vendredi 27 février 2026

« Le fascisme ne s’avance jamais sans violence », l’éditorial de Rosa Moussaoui.



Aucun fard, aucun déguisement, aucune entreprise de falsification ne peut effacer cette leçon historique : il n’existe pas de fascisme inoffensif, de fascisme poli, de fascisme à visage humain. La violence de l’extrême droite ne relève pas de la dérive ; elle est le principe organisateur de cette idéologie. Elle est constitutive de la dynamique fasciste, indissociable de sa doctrine comme de sa pratique. Elle en est l’horizon, la promesse, la fin.

Sa matrice ? Un sentiment de perte, une obsession : celle du déclin communautaire, qui nourrit la haine d’un ennemi intérieur. La nation serait un corps malade, gangrené par des éléments « impurs » dont il faudrait l’expurger – l’autre de provenance étrangère, le juif, l’égalitaire, le dissident sexuel… L’ennemi désigné devient une menace ontologique, la politique se mue en lutte à mort. Le fascisme, analyse l’historien états-unien Robert Paxton, s’arrime au fantasme d’une « violence rédemptrice », poursuivant un objectif de « nettoyage interne ».

Il ne s’avance jamais sans violence. Il la conçoit comme une vertu, il la cultive, il s’y enivre. Les ligues, les chemises noires, les SA et autres formations paramilitaires n’ont jamais été des excroissances incontrôlées. Elles étaient le cœur battant du projet fasciste, ses missionnaires, ses exécutantes censées purifier la nation, la ramener à quelque âge d’or chimérique.

Leur violence – comme celle de leurs héritiers revendiqués qui ont défilé le 21 février à Lyon avec la bénédiction du ministre de l’Intérieur – est programmée, ritualisée, spectaculaire. Elle parle plus fort que les mots : elle fabrique le consentement par la peur, l’intimidation.

Les oripeaux de respectabilité que l’extrême droite française a patiemment recousus depuis la Libération ne la coupent en rien de cette généalogie. Elle espère demain s’imposer au pouvoir avec, dans son sillage, ses miliciens rompus aux ratonnades et aux expéditions punitives. Le fascisme n’est pas un vestige enterré du XXe siècle, nous dit Paxton, qui saisit une autre leçon historique : il ne triomphe jamais seul, sans « associés » dans « les élites conservatrices ou libérales », mais son avènement est « évitable » et l’issue « dépend de choix humains ».

 

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« Le fascisme ne s’avance jamais sans violence », l’éditorial de Rosa Moussaoui.

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