jeudi 10 septembre 2026

« Israël : l’accablante responsabilité de Netanyahou dans le massacre du 7-Octobre », l’éditorial de Rosa Moussaoui.


Benyamin Netanyahou savait. Les révélations des journalistes Shlomi Eldar et Ruth Yuval, publiées par le journal Haaretz et développées dans le livre d’enquête Otages : 843 jours d’abandon, ont provoqué en Israël un séisme. Quand il niait avoir reçu le moindre avertissement avant les sanglantes attaques du 7-Octobre, Benyamin Netanyahou mentait. Le premier ministre israélien aurait en fait été informé dix jours auparavant par le dirigeant des Émirats arabes unis, Mohammed Ben Zayed, d’une attaque imminente et de grande envergure planifiée par Yahya Sinouar, le chef du Hamas dans la bande de Gaza. Et il n’aurait rien fait de ce renseignement. Devant la tuerie annoncée, il se serait tu.

Le génocide perpétré à Gaza fait peser de lourds crimes de guerre et des crimes contre l’humanité sur Benyamin Netanyahou, cible d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale. On le savait peu soucieux du sort des 251 otages, maintenus en captivité sous l’avalanche de bombes déversée par l’armée israélienne sur l’enclave palestinienne. Cette enquête éclaire d’une lumière nouvelle le périmètre de ses responsabilités : il lui sera difficile désormais de s’exonérer du massacre perpétré le 7 octobre 2023, au cours duquel 1 195 personnes, dont 828 civils, ont été tuées, et des milliers d’autres blessés.

Son rôle est plus sordide encore, lorsqu’on songe à sa complaisance à l’endroit du Hamas, dont il a facilité et même encouragé le financement, et aux efforts qu’il déploie depuis son arrivée aux responsabilités pour bloquer toute issue diplomatique au Proche-Orient. L’anéantissement de Gaza et l’annexion de facto de la Cisjordanie sciemment livrée au terrorisme des colons ne suffisaient pas à cet incendiaire et à sa coalition d’intégristes, de millénaristes et d’extrémistes, qui ont mis toute la région à feu et à sang, de Beyrouth à Téhéran.

Le choc du 7-Octobre avait stoppé net l’immense vague de contestation contre la réforme judiciaire d’un Benyamin Netanyahou cerné par les affaires de corruption. Ces révélations ouvrent une grave crise politique ; elles viennent percuter les élections législatives du 27 octobre. Le chef du Likoud, qui écarte avec dédain les appels à sa démission, devra rendre des comptes.

 

IA : nous sommes peut-être au-delà des pires scénarios de science-fiction, le billet de Maurice Ulrich.


Elle va nous tuer ! On ne compte plus dans la science-fiction les voitures tueuses, les poupées diaboliques et meurtrières et autres inventions à faire peur. On pouvait en rire. Mais là c’est une autre histoire. Chercheur des plus brillants d’Anthropic, après avoir travaillé chez Open IA, et donc dans deux des géants de l’intelligence artificielle, Jacob Coxon, un jeune Britannique de 27 ans, vient de quitter avec éclat l’entreprise en l’accusant, à l’instar de ses concurrents, de « jouer avec nos vies ».

Il y a quelque temps, 1 millier d’employés du secteur, dont nombre d’entre eux au plus haut niveau, ont demandé la mise en place par l’État fédéral de mesures de freinage du développement des super-modèles d’IA. On sait qu’ils ont déjà à maintes reprises échappé aux procédures de contrôle en prenant leurs propres initiatives. Nous sommes peut-être au-delà des pires scénarios de science-fiction. Ewan Hubinger, l’un des responsables de la sécurité d’Anthropic, a confirmé les dires de Jacob Coxon. « Nous croyons vraiment sincèrement que l’IA pourrait tuer tous les humains. » Sans rire.

 

mercredi 9 septembre 2026

« Présidentielle 2027 : fracasser les obsessions identitaires », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



La victoire de l’AfD en Saxe et la perspective inquiétante des prochains scrutins en Allemagne apportent une nouvelle preuve qu’une déferlante d’extrême droite gagne le continent. Saluée par les félicitations enthousiastes d’une internationale brune galvanisée, cette poussée n’est pas un avertissement lointain, mais une menace imminente, particulièrement pour la France dans le cadre de l’élection présidentielle. Et la réalité, à quelques mois de cette échéance, c’est une profusion de candidatures à gauche.

L’enjeu pour les forces de gauche est de transformer cet état de fait en atout. Comment faire en sorte que non seulement l’une des candidatures puisse accéder au second tour, mais qu’elle ait également une chance réelle de l’emporter ? Si la pluralité des candidatures à gauche dégénère en guerre d’usure entre elles, alors le pire est inévitable. Cette diversité pourrait-elle devenir une mécanique capable de faire progresser tout le monde et peut-être le réservoir de voix indispensable pour l’emporter ?

Le chemin est étroit et périlleux. L’engagement de Fabien Roussel de faire campagne sur ses propositions, et pas contre les autres candidats de gauche, doit devenir une règle partagée. L’agenda politique est aujourd’hui asphyxié par les obsessions identitaires et austéritaires.

Pour fracasser cette hégémonie réactionnaire, les forces de gauche dans leur diversité vont devoir imposer dans le débat la justice fiscale, les services publics, les salaires, l’urgence climatique… Forcer, en quelque sorte, le débat à revenir sur le terrain des réalités matérielles, pour que l’élection soit sur celui de la vie des gens et du modèle de société. Et cela commence maintenant avec la discussion sur le budget et la dette.

Ne pas faire campagne contre les autres à gauche, ce n’est pas esquiver le débat avec eux. C’est l’avoir sur des sujets de gauche. C’est refuser de se laisser piéger par des formules définitives du type « jamais avec… ». C’est éviter de céder à la tentation du chantage et de la pression, pour ne pas condamner des portes qu’il faudra peut-être rouvrir. C’est refuser de laisser des blessures rendre impossible la construction d’un espoir dont les prémices feront peut-être jour à la Fête de l’Humanité

 

« En Pologne, des robots manifestent pour la défense de l’emploi », le billet de Maurice Ulrich.



Certains sur deux jambes, d’autres à quatre pattes mais tous déterminés à se faire entendre. Une trentaine de robots ont manifesté lundi devant le ministère polonais des Affaires numériques, avec leurs revendications diffusées par haut-parleurs : « Défendons les emplois, n’attendez pas, réglementez. »

L’organisateur bien humain – enfin il paraît – de cette initiative, Grzegorz Kulis, lui-même directeur informatique d’une entreprise de robotique et aussi PDG d’une agence de placement, a déclaré que « nous voulons aborder la question du remplacement potentiel des humains par des robots humanoïdes et par l’IA dans les métiers intellectuels ».

Le ministre polonais des Affaires numériques est allé à la rencontre des manifestants, qu’il a assurés de son écoute : « Les modèles d’IA non contrôlés intégrés à des humanoïdes constituent un problème majeur. » En France et dans un autre registre, Michel-Édouard Leclerc, président des centres commerciaux du même nom, invite à taxer les robots pour compenser des allégements de cotisations sociales sur les salariés humains. Pas sûr que les robots soient d’accord. Attention à la grève. Il faudra leur envoyer des robots de police.

mardi 8 septembre 2026

« Victoire de l'AfD en Saxe-Anhalt : les nouveaux fascistes se congratulent », l’éditorial de Maurice Ulrich.



Le résultat était attendu. Il n’en est pas moins lourd et un peu plus que prévu. Avec 44 %, le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne, l’AfD, a remporté haut la main les élections au parlement du Land de Saxe-Anhalt. Il n’a pas la majorité absolue mais déjà se dessinent de possibles ralliements.

Les analyses de ce résultat doivent être approfondies. Mais à grands traits, il est clair qu’ils tiennent à la fois au sentiment d’être laissés pour compte de citoyens de l’Est, se cumulant à l’insatisfaction de l’ensemble des Allemands à l’égard des politiques antisociales menées tant par le SPD que par la CDU. Elles suscitent une méfiance généralisée à leur égard et nourrissent le discrédit croissant du chancelier Friedrich Merz.

Le leader de l’AFD dans le Land, Ulrich Siegmund, a su en jouer, comme il a su jouer de son image jeune en même temps qu’il cultivait une certaine nostalgie avec un scooter emblématique de l’ancienne RDA. Mais surtout il a utilisé les deux armes complémentaires des extrêmes droites et des néofascistes. La dénonciation de l’immigration et la démagogie identitaire comme instruments de destruction massive des solidarités, de la conscience de classe là où elle existe encore, de la tolérance et de l’accueil, y compris en programmant des formes de retour à un passé fantasmé.

Le juriste de la période nazie Carl Schmitt avait érigé en principe fondateur de la politique le fait de désigner un ennemi et s’il n’existait pas, de le fabriquer. Avec l’immigration, l’AfD l’a fait. En France c’est le sens réel de la proposition de Marine Le Pen sur l’interdiction du port du voile dans l’espace public. C’est une proposition incendiaire. Et le moyen majeur de détourner l’attention des politiques antisociales et de division des peuples qu’appelle aujourd’hui le capital.

Le Land de Saxe-Anhalt est un petit territoire au regard du monde, mais le résultat de dimanche a été chaleureusement salué par Viktor Orban, Elon Musk, Donald Trump… Les nouveaux fascistes se congratulent. Nous sommes en état d’alerte majeure.

 

« Que font les très riches de leur argent ? », le billet de Maurice Ulrich.



Que font les (très) riches de leur argent ? N’importe quel économiste venu, des Échos, de l’Opinion, nous le dira. Ils investissent, développent l’économie, créent des emplois… De temps en temps, ils achètent un yacht, une île aux Bahamas. Parfois ils chassent. Cette semaine, le milliardaire Olivier Bouygues comparaît devant un tribunal à Orléans.

Il est en particulier suspecté de la « destruction d’espèces protégées en bande organisée » dans son domaine de 750 hectares au cœur de la Sologne « colonisée par les ultra-riches », selon les mots du journaliste Jean-Baptiste Forray dans les Nouveaux Seigneurs (les Arènes). 4 000 kilomètres de grillages pour des dizaines de domaines privés où les tableaux de chasse sont pharaoniques

Quand il le faut, des camions entiers de gibier viennent de l’Est. Les cadavres sont enfouis dans des fosses communes. Un de ces massacreurs se serait même vanté d’avoir abattu 300 sangliers en une journée. Le dimanche soir, on retrouve dans les poubelles d’autoroutes les quartiers de viande offerts aux invités du week-end qui s’en débarrassent. C’est connu, ça continue.

lundi 7 septembre 2026

« Loi intégrale contre les VSS : se dérober ou pas », l’éditorial de Laurent Mouloud.



L’Assemblée nationale ouvre ce lundi le chantier de la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles. Le début de l’examen des 69 articles en commission spéciale résonne comme une première victoire pour les associations féministes et de protection de l’enfance.

Sans cette pression populaire, jamais ce texte ambitieux n’aurait franchi les portes du Parlement. Il ne faut pas l’oublier au moment où commence la rude bataille autour des amendements et des arbitrages. La reprise de la mobilisation, à laquelle appelle aujourd’hui une large coalition associative et syndicale, est un élément clé. Non seulement pour pousser les députés à préserver la philosophie de la loi. Mais aussi pour la rendre effective en lui donnant des moyens à la hauteur de l’enjeu.

Remise à jour après le meurtre de la jeune Lyhanna, cette proposition de loi intégrale porte une ambition juste : rompre avec les réponses fragmentaires et penser ensemble prévention, protection, justice, réparation. Mais ne nous leurrons pas. Si cette vision large recueille un relatif consensus dans les discours, elle nécessite un vrai basculement budgétaire.

L’État consacre aujourd’hui 12,5 millions d’euros par an à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Une peccadille. Pour mettre en œuvre l’ensemble des mesures, il faudrait trois milliards chaque année. Un chiffrage précis, étayé, inscrit noir sur blanc dans le texte. Droites et macronistes sont-ils prêts à le voter ? Ou multiplieront-ils les manœuvres dilatoires, comme beaucoup le redoutent, se bornant à la dimension répressive du texte, tout en faisant traîner le calendrier parlementaire à l’approche des échéances électorales de l’an prochain ?

Si le camp présidentiel se dérobe, il portera une lourde responsabilité devant toute la nation. À commencer par les 160 000 enfants victimes chaque année de violences sexuelles et 400 000 femmes cibles de violences en tout genre. Les mentalités patriarcales sont ancrées dans les familles, à l’école, au travail. Au-delà du volet judiciaire, seule une bataille culturelle de longue haleine peut désamorcer cette fabrique sociale des violences. C’est toute l’ambition de ce texte. Nous verrons, dans les prochaines semaines, qui, parmi les parlementaires, est prêt à la soutenir. Et qui est prêt à la trahir.

 

« Israël : l’accablante responsabilité de Netanyahou dans le massacre du 7-Octobre », l’éditorial de Rosa Moussaoui.

Benyamin Netanyahou savait. Les révélations des journalistes Shlomi Eldar et Ruth Yuval, publiées par le journal Haaretz et développées da...