dimanche 1 février 2026

« Une odeur rance », l’éditorial de Maud Vergnol.



Une semaine en France, à observer la mécanique infernale, à s’interroger sur l’effet de loupe médiatique ou sur la réelle fascisation du pays. Dimanche dernier, Gérald Darmanin donnait le « la » en proposant une suspension temporaire de l’immigration régulière pendant deux ou trois ans. Lundi, un tag « Maternelle de singes » était découvert sur la porte de l’école Jean-Moulin, à Beauvais (Oise).

Les jours suivants, la bollosphère saturait l’espace public avec un sondage indiquant que 67 % des Français seraient favorables à une suspension de l’immigration régulière. Vendredi, comme nous le révélons dans nos colonnes, le voisin raciste de Divine Kinkela, militante communiste de Montargis (Loiret), jetait des excréments sur sa voiture. C’est elle qui a fini en garde à vue. En Méditerranée, entre le 14 et le 21 janvier, jusqu’à 380 personnes parties de Tunisie ont disparu en mer. Des vies englouties dans une indifférence politique glaçante.

Ce ne sont plus des signaux faibles, mais des flashs éblouissants. Une odeur rance s’installe. Elle n’est pas nouvelle, mais se diffuse aujourd’hui sans retenue, portée par des discours politiques et médiatiques qui ont fait du racisme une opinion comme une autre, et du rejet des différences un moteur politique. Ce basculement s’accompagne d’une radicalisation du racisme d’en haut. Celui, en costard cravate, qui légitime, autorise, prépare. Les logorrhées xénophobes portent en elles la promesse d’un crime.

Le racisme contemporain que nous devons combattre pied à pied n’est plus seulement celui, pseudo-biologique, de l’entre-deux-guerres. Il s’arrime à une prétendue « incompatibilité des cultures », à un mode de vie fantasmé qui serait menacé. Cette rhétorique permet à l’extrême droite de se blanchir de son enracinement dans le fascisme historique. 

Le mouvement antiraciste doit se renouveler, sous peine de laisser une logique de repli sur soi ou de refuge dans le religieux le dévoyer, de laisser les peurs diviser les peuples en groupes hostiles. Contre vents et marées, l’antiracisme doit rester au cœur de tout projet politique qui prétend vouloir rompre avec le capitalisme. On ne supprimera pas l’un sans l’autre.

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

MUNICIPALES - ROMAINVILLE : « résistance et innovation » (Robert Clément)

Toujours curieux de prendre connaissance des différents écrits sur la prochaine échéance municipale, une chose m’a frappé. Notre ville viv...