Le cadmium est devenu un sujet
majeur de santé publique. Ce métal lourd toxique s’accumule dans les reins,
fragilise les os et augmente les risques de cancers. Selon les alertes répétées
des autorités sanitaires, une partie importante de la population française y
est exposée à travers l’alimentation quotidienne. À l’origine du problème, des
engrais phosphatés utilisés depuis des décennies et qui contaminent
progressivement les sols, et donc notre alimentation.
Le plus frappant est que personne
ou presque ne conteste désormais le diagnostic porté par l’Anses. Comme
souvent, la santé publique se retrouve mise en balance avec les impératifs
économiques, les chaînes d’approvisionnement et les intérêts industriels.
Cette question résonne
douloureusement aux Antilles.
Le scandale du chlordécone y est
devenu le symbole d’un empoisonnement dont l’État connaissait les risques mais
qu’il a ignorés. Utilisé dans les bananeraies de Martinique et de Guadeloupe
jusqu’en 1993 malgré les alertes scientifiques, ce pesticide a durablement
contaminé les terres, les rivières, les littoraux et les corps. Aujourd’hui
encore,plus de 90 % de la population adulte des Antilles porte les traces de
cette exposition. Après des décennies de déni, la reconnaissance progressive
des responsabilités de l’État constitue une étape importante. Mais elle ne
suffira pas à effacer l’injustice subie par des populations sacrifiées sur
l’autel capitaliste et sur fond de néocolonialisme.
Le chlordécone nous rappelle une
vérité simple : lorsqu’une catastrophe sanitaire éclate, il est toujours trop
tard. Les responsables invoquent alors les connaissances de l’époque, les
contraintes économiques ou l’absence de certitudes absolues. Pourtant, les
alertes existaient déjà. Le scénario se répète avec les Pfas, ces « polluants
éternels » utilisés dans de nombreuses activités industrielles et notamment
dans la fabrication des revêtements antiadhésifs. Les révélations concernant
les rejets issus de l’usine Tefal en Haute-Savoie ont mis en lumière l’ampleur
de contaminations environnementales. Malgré les paroles des industriels
assurant respecter les normes.
Cadmium, chlordécone, Pfas : ces
scandales racontent un modèle agricole et industriel qui a longtemps considéré
la nature comme une ressource inépuisable et la santé des travailleurs et des
citoyens comme anecdotique. Ils révèlent aussi l’affaiblissement de la
puissance publique face à des intérêts économiques capables d’imposer leur
calendrier et leurs profits quand l’urgence sanitaire exigerait des décisions
immédiates. Car l’expérience nous l’a appris : chaque fois que l’on reporte les
décisions au nom de la compétitivité ou de la croissance, ce sont les citoyens
qui finissent par payer la facture. La véritable question est donc
démocratique.
Qui décide de ce que nous mangeons
? Qui décide du niveau de risque acceptable ? Qui paie lorsque les dégâts
apparaissent ? Lorsqu’un doute sérieux existe sur la dangerosité d’une
substance, la protection du peuple doit primer sur les profits. Non dans vingt
ans. Non après le prochain rapport. Maintenant.





