Les grosses
caisses de la fanfare du grand patronat français reprennent de plus en plus
la rythmique autoritaire trumpiste.
À coups de
sondages, de tribunes et d’interventions dans les médias, ils accréditent
l’idée d’installer directement les puissances industrielles et financières au
cœur de l’État et à l’Élysée pour que « La France soit mieux gérée ».
Grossier
stratagème. Non pas pour mieux faire France, mais pour la défaire. Non pas pour
mieux gérer l’État, mais pour détruire l’État social. Non pas pour la
modernisation des services publics mais pour leur privatisation. Non pas pour
améliorer la vie des gens, mais pour les enrôler dans l’austère économie de
guerre.
Les « 100 familles » possédantes ne font
plus confiance à Macron
Les
rodomontades de Trump au sommet de Davos aiguisant la guerre intracapitaliste,
encouragent le grand capital européen dans son exigence d’être débarrassé
de toutes entraves à l’amélioration des taux de profits et à
l’accumulation. L’Association française des entreprises privées (AFEP) – qui
regroupe les 120 entreprises privées les plus importantes du pays – véritable
bureau politique du capitalisme français, est à la manœuvre. Ce
groupe des « 100 familles » possédantes ne fait plus confiance à M.
Macron, à qui ils ne pardonnent pas la dissolution de l’Assemblée nationale le
9 juin 2024. Il cherche désormais à la fois une autre voix et une autre
voie pour sécuriser leur domination. Pourtant, l’ancien président du
MEDEF, M. Roux de Bézieux, ne cachait pas, en décembre 2024, dans un
article de la revue Challenges, que ses comparses avaient été très bien servis.
« C’est une période miraculeuse pour les entreprises, se réjouissait-il.
On a baissé l’impôt sur les sociétés, supprimé l’ISF, réformé le Code du
travail, déployé un plan de compétitivité… Les entreprises n’ont
jamais été autant soutenues ».
L’inextinguible la soif d’accumulation du capital
européen et français
L’Humanité et
d’autres médias ont maintes fois documenté la manière dont les grandes
entreprises ont bénéficié depuis 2017 de baisses massives d’impôts, de la
suppression partielle de l’Impôt sur les grandes fortunes, de la transformation
du CICE en allègement durable de cotisations,
d’affaiblissements du droit du travail et de centaines de
milliards d’euros de soutien public. Mais cela ne suffit pas à étancher la soif
d’accumulation du capital européen et français.
Comme aux
États-Unis, les possédants veulent se protéger par une nouvelle mutation du
capitalisme nécessitant une reconfiguration politique des forces
conservatrices et réactionnaires, et une division accélérée des forces de
gauche. La stigmatisation déchaînée du mouvement réformiste « La France
insoumise », repeinte en parti « d’extrême gauche », vise
en réalité à faciliter les passerelles entre droite et extrême droite, à
en finir avec le « front républicain » pour, au bout du compte,
empêcher tout projet de changement.
Le thème
central de la bataille idéologique engagée lors des récentes discussions
budgétaires avait cet objectif. À partir du gouffre de dettes qu’ils ont
contribué à creuser, les forces conservatrices construisent un récit d’un
confusionnisme abyssal dans lequel l’État social, la fonction publique et les
services publics sont opposés à la « France qui travaille ».
S’y ajoute un
matraquage idéologique des plus humbles et des dépossédés, les poussant à
accepter, comme une évidence, le sort qui leur est réservé, jusqu’à leur
demander de se priver de leur capacité d’action politique.
–
L’antiparlementarisme, complété d’un épandage industriel de propagande de
discrédit de la politique, renforce l’extrémisation des droites et la
normalisation de l’extrême droite compatible avec « les enjeux économiques ».
– Une cohorte
d’experts, de journalistes, de cadres de la haute finance en lien avec les
journaux économiques – Les Échos, Challenges et l’Opinion, détenus par B.
Arnault – défilent en rang serré sur les écrans pour porter la bonne parole
pro-business.
Qu’est-ce qui
justifie, par exemple, que le rédacteur en chef des Échos, journal des
milieux d’affaires, Dominique Seux ait droit chaque matin, depuis des
années, à un éditorial économique sur France Inter ?
Des porte-voix,
de la galaxie des droites extrémisées, en lien avec les
cercles trumpistes, comme l’Institut Thomas More, la Fondation pour
l’innovation politique, l’Institut Montaigne, l’Institut Sapiens,
l’Ifrap et tant d’autres, présentés comme des « spécialistes »,
viennent débiter quotidiennement les mêmes thèses gonflées au mépris des
classes populaires dans les grands médias.
– Un déluge
d’enquêtes d’opinion biaisées valide le dénigrement des forces politiques, de
la politique en général, afin d’accréditer la thèse selon laquelle la France
serait mieux gérée si elle était dirigée directement par le grand patronat. À
l’image des magnats de la Tech, de l’immobilier et du militarisme qui se sont
emparés de la Maison Blanche.
Des questions de droite appelant des réponses de
droite
C’est en ce sens
que la très droitière Fondation pour l’Innovation Politique (Fondapol),
associée au Cercle des Entrepreneurs Engagés, fondé par Hervé Novelli, ancien
ministre de Nicolas Sarkozy et figure de la droite libérale favorable à la
dérégulation et à la baisse des impôts, a commandé une enquête sur mesure à
l’institut OpinionWay. Celle-ci a fait la une, le 1er février
dernier, du journal La Tribune, propriété du multimilliardaire
Rodolphe Saadé. Cette enquête a été bruyamment reprise par plusieurs
médias, dont Le Figaro et Valeurs Actuelles. Et, pour
cause. Elle accrédite l’idée que 58 % de nos compatriotes
aspirent à l’élection d’un représentant du grand patronat à la présidence de la
République. La conception de cette enquête est un modèle du genre. Des questions
de droite appelant des réponses de droite. Ainsi, les sondés n’ont pas à
répondre sur leurs préférences entre un représentant des possédants
et un ouvrier. L’enquête organise l’enfermement dans de faux choix pour obtenir
le résultat souhaité par le commanditaire. Ainsi, 69 % des personnes
interrogées estiment que les gouvernements ne comprennent pas les
entrepreneurs ; 82 % estiment que leur situation se dégrade à cause
des impôts, 77 % pensent que la France irait mieux si l’on écoutait
davantage les entrepreneurs.
L’inversion permanente des rôles pour cultiver
l’aliénation
Aucune question
évidemment sur la contribution des possédants au bien commun, sur
la comparaison entre la rémunération des
travailleurs et la folle distribution des dividendes.
Aucune différenciation entre la petite entreprise sous-traitante, asphyxiée par
les taux d’intérêt des emprunts, et la grande multinationale qui l’étouffe. Le
travailleur-créateur de richesse est effacé au profit du capitaliste qui ferait
soi-disant tourner l’économie.
C’est
l’inversion permanente des rôles pour cultiver l’aliénation. On fait croire que
le capitaliste donne du travail alors qu’il exploite la force de travail que le
salarié est contraint de lui vendre aux conditions de la rentabilité du capital
fixe et du capital financier.
– Pour
consolider l’ensemble, on a jamais tant vu et tant entendu le gouverneur
de la banque de France, François Villeroy de Galhau, et le directeur
général de la banque publique d’investissement (BPI), Nicolas Dufourq, qui
ont – en haut lieu- l’autorisation de sortir de leur rôle pour délivrer la
bonne parole, au nom de la réduction de la dette. Leur mission est d’épandre le
pâle vernis de la « raison » du savoir, de la
bonne gestion ; pour faire accepter une super austérité et le
démantèlement de tous les conquis sociaux en vue de la prochaine élection
présidentielle. Le président de la BPI ne cesse de marteler depuis des semaines
sur le ton du sachant le futur programme : « Le coût trop
élevé de notre modèle social, l’impératif de la retraite à 65 ans,
l’augmentation du reste à charge de l’assurance-maladie, la réduction du nombre
de fonctionnaires »… « L’année 2026 est l’année où l’on doit
essayer de peser sur l’opinion pour recentrer l’imaginaire collectif »,
clame-t-il. Pour solidifier cette propagande, d’autres « sachant »
sont mobilisés, à l’image de Patrick Artus, membre du cercle des économistes et
conseiller économique d’Ossiam, qui a publié dans Le Monde du
14 février une tribune aux allures d’un manifeste antisocial. Comme ses
comparses, il détecte cinq urgences : « L’introduction d’une part
de capitalisation dans le système des retraites ; le passage d’une logique
de protection de l’emploi à celle d’une protection des personnes et des
compétences ; la réforme du système éducatif ; le transfert d’une
partie des cotisations sociales vers la TVA ; une réorganisation en
profondeur du secteur public ». Tout un programme pour mettre
définitivement à bas l’État social construit au fil des luttes sociales et
de conquis communistes et de gauche.
On est loin ici
des discours de « compromis nécessaires », aussi creux que mielleux.
Ainsi, ils préparent une campagne électorale présidentielle pour
provoquer une nouvelle bascule du capitalisme français. L’économie est placée
au-dessus des lois et des droits, car il n’y aurait qu’une seule politique
possible. Or, le problème principal est précisément l’économie capitaliste. Non
seulement, elle fait entrer le monde dans la crise économique, la crise
sociale, la crise écologique accentuée par le militarisme mais elle menace
désormais d’anéantir la vie sur terre.
À l’opposé de
la thèse du « président patron » les réponses pour l’intérêt
humain et environnemental appellent la prise en main par les citoyens et les
travailleurs d’un processus communiste de dépassement de ce système, jusqu’à
l’abolir, pour porter un nouveau projet de civilisation. C’est dire l’ampleur
de la bataille idéologique et politique à mener et les efforts à déployer pour
unir l’immense majorité de celles et de ceux qui n’ont strictement aucun
intérêt à élire un « patron-président » et tout à craindre de la
nouvelle alliance des sphères du capital et de l’extrême droite. Ce que vit le
peuple américain nous sommes d’agir vite.