vendredi 10 juillet 2026

« Présidentielle : la gauche face au piège des sondages », l’éditorial de Sébastien Crépel.



On déplore avec raison l’effet délétère des sondages sur la démocratie, qui font primer le calcul sur l’adhésion à des idées, et la question légitime se pose de comment s’en passer. Il reste que, tant qu’ils existent, personne ne peut les ignorer, car, comme l’argent pour le bonheur, les sondages ne font pas l’élection, mais ils y contribuent.

Ce sera plus que jamais le cas du scrutin présidentiel. Marine Le Pen est présentée comme ayant « plié le match » dès le lendemain de sa candidature. Cela n’a pas valeur d’oracle. À dix mois de l’échéance, et alors qu’on ne sait pas qui concourra – et notamment si Le Pen ira jusqu’au bout –, tout peut encore se passer. Mais les électeurs sont déjà incités à voter par tactique, en fonction des dynamiques attestées par les sondages.

Aujourd’hui créditée de 34 à 36 % des intentions de vote, la candidate du RN écrase la concurrence, reléguée à 15 ou 20 points derrière. Le débat se resserre alors sur le match des seconds rôles, pour savoir lequel pourrait se qualifier face à elle au deuxième tour. La droite mobilise contre le « danger Mélenchon », tandis que l’insoumis appelle la gauche à rallier son panache sur la base de son score de 2022. Tous font comme si la qualification valait victoire.

Un peu comme si les Bleus prétendaient qu’il suffirait de passer la demi-finale pour soulever la coupe du Mondial de foot. Les mêmes oublient que les sondages sur lesquels leurs espoirs se fondent donnent Le Pen élue dans tous les cas de figure. Sa plus forte avance étant sur le candidat aujourd’hui en tête de la gauche, avec 34 à 40 points de plus au second tour.

Bien sûr, cela peut – et doit – changer. C’est l’enjeu majeur de l’élection. Mais il ne se résume pas à déverrouiller l’accès au second tour, fermé à la gauche depuis 2017. Celle-ci doit créer les conditions d’un mouvement large, capable d’emporter la majorité des électeurs.

Cette question ne peut être renvoyée à l’entre-deux-tours. Sinon, le risque est que la tactique électorale s’impose par défaut pour faire barrage à Le Pen. À ce jeu, Édouard Philippe est aujourd’hui le moins mal placé dans les sondages. Il serait aussi le fossoyeur de toute ambition transformatrice contre le dérèglement social et climatique.

 

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« Présidentielle : la gauche face au piège des sondages », l’éditorial de Sébastien Crépel.

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