De champs en
forêts, de collines en lits de rivières asséchés, de routes fracturées en murs
de maisons fissurés, les bouleversements climatiques rongent la nature,
paralysent trains et réseaux, bousculent le réel. Les feux ne se contentent
plus de lécher les jardins et les toits : ils dévorent. Des millions de troncs
noircis d’arbres, tels des bras
inertes tendus vers nous, implorent. Les inondations succèdent aux
dessèchements, tandis que les veines secrètes de la Terre, que sont les nappes
phréatiques, continuent d’agoniser, silencieuses et oubliées.
La fournaise
fauche des vies par milliers dans un assourdissant silence, use et épuise les
corps, ruine des années de labeur. Des fissures zèbrent les murs des maisons.
Les alternances de pluies diluviennes, de soleil brûlant, de grêles
dévastatrices anéantissent les récoltes ou en empêchent la croissance. Ici, des
élevages de poulets
étouffent sous la chaleur asphyxiante ; là, vaches et chèvres meuglent et bêlent de soif, ajoutant encore à
la détresse et à la souffrance des travailleurs paysans.
Nos vies en sont déjà bouleversées
Les
conséquences de ces dérèglements climatiques, tant niées depuis si longtemps
par des irresponsables aux yeux rivés sur les courbes des taux de croissance et
de profit, précipitent le désastre. Nos vies en sont déjà bouleversées.
D’intimes détresses nées dans les plis des dévastations environnementales nous
submergent. Et les scientifiques préviennent inlassablement que nous n’en
serions qu’au début de la catastrophe.
Pourtant, les
réalisateurs du capitalocène veulent faire croire que la fuite en avant dans la
technique, dans ce qu’ils appellent
le technosolutionnisme, nous
permettrait de nous en sortir. Ainsi, les forces capitalistes continueraient à
produire des marchandises faisant du désastre une opportunité pour poursuivre
l’accumulation du capital et à augmenter la rentabilité de celui-ci. Mieux, ils
font la guerre pour ce qu’ils appellent de l’or noir.
Évidemment, il
faut d’urgence aider à supporter les canicules : refroidir l’air dans les
maisons et bâtiments publics ou, plus fondamentalement, réhabiliter ou
construire des bâtiments mieux isolés. Ces grands chantiers, comme celui des
transports ou de la construction de véhicules accessibles à toutes et à tous,
durables et fonctionnant sans énergies carbonées, devraient être prioritaires,
comme l’investissement dans les services de santé. Mais c’est le système
lui-même qui engendre la crise climatique qu’il faut remettre en cause.
Pour y
parvenir, il devient urgent d’ouvrir un processus de transformation
structurelle de l’économie en se libérant des chantages organisés autour de la
dette. Bien au contraire, ce sont d’immenses investissements dont nous avons
besoin pour affronter les désastres qui se profilent. Nous sommes bien loin des
propos de politiciens à courte vue, aux idées simplistes qui sacrifient
l’avenir des générations futures sur l’autel des marchés financiers et,
accessoirement, de leur course vers l’Élysée.
Le vivant est notre allié, notre associé, notre
protecteur
La vie de nos
enfants et petits-enfants vaut le combat immédiat pour la maîtrise sociale,
publique et citoyenne de la création monétaire, le contrôle des banques, la
démocratisation et le renforcement des services publics. Un changement
progressiste et écologiste structurel doit bien sûr s’attaquer aux conséquences
des bouleversements en cours. Il doit surtout devenir une révolution
culturelle, une révolution dans la manière de penser l’avenir humain commun, de
concevoir le monde.
La réduction
des émissions de gaz à effet de serre doit s’accompagner d’une refonte radicale
de notre rapport au vivant et à la biodiversité. Ce complexe tissage d’êtres
vivants se défait sous nos yeux : sols artificialisés, arbres absents,
haies arrachées, zones humides effacées, bourdonnements d’insectes éteints,
oiseaux silencieux. Le vivant est notre allié, notre associé, notre protecteur,
notre partenaire de vie et de travail. Il est à la fois un moyen d’adaptation
et un levier de transformation du monde. Le préserver, le protéger, le nourrir,
le chérir sont donc un choix politique de capitale importance.
Celui-ci
s’oppose frontalement à la grande industrie des
engrais et de la chimie, aux
malfaisants traités de libre-échange capitaliste, à la privatisation de l’eau,
aux détricotages de toutes les avancées environnementales européennes, à la
fameuse loi dite « d’urgence agricole » qui n’est que l’autre nom de
choix favorables à l’agrobusiness, soumettant toujours plus le travailleur
paysan aux implacables lois du capitalisme mondialisé et financiarisé.
Victime
collatérale des soubresauts climatiques, la biodiversité est pourtant notre
atout pour y faire face. Or, depuis des années, les projets d’aménagement du
territoire, les choix budgétaires nationaux et européens, les contre-réformes
engagées n’ont eu de cesse d’affaiblir ou de détruire les exigences sociales et
environnementales. Le résultat est aussi tragique qu’affolant : nos
territoires et lieux de vie perdent leurs capacités de résistance aux
effets des bouleversements climatiques.
Un processus communiste du vivant
La vie nous
appelle à agir ensemble pour transformer radicalement le mode de production et
le modèle économique afin de réduire drastiquement l’utilisation des énergies
carbonées. C’est la condition pour commencer à stabiliser, puis à réduire le
réchauffement de la planète. Une telle transformation révolutionnaire doit nous
conduire à concevoir une solidarité internationaliste pour le climat et la
protection des humains comme des non-humains.
Elle appelle à
porter le projet d’un monde commun où priment les coopérations, l’impulsion
d’une diplomatie pour la paix et d’une diplomatie climatique. La vie hurle la
nécessité de placer la biodiversité au cœur de tous les choix :
agroécologie et agroforesterie, production de nourriture de qualité, eau
potable, santé, sécurité humaine, transports, logements, éducation,
infrastructures nouvelles combinées, articulées à la restauration de la nature.
La vie crie la
nécessité d’une politique globale de civilisation. Plus qu’un simple changement
de pouvoir, elle a besoin d’une autre conception de la politique, d’une
démocratie authentique reliant entre eux tous les enjeux et cessant de traiter
les enjeux contemporains en silos étanches : le climat, la biodiversité,
l’eau, l’alimentation, la santé, l’énergie, les mobilités, le développement des
territoires sont interdépendants.
Ensemble, dans
une véritable citoyenneté active, experts des centres de recherche
scientifiques et experts du quotidien doivent pouvoir construire une nouvelle
cohérence : progressiste, écologique, démocratique. Il s’agit de relier
les êtres humains entre eux et avec l’ensemble du vivant pour forger des
solidarités nouvelles, coélaborer ensemble un avenir durable, désirable, une
terre commune vivable.
Ce serait un
processus communiste du vivant alliant allègrement la permanente quête de la
paix et l’action pour le désarmement, la maîtrise collective des orientations
de la production dans le cadre de la conquête de leur souveraineté sur le
travail. Un processus combiné à la restauration des écosystèmes dont dépend
notre capacité à vivre, à produire, à nous nourrir, à nous protéger.
Biodiversité, travail, justice sociale et climatique : même combat
immédiat pour l’après-capitalisme.

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