vendredi 22 mai 2026

« Flottille pour Gaza : Itamar Ben Gvir est le pur produit du système colonial israélien », l’éditorial de Rosa Moussaoui.

 


La mise en scène est odieuse. Elle a, pour une fois, soulevé sur la scène internationale un élan de réprobation inédit. Voyez le fasciste Itamar Ben Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale, paradant et vociférant au milieu de détenus à genoux, les corps pliés, les mains menottées, certains violemment jetés et traînés au sol. Le crime de ces hommes et de ces femmes maltraités et humiliés après leur capture illégale dans les eaux internationales : ils voguaient vers Gaza sur les bateaux de la Global Sumud Flotilla pour tenter de briser le blocus de l’enclave palestinienne.

Cette scène monstrueuse n’a rien d’inédit. Les mêmes traitements inhumains et dégradants avaient été réservés aux humanitaires des précédentes flottilles kidnappés par les forces armées israéliennes. De retour dans leurs pays, tous, et parmi eux notre confrère Émilien Urbach, journaliste à l’Humanité, avaient déjà témoigné d’actes de violence, d’abus, de conditions de détention violant les droits humains les plus élémentaires – privation de nourriture, d’eau, de sommeil, de traitements médicaux, restriction de l’accès à un avocat.

Les capitales européennes, à l’exception de l’Espagne et de l’Irlande, avaient observé jusqu’ici un silence complice devant ces violations flagrantes, multiples et répétées du droit international. Une ligne de conduite peu surprenante au regard de leur passivité face au génocide perpétré par l’armée israélienne à Gaza. L’indignation se fait soudain unanime. Tant mieux, si les mots laissent présager des sanctions dissuasives, qui seraient hélas bien tardives.

Car si Tel-Aviv s’autorise à franchir ainsi toutes les lignes rouges, c’est que la complaisance pour le gouvernement de Benyamin Netanyahou lui a laissé toute latitude pour rouler au bulldozer sur la légalité internationale. En campagne, le premier ministre israélien, un criminel de guerre, affecte désormais de recadrer les suprémacistes de son cabinet, en reprochant à Itamar Ben Gvir une attitude qui ne correspondrait pas « aux valeurs de l’État d’Israël ».

Il est au contraire le pur produit d’un système colonial dont on ne saurait tirer la moindre valeur humaine. Cela n’a rien d’une spécificité israélienne. Aimé Césaire le constatait déjà en 1950 à propos de l’Europe : en même temps que la colonisation dépouille le colonisé de son humanité, toujours, elle ensauvage le colonisateur.

 

« 36 milliards supplémentaires pour la guerre : où sont les partisans de la paix ? », le billet de Maurice Ulrich.



Ah Dieu ! Que la guerre est jolie avec ses chants, ses longs loisirs. On pense encore à cette ironie amère de Guillaume Apollinaire, au front en 1916. Cette semaine, l’Assemblée nationale, à l’exception des députés communistes, écologistes et insoumis, a voté 36 milliards de crédits supplémentaires pour la loi de programmation militaire.

On ne peut ignorer les incertitudes du monde aujourd’hui, mais progressivement, une logique de guerre liberticide est instillée comme un poison dans l’opinion. Ainsi, la loi votée prévoit, au nom d’un « état d’alerte de sécurité nationale », la possibilité de déroger entre autres, au Code du travail… Ce sont toujours les peuples qui font les frais de ces logiques.

Où sont aujourd’hui les paroles de paix parmi les voix qui peuvent être entendues ? Où sont les voix des démocrates, des progressistes ? Quels gouvernements aujourd’hui pourraient eux-mêmes avoir le courage d’appeler les peuples à manifester pour la paix. Imaginons, avec John Lennon : « Rien à tuer ou pour lequel mourir/Pas de religion non plus/Imagine tous les gens/Vivant leur vie en paix »

 

mercredi 20 mai 2026

Nouvelle : « Arrêter le temps ? »



La pendule de l’entrée a cessé son balan, le carillon ne sonne plus…J’ai voulu arrêter le temps, simplement l’arrêter pour ne plus avoir à subir ses effets. Oh ! Pas pour lui, mais pour ceux qu’il aime, qui autour de lui petit à petit déclinent et se vident de leur substance vitale. Alors il a fermé sa porte à clef, baissé les volets, coupé le téléphone. Il a éteint les lumières, débranché la radio. De toutes les pendules il a ôté les piles. Il est resté seul à suspendre les heures. Les yeux fermés pour ne plus voir, ne plus les voir, les voir souffrir. Non, il ne dort pas : il ne pense pas. Depuis combien de jours est-il ainsi, impossible à le dire, il a arrêté le temps. Et là, le chat gratte à la fenêtre, le chien pleure dans sa niche, quelqu’un tambourine à la porte. Il ne veut pas répondre, il ne veut plus rien voir. Des cris, des appels, mais pourquoi ne le laissent-ils pas oublier tout ? Il ouvre les yeux... il fait noir, il entend, il entend la cloche de l’église qui sonne midi... Le temps ? Le temps a continué sans lui ! Il a osé lui faire ça ? Il ouvre portes et fenêtres, et il le voit en face de lui, sur le visage buriné du facteur, le temps passé. Il a voulu arrêter le temps, il a filé sans lui, il a voulu protéger ceux qu’il aime, les empêcher de vieillir et de disparaître, en fait il n’a fait que se voiler les yeux, il n’a fait que les abandonner, il les a laissés vieillir sans lui, il a dilapidé ces instants qu’il aurait pu passer avec eux. Il a perdu ces précieuses minutes qui font que le présent est à vivre de peur que demain n’arrive jamais. Personne ne peut arrêter la vie ni suspendre le temps, il faut le vivre intensément pour que chaque minute s’imprime au souvenir et que ces minutes gagnées sur la vie soient multipliées par cent.

Le « quoi qu’il en coûte » des va-t-en-guerre, l’éditorial de Marion d’Allard.



Exit le temps des allusions et de la petite musique qui monte. En votant massivement en faveur de la révision de la loi de programmation militaire, l’Assemblée nationale a validé, ce mardi, la bascule du budget national vers une économie de guerre. Trente-six milliards d’euros de rallonge aux armées et une enveloppe annuelle fixée, à horizon 2030, à 76,3 milliards d’euros, soit 2,5 % du PIB.

De quoi « répondre à l’accélération de la menace », a justifié Catherine Vautrin. Et la locataire de l’hôtel de Brienne de reprendre les mots d’Emmanuel Macron : « Pour être respecté, il faut être craint. Pour être craint, il faut être entraîné et équipé. » Fermer le ban et serrez les rangs.

Il ne s’agit pas là seulement d’achat de munitions, de missiles et d’obus, de fabrication de drones ou d’élaboration de nouveaux programmes industriels. Ce texte instaure aussi – et peut-être surtout – la possibilité d’un régime d’exception, menace imminente sur les libertés publiques et l’État de droit. À quelques mois d’une élection cruciale et alors même que l’extrême droite est aux portes du pouvoir, le legs d’un tel arsenal législatif est un danger majeur.

En fin de règne, la Macronie a choisi la pire des options : parachever sa stratégie du tour de vis, sécuritaire autant que budgétaire. La guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz ont fait exploser les factures d’énergie et de carburant. L’inflation assomme des pans entiers de l’économie et aggrave la précarité des plus modestes. Sébastien Lecornu ne s’en est pas caché. Un nouveau plan d’austérité est sur la table.

Les 6 milliards d’économies annoncés mi-avril vont être « remis à jour ». Combien de sacrifices encore, sur la santé, l’éducation, les aides sociales, la culture, la protection de l’environnement, pendant que les profiteurs de guerre accumulent des bénéfices record ? Combien de lois accumulées qui préparent les esprits à la normalisation de la guerre et justifient tous les reculs ? Ces mesures mises bout à bout n’ont rien d’anecdotiques. Elles dessinent un avenir d’asphyxie et de suspicion généralisée. Il convient de les combattre toutes.

 

« Taxer les riches pour gagner 20 milliards, à quoi bon ? », le billet de Maurice Ulrich.



Les taxes, à quoi bon pour l’Opinion, qui en fait sa une ? C’est « beaucoup de bruit pour un maigre butin », car « cibler les petits colis, les hauts revenus, les yachts, les pétroliers… ces mesures devaient renflouer les caisses de l’État. Mais il n’y a pas eu grand-chose à en tirer ».

En effet. Les Chinois les ont contournées en faisant atterrir les avions hors de France. Les propriétaires de yachts de luxe ont échappé à celle mise en place en 2016 en s’immatriculant à l’étranger. La contribution sur les hauts revenus appliquée en 2025 a fait chou blanc. Jouant sur les dates de sa mise en œuvre, les contribuables concernés se sont hâtés de distribuer davantage de dividendes pour y échapper.

Et la taxe Zucman donc, à supposer qu’elle soit mise en œuvre, qui pourrait rapporter 20 milliards ? Eh bien ce chiffrage ne tient pas compte « des comportements légaux d’optimisation des contribuables ». La loi, ce sont les fraudeurs et les évadés fiscaux qui en parlent le mieux.

 

mardi 19 mai 2026

À Cuba, la Maison-Blanche redouble ses sanctions et piétine le droit international, l’éditorial de Cathy Dos Santos.



Dans sa goinfrerie impérialiste, Donald Trump espère exhiber le scalp de Cuba, après avoir mis au pas le Venezuela, du moins le croit-il, avec l’enlèvement et la séquestration de son président, Nicolas Maduro. Pas une semaine ne se passe sans que Washington annonce de nouvelles mesures de rétorsion qui renforcent un blocus déjà dévastateur pour l’économie cubaine mais surtout la population.

La vie des habitants est un perpétuel système D qui s’essouffle mais qui tient. Cette résistance est une insulte aux yeux de la Maison-Blanche, qui redouble de sanctions illégales.

Le sort réservé à Cuba devrait alerter les chancelleries. La politique états-unienne viole tous les principes diplomatiques qui régissent les relations internationales. À en croire l’administration protofasciste, La Havane, qui n’a jamais déclaré la guerre à personne, menacerait la sécurité des États-Unis avec une armada de drones prête à foncer sur l’enclave à tortures qu’est la prison états-unienne de Guantanamo.

L’accusation est risible, mais à prendre très au sérieux. Tout comme le stratagème judiciaire qui consisterait à inculper Raul Castro. Nul besoin de dire que les faits reprochés à l’ancien président cubain relèvent de la défense de l’intégrité territoriale de Cuba face à une énième barbouzerie de Washington.

Elle s’ajoute à la longue liste de ce que la patrie de José Marti a subi depuis l’avènement de la révolution en 1959 : explosion du bateau La Coubre, invasion de la baie des Cochons, attaques bactériologiques, attentats contre l’aviation civile et des infrastructures touristiques. Sans parler des centaines de tentatives d’assassinat contre Fidel Castro et du blocus vieux de plus de 60 ans, véritable lacet étrangleur inhumain et injuste.

Il faudrait des trésors d’intelligence pour faire comprendre à Donald Trump que Cuba n’est pas qu’une île « aux paysages magnifiques » qui serait « à prendre ». Que l’indépendance et la souveraineté chèrement conquises par son peuple ne sont pas à vendre.

 

« Le Figaro » et « l’Opinion », chiens de garde de Bolloré, le billet de Maurice Ulrich.



Un très mauvais film se joue à Cannes, écrivent les Échos, avec « le procès de Moscou » des 600 professionnels, désormais 1 200, qui dénoncent l’emprise sur le cinéma français de Vincent Bolloré.

Avec la pétitionnite, écrit le Figaro, « cette maladie virale des milieux de la culture », c’est « une corporation surprotégée qui, à l’abri de l’exception culturelle française, peut s’autoriser sans risque tous les mauvais procès ».

Pour l’Opinion, dans « ce festival d’hypocrisie » ce serait un « très, très méchant milliardaire » qui se ferait insulter par de « très, très gentils artistes », et voilà « l’histoire que voudrait imposer une partie du milieu du cinéma contre Vincent Bolloré, premier financeur du cinéma français au travers de Canal +, en lutte contre ses idées de ”patron d’extrême droite” mais pas contre ses euros ».

Trois questions : Vincent Bolloré est-il d’extrême droite ? Le cinéma français dépend-il de son argent ? Maxime Saada, patron de Canal +, a-t-il menacé les signataires de la pétition de ne plus les faire travailler, comme dans un régime totalitaire ? C’est trois fois oui.

 

« Flottille pour Gaza : Itamar Ben Gvir est le pur produit du système colonial israélien », l’éditorial de Rosa Moussaoui.

  La mise en scène est odieuse. Elle a, pour une fois, soulevé sur la scène internationale un élan de réprobation inédit. Voyez le fascist...