À des jeunes
qui manifestent légitimement pour obtenir les conditions permettant leur
réussite scolaire, le pouvoir n’oppose plus seulement la matraque.
Il y ajoute désormais un odieux chantage à l’avenir, qui pourrait se résumer
ainsi : « Ferme ta gueule, ou on te fera échouer dans tes
études ».
Face aux
blocus, la consigne du ministère est d’imposer la continuité pédagogique en
basculant les établissements bloqués en cours à distance. L’injonction est
menaçante : cessez le mouvement, ou vous prendrez du retard et subirez des
sanctions. L’outil numérique comme arme de casse sociale, un véritable
« lock-out scolaire » inspiré des pires pratiques patronales, destiné
à étouffer la contestation.
Mais face à
cette tentative d’invisibiliser la lutte par les écrans, une partie des
enseignants refuse de se muer en supplétif du maintien de l’ordre. La manœuvre
est dénoncée. SUD éducation demande à « tous les personnels à ne pas
donner cours en distanciel pour soutenir le mouvement lycéen ». La CGT
Éduc’action, « appelle à rejoindre dès aujourd’hui les mobilisations
lycéennes en cours ». Le SNES-FSU, exhorte l’ensemble de la profession
« à se tenir aux côtés des élèves et à protéger la démocratie lycéenne ».
Discréditer le mouvement… au risque de déclencher une
réelle émeute
Ce chantage sur
l’avenir vient doubler une répression physique d’une brutalité
inouïe. Et l’hypocrisie du pouvoir atteint ici des sommets :
d’un côté, on explique à ces jeunes qu’ils sont trop immatures pour s’exprimer
politiquement ; de l’autre, on les traite sur le bitume avec une
implacabilité féroce. Déployer contre des adolescents la dureté physique et
l’arsenal répressif réservés aux situations de crise démontre une fois de plus
le cynisme de ce pouvoir.
Derrière les
coups, c’est toute une mécanique de discrédit qui se déploie depuis le début.
Bien avant que la contestation ne s’ancre véritablement, un dispositif
sécuritaire massif intervenait déjà aux abords des établissements. Un
déploiement préventif dont l’unique objectif était d’asphyxier le mouvement
dans l’œuf.
Le moindre
incident matériel est monté en épingle pour
occulter le fond des revendications. Le gouvernement utilise les tensions qu’il
a lui-même suscitées pour requalifier la mobilisation en « violences
urbaines ». Cette manipulation fournit alors le prétexte idéal à un
maintien de l’ordre disproportionné.
L’exécutif
espère salir cette mobilisation pour mieux l’enterrer et justifier ses propres
impasses. Mais face à cette fabrique du mensonge, les lycéens tiennent bon. En
tentant de travestir un mouvement légitime en émeute, le pouvoir prend le
risque d’en déclencher une bien réelle.


