Ambroise
Croizat imaginait-il une telle longévité ? Nul ne le sait. Mais le fait
est que, quatre-vingts ans après sa création, la Sécurité sociale, portée en
grande partie par le ministre
communiste au sortir de la Seconde Guerre mondiale, est toujours bien vivante. Un modèle envié à travers
le monde, où chaque salarié, via les cotisations, partage le fruit de son
travail en fonction de ses moyens, afin que tous puissent affronter les aléas
de la vie en fonction de leurs besoins.
Ce bien commun,
pilier de notre cohésion sociale, place la solidarité au cœur de nos politiques
de santé, familiales ou encore de notre système de retraite. C’est cette
philosophie collective et égalitaire qui, précisément, vaut à la Sécu d’être
attaquée sans cesse par les forces du capital privé qui lorgnent sa gestion paritaire et ce
« marché » de quelque 660 milliards d’euros.
Le travail de
sape dure depuis des décennies. Sous l’impulsion des libéraux, l’État a, peu à
peu, pris le contrôle financier en dévitalisant le système des cotisations au
profit de l’impôt (CSG et TVA) et d’une politique inconséquente d’exonérations
patronales (77 milliards d’euros en 2024 !) qui fragilise comme
jamais les recettes de la Sécu.
À la logique du
financement des besoins, la droite et le patronat – brandissant l’épouvantail
du fameux « trou » et de « l’assistanat » – tentent de
substituer celle de la réduction des dépenses, rêvant, in fine, d’imposer la
privatisation.
Le danger est
là. Mais ce scénario mortifère n’est pas couru d’avance. 88 % des Français
se disent aujourd’hui très attachés à la Sécurité sociale. Et la carte Vitale est
devenue un objet de fierté sur les réseaux sociaux. Un sentiment d’efficacité renforcé après les
épisodes de crise sanitaire, où le filet de protection a marché à plein.
Mais aussi au
regard des contre-exemples venus d’outre-Atlantique, et d’ailleurs, où tomber
malade peut devenir synonyme de ruine financière. Dans un monde où menacent
l’individualisme et la fragmentation, la Sécu, du haut de ses 80 ans, est,
plus que jamais, une réponse d’avenir. À défendre. Et à étendre.
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