mercredi 15 juillet 2026

« Droit aux vacances : pourquoi il faut reconquérir le temps libre », l’éditorial de Maud Vergnol.



Quel imaginaire national plus heureux que celui de l’été 36, des bicyclettes sur les routes, des trains bondés filant vers des paysages de carte postale et les délices des premiers bains de mer ? Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que cette conquête demeure l’une des lois auxquelles les Français restent le plus attachés, juste derrière la Sécurité sociale. Quatre-vingt-dix ans après le Front populaire, les congés payés continuent de raconter bien davantage qu’une réforme sociale.

Cet anniversaire rappelle une ambition politique : arracher une part de la vie au travail, à l’exploitation, à la logique du profit. Dès le départ, ce nouveau droit, loin de se réduire à une simple parenthèse destinée à restaurer une force de travail fatiguée, porte une promesse d’émancipation : découvrir, lire, créer, faire du sport, rencontrer, débattre, vivre ensemble : autant de manières de devenir davantage citoyens. Les Grecs appelaient cela la « scholè », ce temps soustrait aux nécessités immédiates où l’on cultive son intelligence, son imagination et son rapport au monde, où l’on débat du destin de la cité.

Qui se souvient encore de l’éphémère « ministère du Temps libre », créé en 1981, bientôt chassé par « le temps de cerveau disponible » vendu par TF1 au début des années 2000 ? Les attaques contre les retraites, contre les congés payés (la droite prônait il y a encore quelques semaines le renoncement à la 5e semaine pour « gagner plus » ; Emmanuel Macron veut réduire les vacances scolaires), mais aussi la dégradation des conditions de vie qui prive des millions de familles de départ, le recul des colonies de vacances ou l’affaiblissement du tourisme social… dessinent une même trajectoire. En réduisant les citoyens à des consommateurs compulsifs, le capitalisme n’exploite plus seulement notre travail, mais colonise désormais nos imaginaires et le temps qui devait nous permettre de lui échapper… et de le contester !

Voilà pourquoi le temps libre doit redevenir une bataille politique majeure, l’une des formes les plus décisives de la lutte sociale, quand tout instant est sommé d’être rentable, dans un système qui transforme chaque minute de nos vies en ressources à exploiter.

 

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