Sans attendre
le vote de confiance des députés, le gouvernement veut imposer ses mesures
austéritaires dans le dos du Parlement et s’apprête à alourdir le reste à
charge des assurés pour faire des économies sur l’assurance-maladie. La CGT
dénonce une « provocation ». Le président de la Cnam réclame le
report de l’examen des textes par son instance, prévu ce 4 septembre.
Il y a les
discours de façade. Lundi 25 août, François Bayrou a annoncé se soumettre
à un vote de confiance des députés, le 8 septembre, sur ses objectifs d’austérité budgétaire à hauteur de
43,8 milliards d’euros en 2026. Un moyen pour le premier
ministre de tenter de détourner la colère sociale qui découle de ses annonces
de coupes dans les dépenses publiques, le 15 juillet.
Et puis il y a
les jeux de coulisses. Saisi en urgence par l’exécutif ce jeudi
4 septembre, le conseil de la Caisse nationale d’assurance-maladie (Cnam)
doit se prononcer sur trois projets de décret que l’exécutif entend promulguer
dans la foulée. Ces derniers visent à doubler le reste à charge des assurés sur
les franchises médicales.
Budget 2026 : l’austérité au détriment des assurés
« C’est une provocation. La seule stratégie d’Emmanuel Macron et de
ses gouvernements, c’est le passage en force, a réagi auprès de l’Humanité Sophie Binet, secrétaire générale de
la CGT. Que l’exécutif arrête de nous parler de démocratie et
d’un prétendu dialogue social, tout en agissant de la sorte. »
Dans les
projets de budgets publics de François Bayrou, 5,5 milliards d’euros de coupes
sont envisagés en 2026 dans les dépenses de la Sécurité sociale,
comprenant notamment la fin de la prise en charge à 100 % des soins pour
les affections de longue durée (ALD). Les trois projets de décret, que l’Humanité
a pu consulter, confirment les orientations d’austérité prévues par
l’exécutif sur le dos des assurés sociaux.
Sans attendre
que le Parlement statue sur l’avenir politique de François Bayrou, ni les
conséquences d’une censure, l’exécutif espère relever les montants de la
participation forfaitaire restant à charge sur chaque consultation, acte
médical, de radiologie et de biologie. Ainsi, ces derniers ne pourraient être
inférieurs à 4 euros, contre 2 actuellement, et ne pourraient excéder
5 euros, contre 3 euros aujourd’hui.
Les coûts en hausse des transports et des actes
paramédicaux
Un deuxième
décret prévoit d’augmenter le nombre maximum de participations forfaitaires
supportées par assuré de 25 à 50 par an, et le montant maximal de 50 à
100 euros. Enfin, le dernier acte réglementaire voulu par l’exécutif
entend doubler le montant des franchises médicales (1 à 2 euros par
boîte), des actes paramédicaux (1 à 2 euros dans la limite de 8 euros
par jour) et des transports sanitaires (4 à 8 euros).
Si les plans de
l’exécutif aboutissent, « les deux premières dispositions seraient
applicables deux mois après la parution du décret, la troisième au 1er janvier
2026 », s’inquiète Denis Gavrouil, secrétaire confédéral CGT chargé de
la protection sociale. Pour rappel, en 2024, la participation forfaitaire pour
une consultation ou un acte médical avait déjà été doublée. De même pour les
franchises sur les médicaments, passées de 50 centimes à 1 euro.
Ce nouveau
passage en force interroge sur la conduite de l’exécutif. Devant la CFDT, au lendemain de la
convocation d’une session extraordinaire de l’Assemblée nationale pour se
soumettre à un vote de confiance des députés, le premier ministre a
plaidé pour un « changement de cap », déplorant que
« le fonctionnement des régimes sociaux ait été en partie étatisé ».
François Bayrou avait aussi ajouté que « les Français influenceront
leurs représentants pour savoir s’ils se placent du côté du chaos ou de la
responsabilité ».
37 % des Français renoncent à se faire soigner
Par ces décrets
tramés dans l’ombre, c’est bien l’exécutif qui attise un peu plus la colère
sociale, alors que, selon un sondage IFOP, 37 % des Français déclarent
avoir été contraints de renoncer à un soin ou à un équipement médical,
notamment pour des raisons financières.
Pourtant, lors
de sa conférence de presse du 15 juillet, François Bayrou avait assuré que
« la santé ne peut pas être un marché sur lequel les consommateurs
peuvent être sans frein ».
Dans la foulée,
Catherine Vautrin, ministre du Travail, de la Santé et des Solidarités, s’était
emportée en déclarant qu’il fallait « arrêter avec cette idée que
l’assurance-maladie, c’est gratuit, j’y ai droit ».
Des
déclarations contredites en 2024 par une étude de l’assurance-maladie, selon
laquelle le reste à charge annuel des patients s’élèverait en moyenne à
274 euros par personne. Un tout autre montant, de
2 000 euros, est d’ailleurs avancé par la fédération d’associations
France Assos santé, en prenant en compte des coûts cachés.
L’opposition unanime des syndicats
Face à un
gouvernement minoritaire, mais déterminé à imposer ses politiques de régression
sociale, les syndicats ne désarment pas. Les représentants salariés à la Caisse
nationale de l’assurance-maladie réclament de concert le report de l’examen des
décrets, compte tenu du vote de confiance du 8 septembre.
« Initialement, l’exécutif voulait passer ces mesures en catimini
durant l’été, le 26 août. Puis un conseil spécial a été convoqué le
4 septembre, en visioconférence, alors qu’une réunion était programmée le
11 septembre en présence du ministre chargé de la santé, Yannick Neuder, rapporte Denis Gravouil. Entre-temps, nous avons eu
connaissance de la volonté du premier ministre de se soumettre à un vote de
confiance au Parlement. Ces manœuvres ont tout l’air d’un passage en force
avant que l’exécutif ne puisse tomber. »
Preuve du
malaise planant sur l’examen de ces décrets, le président de la Cnam s’est
fendu le 29 août d’un courrier adressé à la ministre du Travail et de la
Santé, Catherine Vautrin, que l’Humanité a pu consulter.
« Je souhaiterais que sur un sujet aussi sensible politiquement et
structurant pour l’accès aux soins, écrit Fabrice Gombert, l’examen de ces textes puisse être reporté, et ce
d’autant plus que le Conseil considère que ces sujets auraient dû, dès le
départ, être intégrés au débat parlementaire sur le projet de loi de
financement de la Sécurité sociale. »
Dans ce bras de
fer, l’exécutif a un atout dans sa manche. La législation lui permet de doubler
ces franchises médicales, sans consultation du Parlement ni avis conforme de la
Cnam. « On ne peut pas laisser passer ces décrets alors que le
gouvernement va être démis », prévient le secrétaire confédéral CGT.
La centrale,
avec l’ensemble de l’intersyndicale (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa,
Solidaires, FSU), prévoit de contester dans la rue l’ensemble des mesures
austéritaires envisagées pour 2026, dès le 18 septembre. « Il
faudra s’attendre à une mobilisation dans la durée », insiste Sophie Binet.
Contacté, le ministère de la Santé n’a pas répondu à nos questions.

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