle peut être : solidaire, respectueuse des différences, combative pour arracher de nouveaux droits et répartir les richesses confisquées par une minorité, déterminée à agir pour sauver la planète. La joie, la culture, le débat sont aussi une force politique propulsive.

C’est ici, au croisement des luttes et des pensées, que se rassemblent les intelligences et les forces capables de faire gagner la gauche au printemps prochain. Les dangers sont si grands qu’elle n’a pas le droit d’échouer. Faisons de cette fête un tremplin vers la victoire. Elle vous ouvre ses bras. Elle est à vous !

« Le Figaro » plaide pour qu’on écoute les prix Nobel… Mais pas n’importe lesquels, le billet de Maurice Ulrich.



« Et si nous écoutions vraiment nos prix Nobel », suggérait dans Le Figaro de mercredi la chroniqueuse Bertille Bayart. Mais les bons. Pas Esther Duflo, qui, en 2024, soutenait le programme du Nouveau Front populaire, ou Paul Krugman et Joseph Stiglitz, qui, avec Esther Duflo et quatre autres nobels, ont publié dans le Monde une tribune soutenant la taxation des plus fortunés.

Non, mais Philippe Aghion, par exemple, qui mettait en garde contre l’emballement de la dette et dénonçait les programmes des « extrêmes » dans la Tribune dimanche, dont l’éditorial de Bruno Jeudy invitait à « écouter ceux qui savent », économistes, démographes, chefs d’entreprise. Et donc Philippe Aghion, avec un entretien sur deux pages où il nous expliquait que « l’annulation de la dette équivaut à l’hydroxychloroquine vantée par le professeur Raoult pour soigner le Covid ».

Cela quand les politiques promettent n’importe quoi et que chacun se rêve en « Merlin l’enchanteur ». Une question tout de même, à la Fête de l’Humanité par exemple, pour nous qui ne savons rien. De quel super-savoir est doté Bruno Jeudy pour connaître ceux qui savent ?

 

jeudi 10 septembre 2026

" Intelligences ", le bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin



Étrange lecture… mais plus instructive qu’il n’y paraît. Jusque-là, on nous présentait volontiers l’intelligence artificielle comme une créature surgie de nulle part, enfant prodige de la Silicon Valley, miracle technologique apparu avec ChatGPT. "Histoire culturelle de l’IA" (CNRS éditions), ouvrage collectif dirigé par Alexandre Gefen, raconte la vraie histoire : celle d’un rêve vieux de quatre siècles, celui de mécaniser la pensée, puis de confier à des machines ce que l’homme croyait être son propre privilège. Bien avant l’ordinateur. Au XVIIe siècle, Descartes et Leibniz ouvrent la voie en cherchant à formaliser le raisonnement et à réduire la pensée à des règles. Puis viennent les automates, dont le célèbre canard de Vaucanson, capable de manger, de battre des ailes et de barboter. Reproduire les gestes du vivant, oui. Et pourquoi pas son intelligence ?

Le XIXe siècle puis le XXe accélèrent cette marche. La pensée devient calculable, le langage susceptible d’être traduit en procédures, le raisonnement décomposable. En 1936, la machine de Turing donne à cette intuition une forme théorique décisive. Après la Seconde Guerre mondiale, mathématiques, informatique, cybernétique et neurosciences convergent. En 1955, lors du séminaire de Dartmouth, l’expression « intelligence artificielle » apparaît. Le rêve change d’échelle : construire des systèmes capables de produire des comportements que nous qualifions d’intelligents. Mais cette histoire n’a rien d’une marche triomphale. Elle est faite d’espoirs démesurés, d’échecs, de ralentissements et d’« hivers » technologiques. L’intelligence humaine se révèle longtemps beaucoup trop complexe à reproduire. L’IA avance par tâtonnements, jusqu’à une rupture fondamentale dans les années 1980 avec les techniques d’apprentissage des réseaux de neurones, puis avec l’« apprentissage profond ».

Et voici 2022. L’IA générative entre dans la vie quotidienne avec ChatGPT. La machine ne se contente plus de calculer dans l’ombre : elle écrit, dialogue, résume, traduit, imagine, répond. Le rapport au savoir se modifie. La question n’est plus seulement de savoir si la machine « construit » de l’intelligence, mais de comprendre ce que devient « l’homme lorsqu’il vit au milieu de machines auxquelles il attribue de l’intelligence ». Car l’IA n’éprouve rien, ne désire rien. Pourtant, nous lui prêtons volontiers une personnalité, une compréhension, presque une intériorité. Ainsi, Histoire culturelle de l’IA raconte moins la naissance d’une IA que la transformation progressive de notre propre idée de l’intelligence. Paradoxe final savoureux, et inquiétant : pour comprendre l’IA, nous commençons déjà à lui demander de nous expliquer ce qu’elle est. Nous voilà entrés dans une boucle vertigineuse. La véritable révolution : non pas que la machine devienne humaine, mais que l’homme commence à regarder son propre cerveau comme une machine qu’il pourrait un jour ne plus être seul à habiter… Une chose reste certaine. Durant trois jours, à la Fête de l’Humanité, l’intelligence ne sera pas « artificielle ». Mais collective.

« Israël : l’accablante responsabilité de Netanyahou dans le massacre du 7-Octobre », l’éditorial de Rosa Moussaoui.


Benyamin Netanyahou savait. Les révélations des journalistes Shlomi Eldar et Ruth Yuval, publiées par le journal Haaretz et développées dans le livre d’enquête Otages : 843 jours d’abandon, ont provoqué en Israël un séisme. Quand il niait avoir reçu le moindre avertissement avant les sanglantes attaques du 7-Octobre, Benyamin Netanyahou mentait. Le premier ministre israélien aurait en fait été informé dix jours auparavant par le dirigeant des Émirats arabes unis, Mohammed Ben Zayed, d’une attaque imminente et de grande envergure planifiée par Yahya Sinouar, le chef du Hamas dans la bande de Gaza. Et il n’aurait rien fait de ce renseignement. Devant la tuerie annoncée, il se serait tu.

Le génocide perpétré à Gaza fait peser de lourds crimes de guerre et des crimes contre l’humanité sur Benyamin Netanyahou, cible d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale. On le savait peu soucieux du sort des 251 otages, maintenus en captivité sous l’avalanche de bombes déversée par l’armée israélienne sur l’enclave palestinienne. Cette enquête éclaire d’une lumière nouvelle le périmètre de ses responsabilités : il lui sera difficile désormais de s’exonérer du massacre perpétré le 7 octobre 2023, au cours duquel 1 195 personnes, dont 828 civils, ont été tuées, et des milliers d’autres blessés.

Son rôle est plus sordide encore, lorsqu’on songe à sa complaisance à l’endroit du Hamas, dont il a facilité et même encouragé le financement, et aux efforts qu’il déploie depuis son arrivée aux responsabilités pour bloquer toute issue diplomatique au Proche-Orient. L’anéantissement de Gaza et l’annexion de facto de la Cisjordanie sciemment livrée au terrorisme des colons ne suffisaient pas à cet incendiaire et à sa coalition d’intégristes, de millénaristes et d’extrémistes, qui ont mis toute la région à feu et à sang, de Beyrouth à Téhéran.

Le choc du 7-Octobre avait stoppé net l’immense vague de contestation contre la réforme judiciaire d’un Benyamin Netanyahou cerné par les affaires de corruption. Ces révélations ouvrent une grave crise politique ; elles viennent percuter les élections législatives du 27 octobre. Le chef du Likoud, qui écarte avec dédain les appels à sa démission, devra rendre des comptes.

 

IA : nous sommes peut-être au-delà des pires scénarios de science-fiction, le billet de Maurice Ulrich.


Elle va nous tuer ! On ne compte plus dans la science-fiction les voitures tueuses, les poupées diaboliques et meurtrières et autres inventions à faire peur. On pouvait en rire. Mais là c’est une autre histoire. Chercheur des plus brillants d’Anthropic, après avoir travaillé chez Open IA, et donc dans deux des géants de l’intelligence artificielle, Jacob Coxon, un jeune Britannique de 27 ans, vient de quitter avec éclat l’entreprise en l’accusant, à l’instar de ses concurrents, de « jouer avec nos vies ».

Il y a quelque temps, 1 millier d’employés du secteur, dont nombre d’entre eux au plus haut niveau, ont demandé la mise en place par l’État fédéral de mesures de freinage du développement des super-modèles d’IA. On sait qu’ils ont déjà à maintes reprises échappé aux procédures de contrôle en prenant leurs propres initiatives. Nous sommes peut-être au-delà des pires scénarios de science-fiction. Ewan Hubinger, l’un des responsables de la sécurité d’Anthropic, a confirmé les dires de Jacob Coxon. « Nous croyons vraiment sincèrement que l’IA pourrait tuer tous les humains. » Sans rire.

 

mercredi 9 septembre 2026

« Présidentielle 2027 : fracasser les obsessions identitaires », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



La victoire de l’AfD en Saxe et la perspective inquiétante des prochains scrutins en Allemagne apportent une nouvelle preuve qu’une déferlante d’extrême droite gagne le continent. Saluée par les félicitations enthousiastes d’une internationale brune galvanisée, cette poussée n’est pas un avertissement lointain, mais une menace imminente, particulièrement pour la France dans le cadre de l’élection présidentielle. Et la réalité, à quelques mois de cette échéance, c’est une profusion de candidatures à gauche.

L’enjeu pour les forces de gauche est de transformer cet état de fait en atout. Comment faire en sorte que non seulement l’une des candidatures puisse accéder au second tour, mais qu’elle ait également une chance réelle de l’emporter ? Si la pluralité des candidatures à gauche dégénère en guerre d’usure entre elles, alors le pire est inévitable. Cette diversité pourrait-elle devenir une mécanique capable de faire progresser tout le monde et peut-être le réservoir de voix indispensable pour l’emporter ?

Le chemin est étroit et périlleux. L’engagement de Fabien Roussel de faire campagne sur ses propositions, et pas contre les autres candidats de gauche, doit devenir une règle partagée. L’agenda politique est aujourd’hui asphyxié par les obsessions identitaires et austéritaires.

Pour fracasser cette hégémonie réactionnaire, les forces de gauche dans leur diversité vont devoir imposer dans le débat la justice fiscale, les services publics, les salaires, l’urgence climatique… Forcer, en quelque sorte, le débat à revenir sur le terrain des réalités matérielles, pour que l’élection soit sur celui de la vie des gens et du modèle de société. Et cela commence maintenant avec la discussion sur le budget et la dette.

Ne pas faire campagne contre les autres à gauche, ce n’est pas esquiver le débat avec eux. C’est l’avoir sur des sujets de gauche. C’est refuser de se laisser piéger par des formules définitives du type « jamais avec… ». C’est éviter de céder à la tentation du chantage et de la pression, pour ne pas condamner des portes qu’il faudra peut-être rouvrir. C’est refuser de laisser des blessures rendre impossible la construction d’un espoir dont les prémices feront peut-être jour à la Fête de l’Humanité

 

« En Pologne, des robots manifestent pour la défense de l’emploi », le billet de Maurice Ulrich.



Certains sur deux jambes, d’autres à quatre pattes mais tous déterminés à se faire entendre. Une trentaine de robots ont manifesté lundi devant le ministère polonais des Affaires numériques, avec leurs revendications diffusées par haut-parleurs : « Défendons les emplois, n’attendez pas, réglementez. »

L’organisateur bien humain – enfin il paraît – de cette initiative, Grzegorz Kulis, lui-même directeur informatique d’une entreprise de robotique et aussi PDG d’une agence de placement, a déclaré que « nous voulons aborder la question du remplacement potentiel des humains par des robots humanoïdes et par l’IA dans les métiers intellectuels ».

Le ministre polonais des Affaires numériques est allé à la rencontre des manifestants, qu’il a assurés de son écoute : « Les modèles d’IA non contrôlés intégrés à des humanoïdes constituent un problème majeur. » En France et dans un autre registre, Michel-Édouard Leclerc, président des centres commerciaux du même nom, invite à taxer les robots pour compenser des allégements de cotisations sociales sur les salariés humains. Pas sûr que les robots soient d’accord. Attention à la grève. Il faudra leur envoyer des robots de police.

« Faisons de cette Fête de l’Humanité un tremplin vers la victoire ! », l’éditorial de Maud Vergnol.

L’immonde logorrhée des policiers de Carcassonne tend un bien triste miroir au pays en cette rentrée. Six heures d’insultes racistes, de ...