mardi 21 janvier 2025

« En vol », le billet de Maurice Ulrich.

  


Shit ! Au moment où il accède au pouvoir suprême Elon Trump, pardon, Musk, va devoir se passer d’un de ses jouets préférés. Sa mégafusée Starship qui a autant de rapport avec l’exploration spatiale que sa mégalomanie en a avec l’intérêt général va devoir rester au sol. L’organisme américain de régulation de l’aviation a demandé l’ouverture d’une enquête après l’explosion le 16 janvier de son deuxième étage au-dessus d’un archipel des Caraïbes dont les habitants ont vu pleuvoir les débris.

C’est la science selon Musk et tant pis pour les Caraïbéens qui ramassent les morceaux. Ça marche ou ça casse, en enchaînant quoi qu’il en coûte les tests à haut risque, en compétition avec Jeff Bezos et sa fusée Blue Origin dont le dernier tir a été un succès. Tout ça pour que des zigotos ultrariches fassent leur petite balade. Ça se passe comme ça avec les copains de Donald. L’espace est un marché. On voudrait y voir un signe. Si seulement l’équipe de prédateurs installée à la Maison-Blanche pouvait exploser en vol.

 

lundi 20 janvier 2025

« L’ELDORADO ? »



Que lui restera – t – il de sa vie d’avant, qu’il vient de quitter définitivement ? Les pleurs de sa mère et sa dernière étreinte, le regard de son père qui au nom de croyances ancestrales et de sa virilité, s’est durci, s’efforçant de ne rien montrer, les baisers de ses frères et de sa petite sœur de 4 ans, pourra – t  – il  les revoir un jour ? Dans la demi-pénombre du soir qui tombe, le jeune adolescent a quitté la plage avant la marée basse, très rapidement, trop rapidement. Il aurait voulu que ce moment tant attendu, qui lui sembla si court, durât plus longtemps pour pouvoir s’imprégner de l’image des lumières de son pays, s’éloignant pour toujours. Depuis combien de jours, était-il sur cette pirogue, tassés au milieu de ses compagnons d’infortune ? En fin de nuit le vent se renforce sur la mer, la pirogue tangue sur les vagues ; il n’a pas peur, il est habitué aux caprices de l’océan pour avoir pêché avec son père sur ces mêmes embarcations quand il y avait encore assez de poisson pour nourrir toute la famille. Il regarde le ciel rosir dans les prémices de l’aurore. Le soleil sort timidement de son bain nocturne. Dans l’horizon qui s’illumine, un paquebot géant des mers remplis de touristes se découpe. Il les envie un moment. Eux aussi veulent quitter quelques temps des lieux connus et leur quotidien pour des destinations de rêve pense-t-il soudain. Peut-être un jour quand il aura gagné beaucoup d’argent en France, il pourra faire un tel voyage. Il s’en veut aussitôt de cette pensée. Il s’interdit maintenant de rêver à long terme, d’en vouloir plus alors que pour le moment il n’est même pas certain d’arriver à destination. Le vent se renforce encore. Certains de ses compagnons sont malades : le manque de sommeil, le froid, la peur, le mal de mer. L’arrivée est proche si l’on en croit le passeur. Ils ne pourront pas tenir bien longtemps. En attendant, il résiste, chante de vieilles chansons sénégalaises, raconte des histoires pour réconforter ses compagnons : tuer le temps, chasser la peur. Les vagues sont de plus en plus hautes et heurtent violemment la pirogue…. Le souci de l’instant tenir, tenir encore…  Chanter de plus en plus fort, se serrer les uns contre les autres pour se réchauffer…. Un jour passe, une nuit puis un autre jour et soudain la côte espagnole apparait, ils vont débarquer sur la plage qui s’approche, s’approche…. Ils ont réussi. Le jeune adolescent devrait être gai mais il pleure, il pense à tous ces hommes et femmes, certains des amis, qui n’ont pas eu cette chance et ont péri en mer pour avoir voulu être heureux.

 

« L’agenda de Donald Trump : haine de l’autre et capitalisme 2.0 », l’éditorial de Cathy Dos Santos dans l’Humanité.



Donald Trump et les siens ont tissé une dangereuse toile réactionnaire et populiste. Le parterre d’invités qui seront présents à l’investiture du 47e président des États-Unis, ce 20 janvier au Capitole, donne la mesure de l’internationale fasciste qui se dessine sous nos yeux. Javier Milei, qui dépèce à coups de tronçonneuse l’État de droit en Argentine, sera de la cérémonie, tout comme Bukele, le « dictateur cool » du Salvador.

La cheffe du Conseil italien, la « postfasciste » et atlantiste Giorgia Meloni, qui se rêve en faiseuse de rois des droites européennes, ne pouvait manquer l’événement. Quant à l’eurodéputée et réseauteuse de l’extrême droite française Sarah Knafo, elle aurait joué des coudes pour être sur la photo avec Éric Zemmour.

À quelques nuances près, leurs ambitions et cibles de prédilection convergent : dérégulations économiques et financières, réformes libertariennes, matraquage des droits des femmes et des LGBT, chasse aux étrangers, accusés d’être des ennemis de l’intérieur au même titre que les opposants politiques. La haine de l’autre et le capitalisme 2.0, en résumé.

La contre-révolution trumpiste est en marche, elle n’a aucun filtre, et les contre-pouvoirs, eux, semblent bien maigres. Il y a huit ans encore, une puissante mobilisation avait signifié toute la révulsion que provoquait alors l’arrivée au pouvoir du magnat de l’immobilier. Cette année, les cortèges étaient peu fournis, comme apeurés et assommés par la puissance de frappe rhétorique et programmatique du multimilliardaire et de ses acolytes. À commencer par l’eugéniste et promoteur zélé de l’extrême droite mondiale, Elon Musk, ou encore l’adepte de la mouvance complotiste QAnon, Kash Patel, propulsé à la tête du FBI.

Le nouveau locataire de la Maison-Blanche veut frapper vite, fort. On aurait d’ailleurs tort de voir dans ses déclarations contre le Canada, le Groenland et le canal de Panama des délires égotiques. Ses visées impérialistes et annexionnistes répondent à une géostratégie vouée à blinder l’hégémonie de Washington et de ses multinationales. Elle s’appuie sur des hausses de droits de douane qui sont autant de guerres déclarées à la Chine, à ses voisins canadiens et mexicains, mais également à l’Europe, aphone et incapable de réagir face à cette déflagration ultralibérale, climatosceptique et raciste.

 

« Libres », le billet de Maurice Ulrich.



C’est la fête des milliardaires : une ruse de l’histoire aux implications planétaires, ou comment la démocratie américaine, modèle censé inspirer « le monde libre », leur a donné tout le pouvoir avec un président putschiste et délinquant, raciste, misogyne, menteur éhonté… Il est vrai que ce n’est pas d’aujourd’hui que la « raison » du « monde libre » a une vision, disons particulière, des libertés. Chili, dictatures, Vietnam… On ne saurait dresser toute la liste.

Et c’est au nom des libertés et de la liberté que les fêtards d’aujourd’hui ivres de puissance prétendent agir. Moins d’État, moins de réglementations, moins d’impôts, de services publics, à chacun son fusil d’assaut et son arsenal. À qui tirera le premier. Et interdiction de l’IVG, bannissement des personnes transgenres, expulsion en masse des immigrés… « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit », écrivait en 1848 Henri Lacordaire, moine dominicain et député de gauche. Le renard libre, dit-on aussi, dans le poulailler libre.

 

dimanche 19 janvier 2025

LE FACTEUR D’AUTREFOIS



De porte en porte, de village en village, chaque jour il marchait. Messager de l’espoir ou porteur de regrets. La lettre parfumée, au milieu du courrier embaumait le trajet, rendait son pas léger. On l’attendait derrière les volets. « Mais reste donc un peu, je te fais un café. Il ne fait pas chaud dehors, il va te réchauffer ». De foyer en foyer, il se sentait aimé. Pour ces gens souvent isolés, il restait le seul lien. Il marchait en rêvant parmi les durs chemins. À lui, les gens confiaient leurs joies et leurs chagrins. Et parfois leurs espoirs en de beaux lendemains. Ils racontaient aussi les soucis de la vie : La mort, la maladie, l’âme qui se replie… De maison en maison, il glanait des secrets, gardien assermenté des peines et des regrets. Certains jours une lettre ralentissait son pas… Elle alourdit son sac comme sonne le glas… Il ne voit pas alors la rosée du matin, et le chant de l’oiseau ne l’émerveille point. Il ne savoure pas les champs, les chemins à l’horizon. On le trouve distrait de maison en maison…Fichu métier parfois ! Il râle à chaque pas. « C’est encore un Petit qui ne reviendra pas, un nom à rajouter sur le grand monument, pour ne pas oublier la guerre et ses tourments. » Il la garde en dernier, mais il faut la donner. Quand il la sort enfin, il n’ose pas parler. À son liseré noir, la mère avait compris : Celui qu’elle attendait est désormais sans vie. Notre Facteur savait respecter les chagrins, et tant de mots non-dits dans sa poignée de main ! Messager de l’espoir, messager du destin, il aimait son métier, marchait sur les chemins. Et dans chaque saison, saisissait le plus beau, de l’odeur du jasmin à la chanson de l’eau. Aujourd’hui, on ne voit plus le facteur d’autrefois. Rentabilité ne rime pas avec humanité !

vendredi 17 janvier 2025

LE VIEUX PEINTRE



Assis dans le fauteuil de son vieil atelier, il vient à petits-pas y passer sa journée. Devant son chevalet à regret délaissé, il peint de beaux tableaux jamais réalisés. Car l’horloge du temps ne l‘a pas épargné. Ses yeux qui savaient voir sont aveugles à jamais. Ses mains tremblent aujourd’hui, ne pouvant obéir aux images qu’autrefois il leur faisait sentir. Il pense à ses tableaux qu’il avait exposés, aux prix et aux médailles qu’on lui a décernés ; Il pleure sur tous ceux restés dans sa mémoire, il n’a pas eu le temps de peindre leur histoire. Les pinceaux, ses fusains semblent l’attendre en vain. Ils ont fait dans ses mains de bien jolis dessins. Ses tubes desséchés et ses pots mal fermés, restés là sur sa table se savent abandonnés. Le vieux peintre, immobile, doucement se souvient. Une vie bien remplie, un fabuleux destin. On ne peut arrêter le cours du temps qui file, et qui fait qu’à présent il se sent inutile. Des visages le hantent, visages dessinés, ou visages de ces femmes qu’il avait cru aimer. Des regrets quelquefois qui viennent l’assaillir. Il est si difficile d’accepter de vieillir.

« L'IVG, marqueur d’égalité », l’éditorial de Stéphane Sahuc dans l’Humanité



Le 17 janvier 1975, la loi Veil légalisant l’interruption volontaire de grossesse est promulguée par le gouvernement français. Cinquante ans après, comme ils le font tous les ans depuis 2005, les anti-IVG vont défiler dans les rues de Paris. On aurait tort de penser que cette manifestation est de l’ordre de l’anecdotique ou le fait d’une poignée de grenouilles de bénitier réactionnaires. On aurait encore plus tort de croire que le droit à l’avortement, même constitutionnalisé, est un acquis intouchable.

Le combat que mènent les réactionnaires de tous poils contre l’IVG s’inscrit aujourd’hui dans un mouvement plus vaste d’attaque contre les femmes. L’objectif est de les renvoyer dans leur immense majorité à un rôle de mère, d’épouse ou d’objet sexuel. Et cette lutte acharnée contre le concept même d’égalité entre les femmes et les hommes est menée à l’échelle mondiale.

À commencer par le sort fait aux femmes afghanes, enfermées, frappées, interdites de tout. Dans nos sociétés libérales et démocratiques, les femmes sont aussi dans le viseur. Particulièrement aux États-Unis. Sur les réseaux sociaux, les mentions « ton corps, mon choix » et « retourne dans la cuisine » ont augmenté de 4 600 % en seulement 24 heures après l’élection de Donald Trump.

Mark Zuckerberg, le patron de Meta, dénonce, lui, un « monde de l’entreprise culturellement émasculé » et exalte « l’énergie masculine et les bienfaits de l’agressivité ». Au passage, notons que Zuckerberg opère en réalité un retour aux sources, puisque à l’origine Facebook était une application pour comparer et noter le physique des étudiantes de Harvard.

En France aussi, masculinisme, sexisme et virilisme sont mis en avant, valorisés, glorifiés même, par nombre d’influenceurs qui touchent essentiellement des jeunes hommes et des adolescents. Ils sont l’une des portes d’entrée qui conduisent ensuite vers les contenus ouvertement d’extrême droite, au cœur desquels la lutte contre l’IVG. Cinquante ans après la loi Veil, le droit à l’avortement et les conditions d’accès à ce droit restent des marqueurs du sort et de la véritable place des femmes dans la société.

 

« Subversion », l’édito de Cédric Clérin

La démocratie israélienne n’en finit plus de dériver. La commission électorale de la Knesset, le Parlement, a décidé d’exclure des prochai...