Il n’y avait
pas foule dans les rues de Lyon, samedi 21 février, pour rendre hommage à
Quentin Deranque, tué sous les coups d’une poignée de militants d’extrême
gauche une semaine auparavant. Trois mille personnes, tout au plus, ont défilé,
selon les chiffres préfectoraux, inhabituellement proches de ceux des
organisateurs. C’est peu, au regard du battage médiatique ahurissant des jours
précédents visant à faire passer l’extrême droite pour de pacifiques démocrates
en proie à la violence antifasciste. Et pour cause, ce qu’on nous a vendu comme
une « marche blanche » était pour l’essentiel un rassemblement de
nervis fascistes.
Les consignes
données aux participants pour tromper les apparences ont révélé ce qu’elles
voulaient précisément dissimuler : « Évitez les logos ou symboles
liés à des groupes ou organisations du milieu (sic) ; pas de symboles
polémiques ou mal interprétables », relayait une « boutique
nationaliste » en ligne au logo orné de la croix celtique. Peine perdue. La manifestation a eu
beau se dérouler « dans le calme » pour entretenir l’illusion, les
saluts nazis, les slogans racistes étaient de la partie.
Le meurtre de
Quentin Deranque est odieux et inacceptable. Cela ne peut pas être prétexte à
renvoyer à la gauche la responsabilité de la violence pour dédouaner l’extrême
droite qui en est coutumière, comme l’a encore démontré l’arrestation d’un
militant du RN n’hésitant pas à ouvrir le feu sur les unités du Raid, le
17 février, à Châteauroux. La manifestation de Lyon s’est déroulée sous
protection policière, avec la bénédiction des autorités. Des librairies, des
bibliothèques ont dû baisser le rideau ; des soirées de soutien aux
migrants ou aux LGBT + ont été annulées.
Des activités
parfaitement légales ont ainsi été suspendues pour laisser l’espace public à
ceux qui défient la loi. Et, de grâce, qu’on n’invoque pas les commerces qui
ferment sur le passage des manifestations sociales : la violence du
« black bloc », qui s’exerce de l’extérieur des cortèges, s’abat en
priorité sur les militants syndicaux, parfois avec la complaisance passive des
forces de police. Les dégâts – condamnables – que cette violence laisse
derrière elle sont essentiellement matériels. Elle ne vise pas les passants
selon leur couleur de peau ou leur orientation sexuelle.
À Lyon, la violence des
groupes fascistes se déploie depuis des années contre les minorités et les militants de gauche et
des droits humains, dans l’indifférence des autorités. Dégradations et
agressions forment le quotidien infernal de celles et ceux qui ont le courage
de ne pas baisser les yeux face aux bras tendus. Quant aux meurtres racistes,
ils demeurent une réalité terriblement occultée en France.
Amnesty
International s’en est ému dans son rapport annuel en 2025, qui fait état
« d’une hausse des crimes de haine antisémites, islamophobes ou
racistes » et du « refus » du gouvernement de « s’attaquer »
à leurs causes. Si l’on élargit le tableau à l’ensemble des violences
politiques, on dénombre, de 1986 à 2017, 52 morts dont la responsabilité peut
être attribuée à l’extrême droite et cinq à l’extrême gauche, selon la
chercheuse Isabelle Sommier.
En 2024, les
services de sécurité français ont enregistré 9 700 victimes de crimes et
délits à caractère raciste. Parmi celles-ci, on compte cinq morts directement
imputables à l’extrême droite. Aucune de ces victimes n’est tombée lors d’affrontements
entre groupes politiques. Il s’agit de meurtres gratuits. Angela Rostas, en
Haute-Savoie ; Djamel Bendjaballah, dans le Nord ; Rochdi Lakhsassi,
dans les Vosges ; les exilés kurdes Mustafa et Ahmid, dans le Nord. Pas un
de ces suppliciés de la haine fasciste n’a eu droit à sa minute de silence. Où
est la justice ?

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