jeudi 3 septembre 2026

Chez ArcelorMittal, un climat de casse sociale et environnementale, l’éditorial de Marion d’Allard.



À regarder dans le rétroviseur, il restera de cet été 2026 le goût amer des cendres, les nuits interminables de canicule, les images terrifiantes d’un torrent de boue qui engloutit tout. Le climat n’est pas une actualité parmi d’autres, de celles qui, opportunément, viendraient combler le vide d’une césure estivale.

De la même façon, les catastrophes en chaîne, leur cortège de victimes, de déplacés, d’écosystèmes ravagés n’ont rien de « naturelles ». Elles sont la conséquence concrète d’un réchauffement climatique global induit par les activités humaines. Elles sont la somme de tous les renoncements politiques, l’aboutissement mortifère de l’inaction.

Aussi vrai que l’emballement du mercure n’épargne personne, il concerne tout le monde. En premier lieu les décideurs, chefs d’État et de grandes entreprises ultrapolluantes. Les premiers se paient de mots à chaque COP climat, les seconds ripolinent leurs discours, verdissent leurs ambitions, mais rechignent à l’action. Une catégorie dans laquelle ArcelorMittal joue dans la cour des grands.

Mastodonte de la production d’acier – un secteur qui pèse pour près d’un quart des émissions de l’industrie –, le géant luxembourgeois, premier producteur en Europe, s’est engagé, de longue date, à électrifier ses hauts fourneaux, entre autres dunkerquois, avec, à l’appui, des centaines de milliers d’euros de financement public. Mais rien ne vient. Sauf les licenciements. Au plan de 630 suppressions de postes en cours en France, s’ajoutent les perspectives d’une saignée de 5 600 emplois en Europe – dont plus de 1 600 en France – à horizon 2027.

Assis sur un chiffre d’affaires de plus de 60 milliards de dollars en 2025, le sidérurgiste aurait dû investir dans la décarbonation de ses installations, contraint par des politiques publiques ambitieuses et des aides versées sous conditions. Il a opté pour la casse sociale et les délocalisations sans que ni Paris ni Bruxelles n’y trouvent à redire. Les salariés en paieront l’addition. Le climat aussi. De quoi donner raison aux partisans de la nationalisation de ce fleuron.

 

« Le ministre israélien Itamar Ben Gvir se vautre dans l’immonde », le billet de Maurice Ulrich.



C’est une abjection. En se vantant des conditions de détention de plus en plus dégradées des prisonniers palestiniens, le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir a publié une vidéo les mettant en scène en file indienne sur un tapis roulant. Joviaux et en bonne santé, ils sont entraînés dans un bâtiment d’où ils ressortent amaigris et hagards.

C’est industriel comme un abattoir. Ça rappelle d’autres images. C’est un faux généré par une intelligence artificielle. La vidéo a été retirée des réseaux mais ce n’est que partie remise.

Ben Gvir avait récemment, devant les caméras, humilié des militants d’une flottille pour Gaza. Il appelait, il y a deux semaines, à tuer une quarantaine de Palestiniens chaque nuit. Il est toujours ministre, allié de Netanyahou.

Mais surtout il s’agit, avec l’IA, d’imposer au monde des récits créant une vérité parallèle sans autre contrôle que les réactions de l’opinion internationale tant qu’elles peuvent se manifester. De cela, à bien y réfléchir, les milliardaires techno-fascistes de la Silicon Valley ne peuvent se considérer innocents.

mercredi 2 septembre 2026

« Présidentielle 2027 : François Hollande, le retour de trop », l’éditorial de Maud Vergnol.



Difficile d’y échapper. Un livre, une tournée médiatique, et voilà l’éternelle petite musique : du « Et si c’était lui ? ». François Hollande se rêve en recours. Les Français pensent plutôt « Au secours ». L’ex-président, le seul à n’avoir pu se représenter, promettait en 2012 de taxer la finance, de baisser l’âge de la retraite à 60 ans et disposait alors de tous les leviers pour transformer le pays : l’Élysée, Matignon, l’Assemblée, même le Sénat.

Jamais sous la Ve République la gauche n’avait eu autant de pouvoir. Qu’en a-t-il fait ? Une loi Travail imposée au 49.3, un état d’urgence permanent, une déchéance de nationalité digne de la droite la plus dure, et un impôt sur la fortune méthodiquement raboté. Le quinquennat Hollande, en tuant tout espoir de changement, a creusé le fossé entre la gauche et une partie des classes populaires. Beaucoup se sont détournés des urnes. D’autres ont cru pouvoir trouver refuge dans le vote Rassemblement national.

Dix ans plus tard, François Hollande revient pourtant sans mea-culpa. Dans son nouveau programme, il refuse une hausse significative du Smic, s’oppose à la taxe Zucman, défend une baisse des cotisations financée notamment par une hausse de la TVA, repousse l’âge légal de départ à la retraite à 63 ans et ouvre la porte à davantage de capitalisation. De quoi faire dire à un autre éternel revenant, François Bayrou, que leurs programmes respectifs sont « plus compatibles qu’avant ».

L’ex-président pense que 2027 se jouera au centre et aimerait dissoudre la gauche dans un « rassemblement » sans boussole, en renvoyant dos à dos Mélenchon et Le Pen comme s’ils étaient de même nature. C’est la rhétorique mortifère du prétendu « bloc central », celle-là même qui a nourri la crise démocratique et la désespérance politique. François Hollande ne revient pas pour sauver la gauche, mais bien pour l’achever.

Au-delà du casting, Glucksmann ou lui, c’est le logiciel social libéral qui n’a plus sa place. Face au dérèglement climatique, à l’explosion des inégalités, au retour de la guerre, à la crise des services publics et à la progression de l’extrême droite, quelle réponse le social-libéralisme apporte-t-il ? La social-démocratie version Hollande n’a plus de projet pour le pays, juste une carrière à prolonger.

 

« Bolloré dépose plainte contre… des magistrats », le billet de Maurice Ulrich.



Au voleur, au feu, à l’assassin… Vincent Bolloré, selon des informations du Monde, a déposé le 21 mai une plainte sur la base de l’article 450-1 du Code pénal, qui désigne l’« association de malfaiteurs », contre des juges du tribunal de Paris qu’il accuse d’« entrave à l’exercice de la justice », d’« abus d’autorité » et de « manquement à la probité ».

Alors que son groupe était poursuivi pour une affaire de corruption au Togo – un soutien politique à un futur président en échange de la gestion du port de Lomé –, au travers de sa filiale Havas, le milliardaire, plaidant coupable pour son groupe, avait obtenu du parquet national financier un accord en échange d’une amende de 12 millions d’euros et d’un programme de mise en conformité légale.

En revanche la juge avait refusé la partie le concernant directement : une simple amende de 375 000 euros, « inadaptée au regard des circonstances de l’infraction et de la personnalité de leur auteur », selon elle, et elle a maintenu les poursuites. Il n’y a vraiment pas de justice pour les coupables.

 

« Le Monocle ou le dessein national », l’édito de Patrick Le Hyaric



Ils émergent, sortis de leur torpeur estivale. Ils envahissent les plateaux de télévision, les studios de radio, se croisent, s’entrecroisent, s’échangeant les mêmes idées, les mêmes arguments, les mêmes recettes avariées. Attifés de leur monocle, ils scrutent la montée des déficits, s’alarment des courbes de la dette. C’est pourtant bien leur œuvre qu’ils contemplent. Puis, tronçonneuses en main, ils traquent les économies à faire, toujours du côté des classes populaires.

Ils se ressemblent dans leurs uniformes de toutes les nuances de gris austère : droite, extrême droite, centre, extrême centre, sociaux-libéraux pédants, sachants du grand capital, journalistes de la bien-pensance. Jamais, le syndicat du grand patronat n’avait dicté aussi ouvertement l’agenda économique, social et politique de la rentrée. Ceux qui, pelle mécanique en main, ont creusé les déficits publics en transférant l’argent vers leurs coffres-forts, manient aujourd’hui la peur et le fatalisme : « Pour éviter des choix brutaux d’austérité demain, il faut prendre des mesures difficiles maintenant », s’exclame le Premier ministre. « Si nous n’y arrivons pas, ce sera la cata », s’est époumoné le ministre du Travail à la tribune de l’assemblée de rentrée de la CFDT.

Pourtant, leur monocle est toujours aveugle quand il s’agit de scruter les lieux dégoulinants d’argent où il pleut toujours : les profits, les gâchis, les évasions fiscales, les dividendes, les privilèges… Les 211 milliards de cadeaux aux grandes entreprises sans contrepartie.

Plus incroyable encore : ceux-là mêmes qui ont livré le pays à la voracité des marchés financiers feignent de se plaindre de la hausse des taux d’intérêt, passés à plus de 4 % cet été. Autrement dit, les rapaces se nourrissent de la dette sur laquelle ils prélèvent l’équivalent du budget de l’Éducation nationale. Ils creusent le trou, puis proposent de le combler en s’attaquant aux travailleuses et travailleurs, aux assurés sociaux, aux retraités, aux services publics.

Tout est dans l’entonnoir de la moulinette : hausse des franchises médicales, suppression des APL pour les étudiants, gel du RSA ou du minimum vieillesse, remise en cause du crédit d’impôt pour les services à la personne, hausse des impôts indirects, blocage des retraites et leur désindexation de l’inflation, réduction des crédits pour la politique familiale, démantèlement progressif de l’universalité des prestations, réduction du nombre d’agents publics.

Et comme ils ne peuvent plus nier la faiblesse des salaires, nos politiciens antisociaux cherchent une astuce : augmenter le salaire net en faisant fondre le salaire brut. Faire croire au salarié que les cotisations ne font pas partie intégrante de sa rémunération, tout en réduisant encore la participation des employeurs au financement de la Sécurité sociale.

Pourtant, la dépense publique est un investissement pour  la vie, un engagement envers notre humanité partagée. L’impôt juste et les cotisations sociales ne sont pas une confiscation, mais des leviers essentiels — non seulement du pouvoir d’achat, mais surtout du « pouvoir de vivre » : celui qui rend possible la mise en commun d’une part de la richesse produite pour la solidarité, le partage, le vivre mieux ensemble.

C’est ce que refusent désormais les plus fortunés, qui ont décidé de faire sécession. Avec une hypocrisie sans limite, ils fustigent le secteur public, dénoncent le « fardeau » des prélèvements obligatoires, transforment les cotisations sociales en « charges ». Ils oublient soigneusement de rappeler qu’ils figurent parmi les premiers bénéficiaires des biens et services publics. Sans éducation, sans santé, sans infrastructures, sans justice, sans sécurité collective, il n’y a pas d’efficacité économique durable, ni de bien-être collectif.

Tarir les budgets de l’éducation, de la santé, de la sécurité, de l’écologie ou de la justice, c’est compromettre le développement humain, et donc la productivité future. C’est l’accumulation des coûts de ces réductions insupportables, conjuguée aux transferts massifs de richesses vers le grand capital, qui finit par faire craquer la société.

Où se cachaient ces chasseurs de dépenses publiques pendant les canicules, pour ne pas voir que la contraction des budgets de la sécurité civile, la lamination du Fonds vert, le refus d’une transition environnementale, la compression du budget de la santé coûtent cher — en vies humaines et en réparations ?

Quinze milliards d’euros selon la ministre de la transition écologique alors que les aides publiques aux énergies carbonés est de 13 milliards d’euros. Une étude de Triodos Bank, évalue les coûts des chaleurs extrêmes en Europe à 180 milliards en Europe, soit 1 % du PIB. Et, pour la France, ce recul atteindrait 1,4 % des richesses produites, soit 40 milliards.

Selon la Cour des comptes, continuer à refuser le progrès social et écologique coûtera,  11 points de PIB — soit 331 milliards.

Pourquoi cette vérité est-elle noyée sous la propagande des déficits, sous ce refrain hypocrite qui accuse notre protection sociale d’être « trop généreuse » ?

Nous ne pouvons pas nous permettre de ne rien faire.

Une révolution fiscale s’impose. La création monétaire et le système bancaire doivent devenir propriété sociale et publique pour l’intérêt général, social et environnemental et pas pour celui des possédants.

Un fonds européen, alimenté par le gel de tout ou partie des dettes des États et la création monétaire de la Banque centrale européenne, pour le développement humain et la vie des écosystèmes est d’une urgence absolue.

Ces cyclopes ne décident qu’à l’aune du court-termisme pour la fructification de leurs gros magots. Ils n’ont qu’œil pour les déficits et restent aveugles quand il s’agit du désastre qu’ils ont créé. Les citoyens-producteurs, la jeunesse en quête d’avenir, ont besoin d’un grand projet de rupture : un nouveau dessein national de justice et de paix, de démocratie réelle, de refus de toutes les dominations, d’un bond en avant dans le progrès social, écologique, féministe et antiraciste.
Ainsi pourrons-nous éloigner la peste brune.

Patrick Le Hyaric

31 août 2026

 

Chez ArcelorMittal, un climat de casse sociale et environnementale, l’éditorial de Marion d’Allard.

À regarder dans le rétroviseur, il restera de cet été 2026 le goût amer des cendres, les nuits interminables de canicule, les images terri...