Montrer
l’enfer. Briser la chape de plomb. Refuser l’écrasement de tout un peuple sous
le poids du silence. Avec Requiem pour Gaza, le célèbre auteur de BD Joe Sacco, accompagné par la plume aiguisée du journaliste
Chris Edges, livre un témoignage essentiel sur la situation dramatique dans
l’enclave palestinienne. Cet ouvrage, dont nous publions en exclusivité les
premières planches, vise à réveiller les consciences, à fixer l’horreur dans
les mémoires, à lutter contre la disparition à bas bruit d’une population
suppliciée dont les grandes puissances occidentales semblent oublier peu à peu
l’existence.
Le prétendu
cessez-le-feu d’octobre 2025 n’a pas signé la fin du calvaire des Palestiniens.
Il agit comme un paravent pour les autorités israéliennes, qui continuent, en
toute impunité, leur politique génocidaire. Depuis cette date, Israël a tué
quelque 1 300 personnes et en a blessé plus de 4 100. Il a étendu son occupation
jusqu’à contrôler 70 % du territoire de Gaza, continuant d’entraver l’aide humanitaire pour 2 millions
de Palestiniens parqués dans un champ de ruines, où ils tentent de survivre,
affamés, privés de médicaments, de logement. À Jérusalem-Est, comme en
Cisjordanie, les destructions de maisons et la violence des colons s’accélèrent
dans un effroyable processus de nettoyage ethnique.
Black-out à l’unisson de l’inaction diplomatique
Ce drame
quotidien se déroule depuis des mois dans une indifférence glaçante. Le sort
des populations palestiniennes a quasi déserté les sujets de la plupart des
grands médias – JT en tête –, qui n’évoquent désormais Gaza, au mieux, que pour
relater les derniers pourparlers hypocrites de Donald Trump. Ce black-out est à
l’unisson de l’inaction diplomatique scandaleuse des puissances occidentales,
coites face à un gouvernement israélien qui veut détruire – et assume de le
faire – toute perspective d’État palestinien, en s’exonérant du droit, des
décisions de la Cour internationale de justice et des résolutions du Conseil de
sécurité de l’ONU.
Benyamin
Netanyahou et son gouvernement d’extrême droite ont toujours fait de la
maîtrise de l’information l’une de leurs armes favorites. Depuis le début de la
riposte à l’attaque terroriste du Hamas, le 7 octobre 2023, plus de
200 journalistes palestiniens ont été tués par l’armée
israélienne. Une stratégie assumée visant à masquer l’ampleur des
destructions, des crimes de guerre, à faire disparaître des esprits même la
réalité de ce peuple, à briser toute empathie et solidarité. Continuer de ne
rien dire, reléguer Gaza à un non-sujet, c’est se rendre complice de cette
entreprise d’anéantissement.
« La Palestine s’efface sous nos yeux », alertaient, fin août, une centaine d’anciens
représentants diplomatiques de la France et du Royaume-Uni qui exhortent, dans
une tribune, leurs gouvernements respectifs à agir d’urgence en mettant en
place une série de sanctions – de la suspension des accords commerciaux et
des livraisons d’armes jusqu’à
l’interdiction de tout commerce avec les colonies. Comme vous le verrez dans
ces pages, pour Joe Sacco et Chris Edges, cette résistance passe également par
la préservation de la mémoire palestinienne. Les dessins et les mots comme
rempart à l’oubli.
C’est avec ce
même désir de mieux vous informer et d’aiguiser les esprits que nous avons
quelque peu remanié votre Humanité magazine. Vous découvrirez dans ce
numéro une séquence culture enrichie et nos nouvelles pages Agora, consacrées
aux grands débats du moment et à la confrontation d’idées en cette année
présidentielle. Un magazine engagé, qui ne se résoudra jamais au silence
complice face aux malheurs du monde.






