samedi 2 novembre 2024

« Trump, le point de bascule », l’éditorial de Cédric Clérin dans l’Humanité Magazine.



Le résultat de la présidentielle américaine du 5 novembre prochain aura à n’en pas douter une portée internationale. C’était certes déjà le cas en 2016, lorsque Donald Trump accéda à la Maison-Blanche à la surprise générale. Mais le Trump de 2024 est bien plus dangereux que son prédécesseur. Il apparaissait alors comme un avatar un peu farfelu du conservatisme américain. On sait aujourd’hui qu’il est le produit d’une offensive ultraconservatrice maturée depuis des décennies. Dans une sorte de dialectique du pire, Donald Trump s’inspire autant qu’il est le moteur d’un mouvement mondial de régression. L’outrance politique poussée toujours plus loin en est une matrice et les « vérités alternatives » constituent le nouveau socle mouvant d’un impossible débat démocratique. Ces pratiques politiques ajoutées à la chasse aux ennemis de l’intérieur et la promesse de répression physique des opposants politiques, la question se pose désormais de savoir si nous sommes face à une nouvelle forme de fascisme.

De son ancien chef de cabinet à la référence intellectuelle Robert Paxton, historien spécialiste de la question, nombreux sont ceux qui disent que l’ancien président républicain correspond bien à la définition. Nous en sommes là. Se voulant représentatif d’un peuple bafoué, le projet de Donald Trump est aussi fourni contre les ennemis de l’intérieur que lacunaire sur le plan social. Aucune mesure concrète n’est censée assurer davantage de justice sociale aux Américains. Et pour cause.

Sa croisade identitaire est soutenue par de puissantes forces capitalistes. Elon Musk, l’homme le plus riche du monde, finance et participe activement à sa campagne. Jeff Bezos, son dauphin, empêche pour sa part le « Washington Post », dont il est propriétaire, d’appeler à voter Kamala Harris. L’étau se resserre sur les libertés publiques mais le capital est bien gardé.

Lors du premier mandat de Donald Trump, certains garde-fous existaient encore. Les institutions, d’une part, et une certaine résistance dans son propre parti. Désormais, ce dernier est totalement acquis à sa cause, tandis que les institutions ont été minées ou mises au pas. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir comment la Cour suprême, soigneusement infiltrée par les ultraconservateurs, a balayé en un jour tous les chefs d’inculpation qui planaient sur lui.

Certes, la démocratie américaine est malade depuis longtemps, embourbée dans un bipartisme et un système électoral obsolète qui empêche une véritable alternative d’advenir. Les démocrates sont pour leur part incapables de répondre à l’urgence sociale. Un Américain sur deux doit s’endetter pour se soigner et nombre d’entre eux sont en proie, entre autres, à une crise du logement qui ressemble à celle de 2008. Mais nous sommes désormais sur un point de bascule.

Tout cela rappelle furieusement ce qui se passe en France. Si Trump l’emporte, la fenêtre d’Overton, c’est-à-dire ce que la droite se croit autorisée à dire, sera encore agrandie. Il sera un modèle pour toutes les extrêmes droites du monde. Ce sont tous les référentiels démocratiques qui risquent d’être remis en cause. Sans parler des conséquences concrètes pour les Américains, mais aussi les Palestiniens ou les Ukrainiens.

Rares sont ceux à gauche qui semblent pourtant prendre la mesure du danger. Tout se passe comme si le mouvement ouvrier, qui a toujours su s’organiser au niveau international et mener la bataille idéologique, était comme un lapin dans le phare d’une voiture. Quel que soit le résultat du 5 novembre, l’alerte est lancée pour qu’à gauche la reconquête soit à la hauteur du péril.

 

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