À l’occasion de
l’ouverture de la session ordinaire, les députés ont désigné leurs six
vice-présidents. Par le biais d’un accord entre le camp gouvernemental et
l’extrême droite, le parti de Marine Le Pen rafle deux postes. Une
trahison du front républicain de juillet 2024.
Hélène Laporte
(RN), élue vice-présidente avec son collègue Sébastien Chenu, se pavane
fièrement : « C’est le début de la réparation d’une injustice. Ce
qu’il s’est passé aux précédentes élections était immonde. Merci à nos
collègues de nous faire confiance. »
Assise dans l’Hémicycle aux côtés de Jean-Philippe Tanguy, son fidèle
lieutenant, Marine Le Pen tapote sa tablette avec ses doigts. Elle se
recoiffe, sourit, et répète l’opération plusieurs fois. Elle sait l’heure des
siens venue. Yaël Braun-Pivet prend la parole et
annonce le verdict : l’extrême droite est de retour au bureau
de l’Assemblée nationale. Et pas de n’importe quelle manière.
En foulant un
tapis rouge dressé par les macronistes grâce à un accord conclu entre le
Rassemblement national (RN) et le camp gouvernemental. Ce mercredi 1er octobre,
à l’occasion de l’ouverture de la session ordinaire du Parlement, les députés
ont désigné les six vice-présidents de leur chambre au prix d’un seul tour de
scrutin. Résultat : deux sont membres du camp présidentiel, Marie-Agnès
Poussier-Winsback (Horizons) et Christophe Blanchet (Modem), deux autres
proviennent du Nouveau Front populaire (NFP), les insoumises Clémence Guetté et
Nadège Abomangoli. Et les deux derniers sont issus… du RN
de Marine Le Pen.
Formation qui
avait perdu cet honneur après les élections législatives anticipées de 2024 et
le vote d’une majorité de Français en faveur d’un barrage républicain. Aux
Quatre-Colonnes, Hélène Laporte (RN), élue vice-présidente avec son collègue
Sébastien Chenu, se pavane fièrement : « C’est le début de la
réparation d’une injustice. Ce qu’il s’est passé aux précédentes élections
était immonde. Merci à nos collègues de nous faire confiance. »
« Cette trahison de la Macronie est
désolante »
Jusqu’au bout,
avant l’ouverture du scrutin, la gauche a tout tenté pour empêcher ce
dénouement. Notamment en proposant deux candidatures de plus que le nombre de
postes à pourvoir, celles des écologistes Marie Pochon
et Jérémie Iordanoff, pour obliger le camp gouvernemental à assumer, par le
vote, son accord avec l’extrême droite. Mais aussi pour offrir aux macronistes
gênés par cette alliance antirépublicaine la possibilité de choisir une autre
voie. À en croire le résultat, ils sont bien peu.
« Nous avons fait ce choix en cohérence avec les conditions de notre
élection en 2024 : le refus pur et simple des électeurs du front
républicain de voir le RN accéder aux responsabilités, martèle Marie Pochon. Cette trahison de la
Macronie est désolante. Dans la pente glissante dans laquelle nous sommes, avec
une extrême droite aux portes du pouvoir, nous devons tous être responsables.
Et ne surtout pas sombrer dans l’acceptation de leur volonté de
conquête. » Au final, le NFP, qui disposait de
trois vice-présidents de l’Assemblée, perd donc un poste, puisque
Jérémie Iordanoff, qui était sortant, n’a pas été soutenu par une Macronie qui
lui a préféré une candidature RN.
À l’origine de
cette élection, une femme : la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël
Braun-Pivet, soucieuse d’en finir avec une gauche devenue majoritaire dans son
propre bureau au lendemain des législatives de 2024. Sur X, celle-ci s’est
d’ailleurs adressée aux Français quelques heures avant l’échéance pour les
convaincre du bon sens de sa position, non sans les infantiliser.
Allant jusqu’à
oser une comparaison dépolitisant absolument l’enjeu de cette élection : « Le bureau, c’est un peu le syndic de
copropriété. C’est comme si 174 copropriétaires étaient exclus de
toutes les décisions concernant leur immeuble (le Modem, l’UDR et le RN
n’ayant pas de représentants au sein du bureau – NDLR). Ça vous choque ?
Moi aussi ! »
« Ce deal ne s’arrête pas qu’aux
vice-présidences »
Selon elle,
ouvrir grand les portes du RN répond à une nécessité : celle de respecter
le « choix des Français ». « Simple, basique ! »
ajoute-t-elle. Étonnamment, la Macronie se soucie bien moins du respect des
équilibres électoraux lorsqu’il s’agit de nommer un premier ministre provenant
de la force arrivée en tête aux dernières législatives : le NFP.
« Un an après les élections, Yaël Braun-Pivet trahit le barrage
républicain en faisant élire deux députés RN au bureau de l’Assemblée
nationale. Face à cette connivence nauséabonde, demandons sa
démission ! » appelle
Benjamin Lucas, député du groupe Écologiste et social, qui a lancé une pétition
en ce sens à la suite du vote. « Cette trahison du pacte républicain
qui nous a élus est un signal inquiétant », souffle Arthur Delaporte, porte-parole
du groupe socialiste.
Plus inquiétant
encore : ce compagnonnage pourrait n’en être qu’à ses premières heures. « Ce
deal ne s’arrête pas qu’aux vice-présidences, assure Jérémie Iordanoff. Les
Français doivent le savoir : le bloc central pactise avec le RN pour s’assurer
une majorité de places en commissions. » Dont la présidence des
Affaires économiques ou le poste de rapporteur général du budget, très prisés
pour leur pouvoir de contrôle de l’action du gouvernement, et qui seront en jeu
ce jeudi.

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