Aucun fard,
aucun déguisement, aucune entreprise de falsification ne peut effacer
cette leçon historique : il n’existe pas de fascisme inoffensif, de
fascisme poli, de fascisme à visage humain. La violence de
l’extrême droite ne
relève pas de la dérive ; elle est
le principe organisateur de cette idéologie. Elle est
constitutive de la dynamique fasciste, indissociable de sa doctrine comme
de sa pratique. Elle en est l’horizon, la promesse, la fin.
Sa
matrice ? Un sentiment de perte, une obsession : celle du déclin
communautaire, qui nourrit la haine d’un ennemi
intérieur. La nation serait un corps malade, gangrené par des
éléments « impurs » dont il faudrait l’expurger – l’autre de
provenance étrangère, le juif, l’égalitaire, le dissident sexuel… L’ennemi
désigné devient une menace ontologique, la politique se mue en lutte à
mort. Le fascisme, analyse l’historien états-unien Robert Paxton,
s’arrime au fantasme d’une « violence rédemptrice »,
poursuivant un objectif de « nettoyage interne ».
Il ne s’avance
jamais sans violence. Il la conçoit comme une vertu, il la cultive,
il s’y enivre. Les ligues, les chemises noires, les SA et autres
formations paramilitaires n’ont jamais été des excroissances
incontrôlées. Elles étaient le cœur battant du projet fasciste, ses
missionnaires, ses exécutantes censées purifier la nation, la ramener
à quelque âge d’or chimérique.
Leur violence –
comme celle de leurs héritiers revendiqués qui ont défilé le
21 février à Lyon avec la bénédiction du ministre de
l’Intérieur – est programmée, ritualisée,
spectaculaire. Elle parle plus fort que les mots : elle fabrique
le consentement par la peur, l’intimidation.
Les oripeaux de
respectabilité que l’extrême droite
française a patiemment recousus depuis la
Libération ne la coupent en rien de cette généalogie. Elle espère demain
s’imposer au pouvoir avec, dans son sillage, ses miliciens rompus aux
ratonnades et aux expéditions punitives. Le fascisme n’est pas un vestige
enterré du XXe siècle, nous dit Paxton, qui saisit
une autre leçon historique : il ne triomphe jamais seul, sans « associés »
dans « les élites conservatrices ou libérales », mais son
avènement est « évitable » et l’issue « dépend
de choix humains ».

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