La Fête de l’Humanité des 11, 12 et
13 septembre s’est ouverte dans un climat de doute sur la capacité de la gauche à incarner
l’alternative en 2027, alimenté par les fractures dans son camp et
par sa faiblesse structurelle face une extrême droite à la domination écrasante.
D’aucuns pouvaient légitimement redouter que le rassemblement annuel organisé
dans l’Essonne par notre journal tende un miroir grossissant de ces failles et
de ces difficultés.
À la
satisfaction générale, les trois jours d’affluence exceptionnelle au fil des
quelque 400 débats ont déjoué les pronostics de pugilat à gauche, ce
travers auquel celle-ci s’est si régulièrement laissée aller dans son histoire.
Au lieu de cela, la Fête a révélé l’existence de forces encore largement
insoupçonnées ou, à tout le moins, mésestimées, sur laquelle la gauche doit
compter pour espérer l’emporter, en particulier ces dizaines de milliers de
jeunes en recherche de solutions politiques. Et elle a révélé aussi une
maturité qui avait – osons le dire – parfois manqué cruellement ces dernières
années.
Tous les
problèmes n’ont certes pas disparu comme par magie. Malgré la célébration
commune du Front populaire, les
désaccords subsistent, à la fois stratégiques et programmatiques, entre
communistes, socialistes, insoumis et écologistes. Mais le nombreux public de
la Fête de l’Humanité – plus d’un demi-million de visiteurs en un week-end – a
démontré sa capacité à les affronter avec un sang-froid et une sérénité qui
forcent le respect.
Un problème existentiel et une solution collective
Nulle invective
ni polémique stérile – ou si peu – n’est venue ternir le climat fraternel
d’écoute et de débat, et si tous ne feront pas la campagne présidentielle
ensemble, tant s’en faut, chaque candidat ou aspirant à le devenir a d’abord
concentré ses efforts et son propos sur le danger imminent d’une victoire de
l’extrême droite flanquée de la droite, et la nécessité de le déjouer.
À l’heure du
bilan de ces trois jours de réjouissances, quels enseignements peut-on en
retenir ? La force d’attraction du candidat aujourd’hui placé en tête de
la gauche ne s’est pas démentie. La foule débordant du chapiteau de l’Agora de
l’Humanité, où il était invité, a montré l’intérêt intact que suscitent les prises de parole de Jean-Luc
Mélenchon, notamment chez les jeunes. Au point de conforter
l’intuition, à l’unisson des enquêtes d’opinion, que le second tour peut être à
portée de main.
Cela explique
sans doute pour beaucoup que l’esprit de clocher ait reflué pour laisser place
au regain de confiance chez le peuple de gauche. Et que la coexistence de
plusieurs candidatures commence dès lors à être vue non plus comme un frein,
mais comme un possible atout. Celle de Fabien Roussel en particulier, dont
l’écho, résonnant dans toute la Fête où les communistes sont
naturellement chez eux, a souligné le potentiel de mobilisation d’électeurs de
milieux populaires en mal de représentation.
Libérée de la
peur d’être éliminée à coup sûr du duel final, la gauche pourrait alors
envisager lucidement l’effort primordial qu’elle doit accomplir, aujourd’hui
masqué par la compétition sans merci du premier tour : celui de briser le
plafond de verre des 30 % qui la condamne à échouer au second tour face à
l’extrême droite.
Cette question,
à laquelle la gauche se heurte, les journalistes de l’Humanité l’ont
posée au leader des insoumis comme aux autres représentants de la gauche. Aucun
pris isolément n’a de réponse convaincante à ce problème existentiel pour la
gauche et pour le pays. Comme souvent, la solution ne peut être que collective.
Élargir ce socle, plutôt que de se phagocyter entre eux : tel est le défi
vital lancé aux candidats de gauche. La Fête de l’Humanité en a constitué un
premier test encourageant.






