lundi 28 août 2023

« La goutte d’eau », l‘éditorial de Laurent Mouloud dans l’Humanité.



Imaginez une région entière touchée par les restrictions d’eau courante. Plus de 300 000 habitants qui voient les robinets coupés deux jours sur trois pendant plusieurs mois, obligés de stocker comme ils peuvent le précieux liquide, avec tous les risques sanitaires que cela comporte. Aucune dystopie derrière ce tableau. Ce quotidien sera bientôt celui du 101e département de France : Mayotte. Confrontée à une sécheresse record, l’île de l’océan Indien va devoir mettre en place, sur injonction de la préfecture, des mesures drastiques à partir du 4 septembre. Au grand dam d’une population, dont les trois quarts vivent sous le seuil de pauvreté, avec déjà le sentiment bien réel d’être méprisée et oubliée des pouvoirs publics. Cette crise de l’eau – et les solutions extrêmes envisagées, dans une large indifférence – ne peut, une nouvelle fois, que lui donner raison.

La situation de l’eau sur l’île, qui dépend de la pluie et de la dessalinisation, a toujours été compliquée. Et réclame des investissements conséquents. Mais Mayotte n’est jamais une priorité budgétaire. La preuve encore aujourd’hui. L’annonce vendredi dernier, après des mois de sécheresse, du ministre chargé des outre-mer d’une rallonge de 8  millions d’euros pour envoyer un appareil produisant de l’eau potable d’ici à novembre arrive si tardivement… Tandis que la distribution de bouteilles lors des coupures, procédé utilisé dans les communes privées d’eau de la métropole, est, ici, écartée par le gouvernement, qui se contente d’un simple plafonnement des prix des packs – à 5 euros les 6 litres. Trop cher pour nombre d’habitants.

Où est désormais Gérald Darmanin ? En avril, le ministre de l’Intérieur se démultipliait dans les médias, peaufinait son image droitière de premier flic avec l’opération « Wuambushu », visant à raser des bidonvilles et expulser des personnes en situation irrégulière. Aujourd’hui, face à la détresse d’une population confrontée à la soif, le voilà tout discret. Plus occupé à rêver de destin présidentiel qu’à songer à l’avenir climatique de Mayotte. Les Mahorais sauront lui rappeler. Ils n’ont pas besoin de matraques et d’injonctions à l’ordre pour se sentir respectés. Mais de soutien de l’État et de services publics.

samedi 26 août 2023

« Y en a toujours que pour les mêmes », l’éditorial de Maud Vergnol dans l’Humanité Magazine.



Elle est fatiguée, a le visage pâle et les traits tirés. Silvana tient une petite boutique de chaussures. Mère célibataire, elle arrive à peine à en vivre. Elle a passé l’été à travailler. Ne part jamais en vacances. Elle rage contre les taxes qui la « saignent », contre « les politiques là-haut ». Elle a envie de « tout péter ». Parfois même d’en finir. Et puis : « Y en a toujours que pour les mêmes, nous les Français on n’a rien ! » Sur le bitume parisien de cette fin d’été, voilà résumé en une scène le climat politique de cette rentrée.

Elle a raison Silvana, « il y en a toujours que pour les mêmes ». Mais pas ceux qu’elle croit. Ce jour-là est sorti le rapport de Credit Suisse et d’UBS sur la richesse mondiale. À l’Élysée, « là-haut », on a sabré le champagne pour cette médaille de bronze, derrière les États-Unis et la Chine. La France est désormais sur le podium des pays du monde qui comptent le plus de millionnaires. 2,821 millions précisément, quand partout ailleurs leur nombre est en baisse. Parmi eux, 3 890 détiennent chacun une fortune excédant 100 millions de dollars ; et 82 au-delà de 500 millions. Des sommes tellement pharaoniques qu’elles apparaissent surréalistes pour le commun des mortels. À vue de nez, si Silvana travaille jusqu’à 67 ans, il lui faudrait 500 vies pour amasser un tel pactole.

Heureux comme un milliardaire en France ! Et ils ont de quoi rester optimistes, après que le président de la République a fustigé en Conseil des ministres « le piège à la con du débat sur la fiscalité des riches ». Son refus obstiné d’augmenter les impôts des plus fortunés, alors que les recettes fiscales de l’État fondent comme neige au soleil et que les besoins sont immenses, gène pourtant jusqu’à ses plus anciens fidèles soutiens. En mai, Jean Pisani-Ferry, qui avait élaboré le programme d’Emmanuel Macron en 2017, qu’on ne peut donc pas suspecter d’être un dangereux révolutionnaire, avait préconisé « un impôt exceptionnel sur le patrimoine financier des plus aisés ». Une proposition violemment rejetée par l’exécutif. Mais le président peut encore compter sur la coqueluche du CAC 40, Alain Minc, lequel se félicite qu’« Emmanuel Macron ait rendu obscène le fait d’augmenter les impôts », car la France « avait besoin de se remettre aux normes d’une économie capitaliste ». Voilà qui a le mérite d’être clair. Ils parlent bien, « les gens d’en haut ».

En bas, les Français soufflent à chaque passage en caisse, subissent la flambée des prix de l’énergie. Ils comparent ceux des fournitures scolaires et se demandent si l’aîné va pouvoir poursuivre ses études, tant les loyers des logements étudiants sont indécents. Ils s’inquiètent de la sécheresse, ont peur pour la planète. Certains cherchent des boucs émissaires. La planète brûle, les inégalités explosent, les défis à relever sont immenses, et le pouvoir macroniste regarde ailleurs. À l’extrême droite. Aussi n’y avait-il pas de sujet plus urgent à inscrire au menu de la rentrée parlementaire que le serpent de mer de la loi immigration, terrain de jeu de la recomposition de la droite extrême qui a le double mérite de saturer l’espace public des obsessions du RN.

Dans ce magma, les formations de gauche auront fort à faire pour élever le débat de cette rentrée politique. Toutes les formations de la Nupes tiendront ce week-end leurs universités d’été, grand moment de formation et de débats, où le bouillonnement d’idées et de culture redonne le goût de la politique et forge des générations entières de militants. Ils auront beaucoup de Silvana à rencontrer, pour les convaincre de ne pas se tromper de colère.

 

vendredi 25 août 2023

« Déconstruction », l’éditorial de Cathy Dos Santos dans l’Humanité.



Emmanuel Macron est un récidiviste qui s’assume. En mai, à la suite d’une série de morts tragiques mais de nature incomparable, le président de la République s’était prêté à une analyse tronquée et dangereuse de ces événements en y voyant le signe d’une « décivilisation ». Cette expression tirée du logiciel de l’extrême droite lui avait valu une salve de critiques. Sans effet. Dans le second volet d’un entretien fleuve accordé jeudi au Point, le voilà plaidant pour « reciviliser » la jeunesse émeutière, vengeresse, en rupture avec les « forces de l’ordre », « l’État », et « l’autorité » en général. Le propos est assumé ; il transpire l’image éculée et raciste du sauvageon menaçant qu’il conviendrait d’éduquer selon l’esprit et la lettre des missions civilisatrices du colonialisme.

Pour le chef de la Macronie, la fracture avec les participants aux révoltes du mois de juillet relèverait d’ « un problème d’intégration à la nation ». Comme si l’État n’avait aucune responsabilité. Comme si la brutalité des politiques de ces trente dernières années n’avait pas déconstruit la République, altéré ses missions et abîmé sa devise au point de ne plus considérer comme égaux un nombre important de jeunes et de moins jeunes. Les « grandes » propositions avancées par Emmanuel Macron en cette rentrée ne sont pas de nature à apaiser les violences, à combler les injustices et les inégalités. En réduisant davantage les dépenses publiques, ou en préconisant l’autoritarisme et la stigmatisation sociale à l’école, le chef de l’État continue de souffler sur des braises ardentes.

Et que dire de son projet de loi sur l’immigration ! En mangeant dans l’assiette de l’extrême droite, l’hôte de l’Élysée nourrit l’escalade xénophobe et sécuritaire. Cette stratégie conforte un Rassemblement national qui n’en demandait pas tant, en voyant ses thèses reprises jusqu’au plus haut sommet de l’État. Elle vient marcher sur les plates-bandes des « Républicains » qui ont fait des questions de l’immigration et de l’insécurité leur planche de salut. Emmanuel Macron occupe ainsi l’espace de la pire des manières, balayant d’un revers de main les angoisses sociales qui taraudent les Français.

 

mercredi 23 août 2023

« Médine à la Fête », l’éditorial de Maud Vergnol dan l’Humanité de demain

 


Nous ne hurlerons pas avec les loups. Voilà plusieurs semaines que l’extrême droite s’acharne à nouveau contre le rappeur Médine, déjà visé par des projets d’attentats de militants néonazis. Il faut dire qu’il a tout pour plaire à la fachosphère, ce barbu à la silhouette rectangulaire et à la mine grave, musulman, engagé contre les injustices sociales.

Pire, le bougre est un être humain, qui fait des erreurs, perméable au confusionnisme ambiant, revendique le droit d’apprendre, de réfléchir, d’évoluer. Il a tenu des propos injustifiables, aux antipodes des valeurs que nous portons dans ce journal. Il s’en est excusé et a expliqué son cheminement politique depuis, comme il le fait encore aujourd’hui dans nos colonnes en s’adressant à nos lecteurs que ses propos ont heurté ou choqué.

Faudrait-il assigner à résidence un artiste désormais engagé contre toutes les formes de discrimination et qui affirme à voix haute devant toute une jeunesse que l’antisémitisme est un poison, tandis que ses contempteurs l’insultent à longueur de temps d’« islamo-racaille » et autres « déchets » ?

Cette polémique nauséabonde, piège grossier pour diviser la gauche en cette rentrée politique, n’intervient pas dans n’importe quel contexte. Voilà des mois que, main dans la main, pouvoir macroniste et RN tentent de diaboliser la gauche, tandis qu’une puissante vague xénophobe et raciste érode les principes de notre République, dont l’extrême droite ose désormais se prétendre la garante ! Elle révèle une fois de plus le niveau affligeant du débat public actuel, englué dans un manichéisme aveugle aux complexités du monde.

L’antisémitisme est un sujet trop sérieux pour être réduit à ces manœuvres indécentes. Les mêmes qui poussent des cris d’orfraie sont moins prolixes quand il s’agit de dénoncer les actes antisémites commis régulièrement par l’extrême droite en France, tout comme ils ne voient rien à redire à converser avec des condamnés pour incitation à la haine raciale ou participer à la banalisation du RN.

Alors non, nous ne céderons pas d’un pouce aux pressions de l’extrême droite. Nous ne réduirons pas les artistes au silence, même si nous ne partageons pas toujours leurs positions, comme ce fut le cas dans la longue histoire de cette magnifique fête populaire. Médine se produira à la Fête de l’Humanité, et y chantera ses colères et ses espoirs.

Une flamme !


On n’est pas grand-chose, une petite flamme, juste, une petite flamme qui chaque jour doit combattre les tempêtes, les vents les plus violents. Ce petit feu qui est en nous, c’est ce que l’on a de plus précieux. Il ne faut jamais, jamais laisser s’éteindre cette petite flamme,  elle fait que tu es toi, avec tes qualités et tes défauts. Elle est la preuve de tous tes combats, de toutes les épreuves que tu as surmontées sur ta route. Cette chaleur que tu ressens au fond de toi, c’est ton cœur, qui bouillonne qui souffre et qui est heureux d’être là ! Il faut laisser briller toutes les petites flammes. L’étranger est une lumière, la porte est ouverte. Il ne tient qu’à toi d’y mettre une bûche. Et si tu t’aperçois que le feu s’éteint, souffle sur les braises. Ranime cette vie, cette petite source de chaleur. Elle est ton miroir, tu reflètes dans sa lumière. Et quand tu arriveras au bout de ta route, tu pourras te retourner, et ce n’est plus une petite flamme que tu verras, mais un feu de joie et c’est toi qui l’auras allumé. Petite flamme, alors, pourra enfin s’éteindre et s’en aller.

« Pas à vendre » l’éditorial de Stéphane Sahuc dans l’Humanité.



Pour Dominique Faure, la ministre déléguée chargée des collectivités territoriales, les choses sont simples : il faut une « évolution » de l’indemnité de certains maires afin de la porter « à la hauteur » de leur « engagement » et de lutter ainsi contre leur « découragement »… Tout le macronisme est là. Penser que le découragement des maires est lié à une rémunération personnelle insuffisante. Or s’il y a bien des élus pour qui le mandat est un engagement, ce sont les maires. L’immense majorité d’entre eux a chevillée au corps la notion de service aux administrés. Les femmes et les hommes qui accèdent à cette fonction le font par conviction. Si la revalorisation des indemnités est loin d’être du luxe pour une bonne partie des maires, ce n’est pas parce que celle-ci ne serait pas assez élevée que certains ne se représentent pas ou démissionnent.

Quand ils quittent cette fonction, c’est qu’ils estiment ne pas pouvoir faire ce pour quoi ils se sont engagés. Nous vivons une sorte d’étatisation des communes et des collectivités en général. Les communes doivent assumer de plus en plus de fonctions et de dépenses qui étaient du ressort de l’État auparavant. Et le pouvoir aura beau claironner que les transferts de compétences sont « compensés à l’euro près », dans les faits cette compensation évolue rarement au même rythme que les besoins des communes et que l’inflation. D’autant plus que, si les postes de dépenses obligatoires sont toujours plus nombreux, les postes recettes se raréfient… Sauf à augmenter les impôts locaux dans des proportions difficilement supportables pour les populations.

En fait, les cadeaux de l’État aux plus riches et aux grosses entreprises en termes de fiscalité, sont, pour une part, payés par les communes qui assurent les transferts de charges. L’objectif est de forcer les maires à faire le sale boulot, à devenir des agents des politiques décidées par le pouvoir. On mesure mieux la détermination de ceux, aux premiers rangs desquels les communistes, qui choisissent malgré tout de mettre en œuvre des politiques pour permettre au maximum de leurs administrés d’avoir accès à des programmes sociaux et culturels. Quoi qu’en pense la Macronie, les maires ne sont pas à vendre.

 

mardi 22 août 2023

Une ombre !


Un rêve qui me guette aux confins de la nuit, une ombre qui s’efface, un fantôme qui fuit, comme une mélodie qui chante dans mon corps, silence. C’est la nuit qui me prend et m’endort. Dans la nuée nocturne aux milliers de saveurs, je m’égare un instant, flânant, les yeux rêveurs. J’avance dans le noir, je me perds et je doute, mais toujours je repars, et je taille ma route. Je frôle à chaque pas tant et tant de merveilles : Une lune en éclat qui rêve du soleil, un oiseau qui s’envole au-delà de mon âme, un souffle qui s’éloigne, apaiser d’autres flammes. Mais la vie me rattrape, et le jour me condamne, dans ce dédale en vers, je cherche un fil d’Ariane, quand j’aperçois au loin une simple lueur qui ranime mon être et réchauffe mon cœur. Toi, l’être cher que je devine et qui ne me vois pas, mon regard te poursuit à chacun de tes pas. Pour moi, guide blessé qui s’envole quand même, l’ombre éteinte de ton sourire est l’ombre d’un poème.

« Subversion », l’édito de Cédric Clérin

La démocratie israélienne n’en finit plus de dériver. La commission électorale de la Knesset, le Parlement, a décidé d’exclure des prochai...