Depuis
plusieurs jours, des
lycéens se mobilisent contre les classes surchargées, les enseignants non remplacés, les
établissements dégradés et le manque de moyens généralisé pour l’école.
Pourtant, ce sont surtout les échauffourées et les quelques feux de poubelles
qui occupent les écrans. L’objectif est clair, à mesure que la question
scolaire disparaît des antennes, le discours sécuritaire prend toute la place.
C’est une
véritable stratégie. Car ce qui inquiète vraiment le pouvoir, ce n’est pas
qu’un lycée soit bloqué pendant quelques heures. C’est la
« contagion ». Qu’un élève de Montauban, de Grenoble ou de
Saint-Brieuc finisse par reconnaître sa propre situation dans celle du lycéen de
Saint-Denis ou de
Villejuif.
Même manque de
moyens, mêmes classes saturées, même impression que l’école publique recule un
peu plus chaque année. À partir de là, il devient aussi difficile de faire
revenir les lycéens en cours que de remettre du dentifrice dans son tube.
Le moyen le
plus efficace pour éviter l’élargissement de la contestation consiste alors à
l’enfermer dans une catégorie bien identifiée : celle du « problème
des jeunes banlieues » en appuyant fort sur l’aspect jeunesse issue de
l’immigration. Dans cette bataille du récit, les médias de droite et d’extrême
droite occupent une place centrale. Le traitement réservé à certaines affaires
est, à cet égard, révélateur.
Les plateaux en boucle
Lorsque Bally
Bagayoko, maire de
Saint-Denis, va à la rencontre des lycéens de sa ville, ceux par qui tout a
commencé, l’emballement est immédiat. Pendant des heures, les plateaux
commentent, et l’accusent non de soutenir les lycéens, mais d’encourager le
désordre et la violence quand ce n’est pas de la provoquer lui-même.
À l’inverse,
lorsque Mediapart, organe de presse reconnue, publie une
enquête mettant en cause Jordan Bardella pour des propos antisémites tenus dans sa jeunesse,
le registre change. Ceux qui accusaient sur la base d’images tronquées,
invoquent le complot pour une enquête journalistique rigoureuse.

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