mardi 15 octobre 2024

PROMENADE AUTOMNALE !



Deux vieux marchaient dans le silence sous les arbres d'un petit bois, se souvenant des « autrefois », où chaque instant était « présence ». Sur ce chemin, des fleurs sauvages plaçaient leurs taches de couleur, redonnant un peu de chaleur à leur corps qui n'avait plus d'âge. Une canne les soutenait dans cette ultime promenade, qui se voulait courte croisade pour un destin que l'on connaît. Dans les arbres et leurs feuillages des oiseaux se faisaient entendre, comme de la joie à revendre pour que la vie tourne ses pages. À l'automne d'une existence, après un tour sur notre monde sur cette terre que l'on dit ronde, il faut partir sans réticence. Ce que nos mains ont dû semer, d'autres viendront le récolter. Idées, rêves...à méditer ou grands projets à animer.

 

« Cauchemar américain », l’éditorial de Stéphane Sahuc dans l’Humanité.



Entre Kamala Harris et Donald Trump, l’écart se resserre, selon les sondages. Et même si la candidate démocrate reste en tête au niveau national, la particularité du système électoral américain, avec ses grands électeurs, signifie qu’une fois encore l’élection va se jouer dans quelques États.

Dans ces fameux Swing States – États pivots –, quelques milliers de voix peuvent suffire à faire basculer les États-Unis du bleu au rouge. Pour chaque candidat, l’enjeu est donc d’assurer son socle électoral, mais également de ne pas perdre des franges, voire d’en gagner. Si Kamala Harris rechigne à aller chercher sur sa gauche, Trump, lui, n’hésite pas à aller toujours plus à droite.

En cette fin de campagne, l’angle de radicalisation électorale choisi par Donald Trump est celui du masculinisme. Il s’affiche donc avec des influenceurs « mascu » et participe à des émissions sur Internet dont le thème principal est d’inciter les hommes américains, principalement blancs, à renouer et à affirmer une masculinité qui serait méprisée, voire persécutée.

Cette oppression fantasmée serait, selon eux, encore renforcée si Kamala Harris, femme, métisse et fille de migrants, arrivait au pouvoir. Pour le candidat républicain, l’objectif est de surfer sur l’idée répandue dans ces milieux qu’il existerait un complot « woke » contre la grandeur américaine. « Make America Great Again » – Rendre sa grandeur à l’Amérique – impliquerait donc de mettre au pouvoir, tant dans la sphère publique que privée, des « mâles » alpha, rugueux, brutaux et impitoyables…

Avec ces influenceurs, et grâce à l’aide d’Elon Musk et de son réseau X, l’idéologie trumpiste se diffuse à coup de streams et de posts. La cible est un électorat bien précis : des jeunes hommes de moins de 30 ans, blancs, masculinistes, complotistes, survivalistes, anti-État fédéral. Un profil qui, habituellement, vote peu mais qui pourrait faire la différence en faveur de Trump dans certains de ces États pivots, s’il décidait de se déplacer. Pour neutraliser cette frange électorale qui rêve d’un avenir à la « servante écarlate », la candidate démocrate va devoir, elle aussi, trouver comment radicaliser son propos pour susciter espoir, engouement et mobilisation à l’opposé de l’échiquier.

« Ça passe ou ça casse », le billet de Maurice Ulrich.



« Carglass répare, Carglass remplace », avec ses employés toujours souriants qui nous offrent des essuie-glaces tout neufs. Le groupe britannique Belron, propriétaire de la marque, vient de contracter un prêt de plus de 8 milliards d’euros, dont plus de la moitié est destinée à rémunérer ses investisseurs dont le holding d’investissement de la famille milliardaire belge D’Ieteren, aux affaires depuis 1805.

Donc Carglass s’endette pour verser des dividendes, ce que nous expliquent très bien les Échos : « La course effrénée aux dividendes alimente la bulle de dette. » Car la pratique se généralise dans de nombreuses entreprises au point d’avoir atteint, en Europe, plus de 10 milliards de dollars cette année, après un record de 17 milliards en 2021. L’inconvénient c’est que, comme chez Carglass, ça passe ou ça casse…

Selon une étude américaine, ces recapitalisations accroissent la possibilité de faillite dans les six années suivantes contre 1,3 % normalement. L’étude constate aussi « un effet négatif important sur la croissance » et, plus largement, « un risque de conséquences néfastes pour les employés ». Ah bon ?

« Antidote et faux remèdes », l’éditorial de Cathy Dos Santos dans l’Humanité.



Souvenez-vous : c’était en juin 2023, lors d’un déplacement présidentiel sur le site du laboratoire Aguettant, en Ardèche. À l’époque, Emmanuel Macron jurait de « renforcer la souveraineté sanitaire de la France ». Ses maîtres mots : « Réindustrialiser, regagner en souveraineté et décarboner. » Promesse de clore le chapitre de la gestion calamiteuse de la pandémie de Covid et des pénuries de médicaments, conséquences des délocalisations des principes actifs. La décision du groupe Sanofi de céder 50 % de sa filiale Opella – qui produit, entre autres, le célèbre Doliprane – au fonds d’investissement états-unien CD&R est un cinglant désaveu pour l’hôte de l’Élysée ; c’est aussi un scandale d’État. Face au tollé, les ministres de l’Économie, Antoine Armand, et de l’Industrie, Marc Ferracci, ont été contraints de se rendre auprès des salariés en grève de l’usine de Lisieux (Calvados), l’un des sites de production du produit phare des pharmacies.

Les arguments avancés par la direction de Sanofi valent leur pesant d’or : selon elle, cette cession lui permettrait de « se concentrer sur les médicaments et les vaccins innovants ». Qu’importe si ce fleuron industriel a été biberonné aux aides fiscales de l’État et a bénéficié, sans condition ni contreparties, de 1,5 milliard d’euros au titre du crédit d’impôt recherche. Malgré ces financements publics, la direction du groupe industriel a détruit, ces dernières années, 8 000 postes de travail, dont la moitié dans le secteur de la recherche ! Le groupe affiche pourtant un insolent chiffre d’affaires : 21 209 millions d’euros au premier semestre 2024, avec un ruissellement de dividendes pour les actionnaires.

En lâchant son pôle « santé grand public » et l’antidouleur le plus consommé en France, Sanofi fait le choix de la rentabilité financière au détriment de la santé des Français. Pas moins de 11 000 emplois de la filiale Opella sont menacés à travers le monde, dont 1 300 dans l’Hexagone. L’antidote n’est pas d’abdiquer devant la logique de lucre des laboratoires shootés à l’agent public, mais de préserver l’intérêt général et la souveraineté sanitaire. La création d’un pôle public du médicament permettrait d’en préserver la chaîne de production, le développement et la distribution, tout en investissant dans la recherche de nouveaux traitements et vaccins, à l’abri des grandes manœuvres spéculatives.

« Trop de Lait », le billet de Maurice Ulrich.



La crème de la profession y est. Le sommet mondial du lait – oui, ça existe – réunit à Paris jusqu’au 18 octobre plus de 50 pays animés de bonnes intentions proclamées, « pour une transition équitable et durable », où les acteurs vont échanger sur « la durabilité et l’innovation dans le secteur ».

En bonne logique, le groupe Lactalis, numéro un mondial, devrait y être très présent avec ses rachats depuis 2005 de Galbani en Italie, de Baer en Suisse, de Forlasa, Sanutri, Puleva en Espagne, Rachel’s Organic en Grande-Bretagne, Parmalat de nouveau en Italie, Skanemejerier en Suède avec ses 300 fermes, et d’autres rachats au Brésil, en Allemagne, aux États-Unis.

Ça en fait, du beurre. Emmanuel Besnier, propriétaire du groupe et sixième fortune de France, peut partager avec sa famille un fromage de 26 milliards d’euros. Mais, quel dommage. La France produirait trop de lait ! D’où la décision de Lactalis de réduire de 10 % la collecte, ce qui pourrait conduire à la disparition de centaines d’exploitations. C’est ce qui s’appelle une transition durable et innovante.

 

dimanche 13 octobre 2024

« Coudées franches », l’éditorial de Marion d’Allard dans l’Humanité.



Les mêmes images. Les mêmes violences. Le même voile gris et poussiéreux qui recouvre la détresse des civils pris au piège. De la bande de Gaza au Liban en passant par la Cisjordanie, Benyamin Netanyahou mène une guerre sans fin. Au prétexte d’agir contre le Hamas et le Hezbollah, l’incendiaire de Tel-Aviv enflamme le Proche-Orient, piétine le droit international et humanitaire. Les leçons auraient dû être tirées du drame qui se joue dans l’enclave palestinienne depuis plus d’un an. Il n’en est rien.

Le gouvernement israélien a déplacé le centre de gravité de ses « opérations » au pays du Cèdre, ciblant délibérément des quartiers d’habitations, frappant en plein cœur de Beyrouth, pilonnant les villages du Liban du Sud, visant même par des tirs « répétés » et « délibérés » les Casques bleus, selon la Finul, force tampon de l’ONU positionnée depuis 1978 à la frontière israélo-libanaise.

Les grands discours velléitaires n’y auront rien changé. Benyamin Netanyahou et ses ministres d’extrême droite ont les coudées franches face à une communauté internationale incapable de passer à l’action. L’arrêt des livraisons d’armes, désormais évoqué publiquement par Paris, par Madrid et par d’autres, doit être traduit dans les faits. Des sanctions immédiates doivent être prises. La balle est dans le camp des alliés d’Israël. Washington en tête.

Ivre de sa toute-puissance, Benyamin Netanyahou menace les Libanais de connaître « des destructions et des souffrances comme celles que nous voyons à Gaza ». Mais il est une différence majeure, de celles capables d’infléchir les chancelleries. Depuis des mois, les Gazaouis vivent l’enfer à huis clos, avec pour seuls témoins les journalistes palestiniens, pris pour cible par l’armée israélienne.

Au Liban, les crimes de guerre de Benyamin Netanyahou sont perpétrés sous les yeux de la presse internationale. Par la voix des envoyés spéciaux, dont ceux de l’Humanité, les Libanais – comme les Palestiniens – lancent un appel au monde. Ils doivent être entendus. Pour que se taisent les bombes.

 

« De sens inconnu », le billet de Maurice Ulrich.

 


On ignore ce que Baudelaire avait contre les Belges. Ou tellement de choses. Dans ses notes Pauvre Belgique, ils lui font penser, bonjour la nuance, « aux tribus chrétiennes anthropophages de l’Amérique du Sud. On trouve chez elles, suspendus aux arbres des emblèmes chrétiens dont le sens leur est inconnu ». Malgré qu’on l’aime laissons là Baudelaire et ses humeurs singulières. Le roi et la reine des Belges, leurs majestés Philippe et Mathilde, sont en visite d’État en France pour trois jours. Nos hôtes. Au programme, visites diverses, banquet officiel.

Celui avec Charles III avait coûté un demi-million d’euros. Le budget propre de l’Élysée est un des rares en augmentation pour 2025. Une trentaine de millions en plus. Logique. Comment mesurer l’enjeu de cette visite ? Le roi des Belges est au-dessus de la politique, de la religion, des choix économiques, il n’intervient pas dans les débats publics et n’exprime pas son opinion. Bref, on imagine la conversation à table. « Il fait frais pour la saison, n’est-ce pas ? » Le sens emblématique de cette visite nous est inconnu.

 

 

« L'éclipse politique de l'Union européenne », l’éditorial de Lina Sankari.

Les Babyloniens sont les premiers à avoir développé une méthode de prévision des éclipses, issue de leur observation du ciel sur des siècl...