vendredi 3 avril 2026

" C’est déjà trop "



Le ministère israélien de la Défense a décidé de mettre fin à ses livraisons d’armes à la France comme aux importations israéliennes de matériel militaire français. On pensait que c’était fait, officiellement. Mais non, ça continuait.

On l’apprend par un discret entrefilet des Échos. Le ministère israélien de la Défense a décidé de mettre fin à ses livraisons d’armes à la France comme aux importations israéliennes de matériel militaire français. On pensait que c’était fait, officiellement. Mais non, ça continuait.

Ce qui est rassurant, toutefois, nous dit-on, c’est que cette « rupture » avec Israël aura « peu d’effet sur les ventes d’armes françaises », comme sur notre industrie de défense. Les exportations d’Israël qui nous sont destinées concernent surtout des technologies de pointe comme des microdrones, merci.

À l’inverse, nos exportations de matériel qui ne sont pas des systèmes d’arme complets, sans autres précisions qu’on aimerait tout de même connaître, arrivent ou arrivaient loin derrières celles des États-Unis avec 68 %, de l’Allemagne, cachottière, avec tout de même 31 %. Seulement I %. Tout juste une petite participation indirecte aux bombardements en cours sur le Liban et l’Iran, et à la destruction de Gaza avec 70 000 morts et des dizaines de milliers de blessés et de mutilés à vie… Ça se mesure comment, 1 % d’un génocide ?

« Racisme contre des maires noirs : une honte pour la France », l’éditorial de Rosa Moussaoui.



Partout ça se lâche, ça éructe, ça se déboutonne. Toutes les pudeurs s’écroulent. À longueur d’ondes et d’antenne, dans les marécages des réseaux sociaux, ça insulte, ça humilie, ça animalise. Des mots sales. Des mots qui blessent, qui détruisent, qui divisent. Des élus de la République sont chaque jour diffamés, injuriés, menacés sans trêve, sans rappel à l’ordre, sans que la moindre sanction ne soit prononcée. Des standards de mairie sont submergés d’appels à caractère xénophobe.

Cette déferlante raciste qui noie la France depuis les élections municipales ne sera pas sans conséquences. Les paroles précèdent toujours les passages à l’acte ; les discours de haine annoncent l’irréparable. Déjà, le nombre d’atteintes racistes et xénophobes s’envole. En 2025, la police et la gendarmerie en ont enregistré 16 485 – une photographie restreinte du phénomène, tant ces actes sont sous-déclarés. Parmi ces atteintes, 9 737 sont des délits et même des crimes (dont trois homicides et trois tentatives d’homicide).

Cette atmosphère putride et suffocante installe chez les immigrés, chez les héritiers de l’immigration postcoloniale, un effroyable sentiment d’insécurité, au moment même où le cours normal de la vie démocratique a rendu possible la prise de responsabilité d’un nombre inédit d’élus qui leur ressemblent, qui appartiennent à leur classe sociale, qui sont décidés à combattre les discriminations et les inégalités dont ils souffrent.

Les diatribes racistes que déversent en continu les médias de Bolloré, en campagne pour 2027, ne font pas que pourrir la vie commune ici. Leur écho se fait entendre au-delà de nos frontières. Il donne de la France, dont le crédit est déjà bien entamé, une image qui fait honte.

Cette violente offensive de l’extrême droite ne sera pas défaite par des protestations à mi-voix et par des réprobations sans suite. Recycler les boniments du RN, prétendre qu’il poserait « les bonnes questions », valider les divisions dont il se nourrit, c’est déposer devant lui les armes sans combattre.

Il faut entendre la Marseillaise entonnée à l’unisson le 22 mars au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis) pour célébrer la défaite d’un maire fascisant. Son message est clair, la France n’a qu’une devise : « Liberté, égalité, fraternité ».

 

mercredi 1 avril 2026

« Le périscolaire, parent pauvre et méprisé du monde éducatif », l’éditorial de Laurent Mouloud.



Des enfants humiliés, frappés, abusés. Des parents meurtris qui réclament justice. Et des collectivités locales qui semblent dépassées. La multiplication des affaires de violences – physiques, verbales et sexuelles – commises dans les structures périscolaires a dépassé depuis longtemps le simple cadre du fait divers. Ces révélations en cascade, à Paris et ailleurs, exposent au grand jour la fragilité de tout un secteur crucial pour des millions de familles, mais tragiquement délaissé par les pouvoirs publics. Certes, ces dizaines d’animateurs accusés de brutalité, d’abus, parfois de viol, vont devoir répondre de leurs actes individuels. Mais le procès de ces agressions insupportables doit être aussi celui de la précarité systémique qui les a rendues possibles.

C’est une évidence : les conditions de travail dans le périscolaire déterminent les conditions d’accueil et de sécurité des enfants. Dégrader les premières, c’est dégrader les secondes. Or, depuis des décennies, ce milieu en marge de l’éducation nationale, renvoyé à la seule responsabilité des communes, reste le parent pauvre et méprisé du monde éducatif. Sous-effectifs chroniques, taux d’encadrement des enfants vertigineux par rapport à l’école, paye dérisoire, statut de vacataire, manque de formation…

La précarité est devenue la norme dans cette profession qui passe, pourtant, près de 40 % de temps quotidien avec des enfants dont les besoins – psychologiques et pédagogiques – ne s’envolent pas par magie en sortant de la classe.

Le périscolaire a un vrai rôle à jouer dans la réussite des élèves. Encore faut-il lui en donner les moyens. Et sortir de cette gestion aussi désinvolte que dangereuse à tout point de vue. De la formation des animateurs à leur titularisation, en passant par le renforcement des liens avec les enseignants, l’ensemble de la profession nécessite un réel investissement de l’État et un pilotage politique clair et ambitieux. Une urgence pour faire cesser toutes les maltraitances.

« Permis de tuer », le billet de Maurice Ulrich.



C’est comme un bijou. De ceux que l’on porte avec fierté. Pendant le débat à la Knesset en Israël instaurant la peine de mort pour les « terroristes », mot synonyme de Palestiniens, le ministre Ben Gvir arborait sur le revers de sa veste une broche en forme de nœud coulant, comme plusieurs de ses partisans.

La loi en question équivaut, plus qu’à l’exécution légale d’une décision de justice, à un permis de tuer, littéralement sans autre forme de procès. Mais on ne peut se détacher de l’image de cette broche, en plus des sucreries et des boissons pétillantes qui ont salué le vote.

Il n’y a sans doute rien de pire que des dirigeants criminels qui se flattent de leurs crimes. Il n’y a rien de pire dans tel pays qu’un peuple qui s’y accoutume. On souhaiterait se souvenir que les premières années d’Israël se voulaient progressistes, voire d’inspiration sociale. On se souvient de l’histoire, de la Shoah. C’est pourquoi on espère qu’il s’y trouve des forces, encore assez de forces, pour ne pas sombrer dans l’ignominie.

 

« Quand la Knesset enterre l’État de droit », l’éditorial de Marion d’Allard.



Bombarder Gaza, torpiller l’aide humanitaire, enfermer sans procès, torturer y compris les enfants, déplacer de force des populations entières, absoudre les exactions des colons, humilier au quotidien ne suffisaient donc pas. Le glissement autoritaire de l’État d’Israël sous l’autorité d’un gouvernement de fanatiques extrémistes vient de franchir un nouveau cap.

En votant ce lundi une loi sur la peine de mort, le Parlement israélien s’enfonce un peu plus dans l’abject. Le texte, qui vise sans équivoque possible les Palestiniens, dispose que quiconque causerait « intentionnellement la mort (…) dans le but de porter atteinte à l’État d’Israël ou avec l’intention d’en nier l’existence » sera désormais passible de la peine capitale.

Il en introduit même l’automaticité concernant les Palestiniens de Cisjordanie occupée en cas de mort dans le cadre d’une action « terroriste » – qualificatif apposé systématiquement, sans distinction et surtout sans procès. Les mots sont choisis, pesés, ils dessinent les contours d’un arsenal législatif établi sur des critères racistes, officialisent l’apartheid, institutionnalisent les exécutions.

Une loi comme un clou enfoncé dans le cercueil de ce qu’il restait de l’État de droit, dans un pays que d’aucuns osent encore qualifier d’exemple démocratique. À refuser de considérer les faits, à justifier les massacres, à nier le génocide en cours et à convoquer l’antisémitisme à chaque dénonciation des crimes de l’armée israélienne, les soutiens inconditionnels de Tel-Aviv ont érigé une digue d’impunité autour de Benyamin Netanyahou et de ses affidés.

Le résultat est là, glaçant. Leur responsabilité, individuelle et collective, est plus que jamais engagée. Le gouvernement israélien est devenu le bourreau de toute une région, avec le soutien actif de Washington et la complicité de la majorité des chancelleries occidentales.

Qu’il est pathétique d’entendre les Caroline Yadan, Raphaël Enthoven et consorts feindre aujourd’hui l’effarement et quémander aux autorités de renoncer à cette loi injustifiable. Qu’il est horripilant de voir Paris, Berlin, Rome et Londres se contenter d’exprimer leur « profonde inquiétude » quand, à défaut du courage de la sanction, l’Europe se drape depuis des mois dans l’apathie de l’indignation.

 

« Les immigrés c’est quand on veut, comme on veut », le billet de Maurice Ulrich .



On se gardera d’attribuer à toute la droite française le racisme au front de taureau des pires heures de l’histoire qui sur CNews se vautre dans l’abjection entre un pseudo-psychologue et le philosophe de rebut qu’est devenu Michel Onfray. Non. À droite, on gère.

Pour Bruno Retailleau, qui serait bien inspiré de prendre le métro et le RER avec ceux qui se lèvent tôt pour découvrir qui ils sont, la France n‘a pas besoin d’immigration et ce n’est pas, même en matière de travail, « une chance ». Édouard Philippe, qui espère se voir pousser des ailes dans la perspective de 2027, n’est pas de cet avis. Nous devons accueillir pour des raisons économiques une immigration de travail, « choisie et contrôlée ».

Mais, attention. Il dit « de travail » et il entend bien remettre en question l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui consacre le droit au respect de la vie privée et familiale. Pas question de regroupement de familles qui débarquent et s’installent. Les immigrés, c’est quand on veut, comme on veut.

mardi 31 mars 2026

« Pas de débat démocratique sans débat scientifique », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



Pour la seconde année, le mouvement Stand Up for Science a fait son printemps. Initié aux États-Unis et repris dans de nombreux pays, dont la France, il est le symptôme d’une inquiétude profonde : celle de voir la parole scientifique reléguée, contestée, instrumentalisée – parfois même disqualifiée – dans l’espace public. Car nous vivons un moment paradoxal. Jamais la science n’a été aussi présente dans nos vies – des crises sanitaires aux enjeux climatiques, des innovations technologiques aux politiques publiques – et, pourtant, jamais elle n’a autant été attaquée, fragilisée dans sa légitimité sociale.

Comparé à d’autres mouvements de chercheurs et d’universitaires, Stand Up for Science n’est pas seulement une demande de moyens, même si celle-ci est réelle et vitale. C’est un cri d’alerte adressé à la société. Une alerte sur la manière dont nos élites politiques, médiatiques et économiques traitent le savoir et la complexité. La science n’est pas une vérité figée.

Elle est un processus, une méthode, une élaboration faite d’hypothèses, de contradictions, de mises et remises en question. Et c’est précisément cela qui est attaqué par Trump et ses semblables. Ce qui est visé, c’est la possibilité, pour la science, de décrire le réel – présent ou passé – de manière indépendante.

Ce que défendent celles et ceux qui se lèvent pour la science, c’est cette possibilité-là : Celle d’une science qui ne soit pas entièrement subordonnée à la justification politique ou à l’intérêt économique. La possibilité d’un savoir qui conserve son autonomie de production et sa capacité à contester les idées reçues et les discours tout faits. Le mouvement Stand Up for Science pose une question essentielle : quelle place voulons-nous accorder au savoir et à la complexité dans nos sociétés ?

En fait, il ne s’agit pas simplement de « défendre la science ». Comme le dit dans nos colonnes Olivier Berné, astrophysicien et coanimateur du collectif Stand Up for Science France, il s’agit de « défendre notre capacité collective à décrire le réel et à débattre à partir de faits ». Donc de défendre les conditions indispensables à un débat public éclairé et contradictoire et, de ce fait, la démocratie.

 

" C’est déjà trop "

Le ministère israélien de la Défense a décidé de mettre fin à ses livraisons d’armes à la France comme aux importations israéliennes de ma...