Toujours
curieux de prendre connaissance des différents écrits sur la prochaine échéance
municipale, une chose m’a frappé. Notre ville vivrait dans une bulle, une sorte
d’îlot, imperméable aux nécessaires coopérations avec les villes voisines et
les différentes collectivités. Imperméable aussi, au bruit du monde devenu un
fracas permanent, avec ses violences et les multiples conflits qui voient périr
des millions d’êtres humains. Qui n’a pas croisé, dans notre ville, des gens
inquiets d’une « guerre à venir ». L’effet est très diffus, mais il y
a une anxiété qu’on devine à chaque rencontre.
Alors
qu’en novembre le chef d’État-Major des armées, Fabien Mandon, s’est vu offrir
une tribune lors du congrès des maires, où, et en dehors de toute chaîne
institutionnelle et démocratique, il a exhorté les foules à se préparer à la
guerre. S’il est déjà grave qu’un général vienne renforcer une volonté
militariste délétère, en présence d’élus locaux en plein débat sur la loi de
finances 2026, n’est en rien anodine. En dehors du « sacrifice
d’enfants », l’essentiel portait sur la nécessité de faire financer les
infrastructures et personnels de l’armée par les communes et les territoires,
avec en négatif, la nécessité d’embrigader le peuple dans un mythe national,
comme si l’État régalien avait disparu, une mécanique bien connue en temps de
crise.
Alors
oui, attentifs aux préoccupations de nos concitoyens, j’estime qu’il est du
devoir des élus locaux de porter « la culture de la paix ». Au-delà de la
protestation contre la guerre, cultiver la paix c'est donc résister à l'air du temps en privilégiant en
toutes circonstances, le dialogue, la prévention des conflits, la solidarité,
le respect de l'autre, le travail de mémoire, le lien social. C’est faire de la
politique, au sens le plus noble du terme. Comment peut-on se présenter à des
élections en se déclarant apolitique ? Faire de la politique c’est
simplement avoir des opinions, les exprimer et accepter de les confronter à
d’autres points de vue. Se présenter à une élection municipale, c’est proposer
à ses concitoyens de dialoguer, de partager un point de vue sur la manière de
gérer la commune, sur les projets à développer. C’est tout le contraire de
l’apolitisme.
Au fil de mes
lectures, je mesure la difficulté de tous les « apolitiques »
d’exprimer une opinion sérieuse et argumentée sur le social, l’habitat, la
santé, l’éducation, la culture, le sport, les transports, la transition
écologique…sans faire de politique. Il s’agit tout de même d’une drôle de
posture, alors même que ces candidat-e-s postulent pour assumer une
responsabilité politique en tant qu’élu-e-s. Ce sont elles et eux, faut-il le
rappeler, qui font partie du collège des grands électeurs, chargé d’élire les
sénatrices et les sénateurs. Leur vote est même obligatoire !
Aujourd’hui, je m’en
félicite, il devient difficile de présenter aux suffrages des citoyens un
projet écrit dans un bureau, par des techniciens et des experts, sous l’œil des
candidat(es). Cette période est révolue. Le collectif de la liste de la gauche
et de l’écologie, « Continuons Ensemble » qui est conduite par
François DECHY a fait le choix d’ouvrir cette étape 2026 avec « la
coopérative du projet pour Romainville ». Comme l’exprime le manifeste de
lancement de cet espace « En nous rassemblant au sein d’une
coopérative civique et politique nous voulons élaborer avec vous un projet
d’avenir pour notre territoire si singulier. Nous le ferons en misant sur
l’intelligence collective, sur l’apport des partis politiques, des corps
intermédiaires, associations, syndicats, des citoyennes et de citoyens. »
À cette heure plusieurs centaines de romainvilloises et de romainvillois s’y
sont engagés.
En
poursuivant ma navigation sur la toile je constate qu’est lancée une course à
l’échalote de celle, de celui qui sera le plus « à l’écoute ». On
promet de la « proximité » et du « localisme » à toutes les
sauces. « Et on ne s’en cache pas : idées de droite, idées de gauche,
l’important c’est d’avoir des idées pour Romainville. » Pour d’autres,
« leur parti c’est Romainville. » Voilà comment on tente de masquer que
les politiques nationales n’auraient aucune influence sur les choix de gestion
des communes et des autres collectivités.
Plutôt
que de s’en tenir à l’écume des choses, au superficiel et aux banalités, comme
j’ai pu le lire, je prends pour ma part, le parti d’exprimer ce qui me paraît
être l’essentiel pour assurer l’avenir de Romainville. Il n’y a pas de parois
étanches entre les politiques nationales et les choix de gestion d’une commune.
L’État se désengageant, ce sont des collectivités locales qui se trouvent toujours
plus sollicitées. Au bout du compte, ce sont évidemment les populations qui en
font les frais. J’en reviens à mes lectures, afin d’illustrer mon propos !
« Agir
pour l’écologie », nous disent des candidats. Sauf que, Le « fonds
vert » créé pour aider les collectivités territoriales à accélérer la
transition écologique et à s’adapter au changement climatique en sort encore
plus amputé qu’en 2025 où il s’élevait à 1,15 milliard d’euros. En 2026,
il obtient seulement 837 millions qui peuvent s’étaler sur plusieurs années.
L’objectif était de stabiliser le fonds vert à 2,5 milliards d’euros.
« La
santé priorité municipale », nous disent des candidats. Mais pas un seul
mot sur l’hôpital André Grégoire, malade de l’austérité, surendetté, manquant
crûment de personnel avec des urgences débordées. En 2020, on applaudissait les
personnels hospitaliers, aujourd’hui le pouvoir politique les ignore. Pour
faire vivre notre hôpital nous avons un urgent besoin de l’action conjointe des
personnels, du corps médical et des habitants.
« Développer
la pratique sportive », nous disent des candidats. Oui, mais il faut tout
dire. Les deux millions d’associations de notre pays, leurs 18 millions de
salariés sont une richesse majeure de notre société. Dans le sport, la culture,
auprès des personnes âgées ou des personnes en situation de handicap, pour nos
enfants, pour la solidarité, pour l’éducation populaire, le rôle des
associations est essentiel et unique en Europe. Elles sont pourtant en grave
danger. 186.000 emplois sont menacés et des associations vont disparaître en
raison des politiques de rigueur dures et injustes qui s’appliquent. Un plan
d’urgence est aujourd’hui indispensable pour sauver les associations et
redonner vie au projet républicain.
« Plus
de moyens pour l’éducation », nous disent des candidats. D’accord, mais le
Projet de loi de finances pour 2026, prévoyait des suppressions des postes
d’enseignants titulaires. Le coup de rabot est plus important que prévu. Les
écoles primaires publiques perdront 2229 « moyens d’enseignement ».
Les collèges et lycées plus de 1800. Dans le premier degré, c’est moins cent
quarante postes pour l’Académie de Créteil. Par ailleurs en Seine-Saint-Denis, des
élèves ont perdu des dizaines d’heures de cours depuis la rentrée, faute
d’enseignants. Au lycée Liberté, dans notre ville, les professeurs se sont mis
en grève au mois de novembre à cause de la multiplication des non-remplacements
des professeurs absents Dans ce lycée il n’y avait plus d’infirmière ni
d’assistante sociale alors qu’il s’agit d’un établissement professionnel avec
des élèves en grande difficulté. Par ailleurs, il manquait un proviseur adjoint
depuis des mois. Dans ces domaines, comme dans bien d’autres, notre ville doit
faire face à ses responsabilités. Elle le fait. Cependant elle ne pourra jamais
pallier à celles d’un État qui se désengage des siennes.
Année
après année, l’État fait les poches des collectivités territoriales. Le budget
2026 ne fait que prolonger cette descente aux enfers, alors que les
collectivités territoriales sont en première ligne pour faire vivre la
démocratie. Assurer la continuité des services publics de proximité. Porter
l’investissement local et accompagner la transition écologique. Me rappelant
l’expérience qui fut la mienne durant mes trois mandats de 1980 à 1998, je me
souviens que la levée de l’impôt local était constituée par quatre taxes, la
taxe d’habitation, la taxe professionnelle, le foncier bâti et le foncier non bâti.
Les taxes d’habitation et professionnelle ont été supprimées et remplacées par
des dotations d’État loin d’être totalement compensées.
Aujourd’hui les communes
ne lèvent qu’un seul impôt : la taxe foncière. Elles ne bénéficient donc
plus d’aucune autonomie financière, contrairement à ce que prescrit l’article
72 de la constitution. Je ne prétends pas qu’être maire à mon époque était un
long fleuve tranquille. J’ose cependant l’affirmer, avec la sécheresse des mots
qui m’est parfois reprochée, la fonction de premier magistrat d’une commune est
bien plus difficile à exercer aujourd’hui. Au-delà de la crise financière,
d’autres considérations doivent être prises en compte. Les conditions
d’exercice d’un mandat de l’élu local se sont incontestablement transformées
sous l’effet de la décentralisation, des mutations socio-territoriales et des
transformations de l’action publique. Sur tous les sujets les élus locaux font des choix.
Ils ne sont pas juste des gestionnaires, ils proposent une vision. Tout ce que
peuvent faire les élus municipaux se rapporte d’une manière ou d’une autre au
service public. Or, trop souvent, le sujet est abordé de manière trop
dépolitisée. Parce que le service public intègre à la fois la vie des gens très
concrète et une vision de la société.
Dans chaque domaine
l’élu est appelé à prendre des décisions structurantes, politiques, souvent
encadrées par des règles juridiques strictes. La fonction d’élu municipal ne
s’improvise pas. Si la démocratie locale repose sur l’engagement des femmes et
d’hommes au service de l’intérêt général, elle exige des compétences de plus en
plus pointues. On ne dirige pas une ville le nez sur le guidon. C’est prévoir,
c’est avoir une vision sur le futur durant un mandat de sept années, et au-delà.
Voilà, entre autres, l’une des principales raisons qui me conduisent à
considérer, dans ces temps bouleversés, que c’est l’équipe réunie autour de François
DECHY, dont font partie mes camarades Sofia DAUVERGNE, Tony LAÏDI et de bien
d’autres ami-e-s, qui est la plus à même de relever les nombreux défis auxquels
notre ville est confrontée. Une ville qui dans les désordres du monde,
continuera à « organiser les résistances et cultiver les solutions pour le
jour d’après, une ville où chaque personne a le droit de vivre, de s’exprimer,
d’exister, pleinement, librement, dignement »

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire