Injustice. Le
30 juillet 1903, au lycée d’Albi, Jean Jaurès lançait à la jeunesse un
appel au courage, à la pensée libre et à l’émancipation. Plus d’un siècle
après, en cet automne de révoltes, ses paroles résonnent dans les rues où les
lycéens se mobilisent et réclament à la République de tenir parole.
Jaurès
s’adressait à des consciences capables de penser et d’agir : « Et
vous, jeunes gens, vous voulez que votre vie soit vivante, sincère et
pleine. » À Saint-Denis, devant le
lycée Paul-Éluard, comme
partout, une génération refuse de considérer l’injustice comme une fatalité et
l’école le premier théâtre de l’abandon social.
Jaurès
rappelait que « le courage, c’est de garder dans les lassitudes
inévitables l’habitude du travail et de l’action ». L’action,
justement : mais comment exiger la persévérance sans donner à tous les
moyens de réussir ? Le pouvoir, trop souvent, oppose à la revendication
sociale la responsabilité individuelle, à la colère la fermeté. Il exhorte la
jeunesse à croire en l’avenir tout en lui demandant de supporter les
renoncements du présent.
Boussole. D’autant qu’une démocratie se juge à l’usage qu’elle
fait de la force. Des adolescents qui réclament des moyens pour apprendre ne
sont pas des ennemis intérieurs. Relisons Jaurès : « Le courage,
ce n’est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la
raison peut résoudre. » Ces mots nous obligent à interroger la place
du dialogue et les limites de la contrainte.
La sécurité
publique n’est légitime que s’il protège les libertés, non s’il rend leur
exercice intimidant. Autre boussole : « Le courage, c’est de
chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du
mensonge triomphant qui passe. » Dire la vérité, regarder les
inégalités scolaires en face, refuser que les images d’affrontements éclipsent
les raisons de la mobilisation et rappeler que l’éducation n’est pas une
dépense secondaire, mais une condition de l’émancipation. Jaurès nous invitait
à « aller à l’idéal et (…) comprendre le réel ». Entre les
deux, la politique a pour devoir de transformer la société, non contenir les
impatiences.
Possédants. La question n’est donc pas que la jeunesse se lève.
Ce sont les raisons, si nombreuses, qui comptent. Et voilà la raison pour
laquelle le pouvoir continue absurdement de détourner les yeux. La République
ne se défend pas contre sa jeunesse : elle se grandit en l’écoutant.
Les acquis ne
se décrètent pas, ils se conquièrent, quitte à agir, comme disait Jaurès, « sans
savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui
réserve une récompense ». À bien y réfléchir, le bloc-noteur pourrait
aussi conclure avec Karl Marx, qui, déjà en 1871, dénonçait dans la Guerre
civile en France l’indignation sélective des possédants : « Le
bourgeois du monde entier, qui regarde avec complaisance le massacre de masse
après la bataille, est convulsé d’horreur à la profanation de briques et de
mortier. » L’avenir n’appartient pas à ceux qui ordonnent à la
jeunesse de se taire, mais à ceux qui lui donnent les moyens de parler, de
penser et d’agir.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire