mardi 23 juin 2026

« Le droit à la fraîcheur », la chronique de Patrick Le Hyaric.

 



Cela fait bien un demi-siècle que nous sommes prévenus : la température planétaire augmente dangereusement.

Depuis un demi-siècle, les études et rapports de collectifs de scientifiques mettent en garde, alertent, interpellent et appellent à empêcher le dérèglement climatique.

Un demi-siècle où ils ont fait la démonstration de cette implacable loi physique : plus on rejette de gaz carbonique dans l’air, plus la température en surface de notre Terre commune augmente. Le réchauffement de l’Arctique a pour conséquence une augmentation des températures deux fois plus élevée sur le continent européen que sur le reste de la planète.

Et des chercheurs préviennent que l’air de ces derniers jours reste frais comparé à celui que vont subir les générations à venir. Cet avenir hurle l’urgence d’agir.

C’est de l’habitabilité de la Terre dont il s’agit. Loin, très loin des petites phrases et des simplismes politiques concoctés dans les chambres froides de la communication.

Loin des minuscules pensées de responsables politiques qui ne raisonnent qu’à partir de leur maintien dans leurs maroquins ministériels. Or, la question est de savoir par quels moyens et sur quelle durée il est possible d’empêcher l’irréversibilité du redoutable processus en cours.

Un train à grande vitesse est lancé vers le mur des canicules et des pluies torrentielles, de la fonte des glaciers et du bouillonnement des océans. Les pouvoirs et le monde économique alimentent la locomotive du capitalisme qui éteint la vie, mène l’humanité vers le néant. L’impérialisme américain mène la guerre au Moyen-Orient, capture le président vénézuélien Maduro, des gouvernements relancent les forages afin de permettre à quelques multinationales du pétrole d’arroser le monde, moyennant profits et rentes, d’une énergie carbonée nourrissant la fournaise.

Un processus de bifurcation sociale et environnementale démocratique

Pour l’éviter, il n’y a pas d’autres voies pour les peuples d’entendre les mises en garde et de construire des mobilisations pour un processus de bifurcation sociale et environnementale démocratique, associant toutes les citoyennes et citoyens, toutes les travailleuses et travailleurs en lien avec toutes et tous les scientifiques.

Ceux qui nous proposent un brumisateur ou un épouvantail là où il faudrait imaginer une transformation civilisationnelle afin que notre Terre ne devienne pas invivable sont les obstacles à cette indispensable transition.

Ils nous serinent leurs phrases prémâchées autour de « la dette » comme d’autres parlent de leur cassette, cachant la grande dette qui peut perdre notre humanité : la dette écologique.

Il n’y aura pas de stratégie de stabilisation du climat sans une nouvelle stratégie financière incluant une création monétaire de type nouveau des institutions internationales — du Fonds monétaire international comme de la Banque centrale européenne —, sous contrôle populaire. Le climat et la biodiversité sont des biens communs de l’humanité qui appellent une union internationaliste de combat pour le vivant.

Les mêmes qui nous conseillent de fermer nos volets l’après-midi sont ceux qui ont divisé par trois – de 2,3 milliards d’euros à 837 millions d’euros – le budget du « Fonds vert » destiné à financer les projets d’accélération des transitions au service des collectivités territoriales.

La fameuse « gestion de crise » si prisée par les puissants sert à empêcher de voir l’essentiel.

Elle cache les raisons fondamentales d’une situation créée par le capitalocène : un modèle économique pour le profit d’une minorité de possédants, basé sur les énergies carbonées, envahissant tous les espaces de nos vies malmenées.

500 000 personnes meurent des effets de la chaleur chaque année depuis 2020

Les corps souffrent sous le soleil brûlant. La santé physique et mentale se dégrade. Les accidents se multiplient. Les ouragans de chaleur ôtent la vie. Les pluies diluviennes aussi ravageuses leur succèdent. Selon l’Organisation mondiale de la santé, le taux de mortalité des personnes de plus de 65 ans sur la planète a augmenté de 85 % en vingt ans. Près de 500 000 personnes meurent des effets de la chaleur chaque année depuis 2020. En France, au moins 5 000 décès ont été causés par des températures élevées en 2022. Les inégalités épaulent et aggravent les effets des canicules qui touchent encore plus violemment les femmes, les plus modestes, déjà victimes des difficultés à disposer d’un logement de qualité ou d’accès à la santé.

Des chaleurs aussi précoces, comparées à celles du milieu des étés lorsque le climat n’était pas à ce point réchauffé, rendent les sociétés humaines de plus en plus vulnérables. Et, elles malmènent les écosystèmes quand les déficits hydriques se combinent avec des rayons du soleil qui brûlent tout et font mourir la végétation. Même les végétalisations dans les villes deviennent difficiles car les arbres plantés récemment ne résistent pas.

Les enjeux climatiques et environnementaux sont constitutifs d’une nouvelle politique de sécurité et de santé publique. Une politique pour le vivant. Y parvenir exige une mobilisation politique, sociale, financière pour la bifurcation d’un niveau peut-être plus important que ce qui a été fait pour la reconstruction de la France et de l’Europe au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Se pose le grand enjeu d’une sécurité sociale élargit à la sécurité sociale écologique. Bien à rebours donc des thèses austéritaires accaparant les « temps de cerveau disponible ».

Déjà, en plusieurs endroits du monde, des mobilisations s’organisent pour porter le « droit à la fraîcheur » comme droit inconditionnel du bien-être du vivant.

Il s’agit à la fois de la conquête du pouvoir des travailleuses et travailleurs sur les conditions de travail. Au-delà c’est leur pouvoir sur les productions elles-mêmes en lien avec les chercheurs et les étudiants qui refusent de servir le capitalisme prédateur de la destruction. Il est en même temps un projet politique pour transformer les villes, les transports, les logements, garantir l’accès à l’eau, lutter contre les inégalités, empêcher la bétonisation des terres agricoles et la destruction des jardins partagés, mettre fin aux projets d’autoroutes et de grands travaux inutiles, porter un nouveau projet de sécurité alimentaire avec l’agro-écologie.

Le droit à la fraîcheur se fait projet politique. La bifurcation environnementale est un urgent enjeu civilisationnel.

« L’Humanité sur tous les fronts de l’information », la tribune de Fabien Gay.

 



Face à la concentration des médias, à la puissance des  plateformes et à la progression des récits d’extrême droite, « l’Humanité » engage une nouvelle étape de sa transformation et de sa révolution numérique. Son ambition : toujours mieux vous informer pour vous être toujours plus utile ; porter une voix et un regard communiste et populaire, à partir d’informations fiables et sourcées, indépendante des puissances  de l’argent.

Depuis plus de cent vingt ans, l’Humanité accompagne les combats du mouvement ouvrier, du monde du travail et de toutes celles et ceux qui luttent pour l’émancipation humaine et pour la paix. Notre journal, qui a traversé les tempêtes de l’histoire, a su se transformer tout en gardant son identité, ses valeurs, ses buts – informer nos lecteurs, leur donner matière à penser, leur permettre de comprendre le monde pour contribuer à le transformer.

Aujourd’hui, une nouvelle étape s’ouvre.

Elle découle d’une transformation profonde de la manière dont l’information est produite, diffusée et reçue. On ne s’informe plus seulement en ouvrant un journal ou en consultant un site : on découvre une actualité dans une vidéo, sur un réseau social, à travers un moteur de recherche, et de plus en plus par l’intelligence artificielle. Cela ébranle l’univers médiatique. La bataille de l’information est désormais celle de la vérité des faits face à la désinformation, à la manipulation par l’image, à la parole portée par des influenceurs plutôt que des experts.

Parallèlement, jamais l’information n’a circulé aussi vite, jamais les moyens de toucher de nouveaux publics n’ont été aussi nombreux. Dans un monde en mutation, les idées communistes, les idées de progrès social et humain ont besoin de médias capables de leur donner de la force, de l’écho, de la visibilité. Ces dernières années, l’Humanité s’est transformée en profondeur. Nous avons accru notre présence numérique, investi les réseaux sociaux, créé notre studio et développé une offre vidéo ainsi qu’une édition matinale. Et je veux ici partager avec vous un constat qui nous oblige et nous encourage à la fois : nos choix produisent de bons résultats !

En 2025, nos vidéos ont cumulé 350 millions de vues. Notre audience progresse, notre visibilité grandit, et nous avons retrouvé une place reconnue dans le débat public, notamment grâce à nos enquêtes, à nos révélations. Le nombre de nos abonnés, surtout numériques, continue d’augmenter. Et, en dépit d’un contexte difficile pour l’ensemble des éditeurs de presse papier, notre chiffre d’affaires repart légèrement à la hausse.

En décembre dernier, l’Humanité a atteint la 33e place du classement des sites d’actualité établi par l’Alliance des chiffres pour la presse et les médias (ACPM) en passant devant le JDD. Dans un monde où l’information est bollorisée, ce n’est pas rien ! Et tout cela, c’est grâce à vous ! C’est le fruit de vos lectures, de votre fidélité, de l’action des militants et des comités de diffusion de l’Humanité, partout en France, et du travail collectif de toute une rédaction.

Malgré ces réussites, il faut aussi regarder la réalité dans laquelle nous avançons. Comme tous les titres de la presse quotidienne nationale, l’Humanité est confrontée à des bouleversements profonds. Les habitudes de lecture changent vite, et la diffusion de la presse papier recule depuis plusieurs années, de façon quasi inexorable. Dans le même temps, les coûts de production augmentent fortement. Les tarifs postaux ont encore progressé de près de 8 % en début d’année. Le nombre de points de vente et de kiosques diminue, le prix du papier reste élevé et les aides publiques à la presse baissent d’année en année.

Tous les quotidiens nationaux sont confrontés à cette même réalité et adaptent la place accordée au papier. Nous faisons nous aussi ce choix.

Chaque jour, nous vous donnerons trois grands rendez-vous numériques.

Devenir pleinement un média 360° implique de repenser notre manière de produire et de présenter l’information. Cela ne veut pas dire céder à la course de vitesse ni publier davantage d’articles sans hiérarchiser l’information, sans prendre le temps de la vérifier, de la recouper. Cela veut dire être capable de vous informer lorsque l’actualité se produit, puis de vous apporter les explications, le recul et la profondeur nécessaires dans les heures qui suivent.

Notre journée éditoriale s’organisera prochainement autour de trois grands rendez-vous numériques. Le matin, vous retrouverez les informations importantes de la nuit et les premières clés pour comprendre la journée. À la mi-journée, nous ferons le point sur ce qui s’est produit et sur les enjeux qui se dessinent. En fin de journée, nous vous proposerons de prendre du recul avec nos analyses, nos enquêtes, nos entretiens. Et contrairement aux idées reçues, s’informer sur Internet ne constitue pas un abandon de la lecture.

C’est par la complémentarité des modes d’information que le public construit son rapport à l’information. Nous le constatons avec une tendance croissante de nos abonnés numériques, qui s’engagent auprès de nous par la vidéo ou sur le site Internet. Enfin, nous allons maintenant travailler sept jours sur sept, avec des équipes qui se relaieront pour être encore plus réactives à l’actualité.

Une nouvelle application, lieu privilégié de notre relation quotidienne avec vous.

Dans les mois prochains, nous lancerons une nouvelle application sur mobile. Vous pourrez y retrouver les différentes éditions, suivre l’actualité en direct, regarder nos vidéos, écouter certains articles, conserver des contenus, et retrouver plus facilement un sujet, une enquête ou une archive. C’est à partir de cette application que nous allons déployer une nouvelle stratégie de conquête d’abonnés pour atteindre les 50 000 à l’horizon 2030.

Papier et numérique : donner à chacun sa pleine utilité.

Cette transformation ne signifie pas que l’Humanité tourne le dos au papier. Bien au contraire. Je connais votre attachement au quotidien et au magazine, et je le partage avec ce plaisir inégalé du papier feuilleté. Le papier offre un rapport particulier au temps, à la lecture et à la réflexion. À partir du 29 juin, le quotidien passera à 20 pages. Cette décision répond à une réalité économique, mais elle doit aussi nous conduire à être plus exigeants dans nos choix éditoriaux en complément du numérique.

Une pagination resserrée ne signifie pas une ambition amoindrie, mais une hiérarchie de l’information plus exigeante, une plus grande lisibilité et davantage de force dans chaque édition. L’Humanité Magazine continuera d’accueillir des récits, des reportages, des grands entretiens, des pages dédiées à la culture et au débat d’idées. Nos hors-séries rempliront toujours leur mission de transmission mémorielle et d’éducation populaire.

Notre offre numérique permettra de suivre l’actualité et d’accéder rapidement à toutes nos productions. Le quotidien imprimé continuera de proposer une lecture sélectionnée et cohérente de l’actualité la plus saillante, avec le regard propre de l’Humanité. Chaque support doit désormais remplir une fonction claire. Il ne s’agit donc pas de choisir entre le papier et le numérique, mais de donner à chacun sa pleine utilité.

Plus d’un siècle après sa création, l’Humanité, journal communiste, reste fidèle à l’ambition formulée par Jean Jaurès dans son éditorial fondateur du 18 avril 1904 : « C’est par des informations étendues et exactes que nous voudrions donner à toutes les intelligences libres le moyen de comprendre et de juger par elles-mêmes les événements du monde. » C’est cette mission qui guide chaque jour notre rédaction : enquêter, décrypter, révéler, donner la parole à celles et ceux qu’on entend trop peu ailleurs. Et, modestement mais obstinément, contribuer au pluralisme de l’information et au débat démocratique.

Tout cela poursuit un même objectif : donner plus de force à la voix singulière de l’Humanité

Nous continuerons à défendre une information indépendante des puissances d’argent, attentive au monde du travail, à l’analyse des rapports de force, aux inégalités sociales, aux enjeux écologiques et aux aspirations démocratiques de notre temps.

Depuis sa création, l’Humanité n’existe que grâce à vous : lecteurs, lectrices, abonnés, soutiens, militants, et toutes celles et ceux qui pensent que son traitement singulier de l’information est indispensable. Aujourd’hui encore, nous avons besoin de vous.

S’abonner, partager nos articles, faire découvrir le journal autour de soi, participer à nos événements, convaincre de nouveaux lecteurs : ce sont ces gestes concrets qui font vivre une presse libre, indépendante et combative. L’avenir de l’Humanité ne dépend pas seulement de choix technologiques. Il dépend d’un projet politique et collectif : faire vivre, dans le monde d’aujourd’hui, une voix indispensable au pluralisme et au progrès social.

Je vous propose que nous continuions ce chemin ensemble pour ouvrir une nouvelle page et continuer à faire vivre l’Humanité, dans le siècle à venir. Pour relever ce nouveau défi, nous lancerons dans les prochains jours une nouvelle souscription.

Je sais pouvoir compter sur votre soutien et votre fidélité !

 


 

« Brexit et austérité nourrissent le pire », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



Avec la démission de Keir Starmer après seulement deux années à Downing Street, le Royaume-Uni s’apprête à voir défiler un septième premier ministre en dix ans. Cette chute illustre l’échec d’une stratégie qui prétend répondre à la crise sociale et au nationalisme sans rompre avec les politiques d’austérité. Dix ans après le référendum de 2016, le Brexit a laissé une économie affaiblie : productivité en berne, investissements en recul et services publics sous tension, notamment le système public de santé britannique.

Élu en 2024 sur une promesse de changement, le Labour s’est enfermé dans la continuité. Soucieux de rassurer la City et les marchés financiers, le gouvernement Starmer a privilégié la discipline budgétaire plutôt qu’un réinvestissement massif dans les services publics.

En refusant de mobiliser davantage les profits financiers et les grandes fortunes, il s’est condamné à gérer la pénurie. L’espoir suscité par son arrivée au pouvoir s’est alors transformé en déception. Ce vide profite directement à Reform UK. Nigel Farage n’a plus à défendre le bilan du Brexit ; il lui suffit de désigner l’immigration comme responsable des difficultés du pays. Évitant au passage une question centrale : l’impossibilité de faire fonctionner une économie qui dépend largement de travailleurs étrangers dans la santé, les transports ou l’agriculture.

Ce miroir britannique éclaire la situation française. Ici aussi, le renoncement des forces progressistes à rompre avec les dogmes libéraux a nourri la progression du Rassemblement national. Quand disparaissent des lits d’hôpitaux, que l’école publique se dégrade et que l’emploi industriel recule, les appels aux « valeurs républicaines » suffisent d’autant moins qu’ils épargnent l’extrême droite.

On ne combat pas l’extrême droite en protégeant les intérêts du capital tout en comprimant les dépenses sociales. D’ailleurs, ceux qui protègent ces intérêts font de plus en plus le choix du RN comme un bouclier pour leurs privilèges. Au moment où Marc Bloch entre au Panthéon, il serait salutaire de reconvoquer son œuvre, sa lucide colère, et toute sa critique des puissants qui mènent, à certaines époques de crises, la France dans les pires impasses à force d’égoïsme et de renoncements.

 

« Quand Bernard Cazeneuve conseille les riches pour échapper au fisc », le billet de Maurice Ulrich.



On imagine bien que Bernard Cazeneuve, proche de François Hollande dont il fut le premier ministre, avait entendu, à l’époque, les mots de ce dernier au Bourget où il avait lancé sa candidature à l’élection présidentielle : « Mon adversaire, c’est la finance. » Prétendant désormais et à son tour à ce qu’on appelle la magistrature suprême, avec toute la rigueur qu’on lui prête, il a créé il y a quelques jours, le 16 juin, son site de campagne, où il « souligne son engagement né à gauche ».

Mais Bernard Cazeneuve est aussi avocat, spécialisé dans le conseil aux entreprises concernant « l’éthique des affaires », dans un cabinet prestigieux, le cabinet August Debouzy. Lequel a organisé le 17 juin, révèle notre confrère Mediapart, une conférence pour ses riches clients sur le thème : « Transfert de siège social à l’étranger : aspects fiscaux et juridiques ». En clair, comment échapper au fisc. Pas de commentaire pour Bernard Cazeneuve, connu pour son humour décalé et très « british ». La finance a des ennemis, mais elle a de bons avocats.

dimanche 21 juin 2026

« Panthéonisation de Marc Bloch : les mots et les actes », l’éditorial de Sébastien Crépel.



Avec Marc Bloch se clôt probablement la série des grands panthéonisés de la Résistance par Emmanuel Macron. Après l’entrée de Joséphine Baker et du couple Manouchian sous la coupole, l’historien de l’Étrange Défaite rejoint, accompagné de son épouse Simonne Vidal, deux autres grandes figures – outre Maurice Genevoix, témoin de la Grande Guerre – que sont Robert Badinter et Simone Veil. Elles ont pour point commun d’avoir été les cibles de la barbarie nazie. Juif et résistant, Marc Bloch est, comme Missak et Mélinée Manouchian, au croisement de ces destinées.

Tandis qu’un cycle s’achève avec la présidence Macron, on ne peut s’empêcher de ressentir, devant la grande inconnue des élections de l’an prochain, une troublante angoisse à l’heure de cet ultime hommage au courage et au refus de la résignation. L’obstination avec laquelle le président de la République s’attache par les mots à rendre les honneurs mérités aux héros du passé détonne avec la complaisance des actes envers les héritiers spirituels de leurs bourreaux. Aucune autre formation politique que la sienne n’aura autant œuvré, pour se maintenir au pouvoir, à la normalisation de l’extrême droite, du pacte de non-censure avec Marine Le Pen à l’inversion du « front républicain ».

Une fois la dépouille des résistants ensevelie dans le caveau de la République, il ne faudrait pas que les paroles de Marc Bloch reviennent nous hanter comme une sinistre prémonition : « Nous venons de subir une incroyable défaite. À qui la faute ? » Les regards se tourneront alors vers les pyromanes qui, balayés par l’histoire, auront joué avec la catastrophe comme avec des allumettes, sachant bien qu’ils n’auront pas à en subir les ravages dans leur propre chair.

Les victimes de l’extrême droite sont, en effet, toujours les mêmes : les étrangers, les prolétaires, les femmes, les minorités visibles ou invisibles qui forment la longue cohorte des dominés. Emmanuel Macron y fera sans doute allusion, mardi, devant le parterre de cette étrange « fête » de l’esprit de résistance, où se glisseront peut-être quelques aspirants ministres d’une Le Pen ou d’un Bardella comptant les jours qui les séparent de 2027.

« Dette publique : dans le JDD, François Bayrou accuse les Français », le billet de Maurice Ulrich.



C’était inattendu, d’autant plus qu’on ne l’attendait pas. François Bayrou réapparaît, au moins dans les colonnes du Journal du dimanche de Vincent Bolloré, avec deux pages d’interview. Car il vient de publier un livre que l’on n’attendait pas non plus, Alerte sur la France qui vient (Éd. de l’Observatoire).

Et donc, comme là, il fallait s’y attendre, la France va mal, à cause de la dette, que lui-même, quand il fut premier ministre, car il l’a été, ce qu’on avait failli oublier, n’a pas réussi à résorber, ni même à stabiliser. Et il y a une raison à cela, c’est que la dette, « les Français l’ont voulue ».

« Tout le monde, sans exception, n’a cessé de faire pression, tout le temps, pour dépenser toujours plus. Qui a reçu cet argent ? Ce sont les Français, directement, pour les retraites, pour les dépenses sociales, pour la fonction publique »… On comprend bien la déception de François Bayrou. Il aurait sans doute fait un bon premier ministre, s’il n’avait pas eu à gouverner un pays avec des Français.

 

samedi 20 juin 2026

« L’affaire Lyhanna, une question de priorité », l’éditorial de Laurent Mouloud.



L’affaire Lyhanna sera-t-elle l’affaire de plus ou l’affaire de trop ? Le meurtre de cette enfant de 11 ans a provoqué une véritable onde de choc dans tout le pays. Depuis le 4 juin et la découverte du corps, les manifestations s’enchaînent pour réclamer des mesures à la hauteur du drame. Derrière l’émotion, la colère enfle. Tout comme la désagréable impression que le gouvernement tente l’esquive, sans prendre la mesure de la situation.

De fait, depuis dix jours, l’exécutif – Darmanin et Macron en tête – ne semble capable que de se réfugier dans un pur déni. Plutôt que de reconnaître sa responsabilité politique, le garde des Sceaux « terrifié » a pointé, tout comme le président de la République, « un dysfonctionnement individuel inacceptable » et « un choc ».

Un vrai festival d’hypocrisie. Depuis bientôt dix ans, la Macronie au pouvoir n’a-t-elle pas, au contraire, parfaitement « accepté » de maintenir la justice dans un état de dysfonctionnement budgétaire largement documenté ?

Personne ne peut croire que le ministre a découvert, ce 4 juin 2026, que la France comptait deux fois moins de juges et quatre fois moins de procureurs que la moyenne européenne. Que 94 % des plaintes déposées finissent classées sans suite, souvent faute de moyens d’enquête suffisants. Que dans ce pays, qu’il ambitionne de vouloir présider, le budget de la justice par habitant est deux fois moins élevé qu’en Allemagne.

Ces statistiques, et les rapports explicites qui les accompagnent (Sauvé en 2022, Ciivise en 2023), l’ancien locataire de la place Beauvau ne peut les ignorer. Il en sait également les conséquences. Des magistrats sous pression constante, noyés sous l’empilement des actes à réaliser et des injonctions ministérielles, obligés de « trier » les cas de violences sexuelles sur mineur, entre urgences relatives et urgences absolues… Ces conditions de travail en flux tendu, toujours sur le fil, rendent les erreurs individuelles inévitables.

Gérald Darmanin est au courant. Mais plutôt que de s’attaquer à ce dysfonctionnement-là, l’admirateur de Nicolas Sarkozy vibrionne, se pousse du col, passant d’une priorité à une autre, sans moyens adéquats ni cohérence, si ce n’est la mise en scène permanente de sa propre personne. La magistrature, elle, est sommée de faire tourner l’intendance. Coûte que coûte. Et de servir de fusible lorsqu’il s’agit de payer le prix d’une politique inconséquente.

« Le droit à la fraîcheur », la chronique de Patrick Le Hyaric.

  Cela fait bien un demi-siècle que nous sommes prévenus : la température planétaire augmente dangereusement. Depuis un demi-siècle, les...