Le résultat de la présidentielle américaine du
5 novembre prochain aura à n’en pas douter une portée internationale.
C’était certes déjà le cas en 2016, lorsque Donald Trump accéda à la
Maison-Blanche à la surprise générale. Mais le Trump de 2024 est bien plus
dangereux que son prédécesseur. Il apparaissait alors comme un avatar un peu
farfelu du conservatisme américain. On sait aujourd’hui qu’il est le produit
d’une offensive ultraconservatrice maturée depuis des décennies. Dans une sorte
de dialectique du pire, Donald Trump s’inspire autant qu’il est le moteur d’un
mouvement mondial de régression. L’outrance politique poussée toujours
plus loin en est une matrice et les « vérités alternatives »
constituent le nouveau socle mouvant d’un impossible débat démocratique. Ces
pratiques politiques ajoutées à la chasse aux ennemis de l’intérieur et la
promesse de répression physique des opposants politiques, la question se pose
désormais de savoir si nous sommes face à une nouvelle forme de fascisme.
De son ancien chef de cabinet à la référence
intellectuelle Robert Paxton, historien spécialiste de la question, nombreux
sont ceux qui disent que l’ancien président républicain correspond bien à la
définition. Nous en sommes là. Se voulant représentatif d’un peuple
bafoué, le projet de Donald Trump est aussi fourni contre les ennemis de
l’intérieur que lacunaire sur le plan social. Aucune mesure concrète n’est
censée assurer davantage de justice sociale aux Américains. Et pour cause.
Sa croisade identitaire est soutenue par de puissantes
forces capitalistes. Elon Musk, l’homme le plus riche du monde, finance et
participe activement à sa campagne. Jeff Bezos, son dauphin, empêche pour sa
part le « Washington Post », dont il est propriétaire, d’appeler à voter
Kamala Harris. L’étau se resserre sur les libertés publiques mais le
capital est bien gardé.
Lors du premier mandat de Donald Trump, certains
garde-fous existaient encore. Les institutions, d’une part, et une certaine
résistance dans son propre parti. Désormais, ce dernier est totalement
acquis à sa cause, tandis que les institutions ont été minées ou mises au
pas. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir comment la Cour suprême,
soigneusement infiltrée par les ultraconservateurs, a balayé en un jour tous
les chefs d’inculpation qui planaient sur lui.
Certes, la démocratie américaine est malade depuis
longtemps, embourbée dans un bipartisme et un système électoral obsolète qui
empêche une véritable alternative d’advenir. Les démocrates sont pour leur part incapables
de répondre à l’urgence sociale. Un Américain sur deux doit s’endetter pour se
soigner et nombre d’entre eux sont en proie, entre autres, à une crise du
logement qui ressemble à celle de 2008. Mais nous sommes désormais sur un
point de bascule.
Tout cela rappelle furieusement ce qui se passe en
France. Si Trump l’emporte, la fenêtre d’Overton, c’est-à-dire ce que la droite
se croit autorisée à dire, sera encore agrandie. Il sera un modèle pour toutes
les extrêmes droites du monde. Ce sont tous les référentiels démocratiques qui
risquent d’être remis en cause. Sans parler des conséquences concrètes pour les
Américains, mais aussi les Palestiniens ou les Ukrainiens.
Rares sont ceux à gauche qui semblent pourtant prendre
la mesure du danger. Tout se passe comme si le mouvement ouvrier, qui a
toujours su s’organiser au niveau international et mener la bataille
idéologique, était comme un lapin dans le phare d’une voiture. Quel que soit le
résultat du 5 novembre, l’alerte est lancée pour qu’à gauche la reconquête
soit à la hauteur du péril.

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