dimanche 3 mai 2026

« TotalEnergies, profiteur de guerre », l’éditorial de Rosa Moussaoui.



Profiteurs de guerre. L’expression fait horreur à l’ancien président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux : il la trouve « absolument scandaleuse ». Elle ne fait pourtant que désigner la réalité crue des profits exorbitants accumulés par quelques capitalistes à la faveur de la guerre en Iran.

Elle dit sans fard tout le cynisme de ceux qui s’enrichissent pendant que le monde s’embrase. Les faits sont là : les conflits armés ont un effet dopant sur les spéculateurs. En Ukraine, à Gaza, en Iran, au Liban… là où l’œil saisit des champs de ruines, les multinationales flairent les bénéfices.

Dans l’industrie de l’armement d’abord. Les budgets militaires s’envolent, les achats d’armes et de munitions explosent, les carnets de commandes débordent. Une aubaine pour la France, deuxième exportateur mondial, qui a déjà enregistré en 2024 le montant record de 21,6 milliards d’euros de commandes de matériel militaire, sans parler des exportations de biens à double usage (15,7 milliards d’euros, en hausse de 42 %).

Mais c’est l’industrie pétrolière et gazière qui enregistre les profits les plus faramineux et les plus immédiats. Le choc provoqué par le blocage du détroit d’Ormuz et la crainte de ruptures d’approvisionnement font flamber les cours du baril et les marges suivent.

Résultat : TotalEnergies affiche au premier trimestre un bénéfice net de 5 milliards d’euros, en hausse de plus de 50 % sur un an. Devant cette curée, Sébastien Lecornu, les bras ballants, implore le géant pétrolier de « redistribuer » ses « surprofits » par un « plafonnement généreux » des prix à la pompe.

Ce laisser-faire coûte cher aux Français. Il laisse entrevoir une spirale inflationniste qui grèvera durement et durablement leurs budgets. Car les traders galvanisés par la crise ne jouent pas seulement sur les marchés de l’énergie. Les enchères s’enflamment sur toutes les matières premières, jusqu’aux produits alimentaires.

Il est vain d’attendre une quelconque autorégulation des accapareurs. La main invisible du marché ne fait jamais rien ruisseler : elle draine l’argent vers l’argent. Contre ces logiques de prédation, un choix s’impose : bloquer les prix, taxer les profits.

« La désinvolture de Donald Trump... et des éditorialistes français », le billet de Maurice Ulrich.



Un an après le début de son second mandat, « la machine à diaboliser Donald Trump tourne à plein régime », s’insurge, dans le Journal du Dimanche, la chroniqueuse Christine Kelly. Ainsi, le directeur de la rédaction de la Tribune dimanche, Bruno Jeudy, qui écrit dans son éditorial : « Il y a des guerres qui ne font pas que tuer des hommes. Elles tuent aussi des illusions. »

Et c’est bien le cas de « celle que Donald Trump a allumée contre l’Iran, avec la désinvolture d‘un joueur de poker convaincu de la main gagnante » et qui, désormais, « brûle le pouvoir d’achat de millions de familles qui n’avaient rien demandé à personne ».

On ne dira pas le contraire, mais qui titrait dans son éditorial de la Tribune dimanche, deux jours après le début de la guerre, « L’apocalypse des mollahs » ? Pour écrire ensuite, « faute de légalité incontestable, l’opération se pare d’une légitimité morale, celle d’un droit d’ingérence invoqué au nom de la défense des libertés ». D’accord, Bruno Jeudy, ce n’était pas une approbation enthousiaste, mais c’était un peu désinvolte, non ?

 

samedi 2 mai 2026

« La lutte des classes derrière la lutte des places », l’éditorial de Sébastien Crépel dans l’Humanité Magazine.



Certains pourront se rassurer en se disant qu’il y a du progrès. Moins insolemment riches que leurs prédécesseurs du gouvernement Bayrou, les ministres de l’équipe Lecornu se rapprochent (un peu) du niveau de vie moyen des Français. Avec 1,7 million d’euros de patrimoine brut moyen, selon la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), qui a compilé les données de 29 ministres en poste sur 36, ces derniers sont presque deux fois moins riches que ceux de 2025 – un authentique gouvernement de ploutocrates, à l’époque, avec presque 3 millions d’euros de fortune personnelle par tête.

Mais c’est le niveau médian, plus que la moyenne des patrimoines, qui permet le mieux les comparaisons avec le reste de la population. Celui du gouvernement s’établit au-dessus de 1 million d’euros (1,035 million). 50 % des ministres possèdent des biens d’une valeur se situant à ce seuil ou au-dessus, 50 % au-dessous. C’est environ cinq fois le patrimoine médian des ménages (205 100 euros en 2024, selon l’Insee). Vingt de ses membres font partie des 10 % des Français les plus riches (au moins 858 700 euros brut), voire, pour le quart d’entre eux, du club encore plus restreint des 5 % de très fortunés (plus de 1 268 200 euros). Dix-huit sur 29 sont millionnaires. À eux tous, ils cumulent 48,5 millions d’euros, soit 2 800 années de Smic net.

Les ministres de Sébastien Lecornu se situent ainsi à peu près au même niveau que leurs collègues du gouvernement Borne, en 2022. Avec une différence notable cependant. Si la richesse de ces derniers apparaissait déjà très en décalage avec le niveau de vie de la population qu’ils étaient censés servir, au moins tiraient-ils une certaine légitimité du résultat des urnes, qui avaient accordé une majorité législative – certes relative – favorable au président de la République et à son gouvernement. Cette fois, rien de tel : le roi est nu. Dépouillé de toute légitimité électorale depuis les législatives perdues de 2024, le gouvernement en poste apparaît dès lors pour ce qu’il est réellement : un pur produit de la classe dominante, façonné par et pour elle, qui n’a d’autre représentativité que celle que lui confère sa fortune.

À la lecture des données de la HATVP, le mépris du suffrage universel par Emmanuel Macron et ses ministres n’en prend que plus de sens. Ce n’est pas une simple « lutte de places » qui a poussé la Macronie et ses soutiens à ne pas céder leurs maroquins en dépit de la déroute électorale, mais bien la lutte des classes dans toute son âpreté. Souvenons-nous qu’à l’origine de l’imposture – qui dure toujours – se trouve le refus acharné de voir la gauche du Nouveau Front populaire gouverner. Quitte à s’allier, pour tenir, avec le Rassemblement national afin d’éviter la censure.

Ce gouvernement, devenu ouvertement celui de la minorité des fortunés, poursuit des priorités et un agenda qui n’a rien à voir avec les besoins des salariés, des retraités et de la jeunesse. Après avoir dû reculer sur son projet de démolir le 1er Mai férié, chômé et payé, il refuse de prendre des mesures urgentes et simples comme le plafonnement des prix du carburant pour enrayer leur envolée. Du bout des lèvres et dos au mur, il concède des aides restreintes au mécanisme complexe, qui pèseront sur les finances publiques, donc sur les Français en général – 6 milliards d’euros de nouvelles coupes budgétaires sont annoncés –, pour préserver les distributeurs. Ceux-ci ont pourtant déjà engrangé des surprofits de l’ordre de 10 à 20 centimes supplémentaires par litre depuis la crise au Moyen-Orient, selon une note gouvernementale dévoilée par France Info. Mais, à en croire le ministre Serge Papin, « les distributeurs ne profitent pas de la crise ». À la tête du plus gros patrimoine du gouvernement (8,5 millions d’euros), lui, en tout cas, n’en souffre pas comme ses compatriotes.

 

« TotalEnergies, profiteur de guerre », l’éditorial de Rosa Moussaoui.

Profiteurs de guerre. L’expression fait horreur à l’ancien président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux : il la trouve « absolument scanda...