La démocratie israélienne n’en finit plus de dériver.
La commission électorale de la Knesset, le Parlement, a décidé d’exclure des
prochaines élections législatives la liste dans laquelle figurent des candidats
arabes israéliens. Parmi les candidats privés de leurs droits, Ofer Cassif, député communiste
persécuté depuis des mois pour ses
positions en faveur de la paix.
Les exclus
n’ont d’autres torts que d’appeler à cesser le génocide à Gaza et la
colonisation en Cisjordanie. Des positions politiques repeintes par le
gouvernement Netanyahou en négation de « l’existence de l’État d’Israël
en tant qu’État juif et démocratique » ou de « soutien à la
lutte armée d’un État ennemi ou d’une organisation terroriste contre
Israël ».
Que les
opposants à la politique criminelle du gouvernement israélien à travers le
monde se rassurent : il ne suffit pas d’être soi-même israélien, juif, et
de se battre depuis des décennies pour les libertés publiques pour échapper aux
qualificatifs infamants.
Ben Gvir et ses affidés, pourtant coupables d’appels au meurtre et au génocide
permanent, peuvent, eux, dormir tranquilles : la commission idoine a
validé leur liste.
À vrai dire,
c’est une (mauvaise) habitude dans la « seule démocratie » du
Moyen-Orient que de tenter de faire invalider les listes des concurrents. L’extrême
droitisation du régime est telle que la démocratie est désormais si faible
qu’il n’est plus certain que la Cour suprême invalide cette décision inique,
comme elle a pu le faire par le passé.
Évidemment, si la décision venait à
être confirmée, ce serait un scandale démocratique sans précédent dans le pays.
Ce sont 20 % des habitants qui se verraient privés de toute
représentation. L’apartheid, de fait qui existe déjà,
deviendrait institutionnel.
On aurait tort,
cependant, de réduire cet épisode à une énième dérive de Tel-Aviv. Modi en Inde, Trump aux États-Unis
essaient eux aussi d’empêcher une partie du peuple de s’exprimer. L’extrême
droite est toujours une squatteuse de la démocratie. Elle subvertit le système
pour prendre le pouvoir et fermer à double tour derrière elle. Ce qui est vrai
aujourd’hui à Tel-Aviv, New Delhi et Washington pourrait demain, si l’on n’y prend
garde, l’être à Paris.





