Son silence aura duré deux jours. Après la révélation
jeudi par Mediapart des documents
prouvant la véracité des écrits antisémites de Jordan Bardella, Marine
Le Pen a fini par sortir de son bunker, samedi soir, pour apporter
« tout son soutien » à son poulain, préférant finalement la fuite en
avant dans le mensonge qu’une mise au ban de celui qu’elle destine à Matignon.
Constat d’huissier, dizaines de mails, conversations Messenger : les
preuves sont pourtant accablantes. Et le choix de la procédure
judiciaire la plus longue pour attaquer Mediapart en diffamation ne plaide
guère en faveur de l’innocence.
Comme Donald
Trump, la candidate d’extrême droite choisit de nier la vérité, de
dénoncer un complot imaginaire des médias et du « système », et de
compter sur la loyauté d’un électorat que cet antisémitisme crasse ne
semble dramatiquement pas dissuader.
Le choix de ne
pas débrancher Jordan Bardella est d’autant plus périlleux que la favorite
des sondages pourrait elle-même devoir faire campagne avec un bracelet électronique. Il
intervient après une rentrée laborieuse pour le RN, en dépit de sa percée
au Sénat, des couacs sur l’interdiction du voile au racisme nauséabond d’un
policier municipal de Carcassonne.
Le timing, à
trois semaines d’un congrès à Orléans qui doit reconduire Bardella à la tête du
parti à la flamme, ne pouvait pas être pire. L’entaille faite à la stratégie de normalisation,
sa grande réalisation personnelle depuis qu’elle a banni son père, peut poser
un problème bien plus grave à la candidate au second tour. Et la « chasse
aux traîtres » en cours dans le parti laissera des traces, quand une
campagne présidentielle exige des troupes au pas.
En se rangeant
derrière Jordan Bardella, Marine Le Pen a évité le pire à court
terme : la guerre ouverte et le désaveu public de son dauphin. Mais elle
s’est lestée d’un sacré boulet. Qu’elle le défende jusqu’au bout ou qu’elle
finisse par le lâcher, elle en sortira sérieusement affaiblie, prisonnière d’un
mensonge de moins en moins tenable, ou comptable d’un revirement qui
sonnerait comme un aveu d’échec. L’extrême droite, largement favorite dans les
sondages, se voyait déjà à l’Élysée avec Bardella à Matignon. L’histoire est
encore loin d’être écrite.






