mardi 30 juin 2026

« Refuser de mourir au temps du capitalocène » par Patrick Le Hyaric.



Si un vent frais caresse à nouveau notre visage, si une pluie fine ou un orage pacifique vient rafraîchir sols et corps, si les vaches et les poulets respirent, si l’herbe tente de reprendre ses couleurs, de grâce, n’oublions pas la fournaise. Elle annonce déjà qu’elle reviendra.

De grâce, n’oublions pas ces milliers de décès dont nous ne saurons qu’une part de vérité, ces accidents au travail, ces corps dont l’usure a été accélérée. N’oublions pas les hôpitaux en surchauffe, les écoles inhospitalières. Gardons à l’esprit ce qui ne se voit pas. Les effets différés qui éprouveront durablement les chairs, les sols, les rivières, les forêts, les océans.

De grâce, ne croyons pas que nous retournerons au monde d’avant. Les bouleversements climatiques d’aujourd’hui sont le résultat des rejets de gaz carbonique dans l’atmosphère depuis des dizaines d’années. Les pouvoirs ont refusé d’entendre les scientifiques qui, hier, n’ont cessé d’alerter. Ces mêmes scientifiques qui, aujourd’hui, mettent en garde contre la possibilité de températures de 47 à 50 degrés d’ici vingt ans.

C’est dire le niveau de violence contre les êtres humains et la Terre qui se prépare.

Bien sûr, de leurs confortables salles climatisées, les chroniqueurs de l’acceptation du capitalisme, qui font profession de détecter en tout défenseur de l’environnement un « écoterroriste », cachent ce redoutable franchissement d’une marche supplémentaire vers la grande catastrophe. Le bulletin météo a moins d’importance pour eux que les cours de Bourse indiquant la valorisation des multinationales extractivistes du pétrole, du cobalt, du titane, du coltan ou de l’eau.

Pour camoufler leurs responsabilités dans l’incendie, ils nous enjoignent de discuter de la taille des climatiseurs.

 

Avec le même aplomb, ils défendent l’économie capitaliste comme une force neutre imposant sa loi aux êtres humains et présentent la chaleur ou les pluies torrentielles, la fonte des glaciers ou les éboulements comme un produit de la fatalité auquel il faudrait « s’adapter ».

Comme on les comprend ! Rechercher les causes fondamentales du chaos climatique obligerait à faire réfléchir sur la nature du système économique pour le remettre en cause. Les nier permet, du même mouvement,de nier l’accentuation de l’exploitation capitaliste sur les corps réduits en force de travail. C’est le sens de la médiocre sortie du prétendu ministre du Travail selon lequel : « on ne peut pas mettre le pays à l’arrêt ». En vérité, c’est l’exploitation du travail, dans n’importe quelle condition, pour assurer l’accumulation et la rentabilité du capital qu’il ne veut pas « mettre à l’arrêt ».

L’heure où éclatera au grand jour la responsabilité des pouvoirs économiques et de leurs mandataires politiques dans le grand réchauffement de la planète est proche. Elle sera qualifiée de criminelle.

Cette caste et cette classe contrôlent et dominent le travail, s’accaparent les richesses, imposent leurs vues économiques et un mode de production basé sur la combustion sans limite d’énergies carbonées. Elles contrôlent les oligopoles numériques, sécuritaires et militaires, et s’emparent des moyens de communication pour mettre l’information en jachère. Elles mettent directement en cause notre humanité tout en disposant des moyens de rafraîchir leurs corps et leurs lieux de vie. Voilà l’inégalité devant le cataclysme.

Le capitalocène est impulsé sous l’égide de cette caste d’oligarques droguée aux énergies carbonées, à l’extraction des matières rares pour alimenter les centres de données (datacenters), à la course aux armements, aux nouvelles armes de la surveillance, aux aliments transformés issus de l’agriculture industrialisée, à la spéculation sur toutes les matières premières et aux dettes financières dont ils se repaissent. Anti-environnementaux, ils remplacent la démocratie par la « thermocratie capitaliste ». Celle qui ne pense l’avenir que dans l’odeur du pétrole et du gaz, que pour une relance de la « croissance capitaliste » au détriment du développement humain et de la revitalisation de la biodiversité. Celle qui phagocyte la nature pour la contraindre à produire aussi pour l’accumulation du capital. C’est tout l’enjeu des lois dites « d’urgence agricole » ou des projets de grands travaux artificialisant les sols, détruisant des biodiversités, ou encore des décisions européennes visant à détricoter le corpus du droit à l’environnement, jusqu’à ce pas supplémentaire vers la brevetabilité du vivant franchi la semaine dernière.

Sans nier les nécessités de court terme de « s’adapter » pour soulager ce qui peut l’être, il convient de combattre toutes les thèses de l’accommodement, de l’accoutumance au changement climatique. Le projet politique de la seule « adaptation » vise à déporter l’enjeu fondamental : continuer ainsi, c’est créer les conditions d’une Terre inhabitable !

Les cercles du « technosolutionnisme » capitaliste agitent encore le panneau de dérivation, car leur objectif est de créer sans cesse des marchandises nouvelles en faisant croire qu’une technologie nouvelle permettra de réparer les dégâts qu’ils ont eux-mêmes créés. Pour eux, la fournaise ou les inondations, les forêts qui brûlent et le bitume qui fond deviennent une bonne affaire pour la... « croissance ».

Or, la possibilité de la vie sur Terre devient incompatible avec un mode de développement capitaliste destructeur. L’urgence d’un postcapitalisme frappe bien à toutes les portes.

Au pays de la grande Révolution française, du Front populaire, du Conseil national de la Résistance, n’avons-nous pas à ajouter une grosse pierre à l’œuvre sociale, politique, démocratique des progressistes et des révolutionnaires qui nous ont précédés ?

Au nom de la survie de l’humanité, les canicules qui se répètent nous y appellent, hurlant l’urgence.

Nous devons avoir l’audace de relever l’inédit défi comme d’autres l’ont fait avant nous dans les conditions de leur époque : inventer un projet politique, démocratique, social, de développement humain, environnemental et de paix permettant d’empêcher l’anéantissement de la vie sur Terre menacée par la double combinaison de la course aux armements et des bouleversements climatiques.

L’effort à produire est plus important encore que ce qui a été fait à la Libération. À l’époque, il fallait « reconstruire ». Aujourd’hui, il s’agit de repenser de fond en comble nos manières de produire, de consommer, de vivre en respect et à égalité avec l’ensemble du vivant et du non-vivant. Aujourd’hui, il s’agit d’engager un processus long de transformation structurelle en liant, en combinant, en mariant combat contre les inégalités et bifurcation environnementale, amélioration de la santé et revitalisation de la biodiversité, nature et sens de la production maîtrisée par les productrices et producteurs eux-mêmes, impulsion d’une programmation audacieuse pour des services publics du transport, du logement, y compris en ruralité, de la transition agroécologique, mariage d’une sécurité sociale rénovée, démocratisée et d’une sécurité sociale environnementale, coopération mondiale pour des co-développements humains, actions pour la paix et économie de la paix.

Le défi à relever est inédit. Plus exigeant, plus important, plus audacieux encore que la reconstruction du pays au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Il oblige à sortir des sentiers battus, des vieilles matrices politiques, des simplismes et de la pauvreté des débats publics actuels, notamment les polémiques stériles dans le camp progressiste, alors que l’heure est à porter un projet de révolution sociale, démocratique et environnementale. Il oblige à prendre l’initiative d’une grande discussion, d’une conversation nationale se détournant d’un agenda médiatique qui sert le pire. C’est une vaste coélaboration collective d’un changement structurel qui devrait être proposée à nos concitoyennes et concitoyens et aux travailleuses et aux travailleurs : refuser de mourir au temps du capitalocène et vivre en symbiose avec tout le vivant en portant une nouvelle civilisation.

Patrick Le Hyaric

Le 29 juin 2026.

 

« Pour l’extrême droite, le vivre ensemble n’existe plus », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



C’est devenu un automatisme. Un drame survient — la mort tragique du jeune Louis — et la machine de récupération de l’extrême droite s’empare du drame. En l’espèce, dans les premières heures, c’est la tentative d’imposer la rhétorique du « francocide » dans l’espace médiatique.

L’enjeu : plaquer une grille de lecture ethno-identitaire immédiate, en faisant du crime l’épisode d’une guerre civile en cours. Lorsque l’enquête progresse et que les faits viennent faire voler cette fable en éclats, l’histoire change avec une formidable plasticité.

Exit le « francocide ». Les fabricants de haine et de division opèrent un virage sémantique vers l’« ensauvagement » ou la « décivilisation ». Le coupable idéal change de visage, mais la conclusion reste identique : une partie de la société est dangereuse.

Alors, pour légitimer une chaîne d’équivalences anxiogènes où tout se vaut, on mêle un meurtre sordide, des débordements un soir de victoire du PSG ou de simples incivilités liées à la canicule et l’on pointe du doigt ceux que l’on définit d’une formule : « Toujours les mêmes ».

Le gommage méthodique de toutes les problématiques de classe construit ainsi artificiellement le sentiment d’une anomie totale. L’enjeu : convaincre la société qu’il serait désormais impossible de vivre ensemble et pousser chaque citoyen à se barricader derrière des blocs identitaires étanches.

Le véritable objectif de l’extrême droite et de ses relais médiatiques est d’arriver à un point de non-retour. Avec l’instrumentalisation systématique des faits divers, ils visent ce point de bascule où la frénésie numérique finit par se transformer en violence dans la rue.

Ce moment où la haine de l’autre se substitue à la solidarité de classe. L’extrême droite cherche à importer le modèle des violentes attaques racistes qui ont ensanglanté Belfast au début de cette année 2026. Ce qu’elle veut, c’est utiliser les mois qui nous séparent des échéances électorales pour faire un pari sur la haine afin d’installer un climat de terreur. La Fête de l’Humanité et sa préparation doivent être une opportunité de déjouer ce piège.

 

« Luc Ferry, la canicule et les fours nazis », le billet de Maurice Ulrich.



On ignore à ce jour le nombre de morts dues à la canicule. Pour Luc Ferry, l’ancien nouveau philosophe, ancien ministre de l’Éducation nationale de Nicolas Sarkozy, l’épisode est insignifiant. « On est quand même capables de supporter ça. »

Dans son émission l’Heure de Ferry sur LCI dimanche, il a pris pourtant un coup de chaud en réagissant aux propos plutôt sensés, et ça mérite d’être relevé car ils sont rares, de la ministre de la Transition écologique disant que mettre la clim partout ne réglerait pas grand-chose : « C’est d’une rare bêtise. Je ne comprends pas que cette dame puisse être ministre, c’est délirant. »

Et là, sa bouilloire a explosé : « Franchement dans quel monde on vit ? Mon père s‘est évadé quatre fois des camps nazis. Il faisait très chaud aussi, surtout dans le four qu’on avait préparé pour lui. C’est comme si la seule chose qui comptait en France c’était la canicule et le foot. » Utiliser la Shoah pour minimiser la canicule… C’est délirant. Il l’a fait.

 

lundi 29 juin 2026

« Canicules, chaleurs extrêmes : le capitalisme tue », l’éditorial de Rosa Moussaoui.



Les catastrophes climatiques se succèdent et chacune d’entre elles est l’occasion de redécouvrir la vulnérabilité de sociétés où l’austérité, l’argent roi et l’impératif de rentabilité brisent toutes les solidarités et bloquent des transitions pourtant vitales.

Les bilans diront l’ampleur de l’hécatombe laissée par la canicule qui s’achève. En attendant la prochaine, la stupeur que feignent les décideurs est indécente. Les conséquences meurtrières de ces chaleurs extrêmes sont le résultat parfaitement prévisible du rejet dans l’atmosphère de 40 milliards de tonnes de CO2 chaque année.

Le chaos climatique était annoncé. Et la désinvolture avec laquelle les gouvernements ont jusqu’ici traité les alarmes des scientifiques est tout simplement criminelle. Alors que les fonds manquent, nous dit-on, pour financer des politiques d’atténuation et d’adaptation, le patrimoine des 500 plus grandes fortunes professionnelles françaises a bondi de 80 à 1 128 milliards d’euros entre 1996 et 2025.

Non, nous ne sommes pas égaux devant le cataclysme. Les capitalistes vivent dans un autre monde : ils se fichent éperdument de ceux qui suffoquent parfois jusqu’à la mort dans des logements à plus de 35 degrés, des hôpitaux débordés, réduits à obstruer leurs fenêtres de couvertures de survie, des champs et des forêts brûlés, des oiseaux tombés d’épuisement en plein vol.

Le fragile équilibre qui a rendu possible la vie sur Terre a mis des milliards d’années à éclore. Le capitalisme le détruit en quelques siècles pour satisfaire la voracité d’une petite caste de possédants. « Parmi les causes qui dans l’histoire de l’humanité ont déjà fait disparaître tant de civilisations, il faudrait compter en première ligne la brutale violence avec laquelle la plupart des nations traitaient la terre », écrivait en 1866, déjà, le géographe Élisée Reclus.

À l’heure de la civilisation globale, sans révolution climatique, c’est l’humanité tout entière qui est menacée de sombrer. L’urgence est donc au renversement de choix politiques qui condamnent tant de vies pour entretenir les privilèges de quelques-uns. L’alternative est nette : la sortie de ce système barbare ou l’extinction.

 

« Christine Kelly et les écolos dans le JDD : il faut s’hydrater ! », le billet de Maurice Ulrich.



Animatrice de Face à l’info sur CNews, Christine Kelly nous confie dans sa chronique du Journal du Dimanche avoir reçu cet émouvant message de Lola, une téléspectatrice avec qui, comme avec quelques autres – le croirait-on ? –, elle s’entretient pendant des heures.

« Bonjour ma Christine. J’ai dormi sous une tente dans mon jardin avec deux de mes enfants. Et toi, comment vas-tu ? » Mais voilà qu’après cela, elle découvre une nouvelle effarante : « Pendant que les Français pleurent parce qu’ils régressent, c’est la fête chez les écologistes. Alors que la France suffoque sous une canicule historique, ils organisent leurs Universités des ruralités à Gaillac. » Incroyable !

Mais ce n’est pas tout. « Quarante ans d’écologie politique pour suffoquer », dit-elle, et « après quarante ans, les villes dirigées par les écologistes n’échappent pas à la canicule ». Ils n’ont toujours pas réussi non plus à arrêter le financement des énergies fossiles par les grandes banques, à ramener Total à la raison, à stopper la fonte de la banquise… La canicule fatigue les cerveaux. Il faut s’hydrater, Christine Kelly.

 

dimanche 28 juin 2026

1000 milliards de dollars c’est beaucoup, comment ? Le billet de Fabien Gay.

 


Le chiffre est tellement absurde qu’il en devient abstrait. Comme les distances astronomiques ou l’âge de l’univers, notre cerveau peine à le saisir. Pourtant, derrière ce nombre se cache désormais une fortune personnelle. Celle d’Elon Musk.

Dans les médias, l’annonce a été traitée comme une prouesse. Un exploit. Une nouvelle étape dans la conquête entrepreneuriale. En introduisant en bourse SpaceX, le milliardaire américain aurait franchi un seuil inédit dans l’histoire du capitalisme : devenir un « billionnaire », possesseur d’une fortune évaluée à plus de 1 000 milliards de dollars.


Mais mille milliards, c’est combien exactement ?

C’est l’équivalent de plus de 50 millions d’années de SMIC pour un travailleur. Ou bien faire 9 milliards de pleins d’essence ou de paniers de courses. 

Une somme qu’aucun être humain ne peut gagner par son seul travail.


Car derrière chaque milliard engrangé par Musk se trouvent des travailleurs, des ingénieurs, des manutentionnaires, des livreurs, des enseignants, des soignantes, des techniciens. Derrière chaque fortune colossale se trouve une accumulation de richesse produite collectivement mais appropriée par le plus petit nombre – voire par une seule personne.

Et qui investit dans ces empires financiers ? Les fonds de pension, les banques, les assurances, les fonds spéculatifs. Ils n’investissent pas pour la beauté du geste ni pour le progrès de l’humanité. Ils attendent un retour. Toujours plus élevé. Toujours plus rapide.


Le capitalisme contemporain ne se contente plus de produire des marchandises. Il produit de la valeur fictive. De l’argent qui engendre de l’argent. Des actions qui prennent de la valeur parce que d’autres pensent qu’elles en prendront davantage demain.

Cette spéculation géante s’invite dans notre quotidien. Elle fait grimper le prix des logements. Elle renchérit l’énergie. Elle pèse sur les matières premières agricoles. Elle transforme la terre, l’eau, les céréales et même les données personnelles en actifs financiers.


Pendant ce temps, ceux qui travaillent voient leur pouvoir d’achat stagner ou reculer.

La fortune de Musk n’est pas seulement financière. Elle est politique.

Après avoir été l’un des plus gros contributeurs de la campagne de Donald Trump, le patron de Tesla, SpaceX et X s’est imposé comme un acteur politique de courte durée. Son réseau social est devenu un terrain d’expérimentation idéologique où prospèrent désinformation, théories complotistes, discours racistes et xénophobes sous couvert de liberté d’expression absolue. Une idéologie qui a façonné et libéré la folie  MAGA de la dernière campagne de Trump. 


Loin d’être neutres, les plateformes numériques façonnent aujourd’hui le débat public. Les algorithmes sélectionnent ce qui sera vu, partagé ou oublié. Le pouvoir économique devient pouvoir culturel, puis pouvoir politique.

En France, plusieurs enquêtes ont été ouvertes concernant le fonctionnement de X, notamment sur la modération des contenus et certaines pratiques techniques. Derrière les promesses de transparence se dessine une concentration sans précédent du contrôle de l’information.

Et l’ambition de Musk ne s’arrête pas là.

Par exemple, avec son entreprise Neuralink, il rêve de connecter directement le cerveau humain à la machine, en intégrant des puces dans le corps humain. Avec ses projets de robotique et d’intelligence artificielle, il promet une « civilisation galactique ». Une nouvelle humanité augmentée, après avoir voulu conquérir l’espace. 

 

L’idée de créer un « homme nouveau » n’est pas neuve.

« Si le communisme ne devait pas conduire à la création d’un homme nouveau, il n’aurait aucun sens », disait Che Guevara.

Mais entre l’émancipation collective imaginée par les révolutionnaires et l’augmentation technologique pilotée par des multinationales privées, il existe un fossé immense.

Dans un cas, il s’agit de libérer l’être humain de l’exploitation.

Dans l’autre, de l’adapter à un système qui produit toujours plus d’inégalités.

Cette évolution s’accompagne d’une inquiétante convergence entre grandes fortunes et extrême-droite. 

Aux États-Unis comme en Europe, certains milliardaires soutiennent ouvertement des forces politiques réactionnaires. Ainsi, Elon Musk a montré son soutien à l’AfD en Allemagne et à Giorgia Meloni en Italie. 

 

En France, les liens entre grands groupes économiques, concentration médiatique et extrême droite deviennent chaque année plus visibles.

Antonio Gramsci écrivait : « Le fascisme est un mouvement social, il est l’expression organique de la classe possédante en lutte contre les exigences vitales de la classe travailleuse. »

Lorsque les inégalités atteignent des sommets historiques, lorsque quelques individus possèdent davantage que des dizaines de millions de travailleurs réunis, la démocratie elle-même se fragilise.

La question n’est donc pas de savoir si Elon Musk est un génie, un visionnaire ou un provocateur. La question est de savoir dans quel monde nous voulons vivre. Un monde où mille milliards de dollars peuvent s’accumuler dans les mains d’un seul homme tandis que des millions de personnes comptent chaque euro à la fin du mois ?

 

Ou un monde où les immenses richesses produites collectivement servent enfin l’intérêt général ?

Comme ses fusées, l’empire financier d’Elon Musk explosera-t-il en plein vol ?

samedi 27 juin 2026

« La canicule la plus fraîche du reste du siècle », l’éditorial de Sébastien Crépel.



Une hausse de température de 4 petits degrés Celsius : dit ainsi, cela ne semble pas insurmontable. C’est pourtant le défi du siècle. La France, comme la planète entière, se réchauffe. Mais plus vite et plus fort que le reste du monde. Le pire est à venir, à croire la géographe Magali Reghezza-Zitt.

« On est en train de vivre l’une des années les plus froides du reste de notre vie », résumait de manière saisissante, le 22 juin, sur France Inter, cette ancienne membre du Haut Conseil pour le climat. Réjouissons-nous que les canicules soient encore fraîches…

Quatre degrés supplémentaires, c’est une moyenne, selon un scénario de référence pour 2100 établi par Météo France à la demande du gouvernement. Mais ce chiffre recouvre une diversité de situations qui risque de rendre difficilement vivable notre pays, dont les structures sont adaptées à un climat dit « tempéré ».

Cette situation géographique optimale vantée dans les vieux manuels scolaires ne sera-t-elle plus qu’un souvenir dans dix, vingt ou cinquante ans ? En réalité, le climat a déjà changé et ne ressemble plus à la France « des genêts de Bretagne aux bruyères d’Ardèche » chère à Jean Ferrat. Deux degrés de plus, soit la moitié du réchauffement attendu d’ici à 2100, sont désormais notre quotidien. Et déjà, on suffoque. Les 42 ou 43 °C ont été franchis localement en début de semaine.

Quatre degrés de plus, cela signifie concrètement dix fois plus de jours de vagues de chaleur. Des pointes à 50 °C seront possibles vers 2050, peut-être avant, et courantes en 2100. Pour rappel, cette température n’a encore été atteinte en nul point de notre pays. Et on ne parle pas des pluies diluviennes ni des sécheresses saisonnières extrêmes. Les enfants qui naissent aujourd’hui devront vivre sous la mousson du Gard et la saison sèche de la Creuse.

C’est dire si l’adaptation au changement du climat est devenue aussi déterminante et urgente que la lutte contre ce dernier. Mais alors que les trajectoires climatiques sont fortement dépendantes du respect par les différents pays des accords internationaux, à l’instar de celui de Paris, le chantier de l’adaptation est d’abord une question nationale. Le temps presse : depuis 2021, les scénarios du réchauffement ont été revus à la hausse pour la France.

Et, malgré cela, l’intensité et la durée de la vague de chaleur qui a frappé en ce mois de juin ont encore surpris les prévisionnistes. Mais si la température s’emballe, le gouvernement, lui, freine brusquement toute ambition politique digne de ce nom. Crédits réduits pour la rénovation des bâtiments, « fonds vert » pour les collectivités passé de 2,5 milliards en 2024 à 850 millions d’euros cette année. L’austérité est l’alliée du réchauffement.

Jamais avare de diversion démagogique, le RN a lancé le débat sur la climatisation à tout-va comme réponse à tous nos maux, alors qu’elle ne peut être qu’une solution de secours pour une partie des plus fragiles dans les Ehpad, les écoles, les hôpitaux. Mais, pour cela, il faut débloquer des moyens, donc rompre avec l’austérité.

Où est le RN quand il faut l’exiger ? Et quid des millions de résidents du logement social, des travailleurs des métiers pénibles ? Surtout, la climatisation ne fait que déplacer la chaleur, donc le problème. Or, pendant ce temps, s’éteint doucement l’ambition de végétalisation des villes et des villages, de l’aménagement cyclable, de la rénovation des écoles, solutions bien plus durables et, finalement, plus efficaces.

L’austérité met en danger d’abord les plus vulnérables : eux n’ont ni climatiseur ni piscine à domicile pour se rafraîchir. Ils ne peuvent compter que sur le service public. La lutte pour l’adaptation est leur lutte, une lutte de classe.

« Refuser de mourir au temps du capitalocène » par Patrick Le Hyaric.

Si un vent frais caresse à nouveau notre visage, si une pluie fine ou un orage pacifique vient rafraîchir sols et corps, si les vaches et ...