Une flottille
de plus de 25 navires a pris le large, ce dimanche 31 août, depuis
Barcelone, dans le but de briser le blocus criminel imposé aux habitants de
l’enclave palestinienne. Des milliers de personnes sont venues souhaiter bon
vent aux équipages originaires de 44 pays, dans un esprit à la fois festif et combatif.
L’Humanité est à bord.
Un véritable
tsunami humain a déferlé, ce dimanche 31 août, sur les quais de la
capitale catalane pour célébrer le départ à destination de Gaza de la Global Sumud Flotilla.
Plus de 25 bateaux à voiles ou à moteur ont quitté Barcelone avec à leur bord
plusieurs dizaines de personnes, venues de 44 pays, solidaires du peuple
palestinien et indignés par les images quotidiennes du blocus imposé à Gaza par
le gouvernement israélien.
Parmi ces
personnalités, des syndicalistes, des élus, des journalistes ou des
personnalités comme Greta Thunberg. Des scènes
de liesse, des chants, quelques larmes aussi, ont gonflé les voiles des navires
qui comptent rejoindre Gaza en une quinzaine de jours.
Avant de monter
à bord, ces indignés embarqués ont suivi quatre jours de formation intensive
pour se préparer à la vie en mer et, surtout, appréhender l’inconnu face aux
différentes réactions possibles de l’État israélien que beaucoup qualifient ici
de génocidaire.
Dans la
grande salle à l’étage du local de l’Union générale des travailleuses et
travailleurs de Catalogne (UGT-C), jeudi, plus d’une centaine de personnes ont
disposé leurs chaises de façon à former des groupes d’une dizaine de personnes
se tournant le dos.
Un homme au
micro explique : « Vous venez de naviguer pendant quinze jours.
Vous êtes fatigués, mais aussi heureux d’observer la mobilisation mondiale qui
a accompagné votre mission depuis deux semaines. L’armée israélienne vient
d’annoncer qu’elle allait intercepter votre bateau. »
Retour d’expérience des expéditions précédentes
Tout à coup, la
lumière s’éteint. Une vingtaine de personnes entrent, criant, ordonnant à tous de se
coucher les mains dans le dos. Tout le monde s’exécute. La scène, basée
sur les retours d’expérience des participants des expéditions précédentes du Madleen
et de l’Handala, dure quelques minutes.
Puis, lorsque
la lumière se rallume, chacun de ces équipages encore fictifs à ce
moment-là est invité à discuter de ce qu’il vient de vivre. « J’ai
l’expérience des territoires occupés palestiniens,
évoque un des solidaires. Ce qu’on vient de faire me rappelle les situations
où ce que j’avais trouvé terrifiant était l’âge des soldats israéliens. J’avais
eu le sentiment que mon sort était entre les mains d’adolescents excités par
leur fusil en bandoulière. »
Lorsque chaque
groupe est appelé à présenter à l’ensemble des participants ce qui s’est dit en
son sein, une jeune fille intervient. « Ma crainte durant l’exercice
était que l’une ou l’un d’entre nous s’énerve, refuse de faire ce que les
soldats demandaient et que ces derniers en deviennent plus violents,
explique-t-elle avant de conclure : S’il vous plaît, je voudrais être
certaine que personne ne me mette en danger en réagissant de la sorte si
nous nous faisons réellement interpeller. Je place ma vie entre vos mains et je
prends la vôtre entre les miennes. »
La plupart des
participants à cet entraînement attendent de monter à bord des bateaux de la
Global Sumud Flotilla que des marins de plusieurs dizaines de nationalité
préparent à la navigation depuis plusieurs jours dans le port Forum de
Barcelone.
Chants de lutte palestiniens
Ce dimanche
31 août, ils ont jeté les amarres pour rejoindre le vieux port de
Barcelone, à 6 miles nautiques plus au sud. À leur arrivée, le Global Movement
to Gaza, qui rassemble l’ensemble des délégations nationales composant ce
projet, avait appelé à un grand rassemblement. Il fut festif et chargé
d’émotion.
La veille,
Alexandro, un marin solidaire italien, vient à peine de finir de changer
l’alternateur sur le moteur du voilier Bianca. C’est sur celui-ci que l’Humanité
a été invitée à naviguer durant les quinze prochains jours pour documenter
cette action inédite.
« Tu devrais contrôler le matériel électronique », lance-t-il au capitaine du bateau, alors qu’il est
en train pour sa part d’équiper des gilets de sauvetage avec des lumières
clignotantes. Le skipper écoute le conseil du marin et se rend compte que le
pilote automatique ne fonctionne plus. Il faut aller voir si quelque chose
n’est pas débranché dans la cale. Les deux comparses s’aperçoivent que le
réservoir de gasoil fuit et vient de se vider. Il faut réparer ça. Les deux
hommes se contorsionnent dans l’exigu navire pour effectuer les travaux.
D’autres viennent s’ajouter ; ils travaillent jusque tard dans la nuit.
Demain, il faut larguer les amarres.
Ce type de
scène se déroule à bord des 25 navires arborant drapeaux palestiniens et
slogans, alignés le long du quai du port Forum. Il y a un peu de vent cet
après-midi, le spectacle de ces dizaines de marins affairés, embarquant les
provisions nécessaires pour cette longue navigation au milieu des pavillons
battants et des chants de lutte palestiniens résonant dans les enceintes
portatives des uns et autres, est saisissant.
Formés à une réponse non violente
La flottille a
donc bel et bien pris la mer en ce dimanche catalan. Dans plusieurs pays,
des événements ont eu lieu ou vont se tenir pour l’accompagner. À Marseille,
par exemple, où une autre flottille est en préparation pour la mi-septembre, celle
du collectif Thousand Madleen, des navigateurs solidaires ont décidé de prendre
le large, comme pour ouvrir la route à ceux partis de Barcelone.
Ces derniers
seront rejoints en route par d’autres venus de tous les rivages de la
Méditerranée. Une quarantaine de bateaux devraient au final approcher des côtes
gazaouies. « Nous espérons arriver aux alentours du 13 septembre,
explique Florence Heskia, militante à Marseille et coordinatrice de Waves of
Freedom, une des composantes du Global Movement to Gaza. Nous ne savons pas
comment vont réagir les autorités israéliennes, nous nous préparons à toutes
les hypothèses. L’arrivée de plusieurs dizaines de navires en même temps
est une première. »

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