Copié-collé Dans le
foisonnement d’une actualité pour le moins délétère, la longue interview
accordée vendredi 13 février par Bruno Retailleau au Figaro Magazine
est quelque peu passée inaperçue – sauf pour les contempteurs ou les adulateurs
du genre auxquels rien n’échappe. Le président du parti « Les
Républicains » (LR) y annonçait donc sa déclaration de candidature à
l’élection présidentielle de 2027, déclinant les thèmes qui lui tiennent à
cœur.
Nous le
savions, nous en avons la confirmation : l’ex-ministre de l’Intérieur
enterre définitivement la droite républicaine. Même Françoise Fressoz, dans le
Monde, parle d’« un modèle du genre ». Et pour cause. « Tous
les thèmes ressassés par le Rassemblement national (RN) – perte de
souveraineté, impuissance publique, déclin nataliste, danger migratoire, crise
de l’autorité – sont méthodiquement déclinés. (…) La remise en cause de l’État
de droit est confirmée et détaillée. »
Autant le
dire : un copié-collé des propositions de l’extrême droite. Bruno Retailleau joue
donc, sans surprise et sans complexe, l’air de la rupture avec le macronisme dans l’espoir de retenir un électorat de droite de
plus en plus sensible aux sirènes du RN. Une offensive idéologique décomplexée
alliant libéralisme économique, conservatisme sociétal et souverainisme
juridique. « Un cocktail qui se prétend sérieux, mais ouvre la boîte de
Pandore », écrit le Monde…
Litanie Les unes après
les autres, les digues sautent. Et la droite républicaine, jadis
« riche » de sa diversité, entre une aile libérale et un pôle
souverainiste, éclate au grand jour. Ce n’est plus la droite, mais
l’ultradroite en boucle, une sorte de vieux manuel de catéchisme
politique : tout y est, jusqu’aux formules récitées avec application, sans
jamais trembler devant le réel. Avec Retailleau, on retrouve cette droite dure
qui se veut droite dans ses bottes, raide dans ses principes, et qui confond la
constance avec l’entêtement. Il parle d’autorité comme d’autres parlent de
météo : il s’agirait d’une « évidence », d’un phénomène « naturel »,
d’une nécessité « indiscutable ».
L’État doit « rétablir
l’ordre », « restaurer la nation », « assumer
ses frontières ». Vocabulaire martial, syntaxe ferme, propos graves.
Mais, derrière l’emphase, que reste-t-il, sinon cette litanie d’inquiétudes,
recyclées en certitudes ? Il y a chez lui une manière de poser le diagnostic
comme on assène un verdict.
La France
serait « fragilisée », « minée », « menacée »
– par l’immigration, le laxisme, l’effacement des repères. Il ne débat pas, il
déplore. Il ne nuance pas, il tranche. Aucune analyse de notre
ici-et-maintenant, mais récit fantasmé. Et ce récit a ses héros (ceux qui « tiennent
bon »), ses coupables (ceux qui « renoncent ») et ses
traîtres (ceux qui « s’accommodent »). Mais à quoi ?
Verticalité Cette
dramaturgie permanente finit par sonner creux. À force de voir des périls
partout, on ne voit plus les complexités. À force d’invoquer l’autorité, on
oublie de définir la justice. Retailleau invoque la République, mais une
République d’ordre, presque une République disciplinaire, où la liberté semble
toujours suspecte et la solidarité conditionnelle.
On pourrait lui
accorder le mérite de la cohérence, fidèle à sa ligne. Sauf qu’il assène comme
si le monde n’avait pas changé, comme si les fractures sociales, écologiques,
démocratiques pouvaient se résoudre par un simple retour à la verticalité.
Comme si la complexité contemporaine appelait moins d’intelligence que de
fermeté. Son entretien ressemble à une mise en garde permanente :
attention au délitement, attention à la décadence, attention au déclassement.
Tout est menace.
Rien n’est
promesse. Tout aussi incroyable, cette tentation de réduire le débat à une
opposition morale : les courageux contre les faibles, les lucides contre
les naïfs, convoquant les « racines », la « civilisation ».
Et puis cette posture du gardien, comme un gardien de prison, qui n’ouvre
aucune perspective mais excite. La France n’a pas besoin de gardiens, mais
d’inventeurs.
À force de se
présenter comme un rempart, Bruno Retailleau finit par oublier qu’un rempart ne
construit rien : il empêche, il retient, il bloque. Bruno Retailleau a
basculé dans le camp de l’extrême droite et il l’assume. Et il n’est pas le
seul…

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