mercredi 4 juin 2025

« Un État pour la libération », un édito de Patrick Le Hyaric.



Les vociférations du criminel en chef de Tel-Aviv contre tout chef d’État européen se prononçant pour une reconnaissance d’un État palestinien – conformément au droit international bafoué depuis 80 ans – en disent long sur l’importance cruciale de la Conférence internationale des Nations unies qui se tiendra du 17 au 20 juin 2025 à New York.

À Son ordre du jour : l’examen de « l’application des résolutions de l’Organisation des Nations unies relatives à la question de Palestine ». Voir ceux qui ont manifesté leur « soutien inconditionnel » à l’État colonisateur, accusé par la justice internationale de « présomption de crime de génocide », se faire traiter de suppôt du Hamas ou « d’ennemi de L’État juif » est plus que cocasse.

Un acte officiel de reconnaissance de l’État de Palestine est  un engagement de haute portée politique. Un acte de juste solidarité. Un acte de foi dans le droit international. Un acte à la hauteur des grands principes républicains de liberté, d’égalité et de fraternité.

Mais soyons lucides, on ne pourra dans le contexte actuel se contenter d’une simple déclaration de reconnaissance. L’occupation, la colonisation-annexion, la guerre génocidaire détruisent toute possibilité de construire l’État de Palestine. Une double action simultanée est indispensable : la reconnaissance de l’État de Palestine doit s’accompagner des actions pour faire cesser immédiatement le génocide en cours à Gaza. Et, toutes les colonies implantées en Cisjordanie ainsi que Jérusalem-Est doivent être restituées aux Palestiniens. L’accès à l’eau doit leur être assuré. Les 10 000 prisonniers politiques Palestiniens doivent être libérés. Les moyens d’action sont connus  : suspension tout de suite des accords d’association et de coopération militaire, arrêt immédiat des livraisons d’armes à Israël.

Pour cela, la France et les institutions européennes doivent  s’appuyer sur l’avis de la Cour internationale de justice de juillet 2024 qui déclare illégale la présence israélienne en Cisjordanie et à Gaza, exige le retrait des colons et des forces militaires, ainsi que des réparations en faveur des Palestiniens.

Le droit est aujourd’hui l’arme puissante pour déployer sous l’égide de l’ONU une force internationale de protection du peuple palestinien. Celle-ci lui permettrait de progresser vers son droit à l’autodétermination, tout en faisant libérer les otages israéliens. Des conditions seraient ainsi réunies pour que le peuple palestinien puisse en toute indépendance décider de son avenir, se donner ses institutions et ses représentants.

Si la volonté politique existe, la France et d’autres pays à travers le monde pourraient demander à activer en urgence, la résolution 377 dite « Union pour le maintien de la paix » adoptée en 1950.

Celle-ci a étendu les compétences de l’Assemblée générale au maintien de la paix et a donc élargi ses prérogatives à l’examen des sujets qui étaient auparavant réservés au Conseil de sécurité. Ainsi, l’assemblée générale des Nations Unis pourrait donc, dans les cas de l’Ukraine et du Proche-Orient, prendre des initiatives de protection des civils, voire déployer des Casques bleus, pour protéger les citoyens de la bande de Gaza, de Cisjordanie et de Jérusalem Est.

La reconnaissance d’un État doit s’accompagner de la garantie de sa viabilité. La base de la discussion peut être les résolutions de l’ONU (n°181 du 29 novembre 1947 et n°1397 de mars 2022) : un État dans les frontières de 1967, une solution pour les réfugiés, la souveraineté partagée sur Jérusalem, des garanties de sécurité de part et d’autre.

L’enjeu est capital pour tout démocrate. La Palestine et Gaza ne peuvent être la répétition d’un avenir chaotique pour le reste du monde. Elles ne peuvent être le tombeau du droit international et le laisser passer des nationalismes les plus agressifs, les plus bellicistes, les plus dominateurs.

C’est une part essentielle de notre humanité commune qui se joue à Gaza.

Patrick Le Hyaric

3 juin 2025

« Derrière le meurtre d'Hichem Miraoui, l'escalade mortifère de la droite et de l'extrême droite », l’éditorial de Cathy Dos Santos dans l’Humanité.



C’est la haine raciste qui a motivé l’assassinat d’Hichem Miraoui. La vie de ce coiffeur d’origine tunisienne a été fauchée par les balles d’un homme qui a froidement annoncé puis revendiqué son crime. Sa dernière publication sur Facebook est horrifiante ; il enjoint aux Français d’« aller les chercher là où ils sont » : les « islamiques », les « sans-papiers ». Un appel au meurtre assumé tout comme son souhait d’une victoire électorale du Rassemblement national dont il avait largement relayé les posts.

Ce passage à l’acte s’inscrit dans un climat putride et dangereux de surenchères nationalistes et xénophobes, conséquence d’une banalisation des idées racistes hier encore circonscrites à l’extrême droite. Le débat public est saturé d’intolérance et de préjugés odieux. Le rejet de l’autre, la stigmatisation des étrangers, l’insupportable amalgame, qui tire un trait d’égalité entre Arabe, musulman et terroriste, sont devenus les normes de la pensée dominante.

La loi Gayssot est pourtant très claire : le racisme n’est pas une opinion mais un délit qui doit être poursuivi et condamné. À l’heure où les crimes qui ciblent les étrangers explosent, c’est une question de salut humain et démocratique. Il faut mettre un terme à cette escalade mortifère.

Les responsabilités politiques et médiatiques sont immenses. Les empires capitalistes ont transformé des médias en porte-voix de la propagande d’extrême droite qui concourent à l’atmosphère de détestation et de divisions. La mal nommée droite républicaine n’est pas en reste.

Elle a fait siennes les pires théories du Rassemblement national et de Reconquête !, en agitant le danger d’une prétendue « submersion » migratoire. « Chaque acte raciste est un acte anti-Français, parce que la France, c’est aussi la République française », a déclaré le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau. Le président de LR s’est pourtant repu de diatribes essentialistes et islamophobes dont il a fait un fonds de commerce électoral. Le racisme a tué Hichem Miraoui. Tous les jours, il blesse, il humilie, il discrimine, là où l’État manque à ses missions et à ses devoirs.

 

« Réussite », le billet de Maurice Ulrich.



La France est-elle « un pays communiste qui a réussi » ? Ça nous avait échappé, mais la réponse est oui pour le chroniqueur du Figaro, Mathieu Bock-Côté, qui cite l’ancien président Giscard d’Estaing, ce qui ne nous rajeunit pas, lequel disait qu’un pays où les dépenses publiques représenteraient plus de 40 % serait de facto un pays socialiste.

« Nous sommes désormais à 58 % », et le gouvernement, ça nous avait aussi échappé, se prépare à créer « de nouveaux impôts exceptionnels pour les nantis » et va « révéler que sont nantis tous ceux qui parviennent à améliorer leur situation par le travail ou par l’épargne ».

Comme les 500 premières fortunes de France avec un cumul, on s‘en veut de le rappeler encore, de 1 228 milliards d’euros, et plus modestement, il est vrai, tous les contribuables dont le revenu annuel est à peine au-dessus d’un million. Et donc, quoi qu’en pensent ceux qui veulent toujours augmenter les impôts des autres écrit le chroniqueur « le socialisme demeure une doctrine de voleurs maquillant leur ressentiment en désir d’égalité ». Tout en finesse.

mardi 3 juin 2025

« Fin de races », Neandertal, Cro-Magnon, Lucy ou Adam et Ève… C’est quoi un Français de souche ? le billet de Maurice Ulrich.



Il semble bien que le réalisateur et acteur Mathieu Kassovitz, dans une récente émission, ait mis les pieds dans le plat que nous servent tous les jours Bruno Retailleau, l’entreprise Le Pen et compagnie… « Il y a des Français de souche, ça s’appelle des fins de race. Leurs enfants vont se mélanger avec les autres et c’est tant mieux pour nous tous (…). Vous voulez fermer les frontières et rester entre Blancs ? Ça ne marche pas. »

Il se serait excusé pour l’expression « fins de race »… Mais c’est quoi, la souche ? Neandertal, Cro-Magnon, Lucy, Adam et Ève ? Pas du tout. Dans une chronique du Journal du dimanche titrée « Française de souche », Christine Kelly nous l’explique : « Pour moi, être Français de souche, c’est être enraciné dans l’amour pour son pays. C’est aimer le drapeau tricolore, être patriote et défendre la France. C’est être fier de son patrimoine, de sa culture et de son histoire. C’est accepter les racines chrétiennes qui ont façonné cette nation. » Et lire après la messe le JDD de Vincent Bolloré.

 

« Du métal sans Mittal », l’éditorial de Stéphane Sahuc dans l’Humanité.



Dans une enquête Ifop à paraître dans l’Humanité magazine du 6 juin, l’hebdomadaire interroge les Français sur l’opportunité des nationalisations. Parmi les questions posées, l’une concerne spécifiquement ArcelorMittal : « Vous personnellement, seriez-vous favorable à la nationalisation des sites français d’ArcelorMittal ? » La réponse est sans équivoque. 67 % des personnes interrogées y sont favorables.

Un camouflet pour Emmanuel Macron et son absence de stratégie industrielle. Le président de la République s’était en effet opposé, le 13 mai, à la proposition de Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, de reprise par l’État des hauts-fourneaux français après les annonces par le géant indien de centaines de suppressions d’emploi. La nationalisation est aussi réclamée par des partis de gauche qui ont déposé différentes propositions de loi au Parlement, et donc par les deux tiers des Français.

Le chef de l’État, fidèle à sa pratique politique, préfère tergiverser. Il appelle de ses vœux « une solution européenne ». Il souhaite « des garanties de développement ». Bref rien de concret. Pourtant, et peut-être encore plus que pour d’autres filières, l’État serait fondé à nationaliser l’entreprise. D’abord car entre 2021 et 2024, ArcelorMittal a dégagé 32,6 milliards de dollars de bénéfices et 13,2 milliards de dollars ont été redistribués aux actionnaires. Le groupe a bénéficié par ailleurs de nombreuses aides publiques en France. En 2023, il a reçu de l’État plus de 300 millions d’euros.

Autre raison plaidant pour une nationalisation, l’enjeu stratégique de la filière. Fragiliser la production d’acier en France et en Europe, c’est mettre en péril l’ensemble de ce secteur industriel. Alors que des centaines de milliards d’euros doivent être mobilisées pour des enjeux de défense, comment justifier la non-maîtrise, la non-garantie de production, de livraison dans cette filière ? Dernier point : les enjeux liés à l’urgence de production d’acier décarboné. Un défi impliquant des investissements que Mittal reporte toujours au lendemain. La volonté politique fait défaut à Emmanuel Macron. Les Français l’ont bien compris.

 

dimanche 1 juin 2025

« Plus de 600 jours de guerre à Gaza », l’éditorial de Lionel Venturini dans l’Humanité.



À rebours de la vision d’une société israélienne qui ferait intégralement bloc derrière son gouvernement depuis plus de 600 jours de guerre contre Gaza, de plus en plus de voix deviennent audibles en Israël pour en dénoncer le prolongement. Cette opinion-là n’est assurément pas majoritaire encore, et un ministre de Netanyahou tel que le suprémaciste Bezalel Smotrich peut toujours tranquillement asséner que « Gaza sera détruite parce que c’est une infrastructure terroriste, en surface comme en sous-sol ».

Toutefois, les rassemblements contre la guerre prennent une nouvelle dimension, singulièrement à partir des campus universitaires. Pas un jour sans manifestation pour le retour des otages, pour mettre fin au massacre, pour dénoncer les atrocités commises dans l’enclave palestinienne. Des voix inattendues s’élèvent, comme celle d’Ehoud Olmert, ancien premier ministre de droite, qui accuse son pays, dans une récente une tribune au journal Haaretz, de commettre des crimes de guerre. Une prise de conscience qui a longtemps tardé, tant les images de Gaza ont été bannies des médias dominants israéliens, tant l’expression même d’une quelconque solidarité envers les Palestiniens est dissuadée dans l’espace public.

Les menaces d’une « nouvelle Nakba » sont proférées ouvertement par les ministres racistes du cabinet Netanyahou, à l’encontre des Palestiniens dans les territoires occupés comme des citoyens arabes d’Israël. Benyamin Netanyahou lui-même poursuit une fuite en avant entamée bien avant le 7 octobre, lorsque au début de 2023 il a porté une réforme de la justice ayant provoqué les plus grosses manifestations de l’histoire du pays. Même si elle reste fragile dans une société polarisée comme jamais, cette mobilisation qui soutient un cessez-le-feu immédiat pour ramener les otages chez eux est un point d’appui pour quiconque est attaché à la paix.

Dans ce contexte, la diplomatie doit reprendre la main. Emmanuel Macron affirme – bien tard – que les Occidentaux, s’ils « laissent faire Israël », perdront « toute crédibilité à l’égard du reste du monde ». L’indignation ne suffit plus. Il faut des actes, de toute urgence, pour stopper le génocide en cours. L’Union européenne a la possibilité de prendre des sanctions dissuasives. Il n’est plus temps de tergiverser.

 

« Effort », le billet de Maurice Ulrich.



Dans son éditorial, le directeur de la Tribune dimanche, Bruno Jeudy, croit opportun de paraphraser Sartre et sa formule « L’enfer c’est les autres » avec la formule « L’effort c’est les autres » à propos des 45 milliards que chercherait « désespérément » François Bayrou pour boucler le budget. 

Ainsi, écrit-il, « la gauche ne rêve que d’augmenter les impôts des riches ». « Je suis si intelligent, écrivait Oscar Wilde, que parfois je ne comprends pas un seul mot de ce que je dis. » On se demande si Bruno Jeudy comprend toujours ce qu’il écrit. Car qui peut payer plus, si ce n’est ceux qui ont plus d’argent ? Ceux qui n’en ont pas ?

En 2024 le cumul des 500 premières fortunes de France dont celle de Rodolphe Saadé, propriétaire de la Tribune dimanche, dans le classement de tête était de 1 228 milliards d’euros, en augmentation de 5 % sur l’année précédente – soit plus de 60 milliards. La taxe Zucman de 0,2 % sur les ultrariches a été votée à l’Assemblée nationale. On attend qu’elle arrive au Sénat… Allons Bruno Jeudy, un petit effort pour mieux se comprendre.

 

« Subversion », l’édito de Cédric Clérin

La démocratie israélienne n’en finit plus de dériver. La commission électorale de la Knesset, le Parlement, a décidé d’exclure des prochai...