lundi 20 avril 2026

« Les casques bleus, témoins gênants au Liban », l’éditorial de Sébastien Crépel



La mort d’un soldat français au Liban, samedi, est le symptôme d’une autre tragédie. Celle qui condamne les forces de l’ONU à l’impuissance dans ce pays dévasté. Paris accuse le Hezbollah d’être à l’origine du décès du militaire. Mais il n’est guère besoin d’attendre les conclusions de l’enquête pour constater que la Finul (pour Force intérimaire des Nations unies au Liban) est devenue la mission de paix la plus dangereuse au monde. Florian Montorio est le 343e de ces hommes à succomber en opération, et la quatrième victime cette année. Nulle part ailleurs dans le monde, les casques bleus ne paient un aussi lourd tribut.

Créée en 1978, entre autres motifs, pour confirmer le retrait israélien du sud du Liban, la Finul est devenue une cible commode pour les acteurs d’un conflit qu’elle dérange. La situation est si critique qu’Emmanuel Macron a appelé « les autorités libanaises à tout mettre en œuvre pour garantir la sécurité des soldats de la Finul ». On croit rêver. Rappelons que c’est la Finul qui a pour rôle d’aider le pays à se libérer de l’occupation et de la guerre, et non l’inverse.

Sinon, pourquoi existe-t-elle ? Le détachement militaire de 10 000 hommes (dont 700 Français) n’a pas besoin du Liban pour assurer sa protection – son gouvernement est déjà incapable d’assurer celle de son pays –, mais d’une diplomatie internationale qui impose à tous le respect du mandat des forces de paix. Rien ne justifie la mansuétude et le silence de la France devant les violations du droit par Israël en particulier, dont les troupes, qui détruisent et occupent illégalement le Liban, font feu de façon régulière sur le contingent hexagonal, quand ils ne dirigent pas les canons de leurs chars contre les convois blancs onusiens.

Certaines voix en appellent au droit de réplique des soldats de l’ONU. Mais ce serait ajouter à l’escalade et à la globalisation du conflit, à rebours des objectifs de la Finul. C’est la faiblesse des chancelleries qui met en péril les casques bleus, non celle de leur armement. Leur retrait programmé du Liban l’année prochaine consacre la victoire diplomatique de Trump et de Netanyahou, lequel rêve d’agir en toute impunité au pays du Cèdre, sans témoin gênant, comme à Gaza.

 

« Quand le JDD et le Figaro se disent prêts à l'extrême droite », le billet de Maurice Ulrich.



Bon appétit Messieurs, et vous aussi, Madame. Au restaurant Drouant, à Paris, là où se réunit le jury du prix Goncourt, « les nappes sont tirées au cordeau, les verres parfaitement alignés », écrit le Journal du dimanche, qui revient sur un certain dîner du 7 avril, « dans les salons feutrés ».

« Autour de la table, quelques-unes des figures les plus puissantes du patronat français, dont Bernard Arnault (LVMH) ou encore Patrick Pouyanné (Total). Face à eux, Marine Le Pen, pour un dîner qui consacre la crédibilité du Rassemblement national en matière économique et financière. » Ce n’est pas une révélation. Dès le lendemain, ce dîner secret fait pour ne pas le rester était déjà largement connu.

Mais le JDD insiste et cite un convive : « Le RN est devenu trop puissant pour être tenu à distance. » Un proche de Marine Le Pen précise : « Ce n’était pas un dîner mondain, mais un moment de travail. » Vendredi dernier, un chroniqueur du Figaro titrait : « Le RN et les patrons : éloge du réalisme. » Ils sont prêts. Ils le disent.

 

samedi 18 avril 2026

« L’urgence de faire de l’énergie un bien commun », l’éditorial de Fabien Gay



Il suffit parfois de quelques kilomètres de mer pour faire vaciller le quotidien de millions de vies à travers la planète. Le détroit d’Ormuz, étroit passage entre deux golfes, est devenu ces dernières semaines l’un des centres de gravité du monde, notamment depuis l’attaque américaine en Iran, le 28 février, menaçant la stabilité régionale. Dans le même temps, au Liban, les bombardements israéliens illustrent une nouvelle fois l’engrenage meurtrier à l’œuvre dans la région, au mépris du droit international et des populations civiles, tout en alimentant une instabilité généralisée qui fait peser de nouveaux risques sur les routes énergétiques et contribue directement à la flambée des prix que subissent les peuples.

La gestion trumpienne à coups d’ultimatum, de rapport de force, de menace a débouché sur un accord de cessez-le-feu qui n’en a que le nom et sur un blocus du détroit. Ce qui se joue dans cette zone stratégique n’est pas seulement une affaire diplomatique ou militaire. C’est une affaire commerciale et financière : dès que le bruit des armes se rapproche des routes du pétrole, les prix s’envolent. Carburant, chauffage, électricité, transport, alimentation, tous les secteurs du quotidien sont touchés. Et, une fois encore, ce sont les mêmes qui paient un lourd tribut : les ménages populaires, les travailleurs, les retraités.

En France, des millions de personnes n’ont pas d’autre choix que de se déplacer en voiture personnelle pour aller travailler. Il est urgent de bloquer les prix à la pompe, de rendre transparentes les marges et d’abaisser la TVA pour éviter ce hold-up à la pompe à essence. D’autres dépendent du fioul ou du gaz pour se chauffer. Pour eux, l’énergie n’est pas un luxe. C’est une nécessité vitale. Pourtant, elle est traitée comme une marchandise parmi d’autres, soumise aux caprices des marchés.

Tout ce que cette crise révèle, c’est l’abandon d’un bien commun essentiel, l’énergie, aux logiques du marché. Et ce choix politique nous rend aujourd’hui vulnérables aux crises, aux conflits, aux spéculations. La crise actuelle est, à bien des égards, plus grave que le premier choc pétrolier. La dépendance énergétique s’est accrue, les marchés ont été dérégulés et la financiarisation amplifie chaque tension en crise globale immédiate.

Et derrière la flambée des prix se dresse un discours culpabilisateur où l’on demande aux citoyens de « s’adapter », de « faire des efforts », pendant que les logiques financières, elles, restent intactes. Les compagnies pétrolières ont réalisé, en quelques semaines, des surprofits colossaux et ont caché d’ores et déjà une partie de leur pactole dans des paradis fiscaux. Cette crise énergétique est une crise tout autant économique, sociale que démocratique.

Il est temps de rompre avec cette logique et de faire de l’énergie un bien commun, en sortant de la dépendance aux marchés spéculatifs, en nationalisant, en investissant massivement dans la transition écologique, en garantissant des prix accessibles. Alors que nous célébrons en ce mois d’avril 2026 les 80 ans de la nationalisation d’Électricité de France, un choix historique qui avait précisément fait de l’énergie un pilier du service public et de la souveraineté nationale, porté par le ministre communiste Marcel Paul, il est temps de refaire vivre cette idée novatrice ! Créons le Groupe énergie de France en nationalisant TotalEnergies et Engie aux côtés d’EDF. Au-delà des factures, ce qui se joue aujourdhui entre les deux golfes, ce sont des vies humaines qui rappellent que la priorité absolue doit être la protection des populations et la promotion de la paix.

 

vendredi 17 avril 2026

« Gaza, Cisjordanie, Liban... Israël et ses colons sur tous les fronts », l’éditorial de Laurent Mouloud



Plus personne ne peut jouer les dupes. Les violences infligées à Marwan Barghouti au fond de sa geôle israélienne, le génocide à Gaza, l’étranglement de la Cisjordanie, tout comme les bombardements dans le sud du Liban, ne sont en rien une réponse effrénée du gouvernement israélien à une menace sécuritaire.

Chacune de ces agressions, méthodiques, assumées, poursuit une même visée expansionniste que Benyamin Netanyahou et ses ministres d’extrême droite ne prennent même plus la peine de dissimuler. Et qui rend, de fait, impossible toute constitution d’un État palestinien voisin.

Jouant de la terreur et de la complicité – active ou passive – des puissances occidentales, le pouvoir israélien, en violation flagrante du droit international, tente de remodeler la géographie et la démographie de toute cette région. En Cisjordanie, le « plan décisif » de Bezalel Smotrich prévoit d’expulser 80 % de la population palestinienne et d’ouvrir grande la voie à une colonisation déjà bien entamée.

La même ambition anime les dirigeants israéliens pour Gaza, en ruines, et au Liban du Sud, dévasté, où Tel-Aviv veut instaurer jusqu’au fleuve Litani une « zone tampon » qu’il rêve peuplée de colons. Quant à l’humiliation infligée à Marwan Barghouti, elle n’a d’autre but que de tuer l’espoir que représente le « Mandela palestinien », apprécié et consensuel, pièce maîtresse d’une alternative politique crédible.

Cette stratégie mortifère a des conséquences dévastatrices. Plus de 73 000 morts ont été dénombrés à Gaza depuis le 7 octobre 2023. Et près de 1 300, déjà, au Liban, après un mois de bombardements. Mais à côté des cadavres, c’est aussi tout espoir de paix qui est enterré chaque jour. Les souffrances et le déplacement forcé de centaines de milliers d’exilés nourrissent la résistance et les haines futures.

Benyamin Netanyahou, enivré par la toute-puissance militaire et l’impunité que lui offrent Washington et bien d’autres, semble aveuglé par ses rêves colonisateurs. Mais ce qu’il promet au peuple d’Israël, c’est tout le contraire de la sécurité. Il est du devoir de chaque État de le dire clairement, de sortir de cette ambiguïté coupable et de ne plus jouer les pousse-au-crime.

 

« Le 1er Mai, un débat « ridicule » pour Dominique Seux ? », le billet de Maurice Ulrich.



Ce fut, selon Dominique Seux, éditorialiste des Échos de Bernard Arnault, dont on se demande toujours d’où il tient le privilège de nous faire ainsi, tous les matins, la leçon sur France-Inter, « un débat ridicule sur un sujet anecdotique ». Et quel sujet ?

Eh bien le 1er-Mai, avec le recul du gouvernement sur le projet de loi le remettant en cause dans certaines professions. Ce qui serait selon lui le règne de la vétocratie, soit le pouvoir de dire non des syndicats « qui tiennent le manche » et qui empêchent de bouger et de travailler.

Ça s’appelle aussi, Dominique Seux l’ignore-t-il, la démocratie sociale. Pour ce qui est de l’anecdote et du ridicule, un simple rappel, parmi tant d’autres dans l’histoire des luttes ouvrières. La Fête internationale des travailleurs, célébrée dans la plupart des pays du monde depuis 1889, est une journée de revendications et de lutte, après une grève générale aux États-Unis le 1er mai 1886, suivie deux jours plus tard par la mort de trois des grévistes manifestant à Chicago

 

jeudi 16 avril 2026

« Pourquoi le quinquennat d’Emmanuel Macron incarne l’imposture écologique », l’éditorial de Marion d’Allard.



En peinture comme en politique, le vernis n’a jamais fait l’œuvre. Au crépuscule d’un second quinquennat chaotique, la réalité des faits a remplacé la grandiloquence des discours. Et en matière de protection de l’environnement, les renoncements de la Macronie révèlent les uns après les autres l’ampleur de l’imposture. En 2022, candidat à sa réélection, Emmanuel Macron surjouait l’emphase : « Ce quinquennat sera écologique ou ne sera pas. » Il ne fut pas. Bien au contraire.

Nous aurions pu naïvement croire que la condamnation historique de la France en 2021 pour non-respect de ses objectifs climatiques aurait fait bouger les lignes. Mais l’exécutif s’est contenté de demi-mesures. Aussitôt votées, et, pour une part, aussitôt enterrées. La suppression des zones à faibles émissions (ZFE), actée ce mardi dans l’Hémicycle, s’ajoute aux innombrables reculs, sur l’artificialisation des sols, la rénovation énergétique des bâtiments, l’épandage de certains pesticides, la décarbonation de l’industrie, des transports, la protection de la biodiversité… Une partition sinistre, que la France a joué à l’unisson avec Bruxelles prenant leur part active au grand concert mondial du backlash climatique.

De l’Amérique latine au Groenland et au Proche-Orient, les guerres impérialistes que mènent les États-Unis de Donald Trump et ses sinistres alliés ont toutes un dénominateur commun : mettre la main sur les ressources en eau, en énergie, en minerais, prendre le contrôle des principales routes commerciales mondiales. Un pas de deux mortifère, où la loi du plus fort et la loi du marché mènent la danse au détriment de la planète et de ceux qui la peuplent.

Les climatosceptiques et les adeptes de l’inaction ont le vent en poupe. Chaque recul, chaque renoncement dans la lutte contre le réchauffement climatique leur donne du souffle. Les grands discours ont fait long feu. L’ampleur de la crise environnementale exige le courage de l’action. Pas « en même temps ». À plein temps.

 

« Le double de Mark Zuckerberg », le billet de Maurice Ulrich.



Meta, l’entreprise de Mark Zuckerberg (Facebook, Instagram) est en passe de mettre en circulation un double de… Mark Zuckerberg. Et pas seulement, si on peut le dire ainsi, une image à son image, mais une IA, en 3D, formée à partir de son apparence, donc, mais aussi de sa voix, son expression et surtout de ses réflexions sur la stratégie et les ambitions de l’entreprise.

Mark 2 serait ainsi à même d’intervenir dans les décisions du groupe, la gestion du personnel et même d’agir à la place de l’original lui-même. Il y a quatre ans, l’entreprise avait déjà créé un avatar de son PDG pour sa plateforme de création d’univers virtuels. Sans véritable succès.

Mark 2 est appelé à un tout autre avenir avec sa capacité à s’appuyer sur des milliers d’informations externes aussi bien qu’internes dont celles émanant des travaux de ses 79 000 salariés. Mark 1 serait toutefois bien inspiré de se méfier. Et si, avec toute sa puissance, Mark 2 décidait qu’il n’est pas à la hauteur et doit être écarté, voire plus ?

 

« Les casques bleus, témoins gênants au Liban », l’éditorial de Sébastien Crépel

La mort d’ un soldat français au Liban , samedi, est le symptôme d’une autre tragédie. Celle qui condamne les forces de l’ONU à l’impuissa...