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Nul
besoin de sismographe pour mesurer l’étendue des fractures creusées
par le pouvoir des droites coalisées dans les fondations sociales de
notre République. La violence de leur guerre de classe se lit dans
les lignes des budgets de la nation et de la sécurité sociale qu’il
fomente et dans le cynisme des interventions ministérielles.
Par
contre, lorsqu’est avancée l’idée d’une légère contribution de 2 %
pour les 1 500 familles disposant d’un patrimoine égal ou supérieur à
100 millions d’euros, les forces réactionnaires qui squattent les
plateaux de télévision et les ministères poussent des cris d’orfraie,
ouvrent les tribunaux de la bien-pensance, se transforment en
modernes Harpagons.
Cette
montée des unités du bruit médiatique protège les privilégiés de la
fortune quand le gouvernement n’hésite pas à « geler » les
prestations sociales comme le revenu de solidarité active (RSA), la
prime d’activité, les pensions de retraite, l’allocation de
solidarité aux personnes âgées, l’allocation aux adultes handicapés,
les aides au logement, dont les APL, les allocations familiales tout
en doublant les franchises médicales.
Un
cran supplémentaire dans la régression sociale se prépare alors que
ce même gouvernement envisage une inflation à 2 %. Non seulement, la
plupart des allocations sociales ou de solidarité n’augmenteront pas,
mais on sera contraint d’acheter moins avec celles-ci en proportion
de la hausse des prix. Une augmentation des prix qui aboutira à
augmenter les prélèvements sur les plus modestes avec les impôts
indirects tels la TVA et les taxes sur les carburants. Des
souffrances nouvelles pour la majeure partie de la population,
considérées d’importance mineure par le grand média-business comparé
aux vols au musée du Louvre… Sans compter les heures d’élucubrations
grossières de cette caste sur les conditions d’incarcération de celui
qui avait promis de chasser « la racaille » au karcher, le ci-devant
M.Sarkozy.
Dans
cette France de 2025, la férocité n’est pas du côté de celles et ceux
qui réclament justice, en demandant aux 1500 familles
ultra-privilégiées qui se vautrent dans l’or de payer leur tribut au
bien commun… Elle est du côté de ceux qui considèrent qu’il serait
tolérable, supportable, soutenable de diminuer encore les moyens du «
pouvoir de vivre » de près de 10 millions de personnes reconnus en
situation de pauvreté.
Une
ouvrière, un jeune précaire, un paysan travailleur, un chercheur, un
enseignant ou un intermittent du spectacle ne cache pas sa fortune
dans une « holding », un système de société qui permet de faire écran
entre eux et l’impôt. Du reste, ils n’en ont pas besoin puisqu’ils
n’exploitent personne, ne spéculent pas et ne reçoivent pas de dividendes.
Ils ne peuvent acheter ni yacht, ni château, ni grands vignobles, ni
médias et maisons d’édition. De fortune, ils n’en ont point.
Pourtant, environ 51 % du revenu que leurs octroient leurs
exploiteurs est versé au bien commun, en impôts directs et indirects
et en cotisations sociales.
Mais,
pour les 500 plus grands détenteurs de capitaux qui, entre 2021 et
2025, ont augmenté leurs fortunes de 1 000 milliards d’euros les
contributions sociales et fiscales sont d’environ 13 %, alors que le
taux de rendement moyen de leur magot est d’au moins 6 %, quand
l’épargne populaire ne rapporte qu’un peu plus de 2 %.
Voici
un grand sujet de méditation pour tous les donneurs de leçons de «
stabilité » de « raison » et « compromis » républicain. Il s’agit
ici, en vérité, d’une violation manifeste du principe d’égalité
devant l’impôt. C’est la flagrante violation de l’article 13 de la
Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui édicte :
« Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses
d’administration, une contribution commune est indispensable : elle
doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de
leurs facultés ».
Loin
d’être une mesure révolutionnaire, la taxe Zucman de 2 % amputerait
donc non pas le capital, mais le taux de rendement de la fortune
d’environ un tiers. Ceci équivaudrait à leur demander un impôt sur le
revenu de cette rente de 33 %. Aucun des privilégiés de la fortune ne
dormirait donc sous les ponts. Par contre, une telle disposition
permettrait de combattre la misère et la pauvreté, de faciliter la
progression vers une sécurité d’accession au logement, aux soins ou à
l’alimentation.
Ajoutons
que le contrôle et la réduction des aides publiques de 213 milliards
aux grandes entreprises, le combat contre l’évasion fiscale et les
paradis fiscaux pourrait permettre d’augmenter les salaires, de
réaliser l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, de
lancer un grand plan de formation permanente et de garantir une
sécurité économique aux jeunes et à toutes les travailleuses et
travailleurs, en même temps que des incitations fortes pour entamer
une bifurcation écologique anticapitaliste. Il s’agirait d’une
cohérence nouvelle et positive permettant des recettes nouvelles dans
les caisses de l’État et de la sécurité sociale. Une autre logique
donc !
Les
laudateurs et les fondés de pouvoir du carnassier capitalisme ne
veulent même pas de ces timides avancées parce qu’à l’accumulation de
la pauvreté, des souffrances et de la déshumanisation correspond, l’accumulation
du capital en compétition mondiale.
Et,
la pièce de boulevard gouvernemental et parlementaire qui se joue
sous nos yeux à l'Assemblée nationale n’est que le paravent de leurs
agrippements à leurs privilèges, leurs héritages, leurs propriétés lucratives
et au pouvoir.
Même
le quotidien de la finance et de l’économie, le Financial
Times, loin donc, d’être communiste, a
pu écrire
la semaine dernière : « La France se caractérise par l’emprise de ses milliardaires
sur la vie économique et la vie politique de la nation. »
Il
est ainsi devenue manifeste que cette extrême concentration du
capital et des richesses à un pôle de la société va de pair
avec l’extrême concentration des pouvoirs dans l’entreprise et au
sommet de l’État. Ce capitalisme d’État veut tout détruire de l’État
social et reléguer pour toujours les plus modestes, les travailleuses
et les travailleurs de plus en plus appauvris à leur condition
sociale précaire.
Les
violents coups de couteau contre la démocratie et l’accumulation sans
fin du capital entre quelques mains, constituent désormais l’une des
principales questions posées au mouvement démocratique et
progressiste. Il doit clairement se fixer l’objectif de libérer la
société et L’Etat de l’appropriation privé des moyens de production
et d’échanges en ouvrant la voie à la souveraineté des travailleurs
-producteurs sur l’orientation des productions sur l’autogestion des
entreprises et du système bancaire. Ne pas hisser les débats et les
actions à ce niveau peut ouvrir les pires impasses. En effet, plus
inquiète que jamais l’oligarchie capitaliste cherche les voies et
moyens pour maintenir sa domination en organisant l’union des droites
et des extrêmes droites comme garantie, comme béquille pour leur
système essoufflé.
C’est
dire la dangerosité de la situation si ne leur est pas opposé à la
fois la fermeté au Parlement pour obtenir plus de justice sociale et
fiscale, ainsi qu’une unité populaire impulsée par l’union des
gauches, des progressistes et des écologistes dans le respect des
diversités. La classe capitaliste est unie et défendue
par l’alliance des macronistes, des droites et des extrêmes
droites. Les travailleurs et le peuple des plus modestes
invisibilisés doivent faire irruption sur la scène et rechercher les
chemins de leur unité avec l’assurance de pouvoir s’appuyer sur une
union des gauches et des progressistes tels que l’avait prévu le
programme du nouveau Front populaire.
Entre
le petit club des 500 familles qui viennent de grossir leur cagnotte
de 1000 milliards d’euros et les 10 millions de pauvres qui vont se
priver encore plus, le choix à gauche devrait être vite fait.
Patrick
Le Hyaric,
27
octobre 2025.
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