Il eût été
commode de croire que le peuple pouvait donc manifester à condition de ne
déranger personne. Exprimer sa colère, mais loin des centres-villes, des lieux
de pouvoir et des symboles. Crier sa souffrance, mais à voix basse, sur des
itinéraires balisés par ceux qui refusent d’entendre ses revendications.
Le 31 octobre aura
pourtant apporté une réponse massive : malgré les entraves, les intimidations et l’impressionnant arsenal
déployé, la rue ne capitule pas.
Alors qu’une
nouvelle semaine d’actions se profile, avec en point d’orgue la journée de
mobilisations et de grèves du jeudi 5 novembre, ce qu’il s’est passé ce
samedi 31 octobre fut un test
démocratique pour un pouvoir qui semble ne plus savoir répondre au
mécontentement populaire autrement que par les cordons policiers, les arrêtés
préfectoraux et les restrictions de liberté.
Voilà dans
quelles conditions des citoyens ont dû exercer un droit fondamental :
manifester. Quelle étrange conception de la République, celle qui consiste à
éloigner les manifestants comme pour les rendre invisibles. À un détail
près : ils sont venus ! Environ un demi-million de personnes… Le
mouvement existe, résiste. Il est plus que jamais debout !
Derrière les
pancartes et les drapeaux, il y a des vies : des fins de mois impossibles,
des salaires qui ne suivent plus, des jeunes privés de perspectives, des
travailleurs qui refusent de payer éternellement le prix des injustices. Le
gouvernement aurait tort de se raconter sa propre histoire.
On peut
fatiguer un mouvement social, déplacer ses cortèges, compliquer son
organisation. Mais on ne fera pas disparaître par décret les causes profondes.
Le
31 octobre a ainsi révélé le fossé béant entre un pouvoir qui encadre la
rue à grand renfort de moyens
policiers, et des citoyens qui réclament des
réponses. La rue n’est ni un décor ni une menace. Elle s’impose parfois comme
le dernier endroit où celles et ceux que l’on n’écoute plus peuvent encore se
faire entendre. Non, la démocratie ne se met pas en périphérie.

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