Sébastien
Lecornu est content de lui. Il n’en finit plus de s’autocongratuler. La réponse
de son cabinet aux incendies qui ravagent le pays après une succession de
canicules historiques est « à la hauteur », se flatte-t-il. Et
pas une ombre ne doit venir ternir ce panégyrique de l’action gouvernementale.
À la moindre critique, il lui faut cogner. Même sur les habitants anéantis du
Porge prêts à porter plainte pour obtenir des réponses sur la chaîne de
responsabilité qui a laissé leur village de Gironde sans défenses suffisantes
face aux flammes. Ceux-là, accuse le premier ministre sans un mot d’empathie,
ne seraient que des pantins manipulés par des « complotistes ».
Tant de morgue, devant ces vies réduites en cendres.
La
responsabilité des gouvernements qui se sont succédé sous la présidence
d’Emmanuel Macron est pourtant accablante. L’exécutif lui-même constatait, dans les conclusions sans
appel du Beauvau de la sécurité, en 2025, « un déficit d’anticipation stratégique et de gouvernance
budgétaire », avec des ressources humaines, matérielles et financières
« mobilisées de manière réactive, selon une logique de court
terme ». Résultat : une « gestion à courte vue »
créant une « tension permanente sur les moyens » et limitant « la
capacité à répondre efficacement aux crises de grande ampleur ou à
répétition ».
Le financement
des Sdis, dépendant de collectivités locales exsangues, est, alertait encore le
rapport issu de cette concertation, « à bout de souffle »,
laissant les pompiers désarmés alors que le nombre de leurs interventions a crû
de 33 % en vingt ans, en raison d’incendies de plus en plus fréquents, de
plus en plus violents, sur une aire beaucoup plus vaste, avec une saison des
feux toujours plus étendue.
Près de
120 000 hectares ont déjà brûlé en France en 2026, trois fois plus que
l’an dernier, avec des conséquences désastreuses sur les humains, la faune, la
flore, les paysages, l’économie. Dans l’enfer de cette nouvelle ère climatique,
seule une politique sérieuse de planification écologique pourrait protéger le
vivant. Ni Lecornu, avec ses anathèmes, ni sa ministre Barbut, qui se prélasse
sur les transats de sa résidence du Var, n’y songent. Ils sont trop accaparés
par la sauvegarde des intérêts des plus riches.

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