dimanche 4 octobre 2026

« Affaire Bardella : après deux jours de silence, Marine Le Pen fait du Trump », l’éditorial de Maud Vergnol.



Son silence aura duré deux jours. Après la révélation jeudi par Mediapart des documents prouvant la véracité des écrits antisémites de Jordan Bardella, Marine Le Pen a fini par sortir de son bunker, samedi soir, pour apporter « tout son soutien » à son poulain, préférant finalement la fuite en avant dans le mensonge qu’une mise au ban de celui qu’elle destine à Matignon. Constat d’huissier, dizaines de mails, conversations Messenger : les preuves sont pourtant accablantes. Et le choix de la procédure judiciaire la plus longue pour attaquer Mediapart en diffamation ne plaide guère en faveur de l’innocence.

Comme Donald Trump, la candidate d’extrême droite choisit de nier la vérité, de dénoncer un complot imaginaire des médias et du « système », et de compter sur la loyauté d’un électorat que cet antisémitisme crasse ne semble dramatiquement pas dissuader.

Le choix de ne pas débrancher Jordan Bardella est d’autant plus périlleux que la favorite des sondages pourrait elle-même devoir faire campagne avec un bracelet électronique. Il intervient après une rentrée laborieuse pour le RN, en dépit de sa percée au Sénat, des couacs sur l’interdiction du voile au racisme nauséabond d’un policier municipal de Carcassonne.

Le timing, à trois semaines d’un congrès à Orléans qui doit reconduire Bardella à la tête du parti à la flamme, ne pouvait pas être pire. L’entaille faite à la stratégie de normalisation, sa grande réalisation personnelle depuis qu’elle a banni son père, peut poser un problème bien plus grave à la candidate au second tour. Et la « chasse aux traîtres » en cours dans le parti laissera des traces, quand une campagne présidentielle exige des troupes au pas.

En se rangeant derrière Jordan Bardella, Marine Le Pen a évité le pire à court terme : la guerre ouverte et le désaveu public de son dauphin. Mais elle s’est lestée d’un sacré boulet. Qu’elle le défende jusqu’au bout ou qu’elle finisse par le lâcher, elle en sortira sérieusement affaiblie, prisonnière d’un mensonge de moins en moins tenable, ou comptable d’un revirement qui sonnerait comme un aveu d’échec. L’extrême droite, largement favorite dans les sondages, se voyait déjà à l’Élysée avec Bardella à Matignon. L’histoire est encore loin d’être écrite.

 

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