mercredi 12 août 2026

« L'éclipse politique de l'Union européenne », l’éditorial de Lina Sankari.



Les Babyloniens sont les premiers à avoir développé une méthode de prévision des éclipses, issue de leur observation du ciel sur des siècles. En astronomie comme en droit, leur legs est immense. Ces avancées ne les ont pas empêchés de perdre leur centralité en se faisant absorber par d’autres empires. Une éclipse, politique celle-là, qui prouve qu’un astre peut continuer à exister tout en voyant sa langue diplomatique et son pouvoir de structuration du monde occultés par l’ombre portée d’autres puissances. La métaphore est osée, mais les Européens seraient bien inspirés de dépasser l’ère de paralysie dans laquelle ils sont entrés.

Les derniers développements ont le goût de la sidération. La crise de Ceuta a illustré à quel point les divisions politiques et les assauts de l’extrême droite, sous le regard bienveillant de la Commission, constituent une menace pour la solidarité communautaire. Mois après mois, le droit, qui formait le langage commun, est démantelé. La guerre des frontières entre États membres en est l’illustration. Même écrit sous la plume libérale, le pacte vert constituait lui aussi un début de régulation. Il a subi les mêmes assauts.

Les solutions autoritaires et bellicistes pour tenter de dépasser les contradictions du capitalisme ne sont pas surprenantes. Elles méritent d’être combattues tant elles emportent avec elles la démocratie et les compromis sociaux. Même dans le domaine de la défense, c’est le cadre intergouvernemental qui prévaut. Sur le commerce, pourtant cœur du réacteur de l’Union, chacun négocie sa vassalisation en direct avec Donald Trump ; hâtant la désindustrialisation, actant le retard dans les projets structurants. Cette absence d’épine dorsale obère l’avenir.

Or, il ne suffit pas de crier au déclin, fût-il civilisationnel, pour en sortir. L’unité au service du développement des peuples, de l’harmonisation par le haut, avec de nouveaux droits sociaux, sociétaux et environnementaux, le tout sous contrôle démocratique et populaire, demeurent la seule issue.

« Face aux dérives de l’intelligence artificielle, on fait quoi ? », le billet de Maurice Ulrich.



Amédée, ou Comment s’en débarrasser. C’est le titre d’une pièce d’Eugène Ionesco où un couple est confronté dans son appartement à un corps qui ne cesse de grandir. Dans les Échos de mardi, six articles sont consacrés à l’intelligence artificielle : elle donne du souffle aux géants industriels allemands ; tout achat d’entreprise passera par son audit ; elle va aider les conseillers bancaires ; elle redéfinit les conflits au Moyen-Orient comme en Ukraine et représente pour la ministre française de la Défense « un intérêt essentiel de sécurité »… Un cinquième article recommande toutefois aux humains de « garder la responsabilité de juger ».

Il est temps, car le gros titre c’est la décision de faire une pause que vient d’annoncer OpenAI, l’entreprise de Sam Altman, dans le développement de son nouveau modèle en raison des risques de dérapage. Au total ces dernières semaines, 19 modèles d’IA ont échappé, pendant des tests, au cadre qui leur était imparti et seraient à même d’envisager des stratégies d’attaque sur d’autres systèmes, voire de développer des formes d’auto-conscience. Amédée, on fait quoi ?

 

mardi 11 août 2026

« Réchauffement climatique, le pire est encore à venir », l’éditorial de Cathy Dos Santos.



Températures records, canicules à répétition, sécheresses intenses… Les dernières données de l’observatoire européen Copernicus pointent, une nouvelle fois, des événements météorologiques extrêmes et inquiétants. Les niveaux historiquement bas du Rhin et du Danube ont déjà de graves conséquences écologiques, énergétiques et économiques. Partout en Europe, éleveurs et agriculteurs constatent l’ampleur de la bérézina. Le stress hydrique hypothèque productions et récoltes avec, à la clé, de lourdes répercussions pour les consommateurs. Les mega-incendies continuent de ravager des territoires entiers en France et ailleurs. Et pourtant, le pire est encore à venir si l’inaction perdure.

« El Niño n’est plus simplement à notre porte : il est entré dans la maison et fait monter la température », a mis en garde fin juillet le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres. Le nouvel épisode du phénomène climatique originaire du Pacifique équatorial qui agit sur les courants atmosphériques est d’ores et déjà considéré comme l’un des plus intenses de ces dernières décennies. L’impact de l’« enfant terrible » s’annonce planétaire et dévastateur.

Le 5 août, le Programme alimentaire mondial a avancé une sombre estimation : au moins 49 millions de personnes supplémentaires seraient susceptibles de plonger dans la famine aiguë dans 45 pays situés notamment en Amérique centrale et en Afrique australe, en raison des inondations et des sécheresses. Ce n’est là qu’une des funestes dimensions du dérèglement climatique à l’œuvre.

Pas un secteur de la vie ni des activités humaines n’est épargné. C’est pourquoi tout commande d’inverser les logiques à l’œuvre. « Davantage de charbon, de pétrole et de gaz nous conduiront vers un avenir plus combustible », aime à rappeler Antonio Guterres. N’en déplaisent aux capitalistes et autres libertariens zélés qui refusent de regarder la réalité en face : l’exploitation effrénée des ressources anéantit des populations, détruit des écosystèmes et hypothèque jusqu’à l’idée même de futur. L’anticipation et l’atténuation des impacts de la crise climatique doivent devenir les maîtres mots de nouvelles politiques sociales, économiques et environnementales. Il n’y a pas d’autre salut.

 

« Prise d’otage », le billet de Maurice Ulrich.



Ça ressemble à une prise d’otage. À la une de l’hebdomadaire Valeurs actuelles, on voit Léon XIV marcher aux côtés de Marco Rubio, J. D. Vance et oui, Donald Trump. Le secrétaire d’État, le vice-président qui a invité le successeur de saint Pierre à « être prudent quand il parle de théologie » et le président des États-Unis qui s’est lui-même représenté en pape et que sa conseillère spirituelle et responsable du bureau de la foi à la Maison-Blanche – mais oui, ça existe – décrit comme le nouveau sauveur, instrument de la volonté divine…

Une photo, évidemment un montage, avec ce titre : « Les catholiques à l’assaut de l’Amérique ». Et en sous-titre : « Comment l’élite catholique conservatrice prend le pouvoir à Washington et prépare déjà l’après-Trump ». En pages, un « expert », un certain Brian S. Brown, président de l’ultraconservatrice Organisation internationale pour la famille, évoque les combats communs de Donald Trump et Léon XIV en passant sous silence les critiques de ce dernier sur la guerre en Iran, la politique migratoire, etc. La vérité ne fait pas partie des valeurs actuelles

lundi 10 août 2026

« Les macronistes font le jeu de l’extrême droite », l’éditorial de Maurice Ulrich.



En campagne présidentielle, l’ancien premier ministre Gabriel Attal est d’une certaine manière un indicateur de tendance. De jour en jour, ses choix et ses déclarations le marquent à droite, et même à l’extrême droite. Quitte à instrumentaliser pour cela, d’une manière indigne et bien peu républicaine, les gens du voyage.

Ou plus largement en en rajoutant, après l’épisode de Ceuta, sur le « défi migratoire », mais aussi en durcissant les dispositions sécuritaires pour les plus jeunes, etc. « Tu sais, on s’adapte », aurait-il dit à une ministre proche. Sans doute. L’opportunisme a ses raisons, mais surtout ce qui est en jeu, c’est un changement profond et sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale.

Depuis les dernières élections législatives, qui avaient vu ce qu’on appelle le Front républicain faire face au RN, au profit de la gauche, les élus macronistes n’ont cessé d’agir, c’est bien le cas de le dire, à front renversé. Écologie, sécurité, taxation des plus riches, augmentation des salaires, immigration et jusqu’à la réélection de la présidente de l’Assemblée nationale contre le communiste André Chassaigne, leurs voix n’ont cessé de se mêler aux voix de la droite, souvent avec le soutien de l’extrême droite.

C’est peu de dire que cette dernière est devenue fréquentable. Pour les milieux dirigeants comme pour le grand patronat, son arrivée au pouvoir est désormais une hypothèse parfaitement crédible et acceptable. Mais ce n’est pas seulement une affaire franco-française. Il s’agit d’une lame de fond, déterminée et consciente, portée par les hyper-milliardaires de la tech comme Elon Musk, Peter Thiel, par Donald Tump et les nouveaux dirigeants élus dans les pays d’Amérique latine, par la progression continue des extrêmes droites en Europe.

Le capitalisme, depuis le milieu du siècle dernier, composait avec la démocratie libérale ou, du moins, semblait s’en accommoder. Il a besoin aujourd’hui, dans une course au profit devenue folle et une compétition mondiale effrénée, de s’affranchir des règles qu’avec leurs limites ces démocraties ont imposées jusqu’alors. C’est là que pour le capital les extrêmes droites ont leur rôle à jouer.

 

« Pas de salle de bal pour Trump », le billet de Maurice Ulrich.



« Une honte nationale. » C’est la réaction de Donald Trump après la décision de la cour d’appel fédérale du district de Columbia de bloquer des travaux de la salle de bal qu’il veut faire construire à la Maison-Blanche, engagés en octobre avec la destruction au bulldozer d’une partie du bâtiment. Pouvant accueillir jusqu’à 1 000 personnes pour des réceptions et des dîners, elle devrait, selon le forcené, rendre sa splendeur à la capitale.

Pour la cour d’appel, « le gouvernement n’a pas l’autorité illimitée de redessiner, remodeler et reconstruire la Maison blanche – la maison du peuple – pour répondre au désir personnel d’un président ». Réponse de ce dernier : « Nous allons immédiatement faire appel devant la Cour suprême des États-Unis. L’armée et le secret service considèrent cette décision horrible motivée par des raisons politiques illégales. »

La salle serait aussi, dit-il, « un centre militaire cruellement nécessaire, indispensable pour la sécurité de Washington et de notre pays lui-même. Cette décision constitue une menace pour la sécurité nationale ». Et surtout qu’à la Maison-Blanche il y a tant de raisons de danser.

 

vendredi 7 août 2026

« Le Tour de France femmes sur France Télévisions…avec modération », le billet de Maurice Ulrich.



Comme le Tour de France hommes, le Tour de France femmes, c’est sur France Télévisions mais… avec modération. Dès le premier jour on s’attendait à prendre le départ et, surprise, on tombe sur une série, Hudson et Rex. Rex est un chien policier tellement intelligent qu’on se demande s’il ne l’est pas plus que son maître qui ne serait pas grand-chose sans lui…

C’est un peu bête, c’est le cas de le dire. Mais pourquoi un chien, même surdoué, plutôt que la retransmission des étapes du Tour femmes aux mêmes horaires que celles du Tour hommes ? Il fallait attendre 15 h 50. On ne saura donc pas, dès la première étape, note Marion Clignet, la présidente du syndicat français des coureuses cyclistes citée par le Monde, que Demi Vollering, l’une des grandes favorites, avait chuté en début de course, comme on ne verra pas, dans l’étape de mardi dernier, le début de l’incroyable échappée solitaire de la norvégienne Sigrid Haugset jusqu’à la victoire… Et, nom d’un chien, même pas une explication de France Télévisions pour ces retransmissions tronquées.

« L'éclipse politique de l'Union européenne », l’éditorial de Lina Sankari.

Les Babyloniens sont les premiers à avoir développé une méthode de prévision des éclipses, issue de leur observation du ciel sur des siècl...