lundi 1 juin 2026

« Pour l'extrême droite, tout est bon pour suinter son racisme », l’éditorial de Maurice Ulrich.



Pour le Rassemblement national, la soirée de fête qui a suivi la victoire du PSG ne fut qu’émeutes et chaos. « À Paris, en Île-de-France comme partout sur le territoire, les violences et les dégradations se multiplient », s’est empressé de déclarer Jordan Bardella.

Dimanche, sur CNews, les mêmes images de vélos brûlés porte de Saint-Cloud tournaient en boucle devant un paysage urbain qu’on nous disait ravagé… Les dégradations qui suivent les victoires sportives ne sont pas acceptables. Elles ne peuvent occulter ce qui fut une soirée de liesse partagée pour des dizaines de milliers de supporteurs et de supportrices.

Ce n’est pas de cela qu’il s’agit pour l’extrême droite. Il fallait bien entendre sur CNews, ce que disait Geoffroy Lejeune, directeur de la rédaction du Journal du dimanche de Vincent Bolloré. « Ce qui se passe est terrible et inquiétant pour notre pays. » Et ensuite ceci : « Si au lieu d’Aya Nakamura au Stade de France on avait Jean-Jacques Goldman, si au lieu de Damso on avait Vianney à Bercy, ça ne se passerait pas comme ça. »

Comment ne pas comprendre ce qui se dit là ? « Même à La Baule personne n’est à l’abri », écrivait la semaine passée dans le Figaro une autre figure de l’extrême droite, l’idéologue québécois Mathieu Bock-Côté. De nombreux jeunes venus de Nantes étaient arrivés pendant le très chaud week-end de Pentecôte dans la station balnéaire.

Une rixe avait éclaté entre eux, sans faire de victimes ni de casse mais, disait-il de façon « détournée » car « on n’a pas le droit de le dire autrement » : « Tout le monde sait de qui et de quoi on parle (…) la bête est conflictuelle. C’est justement pour cela que les frontières existent. Pour séparer les hommes trop différents, les civiliser et par là les pacifier. »

Du racisme brut, un appel à la haine et à l’apartheid. Ce week-end se tenait à Perpignan, la ville dirigée par Louis Aliot, la troisième édition d’un « Printemps de la liberté d’expression ». On voit qui parle et de quoi.

 

« L’Everest, la montagne de tous les records », le billet de Maurice Ulrich.



Chomolungma. C’est le nom de l’Everest en tibétain. Le plus haut sommet du monde était en quelque sorte depuis cent trois ans la propriété intellectuelle et de langue anglaise de sir Edmund Hillary et un peu du sherpa Tensing Norgay. Jeudi dernier, un Américain a battu le record de vitesse pour son ascension depuis le camp de base à 5 364 mètres, en 9 h 55. Il était assisté par deux guides mais on ne connaît pas leur nom. Un autre Américain l’a gravi 20 fois.

On ne sait pas pourquoi, comme on ne sait plus si l’ascension de l’Everest relève de l’alpinisme qu’on aime ou de l’industrie. 55 000 à 70 000 dollars en moyenne par personne. Ça fait cher pour se geler les orteils dans la file d’attente au risque d’y rester. 11 décès en 2019. Le 21 mai dernier, 275 personnes attendaient de pouvoir enfin poser le pied sur le sommet. Au suivant. C’est un peu la montagne de tous les records dont, à ce niveau d’altitude, peut-être celui de la connerie.

 

samedi 30 mai 2026

« Cuba. Silence, on étouffe un peuple », l’éditorial de Cédric Clérin.



Depuis près de soixante-cinq ans, Cuba vit sous blocus. Un lent processus d’étranglement. Depuis des décennies, les États-Unis organisent méthodiquement l’asphyxie d’un peuple entier – au nom de la liberté, bien sûr. L’empire a toujours su maquiller de nobles intentions ses politiques les plus brutales.

Le retour de Trump à la Maison-Blanche a encore durci cette politique inique qui prévaut depuis Kennedy : en dépit du sens commun, Cuba a été replacée sur la liste américaine des États soutenant le terrorisme, avec son cortège de sanctions bancaires, d’interdictions de commerce, de menaces pour les entreprises étrangères et de blocages d’approvisionnement en chaîne. Washington ne se contente pas de décider ce que les États-Unis peuvent faire avec Cuba : il prétend dicter au monde entier ce qu’il a le droit d’y faire.

Avec le dernier épisode de cette fuite en avant, Washington n’hésite plus à ajouter le grotesque à l’infâme en accusant La Havane de s’être dotée de plus de 300 drones militaires russes et iraniens prêts à fondre sur les États-Unis. Si Trump croyait au droit international, nul doute qu’il saisirait l’ONU en prévention d’une invasion cubaine !

Mais son utilisation du droit est tout autre : son administration orchestre désormais l’inculpation, par la justice américaine, de l’ex-président cubain Raul Castro, dans une affaire vieille de trente ans. Une manière de préparer un dossier judiciaire pour un enlèvement, comme le président vénézuélien Nicolas Maduro en janvier dernier, ou pire, une intervention militaire d’ampleur ?

En tout cas, pour les Cubains, la pression est maximale. Le quotidien devient invivable entre pénuries et coupures de courant quasi permanentes. Les files s’allongent, les privations et la débrouille se généralisent, c’est la survie qui prime. Ces affres servent à la fois d’argument contre le socialisme cubain et de moyen de chantage : Washington offre son aide en échange d’une capitulation politique.

Les États-Unis prétendent défendre les droits humains tout en punissant des millions de Cubains. Ils parlent de démocratie, mais refusent depuis six décennies à une nation le droit de choisir son chemin hors de la tutelle de Washington. Pour l’empire, la liberté des Cubains n’est acceptable qu’à condition de commencer par l’obéissance.

Car le crime véritable de Cuba n’a évidemment jamais été de menacer les États-Unis. Le crime de Cuba est ailleurs : refuser obstinément, à quelques kilomètres de la Floride, de rentrer dans le rang et de se soumettre à l’impérialisme américain. D’affirmer qu’un pays du Sud peut revendiquer sa souveraineté. D’avoir survécu, malgré tout, à l’ordre que Washington prétend imposer à son « hémisphère ». Et, pire que tout, de proposer depuis soixante-cinq ans un autre modèle de société que le triomphe de la loi du marché, de l’exploitation et de l’argent roi. Cette voie communiste, cette alternative vivante et l’exemple qu’elle pourrait encore représenter pour d’autres peuples sont insupportables pour Trump et sa clique.

Certes, à l’ONU, année après année, l’immense majorité des États condamne le blocus. Mais, en Europe, comme souvent, on déplore sans agir. On invoque le droit international quand il arrange, on l’oublie quand il faudrait s’opposer à Washington. Certes, par les temps qui courent, pour d’autres peuples, les mots sont rares, les condamnations difficiles. Mais, pour Cuba, c’est le silence qui prévaut. Pourtant, le blocus contre l’île est bien une honte. Son durcissement par Trump est un crime contre le peuple cubain et devrait être dénoncé comme tel. Un monde qui accepte qu’on affame un peuple pour le faire plier n’est pas un monde libre. C’est un monde soumis à la loi du plus fort. Contre cette loi-là, il est temps de relever collectivement la tête.

 

jeudi 28 mai 2026

« Épidémie d’Ebola : aux États-Unis, les incendiaires crient au feu face à une crise sanitaire mondiale Par Rosa Moussaoui



C’est l’incendiaire qui crie au feu. Mercredi, le secrétaire d’État Marco Rubio promettait sur un ton martial de tout faire, à la veille de la Coupe du monde de football, pour empêcher Ebola d’entrer aux États-Unis. Filtrage des voyageurs, interdictions d’entrée, quarantaines externalisées : Washington, qui se refuse même à rapatrier ses ressortissants malades, déploie tout un arsenal sécuritaire.

Comme si un virus pouvait être stoppé à la douane. Comme si la première puissance mondiale pouvait se prémunir d’une crise sanitaire qu’elle a elle-même contribué à aggraver. Car pendant que l’épidémie, détectée trop tard, flambe en République démocratique du Congo et en Ouganda – déjà plus de 900 cas et des centaines de morts, avec une propagation accélérée par les conflits et les déplacements –, la réponse internationale, elle, reste dérisoire.

Et pour cause : les systèmes de santé locaux, déjà vacillants, paient chèrement les coupes massives dans l’aide internationale. En premier lieu celles des États-Unis. Le démantèlement de l’Usaid (Agence pour le développement international), le gel de ses programmes, le retrait de l’OMS décrété par Donald Trump dès son arrivée à la Maison-Blanche : ces décisions criminelles ont contribué à ruiner la prévention et la riposte aux épidémies. Centres de santé fermés, médicaments bloqués, personnels de santé licenciés…

Ce que les organisations humanitaires décrivent aujourd’hui, ce n’est pas seulement une crise sanitaire, ce sont les conséquences directes d’un choix politique : l’abandon des logiques de solidarité au profit d’une vision étroite, chauvine, complotiste et court-termiste. Résultat : le désengagement américain, évaluait l’an dernier la revue médicale The Lancet, pourrait causer jusqu’à 14 millions de morts dans le monde d’ici à 2030.

Dans le cas d’Ebola, les conséquences en chaîne de l’épidémie en cours, qui s’annonce extrêmement difficile à endiguer, sont déjà meurtrières. Lors de la crise de 2014-2016, le paludisme et d’autres maladies, faute de soins, avaient fait davantage de morts que le virus lui-même.

C’est à nouveau ce scénario qui menace : l’effondrement des systèmes de santé ouvre la voie à des catastrophes sanitaires aux effets planétaires. Les virus se jouent des frontières. À l’heure des pandémies globales, ils n’épargneront pas les grandes puissances qui se dérobent à leurs responsabilités.

 

« Que font les ultra-riches de leur fortune ? », le billet de Maurice Ulrich.



On se posait aussi la question : « Mais que font les super-riches de leur fortune ? » s’interrogeait l’Opinion, jeudi, dans un article sous-titré « Par ici les milliards ». Et que vont-ils en faire à l’avenir, car, si leur nombre a progressé de 5,3 % par an entre 2021 et 2026, « d’ici à 2031, le nombre de détenteurs d’un patrimoine net supérieur à 30 millions de dollars devrait grimper d’un tiers à travers le monde ».

Les voitures de luxe, les yachts n’épuisent pas le sujet. Une enquête serait bienvenue, des témoignages… Un entretien avec Bernard Arnault, propriétaire de l’Opinion… Mais déjà, l’article apporte des réponses, car « de nouveaux musts d’investissement se dessinent, tels les data centers et les infrastructures énergétiques » tandis que « la guerre en Iran fait surgir de nouveaux investisseurs immobiliers du Moyen-Orient, en direction principalement de la Suisse, de Monaco et de Londres ».

Mais « pour les autres fortunés (toujours) à la recherche du placement rentable, les vieilles valeurs, l’immobilier, l’art, le vin, la France… gardent leurs saveurs »… Que font les super-riches avec leur fortune ? Ils accroissent leur fortune.

 

« Après Sainte-Soline, l’impunité policière devient une doctrine d’État », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



Les faits révélés par Libération et Mediapart sur Sainte-Soline mettent en lumière une réalité incontestable : l’impunité policière, au sens large (police et gendarmerie), est une stratégie. Les vidéos documentent des tirs de grenades illégaux depuis des blindés et identifient leurs auteurs, contrairement aux affirmations des services de l’État. Face à cela, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, s’entête et justifie.

Cette dérive s’inscrit dans une séquence continue de violences contre les mouvements sociaux depuis les gilets jaunes. Elle se traduit par le silence sur l’affaire Quentin Deranque à Lyon, laissant l’extrême droite dérouler sa fable, ou par l’aveuglement volontaire à Espaly-Saint-Marcel en niant le racisme d’une agression.

Cette brutalité frappe aussi la jeunesse lors des free parties, ciblées par des armes de désencerclement. Plus grave, l’assouplissement légal de l’usage des armes de service multiplie les morts pour refus d’obtempérer. De simples infractions deviennent des condamnations à mort.

Ce régime d’impunité est un choix politique. Privé de majorité et rejeté par l’opinion, l’exécutif n’a plus que la violence pour décourager les mobilisations et protéger les intérêts d’une bourgeoisie séparatiste. Face à une base policière poreuse aux thèses du RN exigeant toujours plus de passe-droits, le gouvernement capitule et s’aligne sur l’agenda de rupture républicaine posé par l’extrême droite. Il troque le consentement démocratique contre une fidélité supposée et accélère la bascule autoritaire.

La surenchère sécuritaire au nom de la lutte contre le narcotrafic relève de l’affabulation. Qui peut penser que l’abandon par le service public de quartiers, de territoires entiers, n’ait pas d’impact sur les questions du vivre-ensemble et de la sécurité ? Pas les Nîmois du quartier de Pissevin, où la fermeture du bureau de poste supprime toute présence institutionnelle pour laisser le terrain aux seuls dealers. C’est pour empêcher cela qu’ils se mobilisent avec leur nouveau maire, le communiste Vincent Bouget. Ils savent que la sécurité, la vraie, exige le retour des guichetiers, des profs, des éducateurs et d’une police de proximité à l’écoute des habitants.

mercredi 27 mai 2026

« Réchauffement climatique : Absence de politiques ciblées », l’éditorial de Cathy Dos Santos.



Températures record, chaleurs extrêmes, canicules inédites… Les qualificatifs s’accumulent pour qualifier ces épisodes météorologiques hors normes qui s’enchaînent. Ici, le thermomètre explose ; là-bas, l’eau se tarit ; ailleurs, des pluies dantesques dévastent villes et champs. La crise climatique globale est le miroir grossissant d’un système capitaliste qui surexploite les énergies fossiles, accélère la dégradation des écosystèmes et dope les pollutions. Les personnes vulnérables et les pays pauvres sont les premières victimes d’une course au profit inhumaine et destructrice.

Tous les clignotants ont viré à l’écarlate et pourtant, l’inertie prime. Pire, on cherche à culpabiliser les citoyens qui devraient être les principaux garants de la préservation de la planète. En la matière, la palme du cynisme revient à l’ancienne première ministre Élisabeth Borne, qui s’est crue autorisée à pointer un manque d’engagement des jeunes dans la lutte contre le réchauffement climatique, comme si les conclusions audacieuses de la Convention citoyenne sur le climat n’avaient pas été superbement torpillées par les gouvernements d’Emmanuel Macron.

Pas un mot sur les grandes multinationales prédatrices qui vampirisent les sols, les mers et les océans au mépris de l’environnement, des droits sociaux des travailleurs, des droits humains en général. Rien ou si peu sur l’irresponsabilité des États.

L’absence de politiques ciblées à même d’atténuer les effets du réchauffement climatique tue. Combien de morts faudra-t-il encore pour que les autorités se décident à agir ? En 2021, la France a été condamnée pour son inaction et le non-respect de ses obligations. Une inaction coupable qui hypothèque la vie, l’avenir. Les conséquences sont pourtant terribles sur les plans humain, environnemental et sanitaire, mais également économique.

Sur ce dernier point, les conclusions des travaux du jeune économiste Adrien Bilal sont effarantes. Si rien n’est entrepris pour inverser les logiques à l’œuvre, il pourrait en coûter jusqu’à 50 % du PIB mondial d’ici à 2100. Aux antipodes des paroles creuses et dans un contexte où les climatosceptiques se sentent pousser des ailes, la crise climatique exige des actes forts, courageux, à l’échelle nationale et internationale.

 

« Pour l'extrême droite, tout est bon pour suinter son racisme », l’éditorial de Maurice Ulrich.

Pour le Rassemblement national, la soirée de fête qui a suivi la victoire du PSG ne fut qu’émeutes et chaos. « À Paris, en Île-de-France ...