mercredi 19 février 2025

 


ET LA VIE CONTINUE…

Déjà le bleu s’efface, les ombres ont pris la place. Encore un jour fichu, et la vie continue. Les néons dans la brume éclairent le bitume. Un dealer abattu et la vie continue. Plus loin sur la route, un accident sans doute. C’est un ami perdu, et la vie continue. Un grand artiste est mort. Ses œuvres brillent encore. Un peu d’absolu, et la vie continue. Et puis tous ceux qui tombent, écrasés par les bombes, assassinés, exécutés, abattus, et la vie continue. Sur mon carnet d’adresses, mais qui donc était-ce, tous ces noms disparus ? Et la vie continue. Plus je tourne les pages, moins je retrouve les images de tout ce temps vécu, et la vie continue. Déjà la nuit s’achève, les années sont si brèves, la vie continue…Mais l’espoir n’a pas disparu.

 

« Elon Musk, un colosse aux pieds d’argile », l’éditorial de Rosa Moussaoui dans l’Humanité.



La démolition de l’administration fédérale à laquelle se livrent les équipes d’Elon Musk à Washington n’est pas sans rappeler l’épuration qui avait suivi la promulgation le 7 avril 1933 par les nazis de leur loi sur la « restauration de la fonction publique », avec une vague inédite de révocations de fonctionnaires jugés indésirables parce que juifs ou politiquement hostiles. Première étape d’une mise au pas de la société allemande qui conduisit au pire.

Il faut espérer que dans cette terrifiante répétition, la farce finisse par l’emporter sur la tragédie. Rien n’est écrit. Derrière les assauts de l’orwellien Department of Government Efficiency (Doge, département de l’efficacité gouvernementale) contre la bureaucratie, c’est moins la toute-puissance que la cupidité de l’homme le plus riche du monde, les conflits d’intérêts entre le PDG et le politicien dans leur expression la plus triviale qui se dévoilent au grand jour.

Au cours des dix dernières années, Elon Musk a signé avec 17 agences fédérales des contrats pour un montant de 16 milliards d’euros. Parmi les administrations qu’il s’emploie aujourd’hui à démanteler, celles qui conduisent des investigations sur ses affaires sont en première ligne… L’hubris est à la mesure des déboires économiques accumulés par le milliardaire, d’abord soucieux de sauver ses profits.

Open AI vient de rejeter sèchement son offre de rachat de l’outil d’intelligence artificielle ChatGPT. Partout dans le monde, les ventes de véhicules électriques Tesla sont en chute libre. Malgré les louanges orchestrées sur les prouesses techniques de SpaceX, l’explosion spectaculaire de la fusée Starship au-dessus des Bahamas, le 16 janvier, a sérieusement plombé ses mégalomaniaques promesses d’odyssées martiennes et de voyages spatiaux pour ultrariches. Starlink, la filiale satellite de SpaceX, dévore plus de liquidités qu’elle n’en génère. Et de l’aveu même d’Elon Musk, le réseau social X, devenu la chambre d’écho de ses idées néofascistes, « atteint à peine le seuil de rentabilité ».

La valeur de X s’est écroulée depuis son rachat ; les nouveaux projets ont sombré dans les limbes avec le licenciement de 80% des effectifs ; annonceurs et usagers fuient. Et à Wall Street, Londres ou Paris, les banques viennent de se délester de plus de 5 milliards de créances potentiellement douteuses sur les 13 milliards de dettes contractées par le magnat pour le rachat de la plateforme, fin 2022. Elon Musk n’a rien d’invincible. C’est un colosse aux pieds d’argile. En politique comme pour le business.

« Comme un petit clone de Trump qui se sent pousser des ailes », le billet de Maurice Ulrich.



Président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) depuis moins d’un mois, Amir Reza-Tofighi est lui-même un patron moyen qui veut devenir grand. Deux semaines seulement après son élection, dans un entretien du Journal du dimanche, il réagissait comme Bernard Arnault, mais oui, au projet de contribution fiscale exceptionnelle demandée aux grands groupes : « Je vous confirme que je suis indigné. Je refuse d’opposer les grandes et les petites entreprises. Pour que notre économie fonctionne, nous avons besoin de tous. » Solidarité.

Après tout, entre Bernard Arnault et lui, il n’y a que 200 milliards. C’est presque touchant. Mais c’est surtout la nouvelle politique américaine qui l’inspire : « En tant que président de la CPME, je propose de créer une commission dirigée par un entrepreneur, composée de chefs d’entreprise et qui aurait pour mission d’élaborer un plan de réduction drastique des dépenses publiques. » Comme un petit clone de Trump qui se sent pousser des ailes. Ou bien, une grenouille qui voudrait se faire aussi grosse que le Musk, pardon, le bœuf.

mardi 18 février 2025

Veillée au coin du feu !

  


Les vieux ami-e-s aiment se retrouver pour une veillée comme à l’ancien temps où l’on fait griller les châtaignes, assis en demi-cercle autour de la cheminée. La poêle percée de trous va prendre place sur le trépied de fonte, pourvue de son mot de châtaignes que l’on fait sauter allègrement. Il a plus aujourd’hui. Le temps s’est rafraîchi et le feu pétille dans l’âtre ; le chat immobile, en sentinelle, observe, de ses énigmatiques yeux verts, les allées et venues des ami-e-s. Leur rencontre, conviviale à souhait, leur permet de partager ces instants où l’amitié prend le pas sur tout autre chose. Elles, ils aiment se réunir de temps à temps pour la veillée et se libérer des invasions télévisuelles qui balaient les échanges conviviaux. Elles, ils savent garder une juste mesure entre le monde moderne et le charme inégalé des soirées d’antan. 

Parfois le cercle s’agrandit et ce sont alors de pittoresques joutes oratoires qui n’ont rien à envier aux films comiques diffusés sur les ondes. Point n’est besoin, ici, de suivre des cours de comédie. En dépit de l’heure tardive, chacune, chacun a regagné son logis, les plus courageux, au petit matin, sont prêts à partir pour le bois. La pluie d’hier aura invité  les champignons à sortir prendre l’air. Au levant, une clarté orange colore le bleu outre-mer du ciel et chasse les dernières brumes. Les oiseaux se sont tus après leur aubade au jour naissant. 

Tout n’est que paix et silence. Ils cheminent dans le sentier mouillé de pluie où les fougères du sous-bois versent encore quelques larmes. Ils connaissent l’endroit mystérieux, qu’ils ne révèlent jamais, où l’on sait trouver le plus gros de leur cueillette et leurs yeux malicieux en disent long sur leur satisfaction prochaine de revenir au logis, le panier plein. Les échanges facétieux et amicaux ne sont pas absents. Leur humour réciproque s’en réjouit, réveillant en même temps le parfum lointain de leur jeunesse dont ils ont gardé précieusement le souvenir. Les champignons sont au rendez-vous. Ils savent les débusquer, cachés sous la mousse, parfois recouverts de feuilles complices de la couleur de leur chapeau. Parfois l’un deux, renonce à ce jeu de cache-cache, et en profite pour flâner dans le sous-bois et s’imprégner, une nouvelle fois, de ces instants privilégiés avec la verte nature et ses dégradés de couleur. 

La paix et la complicité des arbres qui l’environnent, les premiers rayons du soleil s’infiltrant entre les feuillages et venant jusqu’à lui le stimulent. C’est rasséréné qu’il rejoint ses amis, qui ont maintenant rempli leur panier, heureux devant l’abondance de leur cueillette…et repartent en sifflotant.

« Cryptogate » : Javier Milei au cœur du scandale en Argentine pour avoir fait la réclame d’une arnaque pyramidale sur X, l’éditorial de Cathy Dos Santos dans l’Humanité.



Le président argentin, flingueur de l’État régulateur, est catapulté au cœur d’un scandale financier : le cryptogate. Des milliers de personnes ont été arnaquées, après avoir investi dans un ersatz de cryptomonnaie, la $Libra, que Javier Milei a promu sur X, au nom de la « liberté d’entreprendre » si chère au locataire de la Casa Rosada.

Depuis, l’opposition appelle à sa démission ; le chef de l’État, qui s’est empressé de supprimer son tweet, a diligenté une enquête de la Commission des fraudes tandis qu’une centaine de petits porteurs escroqués ont déposé plainte contre lui. « Un crypto-escroc », s’est indignée l’ancienne présidente Cristina Kirchner.

L’apôtre des libertariens est rattrapé par la dangerosité des idées qui l’ont porté au pouvoir. Le « fou », tel qu’il se surnomme, nie toute implication dans cette arnaque 2.0 qui a rapporté, en quelques heures, plusieurs millions de dollars à ses promoteurs.

Mais des utilisateurs des réseaux sociaux des géants de la tech – ceux-là mêmes qui partagent des affinités politiques avec l’Argentin – n’ont pas manqué d’exhumer des clichés où l’on voit Javier Milei prendre la pose avec Julian Peh de Kip Protocol, désigné comme l’un des créateurs de la $Libra, une sorte de « memecoin » à l’origine à but humoristique, mais transformé en un produit spéculatif.

On aurait tort de circonscrire l’affaire à l’Argentine. La cryptomania de Trump – lui aussi grand ami de Milei – a conduit au grand « nettoyage » au sein de l’administration états-unienne. Officiellement, Elon Musk tance sa « bureaucratie ». En réalité, elle est perçue comme une entrave aux manœuvres spéculatives les plus folles des maîtres de Washington. Le locataire de la Maison-Blanche a limogé Gary Gensler, le chef de la commission chargée du contrôle des opérations et des marchés financiers. L’homme n’a rien d’un vilain wokiste ; il envisageait d’introduire quelques règles sur les marchés des monnaies virtuelles.

Autant dire une entrave à la frénésie spéculative du clan Trump qui, avec sa plateforme de change de cryptomonnaies, a décuplé son patrimoine financier. Même la Banque centrale est désormais considérée comme un obstacle à son projet de privatisation de la monnaie. À ce business-là, on ne sait qui du capitalisme ou du libertarianisme finira par dévorer l’autre.

« Climat : il n'y aura pas d'arche de Noé », le billet de Maurice Ulrich.



Los Angeles en feu, Mayotte ravagée, Valence sous les eaux, la fonte des glaciers et des glaces polaires, bref le réchauffement climatique… On s’en fout. C’est la nouvelle donne. Trump dit que ça n’existe pas, le président argentin, que c’est un truc des marxistes, Elon Musk de toute manière va se faire la malle pour Mars… OK, pour tous ceux-là, rien à faire.

Mais ça craque de partout, en même temps que la banquise. Les convaincus laissent tomber, comme Larry Fink, patron de l’énorme fonds d’investissement BlackRock, attaqué depuis des années en raison de ses positions en faveur de la transition énergétique : « Je ne veux pas être la police de l’environnement. C’est une erreur de demander au secteur privé d’assurer un tel rôle. »

L’un de nos quotidiens titrait lundi : « La finance verte n’a plus le vent en poupe ». Les fonds dédiés à la transition écologique sont en perte de vitesse et « le mouvement de désillusion s’accélère avec l’arrivée de Donald Trump. Les acteurs européens appellent à moins de réglementations ». Cette fois, il n’y aura pas d’arche de Noé.

 

lundi 17 février 2025

« Faire face », l’éditorial de Maurice Ulrich dans l’Humanité.



À Washington, il y a un nouveau shérif en ville, a annoncé d’emblée le vice-président américain, J. D. Vance, lors de son intervention, vendredi 14 février, à la conférence de Munich sur la sécurité, censée être un rendez-vous de dialogue et de quête de la paix. Il enchaînait avec un discours d’une telle brutalité que le Monde, pourtant peu enclin d’ordinaire à la surenchère, titrait, dans son édition du week-end, sur une déclaration de guerre idéologique à l’Europe. Cette dernière, tous pays confondus, aurait renoncé aux valeurs les plus fondamentales en étouffant la liberté d’expression, la liberté religieuse, la liberté d’innover. Une bible et un fusil.

Il faut bien lire, dans ce qui était non seulement idéologique mais directement politique et économique, la volonté affirmée de soumettre tout le continent à la loi des hypermilliardaires désormais au pouvoir outre-Atlantique, non sans susciter des vocations en France même. Expression sans frein sur les réseaux sociaux des paroles fascistes, racistes, anti-IVG, misogynes, homophobes… Déréglementation économique à tout va allant jusqu’à la levée des sanctions pour corruption, soutien affirmé aux extrêmes droites et en premier à l’AfD, en Allemagne, à quelques jours des élections, réitéré par le vice-président, après Elon Musk.

C’est aussi sans l’Europe que Trump et son équipe entendent, après trois années de soutien à l’Ukraine, s’arranger sur son dos avec Poutine. C’est en réaffirmant un soutien sans faille à Netanyahou que le président américain maintient son projet monstrueux de vider la bande de Gaza pour en faire une « Riviera », et cela sans parler de ses vues sur le Mexique, le Canada, le Groenland et même la Manche, que Musk voudrait rebaptiser canal George-Washington.

Comment faire face ? C’est désormais la question essentielle posée aux peuples et aux gouvernants. Il ne suffit pas de postuler des réponses unies de l’Europe et au-delà. Les construire, c’est conforter les démocraties, par la justice sociale, la lutte contre les inégalités, c’est la recherche d’un véritable multilatéralisme, sans exclusives. Opposer à la violence d’un capitalisme débridé et fascisant une autre vision du monde.

 

« Subversion », l’édito de Cédric Clérin

La démocratie israélienne n’en finit plus de dériver. La commission électorale de la Knesset, le Parlement, a décidé d’exclure des prochai...