Non, non, non, « le journal ne donnera pas de consigne de vote
à ses lecteurs ». Le directeur de la rédaction du Figaro, Alexis
Brézet, a été clair, lors d’une réunion à la veille du week-end avec la société
des journalistes du quotidien. Ils s’inquiétaient de ses propos sur Europe 1,
fustigeant les dirigeants des « Républicains » hostiles au
rapprochement avec le Rassemblement national engagé par Éric Ciotti. Un débat,
disait-il, « qui ne mérite pas ces anathèmes et ces
excommunications », car « la fluidité entre les
électorats de droite, ça fait bien longtemps qu‘à la base, c‘est une
réalité ». Certaines et certains se sont emballés : « On
y est, le Figaro, le journal de François Mauriac va voter
RN. » Quelle idée. Lundi, l‘éditorial démasquait « le double
jeu » du Nouveau Front populaire qui consiste, « à se
déguiser en grand-mère pour mieux dévorer le chaperon ». Juste
au-dessus, en plein milieu de la une, Marine Le Pen sereine derrière un bureau
l’assurait : « Nous n’aurons aucune difficulté à constituer
un gouvernement. » Des consignes de vote seraient superflues.
lundi 17 juin 2024
« Mère-grand » le billet de Maurice Ulrich.
« Ensemble, nous pouvons changer l’histoire ! », l’éditorial de Fabien Gay dans l’Humanité.
Un nouvel espoir se lève. C’est le souffle de l’union, celui des forces du progrès social et écologique, soutenue largement par celles du mouvement social dans sa diversité. C’est un espoir de changer radicalement nos vies et la société, alors que le président de la République et le capital veulent nous enfermer dans une spirale infernale entre libéralisme autoritaire et extrême droite libérale et raciste.
Face à la
menace d’une prise de pouvoir par l’alliance du front réactionnaire, il faut
être au combat. Les partis de gauche ont pris leurs responsabilités et entendu
le message de rassemblement afin d’empêcher le désastre d’un gouvernement
d’extrême droite.
Ce nouveau
Front Populaire du XXIe siècle sera incarné par des
candidatures uniques dans chaque circonscription, par des femmes et des hommes
qui luttent pour en finir avec la brutalité des politiques libérales et
autoritaires qu’incarne le président de la République. Ces politiques qui
asphyxient et brutalisent les classes populaires, dont la dernière réforme de
l’assurance-chômage est une illustration.
Ce programme
que l’Humanité met à votre disposition peut, dans quelques
jours, concrétiser des revendications populaires. C’est le cœur de la bataille
politique qui s’ouvre : contrer l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir
et battre les politiques libérales de Macron. Cela est possible malgré les
polémiques et les attaques perfides que subiront les candidats de cette
alliance de progrès.
Alliant
mesures d’urgence et structurelles, ce programme peut s’appliquer au lendemain
des élections législatives. À vous de le faire vivre, d’en débattre, de le
promouvoir et même de l’enrichir pour construire sur le long terme.
Tout cela
sera rendu possible si, dans tout le pays, une majorité du peuple s’en empare,
que se constituent partout des comités du Front Populaire et que cela se
concrétise par une première étape indispensable : le vote massif pour les
candidates et candidats du nouveau Front Populaire, les 30 juin et
7 juillet.
Le Nouveau
Front Populaire, s’il se revendique de l’héritage du glorieux mouvement social
et politique d’il y a presque un siècle, doit devenir le bien commun du peuple
pour concrétiser les mesures qui sont tant attendues. En avant ! Au
combat !
« Délires dimanche », le billet de Maurice Ulrich.
C’est un choix du Parisien Dimanche. Les mobilisations pour
faire face au RN arrivent en bas de la cinquième page mais le titre de la une
claque : le Nouveau Front populaire serait déjà « à couteaux tirés ».
C’est faire grand cas des rejets d’investiture, certes inopportuns, de
plusieurs députés sortants de la France insoumise, mais, qui ne concernent,
qu’elle.
Tenter de diviser, plutôt que rassembler. L’hebdomadaire
« populaire » du groupe LVMH de Bernard Arnault, proche d’Emmanuel
Mavron, n’apprécie pas le Nouveau Front populaire. La Tribune du
dimanche, propriété de l’armateur milliardaire Rodolphe Saadé, proche
d’Emmanuel Macron, évoque du bout des lèvres « la nouvelle
alliance électorale à gauche, baptisée Front populaire », au
programme « exorbitant, voire délirant ».
Côté délire, on peut citer, dans le Journal du Dimanche du
milliardaire Vincent Bolloré, la chronique de Christine Kelly : derrière
la bannière « battre l’extrême droite », on retrouve « une
classe politique qui ne respecte pas les urnes, (…) appelle à l’insurrection,
appelle à décapiter le président de la république, appelle à l’émeute, à faire
sauter les mairies… » C’est grave, docteur ?
samedi 15 juin 2024
« LE CHOC D'UN COUP DE THÉÂTRE », le bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin.
«Il y a des jours, des mois, des années
interminables où il ne se passe presque rien. Il y a des minutes et des
secondes qui contiennent tout un monde.» Dans Voyez comme on danse (Robert
Laffont, 2001), Jean d’Ormesson se montrait si alerte que ces quelques mots
sont restés gravés dans nos mémoires. Des mots appropriés aux circonstances,
comme si la pente arithmétique de la vie politique à la française glissait
irrémédiablement entre nos doigts, soumise aux «eaux glacées du calcul égoïste»
tel que le décrivaient Marx et Engels dans le Manifeste. Ainsi donc, nous y
voilà, au seuil d’une épreuve de vérité si importante que toutes les formules
savantes s’effacent derrière la gravité du moment. Au-delà de la perplexité que
suscite légitimement la décision de Mac Macron II de dissoudre l’Assemblée
nationale, le bloc-noteur n’oublie pas, d’abord et avant toute considération,
l’ampleur du pessimisme et de la défiance qui se sont emparés de l’opinion
depuis plusieurs années. En répondant à un coup de tonnerre (une défaite
cuisante aux européennes) par un autre (article 12 de la Constitution), le
prince-président veut montrer qu’il reste maître du jeu, bravache et un peu
fou, refusant de se laisser marginaliser. Sous le choc de ce coup de théâtre
institutionnel, dont le secret fut bien gardé au Palais, la plupart des
commentateurs ont parlé de «pari», de «coup de poker».
La table a été renversée et, par cette
renversante perspective, nous prenons conscience que le peuple lui-même en est
la mise, et que «se décidera à la va-vite, les 30 juin et 7 juillet, rien de
moins que l’avenir de notre démocratie, ainsi que le visage que nous voudrons
présenter à nos alliés et à nos partenaires européens, alors que notre
continent est de nouveau frappé par la guerre, alors que notre monde est en
état de catastrophe climatique», comme l’écrivait le Monde cette semaine dans
un éditorial salé et lucide.
Le pire devra être évité en trois
semaines, et non plus en trois ans : cette phrase donne le vertige. Vingt jours
pour empêcher l’extrême droite de parvenir au pouvoir en France, pour la
première fois par les urnes, alors qu’elle vient de triompher aux européennes.
La liste de Bardella-le-voilà, conforme à ce que les sondages prévoyaient, l’a
emporté dans 96 des 101 départements français, avec des scores parfois
affolants : au-dessus de 40 % dans 22 départements… Ce séisme aura-t-il une
réplique identique ? Doit-on considérer le raz de marée du RN comme inéluctable
? Comment savoir, en vérité, sauf à oublier les spécificités des législatives ?
On a bien compris que la dissolution était, pour Mac Macron II, l’ultime
tentative de susciter du mouvement malgré un risque maximisé, tout en
accélérant, façon guerre éclair cette fois, la recomposition politique entamée
il y a sept ans. À la décharge du pompier pyromane de l’Élysée, qui n’a cessé
de dérouler le tapis rouge à l’extrême droite, admettons néanmoins qu’aucun des
partis qui prétendent combattre le RN ne pouvait garantir qu’en continuant
ainsi pendant trois ans, le lit de Fifille-la-voilà n’était pas déjà fait.
Le référendum anti-Mac Macron a bien
fonctionné aux européennes. Ce défoulement, aux conséquences historiques, ne
signifie pas pour autant que les jeux sont faits. Car, le score invraisemblable
de l’extrême droite, après la sidération, a d’ores et déjà provoqué une sorte
d’électrochoc aussi salutaire qu’évident. Le Front populaire, qui tente de se
constituer à gauche, en est le meilleur exemple. Surmonter les divisions, se
reconnecter avec sa base sociale : dire que la gauche est au pied du mur relève
de l’euphémisme et il ne suffira pas de convoquer la grande Histoire pour,
comme en 1997, créer la surprise. Ces combats et ces valeurs peuvent évidemment
se transformer en première force politique dans la prochaine Assemblée nationale,
à condition qu’ils soient portés par une force pluraliste, sociale, culturelle,
authentiquement politique. Autant le dire : les partis n’y arriveront pas
seuls. Le temps est si court que les citoyens doivent s’en mêler tout de suite
pour qu’une dynamique de mobilisation voie le jour. Une mobilisation pour
l’union. «Dans toutes les larmes s’attarde un espoir», écrivait Simone de
Beauvoir. Tout un monde, en somme…
vendredi 14 juin 2024
« Halte au feu », l’éditorial de Cédric Clérin.
Un vent mauvais souffle sur notre pays. Depuis quelques semaines, les
attaques s’accélèrent contre la liberté d’expression, les libertés publiques et
tout ce qui ne va pas dans le sens du pouvoir ou d’une extrême droite qui donne
le « la » du débat public.
Quand des étudiants de Sciences Po manifestent pour la paix en dénonçant
les crimes de guerre à Gaza, le premier ministre s’invite au conseil
d’administration pour mettre la pression afin de mater au plus vite cette
expression politique. Depuis, les CRS sont intervenus plusieurs fois au sein
même d’établissements d’enseignement supérieur autrefois considérés comme des
lieux de savoirs préservés de la répression. Les étudiants, comme des millions
avant eux, expriment simplement une opinion. Or, sur les plateaux télé, on veut
voir dans ce mouvement la résurgence de l’antisémitisme, l’instrumentalisation
politique et autre complot contre Israël.
Un jour, c’est un syndicaliste CGT qui prend un an de prison avec sursis
pour un tract sur les attentats du 7 octobre. Un autre jour, ce sont des
réunions publiques de l’opposition qui sont interdites en pleine campagne
électorale et une présidente de groupe à l’Assemblée nationale convoquée par la
police pour « apologie du terrorisme ». Une première. C’est encore
l’humoriste Guillaume Meurice, bien que blanchi par la justice, qui est à
nouveau sanctionné pour une blague qui déplaît à la direction de la radio
qui l’emploie. Il risque le licenciement. Un acharnement qui s’inscrit dans une
reprise en main de l’audiovisuel public visant à écarter toute voix dissonante.
Où allons-nous ?
La gauche, et tout ce qui lui est assimilé, est criminalisée. Une sorte de
nouvel ennemi de l’intérieur. La défense inconditionnelle d’Israël, quels que
soient les crimes commis, la stratégie de droitisation du pouvoir et la
bollorisation des médias sont un cocktail qui produit une accélération de
l’histoire terrifiante.
Cette séquence a pour premier effet de neutraliser le combat en faveur de
la paix en le disqualifiant. Ce faisant, ce sont des milliers de victimes
palestiniennes et les otages israéliens du Hamas que l’on ignore et un
processus de paix que l’on hypothèque. Mais c’est aussi le combat contre
l’antisémitisme qui en prend un coup. Car à voir de l’antisémitisme
partout, on ne le voit plus là où il se niche. Songeons que
nous en sommes à demander à Mme Le Pen si elle pense qu’une
partie de la gauche est antisémite ! Elle qui a présidé un parti dont les
statuts mêmes ont été déposés en préfecture par un ancien Waffen-SS. De même,
en plein Paris, 800 militants néofascistes commémorent la mort d’un
antisémite revendiqué sans que cela semble émouvoir ceux-là mêmes qui cherchent
des poux dans la tête à la gauche depuis des mois. De quoi s’interroger sur la
sincérité de leur combat.
En dépolitisant le conflit, en étant incapable de séparer le droit d’Israël
à exister de la politique criminelle en cours, en justifiant le viol des lois
internationales, on ne fait que fragiliser sa légitimité et renforcer les
amalgames qui assimilent les juifs aux exactions israéliennes.
Enfin, ces multiples atteintes aux libertés publiques,
cette criminalisation des militants ne peuvent que renforcer une extrême
droite qui n’en avait pas besoin. Dans une sorte de cynisme toujours renouvelé,
le camp présidentiel organise son duel avec le RN et, d’abandons en abandons,
se donnent toutes les chances de le perdre.
Il faut ajouter que l’hystérisation des débats sur les réseaux sociaux
participe de ce climat délétère. Y compris à gauche. Il est temps qu’un sursaut
collectif de tous les démocrates permette d’agir ensemble afin de renverser la
tendance dont nous ne savons que trop où elle nous mène.
« La honte », le billet de Maurice Ulrich.
C’est un signe des temps. Yves Thréard, éditorialiste du Figaro,
semble retrouver le goût de l’insulte et de l’outrance en lieu et place du
débat. Renouer avec l’époque où les communistes d’abord et d’autres gens de
gauche avec un couteau entre les dents mangeaient les petits enfants. Un front
populaire, quelle horreur !
Tout comme on le disait jadis dans les salons et les conseils
d’administration. C’est « le vrai front de la honte »,
écrit-il, « après s’être battus comme des chiffonniers,
insoumis, communistes, socialistes et écologistes avancent maintenant comme un seul
homme, sans vergogne. Peu importent leurs divisions et leurs divergences
programmatiques, les insultes échangées et les coups bas (…) l’urgence est à
l’union ».
Sur ce dernier point, on ne dira pas le contraire. Et voilà : « On
s’inquiète des incohérences du programme du RN », mais « indécence
et incompétence sont les deux mamelles de ce vrai front de la honte ».
Certainement Yves Thréard, c’est tellement mieux quand la gauche est désunie et
qu’on préfère l’extrême droite à un nouveau front populaire, sans surprise mais
toute honte bue.
mercredi 12 juin 2024
« L’esprit de défaite », l’éditorial de Rosa Moussaoui dans l’Humanité.
Son camp n’est plus, pour reprendre les mots de Sartre, qu’un « cadavre
tombé à la renverse et qui pue », mais cela n’ôte rien de sa
morgue à l’hôte de l’Élysée. Emmanuel Macron est content de lui. Il
jauge avec satisfaction son bilan. Il accumule les promesses comme
s’il n’était pas au pouvoir depuis sept ans. Il toise de
haut « le système des partis » qui tiendrait « le
pays en capture », lui qui jubile d’imposer son calendrier fou par le
fait du monarque républicain. Il se dit sûr que le coup de dés de la
dissolution peut conforter son « bloc
démocratique et européen » pourtant en
ruines. Tout un pays plongé dans l’insécurité sociale le désavoue :
il n’en a cure. Ce pyromane n’a pour stratégie que l’excitation des peurs
et des divisions, les scénarios florentins de ses hommes de cour.
Emmanuel Macron croit encore pouvoir se poser en seul recours contre
des « extrêmes » renvoyés dos à dos. Il se
défend de donner par ses agissements les clés du pouvoir à l’extrême droite. Sa
responsabilité dans l’ascension en France d’une force néofasciste prête à
prendre les commandes est pourtant accablante. Celui qui parle de la
nation comme d’un « tout organique », n’a que le
mot « décivilisation » à la bouche, appelle « la
France à rester la France » n’a cessé
de conforter l’extrême droite en adoptant sa langue. La loi
immigration défendue par sa majorité a inscrit dans le droit les obsessions
racistes du clan Le Pen. Ses choix répressifs ont installé
un climat liberticide qui peut précipiter demain tous les
basculements autoritaires. La guerre sociale qu’il livre aux plus
modestes, la démolition méthodique des services publics, les conséquences
désastreuses de ses politiques économiques ont offert au RN le plus fertile des
terreaux.
En faisant de la gauche unie sa cible, son épouvantail, il ne fait que
hâter davantage la venue de l’immonde. Bardella et Le Pen ont
pris la tête du camp de la conservation. Déjà, la logique de
survie des privilèges prépare tous les ralliements. En 1936,
Paul Vaillant-Couturier, figure du Front populaire, voyait dans les fascistes
ceux qui « tendent à consolider ce qui est mort, ce qui croule et
ce qui, du passé, empeste déjà ». Le peuple de France est capable du
pire comme du meilleur. Il peut encore, dans cette obscure impasse,
choisir la vie.
« Subversion », l’édito de Cédric Clérin
La démocratie israélienne n’en finit plus de dériver. La commission électorale de la Knesset, le Parlement, a décidé d’exclure des prochai...
-
Les 15 et 22 mars, les citoyen.nes de notre ville voteront pour élire leur Conseil Municipal. A vec un regard attentif et toujours engag...
-
Toujours curieux de prendre connaissance des différents écrits sur la prochaine échéance municipale, une chose m’a frappé. Notre ville viv...
-
Depuis vendredi dernier, nous connaissons les candidat-e-s qui aspirent à devenir maire de Romainville. C’est le propre d’une compétition ...






