jeudi 9 avril 2026

« Où est la victoire de Donald Trump et de Netanyahou », l’éditorial de Maurice Ulrich.



Où est sa victoire ? Cette victoire totale dont il se revendique et qu’il proclame à la face du monde ? Quand le cessez-le-feu précaire conclu alors qu’il menaçait d’anéantir en une seule nuit trois mille ans de civilisation l’est sur un champ de ruines, des milliers de cadavres et un peuple trahi. On savait, dès son agression contre l’Iran, que ses objectifs annoncés étaient un leurre. Le premier de ses crimes, c’est d’avoir abusé toutes celles et tous ceux qui croyaient à la démocratie et ont été pris au piège entre les bombes américaines et israéliennes et la répression redoublée du régime et des gardiens de la révolution.

Le crime ensuite, c’est d’avoir, avec son complice Benyamin Netanyahou, embrasé tout le Moyen-Orient, avec des conséquences, en plus de celles qui sont déjà évidentes pour l’économie mondiale et les équilibres géopolitiques, dont on ne peut encore présumer. Jamais la destruction et les milliers de morts de Gaza n’auraient été possibles sans l’aide des États-Unis et leurs livraisons d’armes. Auraient-elles cessé quelques jours seulement qu’Israël n’aurait plus eu les moyens de sa guerre génocidaire comme il n’aurait pas aujourd’hui les moyens de poursuivre au Liban son entreprise avec des tapis de bombes.

Où est cette victoire ? Quand, dans l’état actuel des choses, rien n’est réglé, qu’il s’agisse de la question du détroit d’Ormuz, de la poursuite des frappes israéliennes qui, dans l’immédiat, ne semblent pas devoir s’interrompre. Trump a mis le chaos et prétend avoir mis fin au chaos. Rien ne sera réglé tant que les deux criminels de guerre et complices que sont Donald Trump et Benyamin Netanyahou ne feront pas l’objet d’une condamnation massive de la communauté internationale.

Comme Netanyahou, Donald Trump devrait être placé sous mandat d’arrêt pour crimes de guerre par la Cour pénale internationale. Mais surtout, en Europe comme dans le monde, les complaisances et les faux-fuyants, sans même parler des livraisons d’armes de la France, doivent cesser. On ne peut espérer de tous les dirigeants qu’ils aient le courage de l’Espagne, mais c’est aux opinions publiques, aux forces progressistes et de paix de se faire entendre.

« Quand Julia de Funès analyse l’arrivée d’Emmanuel Grégoire à vélo », le billet de Maurice Ulrich.



Il fallait bien, la semaine passée, une page entière dans l’Express à Julia de Funès, docteure en philosophie, pour analyser la dialectique sous-jacente à l’arrivée à vélo à l’Hôtel de ville du maire de Paris Emmanuel Grégoire, le soir de son élection. En premier lieu, le vélo installe une impression de normalité, mais « le pouvoir ne peut pas être normal ».

Ensuite, le vélo exprimerait une volonté de « sobriété des ambitions » quant au contraire, on accède au pouvoir en les déployant au maximum « dans une volonté de puissance, de conquête et de grandeur ». Enfin, le vélo signalerait « une appartenance au camp du bien », en traçant « une ligne discrète entre les vertueux et les autres ».

Bref, l’arrivée à vélo du maire de Paris quand il aurait pu arriver en 4×4 n’était pas autre chose « qu’un leurre démagogique » et « reste à savoir si un pouvoir qui ne veut plus se montrer tel n’est pas condamné, au fond, à pédaler ». Dans l’immédiat on dirait que c’est dans la tête que Mme de Funès a un petit vélo.

mercredi 8 avril 2026

« Au Moyen-Orient, Trump menace aussi le climat et l’environnement », l’éditorial de Marion d’Allard.



Délibérément, illégalement, Washington et Tel-Aviv, en attaquant l’Iran, ont plongé le Moyen-Orient dans le chaos. Mais pas seulement. Aux morts par centaines, aux blessés par milliers, aux populations déplacées par la guerre s’ajoute la déflagration d’une crise énergétique majeure, « plus grave que celles de 1973, 1979 et 2022 réunies », déclarait ce mardi Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie. Le blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transitent près de 20 % du pétrole mondial, a affolé les cours du brut, paralysé le marché mondial des hydrocarbures, asphyxié les économies en Asie, asséché les stations-service en Europe.

Donald Trump, passé les grands discours sur la supposée liberté du peuple iranien au nom de laquelle il aurait déclenché cette intervention militaire, a tôt fait de révéler ses véritables ambitions : mettre la main sur les immenses réserves pétrolières du pays.

Acculée par l’inflexibilité de Téhéran, l’administration états-unienne redouble de menaces, d’insultes et de chantage pour forcer l’Iran à rouvrir le détroit. D’ultimatum en somations, la Maison-Blanche promet « l’enfer », « la mort » d’une « civilisation entière », tout en intensifiant les bombardements « stratégiques ». Et tout y passe : champs pétrolifères, sites de raffinage, réserves de carburant.

En contravention totale avec le droit international, le ciblage d’infrastructures énergétiques n’a pas seulement pour conséquence de perturber les approvisionnements à court et moyen termes. Il menace, durablement, l’environnement. L’attaque de pétroliers dans le détroit d’Ormuz fait planer la menace de marées noires, l’incendie de dépôts pétroliers sature l’air de particules hautement toxiques, la destruction, même partielle, de sites d’exploitation risque d’anéantir les écosystèmes pour des décennies.

Les oukases de Donald Trump, sa stratégie du coup de menton et du coup de force sont une mine à fragmentation. Au mépris des peuples, du droit et de la planète, le président états-unien et son allié israélien entreprennent de redessiner le Moyen-Orient aux seuls bénéfices de leurs propres intérêts, économiques, stratégiques, impérialistes. Une sale guerre. Une guerre sale, aussi.

 

« Iran : le récit héroïque d’un épisode complaisamment repris », le billet de Maurice Ulrich.



Nos hebdomadaires, on ne saurait en douter, après trois jours d’ouverture des journaux télé, vont nous narrer par le menu et dans les grandes largeurs comment le pilote américain abattu en Iran fut sauvé par ce que Trump a salué comme l’exploit le plus audacieux de l’histoire des États-Unis, au regard de quoi Omaha Beach n’était qu’une promenade de santé. Mais ce n’est pas tout.

D’après des fuites de la CIA, le pilote récupéré n’était pas seul. Réfugié dans une grotte au confort précaire mais semble-t-il suffisant, il était en compagnie d’une très belle Iranienne qui était en réalité une espionne israélienne infiltrée parmi les gardiennes de la révolution. Le recherchant avec un commando, elle aurait été conquise par son charme un brin machiste mais néanmoins ravageur avec un petit air de Donald Trump.

Bon, ça c’est pour James Bond, mais on n’en est pas loin avec le récit héroïque d’un épisode complaisamment repris, occultant les ravages innombrables et les victimes, dont on ignore encore le nombre, des bombardements des pilotes américains.

 

mardi 7 avril 2026

« Guerre au Moyen-Orient : les États-Unis dans l’impasse impériale », l’éditorial de Rosa Moussaoui.



Le 15 août 2021, l’image de l’hélicoptère Chinook survolant l’ambassade américaine pour une évacuation précipitée de Kaboul reprise par les talibans semblait surgie d’une archive. Elle se confondait avec celle de l’exfiltration des derniers diplomates postés à Saigon par un hélicoptère Air America, un demi-siècle plus tôt. Les deux clichés superposés offraient un troublant précipité des défaites américaines qui se succèdent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec leurs retraits désordonnés.

Sur des théâtres annexes esquivant la confrontation directe avec les grandes puissances rivales, ces interventions militaires obéissent toutes au même schéma : objectifs politiques confus, échecs stratégiques durables, conséquences humaines et environnementales cataclysmiques. Jamais la démocratie ni le progrès ne sont arrivés dans le paquetage des G. I. : ces guerres ont toutes conduit à l’impasse, et même, depuis le début du siècle, au chaos.

Le projet Costs of War de l’université de Brown dresse un effroyable bilan des « guerres contre le terrorisme » lancées par Washington après le 11 septembre 2001. Elles ont tué, directement ou indirectement, 4,5 à 4,7 millions de personnes, dont la plupart n’ont pas survécu à la faim, aux maladies, à l’exode, à la destruction des infrastructures de santé.

En Irak, en 2003, l’invasion américano-britannique, avec la chute de Saddam Hussein, a certes offert aux États-Unis l’occasion de clamer victoire. Mais elle a ouvert deux décennies d’instabilité et déchaîné l’hydre djihadiste dans toute la région et jusqu’en Europe. Plus de 600 000 Irakiens y ont laissé la vie. Auparavant, la guerre du Golfe déclenchée par George Bush père, avec ses 85 000 tonnes de bombes larguées sur l’Irak, avait indirectement causé la mort de 110 000 civils, dont 70 000 enfants.

Donald Trump menace aujourd’hui de renvoyer l’Iran « à l’âge de pierre ». Il promet des crimes de guerre et fait pilonner des universités. La barbarie des opérations américaines dans la région a déjà provoqué des décennies de régression en termes de développement humain. Elle laisse derrière elle des États faillis, des oppositions trahies et broyées, des sociétés meurtries, des écosystèmes saccagés. L’impérialisme américain n’est pas seulement une impasse. C’est une calamité pour toute l’humanité.

 

« Le silence complice de Macron et de la droite », le billet de Maurice Ulrich.



Est-il besoin de le préciser ? Ce sont des femmes et des hommes de gauche qui étaient présents à Saint-Denis samedi pour répondre à une campagne ignoble de dénigrement, de racisme au grand jour et jusqu’alors en toute impunité visant le maire élu Bally Bagayoko.

Cette réponse n’était pas celle « d’idiots utiles » de la France insoumise, comme cela fut suggéré ici ou là, mais celle de citoyennes et de citoyens conscients de la diffusion d’un poison qui corrompt la nation. On répond présent contre le racisme quand on est de gauche. Mais le silence du centre et de la droite interroge, comme celui du président de la République.

Ses élus et ses dirigeants, leurs électeurs ne sont donc pas concernés, ou bien « l’union des droites », avec le RN, veut-elle tous les abandons ? Qu’on se souvienne des immenses manifestations qui avaient suivi, en 2002, la présence au second tour de Jean-Marie le Pen, des 80 % des voix qui s’étaient portées sur Jacques Chirac pour faire face. Aujourd’hui, le silence est complice.

 

vendredi 3 avril 2026

" C’est déjà trop "



Le ministère israélien de la Défense a décidé de mettre fin à ses livraisons d’armes à la France comme aux importations israéliennes de matériel militaire français. On pensait que c’était fait, officiellement. Mais non, ça continuait.

On l’apprend par un discret entrefilet des Échos. Le ministère israélien de la Défense a décidé de mettre fin à ses livraisons d’armes à la France comme aux importations israéliennes de matériel militaire français. On pensait que c’était fait, officiellement. Mais non, ça continuait.

Ce qui est rassurant, toutefois, nous dit-on, c’est que cette « rupture » avec Israël aura « peu d’effet sur les ventes d’armes françaises », comme sur notre industrie de défense. Les exportations d’Israël qui nous sont destinées concernent surtout des technologies de pointe comme des microdrones, merci.

À l’inverse, nos exportations de matériel qui ne sont pas des systèmes d’arme complets, sans autres précisions qu’on aimerait tout de même connaître, arrivent ou arrivaient loin derrières celles des États-Unis avec 68 %, de l’Allemagne, cachottière, avec tout de même 31 %. Seulement I %. Tout juste une petite participation indirecte aux bombardements en cours sur le Liban et l’Iran, et à la destruction de Gaza avec 70 000 morts et des dizaines de milliers de blessés et de mutilés à vie… Ça se mesure comment, 1 % d’un génocide ?

« Où est la victoire de Donald Trump et de Netanyahou », l’éditorial de Maurice Ulrich.

Où est sa victoire ? Cette victoire totale dont il se revendique et qu’il proclame à la face du monde ? Quand le cessez-le-feu précaire c...