jeudi 12 février 2026

MOTS PERDUS !



Ces phrases déchirées pour la poubelle un soir, ou qu’on a égarées, ou qu’on ne veut plus voir. J’en ai fait un poème de tous ces mots perdus, phrases que l’on essaime à chaque coin de rue. Ces petits chants d’amour, ces cruels cris de haine, ces rimes de toujours sur les joies et les peines. Ces vers de trois fois rien, ces  lignes inutiles sur petit calepin en gestes malhabiles. Ces deux petites fleurs sur une page triste, et ces élans du cœur  écrits à l’improviste. Ces visions de la nuit  qu’on oublie à l’aurore, cet air qui nous poursuit quand on le croyait mort. Ce parfum qui navigue sur la vague des lettres, qui entame une gigue et sort par la fenêtre. Ces serments si peureux qu’on les écrit tremblant, qui finissent au feu ou aux ailes du vent. Ces sourires de joie qu’on confie à sa plume, ce fantôme, là-bas, disparu dans la brume. De tous ces mots perdus j’en ai fait la moisson, partis puis revenus le temps d’une chanson.

 

« Grandes entreprises : culpabiliser les employés oui, les augmenter, jamais », l’éditorial de Cédric Clérin.



C’est vieux comme le capitalisme. Quand il s’agit de donner des ordres, de faire la leçon sur les bienfaits de l’entreprise ou de culpabiliser les salariés, comptez sur les patrons. Mais, quand il faut passer à la caisse, le patronat est aux abonnés absents. Les négociations annuelles obligatoires de cette année ne dérogent pas à la règle.

En même temps, me direz‑vous, c’est le signe d’un travail bien fait : celui d’un patron n’est‑il pas d’extorquer la plus‑value la plus importante possible à ses salariés ? Sur cette échelle, nous avons en France un patronat très performant.

Depuis 2009 et la crise financière, les richesses produites ont augmenté de près de 20 % dans notre pays. Le montant indiqué sur la fiche de paie des salariés, lui, n’a augmenté que de 4 %. Cinq fois moins. C’est la magie du capital. Où est passée la différence ? Regardez par exemple du côté des résultats du CAC 40 : 107,5 milliards d’euros ont été reversés aux actionnaires en 2025.

Ce n’est sans doute pas parce que les bénéfices des entreprises ont explosé. Eh bien non : avec 12 % de résultats en moins, les dividendes n’ont pourtant pas baissé d’un centime. Les augmentations de salaire sont indexées sur les résultats, pas les dividendes.

Les patrons travaillent bien et ils ont des amis fidèles. Ainsi, chaque année, 211 milliards d’euros sont déversés sur les entreprises. Certaines peuvent donc encaisser un chèque de l’État, verser l’équivalent de 80 % de leurs bénéfices aux actionnaires et proposer une augmentation mirifique de 1,7 % à leurs salariés. Le monde n’est‑il pas bien fait ? Rien d’étonnant à ce que 70 % des salariés jugent que leur salaire ne leur suffit pas pour vivre.

Il faudrait donc augmenter la part qui revient aux salariés dans la valeur produite. Or, l’augmentation des salaires ces dernières années n’a même pas rattrapé l’inflation de 2021 et 2022. Si on résume : le pays s’enrichit, les actionnaires s’enrichissent, et les salariés sont les dindons de la farce. Qui a dit que les travailleurs manquaient de raisons de se syndiquer ?

 

« Orion 26 : dispersion », le billet de Maurice Ulrich.



Chasseur géant de la mythologie grecque, Orion fut dispersé par Zeus en un amas d’étoiles. C’est le nom que l’état-major a pourtant donné aux très grandes manœuvres que la France vient d’engager. Orion 26, donc, va impliquer 12 500 militaires, 25 navires dont le Charles-de-Gaulle, 140 avions et hélicoptères, avec la participation qu’on a du mal à cerner de 24 pays de l’Otan, face à un puissant adversaire baptisé Mercure, que l’on peut traduire par Russie. Un débarquement serait en préparation en Bretagne.

Selon l’un des responsables militaires de l’exercice, « il s’agit de démontrer la capacité de la France à entrer en premier sur un théâtre d’opérations et à mener une coalition internationale ».

Ce qu’elle avait montré il y a quelques semaines avec l’envoi de 15 soldats au Groenland face aux vues de Trump. Les États-Unis participent tout de même, on ne sait trop comment, aux manœuvres Orion mais on apprend au même moment, quelle idée, que deux tiers des Allemands pensent désormais qu’ils sont un danger pour la paix mondiale. Tout ça semble un peu dispersé.

 

mercredi 11 février 2026

PAGE BLANCHE !



On voudrait écrire, parfois. On s'obstine. Mais rien ne vient. On se dit à soi-même : si tu n'as rien à dire, tais-toi ! Va faire un tour ! Va marcher sur le chemin ! Reprends ton livre ! Mais, le problème est qu'on n’a rien envie de faire. On aligne tout de même quelques lignes pour le bruit familier des doigts sur le clavier. Pour l'alignement des phrases. On insiste. Contre l'écran, contre soi. La page blanche, l'écran vide c'est avant tout la peur de ce qui pourrait s'écrire. Ce qui pourrait surgir. Parce que ce serait trop violent, trop impudique. Pire ce serait mou. Le mou de son propre corps. Le mou de ses propres pensées. L'absence de courage. On voudrait secouer le cocotier. Mais non. C'est mou. On a cherché dans les mots des autres et on n'a pas trouvé de quoi pimenter sa prose. Alors on aligne. On relit. On hausse les épaules. Les yeux s'échappent vers la fenêtre mais les nuages gris du ciel ne parviennent pas à électriser ni la phrase, ni le paragraphe. On a mis noir sur blanc l'absence de goût d'une journée. On espère que demain... et on flanque un point final au tout, ça au moins cela fait un peu de bruit.

« Comment Trump cherche à asphyxier toujours plus le peuple cubain », l’éditorial de Cathy Dos Santos.



Il n’y a pas de précédent dans l’histoire. Depuis près de soixante-dix ans, Cuba affronte un blocus économique, financier et commercial tentaculaire et meurtrier. Pas un champ du pays n’est épargné ; le manque à gagner se chiffre en milliards de dollars. Ce nœud coulant étrangle d’abord la population – dont l’écrasante majorité est née sous cette politique de siège –, victime d’une stratégie coercitive et unilatérale des États-Unis.

En instaurant un blocus maritime pour priver la Grande Île de combustible, en arraisonnant pas moins de cinq pétroliers en un mois, Donald Trump espère porter l’estocade finale, convaincu que les Cubains ne supporteront pas une énième crise. Le pays est mûr pour tomber, estime-t-il, après l’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro, en menaçant de taxes douanières quiconque braverait ses interdits.

À La Havane, les autorités ont pris des mesures drastiques pour rationner au maximum l’or noir. « Cuba est prêt à un dialogue avec les États-Unis, sur n’importe quel sujet », a réitéré le président Miguel Diaz-Canel, mais « dans le respect (…) de notre indépendance, de notre autodétermination »

Les Nations unies tirent la sonnette d’alarme, inquiètes d’une possible crise humanitaire, plus grave que celle de la « période spéciale » des années 1990, après la chute de l’URSS. La Chine et la Russie annoncent qu’elles ne se plieront pas aux oukases de Donald Trump qui croit tenir là une revanche historique, après des décennies d’échecs face à un peuple qui refuse d’être une colonie de la première puissance mondiale.

Jamais, depuis la crise des missiles de 1962, les États-Unis n’avaient déployé une telle armada dans les Caraïbes. Cette guerre d’usure n’est pas qu’un affront fait aux Cubains. Les sanctions rétroactives et extraterritoriales, qui visent à dissuader les investisseurs étrangers de commercer avec La Havane, sont illégales. 

La France et l’Union européenne, dont nombre d’entreprises ont dû s’acquitter d’amendes hallucinantes, disposent d’outils, dont l’instrument anti-coercition (IAC) pour parer aux attaques du bureau Ovale. C’est une question de respect de la souveraineté du peuple cubain et, au-delà, du libre choix des nations à décider de leur destin. C’est aussi ce que dit chaque année le vote majoritaire à l’ONU exigeant la levée d’un blocus criminel.

« Jean-Marc Morandini quitte finalement CNews malgré la volonté de Bolloré », le billet de Maurice Ulrich.



Il aura donc fallu que ce soit Jean-Marc Morandini lui-même qui annonce son retrait de l’antenne sur CNews. Pas son départ de la chaîne, il ne faut pas trop demander non plus. Ça vaudra à ceux qui la suivent une demi-heure de Pascal Praud en plus le matin…

Officiellement, c’est l’animateur lui-même, condamné définitivement en cassation pour corruption de mineurs et harcèlement sexuel, qui a pris cette décision, « afin de rétablir le calme nécessaire au travail de la rédaction » et parce qu’il ne veut « en aucun cas être un problème pour ses équipes et pour la direction de la chaîne et du groupe ».

Il lui a quand même fallu un mois et quelques remous sur la chaîne pour y penser. Mais où était le problème, sinon, puisque déjà condamné en mars 2025, l’animateur avait réintégré la chaîne avec l’aval, on ne dira pas la bénédiction, de son très catholique propriétaire, le milliardaire Vincent Bolloré. « Plus on se sent pêcheur, plus on est chrétien », écrivait le poète allemand Novalis. C’est ça.

 

mardi 10 février 2026

« Fin du traité New Start : détruire les bombes, pas l’humanité », la chronique de Patrick Le Hyaric ».



Cela ressemble à la banalisation du risque d’anéantissement de notre humanité.

La semaine dernière le plus haut rempart contre la prolifération des armes nucléaires est tombé : New Start, le dernier traité de désarmement nucléaire liant les États-Unis et la Russie a expiré, jeudi 5 février, sans qu’un nouveau cadre de contrôle de ces engins de mort n’ait été mis en place. La bombe atomique reste la plus terrifiante des armes. Son pouvoir de destruction et ses capacités à infliger pour longtemps d’indicibles souffrances humaines sont sans égal.

Avec la fin du « nouveau traité de réduction des armes stratégiques », nous parlons bien de la possibilité d’extinction de la vie sur Terre. Cet important texte fixait une limite maximale de 700 lanceurs nucléaires et de 1 500 ogives nucléaires stratégiques pour chacun des pays signataires qui détiennent 80 % des ogives nucléaires mondiales. Bien plus qu’il n’en faut pour détruire la planète plusieurs fois en une demi-heure.

Sans initiative nouvelle, rapide, les restrictions à la limitation de la prolifération de ces armes, qui peuvent frapper les centres politiques, militaires et industriels des présupposés adversaires, s’affaibliront jusqu’à s’éteindre.

L’action populaire pour la paix et le désarmement doit donc reprendre, – comme y appelle le mouvement pour la paix – afin d’obtenir un nouveau cadre juridique international et empêcher une nouvelle et mortifère course à la fabrication d’armements nucléaires.

Un nouveau traité permettrait la mise en place de mécanismes de vérification, d’échanges de données et de renouer avec une certaine confiance entre pays nucléaires. La fin de la transparence est la porte ouverte à toutes les crises, à tous les risques, à tous les accidents, aggravés par l’intelligence artificielle et les nouvelles technologies, ajoutant à la complexité et à l’imprévisibilité des dynamiques d’escalade, à l’opposé des canaux diplomatiques humains.

Un puissant sursaut international face à l’amplification des dangers mondiaux doit donc prendre rapidement forme.

Cette urgence frappe aux portes de notre conscience collective et de notre humanité commune à l’heure où le nombre de bombes atomiques augmente ; que des systèmes de lancement aux États-Unis, en Chine, en Russie se modernisent ; que les États-Unis déploient un nouveau mécanisme de défense antimissile jusqu’à pousser la possibilité de guerres dans l’espace, engendrant une nouvelle course à l’armement spatial.

À l’heure où les prédateurs de la Tech sont de plus impliqués dans les industries et les systèmes de défense, que le nucléaire est de plus banalisé, que le droit international est bafoué, il nous faut comprendre que le basculement d’époque nous rapproche de l’apocalypse.

Ces derniers mois ont été marqués par une série d’événements inédits et préoccupants : frappes américaines sur les sites iraniens en juin, présentation à Pékin du nouveau missile balistique Chinois baptisé DF-61, annonce en octobre dernier par le président Poutine d’un test du missile de croisière à propulsion nucléaire dénommé Bourevestnick, puis expérimentation le 8 janvier dernier du nouveau missile Orechnick lancé sur l’Ukraine en même temps que de nouvelles déclarations du président Trump sur la reprise d’essais nucléaires et démonstration de la Corée du Nord avec un missile balistique.

Le directeur de l’Arms Control Association à Washington, M. Daryl Kimbal a alerté sur les dangers dans le journal anglais The Guardian : « De nombreux responsables du secteur des armes nucléaires souhaitent renforcer rapidement les forces américaines afin de contrer le renforcement stratégique de la Chine. »

Les forces armées françaises se vantaient le 13 novembre dernier des capacités de leur nouveau missile – Air Sol Moyenne portée amélioré, rénové – (ASMPA-R) qui peut être embarqué sur des avions Rafale des forces aériennes stratégiques.

Cet entassement de bombes nucléaires, au nom de la dissuasion, accroît l’insécurité liée à ce que certains qualifient déjà de « nouvel ordre nucléaire », bien différent de celui qui prévalait depuis la fin de la guerre froide. Il se dit même que la guerre déclenchée par le pouvoir russe contre l’Ukraine se déroule en « ambiance nucléaire », s’éloignant du concept de dissuasion qui, du reste, n’a empêché aucun conflit, aucune guerre.

Le nouveau climat qui pèse sur la planète conduit de nouveaux pays – non-nucléaires militaires – de premier plan à revendiquer la possibilité d’acquérir la bombe atomique.

Ce qui est baptisé « ouverture d’un dialogue stratégique » sur la dissuasion nucléaire entre l’Allemagne et la France est la manifestation de ce dangereux changement d’époque. L’actualisation de la doctrine nucléaire française dans le sens d’une « européanisation » est la traduction de ce projet. Il pose de lourdes questions.

Envisager de transférer ou de faire stationner des armes nucléaires françaises dans un autre pays revient à contrevenir au Traité de Non-Prolifération (TNP). Doit-on accepter que La France aussi bafoue les traités internationaux ? Pour nous, c’est non !

Comment combattre le transfert d’armes nucléaires vers la Biélorussie si notre pays s’engage à transférer des armes similaires vers l’Allemagne et vers la Pologne ? C’est la porte ouverte à toutes les proliférations.

Ajoutons qu’en juillet 2025, le président de la République a signé avec le Premier ministre de la Grande-Bretagne, une déclaration (de Northwood) officialisant la mise en place d’une « coordination des moyens de dissuasion des deux puissances nucléaires membres du Conseil de sécurité de l’ONU » aussi bien au plan politique qu’opérationnel. Voilà qui ajoute encore aux redoutables défis en cours. En effet, la Grande-Bretagne a déjà des accords de coopération militaire et nucléaire bilatéraux très contraints avec les États-Unis.

Personne ne peut donc sérieusement faire valoir l’indépendance de cette coordination franco-britannique dans un contexte où les velléités de Trump sur le Groenland, le Canada et l’Union européenne, comme sa tentative de façonner un nouveau droit internationaldu plus fort ne sont plus un mystère.

Les enjeux si graves posés par la dissuasion nucléaire française, à l’heure où l’on parle de plus en plus de « troisième âge nucléaire » sur fond de polycrises du capitalisme, ne peuvent pas être abordés en dehors du Parlement et du débat citoyen. Le peuple doit être saisi sur la possibilité pour notre pays de signer le Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN).

Les armes de destruction massive et les modifications climatiques portent les vénéneux germes de l’anéantissement de la vie sur Terre. On ne peut laisser faire ! L’horloge de l’apocalypse indique 85 secondes avant minuit depuis la non-reconduction du traité New Start. Nous appelons au sursaut.

La paix, c’est le bien commun des peuples. Ce combat pour la paix et le désarmement nucléaire peut redevenir le lien vivant, créatif, fraternel, intergénérationnel et international d’une nouvelle chaîne humaine à l’échelle planétaire.

Ce sont les bombes qu’il faut détruire, pas l’humanité.

 

MOTS PERDUS !

Ces phrases déchirées pour la poubelle un soir, ou qu’on a égarées, ou qu’on ne veut plus voir. J’en ai fait un poème de tous ces mots per...