lundi 8 juin 2026

« Mort de Lyhanna : la pitoyable dérobade de Gérald Darmanin », l’éditorial de Marie-José Sirach.



L’émotion suscitée par la mort de la petite Lyhanna et les révélations sur les antécédents du principal suspect provoquent une onde de choc dans le pays. À la douleur des parents s’ajoute la colère de citoyens qui s’interrogent sur les failles de la justice et des services de la police que met en lumière cette affaire. « Depuis 2017, beaucoup de moyens ont été mis dans la gendarmerie, dans la justice. C’est une question d’organisation, de responsabilité », s’est défendu Emmanuel Macron, pour clore d’emblée tout débat sur son bilan et sur la responsabilité de ses gouvernements.

L’intervention du garde des Sceaux vendredi 5 juin au soir, sur le plateau de TF1, relève d’une mise en scène pitoyable. Venu présenter ses excuses aux parents de la fillette et aux Français, alors qu’il venait d’entériner quelques jours auparavant une coupe budgétaire de 414 millions pour son ministère, il a menacé : « Si jamais les intuitions qui sont les miennes (…) sont avérées, je proposerai évidemment des sanctions pour des défaillances, des fautes professionnelles. L’indépendance des magistrats, ce n’est pas l’irresponsabilité. » Dans la foulée, Bruno Retailleau, jamais en reste, a proposé de créer « une cour disciplinaire de la magistrature ». Quant aux maires du Havre et de Cannes, ils suggèrent tout bonnement d’interdire le Syndicat de la magistrature.

L’institution judiciaire est en difficulté. Personne ne le nie. Surtout pas les magistrats, qui croulent sous les dossiers. Il manque partout des juges, des greffiers, des enquêteurs. La France est l’un des pays d’Europe qui investissent le moins dans la justice : 77 euros par an et par habitant, contre 96 en Espagne, 100 en Italie, 136 en Allemagne ou encore 138 aux Pays-Bas. Les conséquences dramatiques d’un tel désengagement étaient parfaitement prévisibles. Surtout quand les priorités affichées par l’exécutif – lutte contre le narcotrafic, construction de prisons – laissent délibérément de côté la protection de l’enfance et de la jeunesse. Devant cette faillite, le minimum qu’on pourrait attendre du ministre de la Justice, c’est sa démission.

 

L'humour « féministe », le billet de Maurice Ulrich.



« Rousseau dans un bateau ». Dans sa chronique hebdomadaire du Point, Sophia Aram a trouvé une cible de choix : la députée écologiste Sandrine Rousseau, qui a évoqué une participation à une nouvelle flottille pour Gaza. Mais quid des femmes afghanes, des Ouïgoures, des Iraniennes ? interroge l’« humoriste », comme si, faute de tout faire, il faudrait ne rien faire.

Mais Sandrine Rousseau préfère « une énième croisière à destination de Gaza dans le confort des virées estivales financées par les proxys du Hamas (…), une grotesque mascarade pour les instagrameurs en mal de clics ».

Alors, « on ne peut que lui souhaiter d’arriver à bon port (…). D’abord pour le plaisir de la voir débarquer sur les plages de Gaza avec ses trois paquets de serviettes hygiéniques réutilisables, son kombucha et son quinoa bio, mais surtout pour observer la richesse du dialogue interculturel qu’elle ne manquera pas d’entamer avec les responsables locaux du Hamas au sujet de l’écoféminisme intersectionnel »… Au-delà du mépris pour les militants et militantes engagés, les serviettes, Sophia Aram, c’est de l’humour féministe ?

 

samedi 6 juin 2026

Comment éviter les pièges de l’IA ? Par Fabien Gay, directeur de « l’Humanité ».



 À écouter les milliardaires de la Silicon Valley et leurs puissants relais médiatiques, l’intelligence artificielle serait la promesse d’un monde plus efficace, plus moderne et, au final, merveilleux. Comme toutes les révolutions technologiques présentées comme inéluctables, elle avance masquée derrière le progrès. Au service de qui cette technologie est-elle développée ? Pouvons-nous laisser quelques puissances privées décider seules de notre avenir informationnel, environnemental et politique ?

Dans le monde de la presse, l’intelligence artificielle bouleverse déjà profondément les métiers. Des rédactions fragilisées par des années de concentration capitalistique voient arriver des outils capables de produire des articles ou des images en quelques secondes. Un véritable pillage de contenus sans contrôle, sans consentement, sans rémunération des auteurs. Certains propriétaires y voient une opportunité de réduire encore les coûts, de remplacer des journalistes, des secrétaires de rédaction, des iconographes ou des correcteurs et correctrices par des machines.

Mais une démocratie pleine et entière ne peut survivre sans journalistes formés, ni enquête de terrain, ni analyse, ni vérification de ses sources. L’information n’est pas une marchandise. Elle exige du temps, de la contradiction et surtout une conscience humaine. Aucun algorithme ne remplacera le regard d’un reporter ou une interview face à une grève, une guerre ou une injustice sociale.

Le risque est grand d’une information standardisée, d’images et de vidéos truquées, où la vérité est supplantée par la désinformation et la manipulation. Après avoir mené pendant quinze ans une bataille pour faire reconnaître les droits voisins face à des plateformes numériques, une autre bataille s’ouvre à l’heure où les moteurs de recherche classiques deviennent obsolètes avec l’IA. Face à cette prédation des contenus, il est urgent de faire reconnaître une présomption d’utilisation comme le suggère une proposition de loi transpartisane, votée au Sénat mais toujours pas inscrite à l’Assemblée nationale.

De plus, ce progrès porte en lui une autre menace : derrière chaque requête adressée à une IA générative se cachent des centres de données gigantesques avec leurs quantités colossales d’électricité, leurs millions de litres d’eau utilisés pour refroidir les serveurs, leurs minerais rares extraits dans des conditions souvent dramatiques. Le numérique repose sur une exploitation des ressources naturelles et du travail humain, épuise la nature et le vivant.

Alors que les libéraux demandent aux peuples de réduire leur consommation énergétique, ils soutiennent sans limite une industrie numérique dont l’empreinte carbone explose. Le capitalisme prédateur dans toute sa splendeur, provoquant inflation, précarité et dérèglement climatique, comme nous venons encore de le vivre avec le mois de mai le plus chaud de l’histoire.

Et pendant ce temps, les logiques guerrières s’installent partout et l’intelligence artificielle devient un instrument militaire. Des drones autonomes aux systèmes de surveillance de masse, la technologie participe désormais directement à la guerre contemporaine. Or, la paix ne se construit pas avec des algorithmes. Elle se construit par la coopération, le droit international, la justice sociale et la souveraineté des peuples.

Nous devons refuser cette fatalité technologique. L’intelligence artificielle peut être utile si elle est un outil au service de l’humain, encadré démocratiquement, transparent, soumis à des exigences sociales et écologiques strictes. Même le pape semble considérer qu’il serait temps d’ouvrir les yeux. « L’intelligence artificielle doit être désarmée, (…) libérée des logiques qui en font un instrument de domination, d’exclusion ou de mort. »

Face aux empires numériques et aux marchands de guerre, le progrès n’a de sens que s’il sert l’émancipation. Faisons confiance à l’intelligence humaine !

 

vendredi 5 juin 2026

« El Niño : une alerte climatique urgente », l’éditorial de Rosa Moussaoui.



Dans son livre Génocides tropicaux, paru en 2001, l’intellectuel américain Mike Davis décrivait comment l’expansion du capitalisme colonial, à la fin du XIXe siècle, a décuplé les effets dévastateurs d’un phénomène climatique extrême, aujourd’hui connu sous le nom d’El Niño. Cette oscillation récurrente des courants océaniques et des pressions atmosphériques provoque un réchauffement des eaux de surface du Pacifique équatorial propre à bouleverser les régimes météorologiques à l’échelle globale.

Entre 1870 et 1900, les dérèglements suscités par El Niño furent tels que les sécheresses et les inondations cataclysmiques en Inde, en Chine, au Brésil et jusqu’en Afrique provoquèrent de graves épidémies, des mouvements d’exode rural, des famines abominables et des révoltes matées dans le sang. Les politiques impériales et l’intégration forcée au marché mondial ont détruit, à l’époque, les systèmes locaux de subsistance, tout en privilégiant l’accumulation de bénéfices liés aux exportations, au détriment des vies humaines. Bilan : 30 à 60 millions de morts.

Preuve que ce sont bel et bien des choix politiques criminels qui transforment des phénomènes naturels en catastrophes meurtrières. Un « super El Niño » est en cours de formation. Dans un monde livré au réchauffement climatique d’origine productiviste, aux guerres impérialistes, où le libre-échange financiarisé dope la spéculation sur les matières premières alimentaires, il « jettera de l’huile sur le feu », prévient l’Organisation météorologique mondiale.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, appelle à prendre très au sérieux cette « alerte climatique urgente » : « La seule réponse efficace est une action à la hauteur de la crise : mettre fin à notre dépendance aux énergies fossiles, accélérer la transition vers les énergies renouvelables, protéger les populations les plus vulnérables. » Ce qui se dessine n’est pas seulement un épisode de plus dans la crise climatique en cours : c’est une nouvelle manifestation potentiellement tragique de la faillite totale d’un système. Celle d’un capitalisme mondialisé prêt à attiser l’incendie pour étancher sa soif inextinguible d’hydrocarbures et de profits. Le temps presse. En sortir est une question de survie.

 

« Irréductibles Normands », le billet de Maurice Ulrich.



On connaissait les irréductibles Gaulois. Voici les irréductibles Normands. L’association Langrune en commun, sur la côte normande, s’oppose fermement à la venue dans la commune de Langrune-sur-Mer, 2 000 habitants, du secrétaire américain à la Guerre, Pete Hegseth, pour les cérémonies du 82e anniversaire du débarquement du 6 juin 1944, qui doivent s’y dérouler

L’association a déclaré dans un communiqué que le représentant américain, très proche de Donald Trump, « porte des valeurs contraires à la démocratie, aux droits de l’homme et à la paix. En attestent ses nombreux propos anti-européens et suprémacistes états-uniens. L’honneur de Langrune, celui de la France et le souvenir des jeunes Américains, Britanniques ou Canadiens morts sur nos plages commanderaient d’annuler la visite de cet individu ».

Ancien journaliste de la chaîne ultra-conservatrice Fox News, évangéliste, Pete Hegseth est connu pour ses positions réactionnaires dans tous les domaines. La protestation sera sans effet mais, chers irréductibles Normands, bravo et merci.

 

jeudi 4 juin 2026

« Chlordécone : au-delà du symbole, l’urgence de la réparation », l’éditorial de Marion d’Allard.



C’est un premier pas. Il en faudra bien d’autres. À l’unanimité, l’Assemblée nationale vient de reconnaître la responsabilité de l’État dans le scandale du chlordécone aux Antilles. Ou plus exactement, « la part » de responsabilité de l’État là où, en vérité, il en porte l’entièreté. Utilisé dans les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique de 1972 à – officiellement – 1993, ce pesticide interdit partout ailleurs, y compris dans l’Hexagone, a contaminé 90 % de la population, détruit pour des siècles une partie des écosystèmes régionaux, pollué nappes phréatiques et cours d’eau.

Sourdes aux alertes de l’Organisation mondiale de la santé, les autorités françaises ont alors délibérément laissé faire. Cancers de la prostate, grossesses à risques, accouchements prématurés, en Guadeloupe et en Martinique, la population paye encore l’immense facture d’un scandale d’État, désastre sanitaire mâtiné d’un colonialisme puant.

Le vote du Parlement est une reconnaissance de la longue lutte des victimes. Indéniablement. Mais nul ne saurait se satisfaire d’un simple symbole. Celles et ceux qui souffrent des conséquences d’une exposition au chlordécone, celles et ceux qui vivent dans l’angoisse quotidienne d’un diagnostic funeste méritent bien davantage. Si le texte adopté prévoit bel et bien que l’État s’attelle enfin à la dépollution des terres et des eaux contaminées, l’indemnisation des victimes, elle, reste mentionnée au titre d’« objectif ». Là s’ouvre un nouveau front. Celui de la justice et donc de la réparation.

Polluants éternels, cadmium, néonicotinoïdes… Les impacts environnementaux et sanitaires de l’usage massif de molécules dangereuses ne sont pas que de l’histoire ancienne. Ils alourdissent d’autant la note de l’incurie de l’État. Chaque recul, chaque dérogation à l’utilisation de ces produits toxiques est un pas de plus dans la pire des directions. La mobilisation citoyenne s’intensifie à mesure que les affaires se multiplient. Elle doit trouver un écho politique. Il y va de la sécurité sanitaire. Du droit élémentaire à vivre en bonne santé.

« Victoire du PSG : le Figaro déçu par la justice », le billet de Maurice Ulrich.



On sent comme une déception du Figaro avec les premiers jugements en comparution immédiate suivant les interpellations de la soirée de samedi après la victoire du PSG. « Ce soir-là, le chaos s’imposait aux Français, avec des hordes d‘individus au torse nu, hurlant et maniant des mortiers, des scènes de saccage de mobilier urbain et de magasins, de flux et de reflux d’individus aux comportements extrêmes »

On a même vu un député macroniste, Karl Olive, juché sans retenue sur le capot d’une voiture. C’est dire le déchaînement. Mais voilà, après le choc, « la dissonance des peines ». C’est que, parfois, comme à Toulouse, selon le procureur, « les 18 gardes à vue du week-end correspondent à une opération de “ramassage” qui ne permet pas toujours d’établir les responsabilités ». On ne sait pas toujours ce qu’on va trouver dans le chalut.

Mais, surtout, sous-titre l’article du quotidien, « si la réponse pénale est systématique, elle se traduit très peu par des peines de prison ferme, faute d’antécédents judiciaires chez les jeunes prévenus ». Pour un peu, on va se dire que c’est dommage.

« Mort de Lyhanna : la pitoyable dérobade de Gérald Darmanin », l’éditorial de Marie-José Sirach.

L’émotion suscitée par la mort de la petite Lyhanna et les révélations sur les antécédents du principal suspect provoquent une onde de ch...