On imagine déjà
les paillettes et les larmes. Les zooms serrés sur le parterre de stars. Les
remerciements entre rires et sanglots. Les trophées brandis. Et puis ? Et
puis rien d’autre. La 51e cérémonie des Césars, organisée ce jeudi
26 février à l’Olympia, risque bien de n’être que cette lisse parade du
cinéma français.
Sans aspérité,
colère ou revendication. Les intermittents du
spectacle, dont le régime d’indemnisation
chômage est sous la menace d’un nouveau durcissement, seront relégués à
l’extérieur de la salle. Un signal d’alarme. Ces indispensables fabricants du
cinéma n’auront pas la place qu’ils méritent dans cette fête du 7e
art, plus que jamais aseptisée.
Ne nous y
trompons pas. Cette cérémonie des Césars, bordée de près, n’est pas le signe
d’une dépolitisation. Mais bien le témoignage, au contraire, de la
bollorisation qui menace aujourd’hui le cinéma français. Propriétaire de Canal
Plus – principal financeur privé – et nouvel actionnaire depuis octobre des
salles UGC, le milliardaire réactionnaire est désormais présent à toutes les
étapes de la création cinématographique : financement, diffusion,
distribution, exploitation. Avec une minutie glaçante, Vincent Bolloré
reproduit dans ce secteur la stratégie d’intégration verticale qu’il a
appliquée dans l’édition et la presse, rendant toute une industrie dépendante
de ses subsides et, ô combien, vulnérable à ses visées idéologiques.
La conquête du
monde culturel est l’un des piliers du projet politique de Vincent Bolloré. À
l’image du projet de parc de loisirs de Pierre-Édouard Stérin, l’autre grand
mécène de la galaxie réac, le milliardaire breton sait que, s’il veut imposer
son récit et rabattre une majorité de Français à l’extrême droite, il doit
conquérir les imaginaires, contrôler ce qui fait rêver, penser, désirer. Face à
cette emprise grandissante, les pouvoirs publics ne peuvent rester les bras
ballants et se contenter d’un sous-investissement complice. La liberté de
création est l’un de nos fondements démocratiques. En ce sens, le silence dans
les rangs auquel on pourrait assister ce soir doit tous nous alerter.
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