À une dizaine
de jours de l’ouverture de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations
unies à New York, le secrétaire d’État états-unien, Marco Rubio, refuse les
visas de 80 responsables palestiniens, dont le président Mahmoud Abbas.
Quelle
meilleure façon de brandir l’épouvantail sécuritaire pour étouffer tout
débat ? « L’administration Trump réaffirme son engagement à ne pas
récompenser le terrorisme » : au nom de ce principe, Washington
refuse les visas de plus de 80 responsables palestiniens, dont le président de
l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.
Publié le
29 septembre, ce communiqué de la Maison-Blanche illustre l’isolement
états-unien, à contre-courant d’un mouvement international favorable à la reconnaissance de la
Palestine, déjà actée par 147 pays. Après la décision de la France, en juillet, d’aller en ce sens – une
première pour un pays du G7 –, une dizaine d’États ont appelé à suivre,
certains avec des conditions.
Les États-Unis entravent la délégation palestinienne à
l’ONU
Membre
observateur de l’ONU, la Palestine se heurte à l’hostilité états-unienne. Washington
bloque sa délégation pour freiner la marche vers sa reconnaissance.
Attaché à
défendre son allié israélien, le secrétaire d’État, Marco Rubio, accuse l’Organisation de
libération de la Palestine (OLP) et l’Autorité palestinienne (AP) de « non-respect de leurs
engagements », « d’atteinte aux perspectives de paix »
et de ne pas suffisamment lutter contre le terrorisme, en lien avec la tragédie
du 7 octobre 2023.
Celui qui
défend les actions militaires israéliennes dans les territoires palestiniens,
condamnées dans le monde entier, conditionne la délivrance des visas à
l’abandon de la reconnaissance « unilatérale » d’un État
palestinien et au retrait des recours devant la Cour pénale internationale
(CPI), laquelle a émis en novembre 2024 un mandat d’arrêt contre Benyamin
Netanyahou, pour crimes de guerre et
crimes contre l’humanité à Gaza.
« La décision de l’administration Trump vise à nier la possibilité de
création d’un État palestinien et à écraser toute manifestation de nationalisme
palestinien », analyse Nader
Hashemi, chercheur à l’université de Georgetown, à Washington, auprès de L’Orient-Le jour.
Israël soutient les restrictions américaines
Saluée par le
gouvernement israélien, la mesure contrevient à l’accord de siège de 1947, qui
impose au pays hôte de garantir l’accès de tous les représentants et
observateurs, sauf menace directe et grave pour sa sécurité. Washington
réplique que l’interdiction ne concerne pas la mission palestinienne auprès de
l’ONU, mais les fonctionnaires de l’OLP – reconnu depuis 1974 comme le
représentant officiel du peuple palestinien – et de l’AP.
Les
restrictions états-uniennes violent le droit international, comme l’ont rappelé
l’Union européenne, par la voix de la cheffe de sa diplomatie, Kaja Kallas, et
les Nations unies. Un précédent existe : en 1988, l’administration Reagan
avait refusé un visa à Yasser Arafat, une manœuvre vivement contestée, y compris par
l’Assemblée générale qui, en opposition avec la volonté minoritaire états-unienne,
avait majoritairement décidé d’organiser sa session hors siège, à Genève,
permettant ainsi au leader palestinien de participer à la réunion.
Le Parti
communiste français réclame la même initiative s’agissant de Mahmoud Abbas,
alors qu’une intervention virtuelle est aussi envisagée. Reste à voir si, cette
fois encore, les pressions internationales tenteront de reproduire le scénario
de 1988, au risque de fragiliser une fois de plus la
représentation palestinienne.

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