vendredi 23 octobre 2026

« Syndrome Oussekine » ? L’éditorial de Maurice Ulrich.



Il faut liquider le syndrome Malik Oussekine, lit-on dans le Figaro. On comprend le sous-texte. Ça veut dire pas de retenue. Il faut frapper et tout est permis. C’est ce qu’écrit dans une tribune un ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel, Jean-Éric Schoettl, qui en appelle à l’instauration de l’état d’urgence dans tout le pays.

Rappelons les faits : une plaque de marbre au 20, rue Monsieur-le-Prince, à Paris, porte ces mots : « À la mémoire de Malik Oussekine, étudiant de 22 ans, frappé à mort par deux policiers dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986 ». C’est au soir d’une manifestation contre une loi du ministre de l’Éducation nationale d’alors, Alain Devaquet, rejetée par les étudiants que le jeune homme est « frappé à mort », comme le dit la plaque, tandis qu’il sort d’un club de jazz dont il est un habitué et rentre chez lui, par trois policiers qui le rouent de coups de pied et de matraque. Les faits sont connus le lendemain.

Il faut mesurer la portée des mots. Liquider le syndrome Malik Oussekine ne veut rien dire d’autre que ceci. Il faut frapper au risque assumé de tuer. Ces propos s’inscrivent dans le climat que veulent instaurer dans le pays tous ceux qui, des ministres à l’extrême droite, voient, comme le dit encore Jean-Éric Schoettl, « des hordes sauvages qui célèbrent les noces barbares du gauchisme, du communautarisme, du nihilisme et de la délinquance ordinaire ». Ces responsables espèrent ainsi mieux faire silence sur les attentes populaires et celles des lycéens, et plus encore les étouffer et les dévoyer. Contre les barbares, tout est permis.

Au même moment, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, entend dicter leur rôle aux procureurs généraux en les invitant à faire appel de toutes les peines « qui ne seraient pas à la hauteur de ce que nous avons vécu ». Ce que « nous » avons vécu, alors que circulent les idées de milices d’autodéfense dans tout le pays hors de l’État de droit et des devoirs de la République. Aujourd’hui, c’est le pouvoir qui porte atteinte à la démocratie.

 

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