Oh, comme elle
a dû être surprise, la préfète du Rhône et d’Auvergne Rhône-Alpes,
qui a signalé sans tarder les saluts nazis
et les insultes racistes de la manifestation de samedi. Est-ce
qu’on n’attendait pas plutôt un rassemblement d’étudiants modèles,
travailleurs, épris de spiritualité ? Allons donc, elle savait
très bien à quoi s’en tenir et avait mis en garde. Depuis plusieurs
années et sa prise de fonction, les alertes et les
faits n’ont pas manqué concernant l’activité et les exactions des groupuscules extrémistes dans la région lyonnaise.
En 2023, le PCF
lui adressait d’ailleurs une lettre ouverte à ce sujet. Les multiples
messages échangés entre des groupes comme Némésis et des figures de la
mouvance néonazie lyonnaise étaient bien connus, comme les diverses
condamnations de ces mêmes figures pour des faits de violence.
Jordan Bardella lui-même n’ignorait pas l’état des lieux, qui avait
appelé les élus et militants du RN à ne pas participer à
cette marche. Ce qui, soit dit en passant, signifiait a
contrario que nombre d’entre eux étaient susceptibles d’y
aller et que, donc, les ponts ne sont pas rompus comme le
prétend le président du RN.
Alors le
ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, était-il au courant ? On
se doit de le supposer, sans quoi il aurait fait preuve
d’une étonnante incompétence. C’est donc en connaissance de
cause et en toute conscience qu’il a autorisé la manifestation
publique d’une extrême droite ouvertement raciste, homophobe, avec
à sa tête ses figures connues, rendant du même coup le
RN « acceptable ».
Le ministre de
l’Intérieur a-t-il décidé de son propre chef de cette opération sans précédent,
ouvrant à une intronisation dans « l’arc républicain » et à
quelles fins ? La question est également à poser au président de la
République. Car il ne s’agit évidemment pas d’une erreur
d’appréciation. En même temps que l’on assiste à un glissement de
plus en plus évident des médias des milliardaires vers
l’extrême droite, le choix politique stratégique de la classe au
pouvoir est bien celui de la droite jusqu’à ses extrêmes, contre la
gauche, quelles que soient ses divergences et sa diversité.

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