vendredi 20 février 2026

Elle s’appelle espérance !



Parlons d’une amie. Si c’était une plante, elle serait trèfle à 4 feuilles. Elle nous porte chance en nous faisant croire en notre bonne fortune. Si c’était un astre, elle serait soleil le jour, étoile la nuit car elle éclaire notre vie. Si c’était une qualité, elle serait l’optimisme. Si c’était un défaut, elle serait la naïveté. Elle veut changer le monde et croit qu’elle peut y arriver en persuadant tous ses amis d’y croire et d’agir. Si c’était un bâtiment, elle serait un phare qui nous guide dans les nuits de l’océan agité de notre existence, pour retrouver vite les lumières de la côte tout en prenant le risque de repartir en mer. Si c’était un lieu, elle serait l’extrémité sud du continent Africain entre deux océans l’Atlantique et l’Indien. Notre meilleure amie, peut-être l’avez-vous deviné, s’appelle Espérance. Elle nous permet de remplacer « jamais » par pourquoi pas !

 

« Droites extrêmes », le bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin.



Copié-collé Dans le foisonnement d’une actualité pour le moins délétère, la longue interview accordée vendredi 13 février par Bruno Retailleau au Figaro Magazine est quelque peu passée inaperçue – sauf pour les contempteurs ou les adulateurs du genre auxquels rien n’échappe. Le président du parti « Les Républicains » (LR) y annonçait donc sa déclaration de candidature à l’élection présidentielle de 2027, déclinant les thèmes qui lui tiennent à cœur.

Nous le savions, nous en avons la confirmation : l’ex-ministre de l’Intérieur enterre définitivement la droite républicaine. Même Françoise Fressoz, dans le Monde, parle d’« un modèle du genre ». Et pour cause. « Tous les thèmes ressassés par le Rassemblement national (RN) – perte de souveraineté, impuissance publique, déclin nataliste, danger migratoire, crise de l’autorité – sont méthodiquement déclinés. (…) La remise en cause de l’État de droit est confirmée et détaillée. »

Autant le dire : un copié-collé des propositions de l’extrême droite. Bruno Retailleau joue donc, sans surprise et sans complexe, l’air de la rupture avec le macronisme dans l’espoir de retenir un électorat de droite de plus en plus sensible aux sirènes du RN. Une offensive idéologique décomplexée alliant libéralisme économique, conservatisme sociétal et souverainisme juridique. « Un cocktail qui se prétend sérieux, mais ouvre la boîte de Pandore », écrit le Monde

Litanie Les unes après les autres, les digues sautent. Et la droite républicaine, jadis « riche » de sa diversité, entre une aile libérale et un pôle souverainiste, éclate au grand jour. Ce n’est plus la droite, mais l’ultradroite en boucle, une sorte de vieux manuel de catéchisme politique : tout y est, jusqu’aux formules récitées avec application, sans jamais trembler devant le réel. Avec Retailleau, on retrouve cette droite dure qui se veut droite dans ses bottes, raide dans ses principes, et qui confond la constance avec l’entêtement. Il parle d’autorité comme d’autres parlent de météo : il s’agirait d’une « évidence », d’un phénomène « naturel », d’une nécessité « indiscutable ».

L’État doit « rétablir l’ordre », « restaurer la nation », « assumer ses frontières ». Vocabulaire martial, syntaxe ferme, propos graves. Mais, derrière l’emphase, que reste-t-il, sinon cette litanie d’inquiétudes, recyclées en certitudes ? Il y a chez lui une manière de poser le diagnostic comme on assène un verdict.

La France serait « fragilisée », « minée », « menacée » – par l’immigration, le laxisme, l’effacement des repères. Il ne débat pas, il déplore. Il ne nuance pas, il tranche. Aucune analyse de notre ici-et-maintenant, mais récit fantasmé. Et ce récit a ses héros (ceux qui « tiennent bon »), ses coupables (ceux qui « renoncent ») et ses traîtres (ceux qui « s’accommodent »). Mais à quoi ?

Verticalité Cette dramaturgie permanente finit par sonner creux. À force de voir des périls partout, on ne voit plus les complexités. À force d’invoquer l’autorité, on oublie de définir la justice. Retailleau invoque la République, mais une République d’ordre, presque une République disciplinaire, où la liberté semble toujours suspecte et la solidarité conditionnelle.

On pourrait lui accorder le mérite de la cohérence, fidèle à sa ligne. Sauf qu’il assène comme si le monde n’avait pas changé, comme si les fractures sociales, écologiques, démocratiques pouvaient se résoudre par un simple retour à la verticalité. Comme si la complexité contemporaine appelait moins d’intelligence que de fermeté. Son entretien ressemble à une mise en garde permanente : attention au délitement, attention à la décadence, attention au déclassement. Tout est menace.

Rien n’est promesse. Tout aussi incroyable, cette tentation de réduire le débat à une opposition morale : les courageux contre les faibles, les lucides contre les naïfs, convoquant les « racines », la « civilisation ». Et puis cette posture du gardien, comme un gardien de prison, qui n’ouvre aucune perspective mais excite. La France n’a pas besoin de gardiens, mais d’inventeurs.

À force de se présenter comme un rempart, Bruno Retailleau finit par oublier qu’un rempart ne construit rien : il empêche, il retient, il bloque. Bruno Retailleau a basculé dans le camp de l’extrême droite et il l’assume. Et il n’est pas le seul…

 

« La punition d’Amélie de Montchalin pour avoir menti ? Être nommée à la Cour des comptes », l’éditorial de Laurent mouloud.



Il fallait voir son aplomb. Le 14 janvier, à l’Assemblée nationale, Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics, agrippe le micro et répond « les yeux dans les yeux » à la députée PCF Elsa Faucillon. Non, il n’y a pas de document « ou même de réalité » qui ferait qu’une dizaine de milliers de fortunés Français ne payent aucun impôt sur le revenu.

Juré, craché. « Je vous le confirme avec toute la transparence qui est la mienne. » On connaît la suite. Une note de Bercy vient de révéler que, au minimum, 13 335 contribuables soumis à l’impôt sur la fortune immobilière contournent bien le fisc, au point de ne pas lui verser un kopeck. La ministre a donc menti devant la représentation nationale – si ce n’est de manière éhontée, du moins par approximation.

Cette tentative de masquer la réalité est au cœur des errements de la politique budgétaire macroniste. Une politique hors-sol, profondément idéologique, qui vise à préserver, coûte que coûte, un système fiscal sanctuarisant les avantages des plus riches au détriment des classes populaires et moyennes, culpabilisées, elles, par l’épouvantail du déficit.

Cette iniquité invraisemblable ne peut être tolérée. Elle pèse lourdement sur les recettes budgétaires. Mais sape également la confiance dans la parole publique. Et menace, in fine, le consentement à l’impôt, socle de notre cohésion nationale.

Un débat lucide doit être mené sur la fiscalité – l’ancien ministre Éric Lombard le préconise lui-même. Avec pour objectif de tordre le cou aux niches fiscales qui surfavorisent les plus aisés, de percer ces « holdings coffres-forts » et autres techniques d’optimisation qui permettent de dissimuler les grosses fortunes. Bref, de restaurer ce principe simple : chacun contribue selon ses moyens.

Cet effort de justice et de transparence demande un vrai courage politique, dont la Macronie semble totalement dépourvue. Comme une réponse à la polémique fiscale, le chef de l’État a bombardé Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes. Elle va donc pouvoir contrôler le budget qu’elle a elle-même élaboré. Et continuer de fermer les yeux sur les évadés de l’impôt. « Avec toute la transparence qui est la (s) ienne. » Évidemment.

 

jeudi 19 février 2026

« Une bataille pour la République », l’éditorial de Fabien Gay dans l’Humanité Magazine.



Les extrêmes droites se nourrissent des colères sociales, de l’abandon ressenti par des millions de nos concitoyens plongés dans la précarité, sur fond de désindustrialisation et de relégation territoriale. Loin d’y apporter des solutions de fond, l’extrême droite y répond par des discours racistes, imprégnés de haine et de division, qui sont désormais largement relayés pour séduire une partie de la population. Immigration, insécurité, identité : leurs obsessions simplistes et délétères prospèrent et intoxiquent le débat public. Tout ceci est le résultat d’une longue bataille idéologique, d’une banalisation politique mais aussi d’un déséquilibre profond dans la structuration de l’espace médiatique lié à la mainmise grandissante de puissances privées qui façonnent l’opinion à leur bon vouloir.

Cette évolution n’est pas étrangère au processus de concentration des médias, commencée dans les années 1980 sous l’influence de Robert Hersant, magnat de la presse d’extrême droite. D’autres empires sont nés dans son sillage. Celui de Vincent Bolloré est à ce titre emblématique : lignes éditoriales brutalement réorientées au gré de rachat de titres, journalistes écartés au profit d’éditorialistes idéologues, la mue du « JDD », d’Europe 1 ou de CNews en machine à fabriquer des polémiques permanentes a contribué à banaliser des idées autrefois marginales.

Cette mise au pas de l’information, devenue dépendante d’enjeux économiques et d’agendas politiques privés, étiole le pluralisme. Lorsque quelques groupes agissent en monopole et contrôlent une part croissante de l’édition et de la presse écrite et audiovisuelle – tout en s’attaquant à l’audiovisuel public –, c’est la vitalité même du débat démocratique qui se trouve fragilisée.

Cette réalité appelle une réponse politique : des parlementaires ont déposé une proposition de loi visant à limiter la concentration des médias, à renforcer les pouvoirs des autorités de régulation et à garantir l’indépendance des rédactions. Qui sera surpris que le RN et la droite aient annoncé voter contre ce texte, qui affaiblirait leur capacité de nuisance ? Cette riposte antifasciste ne se joue pas seulement dans l’Hémicycle. Elle se construit aussi dans les rédactions, dans les collectifs citoyens, dans les lieux d’éducation populaire. Ainsi, vous trouverez en kiosque le 23 février un hors-série porté par plusieurs médias indépendants, dont l’Humanité, intitulé « Combat ! Front commun contre l’extrême droite ».

C’est un acte fort. Loin d’un manifeste partisan, cette publication a été pensée comme un outil militant et démocratique mis à la disposition de chacun·e, à quelques semaines des élections municipales. Il contribuera à la lutte contre les extrêmes droites, en décryptant les mécanismes de banalisation, en démontant les contrevérités et en armant intellectuellement celles et ceux qui se refusent à la résignation. Car la bataille que nous menons contre les réactionnaires est avant tout culturelle : leurs idées rances ne gagnent pas seulement dans les urnes, elles avancent dans les esprits lorsqu’elles deviennent des évidences.

Cette lutte peut, et doit être gagnée ! Et la victoire s’arrachera en répondant aux besoins de justice fiscale et sociale, en réinvestissant les services publics, en redonnant du pouvoir aux salariés, en démocratisant la culture et en combattant fermement le racisme, l’antisémitisme et toute forme de discrimination. Autant d’ambitions que porte le communisme, notamment municipal ! La démocratie est fragile et suppose une information libre, diverse et affranchie des puissances de l’argent. Face à la montée de l’extrême-droite, défendre le pluralisme des médias n’est pas un combat corporatiste : c’est une bataille pour la République.

 

« C’est à l’extrême droite que la violence est consubstantielle », l’éditorial de Maurice Ulrich.



On ne peut se dissimuler la gravité des heures que nous vivons. L’extrême droite devient, avec la complaisance de la droite et de la Macronie, dont le premier ministre, la référence morale de la République.

Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, dans une conférence de presse, mercredi, a dénoncé « un climat de violence, minutieusement instauré depuis des années par une partie de la gauche dont l’outrance verbale et la stratégie permanente du chaos nourrissent désormais la violence physique dans nos rues ».

Il ne faut pas s’y tromper. La France insoumise (LFI) était accusée mardi à l’Assemblée nationale d’avoir « du sang sur les mains » par le responsable des députés LR, Laurent Wauquiez, mais c’est toute la gauche qui est visée. Le quotidien l’Opinion n’hésitait pas, mercredi, à titrer en une sur son « silence coupable ».

On en voit les conséquences depuis le début de la semaine avec la multiplication des menaces contre des élus, des permanences de LFI attaquées, mais aussi du PCF et d’autres. Ce n’est pas nouveau. Car c’est à l’extrême droite que la violence est consubstantielle. Dans son livre les Tueurs d’extrême droite, paru en 2025, le journaliste Paul Conge recensait, pour la seule année 2022, cinq meurtres pouvant être attribués à ses membres.

Des militants fascistes et identitaires de toute l’Europe vont manifester samedi à Lyon. Sans doute se trouvera-t-il des plumes pour voir là l’expression d’une émotion légitime. Mais la naïveté n’est pas de mise.

Dans cette période où le néofascisme colore le pouvoir de la première puissance du monde et progresse en Europe même, l’extrême droite entend utiliser avec cynisme tous les leviers possibles pour tenter d’asseoir une hégémonie, y compris avec les groupes les plus radicaux, usant à la fois de la banalisation et de l’extrémisme. Le procès public intenté à LFI et qui s’étend à toute la gauche lui ouvre la voie.

« Les poseurs », le billet de Maurice Ulrich.



87 % des Françaises et Français sont pour le vote rapide d’une loi sur l’aide à mourir. Mais les belles âmes de droite et d’extrême droite n’en ont cure et un petit groupe de députés nous met en garde : « La courte majorité de députés favorables à la législation de l’euthanasie ne doit pas passer en force. »

Pour le député Alexandre Allegret-Pilot de la formation d’Éric Ciotti, « on se moque ouvertement des Français et c’est insupportable. Cette loi et les manœuvres qui l’entourent sont l’incarnation même du fanatisme »

Mais, preuve que le sujet est sérieux, le grand écrivain Michel Houellebecq en a débattu, nous dit le Figaro, avec le grand philosophe Alain Finkielkraut. C’est dire le niveau, au point qu’on ne peut relater ici un tel échange. Mais Michel Houellebecq nous avait donné déjà, dans une tribune datant un peu, un échantillon de sa pensée : « Je me vois très bien demander à mourir, juste dans l’espoir qu’on me dise mais non, mais non, reste avec nous. » Et il y en a des poseurs comme ça.

 

mercredi 18 février 2026

HUMAIN !



Humain, joyeusement humain, terriblement humain, délicieusement humain, désespérément humain, car malgré la violence sociale, malgré les turbulences climatiques, malgré l'errance des plus pauvres, malgré la main - mise des puissants, malgré la bêtise crasse de ceux qui se veulent l'élite, malgré la violence faite à ceux et celles dits différents, malgré, malgré, malgré, malgré ... il suffit d'un ciel offert, d'une musique poignante, d'un livre saisissant, d'un rire partagé, d'un baiser profond, d'un regard vrai, d'une main tendue, d'une blague bien sentie et tout devient vivable. Avec cette joie qui parfois me saisit. Cette joie qui me redresse la tête, m’ouvre les poumons et me rend un peu, beaucoup plus fort. Elle me met à hauteur de la vie. Je dois bien cela à ceux et celles qui se sont battus et se battent encore pour que notre horizon ne soit pas toujours bouché. Oui parfois furieusement, le bonheur me saisit malgré, malgré... Cette sensation que rien ne nous manque. Sensation furtive mais bien réelle. La vie. La vie, malgré, malgré. Et à mon tour, je peux me battre pour celles et ceux ...

Elle s’appelle espérance !

Parlons d’une amie. Si c’était une plante, elle serait trèfle à 4 feuilles. Elle nous porte chance en nous faisant croire en notre bonne f...