« On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans », écrivait Rimbaud. La formule sonne, hélas,
douloureusement faux aujourd’hui. Sous leurs dehors chahuteurs, ces jeunes qui
s’apprêtent à battre le pavé ce mardi 6 octobre, sont d’un sérieux
tragique, rongés par l’anxiété. Cette génération est face à une impitoyable
machine de tri social nommée Parcoursup, à des bahuts qui tombent en
ruines et au vide laissé par les
professeurs non remplacés. Mais le mal est beaucoup plus profond.
Cette jeunesse
n’a, en réalité, jamais eu le luxe de l’insouciance. Elle a appris à lire en
croisant des militaires l’arme au poing devant les écoles en 2015. Elle a
traversé sa puberté confinée et masquée. Elle grandit aujourd’hui au son du
canon des guerres qui s’étendent et pour lesquelles on lui explique qu’elle va
être sacrifiée. À la maison, elle voit ses parents s’user pour des fins de mois
avalées par l’inflation. Elle les a vus se faire fracasser sur les ronds-points
ou dans la rue pour avoir défendu leurs retraites.
En guise de
considération, elle est réduite de manière
caricaturale à une
génération décérébrée par les écrans, alors qu’elle a été jetée en pâture aux
GAFAM et leurs technologies addictives. Et pour peu qu’elle vienne des
quartiers populaires, s’ajoute la violence d’un racisme décomplexé.
Le monde des
adultes doit prendre la mesure de cette situation. À commencer par le pouvoir.
Face à la colère, la réponse du gouvernement ne peut se résumer au « plan en 5
points » de Sébastien
Lecornu, qui relève de l’emplâtre sur une jambe de bois. Elle ne peut pas non
plus consister à l’adoption d’une loi « casseur
payeur » et des cours
en distanciel, pour tuer la mobilisation par la peur.
L’unique
urgence, c’est un investissement massif pour l’école publique. Surtout, la
responsabilité primordiale de l’État est de protéger ses enfants au lieu de les
terroriser. Le ministère de l’Intérieur doit donner des consignes strictes de
non-violence. Heureusement ce 6 octobre, les organisations syndicales,
enseignants et ouvriers mêlés, marcheront aux côtés des jeunes pour encadrer et
sécuriser leurs cortèges, empêchant ainsi que leurs justes revendications
soient détournées. Ce premier moment d’unité peut être le début d’autre chose.

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