mercredi 23 juillet 2025

« Pétition contre la loi Duplomb : un précieux rappel citoyen », l’éditorial de Gaël de Santis.



Et si l’intervention citoyenne devenait la clé de voûte de notre République ? On ne compte plus les fois où une majorité de députés, inspirés par la doxa libérale, votent des dispositions réprouvées par une majorité de Français. Dans quelques rares cas, la République prévoit la possibilité d’une démarche populaire.

Fait inédit, pour la première fois, à la rentrée, les députés devront discuter du texte d’une pétition. Avec 1,75 million de signataires, celle contre la loi Duplomb dépasse de loin le seuil de 500 000 requis pour déclencher un débat à l’Assemblée nationale.

La gauche fait pression pour que cela soit suivi d’un vote, là où ses promoteurs, le centre, la droite et l’extrême droite considèrent l’affaire pliée. D’autres outils existent, sous-utilisés. Certaines législations peuvent être soumises à référendum si 185 parlementaires et 10 % du corps électoral le demandent.

En 2020, plus d’un million de signatures avaient été collectées contre la privatisation d’Aéroports de Paris prévue par la loi Pacte, poussant le gouvernement à abandonner le projet ; l’attachement des citoyens au bien commun avait prévalu sur les appétits de la finance.

Cette procédure est malheureusement cadenassée : certains textes ne rentrent pas dans le périmètre possible d’un référendum… comme la réforme des retraites de 2023. En outre, il faut rassembler pas moins de 4,5 millions de signataires.

Loi Duplomb, réforme des retraites… c’est toute la verticalité de la Ve République qui apparaît : l’ascendant de l’exécutif sur le Parlement, maté à coups de 49.3 ; et le fossé entre députés et citoyens, sommés de ne s’exprimer que tous les cinq ans.

D’autres pays comme la Suisse, l’Italie, la Slovénie organisent souvent des référendums, d’initiative populaire ou non, sur la retraite, le droit du travail, l’accès à l’avortement. Cela répare souvent les « erreurs » de la démocratie représentative. En 2019, Emmanuel Macron entendait permettre un référendum d’initiative citoyenne dès qu’un million de signatures étaient réunies. Chiche !

 

« Quand le quizz de l’été de l’Opinion verse dans l’anticommunisme », le billet de Maurice Ulrich.



Ils font partie, avec les crèmes solaires, les tongs et la silhouette autrement appelée summer body, des grands classiques de l’été. Les quizz. « Ai-je envie de tromper mon mari ? » « Est-ce que j’aime vraiment mes gosses ? » « Suis-je un peu ou beaucoup méchante ? »

Dans le magazine Biba… « Comment vont les amours ? » dans Libération… Le quotidien l’Opinion, dont Bernard Arnault a récemment pris le contrôle après Paris-Match, en plus donc des Échos et du Parisien, propose un questionnaire portant sur huit nuances de liberté avec des explications bien argumentées pour chacune des bonnes réponses.

Par exemple, à la question 4 portant sur la notion de « liberté formelle », réponse B : « C’est avoir le droit, même si je ne peux pas. » Commentaire : « La liberté formelle est inscrite dans la loi, mais ne garantit pas toujours la possibilité d’en jouir. L’expression est souvent associée à Marx dont Bakounine critiquait ainsi l’œuvre : ”Je déteste le communisme parce qu’il est la négation de la liberté et que je ne peux concevoir rien d’humain sans liberté.” » L’Opinion n’oublie pas les devoirs de vacances.

RALLUMER LES ÉTOILES.



Dans le vent glacial des sentiments qui souffle sur nos continents, nombreux sont les grains de sable qui voltigent dans les tempêtes de réflexion et perturbent les rouages de l’entendement. Les valeurs humaines sont bafouées au quotidien, l’apparence prime sur la réalité, le virtuel devient réel et la puissance des armes fait couler le sang des enfants innocents. Alors, pour oublier la folie des hommes, osons vagabonder dans l’imaginaire pour rayer les maux de ce monde et noircir tout ce qui mine. Si la violence engendre la violence, l’amour engendre la paix. Devons-nous dicter notre manière de vivre ou respecter les différences culturelles qui nous grandissent dans l’échange ?  Ne serait-il pas plus convenable d’accorder aux peuples du monde entiers plus de représentativité, de droit à la parole et de vote de raison pour réfréner les régimes totalitaires et les pouvoirs dictatoriaux ? Est-ce suffisant de décrire les mensonges et de décrier les vérités en n’arpentant que les quatre coins de notre salon ? Ne serait-il pas plus raisonnable d’interdire légitimement les censures de l’information pour ne pas museler la liberté d’expression des femmes, des hommes de réflexion ? Écrire c’est agir, mais critiquer sans s’investir ne vaut rien. Alors, lorsque l’image légitime les mots, pourquoi ne pas crier les vérités à la face du monde et peindre les outrages du temps. Il n’y a pas de grandeur là où il n’y a pas de vérité, dit-on. Oui mais la vérité est l’arme de l’impertinent et le mensonge restera celle du conquérant. Essayons donc de communiquer pour exister et tendre la main à celles, à ceux qui, dans le désarroi, s’accrochent à un souffle de vie, d’une voix, à un toit…N’ayons pas peur de brandir les banderoles de l’injustice, claquant dans le vent messager les mots qui décrivent et dénoncent les maux des puissances infernales. Les jalons que nous alignons sur la route de la vie représentent la mémoire du temps et guideront nos enfants à se repérer dans l’héritage culturel que nous leur confions. Il est grand temps de « rallumer les étoiles ».

 

« Famine à Gaza : ce que nous dit le cri de désespoir des journalistes de l'AFP », l’éditorial de Marion d’Allard

 


C’est un cri d’alarme. Inédit. Déchirant. Un communiqué d’une page, signé par la société des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP), horrifiée des conditions de vie de leurs confrères et consœurs gazaouis. Ils et elles sont les seuls témoins des massacres à huis clos perpétrés dans l’enclave palestinienne depuis vingt et un mois.

Ils et elles documentent, au jour le jour et au péril de leur vie, la situation sur le terrain. Ils et elles vivent dans la bande de Gaza, ils et elles y meurent, aussi, pris pour cible par l’armée de Netanyahou, en proie à la famine organisée et aux épidémies, dépourvus de soins, de véhicules, de carburant. « Sans intervention immédiate, les derniers reporters de Gaza vont mourir », écrivent leurs collègues de l’AFP, soutenus par la direction qui dénonce la situation « effroyable » des journalistes sur place.

L’agence française travaille avec un réseau de correspondants aux quatre coins du monde. Une toile tissée au fil des ans qui permet à toutes les rédactions du pays et du monde d’accéder rapidement à des informations fiables. « Depuis que l’AFP a été fondée en août 1944, nous avons perdu des journalistes dans des conflits, nous avons eu des blessés et des prisonniers dans nos rangs, mais aucun de nous n’a le souvenir d’avoir vu un collaborateur mourir de faim », écrivent encore ses salariés.

Que chacun prenne la mesure de ces mots et Paris ses responsabilités. Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, a demandé que « la presse libre et indépendante puisse accéder à Gaza pour montrer » ce qu’il s’y passe. Il faut aller plus loin. Le gouvernement doit se plier au droit international, sanctionner Tel-Aviv en actionnant tous les leviers à sa disposition : économiques, diplomatiques et judiciaires.

La France en a les moyens, qu’elle en trouve le courage. « Je n’ai plus la force de travailler » ; « Mon corps est maigre » ; « À chaque fois que je quitte la tente (…), je ne sais pas si je rentrerai vivante » ; « Pour la première fois, je me sens vaincu » ; « Ici, résister n’est pas un choix : c’est une nécessité »… Ces mots sont ceux des journalistes palestiniens. À travers eux, résonne la voix ténue de tous les Gazaouis. Puisse-t-elle ne jamais s’éteindre.

 

« Neurosciences », le billet de Maurice Ulrich.



C’est entendu, la France a un problème avec le travail et « les 35 heures ont ancré l’idée que l’activité professionnelle est un mal nécessaire à minimiser (…), il est souvent question de souffrance au bureau, de manque de sens »… Ce qui explique, selon le Figaro de mardi que, dans le privé comme dans le public, la France batte des « records d’absentéisme ». C’est un peu court. Alors il faut remonter à une tribune des Échos, il y a quelques jours, pour avoir une explication du phénomène, une analyse un peu plus scientifique.

Deux docteurs en neurosciences nous disent ainsi comment se perd le goût de l’effort, au regard de ce qu’il coûte : « Notre cerveau opère en permanence un arbitrage entre ce coût perçu et les bénéfices potentiels associés à la complétion de la tâche. Lorsque la balance penche vers un effort jugé trop élevé pour une récompense insuffisante, l’inaction gagne du terrain. Ce constat est solidement ancré dans la littérature scientifique. » Sans doute. C’est une autre façon de parler des salaires, des conditions de travail…

mardi 22 juillet 2025

Chemin de vie !



C'est celui qu'on a envie de prendre, tout droit sans accroc ni détour. Il mène vers la douceur et les jours bleus. Il motive, incite à courir sans effort. A flâner, le nez au vent, à rêver en écoutant les oiseaux. Il est bordé, sécurisé. Il nous évite les surprises, bonnes ou mauvaises, place des balises griffant les nuages, étale un matelas herbeux sous nos pas. On ne voit pas à l'horizon, on est certain qu'on nous pilote, qu'on nous dorlote, et que là-bas, joignant le ciel et les hirondelles, se trouve la récompense. A plus ou moins brève échéance...C'est le chemin qu'on aimerait emprunter, capitonné et lumineux. Il est pourtant peu accessible car des ornières, des barrages, des petits tours dans les bois, des tas de pierre, de la poussière, nous attendent. Notre chemin de vie sent rarement la noisette.

 

« Budget de François Bayrou : riposter sans attendre », la chronique de Patrick Le Hyaric.



Le premier ministre a montré avec morgue comment on peut parler longuement, lors d’un soi-disant « moment de vérité », pour manigancer une grotesque supercherie. Celle-ci appelle une forte réplique populaire.

Retenons d’abord la grossièreté de l’insulte faite aux Françaises et aux Français. Au nom de « sa » vérité, M. Bayrou a exposé un programme à des citoyens qu’ils considèrent comme inconscients tant ils seraient dopés par leur dépendance à l’argent public et à la redistribution sociale. Pourtant, nous étions seulement deux jours après la remise du rapport de la commission d’enquête sénatoriale initié par Fabien Gay, montrant, chiffres – astronomiques – à l’appui, que c’est – au contraire – le grand capital qui suce le sang de toutes les veines des dépenses publiques.

Mieux encore, les salariés français compris au sens large rechigneraient à travailler. Ils auraient trop de congés et ne produisent pas assez. Par-dessus le marché, ils consomment trop de médicaments, se rendent trop chez le médecin, utilisent trop de scanners et de lits d’hôpitaux. Tout ceci entraînant dans une course effrénée, selon M. Bayrou et ses affidés, à l’augmentation de la dette de « 5 000 euros par seconde ».

Soyons francs. Ces déclarations sont plus proches de celles d’un saligaud que celles d’un homme d’État. Ce discours est d’autant plus abject que cet homme a préconisé, soutenu et voté depuis des décennies, les politiques qui ont conduit à la situation que nous connaissons aujourd’hui.

Lui et toutes les variétés de la droite et du social-libéralisme n’ont cessé d’expliquer que les diminutions des impôts de production, les entailles dans le Code du travail, les déremboursements de médicaments, les reculs successifs de l’âge de départ à la retraite allaient rendre les entreprises françaises plus compétitives. Lesquelles allaient investir dans les nouvelles technologies pour permettre des gains de productivité. Et, oh miracle, à la fin, les caisses de l’État allaient se remplir. Le bilan est évidemment le contraire de ces contes capitalistes. La raison en est simple : cette politique n’a jamais été destinée ni à améliorer le sort général des citoyennes et des citoyens, ni la santé du pays et de l’État. Les caisses publiques ont été vidées pour soutenir le capitalisme français, et les marchés financiers avec les intérêts de la dette, la montée en charge des dépenses d’armement depuis plusieurs années.

Bayrou propose d’amplifier cette politique de classe qui dirige de plus en plus de richesses issues du travail vers le capital. Il amplifiera donc le désastre. Voilà ce qui se cache derrière ce bestial bêlement : « En-avant la production » consistant à supprimer des jours fériés, à réduire encore les droits de l’assurance-chômage, le niveau des retraites et des prestations sociales alors que les prix des produits de première nécessité augmentent.

Loin d’être sous l’emprise de « l’absurdie », le pouvoir branlant amplifie une politique qui enrichit les plus fortunés et appauvrit les plus pauvres. Le magazine Challenges vient de montrer que l’avoir total des 500 plus grandes fortunes françaises, qui était de 454 milliards d’euros en 2016, est passé à 1 228 milliards d’euros en 2024, soit un gain de 774 milliards en une huitaine d’années. Cela ne représente pas moins de 170 % d’augmentation, soit 100 milliards de plus chaque année. Deux fois le budget de l’éducation nationale. Ces chiffres démontrent le niveau de la spoliation des richesses du pays. Ils permettent de mesurer l’ampleur du « séparatisme de classe », le niveau de l’atteinte aux valeurs de la République.

Ils doivent être connus, diffusés, expliqués afin de provoquer un véritable sursaut populaire. Les droites, l’extrême droite et les macronistes, refusent de prendre en compte l’idée d’une taxe dite « Zucman » du nom de son auteur consistant à taxer à 2 % ce que l’on peut baptiser « d’ultra-riches », dès lors que leur patrimoine dépasse 100 millions d’euros. Ils sont 1 800 en France. Ils possèdent à eux seuls 1 000 milliards d’euros. S’ils étaient taxés à 4 %, cela permettrait une rentrée de 40 milliards d’euros dans les caisses de l’État. Exactement la facture que présente le sinistre Bayrou aux travailleurs alors que le nombre de citoyens tombés dans la pauvreté vient d’augmenter de 650 000.

D’autres ressources financières peuvent être trouvées avec un impôt de solidarité sur la fortune qui pourrait rapporter jusqu’à 15 milliards, la suppression de la fameuse flat tax qui représente 9 milliards, une taxation unitaire contre l’évasion fiscale organisée par les multinationales pour 18 milliards.

Évidemment, le pouvoir et les extrêmes droites s’opposent à de telles orientations de justice. Seule une grande mobilisation populaire unitaire, déterminée, pourra les y contraindre. Leur malsain refrain sur le « travailler plus » est une insulte à tous les précaires, les privés de travail et ceux qui en ce moment même font face dans l’angoisse à des plans de licenciements dont les mandataires du capital ne disent mot. C’est bien la mondialisation capitaliste, la financiarisation de l’économie, la concurrence « libre et – prétendument – non faussée », « le marché ouvert » et ses traités de libre-échange, que M. Bayrou a soutenu, qui détruisent l’industrie et l’agriculture, malmènent le travail vivant, fracturent nos territoires, déchiquettent des vies, bouchent l’avenir.

Non-content d’avoir manipulé les gens avec son conclave sur les retraites, voici que les deux jours fériés que le gouvernement veut supprimer représentent un nouvel allongement de la durée du travail d’un trimestre supplémentaire sur une carrière complète. En définitive, ils visent la suppression de la cinquième semaine de congé payé.

Au-delà, il convient d’interroger plus fortement la notion rabâchée de « produire plus ». Produire plus de quoi exactement ? Des armes ? Des pesticides ou des médicaments ? Une alimentation de qualité, des soins, des enseignements et des formations ?

Une divergence fondamentale doit être mise à nu, puisque les droites au service du capital ne considèrent pas la production de soins et de formations comme d’indispensables investissements, mais comme des « coûts » inacceptables. Le travail lui-même est considéré par eux comme un coût, alors qu’aujourd’hui, c’est la rémunération du capital et la fonction de l’État mis au service de ce capital qui constitue le véritable coût. Loin du discours macroniste sur la dépendance de nos concitoyens à la dépense publique – soit dans ce qui devrait être appelé des investissements sociaux, humains et écologiques -, il convient de rappeler que ceux-ci sont passés de 57,7 % des richesses produites en 2017 à 57,2 % en 2024. Ce mensonge doit être mis au grand jour. Le problème fondamental reste donc bien l’insuffisance des recettes liée aux diminutions des contributions du capital.

Doit-on continuer à laisser le capitalisme et ses fondés de pouvoir dicter la nature et le sens de la production ? Non !

Le pompage permanent des fruits du travail, l’économie basée sur l’exploitation d’énergie carbonée et la surexploitation des métaux rares, la militarisation mènent à la ruine et au risque d’extinction de la civilisation. Seul un mouvement unitaire des travailleuses et des travailleurs pour diriger la production et en étant maîtres de leur travail peut nous sortir de cette pente mortifère. Seule une démocratie poussée jusqu’au bout permettra de décider de la qualité du travail, du chemin de la bifurcation écologique et des nouveaux modes de consommation. Cela induit d’affronter la question de la propriété lucrative qui agit contre les êtres humains et la nature.

C’est un autre projet de société dépassant le capitalisme. Bayrou comme Trump le mettent eux-mêmes à l’ordre du jour. En effet, bien au-delà de la présentation de budget, les dirigeants en France comme aux États-Unis et ailleurs présentent de véritables programmes antisociaux, anti-démocratiques, anti-écologiques, jetant les travailleuses et les travailleurs les uns contre les autres dans une guerre sociale sans fin pour alimenter l’accumulation capitaliste et le risque de plus en plus élevée d’élargissement des guerres militaires. Mandataires des intérêts du grand capital, ils dessinent les contours d’une société qui pousse à la barbarie sous couvert de débats budgétaires présentés comme « raisonnables » ou de « mauvais moment à passer ». Non, ce n’est pas un mauvais moment, c’est une stratégie politique pour faire perdurer un système miné par ses insolubles contradictions. Les dépasser implique de dépasser le système lui-même, jusqu’à l’abolir.

Il n’y a pas de temps à perdre pour mener des campagnes d’explications, des actions unies et pour rassembler toutes celles et ceux qui vont souffrir de cette politique si elle est mise en œuvre. Au-delà, tout ce qui peut être fait pour se réunir et agir avec les comités locaux du Nouveau Front Populaire doit être fait. Il n’y a qu’une perspective à se donner : le changement de politique et de société à préparer sans attendre.

 

« Subversion », l’édito de Cédric Clérin

La démocratie israélienne n’en finit plus de dériver. La commission électorale de la Knesset, le Parlement, a décidé d’exclure des prochai...