mercredi 4 février 2026

LA MANIFESTATION (En hommage aux morts du métro Charonne)



8 février 1962 – 8 février 2013 « N’oublions pas » !

Ils étaient cent, ils étaient mille, des pensées rouges sous leurs casques noirs. Nous étions cent, nous étions cent mille, des cris de paix, de justice, dans nos bouches ardentes. Ils étaient cent, ils étaient mille, des taches rouges sur leurs bâtons noirs. Nous étions cent, nous étions cent mille, des cris de douleur, de colère, dans nos bouches sanglantes. Dis-le tout bas camarade, dis le bien haut : Hyppolyte est mort, Raymond est mort, Édouard est mort, Jean-Pierre est mort et Daniel qui n’avait pas seize ans est mort aussi. Dis-le tout bas camarade, dis le bien haut : Suzanne est morte, Fanny est morte et Anne qui n’avait pas 24 ans est morte aussi. Maurice est mort longtemps après, Aïd, lui, n’arrive pas à mourir. Dis-le tout bas, dis-le bien haut camarade. Ils étaient cent, ils étaient mille, haineux, casqués, haineux bottés, haineux armés. Ils étaient cent, ils étaient mille, gardes du Prince, déchaînés. Nous étions cent, nous étions cent mille à manifester. Cent mille et onze martyrs.

 

« La méditerranée : Un cimetière », l’éditorial de Rosa Moussaoui



Les corps sans vie d’au moins 15 migrants, dont quatre femmes, viennent d’être retrouvés au large de l’île grecque de Chios, en mer Égée, après la collision entre leur embarcation et un patrouilleur des gardes-côtes grecs, qui a également fait 25 blessés, dont onze enfants. Sous la violence de l’impact, la vedette prise en chasse a chaviré puis coulé. On ignore le nombre exact de personnes portées disparues.

Cela n’est pas simplement « un incident tragique », comme l’a déploré à Athènes le ministre des Migrations, Thanos Plevris, un ancien militant d’extrême droite recyclé dans la Nouvelle Démocratie du premier ministre Kyriakos Mitsotakis, en faisant peser la responsabilité de cette nouvelle hécatombe à des réseaux de « passeurs criminels »

C’est le fruit d’une stratégie illégale et délibérée de refoulement des demandeurs d’asile, contraire à l’esprit et à la lettre de la convention de Genève. C’est la conséquence de politiques européennes et nationales qui ont fait de la Méditerranée un cimetière et nourrissent des rhétoriques xénophobes meurtrières.

Depuis le début de l’année 2026, selon le bilan de l’Organisation internationale pour les migrations, au moins 76 personnes ont déjà trouvé la mort en tentant de traverser la Méditerranée pour rejoindre l’Europe. Le bilan s’élève à 1873 morts et disparus en 2025 et à 33 424 depuis 2014.

Dans cette macabre géographie, la route de la Méditerranée centrale est devenue la plus meurtrière au monde, en raison de capacités de sauvetage limitées et de restrictions croissantes sur les opérations humanitaires. À l’échelle mondiale, le projet Migrants disparus de l’Organisation internationale pour les migrations recense plus de 75 000 décès et disparitions depuis 2014.

Si tant d’hommes, de femmes et d’enfants fuyant les guerres, la misère, les persécutions périssent dans ces atroces circonstances, c’est que toutes les voies sûres de migration se sont fermées à eux. 

Cela alors même que les puissances occidentales qui se hérissent de murs et de barbelés pillent les ressources du Sud tout en y semant le désordre et la désolation par leurs ingérences, leurs interventions militaires, l’absolution qu’elles n’hésitent jamais à offrir à des dictatures et des régimes corrompus tant qu’ils se rangent à leurs intérêts. Sous le règne du cynisme et de l’indifférence, chaque corps rejeté par la mer se rappelle à nos consciences, à notre commune humanité.

Pourquoi Paris Match déroule le tapis rouge à Marion Maréchal ? Le billet de Maurice Ulrich.



Pourquoi ? C’est au fond la seule question qui vaille quand un hebdomadaire comme Paris Match, désormais propriété du groupe LVMH de Bernard Arnault, consacre deux pleines pages à Marion Maréchal pour évoquer « un livre dans lequel elle revient sur sa famille, ses premiers pas en politique et ses ambitions pour la suite », intitulé Si tu te sens Le Pen.

Ce sont les mots que lui aurait dits son grand-père pour l’encourager à se présenter à la députation dans le Vaucluse en 2012. Aujourd’hui, son rôle serait de « veiller ». Car je sais, dit-elle, « quels ont été les combats et les sacrifices de ma famille, de notre camp politique, de tous ces courageux militants sur les marchés ou colleurs de nuit, quand faire 10 % était encore un rêve. Certains y ont laissé leur vie »

Et quels combats : au total, pour le grand-père Jean-Marie, 19 condamnations, pour bagarres, dissimulation au fisc, propos homophobes, antisémitisme et racisme, négationnisme… Je suis fière, dit-elle, d’être une Le Pen. Sans commentaire mais on répète la question : pourquoi ? Si quelqu’un a une idée…

 

« Cancer : derrière la maladie, la danse macabre des inégalités », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



Les chiffres sont là, implacables. Entre 1990 et 2023, le nombre de cancers détectés en France a doublé. Chaque année, 400 000 nouveaux cas. Une progression qui ne s’explique pas seulement par un meilleur dépistage. Les études le confirment, sans détour ni édulcorant : les générations nées dans les années 1980 et 1990 ont plus de risques de développer un cancer que leurs aînés. Chez les moins de 50 ans, l’incidence mondiale a bondi de près de 80 % en trente ans. La mortalité, elle, a grimpé de 28 %.

Les chercheurs parlent « d’épidémie », « de tsunami ». Les causes ? Connues, documentées, répétées à l’envi : pollution, pesticides, tabac, alcool, aliments ultra-transformés… Selon les études scientifiques, 40 % des cancers pourraient être évités. 40 %. Un chiffre qui devrait faire trembler les murs des ministères. Eux savent que les multinationales de l’agroalimentaire, celles qui inondent nos supermarchés de produits cancérigènes, font pression pour bloquer toute réglementation. Depuis 2017, la Macronie a décidé de réduire les aides à l’agriculture biologique.

Pire : on assiste à la nouvelle tentative de réintroduction de produits toxiques, sous couvert de sauver l’agriculture. Une agriculture qui rend malades ceux qui la pratiquent et ceux qui en consomment les fruits. Le pouvoir d’achat s’effondre, les familles n’ont pas les moyens de se nourrir sainement. Au travail, ce sont les plus précaires, les intérimaires, et souvent les plus jeunes qui sont davantage exposés aux substances dangereuses. C’est la danse macabre des inégalités.

« L’épidémie de cancers » n’est pas une fatalité. C’est le résultat de choix politiques, de priorités données aux profits plutôt qu’à la santé, aux lobbys plutôt qu’au bien commun. Chaque année, des milliers de vies sont sacrifiées en silence sur l’autel de la rentabilité et du profit.

Chaque année, on nous explique qu’il n’y a pas d’argent pour la prévention, pour la recherche, pour une alimentation saine. Mais ce pouvoir préfère compter les morts plutôt que d’aller chercher les milliards là où ils sont. Protéger l’argent des riches est plus important que sauver la vie des gens. Ils nous tuent. Littéralement.

 

« Gueule de bois », le billet de Maurice Ulrich.



C’est « la gueule de bois », écrivait Yves Thréard lundi dans le Figaro. « Les concessions faites par Sébastien Lecornu aux socialistes ont un prix. On en fera tous les frais, les entreprises en tête. » Mais, lisait-on dans les Échos, « l’économie française entame 2026 sous de plutôt bons auspices ». Ah bon.

« Croissance : la France à la traîne de l’Europe », écrivait le Figaro la veille. Faux, à lire les Échos. La France est certes en dessous de la moyenne européenne mais, avec 0,9 %, elle est devant l’Italie, l’Autriche, la Hongrie et l’Allemagne, oui, l’Allemagne, bonne dernière avec 0,2 %.

Et, dans le Figaro de vendredi dernier, ceci : « Le pays reste une terre attractive aux yeux des investisseurs internationaux. » Mais alors, à quels saints se vouer ?

Au saint des saints, le CAC 40, qui est parvenu « à inscrire un nouveau pic historique début janvier », écrivait lundi… le Figaro, qui soulignait l’insolente santé des Bourses alors que « les marchés gardent leur cap, aidés par une croissance économique solide ». Toujours la gueule de bois, Yves

mardi 3 février 2026

« CDI jeune » du Medef : zéro devoir pour l’employeur, zéro droit pour le salarié, l’éditorial de Cathy Dos Santos.



Le Medef est passé maître dans l’art de recycler les vieilles recettes capitalistes indigestes. Fort des concessions fiscales de la Macronie, voilà qu’il se croit autorisé à déterrer un funeste projet qu’une fronde historique avait pourtant enseveli en 2006 : le « contrat première embauche ». 

Ce dispositif défendu bec et ongles par Dominique de Villepin réduisait les jeunes alors confrontés à un chômage structurel à de la chair à canon pour le capital. Face à la puissance des mobilisations, le premier ministre avait été contraint de faire machine arrière.

Vingt ans plus tard donc, et toute honte bue, l’organisation patronale nous présente son frère jumeau, un succédané de CDI pour les 18-25 ans qui pourrait « être rompu sans motif pendant les premières années ». En résumé : zéro devoir pour l’employeur, zéro droit pour le salarié.

Face à la levée de boucliers des organisations de jeunesse, ou encore de la CGT qui fustige un « CPE XXL », Patrick Martin, le patron des patrons, jure qu’il ne s’agit là que d’une proposition versée au débat. À un an de l’élection présidentielle, cela ressemble davantage à un cahier des charges qu’à une agora où le bien commun primerait sur les intérêts privés. 

En témoignent, d’ailleurs, les autres « idées » sur la table qui sont, elles aussi, de vieilles lunes libérales : la création d’un Smic jeune ou encore l’allongement de la période d’essai.

L’emploi a été et reste l’obsession du capitalisme qui mène une guerre sans relâche contre les règles, les normes et les garanties collectives des salariés. Ce système exige d’avoir les mains libres pour licencier, imposer la flexibilité et la précarité afin de garantir une rentabilité maximale aux actionnaires. En France, comme ailleurs, la jeunesse est devenue le laboratoire de l’affrontement capital/travail.

Le grand patronat rêve d’étendre le « CDI jeunes » à l’ensemble du salariat dont les droits sont perçus comme autant de freins au profit. Ce dogme produit déjà ses cohortes de travailleurs pauvres et ultraprécaires dévorés par l’avidité des actionnaires. La copie du Medef est une horreur. Elle mérite de finir aux oubliettes avec le CPE.

« Le Monde » voit dans le projet de l’AfD allemande l’héritage de la RDA, le billet de Maurice Ulrich.



La formation d’extrême droite allemande AfD, créditée de 40 % des intentions de vote, pourrait gouverner dans six mois la Saxe-Anhalt, l’un des seize Länder du pays. Le Monde de samedi alertait sur son projet, avec un texte allant bien plus loin que ce que le parti propose au niveau fédéral, puisant, nous dit le quotidien, dans l’imaginaire du IIIe Reich et l’héritage de la RDA, la République démocratique allemande, défaite en 1990.

Ainsi, le projet prévoit l’expulsion des immigrés, la proscription des études postcoloniales, le rejet des politiques environnementales… La remise en cause aussi du droit à l’avortement reconnu en RDA en 1972, bien avant qu’il le soit à l’Ouest !

Mais surtout, un vaste programme de réhabilitation du passé de l’Allemagne est annoncé, dénonçant le masochisme national et « la perpétuation d’une névrose autour du nazisme ». On a beau chercher mais, sans idéaliser ce que fut la RDA, on a un peu de mal à imaginer en quoi ce projet puise dans son héritage. Peut-être que le Monde en sait plus sur cette névrose.

LA MANIFESTATION (En hommage aux morts du métro Charonne)

8 février 1962 – 8 février 2013 « N’oublions pas » ! Ils étaient cent, ils étaient mille, des pensées rouges sous leurs casques noirs. N...