jeudi 18 juin 2026

« Une presse libre : le meilleur rempart contre le règne du mensonge, l’éditorial de Rosa Moussaoui.



Le signal, brutal, a été donné au début de l’année, outre-Atlantique, par le prestigieux Washington Post, tombé en 2013 dans l’escarcelle de l’oligarque Jeff Bezos. L’annonce d’une vague de licenciements a emporté un tiers de sa rédaction. En France aussi, les plans de suppression d’emplois se succèdent : ils concernent, pour l’heure, pas moins de 1 500 journalistes et travailleurs de la presse.

Ce n’est pas une crise passagère. C’est, dans un contexte où les atteintes à la liberté d’informer se multiplient, où la mainmise d’une poignée de milliardaires sur la plupart des médias broie l’indépendance des rédactions, le symptôme d’un dangereux basculement politique, économique et technologique.

L’information devrait se muer en flux industriel, en marchandise façonnée par des objectifs de rentabilité. Les contenus standardisés, les articles produits à la chaîne par des outils d’intelligence artificielle devraient prendre le pas sur les reportages, les enquêtes, le journalisme exigeant qui ne peut faire l’économie du temps, des recoupements, des vérifications. Or l’information ne peut être tenue pour une marchandise comme une autre.

Avec ces suppressions d’emplois en chaîne, la qualité et la fiabilité des médias se disloquent. À l’heure des fausses nouvelles répercutées en un éclair sur les réseaux sociaux, où les « vérités alternatives » dévorent les faits, c’est, comme l’écrivait Hannah Arendt, « le sens même par lequel nous nous orientons dans le monde réel (qui) se trouve détruit ». Et quand la frontière entre le vrai et le faux se brouille, c’est la démocratie qui s’effondre.

Ce mouvement n’a rien d’inéluctable. Les trusts peuvent être démantelés. Le libre exercice du métier de journaliste peut être protégé. Le pluralisme et l’indépendance peuvent être défendus et soutenus. Les emplois d’une filière indispensable à la préservation d’une démocratie vivante peuvent être sauvegardés. C’est une affaire de choix politique. Une presse libre : voilà le meilleur rempart contre le règne du mensonge, de la propagande, de la manipulation que l’extrême droite espère imposer partout.

 

Affaire Lyhanna : pour Jordan Bardella, « des marches blanches, il y en a tous les jours », le billet de Maurice Ulrich.



On ne saurait douter, a priori, des sentiments partagés, semble-t-il, de la princesse Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles – on arrive au bout – et du roturier d’humble extraction, à peu près, Jordan Bardella. C’est donc en toute innocence qu’ils sont en photo au Grand Prix de Formule 1 de Monaco, avec en main ce qui semblait une coupe de champagne.

Faux, rectifie le président du Rassemblement national, dimanche soir sur BFM TV, « c’était du coca avec des glaçons ». Ce n’est pas la même chose. Mais c’était le jour, relève la journaliste sur le plateau, où avait lieu la marche blanche pour la jeune Lyhanna. « C’est une question sérieuse ? Des marches blanches, il y en a tous les jours. Celle que vous mentionnez, la famille avait demandé qu’il n’y ait aucun responsable politique. »

C’est exact, mais à bien réfléchir, le problème c’est : « Des marches blanches, il y en a tous les jours », comme si, pour le président du parti qui se nourrit de l’insécurité, c’était un détail à balayer d’une pichenette.

 

mardi 16 juin 2026

« Cyberattaques : le vrai coût de l’austérité numérique », l’éditorial de Stéphane Sahuc



La cybercriminalité en France n’est plus une menace lointaine, c’est un piratage en bande organisée de nos vies quotidiennes. Les méthodes ont changé. Fini le simple blocage d’ordinateur avec demande de rançon ; aujourd’hui, les hackers pillent en masse. Ils vident les fichiers confidentiels et les revendent au plus offrant. C’est industriel, c’est massif, et, au bout de la chaîne, neuf Français sur dix sont touchés. Nos identités naviguent dans le dark Web et personne ne semble capable d’arrêter l’hémorragie.

Plus grave, les pirates s’introduisent désormais là où on se croyait protégés : au cœur des ministères, dans les registres administratifs, sur les messageries internes des agents de l’État. Ce sont des coordonnées bancaires, des numéros de téléphone, des adresses de familles jetées sur des moteurs de recherche clandestins, accessibles pour le prix d’un paquet de cigarettes. Derrière la faille informatique, il y a la vraie vie qui bascule. L’angoisse de voir son intimité livrée à la malveillance, sans aucun bouclier.

Les cybercriminels ne sont pas les hackers géniaux des films d’action. En réalité, depuis des années, la sécurité des infrastructures publiques est sacrifiée sur l’autel de l’austérité. Pour économiser des lignes budgétaires, l’administration a démantelé ses propres compétences en externalisant massivement la gestion de ses réseaux à des prestataires privés, sélectionnés sur le seul critère du moindre coût, sans contrôle sérieux. C’est un siphonnage absurde.

La République forme des informaticiens brillants, mais refuse de leur proposer des statuts et des salaires dignes dans la fonction publique. Résultat : ils partent dans les multinationales, et l’État leur rachète ces compétences à prix d’or sous forme de contrats de conseil extérieurs.

Il y a une profonde hypocrisie à recommander aux citoyens de se barricader numériquement, alors que la politique de coupes budgétaires induit une indigence en matière de sécurité dans les coffres-forts numériques des administrations et des grands services de l’État. En traitant la sécurité collective comme le reste – une simple variable d’ajustement comptable –, la « start-up nation » de Macron a sciemment exposé la population aux cybercriminels.

« Cynisme et imbécilité », le billet de Maurice Ulrich.



Le foot, ce lien entre les peuples, comme on le constate avec le Mondial, si l’on excepte les refus de visas, le harcèlement de certaines équipes, les excès de zèle possibles de l’ICE – la police anti-immigration –, les tarifs prohibitifs des matchs, hôtels, etc.

Mais le président de la Fifa, Gianni Infantino, grand ami de Donald Trump, à qui il avait remis en 2025 le prix de la Paix de la fédération tout juste inventé pour lui, veut faire plus. Il aurait l’intention de lancer un tournoi mondial des moins de 15 ans avec, en ouverture, un match Palestine-Israël.

Ce n’est qu’une petite partie de ses idées. En février dernier, il avait lancé, en liaison avec le « Conseil de la Paix » de Trump, réunissant les pays qui avaient payé un milliard de dollars pour y participer, un projet de reconstruction de Gaza par le foot, avec pas moins de cinquante terrains et stades. À ce stade, en tout cas, on ne sait plus si c’est du cynisme ou de l’imbécillité. Les deux, sans doute.

 

lundi 15 juin 2026

« Guerre au Moyen-Orient : la paix selon Trump », l’éditorial de Marion d’Allard.



Donald Trump a fini par trouver son issue de secours. Du moins temporairement. Et il a beau exulter, le président milliardaire ne fait pas illusion. Le protocole d’accord entre Téhéran et Washington, signé dans la nuit de dimanche à lundi, n’est pas une déclaration de paix.

Seulement une étape dans la résolution d’un conflit que la Maison-Blanche a elle-même déclenché, embarquée dans les aventures guerrières de son allié israélien, trop sûre de sa puissance. Combien de milliers de morts, en Iran, au Liban, pour parvenir, au prix du blocage d’une partie de l’économie mondiale et d’une crise pétrolière d’ampleur, à un équilibre régional qui renforce Téhéran sans contenir Tel-Aviv ? Retour antebellum. En pire.

L’extrême droite au pouvoir en Israël, d’ailleurs, n’a pas fait mystère de sa réprobation. Qu’importe si Téhéran fait de l’arrêt des bombardements au Liban une condition sine qua non de l’arrêt des hostilités, le gouvernement de Benyamin Netanyahou affirme sans ciller que cet accord ne l’engage pas. Tel-Aviv entend conserver ses positions – et perpétuer ses opérations militaires meurtrières – au Liban, en Syrie et à Gaza. Et l’infâme Bezalel Smotrich de promettre à l’Iran de « poursuivre la campagne pour la chute du régime nous-mêmes et par des moyens créatifs ». La paix selon Trump.

Prévu à signature officielle vendredi à Genève, l’accord demeure partiel, son contenu peu détaillé et, selon les sources, contradictoire. Conditions de transit dans le détroit d’Ormuz, nucléaire iranien, dégel des avoirs… Tout reste à négocier et tout peut rallumer la mèche. Les fanfaronnades de Donald Trump, qui ne manquera pas de s’afficher en faiseur de paix au sommet du G7, n’y changent rien. Il sort affaibli de cette séquence catastrophique, y compris sur le plan intérieur. Et il le sait. Ses démonstrations égocentriques pour sauver la face et ce qu’il reste de son mandat ne sauront faire oublier que le chaos au Moyen-Orient n’a qu’une raison d’être : l’impérialisme états-unien, décuplé par l’hubris d’un homme et la folie criminelle de son indéfectible allié.

 

« G7 à Évian : la conjuration des puissants contre les peuples et la paix », le billet de Maurice Ulrich.



C’est à l’auteur d’un fiasco historique et criminel qu’Emmanuel Macron a déroulé le tapis rouge. Tout ça pour ça ? Non, car il ne s’agit pas d’un retour au statu quo. Le forcené de la Maison-Blanche, avec son allié Benyamin Netanyahou, a mis le feu au Moyen-Orient, déstabilisé l’économie mondiale, et la démonstration est faite que les objectifs mensongers qu’il avait affichés, accueillis avec complaisance par trop de pays et de médias, n’étaient qu’un leurre. Cela au prix de destructions innombrables, de milliers de morts.

N’oublions pas que cette guerre d’agression s’est ouverte avec la mort de plus d’une centaine de fillettes. Elle n’a fait que renforcer le pouvoir et les gardiens de la révolution, étouffer de nouveau tout espoir de démocratie. En recevant Donald Trump et en usant de Versailles comme un monarque, Emmanuel Macron lui apporte plus qu’une caution. C’est une soumission et le G7 qui se réunit à Évian apparaît plus que jamais comme une conjuration des puissants contre les peuples et la paix.

 

« Attention à l’orthographe », l’éditorial de Marie-José Sirach.



Alors que des dizaines de milliers de lycéens passent le bac, concentrés sur l’examen mais surtout stressés par Parcoursup, cette épée de Damoclès qui décide algorithmiquement de leur accorder une place ou non dans le cursus universitaire de leur choix, le ministre de l’Éducation nationale parle orthographe. C’est sa lubie, son obsession.

« Toute copie qui n’a pas un niveau suffisant en termes d’orthographe, de syntaxe et de grammaire ne peut pas avoir la moyenne au baccalauréat », répète-t-il en boucle. Venant d’un ministre qui, sur le plateau de l’émission C à Vous, commet une faute en écrivant le mot « accueil » – le u, avant ou après le e ? Quel dilemme (avec deux m), n’est-ce pas, monsieur le ministre ? De votre part, on s’attendait à mieux, question orthographe.

Pourquoi cette obsession de la sanction ? C’est à se demander si le ministre ne rêve pas d’une orthographe corsetée, d’une langue qui marche au pas, d’une syntaxe le petit doigt sur la couture, qui n’admet aucune liberté langagière. C’est comme la jeunesse, on la tolère quand elle ne moufte pas. Et pour anticiper toute velléité de rébellion, on lui colle Parcoursup, histoire de la maintenir sous pression ; on lui interdit de danser dans les raves ; on la sanctionne quand elle manifeste pour la Palestine ; on la lacrymogène (pardonnez ce barbarisme, monsieur le ministre) quand elle manifeste pour la planète.

Mais la jeunesse se rebiffe. Et elle ne plie pas. Hier, c’étaient les élèves de la prestigieuse école d’ingénieurs AgroParisTech qui, au cours de la cérémonie des diplômes, avaient dénoncé « une formation qui pousse (…) aux ravages sociaux et écologiques ». Aujourd’hui, ce sont les élèves de Polytechnique qui dénoncent la mainmise des industriels sur leurs formations. Et comme ils ont de l’humour, ils se sont amusés à lancer, devant une assemblée médusée, un « Actionnaires de tous les pays, unissez-vous ! »

Alors vous pouvez, monsieur le ministre, lui parler d’orthographe à longueur d’antenne. Vous n’empêcherez pas la jeunesse, même au futur simple, de rêver, de danser, de rire, de s’indigner. Pour un autre futur.

« Une presse libre : le meilleur rempart contre le règne du mensonge, l’éditorial de Rosa Moussaoui.

Le signal, brutal, a été donné au début de l’année, outre-Atlantique, par le prestigieux Washington Post , tombé en 2013 dans l’escarcell...