lundi 1 septembre 2025

« L'Huma est à bord du Global Sumud Flotilla : on vous explique comment les 25 navires se sont préparés à briser le blocus de Gaza »



Une flottille de plus de 25 navires a pris le large, ce dimanche 31 août, depuis Barcelone, dans le but de briser le blocus criminel imposé aux habitants de l’enclave palestinienne. Des milliers de personnes sont venues souhaiter bon vent aux équipages originaires de 44 pays, dans un esprit à la fois festif et combatif. L’Humanité est à bord.

Un véritable tsunami humain a déferlé, ce dimanche 31 août, sur les quais de la capitale catalane pour célébrer le départ à destination de Gaza de la Global Sumud Flotilla. Plus de 25 bateaux à voiles ou à moteur ont quitté Barcelone avec à leur bord plusieurs dizaines de personnes, venues de 44 pays, solidaires du peuple palestinien et indignés par les images quotidiennes du blocus imposé à Gaza par le gouvernement israélien.

Parmi ces personnalités, des syndicalistes, des élus, des journalistes ou des personnalités comme Greta Thunberg. Des scènes de liesse, des chants, quelques larmes aussi, ont gonflé les voiles des navires qui comptent rejoindre Gaza en une quinzaine de jours.

Avant de monter à bord, ces indignés embarqués ont suivi quatre jours de formation intensive pour se préparer à la vie en mer et, surtout, appréhender l’inconnu face aux différentes réactions possibles de l’État israélien que beaucoup qualifient ici de génocidaire.

Dans la grande salle à l’étage du local de l’Union générale des travailleuses et travailleurs de Catalogne (UGT-C), jeudi, plus d’une centaine de personnes ont disposé leurs chaises de façon à former des groupes d’une dizaine de personnes se tournant le dos.

Un homme au micro explique : « Vous venez de naviguer pendant quinze jours. Vous êtes fatigués, mais aussi heureux d’observer la mobilisation mondiale qui a accompagné votre mission depuis deux semaines. L’armée israélienne vient d’annoncer qu’elle allait intercepter votre bateau. »

Retour d’expérience des expéditions précédentes

Tout à coup, la lumière s’éteint. Une vingtaine de personnes entrent, criant, ordonnant à tous de se coucher les mains dans le dos. Tout le monde s’exécute. La scène, basée sur les retours d’expérience des participants des expéditions précédentes du Madleen et de l’Handala, dure quelques minutes.

Puis, lorsque la lumière se rallume, chacun de ces équipages encore fictifs à ce moment-là est invité à discuter de ce qu’il vient de vivre. « J’ai l’expérience des territoires occupés palestiniens, évoque un des solidaires. Ce qu’on vient de faire me rappelle les situations où ce que j’avais trouvé terrifiant était l’âge des soldats israéliens. J’avais eu le sentiment que mon sort était entre les mains d’adolescents excités par leur fusil en bandoulière. »

Lorsque chaque groupe est appelé à présenter à l’ensemble des participants ce qui s’est dit en son sein, une jeune fille intervient. « Ma crainte durant l’exercice était que l’une ou l’un d’entre nous s’énerve, refuse de faire ce que les soldats demandaient et que ces derniers en deviennent plus violents, explique-t-elle avant de conclure : S’il vous plaît, je voudrais être certaine que personne ne me mette en danger en réagissant de la sorte si nous nous faisons réellement interpeller. Je place ma vie entre vos mains et je prends la vôtre entre les miennes. »

La plupart des participants à cet entraînement attendent de monter à bord des bateaux de la Global Sumud Flotilla que des marins de plusieurs dizaines de nationalité préparent à la navigation depuis plusieurs jours dans le port Forum de Barcelone.

Chants de lutte palestiniens

Ce dimanche 31 août, ils ont jeté les amarres pour rejoindre le vieux port de Barcelone, à 6 miles nautiques plus au sud. À leur arrivée, le Global Movement to Gaza, qui rassemble l’ensemble des délégations nationales composant ce projet, avait appelé à un grand rassemblement. Il fut festif et chargé d’émotion.

La veille, Alexandro, un marin solidaire italien, vient à peine de finir de changer l’alternateur sur le moteur du voilier Bianca. C’est sur celui-ci que l’Humanité a été invitée à naviguer durant les quinze prochains jours pour documenter cette action inédite.

« Tu devrais contrôler le matériel électronique », lance-t-il au capitaine du bateau, alors qu’il est en train pour sa part d’équiper des gilets de sauvetage avec des lumières clignotantes. Le skipper écoute le conseil du marin et se rend compte que le pilote automatique ne fonctionne plus. Il faut aller voir si quelque chose n’est pas débranché dans la cale. Les deux comparses s’aperçoivent que le réservoir de gasoil fuit et vient de se vider. Il faut réparer ça. Les deux hommes se contorsionnent dans l’exigu navire pour effectuer les travaux. D’autres viennent s’ajouter ; ils travaillent jusque tard dans la nuit. Demain, il faut larguer les amarres.

Ce type de scène se déroule à bord des 25 navires arborant drapeaux palestiniens et slogans, alignés le long du quai du port Forum. Il y a un peu de vent cet après-midi, le spectacle de ces dizaines de marins affairés, embarquant les provisions nécessaires pour cette longue navigation au milieu des pavillons battants et des chants de lutte palestiniens résonant dans les enceintes portatives des uns et autres, est saisissant.

Formés à une réponse non violente

La flottille a donc bel et bien pris la mer en ce dimanche catalan. Dans plusieurs pays, des événements ont eu lieu ou vont se tenir pour l’accompagner. À Marseille, par exemple, où une autre flottille est en préparation pour la mi-septembre, celle du collectif Thousand Madleen, des navigateurs solidaires ont décidé de prendre le large, comme pour ouvrir la route à ceux partis de Barcelone.

Ces derniers seront rejoints en route par d’autres venus de tous les rivages de la Méditerranée. Une quarantaine de bateaux devraient au final approcher des côtes gazaouies. « Nous espérons arriver aux alentours du 13 septembre, explique Florence Heskia, militante à Marseille et coordinatrice de Waves of Freedom, une des composantes du Global Movement to Gaza. Nous ne savons pas comment vont réagir les autorités israéliennes, nous nous préparons à toutes les hypothèses. L’arrivée de plusieurs dizaines de navires en même temps est une première. »

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