Une semaine
en France, à observer la mécanique infernale, à s’interroger sur l’effet
de loupe médiatique ou sur la réelle fascisation du pays. Dimanche dernier, Gérald Darmanin donnait
le « la » en proposant une suspension temporaire de l’immigration
régulière pendant deux ou trois ans. Lundi,
un tag « Maternelle de singes » était découvert sur la porte de
l’école Jean-Moulin, à Beauvais (Oise).
Les jours
suivants, la bollosphère saturait l’espace public avec un sondage
indiquant que 67 % des Français seraient favorables à une suspension de
l’immigration régulière. Vendredi, comme nous le révélons dans nos colonnes, le
voisin raciste de Divine Kinkela, militante
communiste de Montargis (Loiret),
jetait des excréments sur sa voiture. C’est elle qui a fini en garde
à vue. En Méditerranée, entre le 14 et le 21 janvier, jusqu’à
380 personnes parties de Tunisie ont disparu en mer. Des vies englouties
dans une indifférence politique glaçante.
Ce ne sont plus
des signaux faibles, mais des flashs éblouissants. Une odeur
rance s’installe. Elle n’est pas nouvelle, mais se diffuse aujourd’hui sans
retenue, portée par des discours politiques et médiatiques qui ont fait du
racisme une opinion comme une autre, et du rejet des différences un moteur
politique. Ce basculement s’accompagne d’une radicalisation du racisme d’en haut.
Celui, en costard cravate, qui légitime, autorise, prépare. Les logorrhées
xénophobes portent en elles la promesse d’un crime.
Le racisme
contemporain que nous devons combattre pied à pied n’est plus seulement celui,
pseudo-biologique, de l’entre-deux-guerres. Il s’arrime à une prétendue
« incompatibilité des cultures », à un mode de vie fantasmé qui
serait menacé. Cette rhétorique permet à l’extrême droite de se blanchir de son
enracinement dans le fascisme historique.
Le mouvement
antiraciste doit se renouveler, sous peine de laisser une logique de repli
sur soi ou de refuge dans le religieux le dévoyer, de laisser les peurs
diviser les peuples en groupes hostiles. Contre vents et marées,
l’antiracisme doit rester au cœur de tout projet politique qui
prétend vouloir rompre avec le capitalisme. On ne supprimera pas l’un
sans l’autre.

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