mercredi 6 novembre 2024

« Slalom », le billet de Maurice Ulrich.



Avec tout ça de l’autre côté de l’Atlantique, on perd un peu de vue ce qui se passe en France. Lundi, Michel Barnier a tenu, lors d’un séminaire gouvernemental, des propos optimistes en s’adressant à ses ministres : « Nous allons faire des progrès pour décider ensemble et s’écouter avant de prendre des décisions, malgré les circonstances d’extrême urgence. » C’est déjà ça, décider de s’écouter pour décider. Mais de quoi ? « Je sais que les décisions prises et les annonces sont difficiles et parfois très frustrantes. » Là, il faut suivre. On s’écoute avant de décider de prendre les décisions qui sont prises ? Il slalome, le Savoyard, à 6 %. Mais on comprend à peu près. Les débats à l’Assemblée, les avancées obtenues par la gauche… « Le 49.3, résumait le même jour sur France Info un député Renaissance, à un moment ou un autre de la discussion parlementaire, est inéluctable. » Ce qu’a confirmé le ministre des Finances « si le matraquage fiscal (des riches – NDLR) devait se poursuivre ». De ce côté de l’Atlantique, ça s’appelle la démocratie.

mardi 5 novembre 2024

« Climatosceptique », l’éditorial de Marion d’Allard dans l’Humanité.



Le calendrier, parfois, est facétieux. En quelques jours à peine vont se télescoper deux événements majeurs dans la marche du monde, étroitement imbriqués. Alors que les États-Unis renouvellent, ce mardi 5 novembre, le bail du Bureau ovale, la communauté internationale a rendez-vous, une semaine pile plus tard, à Bakou, en Azerbaïdjan, à l’occasion de la COP29 sur le climat.

Le consensus scientifique est de longue date établi. Les catastrophes en chaîne – qui, au reste, n’épargnent par les États-Unis – sont la conséquence d’un emballement planétaire du mercure causé par les activités humaines, historiques et actuelles. Washington, en la matière, a une sérieuse ardoise.

Pourtant, outre-Atlantique, la question climatique a été soigneusement mise sous le tapis d’une campagne où l’anathème fut roi, pourrie par un Donald Trump sans filet, outrancier, plus dangereux que jamais. Sur le dossier environnemental, celui qui prétend à un nouveau mandat est d’abord tristement comptable de son propre bilan.

Chef de file de l’internationale climatosceptique, Donald Trump refuse l’origine anthropique du réchauffement climatique, promet que « le climat va finir par se refroidir », ne jure que par l’extraction pétrolière et gazière. Dès 2016, le républicain avait mis à exécution sa promesse de campagne : faire sortir les États-Unis de l’accord de Paris, qui vise à maintenir le réchauffement global à 1,5 °C.

Le retour du milliardaire à la tête du premier pays producteur de pétrole, deuxième émetteur mondial de CO2 et premier pollueur historique, signerait l’arrêt de mort de cet accord global, à un an d’une COP30 censée en dresser dix années de bilan.

Pire, dans la porte grande ouverte par Trump s’engouffreraient d’autres dirigeants d’extrême droite, menaçant encore le fragile écheveau de la diplomatie climatique. Ne l’oublions pas. Les premières victimes d’un si piètre programme sont les Américains eux-mêmes, les plus modestes au premier chef. Ce 5 novembre, les États-Unis jouent leur avenir et, pour une part, le nôtre aussi.

 

« Objectivement », le billet de Maurice Ulrich.



Dominique Reynié a tous les lundis matin son café et son croissant sur France Inter avec sa chronique baptisée « En toute subjectivité ». Le contraire serait osé. Politologue et professeur à Sciences-Po, il n’a pas de problème à se revendiquer libéral et de droite. D’où l’intérêt de ses analyses sur le service public, en toute objectivité subjective, ça va de soi. Bien, il est inquiet pour les démocraties dans le monde quand les forces en présence n’acceptent pas le résultat.

Par exemple, Donald Trump en 2020, avec l’assaut du Capitole par ses partisans, ou le NFP en France après les élections législatives où, le RN ayant été ostracisé, le NFP n’en revendiquait pas moins la nomination de « son candidat » (sa candidate, SVP) à Matignon. Le NFP comme Trump, pas mal !

Le politologue objectif-subjectif aurait-il préféré Jordan Bardella ? Quoi qu’il en soit, le fait qu’ait été nommé un politique issu de la formation la moins bien représentée avec 6 % des suffrages pour former un gouvernement sous la surveillance assumée du RN, c’était sans doute ça « accepter le résultat ».

 

lundi 4 novembre 2024

« Les faits et les fakes », l’éditorial de Stéphane Sahuc dans l’Humanité.



« On peut au moins se mettre d’accord sur un fait. » Cette petite phrase a été prononcée par le journaliste Patrick Cohen lors d’un échange houleux avec le député Éric Ciotti. Ce dernier affirmait que les publicités du livre de Jordan Bardella avaient été « censurées » dans les gares sous la pression des « gauchistes ».

Le journaliste rappelait de son côté que, dans les gares, la règle est que « tout message publicitaire présentant un caractère politique, syndical, confessionnel (…) est prohibé » . Ce fait incontournable, Ciotti refuse de l’accepter et fait comme si, entre Patrick Cohen et lui, il n’était question que d’une divergence de point de vue.

Ce petit moment de télévision est révélateur de la stratégie utilisée partout dans le monde par cette extrême droite déterminée à prendre le pouvoir. La réalité, la vérité des faits sont ravalées au rang d’opinion. Ce qui permet de raconter son histoire quelle que soit la réalité. L’un des champions de cette stratégie est bien Donald Trump. Son récit à base de complot, de grandeur perdue, de virilisme, de nationalisme identitaire et de racisme se double d’un style ponctué d’injures, d’onomatopées et d’outrances.

Trump a imposé sa propre caricature, ce qui l’autorise à tout dire, à tout se permettre en prétendant parler au nom du « vrai » peuple américain. D’autant que les formes de la communication publique avec Internet, les réseaux sociaux et leurs algorithmes, aggravent ce brouillage des légitimités, accélèrent la circulation des rumeurs, dégradent le débat politique et intellectuel.

La philosophe espagnole Marina Garcés appelle cela la « crédulité surinformée ». Voilà sur quoi mise l’extrême droite pour discréditer ceux, responsables politiques, journalistes, enseignants, magistrats, scientifiques, experts, qui s’opposent à son projet séparatiste, autoritaire et ultraconservateur au service des plus riches.

La « post-vérité », les « faits alternatifs » sont un poison pour la démocratie. C’est bien elle qui est ciblée car elle peut potentiellement faire obstacle à l’accumulation sans limites et sans contraintes des richesses, du capital, par une poignée de privilégiés. La fable du capitalisme synonyme de démocratie a vécu.

« Mystique », le billet de Maurice Ulrich.



La possible réélection de Donald Trump rend fous les journalistes français. Et c’est un journaliste qui l’écrit, rejetant le terme de fasciste appliqué à celui « qui multiplie les coups médiatiques à succès qui le rapprochent de l’électeur, un jour serveur chez McDonald’s, le lendemain conducteur d’un camion poubelle. Sans parler des coups du sort qu’il a su déjouer : deux attentats ont fait de lui un miraculé, lui conférant une dimension quasi mystique ».

Bientôt, il va multiplier les burgers. Mais surtout, dit-il, les journalistes français veulent rejouer le match de « la bien-pensance contre les sans-dents ».

Le politiquement correct contre le petit peuple soutenant celui qui veut déporter en masse les étrangers, misogyne, acquis au lobby des armes, pour qui le réchauffement climatique est une fable, soutenu par un hypermilliardaire prêt a se faire la malle sur Mars quand lui et ses semblables auront rendu la planète invivable.

C’est dans le Journal du Dimanche de Vincent Bolloré. On saisit mieux encore la vision et la visée du milliardaire d’extrême droite et de ses serviteurs.

 

dimanche 3 novembre 2024

ESPOIRS §

 


L’ESPOIR, c’est croire qu’enfin s’efface le malheur, et que demain sera meilleur.

Assis devant son papier blanc ou devant son écran, l’écrivain, qui jamais ne se lasse, qui écrit et puis qui efface, et travaille la phrase et le mot, patiemment, qui construit dialogues et récits, poèmes et romans, de ses lecteurs attendent un signe, l’ESPOIR avec lui construit ligne après ligne.

 

Abandonnant le buffet vide, quand plus ne vient aucun subside, on est dehors, on tend la main, avec l’ESPOIR d’apaiser la faim.

 

Le paria mal aimé, délaissé, ignoré, n’ayant plus de soutien, plus d’aide à espérer, en butte à cent tracas qui émaillent ses jours et germent sous ses pas, se couche sur le sol, fatigué, épuisé, contre le mauvais sort renonçant à lutter. Point de Samu social, point de parole amie, le cent quinze n’est pas pour lui. Et pendant que le froid s’insinue dans son corps, alors qu’à tout jamais, dans la nuit il s’endort, avec obstination, il garde au fond du cœur l’ESPOIR qu’après la mort, la vie sera meilleure.

 

Là bas, de par le monde, les bombes, chaque seconde, sèment la mort et la terreur, marée de sang et de douleur, corps broyés, martyrisés. Mais pour deux cents qui sont tombés, des milliers se sont rassemblés, dans le silence et la dignité. Par ces crimes, révoltés, de voir la fin de ces jours noirs, ils manifestent leurs ESPOIRS.

 

ESPOIR, moteur de l’action, sans toi que ferait-on ?

 

 

samedi 2 novembre 2024

« Trump, le point de bascule », l’éditorial de Cédric Clérin dans l’Humanité Magazine.



Le résultat de la présidentielle américaine du 5 novembre prochain aura à n’en pas douter une portée internationale. C’était certes déjà le cas en 2016, lorsque Donald Trump accéda à la Maison-Blanche à la surprise générale. Mais le Trump de 2024 est bien plus dangereux que son prédécesseur. Il apparaissait alors comme un avatar un peu farfelu du conservatisme américain. On sait aujourd’hui qu’il est le produit d’une offensive ultraconservatrice maturée depuis des décennies. Dans une sorte de dialectique du pire, Donald Trump s’inspire autant qu’il est le moteur d’un mouvement mondial de régression. L’outrance politique poussée toujours plus loin en est une matrice et les « vérités alternatives » constituent le nouveau socle mouvant d’un impossible débat démocratique. Ces pratiques politiques ajoutées à la chasse aux ennemis de l’intérieur et la promesse de répression physique des opposants politiques, la question se pose désormais de savoir si nous sommes face à une nouvelle forme de fascisme.

De son ancien chef de cabinet à la référence intellectuelle Robert Paxton, historien spécialiste de la question, nombreux sont ceux qui disent que l’ancien président républicain correspond bien à la définition. Nous en sommes là. Se voulant représentatif d’un peuple bafoué, le projet de Donald Trump est aussi fourni contre les ennemis de l’intérieur que lacunaire sur le plan social. Aucune mesure concrète n’est censée assurer davantage de justice sociale aux Américains. Et pour cause.

Sa croisade identitaire est soutenue par de puissantes forces capitalistes. Elon Musk, l’homme le plus riche du monde, finance et participe activement à sa campagne. Jeff Bezos, son dauphin, empêche pour sa part le « Washington Post », dont il est propriétaire, d’appeler à voter Kamala Harris. L’étau se resserre sur les libertés publiques mais le capital est bien gardé.

Lors du premier mandat de Donald Trump, certains garde-fous existaient encore. Les institutions, d’une part, et une certaine résistance dans son propre parti. Désormais, ce dernier est totalement acquis à sa cause, tandis que les institutions ont été minées ou mises au pas. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir comment la Cour suprême, soigneusement infiltrée par les ultraconservateurs, a balayé en un jour tous les chefs d’inculpation qui planaient sur lui.

Certes, la démocratie américaine est malade depuis longtemps, embourbée dans un bipartisme et un système électoral obsolète qui empêche une véritable alternative d’advenir. Les démocrates sont pour leur part incapables de répondre à l’urgence sociale. Un Américain sur deux doit s’endetter pour se soigner et nombre d’entre eux sont en proie, entre autres, à une crise du logement qui ressemble à celle de 2008. Mais nous sommes désormais sur un point de bascule.

Tout cela rappelle furieusement ce qui se passe en France. Si Trump l’emporte, la fenêtre d’Overton, c’est-à-dire ce que la droite se croit autorisée à dire, sera encore agrandie. Il sera un modèle pour toutes les extrêmes droites du monde. Ce sont tous les référentiels démocratiques qui risquent d’être remis en cause. Sans parler des conséquences concrètes pour les Américains, mais aussi les Palestiniens ou les Ukrainiens.

Rares sont ceux à gauche qui semblent pourtant prendre la mesure du danger. Tout se passe comme si le mouvement ouvrier, qui a toujours su s’organiser au niveau international et mener la bataille idéologique, était comme un lapin dans le phare d’une voiture. Quel que soit le résultat du 5 novembre, l’alerte est lancée pour qu’à gauche la reconquête soit à la hauteur du péril.

 

« L'éclipse politique de l'Union européenne », l’éditorial de Lina Sankari.

Les Babyloniens sont les premiers à avoir développé une méthode de prévision des éclipses, issue de leur observation du ciel sur des siècl...