mercredi 7 octobre 2026

« Mouvement lycéen : le silence de Macron », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



La jeunesse souffre et l’Élysée regarde ailleurs. Depuis le début du mouvement lycéen, Emmanuel Macron se tait. Ses seuls mots, il les a prononcés depuis l’étranger, pour fustiger les jeunes sous prétexte qu’« aucun de ces débats, aucune de ces craintes ne légitime la violence ». Il laisse ses ministres monter au front, en particulier celui de l’Intérieur, bombardé paratonnerre officiel d’un pouvoir retranché. Mais l’agitation sécuritaire de Beauvau peine à masquer l’essentiel : si la police occupe le terrain, c’est pour combler le vide politique d’un chef de l’État qui n’a jamais su que sacrifier la jeunesse de ce pays.

Entre Emmanuel Macron et les jeunes, le mépris a toujours tenu lieu de boussole. Difficile de ne pas repenser à cette scène édifiante de 2018. Depuis les jardins de l’Élysée, le président expédiait la détresse d’un jeune chômeur d’une phrase lapidaire : « Je traverse la rue et je vous en trouve [du travail] ! » Pour ce pouvoir, la galère n’est jamais la conséquence d’un système, mais celle d’un manque de volonté individuelle.

Comme d’habitude, le pouvoir sort la matraque

La génération actuelle refuse le monde version Macron. Ni de la « start-up nation », de sa précarité généralisée et du tri social de Parcoursup. Ni la nation-caserne. Le « réarmement civique », l’uniforme à l’école et le Service national universel au garde-à-vous ne font pas rêver les lycéens. Ni chair à patron, ni chair à canon.

Alors comme d’habitude, le pouvoir sort la matraque. Quand les banlieues ont explosé en 2023, le diagnostic présidentiel a balayé toute question de justice sociale ou de violences policières : « La leçon que j’en tire, c’est un : l’ordre, l’ordre, l’ordre. La deuxième, c’est que notre pays a besoin d’un retour de l’autorité à chaque niveau et d’abord dans la famille. »

Le tout accompagné d’une brutalité comptable assumée contre les classes populaires. Face à des policiers de la BAC, toujours en 2023, le président théorisait ainsi la sanction au portefeuille : « Il faudrait qu’à la première infraction, on arrive à sanctionner financièrement et facilement les familles, une sorte de tarif minimum dès la première connerie. » Voilà comment Macron perçoit les jeunes qui se lèvent et disent non : comme un problème d’ordre public à régler à coups de matraques, d’amendes et de gardes à vue systématiques.

Si Macron se tait, c’est car la peur a changé de camp. Il redoute de s’exposer, de cristalliser des convergences sur sa personne. Si les lycéens font jonction avec les étudiants, avec les travailleurs et pourquoi pas les gilets jeunes, le calendrier politique peut exploser et le scénario dont on nous rebat les oreilles voler en éclat. Emmanuel Macron le sait : il n’est pas de Gaulle. En mai 1968, le Général avait encore la carte de la dissolution pour éteindre l’incendie institutionnel.

Macron, lui, a déjà cramé ce joker au début de l’été. Sans majorité, sans réserves constitutionnelles, il est coincé. Le ministre de l’Intérieur, bientôt usé jusqu’à la corde, ne suffira pas à protéger l’Élysée indéfiniment. Le maintien de l’ordre ne tiendra pas lieu de politique. Acculé, le président va devoir parler et, pour la première fois, affronter ce peuple qu’il a tant cherché à discipliner.

« Le marteau-pilon de la dette ou le bien commun », la chronique de Patrick Le Hyaric.



De toutes parts résonne le fracas d’une société qui craque. Les piliers s’effondrent sous les coups de boutoir de l’austérité : ici, des pompiers désarmés face aux flammes, privés des moyens de nous protéger ; là, des soignants terrassés par la honte d’abandonner des cohortes de malades à l’indignité d’urgences saturées — un spectacle indécent au cœur de la sixième puissance mondiale.

Des enseignants entravés dans leur vocation font face à des élèves angoissés, installés dans des classes étouffantes l’été et glaciales l’hiver. Faute de professeurs, les savoirs s’évaporent, tandis qu’au bout de ce tunnel d’incertitudes se dresse le couperet de « Parcoursup », véritable machine à trier les destins.

Le grand rationnement ne s’arrête pas là : collectivités locales mises à la diète, recherche scientifique asphyxiée, transition environnementale réduite à de misérables rapiéçages. Nos infrastructures cèdent : routes et ponts se dégradent, le rail accumule les retards, la justice est exsangue, la police et la gendarmerie, comme les postiers, croulent sous la charge, alors même que s’annonce la fermeture programmée de 440 bureaux de poste.

Tout ceci au nom d’une dette érigée en marteau-pilon des esprits, brandie pour faire accepter tous les sacrifices au peuple travailleur, pendant que des rapaces de la finance se nourrissent de cette dette à hauteur de plus de 70 milliards d’euros et que les parasites du dividende engrangent plus de 60 milliards d’euros. Voici qui donne une idée du niveau de la violence d’un projet de budget qui veut ajuster d’un cran supplémentaire le nœud coulant autour du « pouvoir de vivre » populaire.

Tout craque ! L’exaspération des usagers grandit. Face à eux, les travailleuses et travailleurs des services publics endurent une double peine : à la pénibilité du quotidien s’ajoute l’absurdité de critères obsédés par le rendement comptable, émanations d’un système qui a troqué l’efficience humaine contre le froid dogme du profit.

Les violents coups de rabot de l’austérité achèvent de briser le contrat social. Face à ce désastre, les citoyennes, les citoyens et la plupart des élus alertent, protestent, manifestent. Pour toute réponse, le pouvoir — désormais réduit au rôle de petite main des marchés financiers et du grand capital — ne se contente pas d’imposer la violence de ses choix budgétaires. Il exhibe ses muscles d’acier, déployant l’arsenal d’un État policier pour museler la contestation.

Face aux revendications légitimes des lycéens, ce pouvoir, instrumentalisant l’absurdité de casseurs marginaux, choisit la force brute plutôt que l’écoute, le dialogue et la recherche de solutions. Où est le débat sur Parcoursup ? Où sont les budgets pour rénover des lycées à l’abandon ? Où sont les recrutements urgents de médecins scolaires et d’accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH) ? Rien n’est fait non plus pour combler les 20 millions d’heures de cours perdues.

À la place, le gouvernement ne trouve rien de mieux que de tenter de faire voter une inique loi « non-casseurs-payeurs », visant à faire payer des familles innocentes pour des violences commises par autrui.

Le cynisme ne s’arrête pas là. Après avoir supprimé 4 500 postes d’enseignants l’an dernier, le pouvoir planifie la saignée de 1 588 postes supplémentaires. S’y ajoutent le gel des aides personnalisées au logement (APL) et, comble de l’indignité, l’instauration de frais d’inscription pour les étudiants non boursiers en BTS et en classe préparatoire : 178 euros pour les uns, 270 euros pour les autres. Voilà le vrai visage de ce macronisme à l’agonie. Ici se dévoile la supercherie du prétendu « en même temps ».

Le sens même de l’école est détourné. Aucun débat sur ses buts, aucun espace pour l’émancipation. Les mandataires du capital ont peur des esprits libres : ils veulent façonner une jeunesse soumise, adaptable aux canons du capitalisme. Pourtant, le rôle fondamental de l’école devrait être d’ouvrir l’accès aux humanités pour forger des citoyens éclairés, acteurs de la société comme de leur travail.

Le cœur sec de ceux qui gouvernent les empêche de déceler les angoisses profondes de la jeunesse face à l’avenir : le climat, la paix, le sens du travail, la retraite…

Et quel sort les mandataires des puissances industrielles et financières réservent-ils aux parents et grands-parents de ces lycéens en lutte ?

Aux grands-parents, le pouvoir s’apprête à raboter les pensions de retraite pour amputer leurs revenus de 5 milliards d’euros. C’est, suprême ironie, exactement la somme que rapportait l’impôt sur les grandes fortunes (ISF), balayé dès 2017 par le « méprisant » de la République.

Aux parents, le gouvernement impose une traque permanente : pression sur les salaires, réduction des indemnités pour accidents du travail, baisse de l’allocation de rentrée scolaire, neutralité face aux augmentations des prix alimentaires et de ceux de l’énergie. Mieux : taxes nouvelles sournoisement adossées à la consommation courante, de l’énergie jusqu’aux biens de première nécessité.

Pendant ce temps, rien — absolument rien — n’est demandé aux privilégiés de la fortune. Eux se portent à merveille. En 1996, les 500 plus grandes fortunes de France disposaient de 80 milliards d’euros. En 2026, leur patrimoine culmine à 1 076 milliards d’euros, soit l’équivalent de 35 % de la richesse produite dans notre pays. Autrement dit, ces 500 dynasties pourraient à elles seules acheter plus du tiers de la production nationale annuelle.

Cette insolente accumulation n’est pas le fruit d’un prétendu « mérite », mais bien celui d’une exploitation forcenée du travail, du pillage des ressources et d’exonérations fiscales massives.

Les ultra-riches jouissent aujourd’hui d’un privilège fiscal digne de l’Ancien Régime.

Ainsi, dans un brouhaha médiatique qui enferme obsessionnellement le débat dans le piège de la dette et des déficits, est construit en douce un bouclier fiscal pour une infime minorité. Il s’agit d’une rupture flagrante de l’égalité devant l’impôt, contraire aux principes de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.

Pourtant, des solutions existent. Lorsque l’économiste Gabriel Zucman propose un impôt plancher de 2 % sur les 1 800 foyers fiscaux disposant de plus de 100 millions d’euros, il ne fait que corriger modérément une profonde injustice.

Une mesure simple, qui injecterait pourtant, à elle seule 20 milliards d’euros dans les caisses de l’État.

Rien n’est non plus dit sur l’évasion fiscale, devenue grand tabou, qui pourtant saigne nos budgets.

Notre pays ne souffre donc pas d’un excès de « dépenses publiques », mais d’un manque cruel de recettes.

Au nom de la fable du ruissellement, le pouvoir macroniste n’a cessé de désarmer l’impôt sur les ultrariches. Ce que l’orthodoxie libérale nomme à tort « dépenses » constitue en réalité des « investissements » socles du bien commun : l’école, l’université, la santé, la protection civile, l’entretien des infrastructures, la justice, les transports ou la transition environnementale. Des investissements loin d’être des gouffres : ils sont moteurs de la richesse future.

L’Office français des conjonctures économiques (OFCE) démontre les manques à gagner abyssaux provenant des cadeaux fiscaux accordés au grand capital. Suppression de l’ISF, baisse de l’impôt sur les sociétés, réduction de la CVAE et mise en place de la « Flat Tax » : ces mesures représentent, depuis 2017, environ 60 milliards d’euros par an. C’est l’équivalent du budget annuel de l’Éducation nationale.

D’autres études confirment, en chiffrant ce manque à gagner cumulé, 450 milliards d’euros depuis 2014. Voilà la véritable cause des déficits et d’une dette sur laquelle les institutions financières spéculent et s’enrichissent.

Pendant ce temps, les impôts indirects et injustes, comme la TVA, écrasent le quotidien des familles populaires. Il n’est plus tolérable que des PME, des artisans ou des commerçants subissent des taux d’imposition effectifs plus élevés que les multinationales. On ne peut accepter plus longtemps qu’une firme comme TotalEnergies, qui pressure le monde du travail et les retraités, échappe presque entièrement à l’impôt sur les sociétés en France par ses artifices comptables.

C’est parce que les richesses s’accumulent à un pôle de la société que l’immense majorité bascule dans l’incertitude du lendemain. Ce divorce entre ceux qui produisent la richesse et ceux qui la confisquent n’est plus seulement une injustice économique : c’est une violence de classe. C’est un étouffement démocratique.

Face à cette entreprise de démolition sociale, l’heure n’est pas à la simple déploration, mais à la reconquête. Les colères qui couvent dans nos écoles, nos hôpitaux, nos quartiers et nos campagnes ne sont pas que les soubresauts du rejet du vieux monde. Elles portent en elles le germe d’une alternative globale, d’un projet de société où l’humain et la biosphère reprennent le pas sur le bilan comptable capitaliste.

Il faudra ouvrir les coffres-forts des oligarchies financières : reprendre les 211 milliards d’euros d’aides publiques versés chaque année aux entreprises sans aucune contrepartie ; aller chercher les 80 milliards d’exonérations de cotisations patronales. Enrichir de 10 milliards d’euros les caisses de la protection sociale en instaurant un forfait « protection sociale » sur les dividendes généreusement distribués aux actionnaires.

Les citoyens et les travailleurs doivent le savoir : les caisses de la Sécurité sociale et des retraites ne souffriraient d’aucun déficit — elles seraient même largement excédentaires — si une politique transformatrice menait enfin à un réel plein-emploi, à une augmentation générale des salaires et à l’alignement strict des rémunérations des femmes sur celles des hommes.

Au-delà de ces orientations immédiates, l’enjeu crucial réside dans la réappropriation du pouvoir par les travailleurs-producteurs sur les fruits de leur labeur et sur l’appareil de production et de création monétaire lui-même. L’impératif de la refondation de notre monde à partir des besoins humains et du respect de la biodiversité le commande. Le vivant doit cesser d’être sacrifié sur le sombre et violent autel des profits capitalistes.

Patrick Le Hyaric

5 octobre 2026

 

« Une peur justifiée », l’éditorial de Cédric Clérin.



Le gouvernement a peur et il a raison. Les lycéens sont dans la rue, désormais rejoints par les étudiants et peut-être bientôt par d’autres franges de la société. Parce que la colère est partout. Ce que vivent les jeunes en formation, c’est le délabrement organisé du service public, cible des gouvernements successifs depuis des décennies.

Les quinquennats macronistes qui s’achèvent auront été exemplaires du point de vue de la destruction sociale. Les huit ministres de l’Éducation nationale nommés par Emmanuel Macron ont méthodiquement poursuivi la même politique : fragiliser la pédagogie, dégrader les conditions d’études et de travail, décourager les vocations et favoriser, de fait, le transfert du public vers le privé.

C’est le bilan de cette politique qu’ils sont aujourd’hui en train de payer au prix fort. L’addition risque d’être plus salée encore si tous ceux qui ont à souffrir de cette politique de destruction publique massive s’en mêlent. L’hôpital est à bout. La justice est exsangue.

Chaque jour, de plus en plus de Français découvrent, pour eux-mêmes ou leurs proches, ce que signifie concrètement l’affaiblissement des services publics. Dans les tribunaux, les affaires s’accumulent, des victimes attendent, tandis que la société tolère de moins en moins que des agressions restent sans réponse.

Plus généralement, la puissance publique est si faible qu’elle est réduite à supplier les pétroliers de ne pas trop augmenter leurs prix dans la crise actuelle, ou les géants de l’agrobusiness et la grande distribution de ne pas trop se gaver pour limiter l’inflation.

La faillite libérale n’est plus une abstraction. Elle s’invite dans le quotidien de chaque citoyen, qui aurait mille raisons de rejoindre les jeunes dans la rue. Le gouvernement le plus illégitime de la Ve République le sait. C’est pour ça qu’il fait feu de tout bois répressif pour empêcher la colère de se propager.

 

« Braquage », le billet de Maurice Ulrich.



C’est un braquage. Le ministre du Travail est intervenu en chef de gang lundi matin dans un entretien de l’Opinion : « Le régime prévoit un excédent de 2,1 milliards d’euros en 2027, nous prélèverons donc cet excédent. » Presque directement dans la poche des chômeurs, car ce régime, c’est celui de l’Unédic, c’est-à-dire de l’assurance chômage.

Réaction de sa direction qui s’est adressée à l’ensemble des députés et des sénateurs en soulignant que cette prévision de 2,1 milliards n’était absolument pas assurée, qu’au contraire le solde en question pourrait être divisé par deux.

En ce cas, les braqueurs du gouvernement viendraient, de fait, piquer un milliard à l’Unédic, ce qui aurait pour conséquence une augmentation de sa dette avec l’obligation de contracter de nouveaux emprunts auprès des marchés financiers.

Cela quand la décision a déjà été prise de faire passer de 18 à 15 mois l’indemnisation des salariés de moins de 55 ans en cas de rupture conventionnelle. Braquage de l’Unédic, racket des retraités… Les plus modestes n’ont pas beaucoup d’argent mais ils sont nombreux.

 

mardi 6 octobre 2026

La « patrie des droits de l’homme » nasse sa propre jeunesse, l’éditorial de Stéphane Sahuc.



Depuis que les lycéens ont investi la rue, la même boule au ventre ronge les familles chaque matin. L’inquiétude est double. Il y a bien sûr la menace des casseurs. Des groupes minoritaires, agissant souvent avec des méthodes d’agents provocateurs, parasitent les manifestations, offrant au gouvernement les images de chaos dont il a besoin pour discréditer la mobilisation. Les lycéens se retrouvent pris au piège, d’autant que le constat est clair : face à ces violences, la police ne protégera pas les enfants. Pire, l’uniforme n’est plus là pour sécuriser la jeunesse, mais pour la mater.

Beauvau justifie le déploiement de ses unités d’intervention par le maintien de la « sécurité publique ». Quelle sécurité publique justifie de tirer des LBD, des grenades lacrymogènes devant les grilles d’un lycée, de multiplier les gardes à vue abusives ou de charger en voiture des adolescents ? Cette fuite en avant répressive signe la rupture entre une classe dirigeante barricadée et non seulement une jeunesse mais tout un peuple qui réclame un avenir.

Le gouvernement rappelé à l’ordre par le Conseil de l’Europe et l’ONU

La brutalité de la doctrine française du maintien de l’ordre n’est ni un fantasme, ni une exagération. Elle est filmée sous tous les angles par les téléphones portables. Sur les réseaux sociaux, les vidéos montrent comment l’intégrité physique de mineurs est sciemment menacée par des tirs tendus ou des plaquages ventraux. Ces mêmes images mettent en lumière un mal qui ronge l’institution policière : son noyautage par l’extrême droite. Sur les uniformes, des écussons non réglementaires fleurissent : imagerie suprémaciste, symboles punitifs, et parfois même des insignes néonazis, portés en toute impunité au vu et au su de la hiérarchie. Sans compter les propos ouvertement raciste et sexiste.

Le monde entier voit ces images. La France s’isole un peu plus sur la scène mondiale. Le Conseil de l’Europe et les rapporteurs spéciaux de l’ONU épinglent désormais régulièrement Paris pour son usage excessif et disproportionné de la force. Partout on observe avec consternation la « patrie des droits de l’homme » nasser sa propre jeunesse. Des instances internationales aux associations nationales – Ligue des Droits de l’Homme, syndicats d’avocats et de magistrats -, toutes plaident depuis des années pour en finir avec ces pratiques : désescalade, interdiction de certaines armes et fin des arrestations arbitraires. En vain.

Abuser de la violence d’État. La méthode est aussi vieille que l’absolutisme. Dans son article Autorité politique publié dans l’Encyclopédie en 1751, Denis Diderot avertissait déjà contre l’illusion de la coercition pour asseoir le pouvoir : « La puissance qui s’acquiert par la violence n’est qu’une usurpation ; elle ne dure qu’autant que la force de celui qui commande l’emporte sur celle de ceux qui obéissent. »

lundi 5 octobre 2026

« L’insouciance, ce luxe auquel la nouvelle génération de lycéens n’a pas eu droit », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



« On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans », écrivait Rimbaud. La formule sonne, hélas, douloureusement faux aujourd’hui. Sous leurs dehors chahuteurs, ces jeunes qui s’apprêtent à battre le pavé ce mardi 6 octobre, sont d’un sérieux tragique, rongés par l’anxiété. Cette génération est face à une impitoyable machine de tri social nommée Parcoursup, à des bahuts qui tombent en ruines et au vide laissé par les professeurs non remplacés. Mais le mal est beaucoup plus profond.

Cette jeunesse n’a, en réalité, jamais eu le luxe de l’insouciance. Elle a appris à lire en croisant des militaires l’arme au poing devant les écoles en 2015. Elle a traversé sa puberté confinée et masquée. Elle grandit aujourd’hui au son du canon des guerres qui s’étendent et pour lesquelles on lui explique qu’elle va être sacrifiée. À la maison, elle voit ses parents s’user pour des fins de mois avalées par l’inflation. Elle les a vus se faire fracasser sur les ronds-points ou dans la rue pour avoir défendu leurs retraites.

En guise de considération, elle est réduite de manière caricaturale à une génération décérébrée par les écrans, alors qu’elle a été jetée en pâture aux GAFAM et leurs technologies addictives. Et pour peu qu’elle vienne des quartiers populaires, s’ajoute la violence d’un racisme décomplexé.

Le monde des adultes doit prendre la mesure de cette situation. À commencer par le pouvoir. Face à la colère, la réponse du gouvernement ne peut se résumer au « plan en 5 points » de Sébastien Lecornu, qui relève de l’emplâtre sur une jambe de bois. Elle ne peut pas non plus consister à l’adoption d’une loi « casseur payeur » et des cours en distanciel, pour tuer la mobilisation par la peur.

L’unique urgence, c’est un investissement massif pour l’école publique. Surtout, la responsabilité primordiale de l’État est de protéger ses enfants au lieu de les terroriser. Le ministère de l’Intérieur doit donner des consignes strictes de non-violence. Heureusement ce 6 octobre, les organisations syndicales, enseignants et ouvriers mêlés, marcheront aux côtés des jeunes pour encadrer et sécuriser leurs cortèges, empêchant ainsi que leurs justes revendications soient détournées. Ce premier moment d’unité peut être le début d’autre chose.

« Perles », le billet de Maurice Ulrich.



Petites perles de la « manipulation » des lycéens avec l’idéologue québécois d’extrême droite Mathieu Bock-Côté dans Le Figaro : « La gauche radicale dispose d’une base militante financée à même les fonds publics qui travaille en permanence à mobiliser les insatisfaits chroniques, les revanchards et les déclassés, souvent surchargés de diplômes inutiles ».

Bruno Jeudy, directeur de la rédaction de La Tribune dimanche : « Avec célérité et le comportement des pompiers pyromanes, LFI a soufflé sur les braises en envoyant en première ligne ses élus comme Bally Bagayoko et Mathilde Panot »… Mention spéciale à Philippe de Villiers toujours présent dans Le Journal du Dimanche et à la une cette semaine.

Il vient même de publier un livre qu’il a appelé Résurrection. « C’est l’irruption de hordes barbares encagoulées renforcées par les sans-culottes de Mélenchon. (…) Oui, il y a deux jeunesses. Celle qui brûle des cierges et celle qui brûle des écoles. (…) Ce sont les enfants de la grande migration et du wokistan »… L’hebdomadaire de Vincent Bolloré et Philippe de Villiers n’ont pas très bien écouté le Pape.

« Mouvement lycéen : le silence de Macron », l’éditorial de Stéphane Sahuc.

La jeunesse souffre et l’Élysée regarde ailleurs. Depuis le début du mouvement lycéen, Emmanuel Macron se tait. Ses seuls mots, il les a p...