vendredi 3 octobre 2025

« Sécurité sociale : 80 ans et l’avenir devant », l’éditorial de Laurent Mouloud.



Ambroise Croizat imaginait-il une telle longévité ? Nul ne le sait. Mais le fait est que, quatre-vingts ans après sa création, la Sécurité sociale, portée en grande partie par le ministre communiste au sortir de la Seconde Guerre mondiale, est toujours bien vivante. Un modèle envié à travers le monde, où chaque salarié, via les cotisations, partage le fruit de son travail en fonction de ses moyens, afin que tous puissent affronter les aléas de la vie en fonction de leurs besoins.

Ce bien commun, pilier de notre cohésion sociale, place la solidarité au cœur de nos politiques de santé, familiales ou encore de notre système de retraite. C’est cette philosophie collective et égalitaire qui, précisément, vaut à la Sécu d’être attaquée sans cesse par les forces du capital privé qui lorgnent sa gestion paritaire et ce « marché » de quelque 660 milliards d’euros.

Le travail de sape dure depuis des décennies. Sous l’impulsion des libéraux, l’État a, peu à peu, pris le contrôle financier en dévitalisant le système des cotisations au profit de l’impôt (CSG et TVA) et d’une politique inconséquente d’exonérations patronales (77 milliards d’euros en 2024 !) qui fragilise comme jamais les recettes de la Sécu.

À la logique du financement des besoins, la droite et le patronat – brandissant l’épouvantail du fameux « trou » et de « l’assistanat » – tentent de substituer celle de la réduction des dépenses, rêvant, in fine, d’imposer la privatisation.

Le danger est là. Mais ce scénario mortifère n’est pas couru d’avance. 88 % des Français se disent aujourd’hui très attachés à la Sécurité sociale. Et la carte Vitale est devenue un objet de fierté sur les réseaux sociaux. Un sentiment d’efficacité renforcé après les épisodes de crise sanitaire, où le filet de protection a marché à plein.

Mais aussi au regard des contre-exemples venus d’outre-Atlantique, et d’ailleurs, où tomber malade peut devenir synonyme de ruine financière. Dans un monde où menacent l’individualisme et la fragmentation, la Sécu, du haut de ses 80 ans, est, plus que jamais, une réponse d’avenir. À défendre. Et à étendre.

 

Quand « Le Parisien » charge les maires, le billet de Maurice Ulrich.



Voilà une idée du Parisien bien opportune. « Les maires épinglés », titre-t-il en une à propos de ce que seraient leurs notes de frais excessives, avec la photo d’un édile ceint de son écharpe tricolore. Avec cela, trois pages pour évoquer des abus que l’on se gardera de contester qui vont d’une bouteille de vin à 104 euros, c’est beaucoup, au dîner à 100 000 euros donné par Laurent Wauquiez en 2022 à 90 convives.

D’accord. Au moment où les collectivités locales sont menacées par 5 milliards d’économies mettant en péril des missions essentielles, pourquoi ne pas mettre en cause « les maires », quand bien même ils ne sont qu’un millier sur quelque 35 000 à être concernés.

Au moment où l’idée de taxer les grandes fortunes grandit dans l’opinion, n’est-ce pas aussi une bonne idée du quotidien populaire de Bernard Arnault d’épingler « les maires » ? « Avec mesure », écrit l’éditorialiste du jour, car « il ne faut pas généraliser à partir de quelques comportements ». Avec la une et trois pages, c’est bien mesuré.

 

jeudi 2 octobre 2025

Élection des vice-présidents de l’Assemblée : la Macronie préfère le RN au front républicain

 


À l’occasion de l’ouverture de la session ordinaire, les députés ont désigné leurs six vice-présidents. Par le biais d’un accord entre le camp gouvernemental et l’extrême droite, le parti de Marine Le Pen rafle deux postes. Une trahison du front républicain de juillet 2024.

Hélène Laporte (RN), élue vice-présidente avec son collègue Sébastien Chenu, se pavane fièrement : « C’est le début de la réparation d’une injustice. Ce qu’il s’est passé aux précédentes élections était immonde. Merci à nos collègues de nous faire confiance. »
Assise dans l’Hémicycle aux côtés de Jean-Philippe Tanguy, son fidèle lieutenant, Marine Le Pen tapote sa tablette avec ses doigts. Elle se recoiffe, sourit, et répète l’opération plusieurs fois. Elle sait l’heure des siens venue. Yaël Braun-Pivet prend la parole et annonce le verdict : l’extrême droite est de retour au bureau de l’Assemblée nationale. Et pas de n’importe quelle manière.

En foulant un tapis rouge dressé par les macronistes grâce à un accord conclu entre le Rassemblement national (RN) et le camp gouvernemental. Ce mercredi 1er octobre, à l’occasion de l’ouverture de la session ordinaire du Parlement, les députés ont désigné les six vice-présidents de leur chambre au prix d’un seul tour de scrutin. Résultat : deux sont membres du camp présidentiel, Marie-Agnès Poussier-Winsback (Horizons) et Christophe Blanchet (Modem), deux autres proviennent du Nouveau Front populaire (NFP), les insoumises Clémence Guetté et Nadège Abomangoli. Et les deux derniers sont issus… du RN de Marine Le Pen.

Formation qui avait perdu cet honneur après les élections législatives anticipées de 2024 et le vote d’une majorité de Français en faveur d’un barrage républicain. Aux Quatre-Colonnes, Hélène Laporte (RN), élue vice-présidente avec son collègue Sébastien Chenu, se pavane fièrement : « C’est le début de la réparation d’une injustice. Ce qu’il s’est passé aux précédentes élections était immonde. Merci à nos collègues de nous faire confiance. »

« Cette trahison de la Macronie est désolante »

Jusqu’au bout, avant l’ouverture du scrutin, la gauche a tout tenté pour empêcher ce dénouement. Notamment en proposant deux candidatures de plus que le nombre de postes à pourvoir, celles des écologistes Marie Pochon et Jérémie Iordanoff, pour obliger le camp gouvernemental à assumer, par le vote, son accord avec l’extrême droite. Mais aussi pour offrir aux macronistes gênés par cette alliance antirépublicaine la possibilité de choisir une autre voie. À en croire le résultat, ils sont bien peu.

« Nous avons fait ce choix en cohérence avec les conditions de notre élection en 2024 : le refus pur et simple des électeurs du front républicain de voir le RN accéder aux responsabilités, martèle Marie Pochon. Cette trahison de la Macronie est désolante. Dans la pente glissante dans laquelle nous sommes, avec une extrême droite aux portes du pouvoir, nous devons tous être responsables. Et ne surtout pas sombrer dans l’acceptation de leur volonté de conquête. » Au final, le NFP, qui disposait de trois vice-présidents de l’Assemblée, perd donc un poste, puisque Jérémie Iordanoff, qui était sortant, n’a pas été soutenu par une Macronie qui lui a préféré une candidature RN.

À l’origine de cette élection, une femme : la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, soucieuse d’en finir avec une gauche devenue majoritaire dans son propre bureau au lendemain des législatives de 2024. Sur X, celle-ci s’est d’ailleurs adressée aux Français quelques heures avant l’échéance pour les convaincre du bon sens de sa position, non sans les infantiliser.

Allant jusqu’à oser une comparaison dépolitisant absolument l’enjeu de cette élection : « Le bureau, c’est un peu le syndic de copropriété. C’est comme si 174 copropriétaires étaient exclus de toutes les décisions concernant leur immeuble (le Modem, l’UDR et le RN n’ayant pas de représentants au sein du bureau – NDLR). Ça vous choque ? Moi aussi ! »

« Ce deal ne s’arrête pas qu’aux vice-présidences »

Selon elle, ouvrir grand les portes du RN répond à une nécessité : celle de respecter le « choix des Français ». « Simple, basique ! » ajoute-t-elle. Étonnamment, la Macronie se soucie bien moins du respect des équilibres électoraux lorsqu’il s’agit de nommer un premier ministre provenant de la force arrivée en tête aux dernières législatives : le NFP.

« Un an après les élections, Yaël Braun-Pivet trahit le barrage républicain en faisant élire deux députés RN au bureau de l’Assemblée nationale. Face à cette connivence nauséabonde, demandons sa démission ! » appelle Benjamin Lucas, député du groupe Écologiste et social, qui a lancé une pétition en ce sens à la suite du vote. « Cette trahison du pacte républicain qui nous a élus est un signal inquiétant », souffle Arthur Delaporte, porte-parole du groupe socialiste.

Plus inquiétant encore : ce compagnonnage pourrait n’en être qu’à ses premières heures. « Ce deal ne s’arrête pas qu’aux vice-présidences, assure Jérémie Iordanoff. Les Français doivent le savoir : le bloc central pactise avec le RN pour s’assurer une majorité de places en commissions. » Dont la présidence des Affaires économiques ou le poste de rapporteur général du budget, très prisés pour leur pouvoir de contrôle de l’action du gouvernement, et qui seront en jeu ce jeudi.

« Flottille pour Gaza : coupables d’humanité », l’éditorial de Maud Vergnol.



D’un côté, une flottille humanitaire, internationaliste, pacifiste, et parfaitement légale, déterminée à briser le blocus de Gaza. De l’autre, un pouvoir génocidaire, dont le premier ministre est sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crime contre l’humanité.

À l’heure où nous écrivions ces lignes, les bateaux solidaires, pourtant si proches des côtes, étaient interceptés par l’armée israélienne, alors qu’ils ne représentaient aucune menace. De quoi Netanyahou a-t-il si peur ? Que l’agonie qu’il impose à tout un peuple avec une perversité inégalée soit révélée au grand jour ? L’interception de la Flottille Global Sumud, qui comprend des personnalités comme le petit-fils de Nelson Mandela, quatre députés français, des élus du monde entier, ainsi que notre collègue Émilien Urbach est absolument illégale.

Son arrestation constitue également une nouvelle atteinte inacceptable à la liberté de la presse, alors que les autorités israéliennes interdisent l’accès des journalistes étrangers à la bande de Gaza, où plus de 220 de nos consœurs et confrères ont été assassinés depuis le 7 octobre 2023.

Dans ce contexte, les railleries cyniques de l’extrême droite et du bien mal nommé Printemps républicain sur la flottille, relayant la propagande du pouvoir israélien, sont proprement indécentes, cachant mal leur indifférence au sort des Palestiniens, au profit d’un soutien indéfectible à des meurtriers suprémacistes. L’histoire les jugera sévèrement.

Comme la passivité du pouvoir macroniste, qui renvoie les militants engagés dans cette mission humanitaire à leur responsabilité individuelle. Aucune mesure de protection n’a été mise en place, comme l’a pourtant fait l’Espagne de Pedro Sanchez. Le silence observé par l’Élysée tient de la complicité tacite avec un régime qui piétine le droit international. La France doit exiger la libération immédiate de tous les équipages de la Flottille Global Sumud. Ces femmes et ces hommes ne sont coupables que de courage, de solidarité, d’humanité.

« D’accord sur quoi » ? Le billet de Maurice Ulrich.



Tout juste élu député de la 2e circonscription de Paris avec 62 % de 23 % de votants, Michel Barnier, dont on croit se souvenir qu’il aurait été Premier ministre quelques semaines, est inquiet pour la France.

Nous sommes, déclare-t-il, dans un de nos quotidiens « devant de grandes turbulences » et « le problème le plus grave, c’est celui de la confiance dans la politique ». Face à cela il pense, comme ont dû le lui dire ses électeurs, que « les Français nous demandent de nous mettre d’accord ». Certes, mais sur quoi ?

Et si, pour voir, on prenait le problème autrement en demandant aux « politiques » de se mettre déjà en accord avec les Français. Des millions de manifestants, une très large majorité de l’opinion rejetant le report de l’âge de la retraite et un passage en force à l’Assemblée nationale.

86 % des Français favorables à la mise en place de la taxe Zucman et quoi ? En bon savoyard et paysan de Paris, Michel Barnier devrait savoir que ce n’est pas à la charrue de décider.

mercredi 1 octobre 2025

« Plan Trump pour Gaza : le poids de la France ? », l’éditorial de Lionel Venturini.



Trump se rêve-t-il en Clinton ? Avec ses propositions en 20 points pour un plan de paix à Gaza et un soutien encore conditionnel de Benyamin Netanyahou, on est bien sûr loin de la signature, en 1993, sur la pelouse de la Maison-Blanche, des accords d’Oslo entre Arafat et Rabin, sous les auspices du démocrate américain, sur la table même où furent signés quinze ans auparavant les accords de Camp David.

N’empêche, le fantasque président républicain, en mettant sur la table ce plan succinct, contribue à rouvrir une perspective de cessez-le-feu, et tout ce qui peut mettre fin aux souffrances des Gazaouis doit être pris en considération. La récente reconnaissance par plusieurs pays, dont la France, d’un État palestinien lors de l’Assemblée générale de l’ONU a sans doute aidé à ces bougés diplomatiques. Que n’a-t-elle été effectuée plus tôt par Paris, pour accélérer la fin des massacres en cours à Gaza !

Le poids de la France, son histoire diplomatique avec le Proche-Orient sont ainsi reconnus par le président américain, qui, dans son plan, fait explicitement référence à la récente feuille de route franco-saoudienne formulée devant l’ONU. « Personne ne sera forcé de quitter Gaza », se ravise encore Trump, lui qui voulait il y a quelques mois vider le territoire de ses habitants. Il assure également que « les conditions pourraient enfin être réunies pour ouvrir une voie crédible vers l’autodétermination et la création d’un État palestinien, que nous reconnaissons comme étant l’aspiration du peuple palestinien ».

Des questions restent en suspens, et quelles questions : le plan Trump suppose que le Hamas renonce à toute gouvernance sur Gaza, accepte une démilitarisation totale. Le plan n’aborde ni la question des frontières ni celle de la future capitale d’un État palestinien.

À Gaza, ce nouveau plan semble accueilli avec scepticisme, après deux précédentes trêves qui n’ont pas duré. Ses adversaires se trouvent aussi en Israël, où l’extrême droite joue la surenchère guerrière et suprémaciste. Dans ce contexte, Emmanuel Macron ne peut rester inactif, en considérant qu’avec un discours à la tribune de l’ONU le travail est achevé. Même si le plus dur est à venir.

 

« Le Medef manifeste à Bercy le 13 octobre : pourquoi ça risque de faire flop », le billet de Maurice Ulrich.



On ne s’attend pas à voir les petits patrons se joindre aux cortèges jeudi. Mais, à ce qu’il semble, ils n‘ont pas davantage l’intention de fournir au Medef les fantassins du meeting que ce dernier organise le 13 octobre. Pour le syndicat U2P, Union des entreprises de proximité, et son responsable Michel Picon, il ne sert à rien d’ajouter de la pagaille à la pagaille et de rejouer une « lutte des classes à l’envers ».

On ne préjugera pas des choix politiques des petits patrons concernés, mais il faut en la circonstance reconnaître à l’U2P une évidente lucidité : « Ces immenses fortunes membres du Medef voudraient que tous les artisans et commerçants joignent leurs voix avec leurs fossoyeurs ? C’est indécent. »

À ce compte, le Medef risque d’avoir du mal avec les 12 000 places de l’Accor Arena de Bercy. « Il affrète des bus, des trains pour venir à Paris, peut-être même des avions et des figurants qui sait », ironise un patron dans le Figaro. La lutte des classes n’est pas un dîner de gala.

 

« Subversion », l’édito de Cédric Clérin

La démocratie israélienne n’en finit plus de dériver. La commission électorale de la Knesset, le Parlement, a décidé d’exclure des prochai...