mercredi 6 septembre 2023

« Mayotte : l’égalité au compte-gouttes », l’éditorial de Jean-Emmauel Ducoin dans l’Humanité.



Depuis ce début de semaine, Mayotte vit donc une « rentrée » si particulière que décrire la réalité quotidienne des habitants s’apparente au long récit, déjà saisissant, de jours sombres à venir. Dans le 101e département français, pas moins de 300 000 de nos concitoyens sont confrontés en effet à une étape supplémentaire dans la dégradation révoltante de leurs conditions d’existence. Les Mahorais voit désormais leur accès à l’eau coupé deux jours sur trois. Les perspectives s’annoncent terrifiantes : la situation pourrait durer plusieurs mois…

Ces nouvelles restrictions, absolument drastiques, viennent s’ajouter à toute une série de mesures mises en œuvre depuis le début de l’été. Le dérèglement climatique, ainsi qu’une gestion locale calamiteuse de la ressource en eau cumulent les effets dévastateurs. Face à une sécheresse historique, le ministre des Outre-mer, Philippe Vigier, a promis la distribution gratuite de 2 litres d’eau par jour aux plus vulnérables… Vous avez bien lu. La colère monte sur l’île de l’océan Indien qui cumule déjà mille maux. Une crise épouvantable s’annonce, alors que les habitants sont contraints de stocker comme ils le peuvent le précieux liquide, avec tous les risques sanitaires que cela comporte.

 

Cette situation catastrophique était pourtant prévisible et tient à la gabegie des pouvoirs publics et des gouvernements successifs. L’insuffisance chronique d’investissements publics dans l’entretien des réseaux explique la perte d’un tiers de l’eau potable chaque année ! Et où en est le projet de troisième retenue collinaire, qui aurait permis d’augmenter la capacité de stockage en eau de l’île ? Réponse : à l’état de projet depuis plus de vingt ans… Le sentiment de révolte est à la hauteur du désastre. Car, en l’espèce, l’égalité républicaine n’existe plus. À Mayotte comme en métropole, l’eau devrait être un bien commun qui réclame une volonté politique sans faille. Pour mémoire, la France avait su mobiliser des moyens considérables, il y a quelques mois, pour mener une opération honteuse d’expulsion massive. Mais devant la détresse d’une population confrontée à la soif, l’État ne promet que des bouteilles d’eau…

 

mardi 5 septembre 2023

« Menace sur la démocratie sociale », l‘éditorial de Fabien Gay dans l’Humanité.



C’est dans l’entreprise que l’affrontement entre le capital et le travail est le plus aiguisé. S’engager dans un syndicat pour défendre ses droits et ses conditions de travail, y prendre des responsabilités, cela n’est pas anodin. Si la lutte quotidienne est souvent passionnante, enrichissante d’un point de vue humain, c’est aussi un frein régulier dans une carrière et un motif de discrimination clairement établi, notamment par la Défenseure des droits. C’est même risquer sa vie dans beaucoup de régions au monde. Il faut donc saluer ces centaines de milliers de salariés qui donnent de leur temps, parfois au détriment de leur vie personnelle, pour s’occuper des autres.

La vulgate libérale alimente régulièrement l’idée que les syndiqués seraient peu représentatifs des salariés et qu’ils seraient des privilégiés. Caricature indécente de la part de ceux qui défendent le patronat, qui a horreur que les salariés s’organisent pour défendre et gagner de nouveaux conquis sociaux.

L’ancrage du chômage de masse, la précarisation et les réformes néolibérales ont considérablement affaibli les conditions de travail du salariat. Le gouvernement de la start-up nation a ainsi raboté le Code du travail et, avec lui, l’exercice effectif des droits syndicaux dans les instances paritaires, contribuant à émietter le salariat jusqu’à maintenant l’ubériser.

La suite logique est donc maintenant d’enfoncer le clou en s’attaquant à la liberté syndicale pour casser toute résistance, d’autant plus que les luttes sociales restent fortes malgré le matraquage idéologique. Salaires, retraites, conditions de travail : les motifs ne manquent pas et l’intersyndicale donne déjà rendez-vous le 13 octobre.

Alors que la répression s’abat déjà sur les salariés, il n’est plus rare, en plus des humiliations, de découvrir des systèmes d’écoute, de fichage, des piquets de grève brisés violemment, voire des syndiqués interpellés par la brigade antiterroriste. Une étape est franchie en convoquant ce mercredi à la gendarmerie – une première depuis des décennies – un dirigeant confédéral de la CGT, Sébastien Menesplier. Motif ? Des actions syndicales ayant eu lieu à Annonay, ville du ministre actuel du Travail Olivier Dussopt, durant la dernière mobilisation contre la réforme des retraites. C’est un signal clair qui ne vise pas seulement un syndicat, celui de la FNME CGT, mais toute l’action syndicale, et globalement toute contestation d’un pouvoir impopulaire. Le message est limpide : ni grève, ni manifestation, ni syndicalisation !

Après les attaques contre les militants écologistes, contre la Ligue des droits de l’homme, la démocratie sociale et la liberté syndicale semblent être un obstacle pour ce gouvernement de plus en plus libéral et autoritaire. Toutes les poursuites doivent être abandonnées contre Sébastien Menesplier et tous les militants. Nous serons à leurs côtés. Nous leur devons solidarité et soutien.

 

« La poutre », le billet de Maurice Ulrich.



« L’entreprise ne sera jamais un centre aéré ou une colonie de vacances. » Voilà une mise au point salutaire pour les millions de salariés sur les chantiers, dans les conserveries, pour les femmes de ménage dans les hôtels de luxe et autres, tentés de se faire un film. C’est une forte pensée de Pascal Perri, docteur en économie et dont on voudrait imaginer qu’il en a fait lui-même l’expérience autrement qu’en délivrant ses leçons sur LCI où il est chroniqueur. L’Express le cite dans un dossier intitulé « Travail, le nouveau mal français ». En effet, note encore le docteur Perri, « l’allergie au travail menace gravement notre modèle social », et, appuie un autre économiste, professeur dans une grande école, « le pouvoir d’achat est excessif par rapport à la réalité produite ». En pleine inflation, c’est bien le moment de le rappeler… Bref, payés à rien foutre et qui cherchent la poutre dans l’œil du voisin. Ah oui, dans son dernier rapport, le cabinet d’expertise Janus Henderson note une forte progression des dividendes dans le monde, « encore plus spectaculaire en France ». 

 

lundi 4 septembre 2023

« Les fondamentaux », l’éditorial de Laurent Mouloud dans l’Humanité



Petit conseil en ce jour de rentrée scolaire. Il faut toujours se méfier lorsqu’un ministre de l’Éducation nationale parle de « retour aux fondamentaux ». Derrière cette facilité de langage, destinée à faire vibrer la fibre nostalgique de nos concitoyens, se dissimulent l’abandon de toute ambition pédagogique, la casse à bas bruit d’un service public dénigré ou encore la volonté d’instrumentaliser l’école à des fins tactico-médiatiques. De fait, Gabriel Attal, lui, coche les trois cases. Porte-parole des volontés d’Emmanuel Macron, qui a décidé de faire de l’éducation son domaine réservé, le locataire de la Rue de Grenelle distille, avec le zèle qu’on lui connaît, ce discours mêlant conservatisme fantasmé et tartufferies managériales. Un exercice d’hypocrisie qui vaudrait mention.

Au cœur de cette stratégie, on retrouve le fameux « pacte enseignant ». Un dispositif censé répondre aux revendications salariales – bien légitimes –, tout en améliorant la réussite scolaire. Mais voilà, derrière le vernis des services de communication, on découvre sans surprise un énième cheval de Troie des lubies néolibérales. Sur les rémunérations, parmi les plus basses des pays de l’OCDE ? Aucune augmentation prévue, mais un retour du très sarkozyste « travailler plus pour gagner plus », consistant à demander des tâches supplémentaires à des professeurs qui travaillent déjà plus de 42 heures par semaine ! Ce mécanisme ouvre la porte à une annualisation des temps de travail, une contractualisation des tâches, un accroissement des inégalités hommes-femmes – ces dernières prenant statistiquement moins d’heures supplémentaires –, une mise en concurrence du personnel sous la férule du chef d’établissement chargé de choisir le bénéficiaire du pacte…

On le voit : la rentrée n’est pas encore faite mais l’agenda libéral du gouvernement est déjà rempli. Et le piège bien tendu à un personnel qui, tenaillé par la précarité, va être contraint de jouer ce jeu de l’individualisation, contre l’esprit des statuts de la fonction publique. Ce travail de démolition, auréolé de cynisme et de mépris, fait partie des « fondamentaux » de la Macronie. 

 

« Cultes », le billet de Maurice Ulrich.



Emmanuel Macron n’aime pas les crop tops (pour les non-initiés, les tee-shirts très courts), il l’a dit il y a quelque temps déjà. On ne sait pas ce qu’il pense du short ou du bermuda. On sait en revanche que Gabriel Attal veut interdire les robes longues, certaines robes longues… On attend une loi pour le port obligatoire de l’uniforme à taille unique. Du 49.3. Jupe marine, plissée, pour les filles et petit chemisier blanc comme au Japon. Certains messieurs aiment beaucoup… Bon, c’est vrai, l’abaya aurait une connotation religieuse. Ça fait débat. 150 établissements sur 60 000. C’est chaud. Il y a d’autres cultes dans les écoles. Les baskets rebaptisées sneakers et dix fois plus chères. Les portables. Mais il y a aussi tellement plus grave, sur quoi nous alerte à la une du Figaro magazine une certaine Lisa Kamen-Hirsig, qui, elle, pas si bête, enseigne dans le privé : « L’éducation nationale est dévoyée par l’égalitarisme. » Et, dit-elle dans un long entretien : « Il faut s’attaquer à ces nouvelles religions que sont l’égalitarisme, l’antiracisme, l’écologisme… » Ben oui, les religions… 

 

dimanche 3 septembre 2023

« Conquérir le monde de demain », Fabien Gay dans l’Humanité Magazine



Certains nous diront que cette rentrée matérialise le retour à la réalité après les congés d’été. Mais c’est oublier un peu vite que près d’un Français sur deux a été privé de vacances, faute de moyens. Pour les familles populaires, il n’y a pas eu de répit. Les prix des produits alimentaires n’ont pas baissé, l’électricité a pris 10 % d’augmentation. Les effets du dérèglement climatique se sont aggravés avec le dôme de chaleur que nous avons connu. Alors que les cent jours d’apaisement voulus par le président Emmanuel Macron ont laissé un goût amer dans la bouche de millions de salariés, les décrets instaurant la retraite à 64 ans vont rentrer en vigueur en ce 1er septembre.

Les tenants de la majorité présidentielle voudront écrire une nouvelle page. Mais la séquence pathétique d’un renouvellement ministériel, en catimini et en plein cœur de la saison estivale, n’a rien fait oublier de la brutalité de la période. Le capital veut poursuivre son œuvre destructrice en préparant des régressions par des coupes budgétaires sans précédent, avec des hausses d’impôts déguisées et de nouveaux affaiblissements des protections collectives au travail et dans la solidarité (hausse des franchises et déremboursement de médicaments).

Les signes tangibles de fracture sociale sont béants et le jeu morbide de polémiques incessantes fait de diversion et de surenchère par l’instrumentalisation de faits sordides se poursuit. Le racisme et le rejet de l’autre sont promus en élément structurant du débat public. La loi sur l’immigration sera un serpent de mer pendant les prochains mois. Tout est bon pour diviser celles et ceux qui ont intérêt au changement. Le président aura beau pérorer d’une « initiative de grande ampleur » en cette rentrée, les opérations de communication s’écraseront dans l’indifférence.

Pour enrayer ce scénario désolant et dangereux, la Fête de l’Humanité sera le rendez-vous de l’espoir et du combat. Cette fête sera le moment de celles et ceux qui veulent en finir avec ce monde d’inégalités, de guerres et de misère. Concomitante des Journées européennes du patrimoine, la Fête sera ce patrimoine vivant, fruit des luttes sociales et en faveur de la paix des précédentes éditions qui ont marqué le cœur et l’espoir de millions de salariés.

Lieu de création, de débat, de liberté, notre Fête conservera ce ferment de résistance face à un air ambiant de plus en plus suffocant. Encore une fois, les allées, les stands seront les vôtres pour vous détendre et participer à construire un monde de solidarité et d’espoir. Les forces politiques, sociales, de défense de l’environnement, de la jeunesse, de la culture y seront présentes pour participer à écrire l’alternative de progrès humain et social dont nous avons tant besoin.

Dès à présent, vous pouvez vous munir du bon de soutien donnant accès à la Fête auprès des militants communistes, à prix accessible, pour participer à ce rendez-vous populaire. Chaque geste est un appui pour aider notre journal à se développer et défendre le pluralisme de la presse.

Dans les conditions difficiles où nous préparons cette Fête, à la suite du cambriolage de nos locaux qui constitue un préjudice de plusieurs dizaines de milliers d’euros, nous avons d’autant plus besoin de vous. Nous faisons appel à la solidarité de nos amis, lecteurs et lectrices, soutiens qui comme vous le savez sont au cœur de notre événement.

C’est avec vous que la Fête sera belle et réussie. En ces temps de Coupe du monde du rugby, nous aurons besoin d’entrer ensemble sur le terrain pour les victoires futures.

 

vendredi 1 septembre 2023

« L’épreuve des faits », l’éditorial de Mario d’Allard dans l’Humanité.



« Il n’y aura pas de perdants. » L’antienne gouvernementale a fait long feu. Olivier Dussopt s’en est vanté, des semaines durant : c’est une réforme « de gauche ». Mais la casse de notre système de retraites s’apprécie désormais par les faits. Les syndicats et les salariés ne s’y étaient pas trompés. L’opinion publique non plus.

Le mouvement social, historique par son ampleur et son unité, par la force de l’adhésion populaire qui l’a soutenu, a démontré la puissance de la contestation, le rejet d’une réforme des retraites injuste, imposée à la représentation nationale à coups de 47-1 et de 49.3. À quatorze reprises, de janvier à juin, des cortèges immenses, souvent violemment réprimés, ont déferlé sur tout le pays, réunissant jusqu’à 3,5 millions de personnes.

Sans doute le gouvernement escomptait-il que l’été fasse son œuvre. Pari perdu. « Cette réforme ne passe toujours pas », alerte Sophie Binet. « La colère est extrêmement forte », poursuit la secrétaire générale de la CGT et il serait bien naïf de penser que l’entrée en vigueur de ce texte, ce vendredi, puisse la faire retomber. Injuste sur le fond, promotionné à grand renfort d’approximations – souvenons-nous des 1 200 euros pour toutes et tous de pension minimale –, ce texte s’avère désormais malhonnête dans son application.

En soulevant le lièvre de la clause de sauvegarde, la CGT a pointé le dernier coup fourré du gouvernement. Le dispositif permet, dans certains cas, un départ anticipé ? Les agents de la Cnav ont pour instruction de ne pas l’évoquer auprès des retraitables qui pourraient en bénéficier. Une violence de plus qui s’ajoute à tant d’autres.

Ceux qui pouvaient prétendre à la retraite dès cet automne témoignent aujourd’hui dans nos colonnes. Ils s’appellent Édith, Bernard ou Thierry, ils espéraient enfin pouvoir profiter de cette vie après le travail, ils devront renoncer. Pire, certains ne savent même plus quand ils pourront faire valoir leurs droits tant la mise en œuvre de cette réforme dans la précipitation s’avère chaotique.

Le gouvernement vient malgré lui de donner le coup d’envoi de la rentrée sociale. Et l’intersyndicale d’entourer une première date en rouge : le 13 octobre, jour de mobilisation nationale pour les salaires. Entre les deux, le mouvement social s’est donné rendez-vous les 15, 16 et 17 septembre, à la Fête de l’Humanité.

« Subversion », l’édito de Cédric Clérin

La démocratie israélienne n’en finit plus de dériver. La commission électorale de la Knesset, le Parlement, a décidé d’exclure des prochai...