mercredi 4 septembre 2024

« Planche de salut », l’éditorial de Cathy Dos Santos dans l’Humanité.

 


Des dépenses publiques au rouge et, pour seul remède, des coupes drastiques dans les dépenses, qui virent au cauchemar. Telle est la lettre et l’esprit de la note de Bercy rédigée par le ministre démissionnaire Bruno Le Maire et son alter ego délégué aux Comptes publics. Elle est un condensé de tout ce qu’il ne faut plus faire. Et pourtant le ministère de l’Économie s’obstine à reproduire à l’identique des réponses qui conduisent à un abîme : le déficit public pourrait totaliser 5,6 % du PIB en 2024. Plus grave encore, les argentiers de ce pays auraient surestimé les recettes fiscales de près de 30 milliards d’euros. Le marasme économique – et ses terribles conséquences sociales pour les Français – est finalement très révélateur de l’impasse politique provoquée par Emmanuel Macron.

Toute honte bue, celui qui tient les cordons de la bourse depuis sept ans ose se défausser de ses responsabilités en imputant aux collectivités locales le dérapage des comptes publics alors que leur dette est minime. Bruno Le Maire persiste et signe : il n’y a pas d’alternative à l’austérité, et il préconise, une fois encore, de taper dans les budgets de la santé, ou encore de la culture, pour « économiser » 16 milliards. La bonne vieille méthode de la saignée, en somme, que le prochain premier ministre devra appliquer le doigt sur la couture du pantalon. Mais de qui se moque-t-on ?

Ces orientations thatchériennes ont été sévèrement sanctionnées en 2022, infligeant à Emmanuel Macron une minorité présidentielle dont il ne s’est jamais remis. La claque aux européennes de 2024, son score aux législatives devraient conduire le camp présidentiel à changer de logiciel. La « clarification » tant souhaitée par le président a placé le Nouveau Front populaire en tête du scrutin et ce n’est pas un hasard. La gauche a défendu et défend une relance économique qui ne pénalise pas les Français mais qui, au contraire, table sur l’augmentation des salaires pour relancer la consommation et la production. Le locataire de l’Élysée refuse de voir une issue en la nomination de Lucie Castets à Matignon et de créer les conditions d’un pacte de législature stable et audacieux, y compris pour l’économie française. L’attente dans laquelle il enferme la France est insupportable ; elle est un non-sens qui ne peut que bénéficier à l’extrême droite. À moins que ce soit la planche de salut d’une Macronie qui ne sait plus à quel diable se vouer pour conserver le pouvoir.

« Économistes », le billet de Maurice Ulrich.



On peine à se représenter la somme de compétences en économie qu’il faut pour titrer, comme le Figaro, contre les idées reçues et en toute bonne foi, « Un Smic à 1 600 euros ne résoudrait pas le problème du pouvoir d’achat ». Et même, pour les Échos, ça déclencherait « la plus grande vague de smicardisation jamais connue dans le pays ». C’est logique puisque des millions de salariés et salariées payés au-dessus du Smic seraient rattrapés par les smicards.

Un drame national et une souffrance intime, sans doute et même un sentiment de découragement. Il faudrait peut-être les augmenter aussi, mais ce n’est pas le sujet et d’ailleurs, comme l’explique encore une économiste : « La quantité de travail et la situation familiale sont les facteurs premiers de la pauvreté laborieuse, avant le salaire horaire. »

Une fois traduit, ça doit vouloir dire à peu près que les pauvres font trop de gosses et ne foutent rien. Bref, la hausse du Smic serait donc une fausse bonne idée. Sauf pour trois millions de salariés et salariées au Smic, tout de même, et pour commencer.

 

mardi 3 septembre 2024

« Été sans trêve », la chronique de Patrick Le Hyaric



L’été se retire peu à peu et laisse derrière lui son lot d’émotions, d’inquiétudes et de joies mêlées, d’espoir de temps meilleurs. Un été de contrastes refusant de céder à la coulée d’angoisses en construisant des digues de fraternité. Elles se renforceront encore dans quelques jours à la fête de L’Humanité.

Un été sans trêve, bousculé, hanté par nos espoirs levés avec l’installation d’une majorité très relative de députés du Nouveau Front populaire à l’Assemblée nationale. Ce n’est pas anecdotique. Si le monarque-président avait respecté le choix des électrices et des électeurs, le Smic serait déjà réévalué jusqu’à 1 600 €, une conférence sociale se préparerait sur la revalorisation de tous les bas salaires et des retraites, la transformation des emplois précaires en emplois stables et correctement rémunérés serait en discussion, la loi des 64 ans imposée autoritairement serait remise sur la table pour un débat national sur les moyens de la geler, avant son abolition. La rentrée scolaire serait moins stressante pour les enseignantes et enseignants qui seraient, avec les parents d’élèves, mobilisés pour un nouveau projet éducatif laissant derrière lui le tri social.

Autant d’idées qui durant l’été ont fait l’objet de mille discussions en famille et entre amis. Cette envie de renouveau ne s’éteindra pas avec les rayons de l’été.

Pourtant, le monarque s’acharne à briser cet espoir. Il brandit des bras d’honneur à la démocratie politique et au vote. Pour lui et sa caste, on peut bien voter comme on veut, à la condition essentielle que l’on « poursuive la politique pro business » comme la dénommé son ami président du Medef. Exactement le contraire de ce qu’une majorité de nos concitoyens ne veulent plus au point d’avoir réduit par les urnes, le parti du président au rang de minorité présidentielle. Ils ont dit avec force qu’ils ne voulaient plus de la politique macroniste tout en refusant de donner les clés des ministères à l’extrême droite.

L’espoir est là. Celles et ceux qui rendaient les urnes silencieuses se sont fait entendre avec éclats entre les deux tours des élections législatives, ranimant le meilleur des traditions démocratiques, républicaines et révolutionnaires de la France, drapé sous la bannière dans ce qui est baptisé « front républicain ».

Ce fut un grand soulagement avant de vibrer pour les Bleus pendant l’Euro de football, d’assister médusé au duel Vingegaard vs Pogacar sur les routes verdoyantes du Tour de France, dans les plaines et à l’assaut des montagnes qui poussent au dépassement encouragé par la foule enthousiaste piétinant les accotements. On aura été heureux des performances des jeunes Français : Martin, Bernard, Madouas, Bardet, Jégat, Barguil, Laporte, Gaudu. Et nous avons aimé la beauté du Tour féminin dans la foulée des Jeux olympiques.

Ceux-ci auront agi comme une bouffée d’oxygène générale, avec une cérémonie d’ouverture flamboyante, puisant au plus profond de notre histoire démocratique et révolutionnaire, loin des ambiances rance et raciste, loin des discriminations et du laid qui occupent certains écrans. Le succès du film « Un petit truc en plus », celui du nouveau Comte de Monte-Cristo ou encore le foisonnement de romans en cette rentrée littéraire et le succès des festivals d’été sont également de bons signes de vitalité, d’intelligence collective, de désir d’un avenir bâtit en commun loin du vol des votes. Et le récent livre de Vincent Tiberj à rebours des jugements sur la droitisation de la société française va à la fois donner espoir aux progressistes et aux humanistes et constituera une base d’action encourageante pour parler plus encore autour de soi sans préjugés*.

Le niveau de l’entrée en matière de jeux paralympiques d’une haute qualité porte lui aussi, un admirable message de portée universelle. La culture et le sport entremêlés nous parlent d’humanité, de diversité, de respect et d’ouverture aux autres. Les visages des athlètes français disent tout de notre France métissée et créolisée à rebours des pourvoyeurs et des déversoirs de haine, de racisme, d’appels aux discriminations qui vomissent désormais au-delà du sombre lit de l’extrême droite. Le public nombreux aura montré un beau visage de la France : celui du respect et du partage, de la solidarité et de la fraternité.

On aura apprécié la présence et le courage des athlètes de l’équipe des « réfugiés », celui des femmes afghanes, iraniennes, ukrainiennes ou palestiniennes.

On aurait aimé que les commentateurs, aussi approximatifs que sélectifs sur la géopolitique mondiale, eussent une pensée partagée pour l’absence du Karatéka Kurde Mohammad-Mehdi Karami, sélectionné pour représenter l’Iran aux Jeux olympiques. Il a été exécuté par le régime dictatorial islamiste de Téhéran le 7 janvier 2023 pour s’être inscrit au sein du mouvement « Femme Vie Liberté ».

Les portes des jeux refermés, il faudra bien agir à nouveau pour le développement du sport et des disciplines culturelles à l’école. Il ne suffira pas non plus de célébrer à juste titre les jeux paralympiques si on continue de délaisser les enfants handicapés.

Les Jeux olympiques sont en théorie un hymne à la confrontation dans la fraternité et la paix. Mais la trêve olympique est un chiffon bafoué, entaché de larmes et de sang. Les guerres à Gaza, en Ukraine, au Soudan le souillent pendant que derrière les bruits de leurs bombes, les marchands d’armes gonflent leurs magots, prolongeant d’autant les sursis du capitalisme.

Les autocrates nationalistes à Moscou ou à Tel-Aviv et en quelques autres endroits du monde déchirent une à une les pages patiemment écrite de notre droit international. Or, là où disparaît la règle, règne la brutale loi du plus fort.

Pour les peuples, pour les classes travailleuses, l’enjeu de la paix devient un enjeu central en cette fin d’été. Il n’y aura jamais aucun bonheur pour personne si les ravages des feux de la guerre s’étendent encore et encore. Or, tout un dispositif se met en place pour le pire. Chaque nuit l’armée russe bombarde des lieux de vie de populations civiles, enrôle de force une partie de la jeunesse de Russie, dont l’avenir est détruit comme celle de la jeunesse ukrainienne. L’action militaire de l’Ukraine en territoires russes à Belgorod et Koursk est porteuse des plus grands dangers pour la centrale nucléaire de la région.

Et ce qui se discute et se prépare est toujours plus inquiétant ! En Allemagne, on installe pour le compte de l’Ukraine des batteries de missiles pouvant atteindre la Russie. Dans le pacifique se déploient tous les ingrédients d’une guerre des États-Unis contre la Chine afin de conserver la prédominance du capitalisme occidental.

Le conseiller économique de J Biden a prévenu : « Il n’y a pas de solution de marché à la compétition avec la Chine ». C’est donc la guerre qui se prépare. Les USA mettent d’ailleurs en place ce qu’ils baptisent eux même « l’Otan du Pacifique ». La trêve pourrait être un début de paix. Il n’y en a malheureusement pas !

Pas de trêve non plus pour les femmes afghanes toujours plus muselées, ni pour les femmes iraniennes ni pour les combattantes kurdes. Pas de trêve pour les enfants de Gaza, ni pour ceux qui extraient dans les pires conditions les « minerais de sang » nécessaires pour fabriquer les téléphones portables et les batteries électriques. Pas de trêve pour les noyades de migrants en Méditerranée ou dans la manche.

Il n’y a pas eu plus de trêve pour les nazillons racistes au Royaume-Uni, pour les héritiers de Hitler qui viennent de gagner les élections régionales en Thuringe, ni pour l’alliance Musk-Trump, ni pour le revirement macroniste sur le Sahara occidental rompant avec la traditionnelle position de la France.

Pas de trêve non plus sur le front du dérèglement climatique et ses effets concrets sur la vie des familles, sur la vie des paysans, sur la fonte de glaciers qui détruisent des villages.

Ce n’est pas l’écologie qui est punitive. C’est l’irrespect de la biodiversité et du climat qui sont punitifs pour les salariés et les paysans. Il aura provoqué la plus mauvaise récolte de blé depuis 40 ans.

Pas de trêve pour la Commission de Bruxelles qui poursuit plusieurs pays, dont La France pour « déficit public excessif ». Un acte contre la souveraineté de La France en vue de l’obliger à tailler encore dans les crédits publics utiles alors qu’il faudrait augmenter les recettes en faisant participer le capital au bien commun. Et voici que le Fonds monétaire international (FMI) a placé, pour la première fois, notre pays « sous surveillance ».

Et la prétendue trêve décrétée par le président de la République avait pour seul objectif de cacher les sales coups de l’été. Macron a inventé pour cinquante jours le gouvernement avec des « non-ministres ».

Des ministres d’affaires en tout genre qui n’ont pas hésité à multiplier les nominations des obligés du prince, à pondre des décrets notamment celui qui permet d’exploiter dans les vignobles des travailleurs saisonniers tous les jours de la semaine, de raboter les budgets de l’environnement ou celui du travail de trois milliards d’euros.

Pas de trêve pour les deux mille enfants qui vivent dans la rue, pour celles et ceux qui sont privés d’emplois ou de logement. Pas de trêve aux urgences des hôpitaux qui ont connu des drames au cœur de l’été. Pas de trêve en Nouvelle-Calédonie à laquelle le pouvoir parisien refuse d’entendre les aspirations populaires et enferme des militants à 11 000 km de chez eux.

Pas de trêve dans les tentatives de combinaison macronistes pour empêcher à tout prix le Nouveau Front populaire de constituer un gouvernement et travailler sans attendre avec les forces sociales et politiques pour sortir des millions de nos compatriotes des difficultés qui les assaillent.

La bourgeoisie capitaliste ne pardonnerait pas à M. Macron de céder d’un pouce sur ses exigences. Ce faisant, nous entrons dans une nouvelle étape de la crise qui touche désormais le régime lui-même. Le chef de l’État qui s’est placé à l’avant-garde du projet « démocratique à l’occidentale » selon lequel « la démocratie est inséparable de la liberté économique » est devant le mur des contradictions du capitalisme.

Le capitalisme international considère qu’il lui faut un personnel politique sûr et ferme sur ses principes de classe : diviser les sociétés et les êtres humains, manier l’autoritarisme, militariser et surveiller les sociétés, attiser le racisme comme arme de division des classes populaires. C’est une question de survie aujourd’hui. Pour cela, il a donc besoin de l’extrême droite pour une « gouvernance » néolibérale sans démocratie.

Voilà pourquoi l’hôte de l’Élysée a choisi de faire de l’extrême droite le maître du jeu contre des politiques progressistes des gauches et des écologistes. Son souci n’est plus de se mettre au service des institutions, mais de mettre ces dernières à son service et à celui de la classe dont il est le représentant alors que sa base électorale se réduit considérablement.

Le peuple peut voter. Mais ce sont les recommandations du « cercle de la raison » capitaliste qui doivent primer. Voilà, le sens de la propagande autour de la nécessité de placer des hommes « raisonnables » à la tête de l’État, c’est-à-dire des responsables politiques dont est sûr qu’ils n’égratigneront pas le système.

Dans ces conditions, les démocrates, les travailleurs devront plus que ne jamais s’unir pour agir de diverses façons. Les manifestations de samedi prochain en sont une étape comme les appels syndicaux pour le 1er octobre. Macron a engagé un bras de fer contre le peuple qu’il est censé représenter dans sa diversité. Son niveau de désaveu et de contestation est inégalé comme le montre l’enquête publiée par nos confrères du Monde il y a quelques jours**. Un élément significatif de cette enquête : 51 % des sondés sont désormais favorables à sa démission. Il s’agit là d’une donnée politique de capitale importance !

Dans les conditions actuelles, nos concitoyens ont besoin qu’une grande Fête de l’Humanité, populaire, culturelle et politique, bruyante de centaines de débats et de rencontres, foisonnantes d’idées neuves pour fortifier encore le Nouveau Front populaire et jeter les bases d’un projet post-capitaliste. Comment rendre le Front populaire majoritaire dans le pays en vue d’ouvrir une solide perspective progressiste ? tel sera l’un des sujets qui animera les allées de la fête et de nombreux débats. De nombreux progressistes, des démocrates, la foule des jeunes viendront aussi dans une fête qui porte le beau nom de l’Humanité pour chercher ensemble les moyens de faire reculer l’extrême droite. Que nous faut-il changer, révolutionner en nous-même pour modifier la scène politique et idéologique et rendre chaque citoyenne et citoyen co-constructeur d’un avenir meilleur et pour gagner la paix ? Tel sera l’une des grandes questions.

Nous ne sommes qu’au début d’une longue crise globale dont des éléments seront décortiqués de mille manières au sein de la Fête dans le but d’associer les travailleurs et la jeunesse au défrichement des chemins vers le mieux-vivre et une société de justice sociale et écologique, de liberté et de paix. Creuset de culture et d’idées neuves, la Fête ouvre l’équinoxe d’un automne sans trêve.

* la droitisation Française Mythe et réalité de Vincent Tiberj. Éditions PUF.

**Enquête Ipsos pour Le Monde, fondation Jean Jaurès, centre de recherches politiques de science Po et institut Montaigne réalisé auprès de 11 204 personnes du 26 juillet au 1er août.

 

« Palestine Anéantissement », l’éditorial de Rosa Moussaoui dans l’Humanité.



Près d’un an après l’attaque la plus meurtrière de l’histoire d’Israël (1 195 personnes tuées, dont 380 membres des forces armées et 815 civils), l’armée israélienne poursuit, à Gaza, son œuvre d’anéantissement. Le bilan est insoutenable : plus de 40 000 morts palestiniens – 186 000, avance même la revue médicale The Lancet ; des blessés et des malades innombrables ; des survivants affamés, épuisés, jetés dans une errance sans fin ; une enclave transformée en champs de ruines.

L’armée israélienne étend ses opérations en Cisjordanie ; Benyamin Netanyahou et son gouvernement de fanatiques parient sur un embrasement régional ; les puissances occidentales consentent, livrent armes et munitions aux criminels de guerre, invoquent le « droit d’Israël à se défendre ».

Aucun des objectifs officiellement assignés à cette offensive dévastatrice n’est pourtant atteint. La récente découverte des corps de six otages israéliens en est un cruel rappel. Le 7 octobre 2023, 251 personnes avaient été enlevées par les hommes du Hamas ; 97 d’entre elles sont toujours retenues à Gaza, dont 33 ont été déclarées mortes par l’armée israélienne. Les familles de ces captifs se sont heurtées, dès les premiers jours, à l’indifférence des autorités.

Elles doivent aujourd’hui braver la répression pour dénoncer l’abandon, le sacrifice pur et simple de ces otages. À Tel-Aviv, dimanche, 300 000 personnes ont défilé sous les coups de la police pour demander un cessez-le-feu et un accord qui permettraient la libération des otages. Lundi, c’est, fait inédit, la Histadrout qui appelait à la grève générale pour appuyer cette exigence. Aussitôt le mot d’ordre lancé, le néofasciste Bezalel Smotrich, ministre des Finances, accusait la centrale syndicale de « représenter les intérêts du Hamas » et appelait la justice, qui a exaucé ses vœux, à déclarer cette grève illégale.

La société israélienne n’a pas basculé : elle reste très majoritairement favorable à la guerre, à l’occupation, à la colonisation de la Palestine. La coalition d’extrême droite conduite par Benyamin Netanyahou dispose toujours de solides appuis dans les secteurs gagnés par la radicalisation politico-religieuse. La guerre est son meilleur atout pour se maintenir coûte que coûte au pouvoir. Pour faire cesser le carnage, cette contestation interne est indispensable. Mais elle ne suffira pas. Des sanctions internationales s’imposent pour mettre fin aux crimes de guerre, enrayer les mécaniques génocidaires, protéger le peuple palestinien.

 

« Une exception », le billet de Maurice Ulrich.


 


Personne n’a le monopole du cœur. Éric Le Boucher, par exemple, chroniqueur économique et politique des Échos, discute régulièrement « de la vie et des chiens », nous dit-il, avec le SDF de son quartier, lequel lui aurait assuré que lorsqu’il vote, c’est à droite en France, à gauche en Europe et à l’extrême gauche dans le monde. C’est, nous dit le chroniqueur, « ciselé d’intelligence », car certes dans le monde les inégalités sont criantes, un peu moins en Europe, mais en France ?

Il n’y a que la gauche pour décrire « une France misérable, une politique sociale délabrée par ”l’austérité“, le tout par un pouvoir macronien au service du 1 % des plus riches »…Une fausse peinture reproduite par les médias, alors que la vérité, c’est que « la France va plutôt bien et ne souffre certainement pas d’un manque global de social » et que, donc, « la France n’a pas besoin d’un coup de barre à gauche ». On ne doute pas qu’Éric Le Boucher en discute aussi d’égal à égal avec son ami SDF. Une exception.

lundi 2 septembre 2024

« Positiver », le billet de Maurice Ulrich




Youpi, c’est la rentrée. Emmanuel Macron continue d’élaborer des châteaux de sable. Attention aux vagues, la première en fin de semaine. La Seine fait des caprices. Après la pluie ce n’est pas le beau temps pour les triathlètes. On a vu en tête du défilé de la cérémonie d’ouverture la délégation afghane. Trois hommes et trois femmes. Le comité paralympique l’avait exigé des talibans. On se demande où ils sont allés les chercher. Une nouvelle loi leur interdit de chanter, de lire et dire de la poésie, de regarder qui que ce soit d’autre que leur mari. Mais on a entendu samedi matin sur France Inter le philosophe de confort Charles Pépin qui répondait à la question : peut-on transformer des sentiments négatifs en sentiments positifs ? Non bien sûr, dit-il en résumé, mais on peut en revanche apprendre à accepter notre colère, notre honte et à en faire une force. Un message pour les Afghanes. Positiver. De l’art de présenter autrement les mêmes platitudes. Merci Charles Pépin. Si on a besoin de rien, on vous le demandera.

 

« Le flou et le clair », l’éditorial de Stéphane Sahuc dans l’Humanité.



Aujourd’hui des millions d’enfants prennent le chemin de l’école. Une rentrée scolaire, c’est un mélange d’excitation et d’appréhension. Avec quels copains, ou copines, va-t-on se retrouver ? quel maître ? quelle maîtresse ? Quel professeur en mathématique ou en français ? Mais, cette année, s’ajoute à ces questions une inquiétude plus générale. Car, c’est peu dire que la rentrée s’annonce encore plus chaotique que les autres années. Aux problèmes systémiques du manque de moyens et du manque d’enseignants s’ajoute le grand flou quant à la mise en œuvre de la fameuse réforme du « choc des savoirs », avec sa mesure phare : les « groupes de besoin », joli euphémisme pour éviter l’expression groupe de niveau.

Et ce matin encore, aucun élève ne savait à quelle sauce il allait être mangé. En effet, chaque établissement fera comme bon lui semble. Si, grâce à la mobilisation des enseignants et des parents, l’option « tri social » semble avoir du plomb dans l’aile, une chose reste claire : pour le pouvoir macroniste, c’est le seul chemin qu’il convient de suivre, de gré ou de force. Malgré l’absence de ministre, le pouvoir mise sur une frange zélée de chefs d’établissement pour lancer le mouvement.

En refusant de s’attaquer à la crise du recrutement et au manque de moyens, l’objectif reste de ne pas permettre une éducation pour tous de haut niveau. Et peu importe si, en faisant cela, on assigne à l’école le rôle de grande lessiveuse sociale. Chaque étape de la vie scolaire devient un moment de mise à l’écart d’une partie des élèves. Un tri continu tout au long du parcours scolaire et pour orienter vers des voies de garage et surtout favoriser l’entre-soi dans les filières d’élite. Pour une partie des classes supérieures, c’est d’ailleurs le privé qui remplit cette fonction. Les surfinancements publics de cette « école » et les récents scandales autour du collège Stanislas à Paris en sont la démonstration. La logique des groupes de niveau telle que la conçoivent les macronistes n’est qu’un rouage supplémentaire de cette machine à fabriquer de l’échec.

« Subversion », l’édito de Cédric Clérin

La démocratie israélienne n’en finit plus de dériver. La commission électorale de la Knesset, le Parlement, a décidé d’exclure des prochai...