vendredi 31 octobre 2025

« Chine-États Unis : comment repenser un monde réellement multipolaire », l’éditorial de Lina Sankari.



C’est une déclaration qui dit tout de la vision passéiste et colonialiste de Donald Trump. Fin avril, le président-milliardaire prévenait : si la guerre commerciale contre la Chine doit perturber les chaînes d’approvisionnement, le consommateur états-unien n’en ressentira les effets qu’à la marge. « Peut-être que les enfants auront deux poupées au lieu de trente et peut-être que les deux poupées coûteront quelques dollars de plus que d’habitude », balayait-il, vautré dans sa supériorité. Selon cette lecture, la Chine n’est rien d’autre que l’atelier du monde, produisant à bas coût des marchandises à faible valeur ajoutée.

Pour réconfortante qu’elle soit, l’assertion cache mal l’âpreté de la compétition engagée pour le leadership mondial et l’accumulation du capital. À Washington, la panique est réelle : le rival asiatique tend à rattraper, voire à dépasser la première puissance. L’hégémonie du dollar est elle aussi contestée. Si elle a conservé certaines industries manufacturières qui ont favorisé son essor il y a quarante ans, la Chine a opéré une montée en gamme fulgurante dans la chaîne de valeur.

Elle dispose désormais d’une capacité d’innovation plus importante que les États-Unis. Loin de se contenter d’assembler des téléphones, elle est devenue, en l’espace d’une décennie, l’une des principales fournisseuses de composants, même si les restrictions états-uniennes limitent encore sa capacité à produire des puces plus sophistiquées. On le voit, les États-Unis n’entendent pas concéder un centimètre de domination, forts de certains avantages concurrentiels et d’alliances balayant tous les spectres, du commerce au militaire.

Après un XIXe siècle d’humiliation, où la Chine fut dépecée par les puissances étrangères, dont le Royaume-Uni et la France, le géant asiatique entend regagner en centralité. La remise en cause de l’ordre mondial ne saurait ouvrir la voie à de nouvelles formes de domination. Mais elle doit être l’occasion de repenser un monde réellement multipolaire, débarrassé des tentations hégémoniques. Un monde apte à penser la coopération et le développement plutôt que l’affrontement, qu’il soit économique ou militaire.

 

« Donald Trump relance les essais nucléaires américains... Un pas de plus vers le Nobel de la paix ? », le billet de Maurice Ulrich.



« Il y a eu Bikini avec sa parade de cochons déguisés en officiers supérieurs, ce qui ne manquerait pas de drôlerie si l’habilleuse n’était pas la mort. » André Breton, qui écrivait cela en 1949, ne pensait pas au maillot de bain. En une dizaine d’années sur l’atoll du Pacifique vidé de ses habitants, les États-Unis ont effectué 67 essais nucléaires, détruit trois îles et rendu encore aujourd’hui la zone radioactive.

La France avait le Sahara et Mururoa. En 1961, l’Union soviétique fait exploser Tsar Bomba, d’une puissance équivalant à 4 000 fois la bombe d’Hiroshima. La Russie actuelle possède 5 000 têtes nucléaires, comme à peu de chose près les États-Unis. La Chine en a 500, la France 300.

Le Royaume-Uni, l’Inde, le Pakistan, Israël et la Corée du Nord ont aussi leurs bombes. Une dizaine d’autres pays font un peu plus qu’en caresser l’idée. Donald Trump vient d’ordonner la reprise des essais nucléaires américains. Opérations tongs ? Un pas de plus vers le prix Nobel de la paix.

jeudi 30 octobre 2025

« Ouverture de la COP 30 au Brésil, le déni coupable des ultra-riches et des gouvernants », l’éditorial de Maurice Ulrich.



Non, le capitalisme n’a pas inventé les cyclones et les milliardaires n’ont pas soufflé les vents d’une incroyable violence qui ont ravagé la Jamaïque et la région, mais à dix jours maintenant de la COP30 qui va se tenir à Belém, au Brésil, dix ans après l’accord de Paris, dont les engagements de lutte contre le réchauffement climatique avaient été salués par les États participants, le temps n’est plus à en rester aux bonnes intentions.

Jamais les phénomènes extrêmes n’ont été aussi fréquents, liés pour l’essentiel aux émissions de gaz à effet de serre, le CO2, avec pour ce qui concerne les ouragans et les cyclones, la montée en température des océans.

«The Lancet » alerte sur une catastrophe sanitaire mondiale

Dans un rapport publié mercredi, les experts de la revue scientifique britannique The Lancet dressent un constat déjà dramatique de la situation. Alors que 2,5 millions de décès chaque année dans le monde sont liés à la pollution de l’air due aux combustibles fossiles, les cent géants mondiaux du secteur ont augmenté leur production, dépassant de trois fois d’ici à 2040 les niveaux qui permettraient de limiter le réchauffement à 1,5 degré.

Les 40 banques qui participent à leur financement ont augmenté leurs investissements de 29 % par rapport à 2023. Il faut servir les actionnaires. Il y a un mois, à la tribune même des Nations unies, Donald Trump déclarait que le réchauffement climatique était une « arnaque ».

Pendant que les puissants tergiversent, la planète brûle

La responsabilité de la première puissance mondiale est écrasante mais, plus largement, la question des inégalités est au cœur de la question climatique. On sait qu’un membre des 0,1 % de la population la plus riche produit autant de CO2 en une seule journée qu’un membre des 50 % de la population la plus pauvre en un an. La conjuration dans le monde des hyper-riches et des puissants est devenue une menace pour l’humanité.

Ici même, les débats à l’Assemblée autour de la taxation, d’une manière ou d’une autre, des plus fortunés sont à la fois scandaleux et pathétiques tant ils déshonorent celles et ceux qui s’y opposent dans un déni cynique de réalité. C’est évidemment une question de justice mais c’est aussi l’avenir de la planète qui se joue maintenant.

 

« Le visa d'entrée aux Etats-Unis de Wole Soyinka est annulé », le billet de Maurice Ulrich.



« Un tigre ne proclame pas sa tigritude, il bondit sur sa proie et la dévore. » La phrase de l’écrivain et dramaturge nigérian Wole Soyinka, premier prix Nobel africain de littérature en 1986, critiquant le concept de négritude d’Aimé Césaire ou Léopold Sédar Senghor est restée célèbre. Mais on lui doit surtout une trentaine de pièces de théâtre, plusieurs romans et de nombreuses interventions sur la scène littéraire internationale.

Enseignant dans les universités américaines les plus prestigieuses, dont Harvard, il avait déchiré sa carte verte de résident permanent aux États-Unis lors de la première élection de Donald Trump en 2017 et avait récemment comparé ce dernier au dictateur africain Idi Amin Dada en ironisant : « Il se comporte comme un dictateur et devrait en être fier. » L’ambassade des États-Unis à Lagos vient de lui signifier que son visa d’entrée dans le pays lui était retiré. « Je tiens à assurer le consulat, a-t-il déclaré, que je suis très satisfait de l’annulation de mon visa. »

 

mercredi 29 octobre 2025

« Il y a soixante ans, l’assassinat de Mehdi Ben Barka, bâtisseur d’un monde neuf », l’éditorial de Rosa Moussaoui.

 


Dans la lugubre géographie parisienne des assassinats politiques qui ont fauché bien des militantes et militants anticolonialistes, la brasserie Lipp, à Saint-Germain-des-Prés, tient une place à part. Là s’est jouée en 1965 une scène de rapt, loin des lieux d’une exécution au scénario toujours tenu dans l’ombre en vertu d’un pacte criminel liant la République française et la monarchie marocaine.

Soixante ans après la disparition de Mehdi Ben Barka, dont le corps n’a jamais été retrouvé, le secret-défense empêche toujours la manifestation de la vérité, tout comme il couvre encore de sa chape de plomb les assassinats du communiste Henri Curiel en 1978 ou celui de Dulcie September, la représentante en France de l’ANC sud-africaine, en 1988, pour ne citer que ceux-là.

Ces crimes ont en commun la collusion entre services secrets étrangers et barbouzes ou truands français, les enquêtes entravées par les intérêts enchevêtrés de pouvoirs prêts à agir loin des frontières du droit, l’invocation de la raison d’État pour tenter de passer sous silence l’élimination physique d’opposants au désordre établi. Mehdi Ben Barka n’incarnait pas seulement l’alternative au régime féodal et sanguinaire de Hassan II.

Il fut, dans le sillage des luttes du XXsiècle qui ont débarrassé la moitié de l’humanité du joug colonial, l’un des visages de l’extraordinaire élan de libération des peuples du Sud, le bâtisseur d’un monde neuf. Son combat, celui des révolutionnaires de sa génération, était porté par l’irrépressible espoir d’un monde affranchi des dominations impérialistes. C’est, en lui, cette cause qui fut visée, en plein Paris, ce 29 octobre 1965.

« Ce mort aura la vie longue, ce mort aura le dernier mot », prédisait en 1966 l’historien Daniel Guérin. À l’heure où se reconfigurent les tutelles néocoloniales destinées à mettre le monde en coupe réglée au profit de quelques puissances décidées à défendre à tout prix leur hégémonie, demander encore, inlassablement, des comptes sur ce crime d’États est une exigence morale en même temps qu’un devoir politique.

 

« Quand le Figaro voit encore de l’antisémitisme dans des actions pour Gaza », le billet de Maurice Ulrich.



Selon les chiffres du Parisien de mardi, 15 mineurs auraient été mis en examen en France depuis le début de l’année pour des faits de terrorisme. Lesquels, on ne sait pas, mais l’éditorialiste du jour, soucieux de nous faire mesurer l’ampleur du phénomène touchant si l’on compte bien un mineur pour 4 millions d’habitants nous le dit : « Ça peut paraître anecdotique. Ça ne l’est pas », car c’est « observer la jeunesse par le prisme de sa criminalité ».

Sacré prisme, en effet, qui justifie le titre de Une sur « Le phénomène des ados djihadistes ». Le Figaro du même jour observe pour sa part les étudiants par le prisme de l’antisémitisme qui, annonce son titre en une, « mine les universités », avec un article mêlant des propos favorables au Hamas à des drapeaux palestiniens, au port de keffiehs, à la critique de la politique israélienne, aux actions pour Gaza… Avec, en conclusion, « la France n’est pas la seule a être concernée. Le phénomène de militantisme propalestinien prend de l’ampleur dans les universités de bien d’autres pays ». CQFD.

 

mardi 28 octobre 2025

« Collectivités territoriales : étranglement budgétaire et asphyxie politique », l’éditorial de Stéphane Sahuc.



2,2 milliards en 2025, 5,3 milliards en 2026 : tels sont les efforts budgétaires que l’État exige des collectivités territoriales. L’argument est simple, elles doivent aussi participer à « l’effort général ». Outre que « l’effort » demandé est loin d’être général et loin d’être équitablement réparti, il se trouve que ces chiffres sont faux.

Le Comité des finances locales, qui est loin d’être un nid de dangereux gauchistes irresponsables, a fait ses comptes. En 2025 ce sont plus de 8 milliards qui ont été ponctionnés dans les caisses des collectivités locales et, pour 2026, le chiffre grimpe en réalité à 10 milliards. À tel point que le CFL parle de « culture de la dissimulation » de la part des gouvernements Bayrou puis Lecornu.

Prises en étau entre injonction d’austérité et responsabilités accrues via les transferts de compétences, les collectivités territoriales subissent un étranglement budgétaire doublé d’une asphyxie politique. Depuis des années, et notamment avec la suppression de la taxe d’habitation, elles ont perdu une part majeure de leurs ressources fiscales.

La suppression des compensations promises pour équilibrer ces pertes les laisse le bec dans l’eau. Et quand elles ne sont pas purement et simplement supprimées, ces compensations sont conditionnées à des dépenses obligatoires liées à des objectifs nationaux.

Conséquence, les collectivités ont de moins en moins de latitude pour mettre en œuvre les orientations politiques sur lesquelles les majorités qui les dirigent ont été élues.

Étrangler économiquement les collectivités a des conséquences concrètes sur la vie des habitants en matière de services publics, de qualité de vie, de lutte contre le changement climatique.

Cela en a également en termes démocratiques. En limitant, faute de moyens, les choix politiques des exécutifs locaux, le macronisme entend ancrer l’idée selon laquelle, finalement, une seule politique est possible. Celle de cet « extrême centre » qui, comme le dit l’historien Pierre Serna, « a toujours eu une pente devant lui le menant vers l’extrême droite ».

 

lundi 27 octobre 2025

« Les 500 familles et les 10 millions de pauvres », l’édito de Patrick Le Hyaric »



 

Nul besoin de sismographe pour mesurer l’étendue des fractures creusées par le pouvoir des droites coalisées dans les fondations sociales de notre République. La violence de leur guerre de classe se lit dans les lignes des budgets de la nation et de la sécurité sociale qu’il fomente et dans le cynisme des interventions ministérielles.

Par contre, lorsqu’est avancée l’idée d’une légère contribution de 2 % pour les 1 500 familles disposant d’un patrimoine égal ou supérieur à 100 millions d’euros, les forces réactionnaires qui squattent les plateaux de télévision et les ministères poussent des cris d’orfraie, ouvrent les tribunaux de la bien-pensance, se transforment en modernes Harpagons.

Cette montée des unités du bruit médiatique protège les privilégiés de la fortune quand le gouvernement n’hésite pas à « geler » les prestations sociales comme le revenu de solidarité active (RSA), la prime d’activité, les pensions de retraite, l’allocation de solidarité aux personnes âgées, l’allocation aux adultes handicapés, les aides au logement, dont les APL, les allocations familiales tout en doublant les franchises médicales.

Un cran supplémentaire dans la régression sociale se prépare alors que ce même gouvernement envisage une inflation à 2 %. Non seulement, la plupart des allocations sociales ou de solidarité n’augmenteront pas, mais on sera contraint d’acheter moins avec celles-ci en proportion de la hausse des prix. Une augmentation des prix qui aboutira à augmenter les prélèvements sur les plus modestes avec les impôts indirects tels la TVA et les taxes sur les carburants. Des souffrances nouvelles pour la majeure partie de la population, considérées d’importance mineure par le grand média-business comparé aux vols au musée du Louvre… Sans compter les heures d’élucubrations grossières de cette caste sur les conditions d’incarcération de celui qui avait promis de chasser « la racaille » au karcher, le ci-devant M.Sarkozy.

Dans cette France de 2025, la férocité n’est pas du côté de celles et ceux qui réclament justice, en demandant aux 1500 familles ultra-privilégiées qui se vautrent dans l’or de payer leur tribut au bien commun… Elle est du côté de ceux qui considèrent qu’il serait tolérable, supportable, soutenable de diminuer encore les moyens du « pouvoir de vivre » de près de 10 millions de personnes reconnus en situation de pauvreté.

Une ouvrière, un jeune précaire, un paysan travailleur, un chercheur, un enseignant ou un intermittent du spectacle ne cache pas sa fortune dans une « holding », un système de société qui permet de faire écran entre eux et l’impôt. Du reste, ils n’en ont pas besoin puisqu’ils n’exploitent personne, ne spéculent pas et ne reçoivent pas de dividendes. Ils ne peuvent acheter ni yacht, ni château, ni grands vignobles, ni médias et maisons d’édition. De fortune, ils n’en ont point. Pourtant, environ 51 % du revenu que leurs octroient leurs exploiteurs est versé au bien commun, en impôts directs et indirects et en cotisations sociales.

Mais, pour les 500 plus grands détenteurs de capitaux qui, entre 2021 et 2025, ont augmenté leurs fortunes de 1 000 milliards d’euros les contributions sociales et fiscales sont d’environ 13 %, alors que le taux de rendement moyen de leur magot est d’au moins 6 %, quand l’épargne populaire ne rapporte qu’un peu plus de 2 %.

Voici un grand sujet de méditation pour tous les donneurs de leçons de « stabilité » de « raison » et « compromis » républicain. Il s’agit ici, en vérité, d’une violation manifeste du principe d’égalité devant l’impôt. C’est la flagrante violation de l’article 13 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui édicte : « Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés ».

Loin d’être une mesure révolutionnaire, la taxe Zucman de 2 % amputerait donc non pas le capital, mais le taux de rendement de la fortune d’environ un tiers. Ceci équivaudrait à leur demander un impôt sur le revenu de cette rente de 33 %. Aucun des privilégiés de la fortune ne dormirait donc sous les ponts. Par contre, une telle disposition permettrait de combattre la misère et la pauvreté, de faciliter la progression vers une sécurité d’accession au logement, aux soins ou à l’alimentation.

Ajoutons que le contrôle et la réduction des aides publiques de 213 milliards aux grandes entreprises, le combat contre l’évasion fiscale et les paradis fiscaux pourrait permettre d’augmenter les salaires, de réaliser l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, de lancer un grand plan de formation permanente et de garantir une sécurité économique aux jeunes et à toutes les travailleuses et travailleurs, en même temps que des incitations fortes pour entamer une bifurcation écologique anticapitaliste. Il s’agirait d’une cohérence nouvelle et positive permettant des recettes nouvelles dans les caisses de l’État et de la sécurité sociale. Une autre logique donc !

Les laudateurs et les fondés de pouvoir du carnassier capitalisme ne veulent même pas de ces timides avancées parce qu’à l’accumulation de la pauvreté, des souffrances et de la déshumanisation correspond, l’accumulation du capital en compétition mondiale.

Et, la pièce de boulevard gouvernemental et parlementaire qui se joue sous nos yeux à l'Assemblée nationale n’est que le paravent de leurs agrippements à leurs privilèges, leurs héritages, leurs propriétés lucratives et au pouvoir.

Même le quotidien de la finance et de l’économie, le Financial Times, loin donc, d’être communiste,a pu écrire la semaine dernière : «La France se caractérise par lemprise de ses milliardaires sur la vie économique et la vie politique de la nation.»

Il est ainsi devenue manifeste que cette extrême concentration du capital et  des richesses à un pôle de la société va de pair avec l’extrême concentration des pouvoirs dans l’entreprise et au sommet de l’État. Ce capitalisme d’État veut tout détruire de l’État social et reléguer pour toujours les plus modestes, les travailleuses et les travailleurs de plus en plus appauvris à leur condition sociale précaire.

Les violents coups de couteau contre la démocratie et l’accumulation sans fin du capital entre quelques mains, constituent désormais l’une des principales questions posées au mouvement démocratique et progressiste. Il doit clairement se fixer l’objectif de libérer la société et L’Etat de l’appropriation privé des moyens de production et d’échanges en ouvrant la voie à la souveraineté des travailleurs -producteurs sur l’orientation des productions sur l’autogestion des entreprises et du système bancaire. Ne pas hisser les débats et les actions à ce niveau peut ouvrir les pires impasses. En effet, plus inquiète que jamais l’oligarchie capitaliste cherche les voies et moyens pour maintenir sa domination en organisant l’union des droites et des extrêmes droites comme garantie, comme béquille pour leur système essoufflé.  

C’est dire la dangerosité de la situation si ne leur est pas opposé à la fois la fermeté au Parlement pour obtenir plus de justice sociale et fiscale, ainsi qu’une unité populaire impulsée par l’union des gauches, des progressistes et des écologistes dans le respect des diversités. La classe capitaliste est unie et défendue par l’alliance des macronistes, des droites et des extrêmes droites. Les travailleurs et le peuple des plus modestes invisibilisés doivent faire irruption sur la scène et rechercher les chemins de leur unité avec l’assurance de pouvoir s’appuyer sur une union des gauches et des progressistes tels que l’avait prévu le programme du nouveau Front populaire.

Entre le petit club des 500 familles qui viennent de grossir leur cagnotte de 1000 milliards d’euros et les 10 millions de pauvres qui vont se priver encore plus, le choix à gauche devrait être vite fait.

Patrick Le Hyaric,

27 octobre 2025.

« Budget 2026 ; Quand l'hémicycle se transforme en décor de série Netflix », l’éditorial de Sébastien Crépel.



Ils sont venus, ils sont tous là… ou presque. Rarement on aura vu les députés si nombreux dans la discussion d’un projet de loi de finances. Depuis l’explosion de la coalition gouvernementale du « socle commun », la bataille d’amendements donne le tempo. Le sort de chaque article demeure incertain tant que la discussion n’a pas atteint son terme.

Après avoir renoncé au 49.3 pour éviter la censure, l’exécutif voit son texte ballotté par les députés, eux-mêmes jouets de « majorités » changeantes et baroques. Ce suspense fait le bonheur des chaînes d’info en continu, captivées par un hémicycle transformé en décor de série Netflix.

Accusations de trahison, coups bas, retournements d’alliance… Les acteurs font le spectacle, mais la démocratie en sort-elle grandie ? Autrement dit, le citoyen y voit-il plus clair sur les grands choix en débat ? Après quelques jours, l’évidence s’impose : la méthode des « compromis » minimums vantée par Sébastien Lecornu entre forces que tout oppose sème plutôt la confusion.

À l’instar du débat autour de la taxe Zucman « light ». Dans cette version avancée par le PS, qui menace de voter la censure si elle n’est pas adoptée, les entreprises innovantes et familiales seraient exonérées. Si bien qu’on s’éloigne de la philosophie de la véritable taxe Zucman. Celle-ci a pour objectif premier de « rattraper » le taux d’imposition des plus riches en instaurant un prélèvement anti-optimisation fiscale sur les très hauts patrimoines.

Mais en exemptant une partie des biens professionnels, sa déclinaison « light » reproduit les « trous dans le filet » qui permettent aux grandes fortunes de passer entre les mailles.

Déjà très fracturée, la gauche pourrait imploser définitivement sur le budget. En témoigne l’animosité des échanges sur les réseaux sociaux entre dirigeants du PS et de LFI, qui s’accusent mutuellement de faire alliance avec la droite, alors que l’hypothèse d’une dissolution de l’Assemblée n’est pas écartée.

Au final, chacun prend le risque de tuer la possibilité d’une union électorale de la gauche, les socialistes regardant vers le « centre », les insoumis se persuadant que le rassemblement se fera autour d’eux. Au grand espoir de la droite et de l’extrême droite.

 

« Et ça, ce n'est pas du chantage ? », le billet de Maurice Ulrich.



Comment ne pas comprendre les agences de notation – dont la dernière en date, Moody’s –, plus que circonspectes sur l’état de l’économie française ? Dans le Parisien dimanche, le directeur adjoint de la rédaction, Jean-Baptiste Isaac, se fait leur porte-parole. Comment, en effet, leurs experts, tellement attachés au bien-être des pays et des peuples, pourraient-ils ignorer « le chantage de Boris Vallaud, chef des députés PS, arc-bouté sur les taxes, les impôts et la suspension de la réforme des retraites, au premier ministre » ?

Quoi que l’on pense de la stratégie du Parti socialiste, on a un peu de mal à voir le chantage quand il s’agit de mesures sur les retraites ou la taxation des ultrariches, en accord avec plus des deux tiers de l’opinion. À la une du même Parisien dimanche, le président LR du Sénat, Gérard Larcher, en photo pleine page, prévient : « Le Sénat rétablira la réforme des retraites » et « Il n’est pas question d’accepter n’importe quoi dans le budget ». Mais ne confondons pas. Ça, pour le Parisien, c’est de la politique.

 

samedi 25 octobre 2025

« Budget Lecornu : entre mensonges et austérité », Par Fabien Gay, directeur de l’Humanité.



Tel un élève appliqué de l’école libérale, Sébastien Lecornu, impassible, a déroulé son programme macroniste dans sa déclaration de politique générale, sans relever la tête, comme s’il ne voulait pas voir le Parlement en face. Celui qui avait annoncé sa démission, trois semaines après avoir été nommé, et quatorze petites heures après avoir formé son gouvernement, a été renommé de force par le président de la République. Ce scénario ubuesque montre d’une part l’absence d’autres candidats, tant la Macronie est à l’agonie, et d’autre part que Macron sait pouvoir compter sur son plus fidèle soldat pour effectuer la sale besogne.

Sans surprise, aucun changement de cap n’est fixé par rapport à ses nombreux prédécesseurs pour le prochain budget. Avec la même obsession, la même rengaine et les mêmes solutions : notre pays croulerait sous la dette, Bruxelles exige une réduction du déficit public, nous n’avons pas le choix, il faut réduire les dépenses publiques. 30 milliards d’économies sont prévus, qui se traduisent notamment par l’augmentation des impôts avec le gel des barèmes, l’année blanche pour les prestations sociales ou encore la fin de l’abattement fiscal de 10 % en faveur des retraités.

Conscient du rapport de force au sein de l’Assemblée nationale, Lecornu 2 fait mine de concéder quelques miettes, notamment en annonçant la suspension de la réforme des retraites, bien loin de l’abrogation portée par les forces de travail depuis 2023.

S’il a échappé, de peu, à une censure immédiate et est parvenu à fracturer les bancs de la gauche dans l’Hémicycle, le premier ministre n’arrivera pas à masquer très longtemps sa ruse perfide. La fameuse suspension de la réforme des retraites se traduira par une lettre rectificative au projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Mais ce projet prévoit aussi 7 milliards d’euros d’économies sur les hôpitaux, les patients, les médicaments. Une véritable cure d’austérité catastrophique pour notre système de santé et de protection sociale.

Et c’est là que le double piège se referme : il est certain que le Sénat ne votera pas la suspension des retraites et que la commission mixte paritaire où la droite est majoritaire la rejettera à son tour. Fin de l’histoire. Le tout sans 49.3 ! Et si elle arrivait à survivre au passage du Sénat et de la CMP, pour que cette mesure entre en vigueur – sauf à compter sur le dépassement du délai d’examen du budget qui permettrait à l’exécutif de légiférer par ordonnances – c’est l’ensemble du projet de loi qui devra être adopté. Pour que le vœu de la suspension s’exauce, c’est tout le poison qui doit être bu. Une concession symbolique pour le pouvoir, minimaliste, pour des dégâts sociaux beaucoup plus importants.

Et rien sur la taxe Zucman ou sur les 211 milliards d’euros versés aux grandes entreprises sans contrepartie, ni transparence, ni évaluation. Au sommet de la tour d’ivoire de l’État, on préfère ignorer ces propositions financières, qui se sont imposées dans le débat public mais qui risquent de fâcher les alliés du capital. Dans la logique présidentielle, il vaut mieux pourrir la vie de millions de Français plutôt que de se mettre à dos 1 800 ultra-riches… à l’instar de Bernard Arnault dont le cours des actions a bondi en un seul jour de 16 milliards d’euros.

Les forces de progrès doivent prendre leurs responsabilités pour dénoncer cette entourloupe parlementaire, expliquer les dangers qui pèsent sur nos services publics, nos collectivités par un énième budget austéritaire. Exigeons plus de justice sociale et fiscale dès la prochaine mobilisation le 6 novembre. Plus le rapport de force dans la rue sera fort, plus le mur fragile de cette suspension se fissurera. Faisons de la bataille budgétaire une bataille populaire pour suspendre définitivement ce gouvernement et ouvrir un chemin d’espoir.

 

vendredi 24 octobre 2025

« Jours de France », l’éditorial de Marie-José Sirach.



Quelle semaine ! On a vu en direct Sarkozy sortir de chez lui aux bras de Carla. On a vu en boucle la manifestation organisée par le fiston dans le très chic 16e arrondissement de la capitale. On a vu des dizaines de motards et de voitures de police escorter la berline noire de l’ancien président jusqu’à la Santé. On ne l’aura pas vu franchir à pied les portes de la prison. On a entendu Darmanin annoncer sa visite au parloir du prisonnier Sarkozy. On a appris que deux officiers de police dormiraient dans la cellule voisine pour assurer sa protection.

On a vu, sur tous les plateaux de télévision – privée et publique –, la France médiatique en édition spéciale raconter son ressenti, crier à l’injustice ; d’anciens détenus VIP raconter l’épreuve de la première nuit. On a entendu Macron s’interroger sur l’exécution provisoire, parler de « l’émotion légitime de proches et d’une partie du pays ».

Et une Marine Le Pen dénoncer « la généralisation de l’exécution provisoire », qui « représente un grand danger ». Tous ceux-là se sont bien gardés d’évoquer le casier judiciaire de Nicolas Sarkozy, déjà condamné pour corruption, financement illégal et cette fois-ci pour association de malfaiteurs.

Pendant ce temps-là… On prend les mêmes au gouvernement et on recommence. On suspend la réforme des retraites. On ne suspend plus la réforme des retraites. Casse du siècle au Louvre, les bijoux de l’impératrice ont disparu. La presse s’émeut : « Ils ont volé l’histoire de France. » Israël signe un cessez-le-feu à Gaza, Netanyahou saborde le cessez-le-feu. Les colons arrachent les oliviers dans les territoires occupés de Cisjordanie et terrorisent les paysans palestiniens. Trump veut faire main basse sur l’Amérique latine. Poutine et Trump jouent avec l’Ukraine, mais pas avec le pétrole.

Pendant ce temps-là… La Gen Z partout se soulève. À Madagascar, au Népal, au Maroc, en Tunisie, en Indonésie. Également en France ou aux États-Unis, dans la rue ou dans les universités. Ils ont 20 ans. Toute une génération qui brandit le drapeau pirate de One Piece ou le keffieh palestinien pour remettre dans l’actualité les fondamentaux : l’éducation, la santé, le logement, la paix et la justice.

COP30 : « On exagère, ce n’est qu’un ours, soyons sérieux », le billet de Maurice Ulrich.



Si le mot était encore d’usage, on dirait de cet ours blanc, dans une photo prise sur une île de Sibérie, qu’il a tout d’un clochard. Sale, affalé sur les marches d’une maison abandonnée, dans un décor de fin du monde.

En raison du changement climatique qui réduit la taille de la glace, écrit le Figaro Magazine, qui publie l’image, ces ours sont de plus en plus nombreux à s’installer sur la terre ferme. On exagère, ce n’est qu’un ours et donc, soyons sérieux.

Cette semaine les 27 pays membres de l’Union européenne doivent se réunir à Bruxelles pour débattre de leur objectif de neutralité carbone d’ici à 2050 et de leur objectif intermédiaire de 2040, toujours pas adopté. On peut douter qu’il le soit.

Les États-Unis et le Qatar mettent la pression sur les normes vertes de l’Europe et, confirme le Monde, le pacte vert européen est menacé d’affaiblissement avec de multiples remises en cause de ses règles au nom de la compétitivité des entreprises. De là vient peut-être l’impression que cet ours blanc nous ressemble.

jeudi 23 octobre 2025

« Conjurer la catastrophe », la chronique de Patrick Le Hyaric.



Quand la fumée des mots creux ministériels sera retombée, quand la froideur des chiffres du pillage du pouvoir de vivre populaire va se révéler dans toute sa cruauté, alors la puissance de l’agression sociale, démocratique, écologique, culturelle apparaîtra dans toute son ampleur.

« Suspension » n’est devenue ni un mot doux, ni un mot magique pour effacer les souffrances de la mal vie. Il n’est qu’un factice gain de temps avant de réintroduire la contre-réforme des retraites dans les insondables méandres des tuyaux parlementaires. La ligne la plus nette, la plus claire, la plus sûre aurait été d’adjoindre à la loi budgétaire une « lettre rectificative » rendant la décision conforme aux mots prononcés. Trop simple sans doute ! Trop efficace aussi, de la part d’un Premier ministre aux propos biscornus rassurant la droite du Sénat : « Suspendre n’est pas renoncer », lui a-t-il promis.

Trois mois ou six mois de retraite gagnée pour certaines classes d’âge, c’est encore trop pour les mandataires du grand capital, en ébullition. Pire encore, entre les lignes des logorrhées ministérielles, pointe l’assassinat à balle réelle du système de retraite par répartition, la semaine même où ce beau monde fait mine de célébrer, la main sur leur cœur froid, les quatre fois vingt ans de la Sécurité sociale. Tout en maniant l’arme de la peur de l’impossibilité du financement des retraites, ils susurrent à l’oreille d’une bienveillante presse qu’il existe d’autres choix : soit la retraite par point, soit celle par capitalisation. Nous y voilà.

Férocité de la lutte de la classe capitaliste

On peut donc changer les ministres, la mission reste la même, les mots et les projets sont les mêmes : ils font semblant de parler au peuple ou quelquefois à la représentation nationale. En vérité, ils défrichent le terrain pour les rapaces qui couvent le capital dans les institutions financières : banques, assurances, fonds financiers. Ceux-là sont pressés. Très pressés. Dotés d’étranges agences de « notation », ils distribuent les bons et les mauvais points. Leur sujet n’est pas le bien-être humain, l’amélioration de l’environnement, ou une nouvelle impulsion démocratique. C’est tout l’inverse. Dégrader le « pouvoir de vivre », l’emploi, les services publics, l’environnement est pour ces agences, un gage d’amélioration des profits et donc d’accumulation capitaliste.

Le budget n’était pas présenté devant la représentation parlementaire, que la haute finance fulminait, mettait en garde, dépêchait des cohortes deperroquets savants dans les grands médias inféodés pour ressasser les mêmes mots, les mêmes équations antisociales, le même mépris des classes populaires. Ainsi, l’agence « Standard and Poors » dont le nom respire le patriotisme français vient, à la suite de la vague promesse de « suspension » d’abaisser la note de notre pays. Une aubaine. Au lieu de prélever 66 milliards d’intérêts sur la dette, ils décident de préparer un prélèvement de 100 milliards d’euros en faisant augmenter les taux d’intérêt. La férocité de la lutte de la classe capitaliste contre les classes laborieuses n’est même plus dissimulée.

Elle nourrit les feux follets des angoisses, des troubles, des pertes de repères. Elle bouche l’avenir. Par grosses gorgées, elle ravitaille la bête immonde de ses carburants préférés : angoisses, dépossession des classes populaires de leur destinet de l’avenir du pays, destruction des repères et culture de l’impuissance.

Quand le président de la République explique au Conseil des ministres qu’une motion de censure est « une motion de dissolution » et « doit être vue comme telle » non seulement, il confirme que le Premier ministre est devenu son piètre directeur de cabinet, mais il demande au parlement d’abdiquer ses droits et pouvoirs constitutionnels au profit des directives du palais qui applique ce que son locataire a décidé lors des réunions du Conseil européen conformément aux demandes du grand capital. Il alimente ainsi la négation de la souveraineté populaire sur laquelle surfent les extrêmes droites.

Ce carburant devient encore plus inflammable quant au nom d’une prétendue « stabilité » l’un des groupes parlementaires signataire du programme du Nouveau Front populaire refuse de voter avec les autres groupes la censure. Cet acte politique réveille plusieurs sentiments, doutes et affects : il laisse percer l’idée d’un arrangement pour éviter des élections législatives anticipées provoquées par une nouvelle de dissolution de l’Assemblée nationale. Ce qui est baptisé ici du nom de « la raison » n’est que le faux nez, de la continuation de la guerre de classe, de l’amplification de la guerre sociale.

La possible non-utilisation de l’article 49 alinéa 3, une illusion

En effet, l’alibi de la « suspension » n’est que l’hallali prononcé pour le gel de toutes les prestations sociales, le matraquage fiscal des retraités, la désindexation des pensions de retraite, la taxation des longues maladies, le doublement des franchises médicales, la réduction des allocations familiales, les pressions sur le budget de la santé et de l’éducation nationale, le prolongement des régimes sec pour les budgets de la culture et des sports alors que le grand capital et les détenteurs de patrimoine et de rentes continuent d’être exonéré de contribution au bien commun, que les actionnaires du capitalisme industriel et numérique continueront de se servir à la grosse caisse des 211 milliards d’aides publiques pour gonfler leurs dividendes.

Mieux encore, les éphémères ministrillons en service temporaire invoquent désormais l’argument « d’une coûteuse suspension » de la contre-réforme des retraites afin d’augmenter des impôts et pour affûter encore plus leur hache contre les investissements humains. Pour couronner le tout, voici que l’ancien président socialiste de la République y va aussi de son couplet en faveur de la retraite par capitalisation.

De même, se laisser éblouir par la possible non-utilisation de l’article 49 alinéa 3 de la Constitution, revient à négliger tous les autres articles constitutionnels et ceux inscrits dans le règlement du Parlement pour mettre l’Assemblée nationale au pas en lien avec les gesticulations de la droitière majorité sénatoriale.

Le mouvement social qui a commencé en septembre dans le prolongement des grandes actions s’opposant aux contre-réformes du droit du travail puis des retraites, celles des gilets jaunes ou de la pétition contre la loi Duplomb ne doit pas désarmer. Laisser le débat dans les seules enceintes parlementaires, c’est se condamner à l’impuissance qui prépare au pire. On sait ce que valent les flots de mots creux prononcés aux tribunes : l’expérience de l’entourloupe du conclave sur les retraites doit servir de vaccin, comme d’autres tombereaux de promesses qui n’ont engagé que celles et ceux qui y ont cru.

Du reste, les grandes inquiétudes de la haute bourgeoisie prédatrice sont nourries par la force et l’unité de ces mouvements sociaux et citoyens. Elle s’acharne donc à les affaiblir, à les détourner, à les éteindre. La question intéresse le capital international qui fera tout pour empêcher que la France choisisse une autre voie que celle qui correspond à ses intérêts. Les luttes sociales, le combat contre la loi Duplomb, le rapport sénatorial de Fabien Gay sur les milliards versés aux entreprises, la popularité de la taxe Zucman ont créé une certaine panique sur les yachts et dans les châteaux. Tous les dispositifs politiques seront utilisés pour empêcher un changement de gauche, même minime.

On ne donne donc pas de répit à la démocratie en invoquant la nécessité d’éviter des élections législatives. En revanche, on donne du grain à moudre aux vieux chevaux de Troie de l’extrême droite et aux fascisations rampantes.

« Les Républicains » affrontent à nouveau de sérieuses turbulences

Les promoteurs de la raison, des compromis et des équilibres, activent imperceptiblement de dangereuses bascules. La condamnation de Nicolas Sarkozy qui ces derniers temps a montré ses penchants pour l’extrême droite est interprétée par la caste, non pas comme la condamnation d’actes délictueux d’un ancien président de la République, mais contre l’existence d’une justice égale pour tous et l’État de droit. Le RN/FN s’en réjouit pour ses propres intérêts.

Après la scission Ciotti, le parti « Les Républicains » affronte à nouveau de sérieuses turbulences. L’expérience trumpiste et la construction d’une coalition des droites et extrêmes droites le tente de plus en plus. Retailleau en a donné deux signaux forts en s’écartant du macronisme, alors que des ministres de son parti restent au gouvernement et surtout en refusant d’appeler à voter pour la candidate républicaine et socialiste lors du second de l’élection législative partielle dans le Tarn-et-Garonne contre le candidat d’extrême droite.

L’extrême droite elle-même fait mouvement pour se présenter comme le garant des intérêts de la haute bourgeoisie capitaliste. Et des médias construisent activement les ponts pour permettre cette coalition des droites et des extrêmes droites. La présence assidue sur les écrans des députés d’extrême droite, de Zemmour, de Knafo et le rôle particulier joué par le caméléon Ménard qui assure une permanence sur de nombreuses antennes, prépare les esprits.

Le mépris démocratique, les blessures sur la peau des espoirs déçus, le spectacle des arrangements dans l’entre-soi institutionnel, sourd aux appels des citoyennes et des citoyens privés de tout quand d’autres ont tout, font maturer les périls. Il dégage la voie à la montée et à l’installation durable du RN/FN. Ce n’est pas un enjeu pour demain. Nous y sommes. L’empêcher appelle une grande campagne d’explications et d’actions sur les possibilités de faire autrement pour changer, transformer, porter en avant un projet progressiste.

Il est urgent de renverser la table des argumentaires fallacieux

Ce n’est pas d’un excès de dépenses publiques et sociales dont souffre notre pays. Mais d’une politique qui fait souffrir les familles populaires, les coups portés au salariat, la réduction des services publics et des formes publiques de solidarité dont la sécurité sociale est le moteur. Les propagandistes de la non-suspension de la contre-réforme des retraites agitent le chiffre de 3 milliards de manque à gagner en 2026, mais jamais ils n’expliquent que la seule égalité salariale entre les femmes et les hommes permettrait une recette de 6 milliards d’euros.

Il est urgent de renverser la table des argumentaires fallacieux, de reprendre l’offensive pour démontrer que la santé du pays dépend du mieux-être de chacune et de chacun de ses habitants. Répondre d’abord aux besoins des carnassiers de la finance et aux ogres du militarisme ne fera qu’affaiblir le pays, appauvrir ses habitants, détruire sa biodiversité et mettre à mal le climat.

Le cœur d’un nouveau projet est donc le développement des capacités des femmes et des hommes qui font La France avec les investissements dans l’école et la formation, la santé, des services publics modernisés et démocratisés, la culture, un haut niveau de protection sociale élargie à la sécurité du grand âge ou au droit alimentaire et à la protection environnementale et l’augmentation des salaires. Autant d’orientations nécessitant un combat de haut niveau dans la cité comme dans lieux de production de richesses et d’humanité pour que les travailleuses et travailleurs prennent le pouvoir sur le travail, la production et la création monétaire.

Un tel cap appelle à construire, pierre à pierre l’unité populaire consciente, active, combative, avec la relance du Nouveau Front populaire. Rien ne doit détourner de ce travail patient, ouvert sur une émancipatrice perspective politique afin de contenir et d’empêcher les extrêmes droites d’accéder au pouvoir.

La gauche et les écologistes sont divers, mais peuvent se retrouver dans le texte du Nouveau Front populaire qu’elles ont signé ensemble avec une multitude d’associations, d’organisations sociales et de syndicats. Face au bloc de droite et d’extrême droite qui se constitue, fou celui qui continuerait à se laisser perdre dans le traquenard organisé autour des « deux gauches irréconciliables ».

Cette thèse n’est que le bourbier destiné à enfoncer et à diviser le mouvement populaire, à démunir le peuple-travailleur face à la toute-puissance du grand capital qui partout dans le monde organise des recompositions politiques pour mieux dominer la classe des dépossédés et extorquer les fruits du travail des exploités. Face au bloc des droites et d’extrême droite se pose l’impérieuse nécessité de construire dans le respect des diversités et la poursuite d’une discussion exigeante devant les citoyennes et citoyens d’un « bloc unitaire et pluraliste des gauches et des écologistes ».

L’initiative communiste devrait porter des gestes unitaires larges. Elle devrait en appeler aux citoyens, aux travailleuses et aux travailleurs, aux forces sociales, culturelles, syndicales sans qui rien n’est possible comme l’a montré l’aspiration à construire le Nouveau Front populaire. Les insultes et les exclusions ne sont pas de mise face au danger.

L’objectif premier des uns et des autres ne peut se limiter à une compétition pour l’élection à la présidence de la République au moment même où le présidentialisme est pris de si violentes convulsions que le moment est à un saut démocratique visant à donner le pouvoir réel au peuple politique et aux travailleurs souverains dans leurs entreprises et non plus à un prétendu homme providentiel.

Le combat pour l’union est le chemin le plus court pour conjurer les défaites de la rue et les désillusions sorties des urnes où fermente le fumier des fascismes, cette assurance-vie des capitalismes et des impérialismes.

De toutes nos forces, empêchons que les poussières asphyxiantes des mots ministériels, les tentatives de coups de force présidentiels ne se transforment en catastrophe brune. Souvenons-nous, toujours de cette interpellation de Walter Benjamin : « Que les choses continuent comme avant (à aller ainsi) voilà la catastrophe ».

 

« Extase(s) », le bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin

Majuscule  : Un livre-compagnon : le bloc-noteur n’a pas trouvé meilleure expression pour qualifier le dernier opus de Pierre-Louis Basse,...