vendredi 20 février 2026

« Droites extrêmes », le bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin.



Copié-collé Dans le foisonnement d’une actualité pour le moins délétère, la longue interview accordée vendredi 13 février par Bruno Retailleau au Figaro Magazine est quelque peu passée inaperçue – sauf pour les contempteurs ou les adulateurs du genre auxquels rien n’échappe. Le président du parti « Les Républicains » (LR) y annonçait donc sa déclaration de candidature à l’élection présidentielle de 2027, déclinant les thèmes qui lui tiennent à cœur.

Nous le savions, nous en avons la confirmation : l’ex-ministre de l’Intérieur enterre définitivement la droite républicaine. Même Françoise Fressoz, dans le Monde, parle d’« un modèle du genre ». Et pour cause. « Tous les thèmes ressassés par le Rassemblement national (RN) – perte de souveraineté, impuissance publique, déclin nataliste, danger migratoire, crise de l’autorité – sont méthodiquement déclinés. (…) La remise en cause de l’État de droit est confirmée et détaillée. »

Autant le dire : un copié-collé des propositions de l’extrême droite. Bruno Retailleau joue donc, sans surprise et sans complexe, l’air de la rupture avec le macronisme dans l’espoir de retenir un électorat de droite de plus en plus sensible aux sirènes du RN. Une offensive idéologique décomplexée alliant libéralisme économique, conservatisme sociétal et souverainisme juridique. « Un cocktail qui se prétend sérieux, mais ouvre la boîte de Pandore », écrit le Monde

Litanie Les unes après les autres, les digues sautent. Et la droite républicaine, jadis « riche » de sa diversité, entre une aile libérale et un pôle souverainiste, éclate au grand jour. Ce n’est plus la droite, mais l’ultradroite en boucle, une sorte de vieux manuel de catéchisme politique : tout y est, jusqu’aux formules récitées avec application, sans jamais trembler devant le réel. Avec Retailleau, on retrouve cette droite dure qui se veut droite dans ses bottes, raide dans ses principes, et qui confond la constance avec l’entêtement. Il parle d’autorité comme d’autres parlent de météo : il s’agirait d’une « évidence », d’un phénomène « naturel », d’une nécessité « indiscutable ».

L’État doit « rétablir l’ordre », « restaurer la nation », « assumer ses frontières ». Vocabulaire martial, syntaxe ferme, propos graves. Mais, derrière l’emphase, que reste-t-il, sinon cette litanie d’inquiétudes, recyclées en certitudes ? Il y a chez lui une manière de poser le diagnostic comme on assène un verdict.

La France serait « fragilisée », « minée », « menacée » – par l’immigration, le laxisme, l’effacement des repères. Il ne débat pas, il déplore. Il ne nuance pas, il tranche. Aucune analyse de notre ici-et-maintenant, mais récit fantasmé. Et ce récit a ses héros (ceux qui « tiennent bon »), ses coupables (ceux qui « renoncent ») et ses traîtres (ceux qui « s’accommodent »). Mais à quoi ?

Verticalité Cette dramaturgie permanente finit par sonner creux. À force de voir des périls partout, on ne voit plus les complexités. À force d’invoquer l’autorité, on oublie de définir la justice. Retailleau invoque la République, mais une République d’ordre, presque une République disciplinaire, où la liberté semble toujours suspecte et la solidarité conditionnelle.

On pourrait lui accorder le mérite de la cohérence, fidèle à sa ligne. Sauf qu’il assène comme si le monde n’avait pas changé, comme si les fractures sociales, écologiques, démocratiques pouvaient se résoudre par un simple retour à la verticalité. Comme si la complexité contemporaine appelait moins d’intelligence que de fermeté. Son entretien ressemble à une mise en garde permanente : attention au délitement, attention à la décadence, attention au déclassement. Tout est menace.

Rien n’est promesse. Tout aussi incroyable, cette tentation de réduire le débat à une opposition morale : les courageux contre les faibles, les lucides contre les naïfs, convoquant les « racines », la « civilisation ». Et puis cette posture du gardien, comme un gardien de prison, qui n’ouvre aucune perspective mais excite. La France n’a pas besoin de gardiens, mais d’inventeurs.

À force de se présenter comme un rempart, Bruno Retailleau finit par oublier qu’un rempart ne construit rien : il empêche, il retient, il bloque. Bruno Retailleau a basculé dans le camp de l’extrême droite et il l’assume. Et il n’est pas le seul…

 

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