vendredi 27 février 2026

« Le fascisme ne s’avance jamais sans violence », l’éditorial de Rosa Moussaoui.



Aucun fard, aucun déguisement, aucune entreprise de falsification ne peut effacer cette leçon historique : il n’existe pas de fascisme inoffensif, de fascisme poli, de fascisme à visage humain. La violence de l’extrême droite ne relève pas de la dérive ; elle est le principe organisateur de cette idéologie. Elle est constitutive de la dynamique fasciste, indissociable de sa doctrine comme de sa pratique. Elle en est l’horizon, la promesse, la fin.

Sa matrice ? Un sentiment de perte, une obsession : celle du déclin communautaire, qui nourrit la haine d’un ennemi intérieur. La nation serait un corps malade, gangrené par des éléments « impurs » dont il faudrait l’expurger – l’autre de provenance étrangère, le juif, l’égalitaire, le dissident sexuel… L’ennemi désigné devient une menace ontologique, la politique se mue en lutte à mort. Le fascisme, analyse l’historien états-unien Robert Paxton, s’arrime au fantasme d’une « violence rédemptrice », poursuivant un objectif de « nettoyage interne ».

Il ne s’avance jamais sans violence. Il la conçoit comme une vertu, il la cultive, il s’y enivre. Les ligues, les chemises noires, les SA et autres formations paramilitaires n’ont jamais été des excroissances incontrôlées. Elles étaient le cœur battant du projet fasciste, ses missionnaires, ses exécutantes censées purifier la nation, la ramener à quelque âge d’or chimérique.

Leur violence – comme celle de leurs héritiers revendiqués qui ont défilé le 21 février à Lyon avec la bénédiction du ministre de l’Intérieur – est programmée, ritualisée, spectaculaire. Elle parle plus fort que les mots : elle fabrique le consentement par la peur, l’intimidation.

Les oripeaux de respectabilité que l’extrême droite française a patiemment recousus depuis la Libération ne la coupent en rien de cette généalogie. Elle espère demain s’imposer au pouvoir avec, dans son sillage, ses miliciens rompus aux ratonnades et aux expéditions punitives. Le fascisme n’est pas un vestige enterré du XXe siècle, nous dit Paxton, qui saisit une autre leçon historique : il ne triomphe jamais seul, sans « associés » dans « les élites conservatrices ou libérales », mais son avènement est « évitable » et l’issue « dépend de choix humains ».

 

jeudi 26 février 2026

« Les Césars du silence », l’éditorial de Laurent Mouloud.



On imagine déjà les paillettes et les larmes. Les zooms serrés sur le parterre de stars. Les remerciements entre rires et sanglots. Les trophées brandis. Et puis ? Et puis rien d’autre. La 51e cérémonie des Césars, organisée ce jeudi 26 février à l’Olympia, risque bien de n’être que cette lisse parade du cinéma français.

Sans aspérité, colère ou revendication. Les intermittents du spectacle, dont le régime d’indemnisation chômage est sous la menace d’un nouveau durcissement, seront relégués à l’extérieur de la salle. Un signal d’alarme. Ces indispensables fabricants du cinéma n’auront pas la place qu’ils méritent dans cette fête du 7e art, plus que jamais aseptisée.

Ne nous y trompons pas. Cette cérémonie des Césars, bordée de près, n’est pas le signe d’une dépolitisation. Mais bien le témoignage, au contraire, de la bollorisation qui menace aujourd’hui le cinéma français. Propriétaire de Canal Plus – principal financeur privé – et nouvel actionnaire depuis octobre des salles UGC, le milliardaire réactionnaire est désormais présent à toutes les étapes de la création cinématographique : financement, diffusion, distribution, exploitation. Avec une minutie glaçante, Vincent Bolloré reproduit dans ce secteur la stratégie d’intégration verticale qu’il a appliquée dans l’édition et la presse, rendant toute une industrie dépendante de ses subsides et, ô combien, vulnérable à ses visées idéologiques.

La conquête du monde culturel est l’un des piliers du projet politique de Vincent Bolloré. À l’image du projet de parc de loisirs de Pierre-Édouard Stérin, l’autre grand mécène de la galaxie réac, le milliardaire breton sait que, s’il veut imposer son récit et rabattre une majorité de Français à l’extrême droite, il doit conquérir les imaginaires, contrôler ce qui fait rêver, penser, désirer. Face à cette emprise grandissante, les pouvoirs publics ne peuvent rester les bras ballants et se contenter d’un sous-investissement complice. La liberté de création est l’un de nos fondements démocratiques. En ce sens, le silence dans les rangs auquel on pourrait assister ce soir doit tous nous alerter.

 

« Des Fascistes ? En France ? De nos jours ? », le billet de Maurice Ulrich.



Les fascistes n’existent pas. Les membres des groupuscules divers injustement condamnés pour des actes ou des propos racistes ou négationnistes sont des gentils jeunes gens attachés à des valeurs traditionnelles et à une certaine idée de la France. Raison pour laquelle ils traitent des passants de bougnoules et font des saluts nazis. D’ailleurs y eut-il jamais des fascistes dans l’histoire ?

En Allemagne peut-être, en Italie c’est à voir, en Espagne où, raconte-t-on, ils proclamaient « Viva la muerte » (vive la mort) ? Mais en France ? Des ligues des années 1930 à l’OAS et à nos jours, pas l’ombre d’un fasciste. Le philosophe (?) et académicien (!) Alain Finkielkraut nous le dit dans le Figaro, l’antifascisme est « la lutte confortable contre une menace imaginaire » et « c’est parce qu’il y a des antifascistes que tous ceux qui ne souscrivent pas aux thèses de la gauche radicale, notamment sur l’immigration, sont traités de fascistes ».  Notamment sur l’immigration ? Ben oui, les

insultes racistes, c’est juste ne pas souscrire aux thèses de la gauche radicale…

mercredi 25 février 2026

« Un yacht de 550 millions d’euros pour Bernard Arnault », le billet de Maurice Ulrich.



Selon plusieurs sources concordantes, Bernard Arnault aurait commandé à un chantier naval néerlandais, Royal Van Lent, lequel appartient à son groupe LVMH, un yacht de 143 mètres. Il en avait déjà un, le Symphony, d’une centaine de mètres, mais sans doute ça faisait un peu « cheap ».

Le nouveau bâtiment avec neuf ponts, un héliport, une piscine à débordement, l’indispensable quoi, pourra accueillir 36 invités dans 18 chambres et devrait fonctionner avec un équipage d’au moins 80 personnes. Pour un coût estimé à 550 millions d’euros, ce sera le plus grand yacht du monde, devant celui de Jeff Bezos avec ses 127 mètres, ce qui tendrait à prouver que les milliardaires n’ont pas perdu le goût du jeu, comme dans les cours d’école, de savoir qui pissera le plus loin. 

En cas de mise en place, comme il l’avait redouté, d’une taxe Zucman ou autre, s’il est amené à quitter le navire comme le disait Sophie Binet, il pourra gagner avec le sien son île privée des Bahamas. En fait, c’est à vomir.

« L’antifascisme doit s’attaquer aux racines du mal », l’éditorial de Pierre-Henri Lab



On ne peut que se réjouir de l’écho rencontré par la tribune « Affirmer notre antifascisme : le devoir du moment », publiée dans nos colonnes par 180 romanciers, historiens, philosophes et sociologues. Le sursaut auquel ils appellent est indispensable. Il est salutaire de dénoncer l’abjecte inversion des rôles qui veut faire de la gauche une menace pour la République et la démocratie.

Cette manœuvre vise à achever la « dédiabolisation » de l’extrême droite alors que, dans son essence même, celle-ci n’a eu de cesse de vouloir détruire l’une et l’autre tout au long de son histoire, de l’affaire Dreyfus à la collaboration et à la guerre d’Algérie. Les menaces et les attaques du RN, de Reconquête, de leurs alliés et même de LR contre les libertés, les droits individuels et collectifs doivent être dénoncées et combattues.

Mais ce nécessaire sursaut n’est pas suffisant. L’antifascisme, s’il veut être efficace, doit s’attaquer aux racines du mal. Le RN et l’extrême droite prospèrent sur les ravages du capitalisme. Une insécurité sociale croissante frappe les travailleurs et travailleuses, les privés d’emploi, les retraités et la jeunesse. Ils sont de plus en plus nombreux à connaître la précarité, les salaires et les pensions indignes et à voir leurs droits au logement, à la santé ou à l’éducation systématiquement bafoués.

Ils subissent le mépris et la violence de classe du pouvoir qui, bien que plusieurs fois sanctionné dans les urnes, poursuit sa politique d’injustice sociale au profit de la bourgeoisie et des grandes multinationales. Conjugué à un système politique impuissant à satisfaire les besoins de la population, cela nourrit le désespoir, le repli sur soi et la perte de confiance dans la parole publique et les institutions qui font le lit de l’extrême droite.

Parvenir à remobiliser les milieux populaires dans les urnes et dans la vie sociale est incontournable pour qui prétend faire reculer le RN. Cela implique de se doter d’un projet politique qui donne la priorité à l’emploi, aux salaires et aux pensions ainsi qu’au redressement des services publics.

 

mardi 24 février 2026

« Manifestation de néofascistes : un choix politique », l’éditorial de Maurice Ulrich.



Oh, comme elle a dû être surprise, la préfète du Rhône et d’Auvergne Rhône-Alpes, qui a signalé sans tarder les saluts nazis et les insultes racistes de la manifestation de samedi. Est-ce qu’on n’attendait pas plutôt un rassemblement d’étudiants modèles, travailleurs, épris de spiritualité ? Allons donc, elle savait très bien à quoi s’en tenir et avait mis en garde. Depuis plusieurs années et sa prise de fonction, les alertes et les faits n’ont pas manqué concernant l’activité et les exactions des groupuscules extrémistes dans la région lyonnaise.

En 2023, le PCF lui adressait d’ailleurs une lettre ouverte à ce sujet. Les multiples messages échangés entre des groupes comme Némésis et des figures de la mouvance néonazie lyonnaise étaient bien connus, comme les diverses condamnations de ces mêmes figures pour des faits de violence.

Jordan Bardella lui-même n’ignorait pas l’état des lieux, qui avait appelé les élus et militants du RN à ne pas participer à cette marche. Ce qui, soit dit en passant, signifiait a contrario que nombre d’entre eux étaient susceptibles d’y aller et que, donc, les ponts ne sont pas rompus comme le prétend le président du RN.

Alors le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, était-il au courant ? On se doit de le supposer, sans quoi il aurait fait preuve d’une étonnante incompétence. C’est donc en connaissance de cause et en toute conscience qu’il a autorisé la manifestation publique d’une extrême droite ouvertement raciste, homophobe, avec à sa tête ses figures connues, rendant du même coup le RN « acceptable ».

Le ministre de l’Intérieur a-t-il décidé de son propre chef de cette opération sans précédent, ouvrant à une intronisation dans « l’arc républicain » et à quelles fins ? La question est également à poser au président de la République. Car il ne s’agit évidemment pas d’une erreur d’appréciation. En même temps que l’on assiste à un glissement de plus en plus évident des médias des milliardaires vers l’extrême droite, le choix politique stratégique de la classe au pouvoir est bien celui de la droite jusqu’à ses extrêmes, contre la gauche, quelles que soient ses divergences et sa diversité.

 

« Déontologie », le billet de Maurice Ulrich.

 


Nommée à la direction de la Cour des comptes par un décret présidentiel, un poste inamovible qu’elle pourrait occuper jusqu’à ses 68 ans, soit pendant vingt-huit années puisqu’elle en a 40, l’ex-ministre du Budget Amélie de Montchalin a pris ses fonctions lundi et devait rencontrer lemême jour le président du collègège de déontologie de la cour, Patrick Lefas. On se demande bien ce qu’ils ont pu se raconter.

Le collège lui-même, composé de cinq membres dont trois magistrats et deux personnalités, va passer en revue tous les dossiers qu’elle a eus à connaître à Bercy. « Elle est tout à fait consciente, a déclaré Patrick Lefas, des enjeux de conflits d’intérêts et entend s’y soumettre conformément aux règles en vigueur. » Très bien.

On ignore à ce stade toutefois ce qu’il en est de son mensonge avéré et de son déni concernant les quelque 13 000 millionnaires français ne payant pas d’impôts sur le revenu. La déontologie et le fait du prince ont sans doute des raisons que la raison ne connaît pas.

 

lundi 23 février 2026

« L’antifascisme diabolisé : une réécriture de l’histoire gravissime pour la démocratie », l’éditorial de Cathy Dos Santos.



Saluts nazis, vociférations homophobes et racistes : le défilé de Lyon, samedi, n’avait rien d’une marche blanche en hommage au militant ultranationaliste Quentin Deranque, battu à mort le 12 février. Tout transpirait la parade idéologique, avec, en tête de cortège, des figures bien connues de la galaxie néonazie et identitaire. Les consignes données aux manifestants n’y ont rien changé.

Une fois encore, les franges les plus radicales de l’extrême droite ont battu le pavé en toute impunité, le jour même où l’on commémorait les assassinats de Missak Manouchian et de ses camarades, fusillés par les nazis le 21 février 1944 au mont Valérien. La banalisation de l’appropriation de l’espace public par ces fanatiques fascistes est glaçante. Elle dit beaucoup des menaces qui pèsent sur la démocratie en France.

Toute la lumière doit être faite sur les circonstances du meurtre de Quentin Deranque. Ses auteurs doivent être poursuivis, condamnés. Cette exigence de justice propre à un État de droit ne peut et ne doit souffrir aucune exception. L’indignation à géométrie variable est une faute politique. Or, depuis une semaine, nous assistons à l’instrumentalisation d’un drame qui, de facto, enveloppe d’un silence assourdissant les victimes de crimes racistes.

Sébastien Lecornu reproche à La France insoumise d’opposer les morts ; mais c’est très exactement ce que font les plus hautes autorités et les institutions de ce pays, en choisissant d’ignorer délibérément les violences mortelles de l’extrême droite. La manipulation ne s’arrête pas là. Elle conduit à un invraisemblable renversement des rôles qui sert les desseins du Rassemblement national.

L’antifascisme est mis au ban, comme si le sens des combats d’hier et la nécessaire clairvoyance d’aujourd’hui face au danger étaient réductibles aux seuls agissements de la Jeune Garde ou de tout autre mouvement. Cette réécriture de l’histoire est gravissime. Elle sert à diaboliser la gauche et à normaliser l’extrême droite. En criminalisant La France insoumise et quiconque s’allie avec elle, le gouvernement offre une virginité au RN et un blanc-seing à ses idées, à son projet. Ce sordide calcul politicien est une hérésie, à l’heure où l’extrême droite est aux portes du pouvoir.

 

« Dans le Figaro, un éditorialiste en roue libre », le billet de Maurice Ulrich.



« De Marx à la Jeune Garde, deux siècles de justification de la violence par la gauche », titre dans le Figaro Jacques de Saint-Victor, écrivain et à l’occasion collaborateur d’Éric Zemmour. Et il met en évidence une phrase de Stefan Zweig dans son livre le Monde d’hier : « Peu à peu il devint impossible d’échanger avec quiconque une parole raisonnable. Les plus pacifiques, les plus débonnaires, étaient enivrés par des paroles de sang. »

Oui, mais le grand écrivain autrichien ne parle pas de la gauche mais de l’état de l’opinion à la veille de la Première Guerre mondiale… Jacques de Saint-Victor n’est pas à ça près car c’est, selon lui, en s’appuyant sur les insuffisances de la démocratie que « certains mouvements et penseurs radicaux ont pu créer une sorte de fascisme imaginaire justifiant à leurs yeux une violence extrême ».

« À un coup de sifflet les SA sautèrent des autos en un éclair, matraquèrent tous ceux qui leur faisaient obstacle »… Stefan Zweig, toujours dans le Monde d’hier, décrivant les inspirateurs, quelques années plus tard, des manifestants du week-end.

 

vendredi 20 février 2026

Elle s’appelle espérance !



Parlons d’une amie. Si c’était une plante, elle serait trèfle à 4 feuilles. Elle nous porte chance en nous faisant croire en notre bonne fortune. Si c’était un astre, elle serait soleil le jour, étoile la nuit car elle éclaire notre vie. Si c’était une qualité, elle serait l’optimisme. Si c’était un défaut, elle serait la naïveté. Elle veut changer le monde et croit qu’elle peut y arriver en persuadant tous ses amis d’y croire et d’agir. Si c’était un bâtiment, elle serait un phare qui nous guide dans les nuits de l’océan agité de notre existence, pour retrouver vite les lumières de la côte tout en prenant le risque de repartir en mer. Si c’était un lieu, elle serait l’extrémité sud du continent Africain entre deux océans l’Atlantique et l’Indien. Notre meilleure amie, peut-être l’avez-vous deviné, s’appelle Espérance. Elle nous permet de remplacer « jamais » par pourquoi pas !

 

« Droites extrêmes », le bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin.



Copié-collé Dans le foisonnement d’une actualité pour le moins délétère, la longue interview accordée vendredi 13 février par Bruno Retailleau au Figaro Magazine est quelque peu passée inaperçue – sauf pour les contempteurs ou les adulateurs du genre auxquels rien n’échappe. Le président du parti « Les Républicains » (LR) y annonçait donc sa déclaration de candidature à l’élection présidentielle de 2027, déclinant les thèmes qui lui tiennent à cœur.

Nous le savions, nous en avons la confirmation : l’ex-ministre de l’Intérieur enterre définitivement la droite républicaine. Même Françoise Fressoz, dans le Monde, parle d’« un modèle du genre ». Et pour cause. « Tous les thèmes ressassés par le Rassemblement national (RN) – perte de souveraineté, impuissance publique, déclin nataliste, danger migratoire, crise de l’autorité – sont méthodiquement déclinés. (…) La remise en cause de l’État de droit est confirmée et détaillée. »

Autant le dire : un copié-collé des propositions de l’extrême droite. Bruno Retailleau joue donc, sans surprise et sans complexe, l’air de la rupture avec le macronisme dans l’espoir de retenir un électorat de droite de plus en plus sensible aux sirènes du RN. Une offensive idéologique décomplexée alliant libéralisme économique, conservatisme sociétal et souverainisme juridique. « Un cocktail qui se prétend sérieux, mais ouvre la boîte de Pandore », écrit le Monde

Litanie Les unes après les autres, les digues sautent. Et la droite républicaine, jadis « riche » de sa diversité, entre une aile libérale et un pôle souverainiste, éclate au grand jour. Ce n’est plus la droite, mais l’ultradroite en boucle, une sorte de vieux manuel de catéchisme politique : tout y est, jusqu’aux formules récitées avec application, sans jamais trembler devant le réel. Avec Retailleau, on retrouve cette droite dure qui se veut droite dans ses bottes, raide dans ses principes, et qui confond la constance avec l’entêtement. Il parle d’autorité comme d’autres parlent de météo : il s’agirait d’une « évidence », d’un phénomène « naturel », d’une nécessité « indiscutable ».

L’État doit « rétablir l’ordre », « restaurer la nation », « assumer ses frontières ». Vocabulaire martial, syntaxe ferme, propos graves. Mais, derrière l’emphase, que reste-t-il, sinon cette litanie d’inquiétudes, recyclées en certitudes ? Il y a chez lui une manière de poser le diagnostic comme on assène un verdict.

La France serait « fragilisée », « minée », « menacée » – par l’immigration, le laxisme, l’effacement des repères. Il ne débat pas, il déplore. Il ne nuance pas, il tranche. Aucune analyse de notre ici-et-maintenant, mais récit fantasmé. Et ce récit a ses héros (ceux qui « tiennent bon »), ses coupables (ceux qui « renoncent ») et ses traîtres (ceux qui « s’accommodent »). Mais à quoi ?

Verticalité Cette dramaturgie permanente finit par sonner creux. À force de voir des périls partout, on ne voit plus les complexités. À force d’invoquer l’autorité, on oublie de définir la justice. Retailleau invoque la République, mais une République d’ordre, presque une République disciplinaire, où la liberté semble toujours suspecte et la solidarité conditionnelle.

On pourrait lui accorder le mérite de la cohérence, fidèle à sa ligne. Sauf qu’il assène comme si le monde n’avait pas changé, comme si les fractures sociales, écologiques, démocratiques pouvaient se résoudre par un simple retour à la verticalité. Comme si la complexité contemporaine appelait moins d’intelligence que de fermeté. Son entretien ressemble à une mise en garde permanente : attention au délitement, attention à la décadence, attention au déclassement. Tout est menace.

Rien n’est promesse. Tout aussi incroyable, cette tentation de réduire le débat à une opposition morale : les courageux contre les faibles, les lucides contre les naïfs, convoquant les « racines », la « civilisation ». Et puis cette posture du gardien, comme un gardien de prison, qui n’ouvre aucune perspective mais excite. La France n’a pas besoin de gardiens, mais d’inventeurs.

À force de se présenter comme un rempart, Bruno Retailleau finit par oublier qu’un rempart ne construit rien : il empêche, il retient, il bloque. Bruno Retailleau a basculé dans le camp de l’extrême droite et il l’assume. Et il n’est pas le seul…

 

« La punition d’Amélie de Montchalin pour avoir menti ? Être nommée à la Cour des comptes », l’éditorial de Laurent mouloud.



Il fallait voir son aplomb. Le 14 janvier, à l’Assemblée nationale, Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics, agrippe le micro et répond « les yeux dans les yeux » à la députée PCF Elsa Faucillon. Non, il n’y a pas de document « ou même de réalité » qui ferait qu’une dizaine de milliers de fortunés Français ne payent aucun impôt sur le revenu.

Juré, craché. « Je vous le confirme avec toute la transparence qui est la mienne. » On connaît la suite. Une note de Bercy vient de révéler que, au minimum, 13 335 contribuables soumis à l’impôt sur la fortune immobilière contournent bien le fisc, au point de ne pas lui verser un kopeck. La ministre a donc menti devant la représentation nationale – si ce n’est de manière éhontée, du moins par approximation.

Cette tentative de masquer la réalité est au cœur des errements de la politique budgétaire macroniste. Une politique hors-sol, profondément idéologique, qui vise à préserver, coûte que coûte, un système fiscal sanctuarisant les avantages des plus riches au détriment des classes populaires et moyennes, culpabilisées, elles, par l’épouvantail du déficit.

Cette iniquité invraisemblable ne peut être tolérée. Elle pèse lourdement sur les recettes budgétaires. Mais sape également la confiance dans la parole publique. Et menace, in fine, le consentement à l’impôt, socle de notre cohésion nationale.

Un débat lucide doit être mené sur la fiscalité – l’ancien ministre Éric Lombard le préconise lui-même. Avec pour objectif de tordre le cou aux niches fiscales qui surfavorisent les plus aisés, de percer ces « holdings coffres-forts » et autres techniques d’optimisation qui permettent de dissimuler les grosses fortunes. Bref, de restaurer ce principe simple : chacun contribue selon ses moyens.

Cet effort de justice et de transparence demande un vrai courage politique, dont la Macronie semble totalement dépourvue. Comme une réponse à la polémique fiscale, le chef de l’État a bombardé Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes. Elle va donc pouvoir contrôler le budget qu’elle a elle-même élaboré. Et continuer de fermer les yeux sur les évadés de l’impôt. « Avec toute la transparence qui est la (s) ienne. » Évidemment.

 

jeudi 19 février 2026

« Une bataille pour la République », l’éditorial de Fabien Gay dans l’Humanité Magazine.



Les extrêmes droites se nourrissent des colères sociales, de l’abandon ressenti par des millions de nos concitoyens plongés dans la précarité, sur fond de désindustrialisation et de relégation territoriale. Loin d’y apporter des solutions de fond, l’extrême droite y répond par des discours racistes, imprégnés de haine et de division, qui sont désormais largement relayés pour séduire une partie de la population. Immigration, insécurité, identité : leurs obsessions simplistes et délétères prospèrent et intoxiquent le débat public. Tout ceci est le résultat d’une longue bataille idéologique, d’une banalisation politique mais aussi d’un déséquilibre profond dans la structuration de l’espace médiatique lié à la mainmise grandissante de puissances privées qui façonnent l’opinion à leur bon vouloir.

Cette évolution n’est pas étrangère au processus de concentration des médias, commencée dans les années 1980 sous l’influence de Robert Hersant, magnat de la presse d’extrême droite. D’autres empires sont nés dans son sillage. Celui de Vincent Bolloré est à ce titre emblématique : lignes éditoriales brutalement réorientées au gré de rachat de titres, journalistes écartés au profit d’éditorialistes idéologues, la mue du « JDD », d’Europe 1 ou de CNews en machine à fabriquer des polémiques permanentes a contribué à banaliser des idées autrefois marginales.

Cette mise au pas de l’information, devenue dépendante d’enjeux économiques et d’agendas politiques privés, étiole le pluralisme. Lorsque quelques groupes agissent en monopole et contrôlent une part croissante de l’édition et de la presse écrite et audiovisuelle – tout en s’attaquant à l’audiovisuel public –, c’est la vitalité même du débat démocratique qui se trouve fragilisée.

Cette réalité appelle une réponse politique : des parlementaires ont déposé une proposition de loi visant à limiter la concentration des médias, à renforcer les pouvoirs des autorités de régulation et à garantir l’indépendance des rédactions. Qui sera surpris que le RN et la droite aient annoncé voter contre ce texte, qui affaiblirait leur capacité de nuisance ? Cette riposte antifasciste ne se joue pas seulement dans l’Hémicycle. Elle se construit aussi dans les rédactions, dans les collectifs citoyens, dans les lieux d’éducation populaire. Ainsi, vous trouverez en kiosque le 23 février un hors-série porté par plusieurs médias indépendants, dont l’Humanité, intitulé « Combat ! Front commun contre l’extrême droite ».

C’est un acte fort. Loin d’un manifeste partisan, cette publication a été pensée comme un outil militant et démocratique mis à la disposition de chacun·e, à quelques semaines des élections municipales. Il contribuera à la lutte contre les extrêmes droites, en décryptant les mécanismes de banalisation, en démontant les contrevérités et en armant intellectuellement celles et ceux qui se refusent à la résignation. Car la bataille que nous menons contre les réactionnaires est avant tout culturelle : leurs idées rances ne gagnent pas seulement dans les urnes, elles avancent dans les esprits lorsqu’elles deviennent des évidences.

Cette lutte peut, et doit être gagnée ! Et la victoire s’arrachera en répondant aux besoins de justice fiscale et sociale, en réinvestissant les services publics, en redonnant du pouvoir aux salariés, en démocratisant la culture et en combattant fermement le racisme, l’antisémitisme et toute forme de discrimination. Autant d’ambitions que porte le communisme, notamment municipal ! La démocratie est fragile et suppose une information libre, diverse et affranchie des puissances de l’argent. Face à la montée de l’extrême-droite, défendre le pluralisme des médias n’est pas un combat corporatiste : c’est une bataille pour la République.

 

« C’est à l’extrême droite que la violence est consubstantielle », l’éditorial de Maurice Ulrich.



On ne peut se dissimuler la gravité des heures que nous vivons. L’extrême droite devient, avec la complaisance de la droite et de la Macronie, dont le premier ministre, la référence morale de la République.

Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, dans une conférence de presse, mercredi, a dénoncé « un climat de violence, minutieusement instauré depuis des années par une partie de la gauche dont l’outrance verbale et la stratégie permanente du chaos nourrissent désormais la violence physique dans nos rues ».

Il ne faut pas s’y tromper. La France insoumise (LFI) était accusée mardi à l’Assemblée nationale d’avoir « du sang sur les mains » par le responsable des députés LR, Laurent Wauquiez, mais c’est toute la gauche qui est visée. Le quotidien l’Opinion n’hésitait pas, mercredi, à titrer en une sur son « silence coupable ».

On en voit les conséquences depuis le début de la semaine avec la multiplication des menaces contre des élus, des permanences de LFI attaquées, mais aussi du PCF et d’autres. Ce n’est pas nouveau. Car c’est à l’extrême droite que la violence est consubstantielle. Dans son livre les Tueurs d’extrême droite, paru en 2025, le journaliste Paul Conge recensait, pour la seule année 2022, cinq meurtres pouvant être attribués à ses membres.

Des militants fascistes et identitaires de toute l’Europe vont manifester samedi à Lyon. Sans doute se trouvera-t-il des plumes pour voir là l’expression d’une émotion légitime. Mais la naïveté n’est pas de mise.

Dans cette période où le néofascisme colore le pouvoir de la première puissance du monde et progresse en Europe même, l’extrême droite entend utiliser avec cynisme tous les leviers possibles pour tenter d’asseoir une hégémonie, y compris avec les groupes les plus radicaux, usant à la fois de la banalisation et de l’extrémisme. Le procès public intenté à LFI et qui s’étend à toute la gauche lui ouvre la voie.

« Les poseurs », le billet de Maurice Ulrich.



87 % des Françaises et Français sont pour le vote rapide d’une loi sur l’aide à mourir. Mais les belles âmes de droite et d’extrême droite n’en ont cure et un petit groupe de députés nous met en garde : « La courte majorité de députés favorables à la législation de l’euthanasie ne doit pas passer en force. »

Pour le député Alexandre Allegret-Pilot de la formation d’Éric Ciotti, « on se moque ouvertement des Français et c’est insupportable. Cette loi et les manœuvres qui l’entourent sont l’incarnation même du fanatisme »

Mais, preuve que le sujet est sérieux, le grand écrivain Michel Houellebecq en a débattu, nous dit le Figaro, avec le grand philosophe Alain Finkielkraut. C’est dire le niveau, au point qu’on ne peut relater ici un tel échange. Mais Michel Houellebecq nous avait donné déjà, dans une tribune datant un peu, un échantillon de sa pensée : « Je me vois très bien demander à mourir, juste dans l’espoir qu’on me dise mais non, mais non, reste avec nous. » Et il y en a des poseurs comme ça.

 

mercredi 18 février 2026

HUMAIN !



Humain, joyeusement humain, terriblement humain, délicieusement humain, désespérément humain, car malgré la violence sociale, malgré les turbulences climatiques, malgré l'errance des plus pauvres, malgré la main - mise des puissants, malgré la bêtise crasse de ceux qui se veulent l'élite, malgré la violence faite à ceux et celles dits différents, malgré, malgré, malgré, malgré ... il suffit d'un ciel offert, d'une musique poignante, d'un livre saisissant, d'un rire partagé, d'un baiser profond, d'un regard vrai, d'une main tendue, d'une blague bien sentie et tout devient vivable. Avec cette joie qui parfois me saisit. Cette joie qui me redresse la tête, m’ouvre les poumons et me rend un peu, beaucoup plus fort. Elle me met à hauteur de la vie. Je dois bien cela à ceux et celles qui se sont battus et se battent encore pour que notre horizon ne soit pas toujours bouché. Oui parfois furieusement, le bonheur me saisit malgré, malgré... Cette sensation que rien ne nous manque. Sensation furtive mais bien réelle. La vie. La vie, malgré, malgré. Et à mon tour, je peux me battre pour celles et ceux ...

« Mort de Quentin D. : qui sont ceux qui menacent la démocratie ? », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



La mort de Quentin Deranque est une tragédie. Elle illustre l’absurdité absolue et le danger de théoriser l’affrontement physique et la violence comme des pratiques politiques légitimes en démocratie. Si quelques groupes d’individus se revendiquant de gauche ou révolutionnaires ont pu, dans l’histoire, recourir à la lutte armée, la glorification de l’usage de la force et de la violence en politique reste cependant un des fondamentaux idéologiques de l’extrême droite.

« Viva la muerte ! » hurlaient les franquistes en assassinant la République espagnole. « Comme lui (Quentin – NDLR), la lutte à mort nous rend joyeux », clament aujourd’hui des groupuscules fascistes pour qui la démocratie n’est qu’une « gueuse » à abattre.

Aujourd’hui, ces mêmes groupes promettent des « représailles », menacent de mort des élus de la République et instaurent un climat de peur à Lyon, au point que les militants de gauche, les homosexuels et les étrangers ne circulent plus sereinement une fois la nuit tombée.

Ils hésitent à s’afficher à raison. Déjà ces dernières années, les violences d’extrême droite en France se sont traduites par des dizaines d’agressions, certaines mortelles. À Lyon comme ailleurs, la responsabilité du ministre de l’Intérieur est claire : protéger les initiatives des organisations de gauche aujourd’hui menacées, garantir la sécurité des personnalités ciblées et leur permettre de s’exprimer librement, notamment dans le cadre de la campagne électorale en cours et sur tous les sujets de société qui animent le débat public.

Mais sur ces questions de sauvegarde du débat démocratique, le ministre de l’Intérieur garde un silence assourdissant. Comme de nombreux responsables de la majorité présidentielle, il se borne à accuser La France insoumise d’avoir seule une « responsabilité morale » dans le déferlement de violence.

Résultat, l’interdiction annoncée, dans les universités des meetings et conférences jugés « susceptibles d’enflammer les jeunes, de les pousser dans la rue et de provoquer des affrontements ». Une mesure qui tombe à point nommé pour censurer dans les facs toutes critiques : de la politique israélienne à la politique sociale du gouvernement en passant par la dénonciation des privilèges des plus riches.

 

« À Cuba, solidarité et résistance face aux menaces de Trump », l’éditorial de Marion d’Allard.

Washington a toujours mis la Grande Île au centre de son viseur. Mais Donald Trump a le doigt sur la détente. « Cuba vit ses dernières heu...