lundi 4 mars 2024

« 1984-2024 », le billet de Maurice Ulrich.



C’est, selon le magazine Challenges de Claude Perdriel et Bernard Arnault, « le conte noir du wokisme » qu’analyse, dans un livre destiné à son fils, Quand il aura vingt ans (Fayard), la politologue Chloé Morin qui se dit de gauche et est donc saluée à droite. Ça devient logique. « Cette scientifique, nous dit-on, dissèque un phénomène qui touche fortement l’université et nos futures élites. » Et voici la définition du mal : « Injonction permanente à l’éveil, à dénoncer toute discrimination à l’égard des minorités religieuses, ethniques, sexuelles, à déconstruire les représentations et préjugés que les générations précédentes n’avaient même pas eu envie de questionner. » Et c’est grave, docteure Morin ? Dans un registre un peu différent, le magazine Valeurs actuelles, qui dresse son tableau des personnalités « en hausse » ou « en baisse », met Anne Hidalgo en baisse. Qu’on imagine : « La maire de Paris a gagné : 14 logements sociaux seront construits dans le 1er arrondissement de la capitale. » Comment disait-il, Orwell, déjà, dans 1984 ? « La guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage », et ainsi de suite… En fait, il voulait dire 2024.

« Historique », l’éditorial de Marion d’Allard dans l’Humanité.



Les marches ont été gravies une à une. Le Parlement, réuni en congrès à Versailles ce lundi, doit franchir la dernière : ratifier, à la majorité des trois cinquièmes, l’inscription dans la Constitution de la « liberté garantie » des femmes de mettre fin à une grossesse. Plus d’un demi-siècle après la publication du manifeste des 343, consigner enfin le recours à l’IVG dans la « norme suprême du système juridique français » tiendrait de la victoire incontestable. Celle de la lutte acharnée des femmes – trop souvent au péril de leur vie – pour leurs droits, pour leur liberté légitime et absolue de disposer de leur corps. Leur combat les honore.

Leurs sacrifices nous obligent. Faire entrer l’IVG dans la Constitution est un acte politique historique qui serait unique au monde. Mais, à l’heure où l’hôpital public se meurt sous les coups de boutoir budgétaires, où la médecine de ville traverse une crise profonde et où le gouvernement laisse la désertification médicale enclaver des territoires entiers, ne baissons pas les armes. L’accès effectif à l’IVG continue d’exiger vigilance et combativité.

Reste le poids du symbole, la force de l’exemple dans l’universalité du combat. D’Argentine, d’Espagne, d’Allemagne et de Pologne, des féministes témoignent. Elles racontent la réalité de l’avortement dans leur pays, elles disent la fierté de voir se concrétiser en France l’aboutissement d’une lutte qu’elles partagent, elles confient surtout l’espoir que ce qui se passe ici fait naître aux quatre coins du monde.

Nous le savons toutes et tous, l’extrême droite, les conservatismes de tout poil sont les ennemis des droits des femmes. Partout où leurs apologistes gagnent du terrain, la liberté des femmes est attaquée. En Afrique, en Amérique latine, aux États-Unis, en Asie, 700 millions d’entre elles vivent sous la contrainte de législations restreignant drastiquement l’accès à l’avortement, quand, dans 24 pays, il est strictement prohibé. Inscrire l’IVG dans la Constitution n’est pas qu’une affaire nationale. Sa portée traverse les frontières et chuchote à l’oreille de celles et ceux qui se battent contre ce vieux monde et tous ses légataires.

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« Quelle question ? », le billet de Maurice Ulrich.



On s’en voudrait de mettre en doute l’émotion, dans un entretien du Parisien Dimanche, de la ministre Aurore Bergé, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, à propos du vote au Sénat sur l’IVG et le projet de loi qu’elle avait déposé en 2022 : « J’en ai pleuré. »

Bien, mais avec une pertinence un brin inattendue, les journalistes lui posent cette question : « La première proposition de loi à ce sujet est déposée au Sénat par les communistes en 2017. Pourquoi le gouvernement ne l’a-t-il pas soutenue à l’époque ? »

Là, on peut citer mot à mot la réponse : « Ce qui est arrivé aux États-Unis a été révélateur. Lorsque la Cour suprême a annulé l’arrêt Roe v. Wade, en juin 2022, qui garantissait le droit d’avorter sur tout le territoire, nous avons réalisé que rien ne pourrait l’empêcher en France un jour. Nous n’avons pas un microclimat qui nous protège du populisme. Nous avons une majorité pour sanctuariser ce droit. Il serait fou de ne pas nous en servir. » Certainement. Sinon, quelle était la question ?

 

vendredi 1 mars 2024

INQUIÉTUDE !



Dans un billet, que vous trouverez ci-dessous, Patrick Le HYARIC laisse poindre son inquiétude face aux lourds dangers que recèle la situation politique tant au plan national, qu’international. Je partage les mêmes craintes, les mêmes préoccupations. Le président de la République, n’exclue pas l’envoi de troupes au sol en Ukraine. Dans la foulée, d’anciens officiers en retraite, des experts de la « guerre » défilent dans les médias, nous expliquant que c’est le seul chemin pour vaincre la Russie, pour que l’Europe reste un espace de liberté et de démocratie ». Certains n’hésitant pas à traiter de « munichois », celles et ceux qui tout en condamnant le choix criminel de Poutine et soutenant l’aide à apporter à l’Ukraine, considèrent qu’il n’y a pas de solution militaire au conflit et que la réponse est politique.  La locution latine « Si vis pacem, para bellum » (« Si tu veux la paix, prépare la guerre ») pourrait résumer la tonalité des propos d’Emmanuel  Macron. Le même, qui par ses initiatives met en scène le Rassemblement national. En 2027, Jupiter ne sera plus là, après avoir servi, 10 années durant, les intérêts du monde de la finance. Si les forces du capital considéraient que l’extrême droite était la mieux à même de défendre leurs privilèges elles n’hésiteraient pas. C’est à se demander si Macron ne s’y résout pas dès maintenant. Durant ces dernières semaines, les médias, publics y compris, sont à l’heure « Le Pen/Bardella ». Le président se fait huer au salon de l’agriculture, le couple  d’extrême droite reçoit une ovation. Un hasard ? Pendant que Bardella, qui dit ne pas « être né avec une cuillère d’argent dans la bouche », apparaît comme « le jeune courageux et moderne », Marine Le Pen se fend d’une tribune sur le mur de la dette dans « Les Échos », et d’un appel aux économistes pour l’aider à construire son programme. Un appel du pied à la droite et aux patrons. « La dette, dérive des finances publiques » n’est-ce pas le discours habituel de la droite, de Bayrou à Philippe en passant par Wauquiez ? Que « les Échos publient  une telle tribune est inquiétant. Il ne suffit pas de constater la montée de l’extrême droite dans les sondages. Mener la bataille idéologique pour démystifier son « vernis social », s’adresser au monde du travail et de la création, aux jeunes, aux retraités, en vue de favoriser leurs convergences sur tous les terrains, vie chère, salaires, pensions, emploi, logement, éducation, transports, services publics, climat…sont des impératifs. L’urgence est aux luttes, au rassemblement de ces millions de femmes, d’hommes, de jeunes, en souffrance, mais qui gardent l’espoir, chevillé au corps. La semaine prochaine, le 8 mars est un rendez-vous à ne pas manquer !

 

 

Billet de Patrick Le Hyaric

« La folie guerrière des impérialismes va-t-elle l’emporter sur les forces de paix. La question se pose de plus en plus après les conclusions de la conférence de Munich tenue le 16 février et le sommet des chefs d’État et de gouvernement européen qui s’est tenu lundi soir à l’initiative de M. Macron. Une fois de plus, celui-ci était bien loin, très loin des belles paroles prononcées à l’occasion de la panthéonisation de Missak Manouchian et de ses camarades. Il y a évoqué pour la première fois l’envoi de troupes au sol en Ukraine. Autrement dit il propose que nous entrions en guerre contre la Russie. Une cohorte de militaires en retraite et de journalistes guerriers lui ont emboité le pas. La duplicité et l’hypocrisie de M. Macron n’ont aucune limite. Son obsession à bazarder l’histoire et l’héritage de la diplomatie française est patente.

Sa propension à vouloir créer les conditions d’une large progression de l’extrême droite au mois de juin prochain saute aux yeux. On a encore pu observer cet infernal et mortifère manège à l’occasion de l’ouverture du Salon International de l’Agriculture ou il a transformé le mouvement paysan en suppôt de cette extrême droite au lieu de répondre aux préoccupations des petits et moyens paysans qui n’en peuvent plus à cause du système qu’il défend bec et ongles. Et les grands médias y compris ceux du service public qui accompagne ce mouvement sont très préoccupants. Ils risquent de s’en mordre les doigts. Il sera alors trop tard. La manière dont ont été promotionné les visites de Bardella puis Le Pen au Salon de l’agriculture alors que celles des forces de gauche ont été effacées est une honte.

Comme d’autres chefs d’état et de gouvernement, Macron et les siens prônent la guerre sociale aux travailleurs et aux familles populaires pour mieux préparer la guerre militaire dont les capitalistes ont besoin : pression sur les salaires, laisser monter l’inflation, nouvelles contre-réformes des droits des chômeurs, augmentation des franchises médicales et moindre remboursement de certains soins même ceux liés à une longue maladie, plan d’austérité en 2024 et 2025. Pendant de temps, les dirigeants européens et américains couvrent de paroles leur soutien au pouvoir israélien qui mitraille et détruit Gaza tout en laissant la population mourir de faim. Le sang des Palestiniens entachera leurs mains pour longtemps ! Nous ne pouvons pas nous habituer à cela.

Parlons clair et net : la situation devient dangereuse. L’escalade est engagée avec l’autocrate Poutine qui brandit à nouveau la menace nucléaire.


Cette situation mériterait des initiatives politiques et le déploiement d’un large mouvement anti-guerre, un renforcement du mouvement de la paix.

C’est cette alerte que j’ai lancé cette semaine avec mon billet de la semaine sous le titre : Halte à l’hystérie militariste ».

FLEUR DESSÉCHÉE !



Tiens, on m’a oubliée perdue entre deux pages, je n’étais qu’une fleur coincée parmi des mots, un petit brin d’amour trouvé avant l’orage, devenu pour un temps symbolique cadeau. Une main de désir m’avait cueillie, légère, sur ce talus de mousse où ils étaient assis, et j’avais entendu leurs chansons, leurs prières, leurs rêves d’avenir et leurs craintes aussi. J’avais vu ces baisers, ces étreintes, ces gestes, ces yeux qui s’embuaient d’un trop-plein de bonheur, je ne suis aujourd’hui qu’un peu de foin qui reste sur la vie moissonnée par les lames du cœur. Alors, je reste là craintive et sans attrait. Où sont-ils à présent ceux qui m’avaient choisie. Reste-t-il mon parfum au flacon des regrets, un peu de flamme encore pour d’autres rêveries. Se promène le temps qui effeuille les roses mais subsiste toujours un peu de souvenir, une fleur desséchée qu’un jardinier arrose et qui n’en finit pas de toujours revenir.

« Des frites », l’éditorial de Maurice Ulrich dans l’Humanité.



Les agriculteurs et les exposants présents au salon de la porte de Versailles sont fondés à se demander si, en parallèle de la Fashion Week, la semaine de la mode, qui avait lieu en même temps, ils n‘ont pas servi de décor aux défilés de la Politic Week. Les visites du président, des ministres, des responsables et candidats des partis y sont de tradition, mais avec les élections européennes en perspective, en pleine crise agricole, en France et en Europe, le salon est devenu un enjeu majeur et le terrain d’une démagogie effrénée.

On peut retenir de ce point de vue l’omniprésence du RN ayant oublié les votes de ses députés européens en faveur de la politique agricole commune (PAC) et ses choix productivistes. Et que dire de la proposition de prix plancher d’Emmanuel Macron qui avait toujours rejeté cette idée défendue depuis des années par le PCF, comme ont pu le rappeler Fabien Roussel, Léon Deffontaines et André Chassaigne lors de leur propre visite.

Sans doute ce salon restera comme un épisode marquant de la crise agricole en France. Mais pour quels résultats ? La crise ne concerne pas que la France. Elle n’est pas seulement le talon d’Achille de l’Europe, elle est, quand bien même elle s’exprime d’un pays à l’autre avec une force nouvelle, voire inattendue du côté des institutions, inscrite dans sa structure même et dans ses choix les plus essentiels. Depuis la réforme en 1992 de la PAC, c’est la mise en compétition des agricultures à l’échelle mondiale qui l’a emporté sur la régulation des prix européens, certes insuffisante, mais posée comme une nécessité et une perspective.

Emmanuel Macron se flatte d’avoir obtenu la suspension de l’accord de libre-échange Mercosur, mais quid de ceux avec la Nouvelle-Zélande, le Canada, et de ceux qui se négocient avec le Kenya et le Chili ? Cette politique agricole mondiale est tout autant désastreuse pour les pays extra-européens que pour ceux de l’UE. On peut citer pour seul exemple celui de la Colombie, qui subit les importations massives de frites européennes au prix de la destruction de sa riche production de pommes de terre. Ces jours-ci, l’événement en Europe serait la réélection annoncée de Madame von der Leyen. Pour la même politique.

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« C’est lui ! », le billet de Maurice Ulrich.



Ce qui est bien avec les anciens nouveaux philosophes comme Pascal Bruckner, c’est qu’en deux phrases on comprend 300 pages. Ainsi du titre de son dernier livre, Je souffre donc je suis. Portrait de la victime en héros (Grasset). Il faut lui reconnaître, depuis son premier livre, le Sanglot de l’homme blanc, une certaine constance.

De la dénonciation de la haine de soi de la gauche au regard du tiers-monde à la volonté d’ériger les victimes en héros, on saisit l’idée et ce qui nous affaiblit quand « nous sommes en guerre et nous avons besoin de pensées qui exaltent l’énergie, l’ardeur ».

Bien entendu, les femmes sont au premier rang de la « concurrence victimaire » et « la théologie de MeToo est sans pitié : le pardon n’existe plus (…) le pécheur est précipité vivant dans le chaudron des damnés », cela quand « on peut survivre à un viol, jamais à un assassinat ». Mais peut-être faut-il comprendre le drame de Pascal Bruckner, victime lui-même de ce monde victimaire. « Je soufre, donc je suis. » En fait, il parle de lui.

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« La barbarie assumée de Netanyahou devant les Nations Unies », l’éditorial de Stéphane Sahuc

Sans surprise, l’Assemblée générale des Nations unies a été le théâtre d’une scène qui a scandalisé le monde. Visé par un mandat d’arrêt d...