Le drame de Ceuta, où 72 migrants ont perdu la vie, fait l’objet de sordides
instrumentalisations. Vociférations alarmistes et racistes, discours
sécuritaires nauséabonds, mise au ban de Madrid par Giorgia Meloni… La faute
incomberait au président du gouvernement espagnol, accusé d’avoir suscité un
appel d’air en procédant au printemps dernier à la régularisation massive de
travailleurs sans papiers. Même antienne du côté de la Maison-Blanche qui voit
là une aubaine pour s’en prendre au socialiste Pedro Sanchez, bête noire de
Donald Trump et Benyamin Netanyahou.
Pour
Washington, la manœuvre est double. Elle vise d’un côté à discréditer un
farouche adversaire de la course aux armements au sein de l’Otan qui dénonce
l’implacable génocide en cours à Gaza. De l’autre, elle lui permet de réaffirmer un plein
soutien à Rabat, un allié stratégique dans la région depuis le premier mandat
de Trump avec la signature des accords d’Abraham et la reconnaissance de la
souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental illégalement occupé.
Ces tragiques
événements ravivent un contentieux diplomatique lourd entre Madrid et Rabat,
dans lequel se sont engouffrés les États-Unis et Israël. Les premiers lorgnent
depuis des années les immenses richesses naturelles dont regorge le Sahara
occidental. Le second est l’un des principaux pourvoyeurs de technologies
sécuritaires et d’espionnage : logiciel Pegasus, construction du mur dans
les territoires occupés par le Maroc, etc. C’est pourquoi on peut
difficilement croire que le royaume chérifien n’était pas au courant du
mouvement migratoire qui s’organisait sur son sol. Ce que les renseignements
espagnols ont depuis confirmé.
Tout à leur partition
géopolitique, républicains
et dirigeants israéliens promeuvent un changement de statut de Ceuta et
Melilla, l’ambassadeur d’Israël à l’ONU allant jusqu’à qualifier la première d’« enclave
coloniale ». Comme si Israël était autorisé à faire la leçon !
Mohammed VI, qui ambitionne de voir ces territoires passer sous drapeau
marocain, n’en demandait pas tant, malgré l’image déplorable renvoyée par le
royaume. Les calculs et les manipulations des uns et des autres ne peuvent
occulter les raisons profondes de l’exode des jeunes Marocains : le
chômage, la misère et le manque d’avenir, conséquences de politiques injustes,
inégalitaires et répressives.

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