lundi 2 novembre 2026

« Après le 31 octobre, le mouvement est plus que jamais debout », l’éditorial de Jean-Emmanuel Ducoin



Il eût été commode de croire que le peuple pouvait donc manifester à condition de ne déranger personne. Exprimer sa colère, mais loin des centres-villes, des lieux de pouvoir et des symboles. Crier sa souffrance, mais à voix basse, sur des itinéraires balisés par ceux qui refusent d’entendre ses revendications.

Le 31 octobre aura pourtant apporté une réponse massive : malgré les entraves, les intimidations et l’impressionnant arsenal déployé, la rue ne capitule pas.

Alors qu’une nouvelle semaine d’actions se profile, avec en point d’orgue la journée de mobilisations et de grèves du jeudi 5 novembre, ce qu’il s’est passé ce samedi 31 octobre fut un test démocratique pour un pouvoir qui semble ne plus savoir répondre au mécontentement populaire autrement que par les cordons policiers, les arrêtés préfectoraux et les restrictions de liberté.

Voilà dans quelles conditions des citoyens ont dû exercer un droit fondamental : manifester. Quelle étrange conception de la République, celle qui consiste à éloigner les manifestants comme pour les rendre invisibles. À un détail près : ils sont venus ! Environ un demi-million de personnes… Le mouvement existe, résiste. Il est plus que jamais debout !

Derrière les pancartes et les drapeaux, il y a des vies : des fins de mois impossibles, des salaires qui ne suivent plus, des jeunes privés de perspectives, des travailleurs qui refusent de payer éternellement le prix des injustices. Le gouvernement aurait tort de se raconter sa propre histoire.

On peut fatiguer un mouvement social, déplacer ses cortèges, compliquer son organisation. Mais on ne fera pas disparaître par décret les causes profondes.

Le 31 octobre a ainsi révélé le fossé béant entre un pouvoir qui encadre la rue à grand renfort de moyens policiers, et des citoyens qui réclament des réponses. La rue n’est ni un décor ni une menace. Elle s’impose parfois comme le dernier endroit où celles et ceux que l’on n’écoute plus peuvent encore se faire entendre. Non, la démocratie ne se met pas en périphérie.

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