mardi 2 septembre 2025

Vote de confiance : la gauche répondra-t-elle à l’invitation de Marine Tondelier pour préparer l’après Bayrou dès jeudi ?



Le vote de confiance de lundi 8 septembre n’offre que peu de suspens et devrait signer la fin du gouvernement de François Bayrou. Pour préparer l’après, la secrétaire nationale des Écologistes a invité toute la gauche à se réunir jeudi. À peine mise sur la table, sa proposition se heurte déjà aux refus de LFI.

C’était déjà la bande-son des universités d’été des Écologistes à Strasbourg fin août, leur secrétaire nationale, Marine Tondelier, a profité lundi 1er septembre de son passage sur BFMTV dans la soirée pour à nouveau entonner le refrain de l’unité. Et elle n’était pas venue les mains vides.

Outre les aimants dont elle s’est servi pour illustrer les dynamiques à l’œuvre à gauche espérant passer de la « répulsion » à « l’attraction », la cheffe de file des verts avait apporté une proposition : « Je donne rendez-vous à toutes ces personnes » de la gauche et des Écologistes, « qu’elles soient politiques ou de la société civile, ou des experts, jeudi », a-t-elle expliqué, disant avoir choisi cette date avec Lucie Castets, candidate pour Matignon du Nouveau Front populaire à l’été 2024.

« C’est fini l’heure des exclusives, ce jeu-là est une impasse »

Il faut « qu’on se retrouve, qu’on se mette dans une pièce et qu’on prépare la suite », a-t-elle détaillé, pour évoquer « tous les scénarios qui peuvent arriver après » le vote de confiance du 8 septembre qui devrait signer la fin du gouvernement de François Bayrou, « qu’il y ait une dissolution, qu’il y ait une nomination de quelqu’un plutôt de la gauche et des écologistes ou de quelqu’un d’autre », ou qu’il y ait « une destitution ».

Interrogée sur les dissensions entre socialistes et insoumis, Marine Tondelier a estimé que « si les insoumis travaillent tous seuls, si les socialistes travaillent tous seuls, leur plan sera sans doute très alléchant mais il ne sera jamais mis en œuvre ». « Si on n’est pas capables de s’entendre pour proposer une alternative au macronisme ou au fascisme, on ne sert à rien. Il n’y a aucune excuse pour échapper à cette responsabilité », ajoute-t-elle, répétant son invitation à « tout le monde », sans faire « d’exclusive ». « Je pense, a-t-elle justifié, que c’est fini l’heure des exclusives et que ce jeu-là est une impasse pour tout le monde. »

Sa proposition s’est cependant heurtée à un premier refus, celui du coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard. « Je suis prêt pour lundi soir, je n’ai pas besoin de faire des réunions avec qui que ce soit », a-t-il répondu sur BFMTV, argumentant que le Parti socialiste ne voulait pas de la présence de LFI.

Les Écologistes sont partie prenante du « Front populaire 2027 », réuni en juillet autour de Lucie Castet et qui s’est engagé à présenter un candidat commun pour la présidentielle et à travailler sur un programme partagé. Ni LFI, ni Place Publique, ni le PCF n’avaient participé au rendez-vous estival.

À l’issue de la rencontre à Matignon entre le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, le chef de file des députés communistes, Stéphane Peu, et François Bayrou, les communistes – qui ont présenté un plan d’investissement de 500 milliards d’euros – ont confirmé leur intention de participer aux actions du 10 septembre et de mobiliser, auprès de l’intersyndicale le 18 septembre pour obtenir « un autre budget ».

 

Budget 2026 : en catimini, François Bayrou et Emmanuel Macron s'apprêtent à publier trois décrets pour doubler les franchises médicales



Sans attendre le vote de confiance des députés, le gouvernement veut imposer ses mesures austéritaires dans le dos du Parlement et s’apprête à alourdir le reste à charge des assurés pour faire des économies sur l’assurance-maladie. La CGT dénonce une « provocation ». Le président de la Cnam réclame le report de l’examen des textes par son instance, prévu ce 4 septembre.

Il y a les discours de façade. Lundi 25 août, François Bayrou a annoncé se soumettre à un vote de confiance des députés, le 8 septembre, sur ses objectifs d’austérité budgétaire à hauteur de 43,8 milliards d’euros en 2026. Un moyen pour le premier ministre de tenter de détourner la colère sociale qui découle de ses annonces de coupes dans les dépenses publiques, le 15 juillet.

Et puis il y a les jeux de coulisses. Saisi en urgence par l’exécutif ce jeudi 4 septembre, le conseil de la Caisse nationale d’assurance-maladie (Cnam) doit se prononcer sur trois projets de décret que l’exécutif entend promulguer dans la foulée. Ces derniers visent à doubler le reste à charge des assurés sur les franchises médicales.

Budget 2026 : l’austérité au détriment des assurés

« C’est une provocation. La seule stratégie d’Emmanuel Macron et de ses gouvernements, c’est le passage en force, a réagi auprès de l’Humanité Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. Que l’exécutif arrête de nous parler de démocratie et d’un prétendu dialogue social, tout en agissant de la sorte. »

Dans les projets de budgets publics de François Bayrou, 5,5 milliards d’euros de coupes sont envisagés en 2026 dans les dépenses de la Sécurité sociale, comprenant notamment la fin de la prise en charge à 100 % des soins pour les affections de longue durée (ALD). Les trois projets de décret, que l’Humanité a pu consulter, confirment les orientations d’austérité prévues par l’exécutif sur le dos des assurés sociaux.

Sans attendre que le Parlement statue sur l’avenir politique de François Bayrou, ni les conséquences d’une censure, l’exécutif espère relever les montants de la participation forfaitaire restant à charge sur chaque consultation, acte médical, de radiologie et de biologie. Ainsi, ces derniers ne pourraient être inférieurs à 4 euros, contre 2 actuellement, et ne pourraient excéder 5 euros, contre 3 euros aujourd’hui.

Les coûts en hausse des transports et des actes paramédicaux

Un deuxième décret prévoit d’augmenter le nombre maximum de participations forfaitaires supportées par assuré de 25 à 50 par an, et le montant maximal de 50 à 100 euros. Enfin, le dernier acte réglementaire voulu par l’exécutif entend doubler le montant des franchises médicales (1 à 2 euros par boîte), des actes paramédicaux (1 à 2 euros dans la limite de 8 euros par jour) et des transports sanitaires (4 à 8 euros).

Si les plans de l’exécutif aboutissent, « les deux premières dispositions seraient applicables deux mois après la parution du décret, la troisième au 1er janvier 2026 », s’inquiète Denis Gavrouil, secrétaire confédéral CGT chargé de la protection sociale. Pour rappel, en 2024, la participation forfaitaire pour une consultation ou un acte médical avait déjà été doublée. De même pour les franchises sur les médicaments, passées de 50 centimes à 1 euro.

Ce nouveau passage en force interroge sur la conduite de l’exécutif. Devant la CFDT, au lendemain de la convocation d’une session extraordinaire de l’Assemblée nationale pour se soumettre à un vote de confiance des députés, le premier ministre a plaidé pour un « changement de cap », déplorant que « le fonctionnement des régimes sociaux ait été en partie étatisé ». François Bayrou avait aussi ajouté que « les Français influenceront leurs représentants pour savoir s’ils se placent du côté du chaos ou de la responsabilité ».

37 % des Français renoncent à se faire soigner

Par ces décrets tramés dans l’ombre, c’est bien l’exécutif qui attise un peu plus la colère sociale, alors que, selon un sondage IFOP, 37 % des Français déclarent avoir été contraints de renoncer à un soin ou à un équipement médical, notamment pour des raisons financières.

Pourtant, lors de sa conférence de presse du 15 juillet, François Bayrou avait assuré que « la santé ne peut pas être un marché sur lequel les consommateurs peuvent être sans frein ».

Dans la foulée, Catherine Vautrin, ministre du Travail, de la Santé et des Solidarités, s’était emportée en déclarant qu’il fallait « arrêter avec cette idée que l’assurance-maladie, c’est gratuit, j’y ai droit ».

Des déclarations contredites en 2024 par une étude de l’assurance-maladie, selon laquelle le reste à charge annuel des patients s’élèverait en moyenne à 274 euros par personne. Un tout autre montant, de 2 000 euros, est d’ailleurs avancé par la fédération d’associations France Assos santé, en prenant en compte des coûts cachés.

L’opposition unanime des syndicats

Face à un gouvernement minoritaire, mais déterminé à imposer ses politiques de régression sociale, les syndicats ne désarment pas. Les représentants salariés à la Caisse nationale de l’assurance-maladie réclament de concert le report de l’examen des décrets, compte tenu du vote de confiance du 8 septembre.

« Initialement, l’exécutif voulait passer ces mesures en catimini durant l’été, le 26 août. Puis un conseil spécial a été convoqué le 4 septembre, en visioconférence, alors qu’une réunion était programmée le 11 septembre en présence du ministre chargé de la santé, Yannick Neuder, rapporte Denis Gravouil. Entre-temps, nous avons eu connaissance de la volonté du premier ministre de se soumettre à un vote de confiance au Parlement. Ces manœuvres ont tout l’air d’un passage en force avant que l’exécutif ne puisse tomber. »

Preuve du malaise planant sur l’examen de ces décrets, le président de la Cnam s’est fendu le 29 août d’un courrier adressé à la ministre du Travail et de la Santé, Catherine Vautrin, que l’Humanité a pu consulter.

« Je souhaiterais que sur un sujet aussi sensible politiquement et structurant pour l’accès aux soins, écrit Fabrice Gombert, l’examen de ces textes puisse être reporté, et ce d’autant plus que le Conseil considère que ces sujets auraient dû, dès le départ, être intégrés au débat parlementaire sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. »

Dans ce bras de fer, l’exécutif a un atout dans sa manche. La législation lui permet de doubler ces franchises médicales, sans consultation du Parlement ni avis conforme de la Cnam. « On ne peut pas laisser passer ces décrets alors que le gouvernement va être démis », prévient le secrétaire confédéral CGT.

La centrale, avec l’ensemble de l’intersyndicale (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, Solidaires, FSU), prévoit de contester dans la rue l’ensemble des mesures austéritaires envisagées pour 2026, dès le 18 septembre. « Il faudra s’attendre à une mobilisation dans la durée », insiste Sophie Binet. Contacté, le ministère de la Santé n’a pas répondu à nos questions.

Le « bloc central », le camp du chaos, l’éditorial de Stéphane Sahuc.



François Bayrou se moque des Français. Il veut essayer de nous faire croire que si les députés votent la confiance, alors le gouvernement ouvrira la discussion sur ses orientations budgétaires. Mensonge ! La preuve ? Les décrets qui doivent être publiés le 4 septembre : ils prévoient le doublement des franchises médicales et de leur plafond.

Boîtes de médicaments, consultations, transports sanitaires… Le reste à charge pour les patients va être multiplié par deux. Des décrets comme un symbole de la violence et de l’inhumanité de ce pouvoir. Qui sera le plus touché par ces mesures ? Les plus fragiles, les malades, les plus pauvres. Un profil qui correspond aux plus âgés ou à ceux qui ont exercé des métiers pénibles.

Avec ces décrets en forme de provocation, le gouvernement tente également de porter un coup à l’intersyndicale et au mouvement social. Il tente de démontrer qu’il fera passer ses mesures coûte que coûte, qu’il ne sert donc à rien de se mobiliser. Dans cette séquence, le cynisme du premier ministre, qui prétend se placer du côté des Français en renvoyant ses opposants dans le camp du chaos, éclate au grand jour.

La vraie nature de ce gouvernement, de ce pouvoir, son seul objectif est de tenir l’agenda de la bourgeoisie. Il n’est d’ailleurs pas surprenant que les chevaux légers du patronat soient montés à l’assaut du rapport sénatorial qui a chiffré à 211 milliards d’euros, pour la seule année 2023, le montant des aides publiques aux entreprises.

Depuis 1991 et les premières exonérations de cotisations patronales rebaptisées « charges », des milliers de milliards d’euros d’argent public ont été déversés sans contrôle ni contrepartie. De même l’accumulation des cadeaux aux plus riches aboutit aujourd’hui à ce qu’ils ne paient quasiment pas d’impôts. Et comme sous l’Ancien Régime, cela se traduit par des milliards et des milliards de manque à gagner pour les recettes de l’État et de la Sécurité sociale.

Le camp du chaos, c’est celui de Bayrou et Macron. « La source de l’ordre, c’est la justice (…) Les longues convulsions qui déchirent les États ne sont que le combat (…) de l’égoïsme contre l’intérêt général », disait Robespierre. Avec cette mise en garde : « Riches, égoïstes, que l’exemple des nobles et des rois vous instruise. »

 

lundi 1 septembre 2025

Les États-Unis musellent la Palestine à l’ONU en refus les visas de Mahmoud Abbas et de 80 dirigeants de l’OLP



À une dizaine de jours de l’ouverture de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies à New York, le secrétaire d’État états-unien, Marco Rubio, refuse les visas de 80 responsables palestiniens, dont le président Mahmoud Abbas.

Quelle meilleure façon de brandir l’épouvantail sécuritaire pour étouffer tout débat ? « L’administration Trump réaffirme son engagement à ne pas récompenser le terrorisme » : au nom de ce principe, Washington refuse les visas de plus de 80 responsables palestiniens, dont le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.

Publié le 29 septembre, ce communiqué de la Maison-Blanche illustre l’isolement états-unien, à contre-courant d’un mouvement international favorable à la reconnaissance de la Palestine, déjà actée par 147 pays. Après la décision de la France, en juillet, d’aller en ce sens – une première pour un pays du G7 –, une dizaine d’États ont appelé à suivre, certains avec des conditions.

Les États-Unis entravent la délégation palestinienne à l’ONU

Membre observateur de l’ONU, la Palestine se heurte à l’hostilité états-unienne. Washington bloque sa délégation pour freiner la marche vers sa reconnaissance.

Attaché à défendre son allié israélien, le secrétaire d’État, Marco Rubio, accuse l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et l’Autorité palestinienne (AP) de « non-respect de leurs engagements », « d’atteinte aux perspectives de paix » et de ne pas suffisamment lutter contre le terrorisme, en lien avec la tragédie du 7 octobre 2023.

Celui qui défend les actions militaires israéliennes dans les territoires palestiniens, condamnées dans le monde entier, conditionne la délivrance des visas à l’abandon de la reconnaissance « unilatérale » d’un État palestinien et au retrait des recours devant la Cour pénale internationale (CPI), laquelle a émis en novembre 2024 un mandat d’arrêt contre Benyamin Netanyahou, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité à Gaza.

« La décision de l’administration Trump vise à nier la possibilité de création d’un État palestinien et à écraser toute manifestation de nationalisme palestinien », analyse Nader Hashemi, chercheur à l’université de Georgetown, à Washington, auprès de L’Orient-Le jour.

Israël soutient les restrictions américaines

Saluée par le gouvernement israélien, la mesure contrevient à l’accord de siège de 1947, qui impose au pays hôte de garantir l’accès de tous les représentants et observateurs, sauf menace directe et grave pour sa sécurité. Washington réplique que l’interdiction ne concerne pas la mission palestinienne auprès de l’ONU, mais les fonctionnaires de l’OLP – reconnu depuis 1974 comme le représentant officiel du peuple palestinien – et de l’AP.

Les restrictions états-uniennes violent le droit international, comme l’ont rappelé l’Union européenne, par la voix de la cheffe de sa diplomatie, Kaja Kallas, et les Nations unies. Un précédent existe : en 1988, l’administration Reagan avait refusé un visa à Yasser Arafat, une manœuvre vivement contestée, y compris par l’Assemblée générale qui, en opposition avec la volonté minoritaire états-unienne, avait majoritairement décidé d’organiser sa session hors siège, à Genève, permettant ainsi au leader palestinien de participer à la réunion.

Le Parti communiste français réclame la même initiative s’agissant de Mahmoud Abbas, alors qu’une intervention virtuelle est aussi envisagée. Reste à voir si, cette fois encore, les pressions internationales tenteront de reproduire le scénario de 1988, au risque de fragiliser une fois de plus la représentation palestinienne.

 

« L'Huma est à bord du Global Sumud Flotilla : on vous explique comment les 25 navires se sont préparés à briser le blocus de Gaza »



Une flottille de plus de 25 navires a pris le large, ce dimanche 31 août, depuis Barcelone, dans le but de briser le blocus criminel imposé aux habitants de l’enclave palestinienne. Des milliers de personnes sont venues souhaiter bon vent aux équipages originaires de 44 pays, dans un esprit à la fois festif et combatif. L’Humanité est à bord.

Un véritable tsunami humain a déferlé, ce dimanche 31 août, sur les quais de la capitale catalane pour célébrer le départ à destination de Gaza de la Global Sumud Flotilla. Plus de 25 bateaux à voiles ou à moteur ont quitté Barcelone avec à leur bord plusieurs dizaines de personnes, venues de 44 pays, solidaires du peuple palestinien et indignés par les images quotidiennes du blocus imposé à Gaza par le gouvernement israélien.

Parmi ces personnalités, des syndicalistes, des élus, des journalistes ou des personnalités comme Greta Thunberg. Des scènes de liesse, des chants, quelques larmes aussi, ont gonflé les voiles des navires qui comptent rejoindre Gaza en une quinzaine de jours.

Avant de monter à bord, ces indignés embarqués ont suivi quatre jours de formation intensive pour se préparer à la vie en mer et, surtout, appréhender l’inconnu face aux différentes réactions possibles de l’État israélien que beaucoup qualifient ici de génocidaire.

Dans la grande salle à l’étage du local de l’Union générale des travailleuses et travailleurs de Catalogne (UGT-C), jeudi, plus d’une centaine de personnes ont disposé leurs chaises de façon à former des groupes d’une dizaine de personnes se tournant le dos.

Un homme au micro explique : « Vous venez de naviguer pendant quinze jours. Vous êtes fatigués, mais aussi heureux d’observer la mobilisation mondiale qui a accompagné votre mission depuis deux semaines. L’armée israélienne vient d’annoncer qu’elle allait intercepter votre bateau. »

Retour d’expérience des expéditions précédentes

Tout à coup, la lumière s’éteint. Une vingtaine de personnes entrent, criant, ordonnant à tous de se coucher les mains dans le dos. Tout le monde s’exécute. La scène, basée sur les retours d’expérience des participants des expéditions précédentes du Madleen et de l’Handala, dure quelques minutes.

Puis, lorsque la lumière se rallume, chacun de ces équipages encore fictifs à ce moment-là est invité à discuter de ce qu’il vient de vivre. « J’ai l’expérience des territoires occupés palestiniens, évoque un des solidaires. Ce qu’on vient de faire me rappelle les situations où ce que j’avais trouvé terrifiant était l’âge des soldats israéliens. J’avais eu le sentiment que mon sort était entre les mains d’adolescents excités par leur fusil en bandoulière. »

Lorsque chaque groupe est appelé à présenter à l’ensemble des participants ce qui s’est dit en son sein, une jeune fille intervient. « Ma crainte durant l’exercice était que l’une ou l’un d’entre nous s’énerve, refuse de faire ce que les soldats demandaient et que ces derniers en deviennent plus violents, explique-t-elle avant de conclure : S’il vous plaît, je voudrais être certaine que personne ne me mette en danger en réagissant de la sorte si nous nous faisons réellement interpeller. Je place ma vie entre vos mains et je prends la vôtre entre les miennes. »

La plupart des participants à cet entraînement attendent de monter à bord des bateaux de la Global Sumud Flotilla que des marins de plusieurs dizaines de nationalité préparent à la navigation depuis plusieurs jours dans le port Forum de Barcelone.

Chants de lutte palestiniens

Ce dimanche 31 août, ils ont jeté les amarres pour rejoindre le vieux port de Barcelone, à 6 miles nautiques plus au sud. À leur arrivée, le Global Movement to Gaza, qui rassemble l’ensemble des délégations nationales composant ce projet, avait appelé à un grand rassemblement. Il fut festif et chargé d’émotion.

La veille, Alexandro, un marin solidaire italien, vient à peine de finir de changer l’alternateur sur le moteur du voilier Bianca. C’est sur celui-ci que l’Humanité a été invitée à naviguer durant les quinze prochains jours pour documenter cette action inédite.

« Tu devrais contrôler le matériel électronique », lance-t-il au capitaine du bateau, alors qu’il est en train pour sa part d’équiper des gilets de sauvetage avec des lumières clignotantes. Le skipper écoute le conseil du marin et se rend compte que le pilote automatique ne fonctionne plus. Il faut aller voir si quelque chose n’est pas débranché dans la cale. Les deux comparses s’aperçoivent que le réservoir de gasoil fuit et vient de se vider. Il faut réparer ça. Les deux hommes se contorsionnent dans l’exigu navire pour effectuer les travaux. D’autres viennent s’ajouter ; ils travaillent jusque tard dans la nuit. Demain, il faut larguer les amarres.

Ce type de scène se déroule à bord des 25 navires arborant drapeaux palestiniens et slogans, alignés le long du quai du port Forum. Il y a un peu de vent cet après-midi, le spectacle de ces dizaines de marins affairés, embarquant les provisions nécessaires pour cette longue navigation au milieu des pavillons battants et des chants de lutte palestiniens résonant dans les enceintes portatives des uns et autres, est saisissant.

Formés à une réponse non violente

La flottille a donc bel et bien pris la mer en ce dimanche catalan. Dans plusieurs pays, des événements ont eu lieu ou vont se tenir pour l’accompagner. À Marseille, par exemple, où une autre flottille est en préparation pour la mi-septembre, celle du collectif Thousand Madleen, des navigateurs solidaires ont décidé de prendre le large, comme pour ouvrir la route à ceux partis de Barcelone.

Ces derniers seront rejoints en route par d’autres venus de tous les rivages de la Méditerranée. Une quarantaine de bateaux devraient au final approcher des côtes gazaouies. « Nous espérons arriver aux alentours du 13 septembre, explique Florence Heskia, militante à Marseille et coordinatrice de Waves of Freedom, une des composantes du Global Movement to Gaza. Nous ne savons pas comment vont réagir les autorités israéliennes, nous nous préparons à toutes les hypothèses. L’arrivée de plusieurs dizaines de navires en même temps est une première. »

Nouvelle : « les arbres »




Qui n’aime pas les arbres ? Du plus loin que nous nous souvenons, ils sont présents dans notre vie. Et d’abord à l’école ? Dans les cours de récréation, bordées de grands ormes. Ce sont des arbres magnifiques, puissants, trapus, à l’écorce rugueuse et aux feuilles dentées, rudes au toucher, qui laissaient sur la peau une odeur que l’on retrouve encore, de temps en temps, quand notre main glisse le long des ormeaux renaissants. On peut parler de renaissance, en effet, puisque les ormes, contaminés par la graphiose, ont failli disparaître. Aujourd’hui, heureusement, ils sont sauvés. 

Avec notre enfance, surgissent les marronniers d’autres cours d’école, dont les feuilles servaient de modèle aux premiers dessins de l’année. Feuilles aux fines nervures, d’un vert profond, dont le pétiole, si on l’écrasait, laissait sur la peau un parfum persistant, un peu amer. Les marrons, lisses comme le galet, luisaient avec une légèreté surprenante, et servaient parfois de projectiles, sans le moindre danger. Ils ont gardé leur mélancolie, celle de l’automne débutant, de la fin des vacances, des premières feuilles qui tombent. 

Comment ne pas aimer les tilleuls, pour leurs feuilles d’un jaune pâle, leur parfum très doux quand elles sèchent, au soleil, le murmure des abeilles dans les plus hautes branches, le goût des tisanes du soir. Leur buée montait, envahissait la pièce, attendrissant les regards et le temps. Autrefois, on gardait les feuilles précieuses dans un grenier dont les étés exaspéraient l’odeur. Personne aujourd’hui ne récolte les feuilles. 

Les grands chênes, eux, règnent sur tous les arbres. Opulents, magnifiques, ils portent des couronnes immenses dont les glands émergent comme des joyaux d’or. On ne peut faire le tour de leur tronc avec les bras. Ils dominent les prés et les champs avec la conscience de leur force, et, du haut, de leurs certitudes, ils nous jugent, pauvres hommes dont la petitesse est touchante en comparaison de leur grandeur sereine. Les plus beaux sont les solitaires. Ils ont écarté tout ce qui pourrait nuire à leur splendeur. Ils sont orgueilleux, mais ils ont raison de l’être. Ils ont défié le temps et ils ne croient pas à la mort. Ils croient à la pluie, au printemps, au soleil, aux étoiles. Ils savent que c’est dans la patience, dans la lenteur et non dans l’agitation qu’on vit le mieux. Il est rare que la foudre les frappe. 

Pas plus que les hêtres qui sont leurs demi-frères, presque aussi puissants, aussi majestueux qu’eux. Leurs fûts, très droits, s’élèvent sans branches, donnant aux hêtraies un aspect de couleurs grisâtres qui soutiennent un feuillage épais diffusant une ombre froide. C’est âcre, un peu amer. Leur bois, légèrement rosé, porte des feuilles épaisses qui virent rapidement à l’automne au brun cuivré. Ce sont des arbres pour la mélancolie. Ils ne sont forts qu’en apparence, ne sont heureux que du souvenir de leur bonheur : celui de leur splendeur d’été. 

Plus fragiles que ces deux princes des bois sont les frênes, les charmes ou les saules. Les premiers, s’ils dépassent souvent les chênes ou les hêtres, ne sont jamais aussi touffus, aussi robustes. Le frêne est fragile, comme un adolescent trop vite grandi. Il n’est pas assuré sur ses jambes et son bois, s’il est d’aspect compact, ne résiste pas longtemps à la scie. S’il s’épaissit son tronc se crevasse, laisse pénétrer les parasites qui le tueront. 

Au contraire des charmes, dont les feuilles ovales, deux fois plus longues que larges, sont d’une extrême douceur mais savent résister en chantant au vent le plus violent. C’est un arbre pour la douceur de vivre, d’où les charmilles du XIXe siècle, plantées par les romantiques. 

Les saules sont des arbres au bois tendre, comme celui des peupliers. Ils cassent sous leur propre poids et, s’ils vivent vieux, sont couturés de blessures comme des grognards d’Empire. 

Rien ne peut nous émouvoir davantage, que les chandelles vertes des peupliers. Ils évoquent la Toscane, la vie simple et douce, comme les trembles qui sont leurs cousins. Leur nom vient du fait que leurs feuilles s’agitent même en l’absence de vent. Ils disent la vie en plein cœur de l’hiver, par quelques feuilles jaune citron accrochées à leurs plus hautes branches. Ils murmurent sans cesse une chanson qui parle de caresses et de fragilité. 

Et quoi de plus beaux, plus majestueux que les bouleaux de Sibérie, le blanc de leurs fûts plus blanc que neige, leurs petites feuilles tremblantes même en été. Ils évoquent les vastes espaces blancs, Boris Pasternak, Le Docteur Jivago, Tolstoï, la retraite de Russie, le froid de l’hiver, tout ce qui dure, l’immensité de la vie. 

Et puis, dans mon cœur, il y a l’arbre de l’éternité. Il abrite dans son ombre délicieuse un banc sur lequel on s’assoit et on pense. C’est un arbre qui respecte le silence et le nourrit de sa grandeur. Le ciel est toujours bleu sous mon arbre de l’éternité. Je ne me suis jamais demandé si c’était un tilleul ou un chêne. Quelle importance, puisqu’il est éternel !

 

« Global Sumud Flotilla : la mobilisation doit briser le blocus de Gaza », l’éditorial de Fabien Gay.



Plus personne ne peut, ni ne doit fermer les yeux. Il y a dix jours, quatre organismes des Nations unies ont confirmé la famine dans l’enclave de Gaza. Des dirigeants de l’extrême droite israélienne sont poursuivis pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale.

Un génocide est en cours. Et pourtant, Gaza reste inaccessible aux journalistes internationaux, interdits d’entrée par l’armée israélienne. Cette interdiction vise à invisibiliser le massacre, à maintenir le contrôle d’un récit par une guerre de communication et de propagande, et à permettre à l’armée de mener sa sale besogne en toute impunité.

Nous saluons le courage et la dignité des journalistes palestiniens présents dans l’enclave. À bout de souffle, affamés, ils relaient quotidiennement les horreurs, les destructions et les morts. Ils nous informent au péril de leur vie. En tant que fenêtre sur l’opinion publique, les journalistes sont des cibles privilégiées de l’armée israélienne.

Plus de 200 de nos confrères ont perdu la vie. Aujourd’hui, dans nos colonnes, nous leur donnons une nouvelle fois la parole. Conformément aux demandes des nombreuses sociétés de journalistes et au droit international, nous exigeons un accès libre à la bande de Gaza pour informer nos concitoyens. L’Humanité ne peut rester spectatrice et s’engage à éveiller les consciences.

Ce dimanche, une nouvelle flottille internationale, la Global Sumud Flotilla, a pris le large depuis Barcelone pour rejoindre les côtes de Gaza. À son bord, un journaliste de l’Humanité, Émilien Urbach, participe à cette initiative regroupant des militants associatifs, des élus et des journalistes de 44 pays.

Vingt-cinq navires, rejoints par d’autres au départ de la Tunisie, dénonceront le blocus inhumain et tenteront de le briser pour répondre à un impératif humanitaire et pousser les gouvernements à agir.

Alors que les deux précédentes flottilles ont été kidnappées dans les eaux internationales par l’armée israélienne en violation du droit maritime, c’est la mobilisation citoyenne qui doit briser le blocus de Gaza, imposer un cessez-le-feu et ouvrir d’urgence des couloirs humanitaires.

Chaque jour, nous vous ferons vivre l’avancée de la flottille. Nous donnons rendez-vous à toutes celles et tous ceux qui portent la justice et la paix au cœur, à la Fête de l’Humanité, pour faire résonner la solidarité internationale.

 

« Subversion », l’édito de Cédric Clérin

La démocratie israélienne n’en finit plus de dériver. La commission électorale de la Knesset, le Parlement, a décidé d’exclure des prochai...