Voilà dix ans
que le pouvoir macroniste, qui a fait du service des ultra-riches son unique
sacerdoce, maltraite le pays par sa stratégie de contention policière des
revendications sociales. Non seulement cette furie répressive, qui entretient un dangereux
climat de violence, ne produit
plus les effets escomptés, mais elle expose désormais toute l’étendue du
mensonge auquel recourt sans vergogne un gouvernement désavoué dans
les urnes.
Ce qu’éclairent
les révélations de nos confrères de Mediapart sur les consignes données à des
instances policières pour désigner LFI et « l’ultragauche » comme
responsables des nombreux incendies et pillages du week-end dernier, c’est, en
vérité, un scandale d’État.
Des gilets
jaunes, en 2018, aux manifestations à l’appel de l’intersyndicale contre la
démolition du système de retraites par répartition, en 2023, une brutale doctrine de « maintien de l’ordre » a, seule,
répondu à la contestation sociale. Au prix de milliers de blessés, d’éborgnés,
de mutilés dans les rangs des manifestants, dont les souffrances
ont été méthodiquement tues, effacées, enterrées – au point que la simple
évocation des « violences policières » attire à quiconque ose
prononcer ces mots les pires anathèmes.
Contre le venin du cynisme
Depuis le début
du mouvement lycéen, un nouveau cap est franchi. D’emblée, les élèves qui osaient
dénoncer le manque d’enseignants, la machine à tri social Parcoursup, le
délabrement de leurs établissements où courent rats et cafards, et l’abandon de
toute une génération, ont été désignés par l’exécutif comme des fauteurs de
troubles impliqués dans des « violences urbaines ». Seule
réponse à leur cri de révolte : la matraque, les gaz lacrymogènes, les
grenades ” de désencerclement ” et un nombre ahurissant de gardes à vue.
La violence
policière semant le désordre et attisant l’incendie sans éteindre la
mobilisation, il fallait à l’Élysée et à la place Beauvau faire oublier coûte
que coûte les 800 000 manifestants qui ont défilé le 17 octobre pour dire leur
refus des politiques de destruction sociale et de saccage des services publics
qui ont rendu la vie de tous invivable. D’où la fiction d’émeutes fomentées par
LFI et « l’ultragauche », à l’heure du déploiement d’un état
d’exception qui ne dit pas son nom.
Un tel cynisme
a sur la démocratie l’effet d’un venin. Ces mensonges et ces mises en scène
sordides, à six mois de l’élection présidentielle, ne profitent qu’à l’extrême
droite. Le seul antidote à cette imposture : un mouvement plus ample
encore, pacifique, organisé, capable de formuler des revendications claires, de
dégager de nouveaux horizons. Pour extirper le pays de ces limbes où les
profits de quelques-uns sont devenus la seule boussole, où le peuple est
désigné comme un danger et les plus jeunes, des surnuméraires.

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