Imagine-t-on une candidate à
la fonction suprême faire campagne fraîchement condamnée en
appel ? Ce sera une première dans
l’histoire de la Ve République. Une première qui dit quelque chose de
l’état de notre démocratie. En choisissant de se pourvoir en
cassation, Marine Le Pen a donc choisi d’enjamber la case prison
(en l’occurrence le port du bracelet électronique) pour se
lancer pour la 4 e fois à l’assaut de l’Élysée.
La délinquante
en col blanc part cette fois lestée d’un sacré boulet au
pied. L’arrêt rendu par la Cour d’appel, bien plus clément que les cinq
ans d’inéligibilité réclamés par le parquet général, complique désormais le
récit de « l’acharnement du système » à l’encontre de ces oies
blanches que seraient les dirigeants du Rn.
Le parti
d’extrême droite a dû réécrire à la hâte le récit qu’il avait commencé à
installer : celui d’une candidate « naturelle » empêchée
par un « système » judiciaire hostile et autres « juges
rouges », que le RN avait jetés en pâture après le jugement de première
instance en mars 2025, encourageant des campagnes de harcèlement d’une
violence inédite contre des magistrats. Lors de son passage à TF1, la candidate
aux mains sales a forcé le trait d’une stature
présidentielle apaisée. Marine Le Pen a visiblement jugé plus
supportable le boulet de la condamnation que de regarder, depuis les
gradins, l’ascension d’un successeur susceptible de lui échapper.
Jordan
Bardella aurait sans doute été un adversaire moins redoutable. Ses récentes prises de position en faveur d’un
report de l’âge légal de départ à la retraite, ses déclarations d’amour au
grand patronat, son idylle avec une descendante bling-bling des rois
de France, auraient pu détourner une partie de l’électorat populaire du RN.
Le programme
reste le même, les dangers qu’il représente intacts,
et les difficultés de l’adversaire ne font jamais, à elles
seules, les victoires de demain. D’autant que la stratégie de la cassation
a un autre mérite pour la candidate d’extrême droite : continuer
de saturer l’espace médiatique avec ce feuilleton judiciaire interminable.






