La méthode est
détestable. Le fond est pire. La conférence TER a accouché ce matin d’un
rapport qui, loin de la promesse de réparer le hold-up des retraites de 2023,
avance les pions du patronat vers les pires solutions : recul de l’âge légal et capitalisation. La forfaiture politique et sociale
est totale. C’est pourtant pour échapper à la censure que Sébastien Lecornu
avait « vendu » au Parti socialiste la suspension de la réforme des
retraites, assortie d’une négociation sociale sur les conditions de travail,
d’emploi et de retraite.
Il était alors
question de « travailler mieux », de « favoriser
l’emploi », de dessiner un « avenir des retraites ».
Huit mois plus tard, trois « garants » du débat, enfermés à huis clos
tout l’été, livrent des préconisations qui n’ont rien à voir avec ce dont les
organisations syndicales avaient discuté – et encore moins avec ce que
réclamaient les manifestants de 2023.
L’« âge
d’équilibre » vanté par les garants n’est jamais que l’âge pivot d’Édouard Philippe sous un autre nom, lui-même un habile jeu sémantique
pour ne pas dire âge légal. Le dictionnaire ne suffira bientôt plus pour
inventer de nouvelles pirouettes et berner le monde. Quant à la capitalisation,
elle est le rêve des puissants et le cauchemar du peuple : elle fragilise
les pensions des retraités tout en menaçant les emplois des travailleurs. Elle
mériterait à elle seule toutes les mobilisations.
Voilà donc un
gouvernement illégitime, sauvé par la fausse naïveté d’un groupe parlementaire
de gauche, qui offre sur un plateau les mesures les plus antisociales qui
soient. Faute de pouvoir les appliquer aujourd’hui, il tend aux candidats
libéraux à la présidentielle le cadeau d’un rapport dont ils pourront se
réclamer pour vanter leurs solutions mortifères. « La forme, c’est le
fond qui remonte à la surface », disait le grand Victor Hugo. À croire
que nos gouvernants cherchent à rejouer Quatrevingt-Treize.

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