mercredi 9 septembre 2026

« Présidentielle 2027 : fracasser les obsessions identitaires », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



La victoire de l’AfD en Saxe et la perspective inquiétante des prochains scrutins en Allemagne apportent une nouvelle preuve qu’une déferlante d’extrême droite gagne le continent. Saluée par les félicitations enthousiastes d’une internationale brune galvanisée, cette poussée n’est pas un avertissement lointain, mais une menace imminente, particulièrement pour la France dans le cadre de l’élection présidentielle. Et la réalité, à quelques mois de cette échéance, c’est une profusion de candidatures à gauche.

L’enjeu pour les forces de gauche est de transformer cet état de fait en atout. Comment faire en sorte que non seulement l’une des candidatures puisse accéder au second tour, mais qu’elle ait également une chance réelle de l’emporter ? Si la pluralité des candidatures à gauche dégénère en guerre d’usure entre elles, alors le pire est inévitable. Cette diversité pourrait-elle devenir une mécanique capable de faire progresser tout le monde et peut-être le réservoir de voix indispensable pour l’emporter ?

Le chemin est étroit et périlleux. L’engagement de Fabien Roussel de faire campagne sur ses propositions, et pas contre les autres candidats de gauche, doit devenir une règle partagée. L’agenda politique est aujourd’hui asphyxié par les obsessions identitaires et austéritaires.

Pour fracasser cette hégémonie réactionnaire, les forces de gauche dans leur diversité vont devoir imposer dans le débat la justice fiscale, les services publics, les salaires, l’urgence climatique… Forcer, en quelque sorte, le débat à revenir sur le terrain des réalités matérielles, pour que l’élection soit sur celui de la vie des gens et du modèle de société. Et cela commence maintenant avec la discussion sur le budget et la dette.

Ne pas faire campagne contre les autres à gauche, ce n’est pas esquiver le débat avec eux. C’est l’avoir sur des sujets de gauche. C’est refuser de se laisser piéger par des formules définitives du type « jamais avec… ». C’est éviter de céder à la tentation du chantage et de la pression, pour ne pas condamner des portes qu’il faudra peut-être rouvrir. C’est refuser de laisser des blessures rendre impossible la construction d’un espoir dont les prémices feront peut-être jour à la Fête de l’Humanité

 

« En Pologne, des robots manifestent pour la défense de l’emploi », le billet de Maurice Ulrich.



Certains sur deux jambes, d’autres à quatre pattes mais tous déterminés à se faire entendre. Une trentaine de robots ont manifesté lundi devant le ministère polonais des Affaires numériques, avec leurs revendications diffusées par haut-parleurs : « Défendons les emplois, n’attendez pas, réglementez. »

L’organisateur bien humain – enfin il paraît – de cette initiative, Grzegorz Kulis, lui-même directeur informatique d’une entreprise de robotique et aussi PDG d’une agence de placement, a déclaré que « nous voulons aborder la question du remplacement potentiel des humains par des robots humanoïdes et par l’IA dans les métiers intellectuels ».

Le ministre polonais des Affaires numériques est allé à la rencontre des manifestants, qu’il a assurés de son écoute : « Les modèles d’IA non contrôlés intégrés à des humanoïdes constituent un problème majeur. » En France et dans un autre registre, Michel-Édouard Leclerc, président des centres commerciaux du même nom, invite à taxer les robots pour compenser des allégements de cotisations sociales sur les salariés humains. Pas sûr que les robots soient d’accord. Attention à la grève. Il faudra leur envoyer des robots de police.

mardi 8 septembre 2026

« Victoire de l'AfD en Saxe-Anhalt : les nouveaux fascistes se congratulent », l’éditorial de Maurice Ulrich.



Le résultat était attendu. Il n’en est pas moins lourd et un peu plus que prévu. Avec 44 %, le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne, l’AfD, a remporté haut la main les élections au parlement du Land de Saxe-Anhalt. Il n’a pas la majorité absolue mais déjà se dessinent de possibles ralliements.

Les analyses de ce résultat doivent être approfondies. Mais à grands traits, il est clair qu’ils tiennent à la fois au sentiment d’être laissés pour compte de citoyens de l’Est, se cumulant à l’insatisfaction de l’ensemble des Allemands à l’égard des politiques antisociales menées tant par le SPD que par la CDU. Elles suscitent une méfiance généralisée à leur égard et nourrissent le discrédit croissant du chancelier Friedrich Merz.

Le leader de l’AFD dans le Land, Ulrich Siegmund, a su en jouer, comme il a su jouer de son image jeune en même temps qu’il cultivait une certaine nostalgie avec un scooter emblématique de l’ancienne RDA. Mais surtout il a utilisé les deux armes complémentaires des extrêmes droites et des néofascistes. La dénonciation de l’immigration et la démagogie identitaire comme instruments de destruction massive des solidarités, de la conscience de classe là où elle existe encore, de la tolérance et de l’accueil, y compris en programmant des formes de retour à un passé fantasmé.

Le juriste de la période nazie Carl Schmitt avait érigé en principe fondateur de la politique le fait de désigner un ennemi et s’il n’existait pas, de le fabriquer. Avec l’immigration, l’AfD l’a fait. En France c’est le sens réel de la proposition de Marine Le Pen sur l’interdiction du port du voile dans l’espace public. C’est une proposition incendiaire. Et le moyen majeur de détourner l’attention des politiques antisociales et de division des peuples qu’appelle aujourd’hui le capital.

Le Land de Saxe-Anhalt est un petit territoire au regard du monde, mais le résultat de dimanche a été chaleureusement salué par Viktor Orban, Elon Musk, Donald Trump… Les nouveaux fascistes se congratulent. Nous sommes en état d’alerte majeure.

 

« Que font les très riches de leur argent ? », le billet de Maurice Ulrich.



Que font les (très) riches de leur argent ? N’importe quel économiste venu, des Échos, de l’Opinion, nous le dira. Ils investissent, développent l’économie, créent des emplois… De temps en temps, ils achètent un yacht, une île aux Bahamas. Parfois ils chassent. Cette semaine, le milliardaire Olivier Bouygues comparaît devant un tribunal à Orléans.

Il est en particulier suspecté de la « destruction d’espèces protégées en bande organisée » dans son domaine de 750 hectares au cœur de la Sologne « colonisée par les ultra-riches », selon les mots du journaliste Jean-Baptiste Forray dans les Nouveaux Seigneurs (les Arènes). 4 000 kilomètres de grillages pour des dizaines de domaines privés où les tableaux de chasse sont pharaoniques

Quand il le faut, des camions entiers de gibier viennent de l’Est. Les cadavres sont enfouis dans des fosses communes. Un de ces massacreurs se serait même vanté d’avoir abattu 300 sangliers en une journée. Le dimanche soir, on retrouve dans les poubelles d’autoroutes les quartiers de viande offerts aux invités du week-end qui s’en débarrassent. C’est connu, ça continue.

lundi 7 septembre 2026

« Loi intégrale contre les VSS : se dérober ou pas », l’éditorial de Laurent Mouloud.



L’Assemblée nationale ouvre ce lundi le chantier de la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles. Le début de l’examen des 69 articles en commission spéciale résonne comme une première victoire pour les associations féministes et de protection de l’enfance.

Sans cette pression populaire, jamais ce texte ambitieux n’aurait franchi les portes du Parlement. Il ne faut pas l’oublier au moment où commence la rude bataille autour des amendements et des arbitrages. La reprise de la mobilisation, à laquelle appelle aujourd’hui une large coalition associative et syndicale, est un élément clé. Non seulement pour pousser les députés à préserver la philosophie de la loi. Mais aussi pour la rendre effective en lui donnant des moyens à la hauteur de l’enjeu.

Remise à jour après le meurtre de la jeune Lyhanna, cette proposition de loi intégrale porte une ambition juste : rompre avec les réponses fragmentaires et penser ensemble prévention, protection, justice, réparation. Mais ne nous leurrons pas. Si cette vision large recueille un relatif consensus dans les discours, elle nécessite un vrai basculement budgétaire.

L’État consacre aujourd’hui 12,5 millions d’euros par an à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Une peccadille. Pour mettre en œuvre l’ensemble des mesures, il faudrait trois milliards chaque année. Un chiffrage précis, étayé, inscrit noir sur blanc dans le texte. Droites et macronistes sont-ils prêts à le voter ? Ou multiplieront-ils les manœuvres dilatoires, comme beaucoup le redoutent, se bornant à la dimension répressive du texte, tout en faisant traîner le calendrier parlementaire à l’approche des échéances électorales de l’an prochain ?

Si le camp présidentiel se dérobe, il portera une lourde responsabilité devant toute la nation. À commencer par les 160 000 enfants victimes chaque année de violences sexuelles et 400 000 femmes cibles de violences en tout genre. Les mentalités patriarcales sont ancrées dans les familles, à l’école, au travail. Au-delà du volet judiciaire, seule une bataille culturelle de longue haleine peut désamorcer cette fabrique sociale des violences. C’est toute l’ambition de ce texte. Nous verrons, dans les prochaines semaines, qui, parmi les parlementaires, est prêt à la soutenir. Et qui est prêt à la trahir.

 

Quand le JDD invente le « Maccarthysme de la gauche française », le billet de Maurice Ulrich.



Dans le Journal du dimanche, les sénateurs de droite sont « les sénateurs ». Et donc, dans l’hebdomadaire de Vincent Bolloré, avec en rouge le mot clé censure, on lit que « les sénateurs s’inquiètent d’une dérive inquiétante du service public après la grève votée contre l’arrivée du directeur adjoint de Valeurs actuelles sur France Inter ».

Suit un texte signé par des sénateurs – le président de droite du Sénat, Gérard Larcher, n’y figure pas – dénonçant « une entreprise d’intimidation d’essence totalitaire », où « un journaliste reconnu, ayant fait preuve tout au long de sa carrière de professionnalisme, d’objectivité et d’impartialité se retrouve au cœur d’une chasse aux sorcières digne du maccarthysme »… et à la direction d’un hebdomadaire d’extrême droite.

Mais, voilà, il s’agit donc pour le JDD, qui en fait son titre en tête de page, du « Maccarthysme de la gauche française ». Pour mémoire (au cas où), le maccarthysme visait aux États-Unis dans les années 1950 tous les communistes ou supposés tels, leurs amis et connaissances. On note qu’il n’y a pas de chroniqueur issu de l’Humanité à France Inter.

dimanche 6 septembre 2026

« Génocide à Gaza : la stratégie de l’enterrement », l’éditorial de Laurent Mouloud.



Montrer l’enfer. Briser la chape de plomb. Refuser l’écrasement de tout un peuple sous le poids du silence. Avec Requiem pour Gaza, le célèbre auteur de BD Joe Sacco, accompagné par la plume aiguisée du journaliste Chris Edges, livre un témoignage essentiel sur la situation dramatique dans l’enclave palestinienne. Cet ouvrage, dont nous publions en exclusivité les premières planches, vise à réveiller les consciences, à fixer l’horreur dans les mémoires, à lutter contre la disparition à bas bruit d’une population suppliciée dont les grandes puissances occidentales semblent oublier peu à peu l’existence.

Le prétendu cessez-le-feu d’octobre 2025 n’a pas signé la fin du calvaire des Palestiniens. Il agit comme un paravent pour les autorités israéliennes, qui continuent, en toute impunité, leur politique génocidaire. Depuis cette date, Israël a tué quelque 1 300 personnes et en a blessé plus de 4 100. Il a étendu son occupation jusqu’à contrôler 70 % du territoire de Gaza, continuant d’entraver l’aide humanitaire pour 2 millions de Palestiniens parqués dans un champ de ruines, où ils tentent de survivre, affamés, privés de médicaments, de logement. À Jérusalem-Est, comme en Cisjordanie, les destructions de maisons et la violence des colons s’accélèrent dans un effroyable processus de nettoyage ethnique.

Black-out à l’unisson de l’inaction diplomatique

Ce drame quotidien se déroule depuis des mois dans une indifférence glaçante. Le sort des populations palestiniennes a quasi déserté les sujets de la plupart des grands médias – JT en tête –, qui n’évoquent désormais Gaza, au mieux, que pour relater les derniers pourparlers hypocrites de Donald Trump. Ce black-out est à l’unisson de l’inaction diplomatique scandaleuse des puissances occidentales, coites face à un gouvernement israélien qui veut détruire – et assume de le faire – toute perspective d’État palestinien, en s’exonérant du droit, des décisions de la Cour internationale de justice et des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU.

Benyamin Netanyahou et son gouvernement d’extrême droite ont toujours fait de la maîtrise de l’information l’une de leurs armes favorites. Depuis le début de la riposte à l’attaque terroriste du Hamas, le 7 octobre 2023, plus de 200 journalistes palestiniens ont été tués par l’armée israélienne. Une stratégie assumée visant à masquer l’ampleur des destructions, des crimes de guerre, à faire disparaître des esprits même la réalité de ce peuple, à briser toute empathie et solidarité. Continuer de ne rien dire, reléguer Gaza à un non-sujet, c’est se rendre complice de cette entreprise d’anéantissement.

« La Palestine s’efface sous nos yeux », alertaient, fin août, une centaine d’anciens représentants diplomatiques de la France et du Royaume-Uni qui exhortent, dans une tribune, leurs gouvernements respectifs à agir d’urgence en mettant en place une série de sanctions – de la suspension des accords commerciaux et des livraisons d’armes jusqu’à l’interdiction de tout commerce avec les colonies. Comme vous le verrez dans ces pages, pour Joe Sacco et Chris Edges, cette résistance passe également par la préservation de la mémoire palestinienne. Les dessins et les mots comme rempart à l’oubli.

C’est avec ce même désir de mieux vous informer et d’aiguiser les esprits que nous avons quelque peu remanié votre Humanité magazine. Vous découvrirez dans ce numéro une séquence culture enrichie et nos nouvelles pages Agora, consacrées aux grands débats du moment et à la confrontation d’idées en cette année présidentielle. Un magazine engagé, qui ne se résoudra jamais au silence complice face aux malheurs du monde.

 

« Présidentielle 2027 : fracasser les obsessions identitaires », l’éditorial de Stéphane Sahuc.

La victoire de l’AfD en Saxe et la perspective inquiétante des prochains scrutins en Allemagne apportent une nouvelle preuve qu’une défer...