mardi 29 septembre 2026

« Génocide à Gaza, guerre en Ukraine… Face à l’impuissance de l’ONU, comment reprendre la main ? » la chronique de Patrick Le Hyaric.



Le murmure médiatique entourant la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies à New York aura été inversement proportionnel au vacarme des bombes dévastatrices qui s’abattent sur de trop nombreux endroits de la planète et à l’ampleur des fractures sociales, environnementales et démocratiques qui la déchirent.

Au lieu d’être un sanctuaire de décisions, de médiation et de compréhension, cette enceinte multilatérale s’est transformée en un théâtre de vociférations : Donald Trump y cible désormais la Cour pénale internationale et redessine les cartes géographiques ; Benyamin Netanyahou prétend justifier la politique génocidaire de son gouvernement d’extrême droite à Gaza ; tandis que le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov — que l’on avait connu plus fin —, hausse le ton pour marteler que son pouvoir gagnera par tous les moyens la guerre livrée au peuple ukrainien.

Une fois encore, l’ONU a été malmenée, renvoyant l’image d’une institution impuissante face aux tragédies qui assaillent le monde.

Ses résolutions, sitôt votées, sont réduites à des chiffons de papier sous le poids des appétits impériaux, de la violation permanente du droit international, de l’avidité des marchands de canons et de l’hégémonie des géants du numérique et de l’intelligence artificielle.

Des paroles et des actes

Cependant, rien n’est uniforme ni figé. L’image marquante de cette session restera sans doute le boycott, par des dizaines de délégations, du discours belliqueux et mensonger du Premier ministre israélien, en signe de protestation légitime contre l’écrasement et la tentative d’effacement du peuple palestinien.

Si le président de la République française a eu raison de rappeler le droit international, l’horizon des deux États et le respect de la souveraineté palestinienne, ses mots restent inoffensifs à défaut d’actions concrètes. Comment croire à ces déclarations quand l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël demeure en vigueur, quand toute voix défendant le droit à l’existence des Palestiniens est taxée d’antisémitisme, ou quand l’avion du Premier ministre israélien survole notre espace aérien malgré les mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale, alors même que le président de l’Autorité palestinienne s’est vu interdire de tribune à l’ONU ?

La crédibilité de la parole présidentielle s’effondre d’autant plus lorsque son ministre des Affaires étrangères s’empresse d’en assurer le service après-vente en se targuant de « l’inaltérable alliance qui lie notre pays à l’État d’Israël ».

Cette rhétorique à géométrie variable devient indigeste pour les peuples qui composent le « Sud global ». Ajoutons qu’il y a une indécence profonde à déployer des trésors d’énergie et de finances pour sanctifier les frontières de l’Ukraine, tout en armant ou en absolvant un État qui colonise, annexe et bombarde au mépris des lois internationales.

Basculement dans un nouveau fascisme

Ce cynisme du « deux poids, deux mesures » décrédibilise définitivement la voix d’une France assise au Conseil de sécurité de l’ONU mais membre du commandement intégré de l’OTAN. En agissant ainsi, l’occidentalisme capitaliste nourrit les monstres qu’il prétend combattre : le nationalisme exacerbé, les impérialismes prédateurs, les destructeurs du droit international, les traceurs de nouvelles frontières sur la mappemonde, les censeurs de mots qui combattent ainsi l’universalisme. Autant de signes préfigurant le basculement dans un nouveau fascisme.

Heureusement, des rues animées aux salles de travail des humanistes, de la voix forte de démocrates aux élans de la génération Z, s’élève dans l’unité une clameur d’espérance.

Celles et ceux qui, ces derniers jours, ont croisé le fer de conversations fertiles pour l’environnement et le désarmement, marché pour la paix en l’articulant à la protection du climat, à la défense du vivant, à la justice et au progrès social, incarnent la promesse originelle de la Charte des Nations unies.

Ils se dressent face aux élites capitalistes, occupées à orchestrer des guerres de proies et de marchés, et à engraisser les dividendes des industries de l’armement, du pétrole, du numérique ou de l’agrochimie, quitte à laisser s’embraser la Terre.

Pour une part non négligeable, c’est aussi cette aspiration qui a été portée par d’immenses rassemblements avec le pape ces derniers jours. Sans partager toutes ses opinions, notons nos convergences pour ouvrir des chemins de paix, lutter contre la pauvreté et l’abominable chasse aux migrants dans un monde où les déplacements de populations vont s’amplifier.

Un barrage de conscience

Ces citoyennes et citoyens, dans leur diversité d’histoires, de situations ou de croyances, demeurent les gardiens des Objectifs de développement durable scellés par l’ONU. Face aux cartels polluants et aux seigneurs de guerre qui réduisent les hôpitaux en ruine, la terre, les océans et l’espace en ressources à exploiter et piétinent le droit international, le salut est là : dans ce sursaut populaire lié et relié à des millions de fonctionnaires, de magistrats, d’enseignants, de scientifiques, de créateurs et de sentinelles des droits humains qui dressent un barrage de conscience contre les vagues réactionnaires et profascistes.

Le jour où cet archipel de l’alternative progressiste, démocratique et écologique s’interconnectera, s’enrichira mutuellement et coopérera pour esquisser les contours d’une nouvelle mondialité commune, sa force deviendra irrésistible.

Déjà, il fait germer un projet fondé sur un pacte de sécurité humaine globale, englobant le vivant humain et non humain. Un monde affranchi du dogme selon lequel la puissance militaire garantit la paix ; un monde résolu à bâtir une architecture de non-prolifération visant la destruction totale des arsenaux nucléaires.

Un monde où les travailleuses et travailleurs, producteurs de richesses en osmose avec la nature, redeviendraient les maîtres de leur destin et de l’orientation de la production.

Un monde où l’industrie numérique et l’intelligence artificielle cesseront d’être la propriété de quelques techno-oligarques pour être placées sous le contrôle des peuples, dans l’intérêt des générations futures.

« Nous, les peuples… »

Consentir aujourd’hui à la dépossession de notre avenir condamnerait nos sociétés non seulement à élire des parlements et des gouvernements fantoches, inféodés au grand capital, mais surtout à capituler devant un pouvoir de droit divin sur nos vies, exercé par une poignée de conglomérats capitalistes mondiaux.

Ce processus de vassalisation est déjà entamé : de grandes puissances capitalistes renforcent leur emprise sur l’information, l’économie, la culture, l’agriculture et la politique, tout en imposant leurs choix technologiques.

Progresser vers cette indispensable humanité commune est possible en se réappropriant l’ONU, dont la Charte s’ouvre par cet exergue : « Nous, les peuples… »

Lors de son discours d’ouverture, le secrétaire général António Guterres a proposé plusieurs réformes majeures, notamment celle du Conseil de sécurité, afin d’y intégrer l’Afrique — dont la majeure partie du territoire était sous domination coloniale lors de la fondation de l’institution. Il a également plaidé pour qu’une femme lui succède, une orientation soutenue par le Premier ministre espagnol en faveur d’une candidature issue d’Amérique latine.

Un front humain mondial peut s’appuyer sur l’ONU pour mieux la refonder à l’aune d’un monde en mutation, marqué par l’émergence et le poids des peuples du Sud. Il se donnerait la force de réformer de fond en comble le système financier international en soustrayant le FMI, la Banque mondiale et la Banque centrale européenne à la logique du capital.

Reprendre le contrôle populaire sur la création monétaire est la condition sine qua non pour s’émanciper du piège de la dette, cet instrument de soumission qui nourrit des marchés financiers toujours plus voraces. Au lieu d’écraser les peuples, l’outil monétaire doit être mis au service des « communs », du développement humain, de la justice sociale et de la préservation de la biodiversité.

En finir avec l’OTAN

Loin de réduire l’aide internationale au développement, il faut l’amplifier. Mesure-t-on l’énormité des disparités actuelles ? Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les cinq plus grandes compagnies pétrolières occidentales ont engrangé 500 milliards de dollars de profits, alors que seuls 34 milliards ont été alloués au financement international de l’adaptation climatique pour les pays en développement.

Pendant ce temps, les familles populaires paient le prix fort pour se chauffer ou se nourrir, et doivent désormais utiliser une part de leurs maigres ressources à des compagnies d’assurance privées dont l’insatiable appétit prospère sur le malheur humain et les dérèglements environnementaux.

Au militarisme ambiant, ce nouveau monde à construire ensemble oppose un désarmement global et l’interdiction des armes nucléaires. Aux alliances belliqueuses, il portera la création d’une architecture globale de sécurité commune ouvrant la voie à la fin de l’OTAN.

À la libre circulation des capitaux et des marchandises gravées dans les traités de prétendus « libre-échange », il substituera des projets d’échanges équitables, indexés sur les impératifs de la bifurcation écologique, du progrès social et de l’émancipation démocratique.

Plus que jamais, chaque citoyenne et citoyen du monde pourrait s’emparer de la Charte de l’ONU pour en faire une arme de droit, de justice et de paix.

L’heure est à construire une solidarité transnationale contre toutes les chaînes d’oppression et les phalanges réactionnaires et néofascistes qui convoitent notre époque. Sans relâche, portons l’humanité.

 

« Sous le masque », l’éditorial de Sébastien Crépel



L’horreur antisémite et la nausée qu’elle provoque n’y changeront rien. Elles choquent et elles révoltent, mais elles ne nous étonnent pas de la part d’un cadre du Rassemblement national, fût-il le premier d’entre tous.

Les propos rapportés de l’actuel président du RN à l’âge de son adhésion au Front national ne surprendront que ceux qui ont cru, ou ont fait semblant de croire, à la conversion miraculeuse du parti antisémite, xénophobe, fondé par d’anciens collaborateurs de l’Allemagne nazie, en formation démocratique, attachée à la laïcité et rejetant les discriminations basées sur l’origine ou la religion. Personne ne peut se dire sincèrement trahi par les mots de Jordan Bardella, ou plaider, comme le fait Marine Le Pen, l’incrédulité.

Ces mots sont cohérents avec l’idéologie d’un parti qui s’est construit sur la haine des juifs et qui continue d’abriter en son sein la bête immonde du racisme et de l’antisémitisme. Tous les ingrédients sont réunis dans les écrits de Bardella, à commencer par le complotisme et l’assimilation des juifs à l’argent et au pouvoir.

Pis, dès le début de son ascension vers les hautes sphères du parti, le futur cadre théorise, dans les citations que Mediapart diffuse, ce que les démocrates ont toujours dénoncé derrière la prétendue dédiabolisation menée de l’intérieur du FN-RN. C’est-à-dire la dissimulation de la véritable nature du parti sous le masque de la « normalité » pour mieux conquérir le pouvoir.

Ces révélations font froid dans le dos, au regard de la possible victoire du RN annoncée à la présidentielle dans les sondages. Elles inquiètent après la nouvelle conquête, dimanche, d’un groupe sénatorial dans la marche de l’extrême droite vers le pouvoir. Et elles viennent bousculer ceux qui, déjà, montraient patte blanche et avaient donné l’absolution à la fille de Jean-Marie Le Pen et à son équipe, du moment que les profits s’en trouvent confortés.

La mollesse de la réaction du Crif montre combien le ripolinage mensonger du RN a fait baisser la garde. Non, la peste antisémite n’est pas à gauche : aucun communiste, écologiste ou insoumis n’est accusé d’avoir tenu des propos condamnés par les lois de la République. Au RN, les brebis galeuses font troupeau.

 

Les journalistes de « l'Humanité » ne se tairont pas, l’éditorial de Maud vergnol.



Injures sexistes dégradantes, menaces de mort, de viol, sur vous et vos proches. Voilà à quoi sont exposés des journalistes de notre rédaction, comme nombre de nos confrères, et surtout de nos consœurs, partout dans le monde. Car les femmes sont les premières cibles, et selon l’Unesco, 45 % d’entre elles s’autocensurent sur les réseaux sociaux par peur des représailles. C’est exactement le but recherché : nous pousser au silence.

Que l’Humanité et les journalistes qui l’incarnent soient la cible privilégiée de l’extrême droite n’est malheureusement pas une nouveauté. Mais ces dernières semaines, ce cyberharcèlement a pris une nouvelle ampleur. Des militants d’autres sphères ont uni leurs voix aux réseaux masculinistes et autres « haters » de la fachosphère pour viser une de nos journalistes de confession juive, au nom du combat contre le génocide à Gaza, dans un vocabulaire qu’on espérait relégué aux années 1930.

Sa vie privée a été disséquée, livrée en pâture à l’ogre des réseaux sociaux. De telles attaques ignobles n’ont rien à voir avec la juste lutte pour les droits du peuple palestinien, dont notre journal est le porte-voix. Ce cyberharcèlement emprunte le même chemin que le gouvernement Netanyahou qu’il prétend dénoncer, en essentialisant une journaliste et l’accusant de complicité avec le « suprémacisme juif », du seul fait de ses liens familiaux.

Il s’inscrit dans une atmosphère générale suffocante. Nous ne devons pas nous y habituer, jamais, et considérer désormais comme une banalité de finir sa journée de travail avec des menaces de mort, des commentaires comme « sale youpine » ou « on va violer ta fille ». Derrière leur écran, les lâches de l’anonymat se sentent tout-puissants, persuadés d’être intouchables. Ils se trompent.

Nous engagerons des poursuites pour chaque cas de cyberharcèlement subi par nos journalistes. En France, des auteurs de menaces contre des femmes journalistes ont déjà été condamnés. D’autres le seront. L’anonymat n’offre pas d’immunité. Ce que ces lâches visent à travers nous, c’est le droit à une information libre. Ils veulent nous faire taire. Ils n’y parviendront pas

 

« Illusion», le billet de Maurice Ulrich.



Bernard-Henri Lévy raconte sa vie. 864 pages. Mémoires provisoires, c’est le titre du volume publié par Olivier Nora. Pour Le Point, où il a sa chronique hebdomadaire, ça mérite bien toute la une et dix pages. « À 78 ans, la silhouette reste la même, celle d’un baroudeur en mocassins »… Bien cirés les mocassins.

J’ai passé ma vie, dit-il, « avec l’idée qu’on peut changer le monde (…) et que quelques volontés libres peuvent faire basculer le cours des choses ». Car il a une « vision héroïque de l’histoire » : le grand poète anglais Byron, mort en 1824 « au secours des Grecs asservis par les Turcs, plutôt que Marx nous serinant que ce sont les masses qui font bouger les choses ».

Et on l’a vu souvent en photo, en chemise blanche et costume noir de la maison Charvet, place Vendôme, sur des théâtres de guerre. Il est même allé en 2024 rencontrer Benyamin Netanyahou. « Ce n’est pas le démon qu’on dit et je suis convaincu qu’il est sincère dans sa façon de vouloir défendre son pays »…

 

lundi 28 septembre 2026

« Le silence de la mer », l’éditorial de Sébastien Crépel.



Les forces progressistes avaient pour objectif de ne pas perdre de plumes dans ces élections et de maintenir leurs groupes politiques respectifs en l’état.

Malgré la multiplication des listes, la gauche sort de ces élections sénatoriales avec un certain soulagement. Avec l’absence d’accord national pour présenter des listes d’union – au profit d’alliances locales PS, Écologistes, PCF, au cas par cas – l’enjeu, pour les différentes forces progressistes, était simple : limiter les pertes au sein des différents groupes de la Chambre haute. Pour le Parti socialiste, un autre objectif supplémentaire était sur la table : se maintenir comme la deuxième force politique du Sénat avec 64 sénateurs, devant le groupe Union centriste qui, avec ses 59 membres, était bien décidé à lui ravir cette place.

Avec quatre sièges sur 18 remis en jeu, le groupe communiste républicain citoyen et écologiste-Kanaky (CRCE-K) jouait une partie de son influence au sein de la Chambre haute. Et la conservera, les quatre sortants communistes – Céline Brulin en Seine-Maritime, Jérémy Bacchi dans les Bouches-du-Rhône, Gérard Lahellec dans les Côtes-d’Armor et Marie-Claude Varaillas en Dordogne (élue au 1er tour) – étant réélus dans leur département respectif.

En Seine-Maritime toujours, le socialiste Bastien Coriton, à la tête d’une liste d’union de gauche, conserve le siège laissé vacant par le PS Didier Marie. Dans les Côtes-d’Armor, la mécanique de l’union a également permis à la socialiste sortante Annie Le Houérou de repartir pour un nouveau mandat.

Dans la Creuse, le sénateur PS Jean-Jacques Lozach a, lui, été réélu assez largement, avec 57,23 % des suffrages exprimés dès le premier tour malgré plusieurs listes de gauche concurrentes (LFI, PRG, Écologistes). Le groupe écologiste, avec sept sièges remis en jeu sur un total de 16 membres, a vu réélire dès le premier tour le sortant Daniel Salmon en Ille-et-Vilaine et Mélanie Vogel pour les Français établis hors de France. Dans les Bouches-du-Rhône, Guy Benarroche, en troisième position sur la liste emmenée par Jérémy Bacchi, conserve également son siège. De quoi laisser l’espoir aux écologistes de garder un groupe au Sénat.

La France Insoumise, elle, avait des ambitions beaucoup plus modestes, puisque seul un siège semblait à sa portée dans le Rhône, malgré l’absence d’accord avec les Écologistes. Un pari qui serait réussi avec l’élection de Gabriel Amard, selon des résultats qui n’étaient pas encore définitifs.

 

« Quand le vol de pommes de terre raconte comment la pauvreté gagne du terrain », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



Des dizaines de kilos de pommes de terre volés en pleine nuit, des rangs de poireaux vidés, des vergers dépouillés… Les vols de légumes en plein champ et le siphonnage de réservoirs font désormais les titres des 20 heures. La pomme de terre, produit populaire par excellence, est devenue une cible convoitée.

Certes, tous les voleurs ne sont pas des Jean Valjean et une partie de ces actes relève du brigandage crapuleux. Mais le simple fait que voler des patates pour alimenter un marché parallèle soit rentable, et justifie le risque, démontre à quel point les produits alimentaires de base sont considérés comme hors de prix pour une partie croissante de la population.

Un système où produire des légumes ne permet plus d’en vivre

Vol organisé et glanage sauvage illustrent l’appauvrissement qui frappe le pays. L’inflation alimentaire a provoqué un choc dépassant les 20 % en cumulé depuis 2021, avec des flambées à plus de 30 % sur certains produits de base. Parallèlement, l’explosion des dépenses contraintes asphyxie les ménages.

Conséquence : l’aide alimentaire explose (la barre des 2,4 millions de bénéficiaires a été largement franchie par les grandes associations) et les vols se multiplient. Ramasser des patates sous la lune relève, pour une part grandissante de la population, d’une stratégie de survie ou d’un commerce d’appoint informel.

Mais ce phénomène révèle aussi un face-à-face tragique. Pour le pilleur nocturne, l’agriculteur représente souvent une ressource inépuisable. Rien n’est plus faux. Le paysan qui découvre ses champs dévastés est pris dans le même étau financier. Pris en tenaille entre l’envolée de ses coûts de production, l’énergie hors de prix et la pression des distributeurs, l’agriculteur voit ses marges écrasées. Près d’un exploitant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté.

Quand une récolte est volée, c’est le travail d’une année qui s’évapore, sans aucune indemnisation des assurances, qui ne couvrent pas les vols en plein champ. Victimes et auteurs partagent la même tragédie : celle d’un système économique où produire des légumes ne permet plus d’en vivre dignement, et où travailler ne suffit plus pour s’en acheter.

 

vendredi 25 septembre 2026

« La barbarie assumée de Netanyahou devant les Nations Unies », l’éditorial de Stéphane Sahuc



Sans surprise, l’Assemblée générale des Nations unies a été le théâtre d’une scène qui a scandalisé le monde. Visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale, Benyamin Netanyahou a pris, toute honte bue, la parole à la tribune pour donner des leçons au reste du monde.

Le Premier ministre israélien a fait assaut de cynisme et d’impudence, insultant de fait le travail de l’ONU. Il a qualifié de « plus gros mensonge du siècle » les accusations de génocide. Un fait maintenant documenté par nombre d’ONG et de structures onusiennes.

En attaquant sans scrupule ses détracteurs, Netanyahou tente de faire oublier son isolement diplomatique. Car aux yeux du monde, rien ne peut cacher la réalité du terrain : les dizaines de milliers de morts à Gaza, la colonisation et l’accaparement des terres qui s’accélèrent en Cisjordanie, la violence des colons qui agissent en toute impunité.

Adresse aux Israéliens

Ce discours s’adressait d’abord aux Israéliens. En faisant d’Israël l’unique victime, en transformant ceux qui s’opposent à lui en antisémites, il espère créer un réflexe de citadelle assiégée qui lui permette de garder le pouvoir. Et qui au passage serve de justification à l’interdiction de listes arabes et de gauche et à l’éviction de voix critiques pour les prochaines élections.

La vérité n’a pas sa place dans ce dispositif, qui va jusqu’à organiser l’instrumentalisation abjecte de l’antisémitisme et de la mémoire de la Shoah pour disqualifier ceux qui refusent sa politique

Dans ce contexte, l’attitude de plusieurs pays occidentaux est problématique. Il est insupportable et inacceptable qu’un dirigeant poursuivi pour crimes de guerre puisse survoler la France avec l’accord de Paris et obtenir un visa pour les États-Unis, alors que le président palestinien Mahmoud Abbas se voit refuser l’accès au territoire américain et doit s’exprimer par visioconférence.

Le peuple palestinien traverse la période « la plus dangereuse de son histoire » et craint une nouvelle Nakba. Devant cette barbarie assumée, se contenter de simples déclarations d’indignation revient à détourner le regard. La communauté internationale doit passer à l’action et imposer des sanctions réelles, sous peine de sombrer avec le droit qu’elle prétend défendre.

« Génocide à Gaza, guerre en Ukraine… Face à l’impuissance de l’ONU, comment reprendre la main ? » la chronique de Patrick Le Hyaric.

Le murmure médiatique entourant la 81 ᵉ session de l ’ Assembl é e g é n é rale des Nations unies à New York aura é t é inversement pro...