mercredi 15 juillet 2026

« Son masque tombe », l’éditorial de Patrick Le Hyaric.



Voici sans doute la phrase qui résume le mieux la nature profonde de ce parti, prononcée par l'un des lieutenants de la cheffe de l’extrême droite : « Marine Le Pen est la mieux placée pour savoir si elle est innocente ou coupable. »

Autrement dit, vous pouvez commettre un crime, détourner de l’argent public, c’est à vous qu’il appartient de juger de votre innocence ou de votre culpabilité. Il n’y a pas de degré plus élevé dans la brutalisation et la négation de la justice. Voici étalé le putride terreau où germe le pire.

Les élus de l’extrême droite courent après les voleurs de pommes, après un gamin de 13 ans qui fait l’imbécile avec un pistolet à eau au bord du canal Saint-Martin à Paris, traquent tout ce qui ressemble pour eux à un immigré, mais ils dénient le droit aux juges de faire leur travail au service de la société quand il s’agit d’eux.

Mieux, opposant les magistrats au peuple, la responsable en chef d’un détournement de fonds qui a duré plus de dix ans au Parlement européen affirme que « les Français » seraient les seuls « juges ». En apparence, cette sentence semble de « bon sens », comme on le répète dans les ensileuses à dépolitisation. On pourrait donc être élu au nom de la démocratie… qu’on bafoue allègrement.

L’égalité juridique entre tous les citoyens est noyée dans le marigot de la corruption et des affaires afin d’échapper à toute sanction pénale. L’impunité des « puissants » violant les lois et l’État de droit qui leur permet d’accéder et de rester au pouvoir serait naturelle.

Nous entrons ici dans ce sombre dédale où le droit d’association, le droit syndical, le droit de manifestation, le droit de la presse sont comprimés alors que la violation du droit par un parti d’extrême droite est largement accompagnée par une multiplicité de grands médias et de journaux armés de ces nouvelles disciplines : le confusionnisme organisé autour du jugement et la sondologie ou la sondomanie.

À peine sortie d’un tribunal qui condamne un détournement financier en bande organisée au détriment de l’intérêt public, voilà que des sondages sont commandés pour certifier que celle-là même qui pille des deniers publics est apte à les gérer.

L’affaire est d’une gravité extrême. Elle lèse les citoyennes et les citoyens qui, au travers de leurs impôts, contribuent aux caisses communes pour l’intérêt général. L’héritière des fondateurs du Front national sollicite le vote de celles et ceux qu’elle est accusée d’avoir floués. Et les grands médias, voyageant toujours avec dans leurs bagages ces spécialistes patentés de « l’opinion », accréditent l’idée qu’il ne sert à rien d’aller aux urnes puisque la condamnée serait élue dans tous les cas de figure.

Derrière ces glissements trop banalisés, trop acceptés, c’est la démocratie qu’on enchaîne, c’est la destruction méthodique des contre-pouvoirs censés protéger les citoyens d’un pouvoir autoritaire, qui sont imperceptiblement mais sûrement déchiquetés.

Se présenter en étant à la fois poursuivie et condamnée par deux tribunaux, dans l’espoir qu’une majorité d’électrices et d’électeurs élira la cheffe de la fraude, revient à revendiquer un privilège ou une immunité permanente.

L’élection présidentielle est prise en otage, transformée en un référendum « pour ou contre le bracelet électronique » pour Mme Le Pen et pour son immunité permanente. Fidèle à sa vieille nature, l’extrême droite menace les juges de la cour de cassation et est prête à instrumentaliser les institutions pour s’auto-amnistier de ses délits financiers dès son installation à l’Élysée, avant de modifier 14 articles de la Constitution, comme le prévoient les trois lois constitutionnelles déposées par le RN/FN sur le bureau de l’Assemblée nationale.

Pourquoi cet assourdissant silence autour de ce coup de force ?

Contre cette privatisation engagée de la future élection présidentielle, les citoyennes et les citoyens doivent être largement prévenus, éclairés, instruits, initiés, affranchis, mobilisés.

Je sais les nombreuses et nombreux amis, voisins, travailleurs désabusés par la politique politicienne, la lutte des places, les promesses jamais tenues, les postures justifiant les désunions stériles qui veulent donner un coup de pied « dans la fourmilière », comme ils disent.

Je sais aussi l’affligeante et pénible situation de celles et ceux qui triment pour un maigre salaire quand tous les prix montent en flèche, puis n’ont qu’une retraite de misère après une vie de dur labeur, angoissés par l’avenir de leurs enfants et petits-enfants face aux guerres, aux bombes à retardement du réchauffement climatique et cette envie de « secouer le système ».

À toutes et tous, je me permets ces suggestions : attention à ne pas se laisser noyer dans le lac de la victimisation des extrêmes droites pour évacuer du débat public et des actions populaires tous les enjeux liés à vos conditions d’existence.

Comment votre souveraineté, s’exerçant dans l’isoloir au moment de l’élection présidentielle, pourrait-elle inclure l’élection de quelqu’un qui a proclamé qu’elle « avait les mains propres et la tête haute », a demandé l’inéligibilité à vie des corrompus, s’oppose aux réductions et aux aménagements de peines, et se trouve aujourd’hui condamnée pour avoir organisé le vol des deniers publics ?

La probité est l’une des condition première à la possibilité de choisir ses représentants, d’exercer un choix démocratique.

Lorsque s’éteint ce principe, la liberté électorale perd son sens.

Ce qui vient de se passer dit tout de la suite si, par malheur, le RN/FN, coalisé à l’ensemble des droites et à une partie des forces capitalistes, accédait au pouvoir suprême. Nous entrerions bien dans un autre régime, autoritaire et dictatorial, pour préserver les privilèges des forces de l’argent. C’est du reste ce qui est recherché désormais par des sphères importantes de la haute bourgeoisie capitaliste. On ne peut être condamnée pour avoir pillé l’argent public et être éligible pour le gérer !

Nous avons, ensemble, à agir, à défricher des chemins nouveaux pour faire taire les armes, pour stabiliser le climat et régénérer la biodiversité, pour initier un nouveau projet alimentaire et le droit à une alimentation de qualité pour toutes et tous, pour prendre possession du travail et de la production, condition de meilleurs salaires et retraites, pour faire reculer les inégalités et les discriminations, ouvrir la voie à une nouvelle étape dans la création des services publics de la santé, de l’école, des transports, la culture.

Premières victimes de ces violences imposées à l’État de droit, les citoyennes et les citoyens doivent pouvoir se parler, dialoguer en toute franchise, élaborer des propositions progressistes dans des comités locaux de débat et d’actions, des comités de la fraternité et de la sororité, contre les extrêmes droites et pour construire leur union populaire pour changer la vie, changer le monde.

Ce n’est pas parce que tout se disloque qu’il faut laisser gonfler les passions mauvaises. Au contraire ! Organisons le sursaut unitaire, pour le bien commun.

Patrick Le Hyaric

 

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