Cet éclat de
rire a la clarté limpide des moments de vérité : il charrie toute
l’arrogance des cousus d’or, leur mépris de classe, leur désinvolture. En
moquant l’appel de Jean-Luc Mélenchon à la hausse des salaires, les patrons
réunis à l’occasion de
l’université d’été du Medef à Roland-Garros ont offert le spectacle d’une élite économique avide, cupide, et
parfaitement indifférente à l’effet récessif du blocage des salaires.
C’est pourtant
le b.a.-ba : la perte de pouvoir d’achat des travailleurs et des
travailleuses conduit inévitablement à la contraction globale de l’activité
économique. En période d’inflation, la stagnation des salaires et la
smicardisation étranglent la demande et plombent la croissance.
Ces patrons qui
s’esclaffent affichent la suffisance des repus : les entreprises du
CAC 40 ont reversé l’an dernier
plus de 107 milliards d’euros à leurs actionnaires, qui accaparent 70 % des profits sous forme de
dividendes ou de rachats d’actions. C’est un record historique. Et c’est aux
salariés produisant les richesses que cette rente est arrachée.
En France, un
salarié sur deux gagne moins de 2 190 euros net ; 10 % des
salariés gagnent moins de 1 492 euros net. Avec la précarité, les
temps partiels subis, les horaires morcelés, le développement, via les
plateformes, du travail peu qualifié payé à la tâche, bien des salariés ne
peuvent même plus vivre décemment de leur travail. Au point que
2,3 millions de personnes exerçant une activité professionnelle s’enlisent
sous le seuil de pauvreté.
L’abîme entre
rémunération du travail et rémunération du capital atteint des profondeurs
d’autant plus intolérables que les aides publiques aux
grandes entreprises et les cadeaux
fiscaux aux plus riches grèvent le budget de l’État au détriment de la
protection sociale et des services publics.
Ce n’est pas
seulement injuste, c’est inefficace. Le bilan d’une décennie de réformes
macronistes guidées par la « politique de l’offre » et la compression
des salaires chères au Medef est accablant : croissance nulle, hausse
historique de la dette publique, productivité en berne, explosion des
inégalités sociales. Il n’y a vraiment pas de quoi rire.






