lundi 5 octobre 2026

« L’insouciance, ce luxe auquel la nouvelle génération de lycéens n’a pas eu droit », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



« On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans », écrivait Rimbaud. La formule sonne, hélas, douloureusement faux aujourd’hui. Sous leurs dehors chahuteurs, ces jeunes qui s’apprêtent à battre le pavé ce mardi 6 octobre, sont d’un sérieux tragique, rongés par l’anxiété. Cette génération est face à une impitoyable machine de tri social nommée Parcoursup, à des bahuts qui tombent en ruines et au vide laissé par les professeurs non remplacés. Mais le mal est beaucoup plus profond.

Cette jeunesse n’a, en réalité, jamais eu le luxe de l’insouciance. Elle a appris à lire en croisant des militaires l’arme au poing devant les écoles en 2015. Elle a traversé sa puberté confinée et masquée. Elle grandit aujourd’hui au son du canon des guerres qui s’étendent et pour lesquelles on lui explique qu’elle va être sacrifiée. À la maison, elle voit ses parents s’user pour des fins de mois avalées par l’inflation. Elle les a vus se faire fracasser sur les ronds-points ou dans la rue pour avoir défendu leurs retraites.

En guise de considération, elle est réduite de manière caricaturale à une génération décérébrée par les écrans, alors qu’elle a été jetée en pâture aux GAFAM et leurs technologies addictives. Et pour peu qu’elle vienne des quartiers populaires, s’ajoute la violence d’un racisme décomplexé.

Le monde des adultes doit prendre la mesure de cette situation. À commencer par le pouvoir. Face à la colère, la réponse du gouvernement ne peut se résumer au « plan en 5 points » de Sébastien Lecornu, qui relève de l’emplâtre sur une jambe de bois. Elle ne peut pas non plus consister à l’adoption d’une loi « casseur payeur » et des cours en distanciel, pour tuer la mobilisation par la peur.

L’unique urgence, c’est un investissement massif pour l’école publique. Surtout, la responsabilité primordiale de l’État est de protéger ses enfants au lieu de les terroriser. Le ministère de l’Intérieur doit donner des consignes strictes de non-violence. Heureusement ce 6 octobre, les organisations syndicales, enseignants et ouvriers mêlés, marcheront aux côtés des jeunes pour encadrer et sécuriser leurs cortèges, empêchant ainsi que leurs justes revendications soient détournées. Ce premier moment d’unité peut être le début d’autre chose.

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