Les vieux ami-e-s aiment se retrouver
pour une veillée comme à l’ancien temps où l’on fait griller les châtaignes,
assis en demi-cercle autour de la cheminée. La poêle percée de trous va prendre
place sur le trépied de fonte, pourvue de son mot de châtaignes que l’on fait
sauter allègrement. Il a plus aujourd’hui. Le temps s’est rafraîchi et le feu
pétille dans l’âtre ; le chat immobile, en sentinelle, observe, de ses
énigmatiques yeux verts, les allées et venues des ami-e-s. Leur rencontre,
conviviale à souhait, leur permet de partager ces instants où l’amitié prend le
pas sur tout autre chose. Elles, ils aiment se réunir de temps à temps pour la
veillée et se libérer des invasions télévisuelles qui balaient les échanges
conviviaux. Elles, ils savent garder une juste mesure entre le monde moderne et
le charme inégalé des soirées d’antan.
Parfois le cercle s’agrandit et ce sont
alors de pittoresques joutes oratoires qui n’ont rien à envier aux films
comiques diffusés sur les ondes. Point n’est besoin, ici, de suivre des cours
de comédie. En dépit de l’heure tardive, chacune, chacun a regagné son logis,
les plus courageux, au petit matin, sont prêts à partir pour le bois. La pluie
d’hier aura invité les champignons à sortir
prendre l’air. Au levant, une clarté orange colore le bleu outre-mer du ciel et
chasse les dernières brumes. Les oiseaux se sont tus après leur aubade au jour
naissant.
Tout n’est que paix et silence. Ils cheminent dans le sentier mouillé
de pluie où les fougères du sous-bois versent encore quelques larmes. Ils
connaissent l’endroit mystérieux, qu’ils ne révèlent jamais, où l’on sait
trouver le plus gros de leur cueillette et leurs yeux malicieux en disent long
sur leur satisfaction prochaine de revenir au logis, le panier plein. Les
échanges facétieux et amicaux ne sont pas absents. Leur humour réciproque s’en
réjouit, réveillant en même temps le parfum lointain de leur jeunesse dont ils
ont gardé précieusement le souvenir. Les champignons sont au rendez-vous. Ils
savent les débusquer, cachés sous la mousse, parfois recouverts de feuilles
complices de la couleur de leur chapeau. Parfois l’un deux, renonce à ce jeu de
cache-cache, et en profite pour flâner dans le sous-bois et s’imprégner, une
nouvelle fois, de ces instants privilégiés avec la verte nature et ses dégradés
de couleur.
La paix et la complicité des arbres qui l’environnent, les premiers
rayons du soleil s’infiltrant entre les feuillages et venant jusqu’à lui le
stimulent. C’est rasséréné qu’il rejoint ses amis, qui ont maintenant rempli
leur panier, heureux devant l’abondance de leur cueillette…et repartent en
sifflotant.