samedi 9 mai 2026

« Le droit international est-il mort ? », l’éditorial de Fabien Gay.



Il fut un temps où l’on croyait que le droit pouvait faire barrage à la loi du plus fort. En 1918, les « 14 points » de Wilson consacraient un principe simple : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Une promesse. Un socle du droit international moderne. Un siècle plus tard, que reste-t-il de cette ambition ?

La France a reconnu l’État palestinien devant l’ONU, un geste diplomatique fort. Mais que vaut une reconnaissance quand, dans le même temps, un peuple est privé de ses terres, de ses droits, de sa souveraineté, rongé par une politique d’apartheid et un génocide en cours.

Pendant des mois en 2025, Israël a bloqué l’acheminement de l’aide humanitaire. Des mois de siège et de privations. Une famine documentée par l’ONU. En avril 2026, 96 % des terres agricoles sont détruites ou devenues incultivables. Pendant ce temps, les colonies s’étendent en Cisjordanie. Chaque implantation grignote un peu plus la possibilité d’un État palestinien viable, continu, souverain. Plus de 38 000 femmes et filles tuées à Gaza entre octobre 2023 et décembre 2025.

La commission d’enquête de l’ONU sur les territoires palestiniens occupés démontre des actes génocidaires commis avec l’intention de détruire un groupe. Des mots d’une gravité extrême et qui, ailleurs, auraient déclenché des sanctions immédiates. Ici, ils se heurtent au mur du silence. Le droit international humanitaire est pourtant clair : les populations doivent être protégées.

Mais que vaut un droit que personne ne fait respecter ? Alors, à quoi sert l’ONU ? À compter les morts ? À publier des rapports ? À alerter, sans jamais contraindre ? Le Conseil de sécurité est paralysé, otage des rapports de force. Le droit international n’est pas mort, il est suspendu. Suspendu à la volonté des puissants, avec cinq nations qui détiennent un droit de veto, les plaçant au-dessus des autres peuples.

Netanyahou ne subit aucune pression des gouvernements et peut survoler le ciel français et européen malgré un mandat d’arrêt international et alors qu’il contrevient à des dizaines de résolutions de l’ONU ; aucune pression du droit international non plus contre Trump, libre de kidnapper un président en exercice au Venezuela. Pour le droit de la mer, même combat. Alors qu’une nouvelle flottille était en route vers Gaza, 211 militants – dont notre camarade Raphaëlle Primet – ont été enlevés par l’armée israélienne dans les eaux internationales et retenus illégalement. Le deux poids, deux mesures est insupportable, notamment pour les pays du Sud global.

La Palestine n’est pas une exception. Iran, Soudan, Mali, Congo… Les conflits se multiplient, se superposent, se hiérarchisent dans une indifférence croissante. Une guerre en chasse une autre. L’émotion est sélective. L’application du droit malheureusement aussi. Et, pourtant, il résiste. En 2025, des ONG ont saisi la justice française. Elles visent des soldats franco-israéliens, accusés de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, de génocide. Le droit existe donc. Il s’applique dans les tribunaux quand il échoue à s’imposer dans les chancelleries. Et toujours grâce à la mobilisation populaire, qui est la seule à pouvoir faire bouger les lignes, à faire vivre la solidarité internationale.

Reste une question, essentielle : voulons-nous encore d’un monde régi par le droit ou acceptons-nous définitivement la loi du plus fort ? Le droit international et nos instances internationales, même avec leurs imperfections, restent et demeurent le meilleur bouclier pour la défense de l’égalité entre les peuples. Bien sûr, il doit évoluer pour que chaque peuple soit à égalité, par exemple en abolissant le veto. Les nations doivent être libres et souveraines pour construire un monde de coopération.

vendredi 8 mai 2026

« Face à l’extrême droite, résistance et longue vie à l’Humanité », l’éditorial de Fabien Gay.



Chère lectrice, cher lecteur,

Comme j’avais déjà eu l’occasion de vous en informer, je me suis rendu mercredi au tribunal de Moulins, dans l’Allier. En effet, j’ai été convoqué, en tant que directeur de l’Humanité, suite à une plainte pour diffamation et injure publique déposée par Guillaume Senet, président de l’association Murmures de la cité.

En juillet 2025, nous relations dans nos colonnes cette sorte de mini-Puy du Fou, aux relents révisionnistes, mettant joyeusement en avant des drapeaux avec des croix gammées, entre autres. Ce spectacle plus que problématique sur le fond est financé à la fois par le milliardaire ultraconservateur Pierre-Édouard Stérin, dont on connaît la croisade idéologique, et par des fonds publics tels que la région Auvergne-Rhône-Alpes présidée par Laurent Wauquiez.

Ce procès est emblématique et reflète parfaitement la bataille idéologique et culturelle menée, notamment, par l’extrême droite. La presse libre et engagée, telle que l’Humanité, qui dénonce les violences et les dérives de l’extrême droite, est systématiquement attaquée par des procédures-bâillons pour nous faire taire.

Alors que nos avocats ont plaidé la nullité de la plainte, d’abord sur la forme, pour des problèmes de procédure, l’affaire a été mise en délibéré au 3 juin 2026, date à laquelle nous vous donnons rendez-vous, sereins et convaincus de la véracité des faits dénoncés. Je tiens à remercier les nombreux élus, les organisations syndicales, les citoyens et citoyennes qui sont venus devant le tribunal apporter leur soutien à l’Humanité et au combat contre l’extrême droite.

Ce combat est primordial puisque, au lendemain des élections municipales, le nombre de mairies RN et UDR est passé de 22 à 74. Dans 84 départements, ce sont désormais 3 000 conseillers municipaux qui portent un projet de haine et de division.

Même si nous sommes loin du raz-de-marée espéré par ces partis, ces victoires sont inquiétantes et permettent de faire de ces communes la vitrine de leur projet. Ainsi, le maire de La Flèche a réduit les subventions aux associations culturelles dès le début de son mandat.

Dans le secteur des médias, des journaux satiriques à Perpignan ou à Beaucaire ont dénoncé des procédures-bâillons à leur encontre. Comme expliqué par l’Humanité en janvier, la mairie d’Hénin-Beaumont a transmis à la Voix du Nord plus de 160 demandes de droits de réponse depuis 2014 ! Ces exemples peuvent paraître clairsemés. Il n’en est rien. L’extrême droite se livre à un travail minutieux, méthodique, qui fait écho à un projet global de mise sous tutelle de la culture, de détricotage du réseau associatif et de muselage des médias.

Face à cette vague, l’Humanité résiste. Nous continuerons à dénoncer les dérives fascistes et capitalistes. Mais pour cela nous avons besoin de vous ! L’indépendance et le pluralisme ont un coût. Plusieurs centaines de personnes nous ont déjà soutenus depuis le début de notre nouvelle campagne de souscription, avec plus de 200 000 euros récoltés. Je tiens à les remercier chaleureusement au nom de toute la rédaction. Face à l’extrême droite, résistance et longue vie à l’Humanité.

 

jeudi 7 mai 2026

FAIRE FRONT ENSEMBLE. LES SEMAILLES DU CHANGEMENT !



C’est aujourd’hui son anniversaire. 9 ans qu’il est à l’Élysée. Journalistes et politologues se relaient pour commenter « l’événement ». Certes, nous n’en sommes plus au premier anniversaire, où les médias, à la solde de Macron nous vantaient les « qualités du roi ». Son étoile a pâli et elles, ils, sont moins nombreux à se pâmer devant « sa majesté » et à être éblouis par sa pensée complexe. Passée sa phase d’installation, dominée par quelques mises en scène, apparaît un président narcissique et autoritaire. Ou pour le dire autrement, un glissement vers l’exercice solitaire du pouvoir. Il est le prince-président en son royaume. Au point de ne jamais renoncer au bon mot, qui devient vite une provocation. Inscrivons dans ce registre la dénonciation des « fainéants », de « illettrées » et « ceux qui ne sont rien ».

Dans un entretien qu'il avait accordé à « La tribune du dimanche », en 2024, Jupiter dit regretter des mots « qui ont pu être mal interprétés et blesser ». Bavures verbales, formulations vulgaires ou excessives, coups de sang ? Non, ce qui s‘exprime dans ces formulations vient de bien plus loin que de lui : sa nature profonde, c‘est tout simplement le mépris de classe qu’éprouvent les adorateurs du capital pour celles et ceux qui n’ont qu’un bien à vendre : leur force de travail. Les formules de Macron disent le mépris des « riches à l’encontre des pauvres » C’est au pas de charge qu’il a mis en œuvre une politique de plus en plus à droite. Suppression de l’ISF, baisse de l’imposition sur les revenus du capital, casse du code du travail, privatisation de la SNCF, réformes des retraites et de l’assurance chômage, services publics mis à mal, loi sur l’immigration…Il n’a fait que reprendre à son compte tous les credo du Medef. Baisse des charges, flexibilité du marché du travail, réduction du déficit budgétaire.

Des milliards d’euros pour les actionnaires et les puissants, des salarié-e-s, des retraité-e-s, des jeunes des étudiants montré-e-s du doigt, laissé-e-s pour compte et saigné-e-s à blanc. Les cartes d’une politique d’une droite décomplexée et autoritaire. Dans ce même entretien à « La tribune du dimanche », le président exprimait un autre regret, celui de ne pas pouvoir exercer un troisième mandat. Rien que ça. Un an encore, c’est déjà beaucoup. L’urgence est donc de rassembler largement pour nourrir toutes les mobilisations et réouvrir une espérance, avec la construction d’une plate-forme, de propositions alternatives – appelons ça comme on voudra – à toutes les forces progressistes et de transformation sociale. Pas pour refaire ce qui a échoué, mais pour défricher, confronter les points de vue, inventer et ouvrir, dans les conditions d’aujourd’hui, un nouveau chemin à des solutions convergentes.

À gauche, les formations politiques et écologistes doivent entendre cette aspiration au rassemblement pour faire front ensemble, à un moment où l’extrême droite a un pied à l'Elysée. J’estime qu’elles devraient mettre à la disposition des salarié-e-s, en lutte, des syndicalistes, des acteurs de la vie associative, rencontres et débats pour travailler à des solutions cohérentes et constructives. Dans le respect de chacune des formations. Sans remplacer l’hégémonie d’hier, par la même, ou par une autre. Il y a du grain à moudre. Il ne peut y avoir, à mon sens, de politique d’égalité, de justice et de solidarité si on ne s’attaque pas résolument à la domination du capital.

 

 

mercredi 6 mai 2026

« Le PDG de Total bichonne son magot de guerre », l’éditorial de Marion d’Allard.



Observer la nuée des ministres voler au secours du patron de TotalEnergies dit autant de l’impuissance consentie de l’État que de la voracité des grands groupes. Oui, le géant français des hydrocarbures est un profiteur de guerre. Au sens littéral et chiffres à l’appui.

Au premier trimestre 2026, le mastodonte du CAC 40 a engrangé près de 5 milliards d’euros de bénéfices – en hausse de 51 % sur un an – par la grâce du chaos au Moyen-Orient. Le blocage du détroit d’Ormuz a dopé le prix du baril, mais aussi – et surtout – les marges du raffinage. Un jackpot pour la multinationale française dont la branche qui y est consacrée a encaissé cinq fois plus que l’an dernier sur la même période. Les faits. Juste les faits.

À la pompe, les prix, eux, sont devenus fous. Les foyers modestes, les travailleurs contraints d’utiliser leur véhicule, les oubliés des transports publics et des pans entiers de l’économie française subissent la crise énergétique de plein fouet.

Mais l’État s’obstine à refuser non seulement le blocage des prix, mais la taxation des superprofits de Total et consorts pour porter les aides à la hauteur des besoins. C’est qu’en face, Patrick Pouyanné bichonne le magot : « C’est simple, si le gouvernement décide de taxer les raffineries, évidemment, la politique de plafonnement, c’est lui qui devra l’appliquer. »

Un plafonnement à 2 euros le litre, qui, en plus de rapporter à l’entreprise des parts de marché conséquentes, demeure bien au-delà de ce que peut assumer la grande majorité des automobilistes, une nouvelle fois confrontés au dilemme infernal : faire le plein ou remplir le frigo.

Quand Total fait du chantage, la Macronie courbe l’échine. Quelle bassesse d’entendre Sébastien Lecornu se contenter d’« encourager » la multinationale à faire un geste commercial, son ministre des Transports dénoncer un « Total bashing particulièrement désagréable », la porte-parole de son gouvernement s’émouvoir des attaques contre « ce fleuron qu’on adore détester ». Une reddition lamentable qui illustre plus que jamais la nécessité de nationaliser le secteur pétrolier.

 

Quand « l’Express » reprend les pensées d’une philosophe « ni de gauche ni de droite », le billet de Maurice Ulrich.



À voir la une de l’Express de la semaine passée, on peut laisser Aristote, Hegel, Marx et Sartre à la critique rongeuse des souris. Voilà Julia de Funès, « Une philosophe contre les conformismes », avec un portrait émergeant d’une sorte de brume comme la vérité sort de la caverne de Platon… Il s’agit sur sept pages de nous présenter le dernier livre, Pensées distinguées (l’Observatoire), de celle dont on nous rappelle à toutes fins utiles qu’elle est la petite-fille de Louis de Funès.

Comment résumer son œuvre ? Deux membres de la direction de l’hebdomadaire où elle est également chroniqueuse tentent de le faire : outre son refus « de l’opposition binaire entre gauche et droite », elle nous explique comment débattre plus sereinement, y compris sur « le conflit israélo-palestinien ».

L’explication tient en une dizaine de lignes. Ce qui frappe, « c’est le règne d’un dogmatisme binaire » alors que la réflexion morale « suppose de reconnaître qu’il y a toujours de l’injuste dans le juste, et du juste dans l’injuste ». Il faudrait le dire à Netanyahou.

mardi 5 mai 2026

« Le rapport Alloncle : une charge contre le service public dicté par Bolloré », l’éditorial de Cathy Dos Santos.



Les basses œuvres du député ciottiste Charles Alloncle sont marquées du sceau de Vincent Bolloré. Porte-voix du milliardaire d’extrême droite, le rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public a transformé les auditions dans l’enceinte de l’Assemblée nationale en tribunal d’inquisition. Insinuations, supputations, allégations, Charles Alloncle a ressuscité un maccarthysme d’outre-tombe. Bien mal lui en a pris.

L’élu fait aujourd’hui l’objet d’une plainte pour « prise illégale d’intérêts » et « trafic d’influence passif » à la suite des révélations du journal le Monde selon lesquelles la direction des affaires institutionnelles du groupe d’Arnaud Lagardère, contrôlé par Vincent Bolloré, aurait orienté les questions de certains députés.

À l’aune de ces agissements, rien d’étonnant à ce que le rapport de 400 pages, adopté in extremis grâce aux voix de la droite, de l’extrême droite et d’une partie de la minorité présidentielle, plaide pour la mise à mort du service public de l’audiovisuel. Fusion de chaînes de télévision, suppression de programmes à la pelle, réduction drastique des grilles sportives… Les recommandations de Charles Alloncle, ouvertement inspirées du programme du Rassemblement national, demandent une amputation de 25 % du budget du secteur.

Alloncle et consorts rêvent de privatiser ce service public, de le jeter en pâture dans un écosystème médiatique bollorisé et soumis à la concurrence des plateformes. Ces porte-flingues en costard-cravate entendent dégommer les piliers de ces missions : informer, cultiver, distraire. La mise au pas idéologique est sans équivoque lorsque le député de l’Hérault, obsédé par la partialité des salariés, exige un droit de réserve des figures de la télévision et de la radio publiques et va jusqu’à demander que les dirigeants de France Télévisions et Radio France soient nommés de la main du président de la République.

La mise sous-tutelle politique serait totale dans l’éventualité d’une victoire de l’extrême droite à la présidentielle de 2027. Contrairement aux affirmations de la ministre de la Culture, qui entend accélérer les réformes, ce réquisitoire dicté par Vincent Bolloré mérite de finir au fond d’un tiroir poussiéreux de l’Assemblée.

Quand le RN se lâche, « Elle » dénonce son sexisme.



Les propos de Sébastien Chenu, vice-président de l’Assemblée nationale et du Rassemblement national, député du Nord, commentant l’idylle de Jordan Bardella et de la princesse Maria Carolina, etc., nous avaient échappé : « N’en déplaise à certains, tout le monde n’a pas vocation à finir comme une prof de sociologie à Nanterre, moche, mal coiffée et aigrie. » C’est en feuilletant, comme chez le dentiste, l’hebdomadaire Elle qu’on a découvert le propos et la riposte.

« Ces mots, écrit Dorothée Werner, grande reporter et éditorialiste, trahissent la vision sexiste de toutes les extrêmes droites populistes du monde », qui trouve, « chaque fois que l’extrême droite est au pouvoir, sa transposition politique concrète via des attaques contre les droits des femmes ».

L’éditorialiste rappelle la remise en question de l’IVG aux États-Unis, elle rappelle que les extrêmes droites européennes n’ont pas voté la convention sur la lutte contre les violences à l’égard des femmes, que le Rassemblement national s’est abstenu sur la directive européenne pour l’égalité des rémunérations… Les femmes, dit-elle, ont beaucoup à y perdre, « toutes, qu’importe la manière dont elles se coiffent ».

« Le droit international est-il mort ? », l’éditorial de Fabien Gay.

Il fut un temps où l’on croyait que le droit pouvait faire barrage à la loi du plus fort. En 1918, les « 14 points » de Wilson consacraient ...